L'institutionnalisation du vélo tout-terrain en France (1983-1990)
- Par Frédéric Savre
Pages 61 à 74
Citer cet article
- SAVRE, Frédéric,
- Savre, Frédéric.
- Savre, F.
https://doi.org/10.3917/sta.092.0061
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- Savre, F.
- Savre, Frédéric.
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https://doi.org/10.3917/sta.092.0061
Notes
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[1]
La NORBA (National Off Road Bicycle Association) est créée au début de l’année 1983 par les pionniers de Marin County en Californie. Cette association est basée sur le principe des « leagues » privées américaines à l’instar de la NBA ou la NFL.
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[2]
Les autres membres du bureau sont des amis d’Hauvette : vice-président, Éric Frison, trésorier, Étienne Boisrond.
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[3]
VTT Magazine sort le premier numéro à la fin de l’année 1987.
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[4]
Entretien avec Michel Forestier, Les Rousses, 20 octobre 2007. « Stéphane voulait à tout prix y aller. […] Tout le monde voulait que cela reste une petite fédé. »
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[5]
L’obligation du casque chez les cyclistes professionnels sur route ne sera effective qu’en 2001.
1Lorsque l’on étudie l’histoire d’un sport, qu’il soit ancien ou nouveau, on ne peut faire l’économie des différentes phases de diffusion géographique mais aussi du passage du stade de pratique physique (Camy, 1981) à celui de sport qui se caractérise, selon Pierre Parlebas (1981), comme « l’ensemble de situations codifiées sous formes de compétition et institutionnalisées ». Synthétique et opérationnelle, cette définition peut être avantageusement complétée par l’approche reconnue d’Allen Guttmann (1978). S’inspirant des travaux de Max Weber, l’historien américain développe l’hypothèse de la genèse des sports comme forme de rationalisation de la vie sociale dans le monde industriel, sous l’impulsion du protestantisme. Selon Guttmann (2005), le sport, défini comme une compétition physique autothélique se caractérise par sept critères : sécularisation, égalité, spécialisation des rôles, rationalisation, bureaucratie, quantification et quête du record. L’origine primaire reste le jeu, divisé lui-même en jeu spontané ou organisé ; ces jeux organisés peuvent être non compétitifs ou compétitifs (eux-mêmes subdivisés : intellectuels ou physiques). Enfin, dans l’analyse des premières pratiques, l’approche de Norbert Elias et Eric Dunning (1986), au-delà de la référence à la réduction de la violence, permet de comprendre le processus de codification progressif des sports et le renforcement de la notion de sécurité. On peut identifier le passage d’une organisation implicite à une haute spécificité d’organisation et caractériser aussi la transition de règles légitimées par la tradition à des règles écrites. L’évolution de l’espace vers un terrain de jeu défini ou balisé, les changements dans la répartition des rôles, le niveau toléré de violence, l’importance de l’habileté sur la force et enfin, de la dimension d’identité individuelle par rapport à la notion de groupe, sont autant d’indicateurs précieux pour ces auteurs.
2Les concepts de codification (Parlebas, 1981), de bureaucratie, de rationalisation (Guttmann, 1978) mais aussi d’organisation et de légitimation (Elias et Dunning, 1986) restent donc au centre du processus d’institutionnalisation.
3Le Vélo-Tout-Terrain (VTT) se définit comme « la pratique physique d’un vélo à pneus larges, hors de la route, sur terrains variés, sous forme utilitaire, de loisir ou de compétition » (Savre, 2010, 138). Quand seront réunis ces concepts lorsque ce sport nouveau va amorcer sa diffusion sur le territoire français ? Comment s’effectue le passage d’une pratique tribale à un sport organisé ? Quels acteurs et organisations vont présider aux débuts organisés de ce sport naissant ? La question de l’institutionnalisation du mountain bike à l’échelle d’un pays comme la France renvoie aux rôles des acteurs (sportifs, économiques ou décideurs) mais aussi des institutions plus anciennes comme les « fédérations historiques » peu à peu concernées par l’arrivée de pratiques nouvelles dans le paysage sportif des années 1980.
1 – Un contexte favorable à l’émergence du VTT
4Durant les années 1980, la loi de décentralisation du 16 janvier 1982 initiée par Gaston Deferre (Marchand & Thélot, 1997) favorise la notion de « temps libre » qui possède depuis peu son propre ministère. La part du budget des ménages consacrée aux loisirs passe ainsi de 6,8 % en 1975 à 7,8 % en 1983. Dans une société où « l’affirmation croissante de l’individu […] par rapport aux formes collectives » (Bernstein & Milza, 1994, 223) et où la liberté de chacun est prônée comme valeur absolue, les pratiques individuelles et proches de la nature se positionnent a priori en adéquation avec les valeurs du moment. La montée en puissance des salles de remise en forme durant cette période confirme cet intérêt pour l’entretien physique et la recherche de formes d’organisations moins institutionnalisées (Bessy, 1990). Entre 1971 et 1982, la croissance de la pratique fédérale dans les activités de montagne (+87 %), cyclistes (+129 %) et surtout cyclotouriste (+633 %) (Attali, 2007), confirme un terrain propice au développement et à la diffusion du VTT. On observe, en fait, une double tendance : celle d’une propension de plus en plus affirmée vers les sports de pleine nature à faibles contraintes mais aussi un rejet partiel de la compétition (Ehrenberg, 1991) telle qu’elle est envisagée dans le modèle classique fédéral. Dans ce cadre, les caractéristiques intrinsèques du VTT s’inscrivent parfaitement dans cette évolution des pratiques étudiées au milieu des années 1980 alors que le « vélo », annoncé comme premier choix d’activité chez les hommes (20,3 %) et quatrième chez les femmes (14,5 %) (Irlinger, Louveau & Métoudi, 1987), semble un vivier de pratiquants quasi inépuisable pour cette forme de pratique cycliste plus tournée vers la notion de plein air et de pleine nature (Beauchard, 2004).
5« Dorénavant, le temps libre ne se conçoit plus en fonction d’un programme axé sur la rentabilité. Il s’inscrit dans une temporalité dont chaque séquence, déconnectée des valeurs de la production, se vit de manière ponctuelle et imprévisible : s’ouvrir au feeling, revenir au “spontané”, écouter ses pulsions, voilà les nouveaux mots d’ordre. La jeune génération ne vit plus dans l’attente de satisfactions à venir. Elle veut des loisirs moins tendus vers le futur, moins aiguillonnés par l’idée de progrès, et elle se montre plus sensible aux valeurs de l’instant » (Rioux & Sirinelli, 2002, 373). De Woodstock à Berkeley, de Paris à Prague, les valeurs et modes de pensée s’orientent vers l’affirmation de plus de liberté, plus de loisir (Kaspi, 2002). Edgar Morin rappelle avec poésie le virage culturel, voire philosophique des années 1970 : « Ils vont surfer par centaines de milliers, ils vont jouer avec la mer, et cela devient ce qu’il y a de plus important dans l’existence » (Morin, 1970, 191).
6Le monde du sport n’échappe pas à cette tendance de la société à s’orienter vers un univers de pratiques nouvelles (Vigarello, 1981) en rupture avec la logique des pratiques sportives traditionnelles. D’une culture « digitale » de type fédéral, on évolue vers une culture « analogique » (Loret, 1995) orientée vers la glisse et des contraintes minimales qui s’inscrivent dans ce vaste mouvement de contestation. Le surf, le sport de glisse par excellence (Kimberley, 2004 ; Nendel, 2007) et sa forme dérivée pour la montagne le snow-board, mais aussi la planche à voile (Pociello, 1995 ; Wheaton, 2003), le parapente (Jorand, 2002), le parachutisme (Loirand, 1989), l’escalade (Defrance & Hoibian, 2002 ; Corneloup, 1993) figurent parmi ces pratiques nouvelles et emblématiques qui modifient sensiblement durant cette période le paysage du monde des loisirs sportifs. Alain Corbin développe cette thématique avec comme hypothèse centrale que tout ce qui affecte le temps de travail a des conséquences sur la sphère du loisir (Corbin, 1995). C’est dans ce contexte de changement culturel des années 1980 que le mountain bike ou VTT se développe en Europe et en France après avoir transformé le paysage des pratiques cyclistes en Californie (Savre, Saint-Martin & Terret, 2010).
7Différentes étapes aux enjeux multiples participent à l’institutionnalisation du VTT en France de la création de l’AFMB à son intégration au sein de la FFC. L’enjeu central devient donc, non seulement, d’envisager sur le plan historique le passage d’une organisation de type associatif à un fonctionnement fédéral traditionnel, mais aussi d’analyser les enjeux économiques et humains consécutifs à ce changement.
2 – La création de l’AFMB et l’influence de Stéphane Hauvette
8En France, Stéphane Hauvette commence à diffuser la pratique de ce qui s’appelle alors encore le mountain bike, bientôt le vélo de montagne avant que la langue courante, relayée par certains constructeurs ne consacre finalement le terme Vélo Tout-Terrain ou VTT. Hauvette dirige une société d’organisation d’événements sportifs (FLASE) et souhaite développer des raids, courses et démonstrations orientés autour des sports nouveaux. De formation commerciale, le Parisien apprécie les sports à sensation et pratique personnellement la « moto verte ».
9Les 6 et 7 août 1983, il décide donc d’organiser à La Plagne le premier rassemblement VTT sur le sol français. Le samedi débute par une journée de découverte pour la presse (Libération, Le Monde, L’Express, Le Nouvel Observateur) avec une randonnée en montagne. Le lendemain, une descente sous forme de compétition VTT slalom, entre Bellecôte et La Plagne, séduit les divers participants, touristes et personnalités invités, tel le motard Cyril Neveu. L’idée d’un usage aventureux se trouve ici renforcée par la présence d’un éminent participant du Paris-Dakar. Fort de retombées de presse et d’impressions positives liées au succès de ce rassemblement, Stéphane Hauvette se rend au salon du cycle d’octobre 1983 à Paris où il expose sur le stand Peugeot le mountain bike de Gary Fisher, pionnier américain du VTT. Durant ce salon, il découvre des passionnés qui ont déjà vu ce vélo aux États-Unis et fait la rencontre de fabricants comme Raymond Crozet de Mécacycles (Saint-Étienne) qui se montrent intéressés par le produit. Un noyau commence à se former et Stéphane Hauvette décide de fonder l’Association Française de Mountain Bike, l’AFMB : « Et là, on commence à se regrouper. […] Le terme “mountain bike” me paraissait évident. L’abréviation “VTT” est une invention de Peugeot. Je voyais cela comme une activité de descente, de slalom, de randonnée un peu extrême, vraiment comme un sport de glisse avec du plaisir avant tout sous forme de compétition, loisir-balade, randonnée. »
10Regrouper les passionnés, organiser des événements compétitifs ou de loisir autour de cette nouvelle pratique du vélo et convaincre les industriels, tels sont les motifs essentiels de la naissance de cette association. Dans sa lettre à la préfecture datée du 17 octobre 1983, Stéphane Hauvette présente les objectifs de l’association : « Développer la pratique du vélo tout-terrain, aider à la création des clubs, organiser des compétitions, exhibitions, expéditions, randonnées en France et à l’étranger ». À ce moment, le choix est fait de bureaucratiser rapidement pour faciliter la diffusion et mobiliser l’industrie du cycle plutôt que de devoir gérer des différends potentiels entre passionnés. Alors que l’on compte plus de 13 années entre les premières pratiques du mountain bike aux États-Unis et la création de la première institution nord-américaine [1], seulement trois mois séparent le premier événement de VTT organisé sur le sol français de la première institution consacrée à ce sport en France.
11Une vision marketing orientée vers les sports nouveaux se dégage rapidement des options prises par Stéphane Hauvette. Il valorise des profils de pratiquants ciblés, une image et une communication à mettre en place et la volonté de faire découvrir et vendre le produit et s’appuyant sur la notion de plaisir de pratiquer et d’exploits à médiatiser. Son statut de chef d’entreprise mais aussi de président de l’AFMB lui permet de contacter l’industrie du cycle dans l’intention de développer par la suite des actions dans le monde de l’événementiel. L’approche initiale d’Hauvette se situe à la fois au niveau associatif, sportif et commercial. Au début de l’année 1984, l’AFMB entrevoit déjà un développement ambitieux avec une demande d’appui financier de l’industrie du cycle. Néanmoins, Stéphane Hauvette distingue les buts de l’AFMB des activités plus commerciales de sa propre société d’organisation d’événements sportifs. Mais cette double position se révèle rapidement être une source d’amalgames potentiels. Au-delà du but avoué, sincère et initial, de faire découvrir un nouveau sport, Stéphane Hauvette joue aussi une partition personnelle : se positionner en tant que professionnel de l’événementiel sportif, comme le premier sur le marché encore vierge du VTT en France.
3 – Les débuts laborieux de l’AFMB (1984-1985)
12La création de randonnées comme le Paris-Deauville ou le premier Roc d’Azur en 1984 figurent parmi les premiers événements organisés sous l’égide de l’AFMB. Les épreuves restent confidentielles, les participants se limitent à quelques initiés et le nombre de VTT vendus se chiffre seulement en centaines d’unités (Savre, 2010). L’industrie du cycle reste dans un premier temps très timorée face au développement potentiel du VTT. Malgré un sens affirmé des affaires, le président de l’AFMB comprend et constate le manque de moyens dont il dispose et la timidité presque générale des constructeurs malgré ses différentes sollicitations : « Pas d’argent, pas de moyens de communication, juste le bouche à oreille ! Un marché n’est pas mûr du jour au lendemain. Un marché, c’est la rencontre de la demande et de l’offre. S’il n’y a pas de demande, il n’y a pas de vélos dans les magasins. Et inversement. Nous, on disait : “Vous allez dans un magasin de cycle et vous demandez un vélo tout-terrain et au besoin vous leur expliquez!” […] Le cycle français[…] était dans une phase moribonde et ils sont morts à ce moment-là. » L’offre est ici représentée par les « multiples producteurs-publics et privés (éducation, santé, loisirs, spectacles, médias), production industrielle et les acteurs ». Il existe un « ajustement mutuel et permanent entre le champ socio-sportif et le système des produits » (Pociello, 1995, 252). Concernant le VTT, ce système d’ajustement mutuel ne se met en place qu’après cette période de fébrilité industrielle face à un phénomène sportif considéré dans un premier temps comme mineur ou sans perspective. Durant cette phase du processus de diffusion, l’industrie du cycle reste attentiste et ne suscite pas un intérêt du consommateur envers ce nouvel engin.
13Au cours de l’année 1986, l’association se développe peu à peu ; elle compte 350 membres et seulement cinq clubs affiliés. Stéphane Hauvette, qui jusqu’ici gère presque seul l’association [2], commence à se décourager et à rechercher d’autres solutions. Le problème des moyens semble récurrent. Les tâches administratives internes ainsi que les démarches pour organiser des courses en tant qu’association deviennent de plus en plus complexes. En effet, les communes ou les préfectures reconnaissent plus facilement une fédération plutôt qu’une association lorsqu’il s’agit d’organiser une course. Hauvette se remémore cette période : « À chaque fois qu’on organisait une compétition, on sentait qu’il y avait un étau qui se resserrait avec les préfectures de plus en plus “casse-pied” pour donner les autorisations d’organiser les compétitions et les comités régionaux de cyclisme commençaient à faire en sorte de nous compliquer la tâche. On sentait qu’on passait encore mais que c’était de plus en plus difficile. […] On n’avait pas beaucoup plus d’adhérents, on avait plus d’activités qui engendraient de plus en plus de coûts d’organisation et que quelque part cela coinçait de plus en plus. »
14Devant l’accumulation des obstacles au bon développement de l’association qu’il dirige de manière assez autonome, Stéphane Hauvette contacte, au printemps 1986, le Ministère de la Jeunesse et des Sports avec l’intention de créer une fédération afin d’être plus reconnu et d’obtenir davantage de moyens. La politique menée par le Ministère de tutelle ne favorise pas la multiplication de structures officielles et le renvoie vers les fédérations de tutelle. Le précédent de l’Association Française de Bicross déjà éconduite confirme cette tendance. Hauvette se rappelle ce moment décisif : « Et nous, se rapprocher du cyclisme et la FFC, c’était un drame ! Et donc vers 86, 87, il a fallu que je vende à mes adhérents le fait que l’on allait rejoindre la FFC. Je faisais tout le boulot, je n’avais pas de moyens et le ministère commençait à nous bloquer. »
15Au début des années 1970, certaines fédérations de sports de plein air, à l’instar de la course d’orientation en 1970 et le vol libre en 1974, parviennent à devenir autonomes. Mais d’autres sports nouveaux sont rapidement contraints à rejoindre des fédérations existantes comme en 1977 le skate-board rattaché dans un premier temps à la Fédération Française de Surf-Riding créée en 1964 puis finalement intégré à la Fédération Française de Roller Skate en 1994, mais aussi la planche à voile assimilée par la Fédération Française de Voile. L’intégration de l’escalade au sein de la Fédération Française des Sports de Montagne (FFME), finalisée en 1987, confirme d’ailleurs une tendance forte de cette période. Ces trois exemples indiquent que, sur le plan institutionnel, l’amorce d’un changement se dessine. Le rapprochement annoncé du VTT vers une fédération de tutelle déjà existante semble, dans ce contexte, presque inéluctable et les difficultés persistantes de l’Association Française de Bicrossing (AFB) à se fédérer de manière autonome confirment cette évolution.
16La politique ministérielle à ce moment (Lassus, Martin & Villaret, 2007) ne s’oriente effectivement pas en faveur de la création de nouvelles fédérations mais plutôt dans la perspective de l’intégration de nouveaux sports au sein des fédérations historiquement implantées. L’autonomie acquise par les collectivités locales (lois du 2 mars 1982 et du 7 et 22 janvier 1983) concerne aussi le monde du sport. Dans un contexte de redéploiement des moyens et des responsabilités, l’État et le Ministère de la Jeunesse et des Sports ne semblent pas disposés à créer de nouvelles fédérations mais plutôt à renforcer les prérogatives des fédérations existantes. Sur le plan législatif, l’État commence à prendre en compte les spécificités des sports de nature. La Loi Montagne de 1985 confirme cette évolution en réglementant l’accès de certaines zones et territoires comme les Parcs Naturels Régionaux ou Nationaux. Mais le cadre fédéral, voire olympique, reste la référence dominante du système sportif français. La loi du 16 juillet 1984 renforce ce phénomène et indique qu’il faut « mettre le développement des activités physiques et sportives au service de l’individu, de son épanouissement, de sa liberté ». Pour autant, cette tendance vers une prise en compte des Activités Physiques et Sportives en général et des sports de nature en particulier ne va pas à l’encontre du développement d’un nouveau sport tel que le VTT. Mais à ce stade, ce sport récent n’est cependant pas identifié comme entité à part entière par le Ministère de la Jeunesse et des Sports dont la politique envers les « sports nouveaux » reste sans concession en termes de rattachement administratif.
17De plus, le tassement (1982 : + 834 000 licences, 1983 : + 543 000 licences et 1984 : + 407 000 licences) de la dynamique d’extension du nombre de licences sportives délivrées (Boisson & Crosnier, 2004) ne favorise pas, d’une manière générale le processus d’adhésion souhaité sur le plan associatif par Stéphane Hauvette. La tendance n’est pas alors à une affiliation ou prise de licence mais plutôt à une pratique hors institution. La diffusion du VTT qui est « vendu » au travers des premières publicités comme un produit permettant une plus grande liberté et une autonomie dans la nature ne favorise pas ce processus potentiel d’institutionnalisation.
4 – Le rapprochement avec la FFC : un choix ineluctable (1986-1987)
18Dans ce contexte, le VTT en France se trouve, à l’aube de l’année 1986, en pleine phase de gestation avec des pratiques confidentielles et diversifiées, une association active, un engin de plus en plus fiable mais peu diffusé. Des initiatives laissent présager une diffusion et un développement à plus grande échelle du VTT sur le territoire français. Le calendrier et la participation aux courses s’étoffent progressivement sous l’impulsion de l’AFMB. De cinq épreuves en 1984, on passe rapidement à une centaine en 1986 et de nouveaux formats compétitifs ou ludiques apparaissent. La randonnée et le cross-country forment l’essentiel des disciplines pratiquées à ce moment et séduisent les nouveaux adeptes. Le marché se diversifie un peu avec l’arrivée de constructeurs issus du milieu du BMX puis du cyclisme traditionnel comme Peugeot. Mais après trois années d’existence, le VTT reste malgré tout encore une pratique confidentielle, peu connue et adoptée par un public issu de diverses origines. Cyclistes traditionnels, triathlètes, skieurs nordiques, adeptes des sports de montagne, pratiquants du BMX ou de la moto verte forment un intéressant « melting-pot ». En l’absence de magazines spécialisés [3], la médiatisation reste souvent limitée à quelques articles dans la presse régionale au sujet de quelques rassemblements à effectifs réduits. Malgré les efforts d’organisation et de réglementation de la jeune AFMB menée par un groupe restreint, ce sport n’appartient pas encore partie du paysage sportif français même si la presse locale se fait occasionnellement écho de rassemblements et de l’essor récent du VTT.
19Le temps de la pérennisation semble néanmoins proche car le VTT possède déjà les trois grandes exigences requises à savoir, une viabilité technologique, une adoption par un groupe social et enfin une organisation spatio-temporelle (Durry, Hubscher & Jeu, 1992).
20Compte tenu du manque de moyens, des lourdeurs administratives dans l’association et de l’impossibilité de s’organiser en fédération autonome, Stéphane Hauvette décide de réunir une assemblée générale extraordinaire le 6 juillet 1986 prévue dans le cadre de la journée « Vélocio Vert » à Saint-Étienne. Cette assemblée est motivée par deux raisons essentielles : l’élection de nouveaux membres du comité directeur suite à la démission de trois membres co-fondateurs de l’AFMB pour raisons professionnelles et peu concernés par le devenir de l’association et la « politique à adopter vis-à-vis des fédérations existantes ». Hauvette explique en ces termes la situation à ses adhérents : « Nous avons pris des contacts avec les principales structures fédérales, et cela notamment à la demande du Ministère de la Jeunesse et des Sports (FFC, FFCT-Fédération Française de Cyclotourisme). Ces deux structures envisagent le développement d’une activité vélo tout terrain au sein de leurs clubs, et la FFC notamment souhaiterait nous intégrer dans ses structures. Sans préjuger de l’aboutissement de ces contacts et du souhait de la majorité de nos adhérents, il faut reconnaître que nous nous reconnaissons mal dans la scission tourisme-compétition existant actuellement. Dans l’immédiat, nous souhaitons bien davantage réunir autour de nous toutes les initiatives locales engagées dans le développement de notre sport, et de maintenir avec les structures fédérales des contacts privilégiés (notamment par la création d’activités permettant d’accueillir des licenciés venant de tous bords). Une reconnaissance officielle de notre activité par les milieux professionnels faciliterait bien entendu notre action, en évitant une dispersion des initiatives. » Les membres de l’AFMB ne sont pas majoritairement favorables à cette initiative, à l’image de Michel Forestier [4], pionnier du VTT dans le Jura. Mais les problèmes structurels de l’AFMB et le bon sens justifient ce début de liaison avec la Fédération Française de Cyclisme.
21Suite à cette assemblée générale, un rapprochement vers la FFC est donc envisagé avec la perspective de plusieurs avantages : plus de moyens financiers, une reconnaissance ministérielle, des aides pour la gestion administrative et l’organisation facilitée des compétitions. Cette conjoncture accélère cette transition institutionnelle en cours. Selon Daniel Baal, trésorier de la FFC, la Fédération Française de Cyclotourisme (FFCT) autre partenaire potentiel, plus concentrée sur son développement propre, ne semble pas intéressée à ce moment par ce nouveau venu qui effraie un peu dans les autorités du cyclisme traditionnel : « À l’époque la FFCT n’était pas intéressée par le VTT. Entre-temps, ils ont beaucoup évolué. Nous (FFC) avons plus rapidement ressenti que le VTT représentait une discipline d’avenir pour le cyclisme. Avec le président Alaphilippe nous étions sur une stratégie de développement de tous les sports cyclistes dont le BMX aussi. »
22Au mitan des années 1980, la FFC se positionne comme une fédération tournée vers le cyclisme de compétition sur route, sur piste et le cyclo-cross administrée par des dirigeants majoritairement peu ouverts sur les nouvelles pratiques cyclistes. La domination quantitative (plus de 90 %) des licenciés sur route et l’emprise politique et décisionnelle des élus issus du cyclisme traditionnel restent une réalité, au moment où un rapprochement est envisagé entre l’AFMB et ses 350 membres et la FFC, forte de 102 000 licenciés et de 2250 clubs lors de l’année de son centenaire. Selon Daniel Baal, « il n’y a pas eu un enthousiasme fou, mais il n’y a pas eu d’opposition de la part des dirigeants. Certains disaient : “Ce n’est pas du cyclisme ! C’est quoi ces maillots bariolés ! Cela ne va pas durer.” […] Certaines régions ont plus adhéré que d’autres comme la Franche-Comté, l’Alsace, le Dauphiné Savoie. » La réalité géographique montagneuse ou vallonnée de ces régions d’implantation initiale souligne les spécificités de ce sport. Cette crainte et méfiance envers ce nouveau sport ressort aussi de l’analyse d’Yvon Vauchez, directeur technique national : « Certains élus, les anciens, n’intègrent pas immédiatement le VTT. Ce qui revient souvent chez eux : “C’est un phénomène de mode, cela va s’éteindre.” […] Alix Vincent : c’est le fédéral, vice-président qui y croit vraiment et essaie de convaincre les différents présidents régionaux. » Dans ce rapport de force et ce rapprochement annoncé, le passé et les motivations respectives des acteurs de chacune de ces deux institutions sont à prendre en compte dans l’analyse de l’évolution du processus d’intégration qui s’amorce.
23Durant l’année 1986, les relations entre l’AFMB et la FFC restent donc encore officieuses, souvent sous forme de communications orales entre Stéphane Hauvette et les instances fédérales. Malgré des difficultés d’harmonisation récurrentes avec l’Association Française de Bicross, la FFC intègre durant cette période le BMX et aussi le Vélo-Cross ou Trialsin (dénomination historique du trial) dans un souci de développement de toutes les pratiques cyclistes. Lors de la réunion du comité directeur de la FFC du 20 mars 1987, le président M. Simon rend compte des derniers entretiens avec les responsables de l’Association Française de Mountain Bike, en vue de leur intégration à la Fédération Française de Cyclisme prévue en 1988 : « À titre transitoire pour l’année 1987, deux souhaits ont été émis par les dirigeants de cette association à savoir la participation respective des licenciés FFC ou AFMB aux épreuves organisées par les clubs AFMB ou FFC et l’officialisation par la FFC en tant que championnats de France, des championnats organisés par l’AFMB avec remise de l’écharpe tricolore, étant entendu que la participation à ces épreuves des licenciés FFC sera possible. […] D’autre part, l’entrée de l’AFMB au sein de la FFC, si elle se réalise, ce qui est souhaitable, entraînera la création d’une Commission Nationale du Vélo Tout-Terrain (CNVTT). Le Comité directeur se montre favorable sur l’ensemble des points traités ci-dessus. »
5 – La création de la CNVTT au sein de la FFC : vers une intégration et une structuration à long terme du VTT (1988-1989)
24Cette volonté commune se traduit le 13 janvier 1988 par la signature d’une convention. Après examen par le Bureau du Comité Directeur du 22 janvier 1988, celle-ci est rapidement approuvée avec, comme premier principe, la création d’une Commission Nationale de Vélo Tout-Terrain appelée CNVTT qui a la responsabilité totale de la pratique et du développement de ce sport sur tout le territoire français. Composée de six membres issus de l’AFMB et de trois membres de la FFC, la CNVTT prévoit aussi de développer des délégations régionales appelées Commissions Régionales de Vélo Tout-Terrain (CRVTT). Rapidement, la CNVTT établit des textes spécifiques car les « règlements généraux de la FFC ne peuvent s’appliquer intégralement au Vélo Tout-Terrain ». La spécificité de l’activité semble prise en compte dans cette convention et des adaptations réglementaires concernant le VTT sont déjà envisagées.
25Ces règles issues des premières réglementations de l’AFMB se distinguent assez singulièrement des pratiques en cours pour le cyclisme sur route durant cette période (réglementation sur la tenue, le maillot de club et aucune obligation de port du casque [5]). Les contraintes vestimentaires et administratives paraissent en effet moins importantes pour les vététistes que pour les cyclistes sur route. Enfin, chaque comité doit faire connaître son nombre de licenciés afin « d’apprécier l’évolution du VTT ». Un esprit d’accueil, voire d’ouverture, semble ici ressortir pour la prise en compte de cette nouvelle population cycliste. Il est même rappelé que les dispositions qui régissent le VTT sont prises pour simplifier et favoriser l’arrivée de nouveaux licenciés « pas encore aguerris aux principes de la FFC ». Pour la saison 1989, les propositions de tarification concernant les licences, les droits d’organisation, les affiliations de club et les assurances, doivent permettre des rentrées d’argent grâce au VTT. Lors de cette réunion, la réglementation particulière concernant le VTT est rappelée : le port des maillots de club en compétition n’est pas obligatoire, la publicité sur les maillots est libre, le port du casque rigide est obligatoire en compétition et le timbre fédéral n’est pas exigible pour les épreuves de VTT. Est-ce là un signe prémonitoire d’une indulgence passagère avant un formatage futur ou bien une réelle prise en compte des spécificités de ce nouveau public vététiste ?
26Cette convention ménage finalement les deux parties en conservant une place majoritaire aux membres de l’AFMB au sein de la CNVTT tout en avançant la date butoir de mars 1989 pour une intégration définitive dans le giron fédéral. Des moyens structurels, humains et financiers, plus conséquents répondent aux attentes du président de l’AFMB. On pressent déjà une organisation de type classique pyramidale (le licencié, la section, le club, la CRVTT, la CNVTT, la fédération, le ministère), caractéristique du système fédéral français. La FFC communique alors ce changement aux licenciés au travers de sa revue hebdomadaire, La France Cycliste, également diffusée dans les kiosques. Dans cet article, il est précisé la création de la CNVTT « qui a la charge de poursuivre et d’amplifier encore l’action de l’AFMB au sein de la Fédération Française de cyclisme » dans le cadre du protocole d’accord. Les actions futures sont également détaillées : le second championnat de France avec neuf épreuves, la gestion d’un calendrier général d’activités (compétitions et randonnées), la poursuite du programme d’information et de promotion avec la présence au salon des randonnées de Paris, la formation de moniteurs et d’animateurs de vélo tout-terrain, et un effort annoncé pour favoriser le développement des randonnées et des circuits balisés et surtout la naissance du premier championnat d’Europe avec une épreuve organisée autour de Nice. Les nations européennes les plus représentées, durant cette période de diffusion du VTT à l’échelle occidentale sont l’Italie, la Suisse, l’Allemagne et la France, géographiquement situés sur l’Arc alpin.
27L’année 1988 s’avère donc décisive pour l’histoire institutionnelle du VTT. Si la période précédente est faite de prises de contact, la convention signée en janvier 1988 marque cette fois une volonté commune d’organiser le VTT, officialisant ce rapprochement entre les deux structures. Le 3 janvier 1989, le président de l’AFMB indique à son homologue de la FFC que l’accord entre les deux organisations a été définitivement entériné par le vote des membres de la défunte association qui renonce à toute « prérogative nationale et redevient un simple club ». Il poursuit en écrivant : « J’espère qu’avec moi vous vous réjouirez de ces décisions ». Le passif cumulé de 200 000 francs de l’AFMB depuis sa création sera repris par la FFC selon le protocole prévu.
28En ce début d’année 1989, alors que se termine le processus d’intégration, c’est finalement en partenaire, garant de la jeune histoire du VTT que se positionne Stéphane Hauvette face au président de la FFC.
29Lors du comité directeur du 27 mai 1989, il est question de la notion de délégation de pouvoir et de ses conséquences sur l’organisation de la FFC. Cette délégation accordée par l’État, notamment pour l’organisation d’épreuves à l’issue desquelles sont délivrés des titres régionaux, nationaux ou des sélections internationales, prend fin le 31 décembre 1988. Suite aux analyses de la commission juridique du Comité National Olympique du Sport Français (CNOSF), un premier examen du projet d’arrêté relatif à la délégation de pouvoir fait apparaître que l’appellation de certaines fédérations s’avère contestable et que « la nomenclature des disciplines placées sous la responsabilité des fédérations était parfois incomplète ».
30Le conflit antérieur entre la Fédération Française d’Haltérophilie et une fédération non reconnue de culturisme oblige donc le législateur à recadrer et préciser les différentes disciplines gérées par les différentes fédérations délégataires. Poursuivant sur ce thème de la gestion ministérielle des nouvelles disciplines comme le skate-board, il est aussi fait mention de l’évolution de la discipline triathlon gérée par le CONADET (COmité NAtional pour le DEveloppement du Triathlon) qui se transforme bientôt en Fédération Française de Triathlon qui « associerait dans son comité directeur des membres de la FFC, de la FFA et de la FFN désignés par leurs soins ». Suite à ces remarques, le président Alaphilippe indique « qu’il prendra contact avec le président de la FFCT pour voir s’il n’y aurait pas la possibilité d’organiser des actions communes ». Les neuf activités placées sous le contrôle de la FFC et permettant donc d’organiser et de donner des titres sont ensuite énumérées : le cyclisme sur route, le cyclisme sur piste, le cyclo-cross, le bicross, le vélo tout-terrain, le vélo trial, les figures libres ou free style, le polo vélo et le cyclisme en salle.
31Malgré certains dysfonctionnements, l’année 1989 se caractérise par une structuration et un développement du VTT qui tente de faire valoir ses spécificités au sein de la FFC. La démission de Stéphane Hauvette de la CNVTT en décembre 1989 marque le terme de ce processus d’intégration et symbolise la fin d’une ère. Personnage incontournable, davantage homme « d’appareil » que de terrain, l’organisateur d’événements sportifs influence fortement les débuts de l’histoire du VTT français. On assiste finalement plus à une absorption qu’à une fusion de l’AFMB au sein de la FFC qui marque une étape nouvelle. Pour des raisons législatives et économiques, ce processus d’institutionnalisation du VTT dans une organisation sportive établie se confirme. Le poids politique, administratif et historique de la FFC la légitime comme l’institution de référence pour la pratique de ce sport en France. Le nombre de licenciés est passé d’une vingtaine à la naissance de l’AFMB à plus 3000 recensés dans les clubs en 1989 et bien plus encore de pratiquants en compétitions.
6 – Conclusion : « culture VTT » et éthique fondatrice
32Si la fondation de l’AFMB en 1983 annonce officiellement le début du processus de diffusion et d’institutionnalisation du VTT en France, c’est dans un premier temps davantage un homme seul (Hauvette) qu’une institution, une association ou une communauté identifiée, qui mène les débats et organise la pratique. Malgré des débuts laborieux, l’AFMB préside tant bien que mal aux préludes du développement du VTT en France au début des années 1980. Première structure à apparaître dans un contexte pourtant favorable, l’association reste à l’origine d’événements, de règlements, d’un travail de sensibilisation envers l’industrie du cycle, de projets sportifs ou commerciaux. En fait, ce processus d’institutionnalisation ne prend pas quatre mois (août 1983, La Plagne-décembre 1983, création de l’AFMB) pour se mettre en place mais plutôt quatre ans (1983 à 1987 avec le premier championnat de France et le rapprochement avec la FFC). Après ces années de balbutiements, de développement progressif de l’AFMB, la signature de la convention avec la FFC en janvier 1988 marque les débuts d’une institutionnalisation pérenne du VTT en France. Fédération centenaire depuis 1981, ouverte sous certaines conditions à l’intégration de nouvelles pratiques cyclistes telles le BMX ou le VTT, la FFC, en phase de réforme, se positionne rapidement comme le partenaire institutionnel incontournable pour un développement structuré du VTT de compétition mais aussi de loisir (événements, randonnées, balisage et aménagement de parcours pour tous les niveaux de pratique).
33Cette intégration fédérale à l’échelle française, mais aussi suisse et italienne, précède l’institutionnalisation au niveau international, effective en 1989 avec la création de la Commission Internationale de VTT (CIVTT) créée au sein de l’Union Cycliste Internationale (UCI). Ce changement de terminologie (AFMB-CNVTT) marque le début d’une acculturation et d’une intégration progressive et non complète du modèle aux normes locales. Sur le plan sémantique, toutes les dénominations anglo-saxonnes (surf-riding, bicrossing, hand-gliding, skate-boarding, wind-surfing, snow-boarding et mountain–biking) de sports d’origine californienne circulent durant les années 1970 et les années 1980 et démontrent au travers du langage l’impact en cours de l’exemple originel durant cette période. L’importation de tous ces modèles sportifs californiens se fait presque systématiquement en utilisant dans un premier temps des vocables anglophones. Ce n’est qu’une fois le modèle exposé, en action et peu à peu institutionnalisé sur le nouveau territoire, que la terminologie évolue en fonction de l’importance du modèle initial et de l’influence linguistique en cours. On parle alors de surf, de bicross puis de BMX, de deltaplane, de planche à roulettes, de planche à voile, de surf des neiges ou de VTT.
34À l’aube des premiers championnats du monde qui se déroulent en septembre 1990 à Durango (États-Unis), le VTT est donc définitivement intégré dans les structures fédérales nationales et internationales au moment où l’explosion des pratiquants concerne aussi bien le monde du loisir sportif que la compétition. Cette reconnaissance institutionnelle participe à une lisibilité plus grande encore de ce sport en pleine expansion au début des années 1990 et contribue à sa légitimation olympique dès les Jeux de 1996 à Atlanta (Savre, Terret, Saint-Martin, 2009).
35Ainsi, « l’éthique sportive moderne construite sur une sociabilité du désir libéré […] où l’individu est reconnu et l’individualisme recherché comme principe de vie » (Pigeassou, 1997, 10) cohabite maintenant avec « l’éthique fondatrice » représentée par les clubs, la fédération, le CNOSF et le CIO. On peut se demander si paradoxalement, en s’institutionnalisant, la force de cette culture initiale va s’affaiblir, « récupérée par la sportivisation et banalisée par leur massification » (Pigeassou, 1997, 10) ou, au contraire, si la « culture VTT » et les pratiques qui s’y rattachent vont seulement s’appuyer sur cette orthodoxie institutionnelle pour se développer tout en sauvegardant une identité et des valeurs fondatrices tournées vers la convivialité, la sensation, le plaisir, la confrontation et le contact avec la nature.
Sources
- Archives
- Archives de la Fédération Française de Cyclisme de 1985 à 1990.
- Archives de l’Association Française de Mountain Bike 1983 à 1988.
- Archives privées de Stéphane Hauvette.
- Correspondances entre Stéphane Hauvette et la préfecture, 17 octobre 1983.
- Couverture du dossier de presse distribué à La Plagne : « Mountain bike 1983 : le nouveau sport de glisse ».
- Journal Officiel de la République Française, n° 274, édition des Lois et Décrets, du samedi 26 novembre 1983.
- Archives privées de Stéphane Hauvette. Correspondance du 16 juin 1986. Convocation à l’assemblée générale extraordinaire.
- Archives de la FFC. Procès-verbal du Comité directeur, 20 mars 1987, p. 8.
- Archives privées de Stéphane Hauvette. Convention du 13 janvier 1988 entre la FFC et l’AFMB.
- Archives de la FFC. Bureau du Comité directeur, 22 janvier 1988, p. 8.
- Archives de la FFC. Bureau du Comité directeur, 12 mai 1989.
- Archives de la FFC. Procès verbal du Comité directeur, 27 mai 1989, p. 5.
- Revues spécialisées et presse
- Vélo Tout-Terrain, n° 5, mars, avril 1987, p. 1.
- La France Cycliste, 16 mars 1986, p. 16.
- Œuvre d’un constructeur stéphanois : « Le vélo qui grimpe aux montagnes », Loire Matin, 15 janvier 1984.
- « Avec Roc d’Azur : découvrez le vélo tout-terrain », Var Matin, 27 septembre 1984.
- « Les vélos costauds de Stéphane Hauvette », Revue Challenge, mai 1989.
- Entretiens semi-directifs
- Entretien avec Stéphane Hauvette, Paris le 28 juin 2006
- Entretien avec Yvon Vauchez, Fréjus, le 15 octobre 2007
- Entretien avec Michel Forestier, Les Rousses, le 20 octobre 2007
- Entretien avec Daniel Baal, Paris, le 25 octobre 2007
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Mots-clés éditeurs : FFC, histoire, institutionnalisation, sports californiens, VTT
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Date de mise en ligne : 23/08/2011
https://doi.org/10.3917/sta.092.0061