68. Comment le Brésil préserve-t-il son environnement naturel ?
- Par Frédéric Louault
Pages 220 à 221
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- LOUAULT, Frédéric,
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- Louault, F.
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1 Plusieurs avancées légales adoptées depuis le milieu du xxe siècle auraient dû permettre de protéger les forêts et la biodiversité. En outre, les ONG environnementales, très présentes sur le terrain, exercent sur les gouvernants une pression constante relayée par la communauté internationale.
2 Deux Codes forestiers rédigés en 1934 puis en 1965 ouvrent la voie à une protection de la biodiversité et élèvent la végétation au statut de bien d’intérêt commun. Mais c’est surtout après la démocratisation que le cadre législatif se consolide. La protection de l’environnement est d’ailleurs inscrite de manière explicite dans la Constitution de 1988, de même que le droit des individus à bénéficier d’un « environnement écologiquement équilibré » (art. 225). En 1989, un Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables (Ibama) est créé pour assurer la préservation du patrimoine naturel : contrôle, surveillance, fiscalisation, octroi de licences environnementales. Dix ans plus tard, une loi de crimes environnementaux établit des peines administratives pour les activités qui nuisent à l’environnement (pollution de l’eau, déboisement illégal, etc.). Puis un Système national d’unités de conservation de la nature est mis en place en 2000 afin de protéger les réserves naturelles. Ces zones couvrent actuellement 18 % du territoire, soit environ 1,6 million de kilomètres carrés soit trois fois la superficie de la France. Par ailleurs, 14 % des terres sont réservées aux populations indigènes. La part totale protégée demeure toutefois inférieure à celle de certains voisins comme la Colombie, le Pérou ou la Bolivie (40 %). De manière plus symbolique, l’Amazonie centrale a également été inscrite sur la liste du patrimoine naturel de l’Unesco en 2000. Afin de mieux gérer ces unités de conservation, une structure publique a été fondée en 2007 : l’institut Chico-Mendes de conservation de la biodiversité (ICMBio). Son nom rend hommage à un célèbre militant écologiste brésilien assassiné en 1988. Outre la création de nouvelles réserves naturelles et l’entretien des unités existantes, l’ICMBio a pour mission d’y faire respecter les normes environnementales. Il agit donc comme une police environnementale des zones protégées.
3 Mais le manque de moyens – et parfois de volonté politique – pour mettre en application ce cadre légal limite les possibilités réelles de préservation. Et l’immensité du territoire complique les activités de surveillance et de fiscalisation. L’influence du puissant lobby des propriétaires terriens ne facilite pas les choses. Ainsi, le nouveau Code forestier adopté par le Congrès en 2012 amnistiait tous les déboisements illégaux réalisés avant 2008. Sous Bolsonaro, les organisations chargées de la politique environnementale sont littéralement démantelées, financièrement et administrativement, au nom de la débureaucratisation. Plusieurs parcs nationaux ont même été privatisés.
Date de mise en ligne : 26/04/2024