Les adverbiaux prépositionnels : position, fonction et portée présentation du numéro
- Par Laure Sarda
- et Michel Charolles
Pages 7 à 19
Citer cet article
- SARDA, Laure
- et CHAROLLES, Michel,
- Sarda, Laure.
- et al.
- Sarda, L.
- et Charolles, M.
https://doi.org/10.3917/tl.064.0007
Citer cet article
- Sarda, L.
- et Charolles, M.
- Sarda, Laure.
- et al.
- SARDA, Laure
- et CHAROLLES, Michel,
https://doi.org/10.3917/tl.064.0007
Notes
-
[*]
Lattice UMR 8094 CNRS-ENS
-
[**]
Université de Paris 3, UMR LATTICE ENS Paris
-
[1]
Les travaux de linguistique computationnelle (Hobbs, 1990), la Rhetorical Structure Theory, RST (Mann et Thompson, 1988) et la Segmented Discourse Representation Theory, SDRT (Asher et Lascarides, 2003) proposent, d’une façon comparable, un répertoire des relations de discours qui, dans la SDRT, sont calculées en même temps que les relations référentielles.
-
[2]
Le projet SFA (Spatial Framing Adverbials), dirigé par Michel Charolles et Laure Sarda, a été soutenu par l’Agence Nationale de la Recherche (Projet ANR-06-BLAN-0162) de 2006 à 2009.
-
[3]
Le codage a été effectué en binôme ou trinôme avec double annotation sur un certain nombre d’occurrences, suivie d’une comparaison des scores inter-annotateurs et d’un ajustement des critères pour atteindre des taux d’accord globalement au-dessus de 85% pour les principaux champs annotés. Nous remercions les membres du projet qui ont participé à ce laborieux travail : L. Delort, N.Tanguy, J. Aptekman et S. Girault pour la préposition à ; D. Vigier et A. Jackiewicz pour la préposition en ; S. Carter-Thomas, A-M. Argenti et L. Sarda pour la préposition sur, B. Fagard et L. Sarda pour la préposition dans ; J. Aptekman et S. Girault pour depuis, vers et jusque ; D. Stosic et F. Maeso pour par et à travers.
1 – La place des adverbiaux et la cohésion du texte
1Les adverbiaux étant, par définition, des ajouts syntaxiques, peuvent occuper différentes positions dans leur phrase d’accueil. Le choix de telle position n’est pas cependant sans conséquences sur l’interprétation. La mise au jour des effets résultant de leur position dans leur phrase d’accueil pose des questions qui sont à l’interface de la syntaxe, de la sémantique et de la pragmatique (Bonami et al. 2003 ; Guimier, 1993, 1996). C’est un domaine où le français, langue à ordre des mots relativement fixe, permet des variations considérables (Leeman, 1998). Si l’on peut dire que le positionnement des adverbiaux est libre, il n’est cependant jamais aléatoire : le locuteur doit composer avec à la fois les contraintes structurelles de la langue et les intentions communicatives qui motivent la production de son message, si bien qu’il est toujours dans l’obligation de faire des choix pour composer avec la linéarité du texte (Enkvist, 1976 ; Quirk et al., 1985 ; Hasselgård, 2010). Les différentes positions que les adverbiaux peuvent occuper dans la phrase dépendent, en dernière instance, des choix stratégiques que fait le locuteur pour hiérarchiser l’information et lier les différentes phrases en un tout cohérent et cohésif (Virtanen, 1992 ; Charolles, 1997, 2005).
2Les taxinomies de marques de cohérence ou de cohésion les plus connues différencient deux grandes familles de relations, à savoir : les relations référentielles, signalées par les anaphores et les relations de discours, dites aussi sémantiques, argumentatives, ou rhétoriques, possiblement signalées par les connecteurs (cf. par ex. Reinhart, 1981 ; Sanders et Spooren, 2001) [1]. Connecteurs (et anaphores) contribuent, dès la phrase complexe et au-delà, à la cohésion du texte et guident l’accès à une représentation cohérente des contenus communiqués. Ils doivent être distingués des adverbiaux (adjoints) qui, lorsqu’ils sont en position initiale, constituent une autre famille de marques de cohésion (Charolles, 1997). Dans [1] ci-dessous, le SP en France, en même temps qu’il fixe un référent, établit un lien entre les phrases de l’extrait dans la mesure où toutes sont comprises comme faisant allusion à des faits qui se passent en France.
3 Cette relation de type « scope » (cf. Charolles, 1997 ; Charolles et Vigier, 2005 ; Le Draoulec et Péry-Woodley, 2005 ; Sarda, 2005 ; Schrepfer-André, 2006), qui vient s’ajouter à celles marquées par les connecteurs (en gras) et les anaphores (en droit avec indice) n’est pas réductible à un lien anaphorique dans la mesure où, à la place de en France, on pourrait avoir en tête de l’extrait (et avec le même pouvoir cohésif) un SP comme selon l’OMS qui n’est pas référentiel. Les segments qui entrent dans la portée d’un même adverbial en tête de phrase constituent un bloc (« cadre »). L’installation d’un tel « cadre » permet ainsi de regrouper des informations indexées par le même critère fixé par l’adverbial. C’est par ce pouvoir organisateur que les adverbiaux contribuent à la cohésion et la cohérence du discours. Les relations induites par les expressions introductrices de cadres sont fondamentalement descendantes (elles portent en avant) – on parle – et elles s’opposent globalement les opposer aux relations de connexion supportées par les anaphores et les connecteurs qui sont essentiellement remontantes (Charolles, 2005). La capacité d’indexer plusieurs phrases dont jouissent les adverbiaux est liée à leur position en tête de phrase ou en zone préverbale. La position initiale est en effet une position stratégique à bien des égards et de nombreuses études en ont décrits les multiples facettes (entre autres Thompson, 1985 ; Thompson et Longacre, 1985 ; Quirk et al., 1985 ; Lowe, 1987 ; Ramsay, 1987 ; Givón, 1988 ; Halliday, [1994/2004] ; Goutsos, 1996 ; Diessel, 2005, Ho-Dac, 2007, et les travaux sur l’encadrement du discours dont Charolles et Prévost, 2003, Charolles et Péry-Woodley, 2005 et Charolles et al., 2005, Vigier et Terran, 2005).
2 – La grammaticalisation des adverbiaux dans la position initiale
4Une des questions majeures abordées dans ce volume concerne l’étude des corrélations entre la position d’un syntagme prépositionnel (SP) et les fonctions pragmatiques qu’il peut assumer à l’échelle du discours. Plus précisément, l’enjeu est d’étayer l’hypothèse que le positionnement en tête de phrase de syntagmes adverbiaux non intégrés syntaxiquement favorise la mise en œuvre de processus de grammaticalisation plus ou moins poussés qui peuvent les conduire à assumer soit des fonctions de connecteurs, soit des fonctions cadratives.
5Ainsi la spécialisation d’un adverbial comme connecteur ou comme cadratif illustrerait deux chemins de grammaticalisation d’autant plus remarquables qu’ils mènent à des marqueurs qui s’opposent par leur orientation, remontante dans un cas, descendante dans l’autre. La connaissance des facteurs susceptibles d’expliquer ces évolutions (qui peuvent parfaitement conduire à des expressions polyfonctionnelles dans un état de langue donné) est d’autant plus cruciale que ces deux voies sont divergentes.
6Ce volume regroupe une série d’études sur corpus relevant d’une approche descriptive qualitative et quantitative. Cette approche est le fruit d’un travail collectif mené au cours du projet Spatial Framing Adverbials [2], qui a abouti à la constitution de la base de données BSP Base des Syntagmes Prépositionnels contenant plus de 17 800 syntagmes prépositionnels (SP) annotés syntaxiquement et sémantiquement sur un corpus de plus de 2M de mots (Le Monde, décembre 2000). Cette base, qui a servi d’observatoire de tendances et de réservoir d’exemples pour certaines des études de ce volume, a été spécialement conçue pour apporter des données inédites et extensives aux questions suivantes :
- est-ce que le processus de grammaticalisation des adverbiaux que l’on observe (perte de leur complément, désémantisation, figement, glissement des sens (spatial> temporel> causal> argumentatif> épistémique> marqueur de discours) est lié à la place qu’ils occupent dans la phrase ?
- le fait qu’ils en viennent à jouer un rôle à l’échelle du discours dépend-il de la valeur sémantique de chaque préposition (ou du SP dont elle fait partie), ou bien de la position initiale elle-même ?
7Il s’ancre sur une des hypothèses centrales de la théorie de la grammaticalisation, que nous venons d’évoquer, selon laquelle il existe une pente d’évolution des marqueurs spatiaux vers des marqueurs discursifs. (Haspelmath, 1997 ; Hopper et Traugott, 2003 ; Schwenter et Traugott, 2000 ; Traugott, 1982 ; 1995 ; 2003 ; Traugott et Heine eds, 1991 ; Traugott et Dasher, 2002). Cette évolution est associée, pour le français, à un ensemble de paramètres tels que la perte d’un complément régi, la perte de référencialité, le passage d’une position syntaxiquement intégrée à une position périphérique, et tout particulièrement à la position initiale. La base BSP (http://www.lattice.cnrs.fr/bdd-BSP) a été conçue pour pouvoir observer, en synchronie, la proportion des SP en tête de phrase comparativement à leur fréquence d’occurrence dans les autres positions de la phrase (médiane et finale).
3 – Prépositions statiques et dynamiques : candidates au cadrage
8Une des hypothèses testées dans le cadre du projet SFA consiste à considérer que les SP statiques (à, dans, sur, en) sont de meilleurs candidats pour assumer des fonctions cadratives que les SP dynamiques (depuis, par, à travers, vers, jusque). La plupart des travaux sur le détachement des compléments spatiaux (notamment Borillo, 1992, 1998 ; Boons, Guillet et Leclère, 1976 ; Combettes, 1996 ; Rémi-Giraud, 2003, 2009) laissent dans l’ombre les compléments dynamiques, comme présentant une situation particulière. Papahagi (2005) fait l’hypothèse que les compléments dynamiques sont plus difficilement détachables du prédicat que les compléments statiques. Elle montre qu’ils ne peuvent être détachés que si un deuxième complément reste présent dans la zone rhématique. Sarda et Stosic (2007) et Stosic (ce volume), montrent que les compléments en par et à travers, lorsqu’ils sont détachés, sont dans une large proportion, en interaction avec des verbes de perception et encadrent l’ensemble de la scène perçue. Partant de cette observation, une hypothèse alternative consiste à faire valoir que les adverbiaux dynamiques seraient d’autant plus détachables en tête de phrase qu’ils seraient déconnectés d’un prédicat de mouvement et auraient une fonction discursive dans un domaine autre que celui de l’espace, en l’occurrence dans le domaine de la perception. Cette hypothèse est conforme aux prédictions sur les changements catégoriels de la théorie de la grammaticalisation que nous venons d’évoquer.
4 – La Base des Syntagmes Prépositionnels (BSP)
9La base contient plus de 17 800 SP annotés syntaxiquement et sémantiquement sur un corpus de 2 406 252 mots (Le Monde, décembre 2000). Neuf prépositions dites spatiales (à, dans, sur, en, par, à travers, depuis, vers, jusque) ont été retenues pour l’annotation. Les sens non spatiaux (très fréquents) de ces prépositions ont bien entendu été aussi décrits avec leur contexte d’occurrence, dans l’objectif de pouvoir quantifier la proportion des différents sens qu’elles prennent en contexte, dans la tradition d’une linguistique de l’usage.
10L’analyse syntaxique a été réalisée automatiquement à l’aide du logiciel SYNTEX (Bourigault, 2007) qui a permis de (i) répérer les SP, (ii) de fournir une analyse de dépendance, en termes de recteur et régi, et (iii) une indication de position (tête vs queue). Grâce à ce premier filtrage automatique, on a obtenu un panorama des fréquences respectives de chaque préposition dans les différentes positions. Les deux graphes ci-dessous présentent les fréquences relatives et les fréquences absolues :
Fréquence relative
Fréquence relative
Fréquence absolue
Fréquence absolue
11La mise en regard de ces deux graphes montre qu’en fréquence absolue, en est la préposition qui apparaît en plus grand nombre en tête, devant à, dans, depuis, sur etc. En revanche, en fréquence relative (pourcentage d’occurrences en tête par rapport au nombre total d’occurrences de chaque préposition), c’est la préposition depuis qui présente le plus d’usages en tête, suivie de jusque, dans, en etc.
12À partir de cette annotation automatique, le corpus a été réduit pour chaque préposition à un maximum de 1 000 exemples dans chacune des positions (tête, médian, queue). Pour les prépositions les moins représentées – dont le nombre d’occurrences était inférieur à 1 000 – la totalité des exemples a été retenue. Ainsi 17 871 SP ont été annotés manuellement [3].
13Les champs retenus pour l’annotation sémantique sont nombreux. Le choix a été de coder la sémantique du SP dans son contexte en indiquant d’une part une primitive (parmi 5 possibles : espace, temps, notionnel, cause, énonciatif), et d’autre part deux champs complémentaires associés à la primitive : valeur sémantique 1 comprenant 12 valeurs qui permettent de spécifier la primitive, et valeur sémantique 2 qui permet de noter un sens inférentiel (par exemple la cause pour un SP temporel). Les 12 valeurs du champ ‘valeur sémantique 1’ sont ; localisation, source, but, durée, manière, moyen, qualification, quantification, support, à propos, forme revêtue (ou guise), modalisation du dire.
14Ainsi, chaque occurrence est décrite par un couple (ou un triplet si le champ ‘valeur sémantique 2’ est aussi complété). La combinatoire des 5 primitives avec les 12 valeurs sémantiques donne 60 possibilités. Certaines sont plus représentées ou plus significatives que d’autres et cela peut être mis en évidence par un calcul du Khideux. À titre d’exemple, nous indiquons quelques combinaisons qui manifestent un Khideux élevé :
15– [Prép] en/ par + [primitive] énonciatif + [sémantique1] modélisation du dire :
16– [Prép] à + [primitive] cause + [sémantique1] source :
18Sans détailler plus avant les huit autres champs annotés, nous concluons cette brève présentation de la base BSP par un tableau synthétique des corrélations entre sens (primitives) et positions (Tête – queue) pour les 9 prépositions.
19Ce graphe fait apparaître à gros traits plusieurs éléments remarquables. Tout d’abord, on peut souligner le fait que les emplois spatiaux (en noir) représentent une faible proportion des usages des prépositions. En comparaison, les usages notionnels (en gris foncé) sont largement plus fréquents. D’autre part, les prépositions les plus fréquentes en tête sont des prépositions dynamiques manifestant des usages temporels (depuis, jusque, vers). Les annotations réalisées permettent ainsi de visualiser et de comparer le profil des différentes prépositions.
20Dans le cadre de cette présentation du volume, nous n’avons fait qu’esquisser la structure et les ressources accessibles dans la base qui permettent d’effectuer des allers-retours entre des vues globales croisant certains critères et les exemples replacés dans leur contexte. Les quelques pistes d’ores et déjà explorées ont permis de mettre au jour des faits de langue – présentés dans les articles de ce volume.
5 – Présentation des articles
21Le volume comprend six articles qui portent sur le rôle de la position initiale, les capacités des adverbiaux dynamiques à introduire des cadres, sur la grammaticalisation des adverbiaux, ou plus généralement sur l’encadrement du discours, et l’interaction des facteurs contribuant au repérage des bornes des cadres établis par les SP étudiés.
22La première étude « L’impact de la position phrastique sur les fonctions et valeurs des SP adverbiaux : l’exemple de Sur et Dans », de Laure Sarda et Shirley Carter Thomas, étudie la variation (i) des valeurs sémantiques, (ii) des fonctions syntaxiques et (iii) des fonctions textuelles des SP adverbiaux en sur et dans selon leur position initiale ou finale dans la phrase. L’étude vise à répondre à la thèse défendue par Crompton (2006) selon laquelle les adverbiaux en position finale auraient un même pouvoir structurant que les adverbiaux en position initiale. Les auteurs présentent des résultats faisant valoir que la position initiale véhicule en elle-même des instructions textuelles et confère aux éléments en tête des fonctions organisatrices qu’ils n’auraient pas en position finale. Elles s’efforcent en outre de différencier le mode de structuration par encadrement (intimement associé à la position initiale) d’un mode de structuration thématique (progression à thème dérivé, cf. Daneš, 1970) qui peut aussi donner lieu, à un tout autre niveau, à des structures hiérarchiques arborescentes.
23L’étude de Dejan Stosic intitulée « Le pouvoir cadratif des compléments introduits par à travers : des cadres pas comme les autres ? » porte sur le fonctionnement intra-phrastique et discursif des syntagmes prépositionnels introduits par à travers. Avec cette étude, l’auteur remet en question l’idée que nous avons exposée plus haut, selon laquelle les compléments dynamiques sont plus difficilement détachables que les adverbiaux statiques, l’idée qu’ils seraient de moins bons candidats aux fonctions discursives de cadrage. Il caractérise les contextes très spécifiques dans lesquels à travers est détaché en tête de phrase : lorsqu’il est complément locatif d’un verbe de perception ou, dans une fréquence moindre, dans des emplois instrumentaux. Son étude détaille les différentes configurations dans lesquelles le SP en tête a une portée, révélant ainsi différentes facettes sémantiques de la préposition à travers et sa capacité à ouvrir un cadre de discours.
24L’étude d’Anne Le Draoulec « Dans la nuit il y a toi. Dans le jour aussi Interprétations temporelle et spatio-situationnelle de dans la nuit et dans le jour » propose une fine description des indices cotextuels relevant du niveau de la phrase et du discours pour identifier les paramètres déterminant une interprétation temporelle ou spatio-situationnelle du SP dans la nuit/le jour. L’auteur accorde une attention toute particulière aux facteurs d’ordre discursif tels que la position du SP et à la présence d’autres modifieurs temporels ou spatiaux situés à plus ou moins grande distance dans le contexte gauche et/ou droit, ce qui situe pour partie son étude dans la problématique plus générale des successions de cadres temporels ou spatiaux dans l’organisation du discours.
25L’article de Michel Charolles et Paola Pietrandrea « En réalité : de la modalisation à l’organisation du discours » examine, sur un corpus de français écrit, les fonctions syntaxiques, sémantiques et discursives de en réalité. Les auteurs partent de l’hypothèse que en réalité est fondamentalement un modal évidentiel de type factuel : en réalité localise la source d’évidence dans la connaissance de la réalité et présuppose l’existence d’une source alternative à la réalité qui est présentée comme fautive. Ils distinguent deux grands types d’emploi du marqueur : soit en réalité constitue un ajout endophrastique encodant un circonstanciel proche de dans la réalité ; soit il constitue un ajout exophrastique encodant un adverbial d’énoncé, auquel cas (les plus nombreux) il a besoin d’enchaîner sur un énoncé précédent. Dans les emplois exophrastiques, en réalité se rapproche des connecteurs oppositifs, soit forts (réfutatifs) soit faibles (reformulatifs), mais il peut prendre aussi, comme le montrent les auteurs, un sens concessif et même justificatif, ce qui est un signe que son sens évidentiel tend à s’éroder. Cette érosion apparaît bien également dans les cas où il figure en tête d’un énoncé dont le contenu n’est pas pris en charge par le rédacteur. Les usages de ce type dans lesquels en réalité perd une partie de son sens évidentiel, sont cependant « compensés », comme l’expliquent les auteurs pour finir, par les emplois (nombreux dans leur corpus) où en réalité fonctionne en corrélation avec en apparence et garde clairement sa valeur factuelle.
26L’article de Denis Vigier, « En attendant : un cas de pragmaticalisation », propose une étude diachronique du syntagme en attendant. Il détaille le processus de pragmaticalisation en cours de ce marqueur et son passage d’une valeur temporelle de concomitance à une valeur de concession. L’auteur soulève une série de questions relatives (i) au passage de la valeur temporelle du syntagme à la valeur concessive ; (ii) au rôle que le sème de l’attente a pu jouer dans ce passage ; (iii) au rôle que la place occupée par le syntagme dans la phrase a pu jouer dans ce processus, (iv) au rôle du figement. Il montre que la valeur « pragmatique » du conjonctif se partage entre deux grands types de fonctionnement, l’un concessif et l’autre exprimant une réorientation discursive. Il arrive à la conclusion que l’idée d’attente est (doublement) conservée dans les emplois pragmatiques de en attendant, mais que celle-ci doit être comprise dans un sens procédural.
27Enfin, l’article de Benjamin Fagard « Locutions prépositionnelles et renouvellement des prépositions » propose une étude de la préposition dans et d’une série de locutions prépositionnelles apparentées sémantiquement : au sein de, au milieu de, d’après, lors de, au cours de et au cœur de. Cette étude vise à préciser la place exacte des constructions complexes d’un point de vue fonctionnel et sémantique vis-à-vis des constructions simples. Il s’attache d’abord à mesurer le degré de proximité sémantique de chaque locution avec dans. Il examine ensuite les corrélations entre le sens des éléments étudiés et leur position dans la phrase et montre que la correspondance fonctionnelle entre dans et chacune des locutions étudiées n’est que très parcellaire. Les articles rassemblés dans ce volume mettent l’accent sur l’influence que la position en tête de phrase peut exercer, parmi d’autres facteurs, sur les fonctions que les SP peuvent assumer à l’échelle du discours. Ils proposent une caractérisation des contextes ayant pu favoriser leur évolution vers des marqueurs de discours.
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