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Article de revue

Mandalas des émotions et leurs treize objets

Pages 374 à 389

Citer cet article


  • Duc Marwood, A.
  • et Regamey, V.
(2018). Mandalas des émotions et leurs treize objets. Thérapie Familiale, . 39(4), 374-389. https://doi.org/10.3917/tf.184.0374.

  • Duc Marwood, Alessandra.
  • et al.
« Mandalas des émotions et leurs treize objets ». Thérapie Familiale, 2018/4 Vol. 39, 2018. p.374-389. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-therapie-familiale-2018-4-page-374?lang=fr.

  • DUC MARWOOD, Alessandra
  • et REGAMEY, Véronique,
2018. Mandalas des émotions et leurs treize objets. Thérapie Familiale, 2018/4 Vol. 39, p.374-389. DOI : 10.3917/tf.184.0374. URL : https://shs.cairn.info/revue-therapie-familiale-2018-4-page-374?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/tf.184.0374


Notes

  • [1]
    Les Boréales, Consultation des maltraitances intrafamiliales, département de psychiatrie, centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), avenue Recordon 40, CH-1004 Lausanne.
  • [2]
    Techniques de stabilisation transmises par Hélène Dellucci lors d’une formation interne en psychotraumatologie en 2015 et 2016.

Introduction

1Travaillant dans une unité [1] où consultent des familles prises dans la problématique de la violence, nous avons observé que le traumatisme atteint l’individu tant dans ses parts les plus intimes que dans ses relations, dans sa capacité à communiquer. La victime se trouve alors dans un état de sidération qui l’isole. Les mandalas des émotions, comme présentés dans un précédent article (2014), ont permis de rendre explicite ce vécu implicite qui enfermait la victime en la privant de partage. Penchés ensemble sur les sables colorés, nous avons alors pu observer que la représentation des émotions créait un espace intersubjectif où émergeait la question du temps et la (les) question(s) du sens (direction et signification). Le sens, la direction, nous ont conduits, sur les traces d’Edith Tilmans-Ostyn, à proposer de travailler sur le souhait de bonne évolution et les risques au changement (Labaki et Duc Marwood, 2012). La temporalité s’est présentée à nous avec l’envie d’inviter nos patients à représenter l’évolution de leur premier mandala dans dix ans sans baguette magique. Le sens, la signification, nous ont fait nous diriger vers le jeu de l’oie systémique développé par Philippe Caillé et Yveline Rey (2004), plus spécifiquement des cartes qui qualifient le rôle qu’un événement a pris dans le cours de sa vie. Nous sommes alors parties à la recherche d’images qui pourraient apporter cette dimension aux émotions. Le besoin de rester dans le tactile nous a conduits à finalement porter notre choix sur des objets que nous pouvions déposer dans le sable.

Vivre ses émotions

2Quotidiennement nous sommes confrontées à des femmes et des hommes aux émotions gelées pour se protéger de l’effondrement, tenter de garder la maîtrise, ou, à l’inverse, à des individus que les émotions meuvent comme les vagues de l’océan déchaîné agitent un radeau dans tous les sens. Quotidiennement nous nous questionnons sur l’utilité et les risques du partage des émotions. Cette question, se la posent aussi ceux qui viennent nous voir, nous, les thérapeutes qui arrivons après que celui qui sollicite notre aide a déjà amplement expérimenté le partage de son vécu traumatique, de ses émotions. Cette question n’est ni nouvelle ni originale, et obtient de nombreuses réponses en fonction des époques, de la culture, de la mode et du genre. « Si tu es un homme, tu ne pleures pas, mon fils » voilà, ce que des générations de garçons ont entendu, maintenant remplacé par « il faut absolument exprimer ce que l’on ressent et entendre ce que l’autre ressent ». « Si tu ne hurles pas quand tu accouches, c’est que tu n’es pas prête à accueillir ton bébé », rapporte une femme d’origine méditerranéenne. Nous allons brièvement évoquer l’expérience que chacun vit lorsqu’il se retrouve face aux autres après un échec, une violence subie ou agie, un trop-plein d’émotions ou une sidération totale. Bernard Rimé, dans son ouvrage sur Le Partage social des émotions (2005), évoque les réponses données à une personne qui rapporte un événement douloureux :

  • gêne, malaise, évitement physique ;
  • exploration curieuse, fascination ;
  • évitement de la communication franche ;
  • distance, froideur, rudesse ;
  • émotions débordantes, angoisses excessives ;
  • optimisme forcé ;
  • découragement de la libre expression ;
  • conseils stéréotypés ;
  • tentatives de rapprochement artificiel ;
  • identifications forcées ;
  • attitude hyper-protectrice ;
  • blâme, critique, jugement ;
  • encouragement à récupérer rapidement ;
  • détournement d’attention pour oublier ;
  • etc.

3Ces réactions sont en lien avec nos résonances, notre construction du monde. Pour certains, éviter de trop entrer dans les émotions protège, pour d’autres, c’est d’en parler tout le temps qui protège. Pour certains, mettre en évidence le positif, les ressources, soutient, aussi bien que de faire diversion. À l’inverse, pour certains, prendre le temps de partager, d’aller au bout de la souffrance, est le seul moyen d’en sortir. Aux résonnances s’ajoute la dimension vicariante du traumatisme : écouter les émotions de l’autre, d’autant plus si elles sont fortes, fait violence. Au-delà des constructions sociales, de la mode, des résonances, il y a la capacité qu’un auditeur a de supporter le séisme qui se produit en lui à l’écoute d’une souffrance. Cette capacité se construit au sein de la famille. Michel Delage, dans ses livres La Vie des émotions dans la famille (2013) et La Résilience familiale (2008), met en lien le type d’attachement présent entre les membres de la famille et la façon dont sera gérée une émotion. Dans une famille avec un attachement sécure, lorsqu’un événement touche un des membres de la famille, les autres se mobilisent pour le soutenir, contiennent leurs propres émotions, peuvent solliciter de l’aide extérieure, puis peuvent retrouver leur degré d’autonomie lorsque la souffrance disparaît. À l’inverse les familles insécures évitantes vont répondre à un mythe que l’on pourrait formuler ainsi : « Moins on parle des drames, mieux on s’en remet. » L’avènement d’un traumatisme aura comme effet de mettre de la distance affective et relationnelle au sein de ces familles. La question de la demande d’aide ne se pose pas puisque c’est surtout dans l’évitement qu’on cherche la guérison. Dans les familles insécures anxieuses, un traumatisme agira avec la même intensité et au même moment sur tous les membres de la famille. En découlera un enchevêtrement émotionnel, souvent accompagné d’un fort sentiment de culpabilité de la victime première qui se sent, par sa souffrance, responsable de faire souffrir, d’inquiéter ses proches. Le recours à l’aide extérieure est vécu comme dangereux.

4Ainsi l’entourage d’une personne qui s’est fait voler son sac en se promenant en ville expérimentera toutes sortes de réactions :

  • On lui donnera des conseils pour éviter les situations analogues (« il faut prendre un sac à dos », « il faut mettre le sac en bandoulière »).
  • On l’incitera à banaliser (« il y a des choses plus graves dans la vie, j’ai entendu parler de quelqu’un qui s’est fait… »).
  • On l’incitera à modifier son état émotionnel (« inutile de trop s’arrêter à ça, cela arrive si rarement »)
  • On lui parlera d’autre chose pour le distraire (« Federer a à nouveau gagné »).
  • On dramatisera en évoquant qu’on ne peut plus être en sécurité dans notre société, que cela questionne sur le fait de mettre au monde des enfants…
  • On poussera à l’action : « La police ne fait rien. Il faut engager un détective et te venger. Si on ne fait pas comprendre à ces gens que nous sommes plus forts, ils ne s’arrêteront jamais. »
  • Etc.

5Ces diverses réactions ont toutes pour objectif de venir en aide à la victime et de se protéger des émotions que l’on ressent. Dans son ouvrage Le Partage social des émotions, Rimé s’interroge sur l’utilité de ce partage en termes de diminution de la souffrance. Toutes les victimes évoquent avec ambivalence le besoin de recevoir le soutien des autres et la surprise de constater combien les réactions sont inadéquates et accroissent le sentiment d’être incompris, seul dans sa douleur. C’est avec cet a priori que notre patient arrive en consultation, inquiet à l’idée d’évoquer ce qui le fait souffrir et qui pourrait induire les réactions ci-dessus, et en même temps désireux que le partage lui permette enfin d’aller mieux. En face, le thérapeute a la conviction que cela fera du bien au patient de parler… puis expérimentera que cela ne suffit pas.

6Pour pouvoir intervenir il est donc important d’avoir une bonne connaissance du vécu de partage social de nos patients. Il est aussi essentiel de savoir ce que signifie vivre une émotion forte, ce qui se passe lorsqu’on est ému, mû par un événement important, grave, violent. Rimé, toujours dans le même ouvrage, nous a permis de mieux comprendre la complexité du ressenti émotionnel, dans ses dimensions implicites et explicites. Il évoque que ressentir une émotion est une activation à trois niveaux :

  • moteur : musculature du visage qui va créer une expression, musculature corporelle qui se tend ou se relâche dans un mouvement de protection… Cette réaction est brève, rarement consciente, tout du moins pour l’auteur ;
  • neurovégétatif : la fréquence cardiaque s’élève, la respiration se bloque ou s’accélère, les intestins gargouillent, dans les situations extrêmes il peut y avoir émission d’urine, défécation, nausées et/ou vomissements ;
  • cognitif : le cerveau se met en marche pour donner du sens à ce qu’il vit, pour trouver des informations qui lui permettent d’intégrer ce qui lui arrive et organiser une réponse.

7C’est ainsi que si un mercredi à 13 heures, alors que vous êtes tranquillement assis à une table dans un restaurant, les sirènes d’annonce d’un état de guerre se mettent à sonner, vous allez tout d’abord sursauter et vous tendre sur votre chaise. Votre visage se crispe car vous vous concentrez pour vous assurer que vous avez bien entendu. Vous observez ensuite votre entourage, ses expressions. En parallèle, vous vous dites qu’il n’y a pas eu d’annonce de guerre possible lors des informations que vous avez écoutées à la radio. Vous partez alors en quête d’autres informations que vous auriez gardées en vous, et soudain vous réalisez que c’est le premier mercredi du mois, 13 heures, jour où deux fois par année le fonctionnement des sirènes est vérifié. Votre visage se détend instantanément, votre corps se relâche. Autour de vous l’information commence à être donnée aux personnes qui sont toujours tendues. Si vous aviez entendu en parallèle un bruit d’avion militaire ou une explosion, vous auriez probablement réagi plus intensément, peut-être vous seriez-vous levé brusquement, votre cœur se serait emballé, votre cognition se serait orientée sur comment organiser votre protection, vous auriez peut-être pensé à vos proches. Si en face de vous une personne continuait à parler et manger comme si de rien n’était, vous auriez vécu d’autres émotions encore. Tout cela se joue en une fraction de seconde.

8

… Au sommet émergeant de l’iceberg – notre conscience explicite – correspond la masse immergée de la riche caisse de résonance autoréférentielle : la conscience implicite de notre propre existence.
(Philippe Caillé, 2012)

9Cela signifie que les expériences (explicite et implicite selon Caillé) seront enregistrées dans différentes mémoires :

  • Ce qui est cognitif sera enregistré dans ce que Luigi Onnis (2009) nomme la « mémoire explicite ».
  • Les réactions musculaires et neurovégétatives iront se placer dans la mémoire implicite qui est la mémoire qui contient toutes les expériences préverbales et infraverbales (Onnis, 2009), ainsi que tout ce que nous captons à l’aide de nos neurones miroirs (Rizzolatti et Sinigaglia, 2008 ; Gallese, 2005) et sociaux sans y prêter attention.

10Ces deux mémoires fonctionnent indépendamment et en parallèle. Dans la plupart de nos souvenirs elles se complètent et interagissent entre elles, permettant à un même événement d’avoir un contenu à la fois déclaratif (explicite) et non déclaratif (implicite) auquel nous avons accès de manière souple. Mais de nombreuses recherches nous ont appris qu’un souvenir traumatique est mémorisé de façon fragmentée : les éléments cognitifs, sensoriels et émotionnels de l’événement traumatique ne sont pas reliés entre eux et ne peuvent l’être spontanément. Le souvenir traumatique est stocké dans la mémoire implicite sous une forme brute et non assimilée sans pouvoir passer vers la mémoire explicite grâce à laquelle on peut construire un récit cohérent. Les recherches en neurosciences permettent de mieux comprendre la nature des séquelles du traumatisme psychique. Nous savons désormais qu’en cas de traumatisme, les différentes strates du cerveau (cerveau reptilien, cerveau limbique et cortex cérébral) sont atteintes. En cas de danger, c’est tout notre système de régulation des émotions qui semble alors dépassé. En effet, plus une expérience traumatisante nous submerge, plus les parties primitives de notre cerveau (cerveau reptilien) se mettent en jeu pour trouver des mécanismes de survie. Le cortex préfrontal médian (cortex cérébral) ne parvenant plus à inhiber l’amygdale (petite structure dans le cerveau limbique qui détecte le danger), celle-ci hyperfonctionne alors en permanence. C’est ainsi que la victime de traumatisme, dans un état d’hypervigilance permanent, continue des années plus tard à vivre comme si le danger d’hier était présent aujourd’hui.

Les mandalas des émotions et leurs treize objets

11Au vu de la complexité biologique, psychologique, familiale et relationnelle du vécu des émotions, après avoir travaillé plusieurs années avec les mandalas des émotions dans l’idée de permettre à l’implicite de s’inviter dans l’échange thérapeutique explicite, nous éprouvions le besoin d’aller plus loin dans le travail accompli aux côtés de nos patients.

Matériel

12

  • Des sables colorés, les couleurs sont indifférentes, mais il est important d’en avoir des contrastées, ce qui permet un meilleur travail.
  • Des assiettes en verre transparent.
  • Les treize objets.

Consignes

13

  • Étape 1a (illustration de ce que l’on ressent) : « Vous allez imaginer que l’assiette de verre représente votre intérieur. Nous vous proposons de représenter vos émotions, ce que vous ressentez en choisissant des sables colorés. Vous choisissez les couleurs qui vous semblent correspondre à chacun de vos ressentis, et ensuite vous le versez dans l’assiette de telle manière à ce qu’il y en ait une quantité qui occupe un espace similaire dans l’assiette de celui qu’il occupe en vous. La forme, l’épaisseur, le mélange de couleurs, tout est possible. Ce qui compte, c’est que cela représente ce que vous ressentez en vous. »
  • Étape 1b : Une fois les sables disposés, nous présentons les treize objets à notre patient. « Pouvez-vous nous montrer, à l’aide de ces objets, le rôle que joue l’émotion dans votre vie ? »
  • Étape 2a : « À l’aide de cette baguette magique, pourriez-vous faire un souhait de bonne évolution à votre représentation de manière à augmenter votre confort et le représenter sur cette deuxième assiette ? »
  • Étape 2b : « Pouvez-vous maintenant à l’aide des treize objets décrire les fonctions de vos émotions ? »
  • Étape 3a : « Pour passer de 1 à 2, il a fallu une baguette magique, ce qui signifie que vous ne pouvez aller spontanément de 1 à 2. Dans notre expérience, cela signifie qu’il y a des risques à utiliser la baguette magique, ou de bonnes raisons de ne pas le faire. Nous vous proposons de représenter ces risques à l’aide des sables dans cette troisième assiette. »
  • Étape 3b : « À l’aide des objets, montrez-nous quelles sont les fonctions de ces émotions. »
  • Étape 4a : « Nous souhaitons maintenant que dans cette quatrième assiette vous illustriez, à l’aide des sables, quelle évolution dans dix ans aura votre première représentation, sans baguette magique. »
  • Étape 4b : « À l’aide des objets, expliquez-nous quels seront les rôles des émotions que vous ressentirez dans dix ans. »

Présentation des treize objets

14Un coffre : contient, retient, enferme, cache, protège. Il est mystérieux, attirant, il conserve des trésors ou des secrets. Exemples : le rôle de l’amour par exemple est de contenir du précieux, de mettre à l’abri la part de soi précieuse. Le rôle du vide peut être un rôle coffre car il enferme ce à quoi on ne veut pas penser, on ferme à clé et on est libéré.

15Un bouclier : protège, permet de s’approcher sans danger ou met à distance, isole. Il est lourd, encombrant ou rassurant. Les armoiries qui y figurent permettent de mettre en avant son appartenance. Exemples : le rôle de la peur peut être un rôle bouclier car il permet de se protéger et de maintenir à distance. Le rôle de la colère peut être un rôle bouclier qui protège mais isole des autres, est lourd et encombrant.

16La poubelle : permet de trier, de jeter, de recycler. Elle peut être dégoûtante, nauséabonde, mais permet aussi de passer à autre chose. Exemples : le dégoût peut être une émotion poubelle qui permet de se débarrasser de ce qui fait mal.

17Le nuage : léger, passager, menaçant, protège du soleil ou le cache, est moelleux et donne à boire. Exemples : la joie peut être une émotion qui va et vient comme un nuage, elle fait du bien mais met la vigilance dans l’ombre. La tristesse peut être un nuage.

Description de l'image par IA : Petits objets colorés dispersés sur fond bleu.

18La fleur : belle, parfumée, éphémère, grandit vite mais fane vite aussi. Elle peut être énergie nouvelle ou fragilité nouvelle, enivrante ou allergène. Exemples : joie, tendresse, douceur peuvent être des émotions fleurs, une énergie nouvelle, le parfum en donne une dimension extravertie… mais il faut les arroser et en prendre soin pour qu’elles restent en fleurs.

19Le couteau : fait peur, blesse, attaque, protège. Il est tranchant ou émoussé. Permet de trancher, mais on peut s’y blesser. Exemples : une émotion couteau peut être la peur car elle protège. La haine peut être une émotion couteau car elle permet de couper avec ce dont on doit se séparer, mais elle peut blesser.

20La lanterne : éclaire, réchauffe, sécurise. Est un repère ou aveugle ou attire dans une mauvaise direction ou attire les moustiques. Exemples : la solitude peut être une émotion lanterne qui nous rend plus visibles et plus vulnérables. La curiosité peut être une émotion qui éclaire des zones, qui permet d’avancer plus vite, mais elle fait aussi découvrir ce qu’on aimerait ignorer.

21La corde : relie, attache, tient ou enferme, permet de retrouver son chemin, sauve ou tue. Exemples : La peur peut être une corde qui permet d’assurer la sécurité et l’impuissance est une corde qui ligote (emprisonne). Une fillette a dit en voyant la corde : « Je prends la corde, j’empaquette ma colère, je l’attache et je l’envoie très loin par la poste. »

22Le sac à dos : pèse sur les épaules, contient ce dont on a besoin quand on se déplace. Contient ce qu’il faut pour apprendre (affaires d’école). Il peut être lourd, encombrant et parfois on ne peut s’en débarrasser. Exemples : la joie peut être une émotion sac d’école car il y a le plaisir d’apprendre. Colère, haine peuvent être des émotions sac à dos : on doit les traîner avec soi et on ne peut les laisser. Se sentir autonome peut être une émotion sac à dos : on porte soi-même tout ce dont on a besoin et on est libre.

23Les lunettes de soleil : elles permettent de nous cacher, d’être à l’abri. Elles ont un potentiel de transformation de l’extérieur. Exemples : les doutes peuvent être des émotions lunettes de soleil, on ne voit pas la même chose avec les lunettes de soleil. L’indifférence peut être une émotion lunettes de soleil : on peut se la mettre sur les yeux et tout voir sans qu’on nous regarde (comme les détectives).

24Une pierre précieuse : est brillante, froide, dure. Elle peut être en toc ou hors de prix. Elle attire les voleurs. Exemples : l’amour peut être une émotion pierre précieuse en toc, on est attiré par lui et on découvre qu’on s’est fait avoir. La joie peut être une émotion pierre précieuse qui attire les autres mais peut aussi attirer les voleurs et les méchants (régulièrement chez les victimes de violence intrafamiliale apparaît cette notion qu’être joyeux attire la violence d’autrui sur soi).

25La boussole : permet de s’orienter, de garder le cap, mais elle oblige à toujours savoir où est le Nord. Exemples : le sentiment de sécurité peut être une émotion boussole qui permet de s’orienter. La rage peut être une émotion boussole qui indique toujours le nord et on ne peut aller nulle part ailleurs.

26Le fossile : c’est une pierre qui rappelle le passé. Il est beau et rare. Exemples : Lla tristesse et la colère peuvent être des émotions fossiles, vestiges d’une époque où il y a eu un traumatisme.

Vignette clinique

27Quand nous proposons à Marco de travailler avec les sables colorés et ces objets, cela fait trois mois que nous le recevons en consultation individuelle à raison d’une fois par semaine. Sa demande de suivi fait suite à un épisode de violence sur son fils de 7 ans lors d’un droit de visite, à savoir qu’il a pris son fils par le col de sa veste en le tirant hors de la voiture et en lui criant de se dépêcher.

28En voyant la peur dans le regard de son fils puis en l’entendant lui dire « arrête, papa », Marco emmène son fils à l’hôpital pour l’y déposer puis se rend à la police pour dénoncer son acte de violence.

29Sa violence a réactivé les souvenirs de celle de ses deux parents dont il a été la victime durant toute son enfance et son adolescence. Horrifié de faire subir à son fils ce qu’il pensait ne jamais reproduire, envahi par les réminiscences des violences dont il a été la victime, Marco décrit être régulièrement envahi par une angoisse qui occupe tout son psychisme. Ces épisodes d’angoisse l’empêchent d’assumer pleinement ses activités de la vie quotidienne, mais depuis quelques semaines, c’est aussi son activité professionnelle qui en est impactée. L’espace thérapeutique devient également saturé par l’état anxieux de Marco, empêchant toute élaboration, raison pour laquelle nous lui proposons de travailler avec les mandalas de sables colorés.

30Quand nous demandons à Marco quelles sont les émotions présentes lorsqu’il a une angoisse du type de celle qui envahit tout son psychisme, il représente :

  • la peur (sable rouge) : « La peur de faire faux, la peur de ne pas contrôler mes colères, la peur de ne pas être un bon père » ;
  • l’espoir (sable vert) : « L’espoir qu’il y a une issue même si je ne la vois pas encore » ;
  • le doute (sable jaune) : « Depuis que j’ai été violent avec mon fils, je ne sais plus qui je suis vraiment » ;
  • la sensation d’être vivant (sable turquoise) : « Là j’ai mis une grande part de sable. Je sens des fourmillements dans mes jambes, j’ai mal à la tête, j’ai une boule dans la gorge et surtout je cherche de l’air frais. »

Description de l'image par IA : Gâteau avec décoration de trésor, coquillage et carte au trésor sur fond bleu, rouge et vert.

31Quand nous lui demandons de choisir parmi les treize objets celui qui, pour chacune des émotions représentées, dit quelque chose du rôle qu’elles jouent dans sa vie, il choisit :

  • un fossile pour la peur qui représente l’ancienneté de cette émotion : « Je crois bien avoir toujours éprouvé de la peur. Je n’étais jamais tranquille, toujours sur le qui-vive » ;
  • un coffre pour l’espoir : « L’espoir c’est précieux, il faut bien le garder. Le coffre permet de le conserver à l’abri de toute sorte de dégradation » ;
  • un bouclier pour le doute qui représente la protection : « Ça me protège des autres puisque mes doutes c’est : “Peux-tu faire confiance ou non ?” Du coup, je ne suis pas blessé » ;
  • une pierre précieuse pour la sensation d’être vivant qui représente le tangible : « Dans ces moments, je me demande si je ne vais pas mourir étouffé. Ce n’est pas agréable mais au moins je sens mon corps, je sens quelque chose que je comprends. »

32Quand nous donnons à Marco une baguette magique qui lui permet de faire des changements pour augmenter son confort, il représente :

  • la solidité (sable orange) : « C’est la confiance en soi. Rien ne me détourne de ma route. Je suis un homme de 42 ans, pas un petit gamin » ;
  • l’énergie (sable jaune) ;
  • l’espoir (sable vert) : « C’est croire malgré tout qu’il y a une issue » ;
  • la joie de vivre (sable turquoise) : « Je ne me pose plus autant de questions. Je suis heureux des moments que je passe avec mon fils. Il est fier de moi. Sa mère me fait davantage confiance » ;
  • l’amour (sable rose) : « Là je serais amoureux et serais aussi aimé. »

33Les objets qu’il choisit sont :

  • un couteau pour la solidité : « Le couteau représente le combat de tous les jours qu’il faut mener pour rester solide. Le métal de ce couteau représente le froid car, pour être solide, il faut être froid sans sensiblerie » ;
  • un fossile pour l’énergie : « C’est l’énergie vitale. Quels que soient les événements difficiles de la vie, cette énergie ne meurt pas, elle reste » ;
  • un coffre pour l’espoir : « À l’abri » ;
  • une lanterne pour la joie de vivre : « C’est la lumière, la clarté. En éclairant un endroit avec la lanterne, d’autres endroits sont davantage dans l’ombre » ;
  • une pierre précieuse : « Au centre de l’assiette car toutes ces émotions sont rares. »

Description de l'image par IA : Cercle de sable coloré avec trésor, bouteille et coquillage.

34En regardant cette seconde assiette, Marco fait le commentaire que dans le souhait de bon changement, « la peur a disparu et a été remplacée par l’amour. Évidemment ! Comment vivre un amour véritable avec autant de peur en moi ? ».

35Après avoir repris la deuxième baguette magique, nous demandons à Marco de représenter les risques à ces bons changements.

  • L’amour non partagé, non véritable (sable gris foncé) : « Aimer, c’est risquer d’être affaibli, de laisser l’autre prendre le pas sur ce que l’on est. »
  • La colère (sable rose) : « C’est une force destructrice. Une perte de contrôle. C’est la conséquence de ce qui arrive quand on se laisse diriger par l’autre et qu’on n’écoute plus ses besoins. »
  • La désillusion (sable blanc) : « C’est le revers de la médaille de l’espoir. C’est inévitable. »
  • La peur (sable violet) : « La peur de l’éphémère. Quand c’est trop beau, ça dure pas. »

36Les objets qu’il choisit sont :

  • une poubelle pour la colère : « Il faut la détruire, qu’elle disparaisse » ;
  • un nuage pour la désillusion : « Le nuage, c’est pour représenter la découverte d’une autre réalité que celle que l’on s’imagine » ;
  • une corde pour la peur : « Ça ligote, ça retient » ;
  • le bouclier au centre de toutes ces émotions : « Il est encombrant et empêche de se déplacer léger ! »

Description de l'image par IA : Téléphone rose avec coque décorée, chargeur blanc et tasse rose sur fond de granulés rose et blanc.

37Lors d’une deuxième séance, Marco fait un dernier mandala qui est l’évolution de sa première représentation dans dix ans (et sans baguette magique !).

  • La tranquillité (sable vert clair) : « J’arrive à prendre de la distance. »
  • Le doute constructif (sable jaune clair) : « C’est le doute qui permet de faire des choix sans les regretter. »
  • La confiance (sable orange) : « Une confiance bien mesurée qui permet de nous sentir solides, les pieds ancrés au sol. »
  • La prudence (sable rouge) : « Quand j’ai pris le sable rouge, je pensais représenter la peur ou même la colère mais en le versant dans l’assiette je réalise que c’est davantage de la prudence que de la peur ou de la colère. »
  • La joie tranquille (sable turquoise) : « C’est une joie pour des petites choses.
    Pas besoin de choses exceptionnelles pour ressentir cette joie-là. »
  • L’amour (sable rose) : « Cet amour-là, c’est un amour plus spirituel. C’est l’amour pour une famille. Dans dix ans j’espère être amoureux et avoir un deuxième enfant. »

Description de l'image par IA : Cercle coloré avec sablon, contenant une boîte, un bateau, une boussole et une lanterne.

38Les objets qu’il choisit sont :

  • un coffre pour la tranquillité : « Ce coffre, on peut le transporter. La tranquillité, je pense que si on la trouve, on peut la transporter partout, ou disons qu’elle porte tout le reste » ;
  • une lanterne pour le doute constructif : « Avoir un petit peu de doute permet de voir où l’on va sans trop dévier de la route prévue » ;
  • un couteau pour la confiance : « Si j’avais plus de confiance, je n’aurais pas besoin de ce couteau car il y aurait moins à combattre » ;
  • un bouclier pour la prudence : « La prudence protège et permet d’avancer en parant les coups » ;
  • une fleur pour la joie tranquille : « Cette joie tranquille doit quand même être cultivée, arrosée » ;
  • le nuage au centre : « Il faut imaginer que le nuage est sur l’amour qui est tout autour de ces émotions mais aussi au centre. Et c’est quelque chose de supérieur. »

39Alors que nous plaçons les quatre assiettes devant Marco, il dit qu’il est étonné de se sentir aussi ému, d’autant plus que quand nous avons sorti les sables, il s’est demandé où cela allait le conduire.

40« Vers quoi souhaite-t-il aller ? » est effectivement une question à laquelle nous lui proposons de réfléchir à l’aide de ses quatre mandalas. En regardant chacun de ses mandalas et en se remémorant, avec notre aide, les émotions représentées, la place qu’elles occupent dans son intérieur et le rôle qu’elles jouent dans sa vie, il est clair pour Marco que la situation actuelle (mandala 1) où prédominent la peur, les douleurs physiques et le doute ne peut plus durer. En regardant côte à côte ses souhaits de bons changements pour augmenter son confort (mandala 2) et les risques entrevus par ces changements (mandala 3), Marco s’étonne d’avoir représenté autant de risques pour des changements pourtant souhaités. Sa réflexion nous permet de lui proposer d’explorer ces risques redoutés pour aller vers le changement.

41En pointant du doigt le sable rose du mandala 2 et le sable gris foncé du mandala 3, Marco évoque son souhait de vivre une relation amoureuse et le risque qu’il y voit d’être assujetti par l’autre. Quand Marco nous parle de ses relations amoureuses depuis l’adolescence, nous comprenons que la question de la séduction est très compliquée pour lui. Assumer et exprimer son désir sont générateurs d’un grand sentiment de honte et de culpabilité. Par ailleurs, répondre au désir de l’autre lui donne l’impression d’être un objet, un jouet. Adolescent, il s’est parfois senti « raide dingue d’amour » pour des filles de son école qu’il finissait par harceler, sans prendre en compte leur désir à elles. Il se rendait dès lors abusif dans ces relations. Prenant conscience petit à petit du non-respect dont il faisait preuve dans ses relations aux femmes, il s’est en quelque sorte « offert » à leur désir à elles, niant bien souvent ses besoins à lui. Ce qui lui donna, progressivement, le sentiment d’être l’objet de plaisir des femmes, d’être abusé par elles. Ces sentiments ont généré en lui beaucoup de colère et de violence qu’il a notamment agies sur la mère de son fils, provoquant leur séparation.

42Nous transmettons cette lecture à Marco, faisant un lien avec son histoire : il a vécu une relation incestuelle avec sa mère durant toute son enfance et s’est senti être l’unique objet de désir et de plaisir de cette dernière. Son père travaillait beaucoup et son absence a, petit à petit, favorisé la fusion mère-fils, fusion d’autant plus forte que, quand le père de Marco était présent, il se montrait violent envers sa femme et son fils.

43En évoquant la violence de son père, Marco fait un lien avec la peur qu’il ressent lors d’actuels épisodes d’angoisses, représentée dans son mandala 1. Le fossile qu’il a choisi évoque l’ancienneté de ce ressenti. Marco nous dit que vingt ans après avoir quitté le domicile familial, il lui arrive régulièrement d’entendre les dénigrements d’alors de son père, d’entendre ses cris, ses insultes, les bris d’objets et les pleurs de sa mère. Il évoque son impossibilité de bouger de sa chaise alors qu’il avait envie de fuir, les battements de son cœur qui tambourinaient dans sa tête et sa difficulté à respirer. En racontant cela, Marco se touche la tempe. Nous lui disons qu’il se trouve dans notre bureau et non sur la chaise de la cuisine familiale, et qu’il n’est plus ce petit garçon de 8 ans. Si notre intervention le ramène dans l’« ici et maintenant », nous sentons Marco en colère, du moins très agacé, ce qu’il dément. En regardant les mandalas, nous pointons du doigt le sable rouge représentant la peur dans le mandala 1, qui disparaît dans le souhait de bon changement. On la retrouve dans les risques en sable violet puis remplacée au dernier moment par la prudence dans l’évolution à 10 ans. Nous n’avons pas le temps d’en dire beaucoup plus que Marco prend la parole : « Je réalise que cette peur d’aujourd’hui est celle d’hier. Aujourd’hui il y a un mélange de colère qui me permet peut-être de rester prudent pour ne pas être blessé et pour ne pas blesser et surtout pas mon fils. »

44Lors des séances suivantes, les mandalas photographiés et imprimés seront devant nos yeux sans que nous travaillions directement dessus. Ces séances auront pour objectif d’aider Marco à se sentir « sujet » et non plus « objet ». Le fait de mieux comprendre et gérer l’ambivalence « amour-haine » ressentie à l’égard des femmes l’aide progressivement à mieux se positionner face à elles, dans une distance plus respectueuse de soi et de l’autre. Le travail thérapeutique consiste également à ce que Marco développe un sentiment de soi cohérent et solide, ce qui a été altéré par les maltraitances qu’il a subies précocement et de manière répétée par ses deux parents.

Discussion

45Les premières années de travail avec les mandalas des émotions nous ont permis d’expérimenter combien la mise en sables des émotions les place dans un espace intersubjectif où il est possible de les regarder, de les apprivoiser, d’en percevoir la forme, l’intensité. Pour la première fois nous pouvions partager un vécu émotionnel chaotique, souvent violent, avec sérénité. Cette sérénité nous a fait prendre conscience de la première ressource qu’est le travail avec les sables : c’est une technique de stabilisation puissante qui peut être utilisée avec des patients qui sont envahis par l’angoisse, la colère au point de ne plus se contrôler. Nous avons pu faire l’expérience de l’utilisation des sables avec des patients décompensés : ce travail les rassemblait, apaisait, comme les techniques de stabilisation [2] développées par les psychotraumatologues (technique comme celle qui est mentionnée dans la séance avec Marco à qui nous disons que pendant celle-ci il est en sécurité ; d’autres sont la cohérence cardiaque, le lancer de peluche, pousser un mur, etc.). En raison de la particularité du travail avec les mandalas, la stabilisation se crée au moment où le patient, à travers les sables, développe sous nos yeux ce qu’il sent.

46Autour de cet espace intersubjectif le dialogue entre soignant et patient est moins menaçant, voire souhaité. Ainsi, nous avons progressivement ressenti le besoin de prolonger ces instants pour en faire des moments thérapeutiques centrés sur le sens (signification et direction). C’est en se questionnant sur le rôle que ses émotions ont dans sa vie que Marco réalise que certaines s’y sont incrustées malgré le fait qu’elles n’ont plus de raison d’être parce que le danger s’est éloigné. Comme nous l’avons vu lorsque nous parlions de mémoire traumatique, le déliement du cognitif et de l’émotionnel (du cerveau archaïque du cortex) fait que l’émotion ressentie donne l’impression que le danger est là. Cognitivement, en se dissociant, les patients peuvent évoquer qu’un traumatisme est passé. Mais ils ne font pas le lien entre les émotions ressenties et la fin du danger, ils ne peuvent pas le faire pour des raisons biologiques. Or, déposer l’émotion dans une assiette, réfléchir à sa place dans notre vie, permettent de recréer une continuité entre cognitif et émotionnel en partant de l’émotionnel et non en l’excluant. Parfois le rôle des émotions apparaît comme fondamental (lorsque le danger persiste par exemple) et parfois l’évidence qu’il n’est qu’une séquelle du passé saute aux yeux de nos patients. Ce premier constat augmente sécurité et estime de nos patients probablement pour deux raisons : ils comprennent que les émotions ont toujours à un moment été nécessaires, salvatrices, ils réalisent que ces émotions ont été alliées de leur survie, leur ont permis d’avancer. Cette prise de conscience leur permet de ramener le cognitif dans le ressenti, de les relier. Lorsque ensuite la raison rappelle que le danger est éloigné, la sphère émotionnelle l’entend et une négociation commence à l’intérieur du patient pour réfléchir à combien de peur, par exemple, ou de colère est nécessaire pour assurer la sécurité, et combien il faut en abandonner pour avoir une vie un peu plus confortable.

47Une fois cette prise de conscience faite, la projection dans plus de confort grâce à la baguette magique se fait naturellement : elle permet de choisir facilement les émotions que nous aimerions garder et la fonction qu’elles devraient garder ou prendre. L’utilisation d’objets permet de matérialiser le rôle, d’éviter ainsi que le fait de penser au rôle devienne traumatique et dissocie les patients. Marco explore ainsi la fonction, le sens qu’ont ses émotions. Lorsqu’il perçoit les risques à l’utilisation de la baguette magique, nous l’invitons à explorer la dimension temporelle du changement. La projection dans un futur lointain amène nos patients à explorer le sens, la direction, sous un autre angle que la baguette magique. La pression de l’urgence diminue, la question de l’évolution des émotions, de leur fonction se pose différemment. Qui serai-je dans dix ans ? Pour les patients qui ne voient aucun changement, l’éclairage sur les risques change : ils se questionnent sur d’autres stratégies de survie à mettre en place. Pour ceux qui peuvent imaginer une vie plus sereine, la réflexion sur la guérison évolue. Ainsi, Marco ne parle plus de l’ici et maintenant, mais s’inscrit dans le flux de sa vie.

48Ce qui nous semble particulièrement intéressant avec les mandalas des émotions et leurs treize objets, comme mentionné ci-dessus, est le degré de sécurité lors du processus, malgré l’émergence de ressentis profonds chargés de leurs parts de vulnérabilités et de ressources. Le processus se passe comme si le média des sables et des objets créait une scène où extérioriser en sécurité ses ressentis profonds. Le thérapeute et le patient deviennent spectateur et artisan, explorant en ce lieu virtuel la vie des émotions, tentant de nouveaux agencements, dans un échange intime mais pas intrusif puisque les regards sont tournés vers les sables.

Conclusion

49À la fin de ces quatre étapes nous demandons aux patients ce qu’ils souhaitent faire de ces mandalas. Tout est possible, même si en choisissant le mot « mandalas » pour nommer les créations de sables, nous souhaitions l’inscrire dans l’éphémère, le processuel. Certains évoquent que cela leur est égal, d’autres souhaitent les jeter par la fenêtre dans le vent, d’autres souhaitent garder le sable et nous les versons dans des flacons de verre. Dans la thérapie de Marco, ce sont les photos qui ont fait office de mémoire, dans d’autres thérapies les sables restent sur la table et le patient parle de ses émotions en couleurs. Récemment, une jeune femme de 20 ans disait : « Votre truc était génial et dans ma coloc maintenant on a des sables et quand quelqu’un va mal on les sort. » Elle avait souhaité emmener des petites cartes avec les photos des objets à la fin du processus.

Bibliographie

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Date de mise en ligne : 11/04/2019

https://doi.org/10.3917/tf.184.0374