Article de revue

Des experts aux logiques profanes : les prescripteurs de contraception en France

Pages 41 à 70

Citer cet article


  • Roux, A.,
  • Ventola, C.
  • et Bajos, N.
(2017). Des experts aux logiques profanes : les prescripteurs de contraception en France. Sciences sociales et santé, . 35(3), 41-70. https://doi.org/10.1684/sss.2017.0303.

  • Roux, Alexandra.,
  • et al.
« Des experts aux logiques profanes : les prescripteurs de contraception en France ». Sciences sociales et santé, 2017/3 Vol. 35, 2017. p.41-70. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-sciences-sociales-et-sante-2017-3-page-41?lang=fr.

  • ROUX, Alexandra,
  • VENTOLA, Cécile
  • et BAJOS, Nathalie,
2017. Des experts aux logiques profanes : les prescripteurs de contraception en France. Sciences sociales et santé, 2017/3 Vol. 35, p.41-70. DOI : 10.1684/sss.2017.0303. URL : https://stm.cairn.info/revue-sciences-sociales-et-sante-2017-3-page-41?lang=fr.

https://doi.org/10.1684/sss.2017.0303


Notes

  • [*]
    Alexandra Roux, sociologue, EHESS, Cermes3, CESP UMR INSERM 1018, équipe « Genre, Sexualité, Santé » ; Hôpital de Bicêtre, 82, avenue du Général Leclerc, 94276 Le Kremlin Bicêtre Cedex, France ; aroux@ens-cachan.fr
  • [**]
    Cécile Ventola, sociologue, docteur en santé publique, Université Paris-Sud, CESP UMR INSERM 1018, équipe « Genre, Sexualité, Santé », Hôpital Paul-Brousse, 16, avenue Paul Vaillant-Couturier, Bâtiment 15/16, 94807 Villejuif Cedex, France ; cecile.ventola@inserm.fr
  • [***]
    Nathalie Bajos, sociologue-démographe, directrice de recherche INSERM, CESP UMR INSERM 1018, équipe « Genre, Sexualité, Santé », Hôpital Paul-Brousse, 16, avenue Paul Vaillant-Couturier, Bâtiment 15/16, 94807 Villejuif Cedex, France ; nathalie.bajos@inserm.fr
  • [1]
    Les enquêtes Fecond (2010, 2013) mettent en évidence le moindre recours à la pilule par rapport aux années 2000, lié à des raisons économiques.
  • [2]
    Mise en cause des pilules de 3e et 4e générations suite à une plainte déposée en 2012 contre un laboratoire pharmaceutique, et intense débat médiatique qui a suivi sur les risques associés à ces pilules dites de « nouvelle génération ». L’enquête Fecond 2013 enregistre la baisse du recours à la pilule, au profit d’autres méthodes hormonales ou de méthodes naturelles.
  • [3]
    En âge de procréer, ayant des rapports hétérosexuels, ne souhaitant pas être enceintes.
  • [4]
    On utilise le terme de « patiente » lorsque l’on fait référence au point de vue du médecin dans l’interaction avec « sa » patiente. Nous parlons de « femmes » lorsqu’il s’agit des usagères effectives de contraception (la contraception en France étant largement pensée par les médecins et les couples comme une responsabilité avant tout féminine, bien que certains hommes s’impliquent dans la maîtrise de la fécondité) ; et réservons le terme neutre « d’usager(e)s » pour les personnes théoriques auxquelles sont censées s’adresser les recommandations contraceptives des médecins, ou pour le recours contraceptif dans d’autres pays que la France.
  • [5]
    Enquêtes Ined-Insee (1978, 1988, 1994) et Inserm-Ined (Cocon, 2000-2004 ; Fecond 2010 et 2013) sur la contraception en France.
  • [6]
    Cécile Ventola, Prescrire, proscrire, laisser choisir : Autonomie et droits des usager.e.s des systèmes de santé en France et en Angleterre au prisme des contraceptions masculines, thèse de doctorat en Santé publique (Université Paris Sud XI), soutenue le 15 mai 2017.
  • [7]
    Ils peuvent exercer dans d’autres lieux (centres de santé, hôpitaux, centres de PMI), mais au moins une partie de leur activité se déroule en cabinet.
  • [8]
    La quasi-totalité des gynécologues propose régulièrement la pilule et le DIU et plus de la moitié d’entre eux recommandent d’autres méthodes. Au contraire, si une large majorité de généralistes recommande la pilule (88 %), seulement 60 % d’entre eux recommandent des DIU et moins d’un tiers proposent d’autres méthodes.
  • [9]
    Si le fait que la formation continue soit principalement assurée par l’industrie ne va pas sans poser des problèmes de conflit d’intérêts, notons que, dans notre classification, la formation universitaire, l’auto-formation et la formation par l’industrie (visiteurs médicaux et congrès) semblent aller dans le même sens, certains médecins cumulant les différents types de formation ou au contraire n’en ayant connu aucun. Ceci semble confirmer l’analyse de J. Greffion selon laquelle les médecins peuvent utiliser la visite médicale comme une « formation continue économique et commode » (Greffion, 2014 : 249) pour de nouveaux produits pharmaceutiques, sans nécessairement laisser la maîtrise de l’interaction aux visiteurs médicaux.
  • [10]
    La question de la contre-indication du DIU chez les nullipares est ambivalente : tant les généralistes seulement prescripteurs de pilules (M1) que les généralistes non discriminants spécialisés en contraception (M4) considèrent qu’il est contre-indiqué. Il serait intéressant d’investiguer si cette opinion est adoptée pour la même raison chez ces deux profils de prescripteurs.
  • [11]
    Avoir déjà utilisé la méthode avec son partenaire accroît davantage les chances relatives des femmes médecins de recommander des pilules de 3e génération, des DIU et des méthodes naturelles. Chez les hommes, le fait d’avoir utilisé la méthode avec sa partenaire augmente les chances de proposer des implants, des préservatifs masculins et des méthodes naturelles autres que le retrait. L’expérience personnelle apparaît différenciée chez les médecins hommes et femmes, augmentant inégalement leurs probabilités de recommandations.
  • [12]
    Toutes choses égales par ailleurs, les chances de recommander une méthode supplémentaire augmente de 2 % à chaque fois que le médecin a expérimenté une méthode supplémentaire au cours de sa carrière contraceptive. Cela signifie par exemple qu’un médecin — quels que soient son sexe et sa spécialité — qui a expérimenté six méthodes au cours de sa vie a 32 % de chances en plus qu’un médecin qui n’a connu qu’une seule méthode, de recommander une méthode supplémentaire (résultats significatifs au seuil de 1 %).

1Le modèle contraceptif français se caractérise par un recours à la pilule parmi les plus élevés d’Europe, et par une utilisation limitée des autres méthodes. Il est à cet égard très proche du modèle allemand, et se distingue nettement des autres systèmes européens (Buhling et al., 2014a ; de Irala et al., 2011). Les différentes pilules hormonales constituent, depuis quatre décennies, le moyen de contraception le plus utilisé en France, malgré l’apparition progressive de méthodes d’efficacité comparable ou supérieure — dispositif intra-utérin (DIU), anneau, patch, injections. Cette centralité durable de la pilule interpelle au regard des paysages contraceptifs plus diversifiés observés dans le monde occidental (United Nations, 2014). N. Bajos et M. Ferrand (2004) ont mis en évidence l’existence d’une « norme contraceptive » française, caractérisée par le recours au préservatif en début de vie sexuelle ou lors d’une nouvelle relation, puis par le passage à la pilule lorsque la relation se stabilise (ou est censée se stabiliser) et par l’utilisation du stérilet en fin de vie reproductive quand les couples ont eu le nombre d’enfants qu’ils souhaitaient. Bien que ce modèle semble quelque peu déstabilisé depuis le début de la décennie, du fait de difficultés économiques croissantes de certaines usagères [1], et suite à la « crise de la pilule » de 2012 et à son retentissement médiatique [2], la pilule reste le moyen contraceptif le plus utilisé en France (Bajos et al., 2014).

2Ces pratiques contraceptives sont à appréhender dans le contexte d’une médicalisation croissante de la contraception en France (Leridon et al., 2002). De fait, l’accès aux méthodes contraceptives nécessite dans la plupart des cas une interaction avec des prescripteurs médicaux, et ce d’autant plus en France où les méthodes dominantes (pilule et DIU) impliquent un suivi médical régulier ou un geste technique effectué par des professionnels de santé, qui sont dans la majorité des cas des gynécologues. Ainsi, les femmes concernées par la contraception [3] sont suivies à 81 % par un médecin pour leur contraception, dont 77 % par un gynécologue, 21 % par un généraliste, et 2 % par un autre médecin. Des écarts sociaux importants sont enregistrés, les femmes des milieux les plus favorisés étant davantage suivies pour leur contraception par un gynécologue que les autres femmes (Bajos et al., 2012).

3La contraception constitue à plusieurs titres un objet particulier de la médecine. Elle concerne une grande majorité de la population, y compris les professionnel(le)s qui la prescrivent. En outre, un produit contraceptif n’est que très rarement prescrit pour guérir une pathologie. Son caractère non thérapeutique transforme la situation habituelle de prescription, car il n’y a ni maladie à diagnostiquer, ni patiente en demande de soins [4]. Enfin, l’efficacité de la contraception n’est pas déterminée par la justesse d’un diagnostic posé par le prescripteur, mais par l’adéquation de la méthode avec le mode de vie et les préférences des usager(e)s (Bajos et Ferrand, 2002). Il s’agit d’une interaction médicale dans laquelle c’est le choix de l’usagère, et non celui du médecin, qui conditionne l’efficacité du traitement. Si l’objectif des prescripteurs est de garantir l’efficacité de la contraception, leur rôle consiste alors à informer les usagères sur le panel large de méthodes, pour leur permettre d’identifier la méthode qui leur convient le mieux, plutôt que d’orienter vers une méthode a priori. Les recommandations nationales et internationales de bonne pratique préconisent en ce sens d’informer sur l’ensemble des méthodes disponibles (INPES, 2007 ; OMS, 2013), la restriction du panel de méthodes proposées pouvant constituer une barrière à l’accès à une contraception efficace en pratique (Aubin et al., 2009 ; Buhling et al., 2014b ; Speidel et al., 2008). En matière de contraception, les médecins se situent donc dans une posture professionnelle inhabituelle, plus proche du conseil que du diagnostic ou du soin (Gelly, 2006).

4Afin de comprendre la spécificité d’un modèle contraceptif, trois types d’analyse peuvent être envisagés. La première approche, la plus développée en France, consiste à interroger les pratiques et attentes des usager(e)s et les logiques sociales qui sous-tendent le recours contraceptif [5]. La seconde approche s’intéresse à l’interaction entre femmes et médecins. Comme toute interaction, celle-ci est marquée par des rapports de domination liés au niveau socio-économique des patient(e)s (Boltanski, 1971), à leurs ressources sociales et à leurs croyances (Fainzang, 2001). H. Bretin (1992) a ainsi montré que les médecins ont un rôle non négli - geable dans la formation des attentes et dans les pratiques contraceptives des femmes. Ses travaux renvoient à une dernière approche, peu mise en œuvre dans les travaux français, consistant à centrer l’analyse sur les médecins eux-mêmes, en interrogeant les logiques qui sous-tendent leurs recommandations contraceptives.

5Des études européennes proposant une approche comparative soulignent que les recommandations des médecins peuvent limiter le panel contraceptif proposé aux femmes. Elles montrent que, à l’échelle nationale, c’est une contraception recommandée par les prescripteurs plutôt que demandée par les femmes qui s’impose (Grove et Hooper, 2011 ; de Irala et al., 2011). Si ces enquêtes ont mis au jour l’influence des médecins sur les pratiques contraceptives des femmes, elles ne se sont pas jusqu’alors intéressées aux logiques qui structurent les prescriptions contraceptives. Étudier les recommandations contraceptives des médecins permet d’éclairer ces logiques de prescription. Le terme de « recommandation contraceptive » renvoie aux méthodes que les médecins prennent le temps d’évoquer, de présenter, de proposer, ou même dont ils explicitent le fonctionnement au cours d’une consultation. Ces recommandations interviennent en effet au cœur du processus de négociation entre l’usagère et le médecin, en amont du choix effectif de celle-ci et de la prescription médicale (s’il y a prescription, certains contraceptifs ne relevant pas d’une ordonnance médicale). Et ce d’autant plus que les médecins, seuls autorisés à prescrire des contraceptifs depuis 1967 jusqu’à une période récente (2009, date à laquelle la prescription contraceptive a été élargie aux sages-femmes), font figure d’autorité en la matière et jouissent d’une certaine autonomie dans leur prescription que leur confère leur statut d’« expert » (Freidson, 1970). Situer l’analyse au niveau de ce que les médecins déclarent recommander, en amont de ce qui est effectivement prescrit, permet ainsi d’appréhender à la fois leurs représentations, leurs connaissances et leur expérience en matière contraceptive. Cela permet d’éclairer le rôle que jouent les prescripteurs dans le recours contraceptif, indépendamment de ce qui est demandé par les femmes ou prescrit à l’issue de la consultation.

6Plusieurs dimensions sont susceptibles de structurer les recommandations des médecins, en premier lieu leur formation et leurs connaissances sur la contraception : la formation universitaire est complétée par l’auto-formation (lecture de presse médicale ou des rapports des autorités sanitaires), et par la formation continue. Q. Ravelli (2015) et J. Greffion (2014) soulignent, dans leurs travaux, que les industries suppléent à certains vides de formation laissés par l’État et par la profession médicale elle-même, par le financement des congrès et en envoyant ces « représentant[s] [de commerce] haut de gamme en termes d’origine sociale et de niveau de diplôme » que sont les visiteurs médicaux (Greffion, 2014 : 237).

7Les recommandations sont également façonnées par les représentations qu’ont les médecins de la sexualité des patientes et des différentes méthodes de contraception. L. Ruault (2015) a montré que les gynécologues présentent et recommandent les méthodes différemment à leurs patientes en fonction de leur âge, essayant de dissuader les plus jeunes de recourir au DIU et les plus âgées à la pilule ou au préservatif. Ces recommandations se basent davantage sur des a priori sur la sexualité de leurs patientes ou sur une référence à un âge socialement valorisé de la maternité (25-35 ans en France) que sur une expérience clinique ou sur une demande exprimée par la patiente lors de la consultation. Dans ses enquêtes sur l’implant et sur les contraceptifs injectables, H. Bretin (1992, 2004) montre que les médecins perçoivent ces contraceptifs comme « marginaux » et les associent à certaines catégories de femmes étiquetées comme déviantes dans leur recours contraceptif. Les recommandations contraceptives sont ainsi en partie déterminées par les représentations des médecins sur les différentes méthodes alternatives à la pilule (Buhling et al., 2014b ; Ventola, 2014) et par leurs propres capacités à les mettre en œuvre, un médecin ne sachant pas poser de DIU pouvant avoir des réticences à le recommander.

8Ces différentes dimensions peuvent induire une certaine hétérogénéité dans les recommandations des médecins. Nous souhaitons interroger l’impact de cette hétérogénéité sur le choix offert aux usagères, ainsi que sur son éventuelle contribution à la centralité de la pilule dans le paysage contraceptif français. Notre travail se base sur les données d’une enquête par questionnaire auprès de généralistes et gynécologues en France (enquête Fecond 2010, voir Encadré 1). Cet article analyse les déclarations de recommandations contraceptives, permettant de construire le paysage normatif des professionnels en tant qu’experts, mais aussi en tant qu’acteurs sociaux : l’exclusion de certaines méthodes est révélatrice de leur disqualification professionnelle et sociale, même si cette disqualification n’est pas toujours en lien avec ce que préconisent les autorités de santé nationales et internationales. Ce travail propose une approche quantitative pour l’instant peu explorée dans les travaux français sur le sujet, qui prolonge et confirme les analyses d’un travail qualitatif (entretiens et analyse institutionnelle) sur les pratiques médicales en matière contraceptive [6].

9Une première partie de l’analyse nous permettra de prendre la mesure de l’hétérogénéité des recommandations contraceptives chez les médecins enquêtés, ce qui nous conduira à interroger les logiques qui sous-tendent ces recommandations, et à caractériser des types de prescripteurs. Un second temps permettra d’étudier les logiques socio-professionnelles et les ressources personnelles qui structurent ces recommandations, pour tenter d’éclairer dans quelle mesure les pratiques professionnelles de ces « experts » sont aussi guidées par des logiques profanes, au sens où elles ne découlent pas d’une expertise professionnelle mais de l’expérience des prescripteurs en tant qu’usagers de contraceptifs (Freidson, 1970).

Encadré 1. Méthodologie

L’enquête Fecond 2010, volet « Médecins »
Cet article s’appuie sur les données du volet « Médecins » de l’enquête Fecond (Fécondité-Contraception-Dysfonctions sexuelles, dir. N. Bajos et C. Moreau, coord. A. Bohet) réalisée en 2010. L’enquête visait à explorer divers enjeux en santé sexuelle et reproductive du côté des différents acteurs impliqués (femmes, hommes, médecins), et à pallier le manque d’études sur l’implication des hommes et des professionnel(le)s de santé dans ce domaine.
Le volet « Médecins » de l’enquête rend compte de la formation, des pratiques et des représentations de gynécologues et de généralistes, pratiquant en cabinet [7] en France métropolitaine. L’enquête réalisée en 2011 après un tirage aléatoire stratifié sur la spécialité (à partir de la base Adelie de la CNAMTS, contenant le nom, la spécialité, les adresses et numéros de téléphones professionnels des médecins) a permis d’interroger 1 011 médecins généralistes ou gynécologues exerçant en cabinet de ville. Une lettre adressée aux médecins présentait l’enquête et offrait la possibilité de remplir le questionnaire par Internet ou de renvoyer une version papier par la poste. Pour améliorer la participation, deux lettres de relance ont été envoyées et une relance téléphonique a été effectuée. Le taux de réponse (45 %) correspond aux taux de réponses habituels dans les enquêtes auprès des médecins, qui justifient leur faible participation principalement par le manque de temps et leur refus de principe de participer à des enquêtes (Gautier, 2011). Il est probable que l’échantillon constitué surreprésente les médecins qui se sentent concernés ou du moins intéressés par les enjeux de santé sexuelle et reproductive. En ce sens, notre analyse n’a pas pour objectif premier d’être représentative de l’ensemble des médecins, mais de donner à voir, au sein d’une population probablement mieux informée en santé sexuelle et reproductive que la moyenne des médecins, une diversité des pratiques et de saisir les logiques qui les structurent.
Analyse
Notre objectif est de distinguer des profils de prescripteurs de contraception en partant des pratiques de recommandations des praticiens ; puis, de caractériser ces profils par des variables socio-professionnelles, personnelles, et renvoyant à leurs représentations. Pour établir cette typologie, nous avons eu recours à une Analyse des correspondances multiples (ACM) et à une Classification ascendante hiérarchique (CAH) sur les recommandations contraceptives des médecins. Pour chaque méthode de contraception, la fréquence de recommandation sur les douze derniers mois était demandée aux médecins (« Concernant la contraception, avezvous recommandé les méthodes suivantes au cours des 12 derniers mois ? »). Les réponses possibles étaient « souvent, parfois, rarement ou jamais ». Une fois la typologie obtenue, des variables supplémentaires renvoyant aux caractéristiques, opinions et indicateurs de formation des médecins ont été projetées dans l’espace des pratiques. Les modalités associées à un profil de prescription plutôt qu’à un autre permettent de préciser les caractéristiques des types de prescripteurs.
Compte tenu des différences au niveau des pratiques professionnelles, de la formation et des types de patientèle, nous avons mené deux séries d’analyses séparées pour les gynécologues et les généralistes, ce qui permet de prendre en compte les structures de pratiques liées à l’activité (centrée sur la contraception ou au contraire diversifiée sur de multiples pathologies). Ce parti pris n’empêche pas des similarités dans les structures d’opposition des deux sous-populations (voir supra) qui rendent leurs logiques de recommandation comparables. Nous avons exclu de l’analyse les personnes qui n’ont pas répondu à la question de la prise en charge contraceptive, ou qui n’ont répondu à aucune des questions sur les recommandations contraceptives (18 personnes). Celles et ceux qui ont répondu qu’ils adressaient à un autre spécialiste dans la prise en charge contraceptive ont été inclus lorsqu’ils déclaraient par ailleurs émettre des recommandations contraceptives. Notre analyse porte sur 993 médecins généralistes ou gynécologues exerçant en cabinet de ville (98 % de l’échantillon initial) (Tableau I).
Tableau I

Caractéristiques socio-professionnelles, formation et opinion des médecins en fonction de leur spécialité (gynécologues ou généralistes), en pourcentage

Description de l'image par IA : Tableau comparant les caractéristiques socio-professionnelles, formations et opinions des gynécologues et généralistes en pourcentage.
Gynécologues (n = 412) Généralistes (n = 581) Sexe Femme 71,6 39,2 Homme 28,4 60,8 Âge 30-39 ans 4,2 12,3 40-49 ans 5,9 21,8 50-54 ans 26,5 19,7 55-59 ans 33,4 23,3 + 60 ans 30 23 Spécialité Gynécologie obstétrique 52,7 – Gynécologie médicale 47,3 – Médecine générale – 67 Médecine générale mode d’exercice particulier – 33 A reçu une formation complémentaire hospitalière ou universitaire Généralistes : en gynécologie/obstétrique – 7,3 Généralistes : en IVG/contraception – 6 En sexologie 14,9 4,8 A suivi au moins une fois au cours des trois dernières années une FMC (ou participé à des congrès) en Contraception 78,9 53,3 Sexologie - Médecine sexuelle 45,2 22,5 A reçu au moins une fois la visite d’un visiteur médical sur les 12 derniers mois pour présenter Une pilule 3e génération 97,3 73,6 Un DIU au cuivre 92,2 26 Un DIU à la progestérone 97,6 35 Un implant contraceptif 92,9 41,2 Est favorable à ce que la pilule contraceptive soit disponible sans ordonnance en pharmacie pour Les pilules oestro-progestatives Oui 5 7,9 Non 95 92,1 Les pilules progestatives seules Oui 13,7 11,6 Non 86,3 88,4 Est favorable à ce que la pilule contraceptive soit prescrite par Des infirmières Tout à fait/ Plutôt 13,3 22,5 Plutôt pas/ pas du tout 86,7 77,5 Des sages-femmes Tout à fait/ Plutôt 42 68,1 Plutôt pas/ pas du tout 58 31,9

Caractéristiques socio-professionnelles, formation et opinion des médecins en fonction de leur spécialité (gynécologues ou généralistes), en pourcentage

Champ : médecins généralistes et gynécologues pratiquant en cabinet en France métropolitaine
Source : enquête Fecond 2010, volet « médecins », INSERM-INED

Des recommandations contraceptives hétérogènes

10Une part importante des médecins de l’enquête restreint ses recommandations à la pilule et éventuellement au DIU, laissant de côté toutes les autres méthodes : préservatifs masculin et féminin, anneau, patch, implant, stérilisations féminine et masculine, spermicides et méthodes naturelles. Ces restrictions dans les recommandations de certains médecins dessinent des profils de prescripteurs hétérogènes.

Des méthodes contraceptives inégalement considérées

11La pilule est recommandée par quasiment tous les médecins de l’échantillon (Figure 1), qu’ils soient généralistes ou gynécologues. Les DIU sont recommandés par plus de 70 % des praticiens interrogés. Le fort taux de recommandation du préservatif peut se comprendre du fait de sa promotion, depuis 1987, comme moyen de prévention du VIH-sida. Les autres méthodes sont relativement peu recommandées par l’ensemble des médecins avec, par exemple, moins de 60 % des praticiens qui déclarent recommander l’implant, le patch ou l’anneau vaginal.

Figure 1

Recommandations contraceptives des 12 derniers mois

Description de l'image par IA : Graphique montrant la pourcentage de médecins recommandant divers méthodes contraceptives au cours des 12 derniers mois.

Recommandations contraceptives des 12 derniers mois

Champ : médecins généralistes et gynécologues pratiquant en cabinet en France métropolitaine.
Source : enquête Fecond 2010, volet « médecins », INSERM-INED.

12Ces données montrent, d’une part, la centralité de la pilule dans les recommandations et, d’autre part, une hiérarchie entre les méthodes, traduisant les préférences des praticiens et induisant certaines restrictions dans les recommandations, qui ne font pas état de l’ensemble des méthodes disponibles. Si l’on observe une différence marquée entre les deux spécialités prescriptrices de contraception dans la fréquence et la diversité de leurs recommandations, qui peuvent traduire des différences d’activité entre gynécologues et généralistes [8] (moins centrée sur la prescription contraceptive pour les seconds), on observe également une grande diversité de recommandations au sein de chaque spécialité. Généralistes comme gynécologues adoptent des pratiques variables vis-à-vis des différentes méthodes, et proposent une palette plus ou moins large à leurs patientes (Figure 2).

Figure 2

Fréquences des recommandations contraceptives sur les douze derniers mois pour différentes méthodes, en fonction de la spécialité*

Description de l'image par IA : Graphique montrant les fréquences de recommandation de méthodes contraceptives par des médecins généralistes et gynécologues en France.

Fréquences des recommandations contraceptives sur les douze derniers mois pour différentes méthodes, en fonction de la spécialité*

Champ : médecins généralistes et gynécologues pratiquant en cabinet en France métropolitaine.
* Par souci de lisibilité, nous ne présentons que cinq types de méthodes. Les structures de recommandation de pilules 2e et 3e générations étant similaires, de même que celles du DIU à la progestérone et au cuivre, nous ne présentons qu’une seule des deux méthodes.
Source : enquête Fecond 2010, volet « médecins », INSERM-INED.

13En prenant l’exemple de l’implant contraceptif, presque la moitié (43 %) des gynécologues recommande souvent la méthode, un tiers la recommande parfois, et un quart rarement ou jamais. Moins d’un généraliste sur trois la recommande parfois, rarement ou jamais, et seulement 11 % la recommandent souvent.

14Ces résultats traduisent l’absence de standardisation des pratiques médicales, qui a pour conséquence un accès inégal des utilisatrices aux différentes méthodes en fonction du médecin prescripteur auquel elles s’adressent. Ces pratiques s’écartent des préconisations nationales et internationales en matière de contraception (HAS, 2004 ; OMS, 2013), qui insistent sur l’importance d’informer les utilisatrices sur l’ensemble des méthodes disponibles, dans le but de permettre la meilleure adéquation possible entre la méthode de contraception choisie et les préférences et mode de vie des personnes concernées. Ces préconisations officielles sont plus ou moins connues des professionnels : 80 % d’entre eux pensent, par exemple, qu’il n’est pas recommandé de poser un DIU à une femme nullipare alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Haute autorité de santé (HAS) énoncent l’absence de contre-indication liée au nombre de grossesses.

15Cette absence de standardisation est à mettre en relation avec l’organisation de la médecine en France qui accorde une grande autonomie prescriptive aux praticiens, via le système libéral. Il n’existe pas de mécanisme de supervision de l’application des recommandations de santé lors de la consultation, et notamment de la mise à disposition effective d’un large panel de méthodes contraceptives par les médecins. Dans d’autres pays européens, comme la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, les pratiques prescriptives font l’objet d’un encadrement étroit de la part des autorités sanitaires ou par les pairs. Cela a pour conséquence une moindre variabilité des pratiques et leur plus grande proximité avec les normes préconisées à l’échelle nationale en matière de prescription médicamenteuse (Burrows, 2010 ; Rosman, 2010), et donc une plus grande diversité de méthodes recommandées aux usager(e)s (Ventola, 2016).

16La situation française se traduit par une prédominance de la pilule contraceptive dans les recommandations des médecins. Plusieurs hypothèses permettent d’éclairer et de prolonger les résultats qui précèdent. Il est probable que la pilule constitue la méthode la plus facile à prescrire pour les médecins, puisqu’elle ne demande pas d’intervention particulière (contrairement au DIU ou à l’implant). Elle fait parfois l’objet d’un renouvellement d’ordonnance, voire d’une prescription, lors de consultations qui ne sont pas consacrées à la contraception, sans rappel des alternatives et des modalités de prise (Bertin-Steunou et al., 2010). D’autres méthodes comme l’anneau contraceptif ou le préservatif peuvent nécessiter des explications quant à la mise en place, et donc une éventuelle discussion sur la sexualité qui peut gêner les praticiens, tandis que la prescription d’une pilule peut faire l’impasse sur ces dimensions intimes, pour les médecins peu à l’aise avec les questions touchant à la sexualité de leurs patient(e)s (Higgins et Hirsch, 2007).

17Par ailleurs, l’utilisation d’une pilule s’accompagne d’un suivi régulier, la prescription devant être renouvelée tous les six mois (un an depuis juillet 2012), ce qui implique des enjeux financiers différents des méthodes au long cours. Cette méthode favorise une certaine fidélisation de la patientèle qui est importante dans le système de santé français où les praticiens sont rémunérés selon le principe du paiement à l’acte, et où chaque consultation est source de revenus. Une comparaison entre pays européens a permis de montrer que le mode de rémunération mis en place au niveau national a un impact sur les logiques de prescription, la consommation de médicaments et la relation thérapeutique (Rosman, 2010). Cette hypothèse, que les données de l’enquête ne nous permettent pas de vérifier, apparaît d’autant plus importante en France qu’il existe une spécialité dont une grande partie de l’activité repose sur la contraception, la gynécologie médicale (la gynécologie obstétrique est davantage centrée sur la prise en charge médico-chirurgicale des grossesses). Cette logique éclaire potentiellement la volonté des médecins de conserver le monopole de leur pouvoir de prescription. L’enquête montre, en effet, qu’une large majorité de médecins n’est pas favorable à ce que la pilule contraceptive soit disponible sans ordonnance en pharmacie, que moins d’un quart est favorable à ce qu’elle puisse être prescrite par des infirmières et que presque 60 % des gynécologues ne sont pas favorables à ce qu’elle soit prescrite par des sages-femmes (Tableau I). Les gynécologues apparaissent dans ce domaine davantage protectionnistes de leur compétence prescriptive que les médecins généralistes.

Une hétérogénéité des types de prescripteurs

18L’inégale considération des méthodes contraceptives renvoie à des profils spécifiques de prescripteurs. La classification ascendante hiérarchique réalisée à partir de l’analyse factorielle sur les recommandations contraceptives des médecins met en évidence plusieurs profils de prescripteurs, en fonction de leur fréquence de recommandation de chaque méthode, et de la variété de leurs recommandations. Les Figures 3 et 4 présentent les représentations graphiques (dendrogrammes) de ces classifications sur les gynécologues et les généralistes, et la typologie élaborée à partir des résultats de la classification.

Figure 3

Dendrogramme de la classification ascendante hiérarchique sur les gynécologues

Description de l'image par IA : Diagramme hiérarchique des recommandations des gynécologues en France, incluant des groupes avec pourcentages et descriptions.

Dendrogramme de la classification ascendante hiérarchique sur les gynécologues

Champ : médecins gynécologues pratiquant en cabinet en France métropolitaine.
Source : enquête Fecond 2010, volet « médecins », INSERM-INED
Figure 4

Dendrogramme de la classification ascendante hiérarchique sur les généralistes

Description de l'image par IA : Diagramme montrant la classification des généralistes en quatre groupes selon leurs recommandations de méthodes contraceptives.

Dendrogramme de la classification ascendante hiérarchique sur les généralistes

Champ : médecins gynécologues pratiquant en cabinet en France métropolitaine.
Source : enquête Fecond 2010, volet « médecins », INSERM-INED

19Chez les gynécologues, dont l’activité est en partie dédiée à la contraception et qui en sont les principaux prescripteurs en France, on observe un partage entre les médecins centrés sur un nombre restreint de contraceptifs, et ceux qui recommandent une variété de méthodes. Les deux premières catégories (G1 et G2, 23 % des gynécologues) recommandent rarement ou jamais d’autres méthodes que les pilules ou que les DIU (G1). Le groupe G3 (33 % des gynécologues) se distingue par une recommandation plus fréquente de DIU et de pilules, et propose parfois d’autres méthodes. En opposition à ces trois groupes se trouvent les gynécologues qui recommandent souvent une pluralité de méthodes. Le groupe G4 (10 % des gynécologues) propose toutes les méthodes sans établir de hiérarchie entre elles (y compris la stérilisation tubaire et la vasectomie), tandis que le groupe G5 (34 % des gynécologues) recommande souvent la plupart des méthodes, sauf la stérilisation tubaire, la vasectomie, les méthodes naturelles et le préservatif féminin.

20Un partage similaire entre recommandation restreinte et recommandation large se retrouve chez les généralistes, avec une focalisation plus marquée sur la pilule contraceptive (Figure 4).

21Le premier sous-ensemble est constitué par des généralistes qui ne recommandent qu’une seule méthode, de manière plus ou moins fréquente (43 % des généralistes). Le groupe M1 (34 % des généralistes) propose les différentes pilules, parfois le préservatif masculin, et rarement ou jamais d’autres méthodes. S’ajoutent aux médecins généralistes restrictifs dans leurs recommandations, les praticiens qui ne prennent que partiellement en charge la contraception dans leur pratique, et qui recommandent occasionnellement des pilules, jamais d’autres méthodes (M2, 9 % des généralistes). Nous les avons appelés les « non-prescripteurs », car la contraception ne semble représenter qu’une part négligeable de leur activité. À l’inverse, les groupes M3 et M4 proposent aux femmes plusieurs méthodes contraceptives, quoique inégalement considérées. Quarante-six pour cent des généralistes interrogés (M3) recommandent souvent les méthodes les mieux connues (pilule, DIU, préservatif), et moins souvent les méthodes hormonales alternatives (patch, implant, anneau, contraception d’urgence), les spermicides et la stérilisation tubaire, et jamais les méthodes les moins connues ou les moins légitimes en France (vasectomie, préservatif féminin, méthodes naturelles). Enfin, une petite partie de notre échantillon de généralistes (M4, 10 %) recommande toutes les méthodes sans établir de hiérarchie entre elles, et sans en discriminer certaines a priori.

22Cette typologie confirme la centralité de la pilule dans les recommandations de tous les praticiens, mais aussi l’inégale considération des autres méthodes contraceptives, et la manière dont différents profils de médecins écartent a priori certaines méthodes. Dans une enquête qui aurait tendance à sur-sélectionner les médecins qui se sentent concernés ou intéressés par les questions de santé sexuelle et reproductive, on perçoit une forte variabilité des recommandations contraceptives. Une part non négligeable (presque la moitié) de médecins recommande une faible diversité de méthodes (pilule ou DIU). En outre, chez la plupart des médecins qui proposent une diversité de méthodes, il demeure une hiérarchie entre les différentes méthodes contraceptives, qui ne renvoie pas seulement à une logique d’efficacité ou de simplicité de la méthode. Ces médecins ne recommandent par exemple que rarement, voire jamais, la vasectomie, qui est pourtant la méthode la plus efficace après l’implant et le DIU hormonal, et représente une intervention moins lourde et moins coûteuse que la stérilisation tubaire, pourtant plus fréquemment recommandée.

23Afin de mieux comprendre ces profils de prescripteurs, nous avons cherché à étudier les caractéristiques socio-professionnelles et les représentations de la contraception associées à chacune de ces catégories de médecins.

Des logiques de prescription façonnées par les caractéristiques individuelles des médecins

24Aux profils de prescripteurs dessinés par nos classifications correspondent des univers normatifs différenciés, où les « bonnes » pratiques professionnelles varient en même temps que la légitimité accordée par les médecins à certaines méthodes plutôt qu’à d’autres. Cette légitimité s’inscrit dans les représentations qu’ont les médecins de la meilleure contraception pour les femmes et des causes possibles des échecs contraceptifs. Les représentations sont façonnées par la formation et l’information des médecins en matière contraceptive, ainsi que par les contextes professionnels dans lesquels ils évoluent. L’Annexe 1 synthétise les profils de prescripteurs selon plusieurs variables supplémentaires sur la formation, les caractéristiques socio-professionnelles et les représentations des méthodes contraceptives.

Des médecins inégalement formés et informés

25Les profils de prescripteurs donnent à voir un lien entre diversité des recommandations et niveaux de formation en contraception, et ce, qu’il s’agisse de la formation universitaire, de la formation continue en grande partie dispensée par l’industrie pharmaceutique (visiteurs médicaux, congrès et formations médicales continues, cf. Greffion, 2014 ; Ravelli, 2015) [9] ou de l’auto-formation via la presse médicale et les rapports des autorités de santé.

26Les travaux sur la formation médicale en contraception mettent en évidence une formation initiale quasi inexistante dans ce domaine (Gelly, 2006). Par la suite, les médecins sont généralement peu formés à la prise en charge de la contraception au cours de leur cursus d’internes, hormis les internes en gynécologie (médicale et obstétrique), ou les généralistes qui choisissent de suivre une formation universitaire en obstétrique (7 % des généralistes de l’enquête) ou en IVG-contraception (6 % des généralistes).

27Ces disparités dans la formation universitaire se renforcent au cours de la carrière des médecins, via l’inégal investissement dans la formation continue. La classification sur les généralistes montre que ceux qui proposent seulement la pilule de manière occasionnelle (groupe M2), et ceux qui recommandent rarement d’autres méthodes que la pilule (groupe M1) n’ont pas suivi de formation médicale continue (FMC) en contraception sur les trois dernières années, n’ont pas reçu de visiteurs médicaux pour des produits contraceptifs sur cette même période, et ne connaissent pas les préconisations de la HAS sur la contraception publiées en 2004. À l’inverse, les généralistes qui proposent d’autres méthodes que la pilule (M3 et M4) ont suivi plusieurs formations à la contraception sur les trois dernières années, signalent avoir reçu des visiteurs médicaux pour l’implant, la pilule de 3e génération, les DIU au cuivre et à la progestérone, et déclarent connaître les rapports des autorités de santé sur la contraception et lire régulièrement des revues médicales. Ces résultats suggèrent donc des disparités entre les généralistes formés a minima ou non formés, et les médecins qui entreprennent une démarche pour se former en matière contraceptive, renvoyant à une « spécialisation informelle » développée selon leur intérêt et leur conception personnelle de la médecine et du patient. Ces disparités de formation tiennent également à la variabilité des carrières professionnelles des médecins (Bloy, 2011). Elles semblent par exemple renforcées par la diversité des lieux d’exercice. Les recommandations contraceptives sont, en effet, plus variées chez les généralistes qui exercent dans des structures collectives (centre hospitalier, clinique privée, cabinet privé de groupe) que chez les médecins qui exercent seuls en cabinet privé. L’exercice médical au sein d’une structure collective peut, en effet, permettre de pallier l’absence de formation par la circulation de l’information et de savoir-faire entre collègues.

28Chez les gynécologues, bien que la formation en contraception fasse partie du cursus universitaire, on retrouve un antagonisme similaire dans le lien entre recommandations et degrés de formation. Le clivage s’établit non pas entre faibles prescripteurs et les autres, mais entre ceux qui limitent leurs recommandations à la pilule et au DIU, et ceux qui proposent aux femmes un panel de méthodes plus large. Les premiers n’ont pas suivi de formation en sexologie-médecine sexuelle (G1) ou sont spécialisés en obstétrique (G2), ne sont pas en contact avec des visiteurs médicaux (G1, G2) et n’ont pas suivi de FMC ou de congrès en santé sexuelle et reproductive au cours des trois dernières années, tandis que les seconds sont davantage formés et informés en matière contraceptive.

Le poids des représentations profanes

29Les médecins les moins bien formés en contraception partagent des savoirs profanes sur les méthodes au long cours qui vont à l’encontre des études sur l’efficacité contraceptive, considérant par exemple que le DIU n’est pas la méthode réversible la plus efficace (groupe G1), et l’associant à un risque élevé d’infection pelvienne (M2) [10]. Si ces médecins se déclarent peu à l’aise pour aborder avec leurs patientes les problèmes associés aux contraceptifs (intolérance au DIU, effets secondaires de la pilule, IVG, grossesses non prévues), leur absence de formation spécifique se traduit surtout dans leurs représentations négatives des méthodes au long cours. Elles et ils jugent les stérilisations féminines et masculines sans intérêt ou inutiles car il existerait d’autres moyens réversibles aussi efficaces (G1, G2, M1, M2). Par ailleurs, les grossesses non prévues sont dans ces groupes davantage renvoyées à des enjeux psychologiques (insouciance vis-à-vis du risque de grossesse, ambivalence des femmes face au désir d’enfant) qu’à des difficultés techniques (échecs de DIU, de préservatifs ou de méthodes naturelles, difficultés d’observance de la contraception).

30À l’inverse, les médecins les mieux formés en santé sexuelle et reproductive et qui recommandent la plus grande diversité de méthodes sont ceux qui se sentent le plus à l’aise pour aborder toutes les thématiques contraceptives, qui attribuent les grossesses non prévues à des erreurs techniques plus qu’à des défaillances psychologiques, et qui ne jugent ni le DIU ni les méthodes de stérilisation dangereuses ou inutiles.

31À travers ces représentations de la contraception se pose la question du choix laissé aux utilisatrices et de la conception qu’ont les praticiens de leur rôle dans ce choix. Renvoyer les échecs contraceptifs à des caractéristiques psychologiques individuelles permet d’occulter la question de l’adéquation des méthodes à leurs utilisatrices et de la responsabilité professionnelle dans cette adéquation. En outre, le fait de sélectionner a priori les méthodes contraceptives à recommander (et d’en écarter implicitement certaines comme étant des mauvaises méthodes) laisse penser que la prise en compte des attentes et contraintes individuelles des usager(e)s n’est pas au centre des recommandations des médecins les moins bien formés.

L’expérience contraceptive des médecins au cœur de leurs recommandations

32En l’absence de formation standardisée, les caractéristiques personnelles et l’expérience contraceptive des médecins — en tant qu’usagers — sont d’autant plus susceptibles d’orienter leurs recommandations. Le sexe du médecin est d’ailleurs explicitement associé à certains profils de prescripteurs : chez les généralistes, les prescripteurs de pilules (M1) sont principalement des hommes, tandis que les recommandations diversifiées sont principalement le fait de femmes (M3). Chez les gynécologues, on retrouve le même clivage entre des profils relativement plus masculins qui recommandent peu de méthodes et des profils relativement plus féminins associés à des recommandations diversifiées. Cette forte féminisation des médecins diversifiant leurs recommandations fait écho à l’attribution traditionnelle des responsabilités contraceptives au sein du couple aux femmes exclusivement, et à la croyance en une expertise féminine « naturelle » en matière de santé reproductive. Cet enjeu de genre se retrouve, au niveau professionnel, dans le fait que la gynécologie, et particulièrement la gynécologie médicale, est l’une des spécialités médicales les plus féminisées (Bessière, 2005). Les représentations traditionnelles genrées semblent donc structurer les logiques prescriptives, les femmes médecins étant plus soucieuses des enjeux de santé sexuelle et reproductive que leurs homologues masculins et plus enclines à se former sur ces questions.

33L’importance des expériences personnelles en matière de contraception s’illustre également par le lien entre utilisation d’une méthode contraceptive par le médecin et recommandation de cette méthode (Tableau II).

Tableau II

Rapport de chances relatives (odds-ratios bruts) de recommander une méthode lorsque les médecins l’ont déjà utilisée avec leur partenaire*,**,***

Description de l'image par IA : Tableau comparatif des méthodes médicales avec pourcentages et odds-ratios.
Méthode utilisée par les médecins avec leur partenaire Pourcentage de médecins qui l’ont utilisée Pourcentage de recommandation chez ceux qui l’ont utilisée Pourcentage de recommandation chez ceux qui l’ont utilisée 95% IC Pilule 3e génération 39 % 97% 3,9*** [2,12;7,13] Pilule 2e génération 72 % 95% 2,0* [1,14;3,40] Pilule progestative 21 % 93% 1,7 [0,81;3,52] DIU cuivre 43 % 86% 3,5*** [2,52;4,81] DIU progestérone 22 % 84% 1,7* [1,11;2,45] Implant 1,6 % 81% 3,4 [0,97;12,1] Anneau 6,1 % 87% 5,1*** [2,38;10,8] Préservatif masculin 59 % 84% 1,8*** [1,35;2,52] Préservatif féminin 1,7 % 29% 2,1 [0,72;5,96] Spermicides 16 % 54% 3,2*** [2,25;4,47] Retrait, méthodes naturelles 19 % 14,2% 2,5*** [1,49;4,03]

Rapport de chances relatives (odds-ratios bruts) de recommander une méthode lorsque les médecins l’ont déjà utilisée avec leur partenaire*,**,***

* Significatif à 10 % ;
** Significatif à 5 % ;
*** Significatif à 1 %
Champ : médecins généralistes et gynécologues pratiquant en cabinet en France métropolitaine
Lecture : la probabilité de recommander la pilule de 3e génération plutôt que de ne pas le faire est 3,9 fois plus grande lorsque le médecin a déjà utilisé la méthode que lorsqu’il ne l’a jamais expérimentée.
Source : enquête Fecond 2010, volet «médecins», INSERM-INED.

34Quelle que soit la spécialité et quel que soit le sexe du médecin, le fait d’avoir personnellement utilisé une méthode conduit à la recommander davantage. La probabilité de recommander une méthode plutôt que de ne pas le faire est en effet 2 à 5 fois plus grande lorsque le médecin (ou sa partenaire) a déjà expérimenté la méthode, et ce, non pas seulement dans le cas des méthodes les moins utilisées (anneau, implant ou spermicides), mais aussi pour les méthodes les plus connues et les plus utilisées par les praticiens (pilules de 2e et 3e générations, DIU au cuivre, préservatif masculin). Une analyse stratifiée montre également l’impact accru de l’expérimentation de certaines méthodes sur leur recommandation, en fonction du sexe du médecin [11].

35Non seulement le fait d’avoir utilisé une méthode conduit à la recommander davantage, mais plus les médecins ont utilisé de méthodes, plus ils font des recommandations diversifiées. Un modèle de régression linéaire expliquant le nombre de méthodes recommandées par le nombre de méthodes utilisées, le sexe et la spécialité, nous montre de manière significative qu’il existe un effet propre du degré d’expérience personnelle du médecin en matière contraceptive sur sa diversité de recommandation [12].

36Au final, l’hétérogénéité des profils de prescripteurs de contraception renvoie à la diversité de leur formation, de leur parcours professionnel, de leur expérience personnelle en matière contraceptive et de leur identité sexuée.

Conclusion

37Le faible encadrement des prescriptions contraceptives favorise des recommandations fondées sur l’expérience profane et les représentations des médecins, ce qui se traduit par une très grande variabilité dans ce qui est effectivement proposé aux usager(e)s (qui sont en France le plus souvent des femmes). L’absence de formation standardisée en contraception a pour conséquence des niveaux variables d’information d’un praticien à l’autre, reposant sur des décisions individuelles de se former et la contingence des parcours professionnels. Ceci, alors même que tous ces médecins sont habilités et amenés à prescrire des produits contraceptifs au cours de leur carrière. Cette première analyse quantitative des logiques de recommandation contraceptive corrobore ce que l’on a pu observer à un niveau plus qualitatif (entretiens et analyse institutionnelle, voir Ventola, 2016). Une grande place est ainsi laissée dans les logiques de prescription à l’expérience personnelle des praticiens, qui n’est façonnée ni par des connaissances théoriques, ni par une expérience liée à la pratique professionnelle, pour une pratique médicale qui s’avère très spécifique, puisqu’elle s’adresse à des personnes non malades. L. Marks (2001) note ainsi que la pilule contraceptive représente l’un des premiers produits pharmaceutiques prescrits dans une telle ampleur à des personnes en bonne santé.

38La part de l’expérience profane dans les recommandations contraceptives est sans doute renforcée par le fait que la majorité des médecins (hormis ceux n’ayant pas de relations hétérosexuelles) est concernée personnellement par la contraception et que ce domaine, situé au cœur des rapports de genre, renvoie à la sexualité et à la vie intime. Elle apparaît en outre favorisée par le système de médecine libérale sans encadrement des pratiques, où les logiques qui sous-tendent la prescription contraceptive renvoient à des enjeux normatifs et financiers.

39En contradiction avec les normes de diversité des recommandations préconisées par les autorités de santé, le choix contraceptif se centre sur un faible nombre de méthodes, avec une place centrale accordée à la pilule contraceptive. Cette restriction dans les recommandations laisse penser que les femmes n’ont pas totalement le contrôle de leur propre contraception, contrairement à l’idée suggérée par F. Héritier (2002) que la contraception permettrait de subvertir les rapports de genre et la domination masculine (Bajos et Ferrand, 2004). Lorsque le panel contraceptif proposé est modelé par les représentations des prescripteurs et par les jugements portés sur les femmes plutôt que par le principe du consentement éclairé, la relation médicale conserve d’autant plus des aspects paternalistes traditionnels (Jaunait, 2003 ; Ruault, 2015). À l’inverse, l’idée que les médecins puissent être simples conseillers de la décision des usager(e)s remet symboliquement en cause le rapport de pouvoir entre les deux acteurs de la relation, ce qui peut heurter les convictions de nombreux membres de la profession médicale. Le paradigme du médecin seul détenteur du savoir — qui s’incarne dans le refus chez une majorité d’entre eux de laisser d’autres professionnels de santé accéder à ce pouvoir prescripteur — reste relativement fort, quand bien même les médecins ne sont pas spécifiquement ni systématiquement formés à la prescription contraceptive.

40La crise médiatique et sanitaire autour des pilules dites de 3e et 4e générations — survenue en France fin 2012-début 2013 — a contribué à modifier le paysage contraceptif depuis la date de l’enquête qui a nourri cet article (2010). Les études récentes mettent en lumière l’augmentation de l’usage de méthodes alternatives à la pilule (Bajos et al., 2014). Ces évolutions peuvent se lire comme une remise en question du dogme du savoir médical par les femmes, qui se tournent vers des méthodes moins fréquemment recommandées par les praticiens. On peut alors s’interroger sur les bouleversements de l’interaction entre femmes et médecins qu’a entraînés la forte médiatisation des risques et des préconisations officielles en matière contraceptive. Le mythe du danger du DIU pour les nullipares a, par exemple, largement été remis en question dans la presse et dans les pratiques des utilisatrices. Pour autant, cette crise sanitaire majeure ne semble pas avoir entraîné de véritable remise en cause du système de prescription de la contraception. La formation des prescripteurs et leurs recommandations ne font toujours pas l’objet d’un encadrement et la perspective d’un choix éclairé des femmes ne semble pas être devenu le paradigme de ces experts aux logiques profanes.

41Liens d’intérêt : les auteurs déclarent ne pas avoir de lien d’intérêt en rapport avec cet article.

Remerciements

Les auteurs remercient Kevin Diter, Henri Panjo, Virginie Ringa et Mylène Rouzaud-Cornabas pour leur aide précieuse dans l’élaboration des analyses statistiques et leurs relectures avisées, ainsi que les relecteurs anonymes qui ont contribué à l’amélioration de cet article.

Annexe 1

Caractéristiques des différents types de prescripteurs, en fonction de la spécialité

Description de l'image par IA : Tableau comparant différents types de prescripteurs de contraceptifs selon la spécialité, caractéristiques et opinions.
Type Formation et information Caractéristiques Opinions Gynécologues G1 (9_%, n = 39) Prescripteurs de pilules et DIU exclusivement Pas de FMC en sexologie-médecine sexuelle, pas de VM pour un implant ou un DIU Ne connaît pas les recommandations de la HAS Ne pose jamais d’implants. Prend en charge la contraception en partie Patientèle : grande ville, femmes de 18-45 ans, rarement ou jamais de filles de moins de 18 ans Activité d’enseignement-recherche (10 dernières années) Homme DIU : + – (pas la plus efficace, mais débouche rarement sur des GNP GNP : liées à une ambivalence des femmes face au désir de grossesse Stérilisation tubaire et vasectomie: — G2 (14 %, n = 56) Prescripteurs occasionnels Spécialisé en gynécologie-obstétrique. Pas de formation en sexologie-médecine sexuelle, contraception ou prise en charge de l’IVG. VM pour des implants Clinique privée Homme Prend en charge moins souvent des filles de 15-17 ans. GNP : pas liées à une ambivalence des femmes face au risque de grossesse, ou à des échecs de DIU Stérilisation tubaire: –– G3 (33 %, n = 137) Prescripteurs de pilules et DIU principalement Ne fait pas d’enseignement ni de recherche Femme DIU: ++ ; pas associé à un risque élevé de grossesse extra-utérine GNP : liées à des difficultés d’observance de la contraception ou à des échecs de préservatifs
Description de l'image par IA : Tableau comparatif des prescripteurs contraceptifs par type et caractéristiques.
Type Formation et information Caractéristiques Opinions Gynécologues G4 (10 %, n = 42) Prescripteurs non discriminants A reçu des VM pour un implant Prend en charge des filles de 11-14 ans et de 15-17 ans tous les jours Stérilisation tubaire: ++ GNP : liées à des échecs du préservatif ou des méthodes naturelles Très à l’aise pour aborder les dysfonctions sexuelles féminines avec ses patient(e)s G5 (34 %, n = 138) Prescripteurs de méthodes réversibles A suivi des FMC en contraception, et prise en charge de l’IVG. A reçu des VM pour différents produits contraceptifs Exerce en centre de PMI Femme Prend moins souvent en charge des filles de 11-14 ans Vasectomie : — Généralistes M1 (34 %, n = 198) Prescripteurs de pilules Pas de formation universitaire en gynécologie-obstétrique, ou de FMC en contraception Pas de VM pour les DIU ni l’implant Ne connaît pas les recommandations de la HAS ni le rapport IGAS sur la contraception Ne pose jamais d’implant ni de DIU Lit parfois des revues médicales N’exerce ni en clinique privée ni en centre hospitalier Patientèle : hommes et femmes de 18-45 ans, filles et garçons de moins de 18 ans Homme Plutôt à l’aise pour aborder les effets secondaires de la pilule, l’IVG et les GNP, mais pas l’intolérance au DIU DIU: +–; contre-indiqué chez les nullipares Stérilisation tubaire: + – (efficace mais méthodes réversibles aussi efficaces) GNP : pas dues à l’ambivalence des femmes face au désir de grossesse ou à des échecs de préservatifs, mais parfois aux difficultés d’observance de la contraception M2 (9 %, n = 55) Non-prescripteurs Pas de FMC en contraception ni prise en charge de l’IVG, pas de VM pour des contraceptifs Ne connaît pas les recommandations de la HAS Adresse à un autre spécialiste pour la contraception, ou prend en charge la contraception en partie. Ne pose jamais d’implant ni de DIU Cabinet privé seul(e) Patientèle : femmes et d’hommes de 18-45 ans, moins souvent des filles et des garçons de 15-17 ans, et jamais de filles de 11-14 ans A entre 40 et 44 ans Pas du tout à l’aise pour aborder l’intolérance au DIU, les difficultés ou dysfonctions sexuelles féminines, les effets secondaires de la pilule, l’IVG GNP : dues à l’insouciance vis-à-vis du risque de grossesse, rarement à des difficultés d’observance Vasectomie et stérilisation tubaire: — DIU: risque élevé d’infection pelvienne
Description de l'image par IA : Tableau comparant les types de prescripteurs de contraceptifs, leurs formations, caractéristiques et opinions.
Type Formation et information Caractéristiques Opinions Généralistes M3 (46 %, n = 269) Prescripteurs de méthodes diverses, mais inégalement considérées A suivi plusieurs FMC en contraception, et a reçu des VM pour plusieurs contraceptifs. Connaît les recommandations de la HAS Prend en charge la contraception intégralement. Pose parfois des implants et des DIU Cabinet privé de groupe Patientèle : filles 11-14 ans, filles et garçons de 15-17 ans et femmes de 18-45 ans Femme, 45-49 ans A l’aise pour aborder les dysfonctions sexuelles féminines avec ses patient(e)s GNP : liées aux difficultés d’observance de la contraception, parfois à de l’insouciance vis-à-vis du risque de grossesse Stérilisation tubaire: ++ DIU : ++ ; pas contre indiqué chez les nullipares M4 (10%, n = 59) Prescripteurs non discriminants, spécialisés en contraception Mode d’exercice particulier Formation universitaire en sexologie et gynécologie/obstétrique, et formation continue en contraception, prise en charge de l’IVG et sexologie – médecine sexuelle. VM pour plusieurs produits contraceptifs Connaît les rapports de la HAS et de l’IGAS sur la contraception, et lit souvent des revues médicales. Prend en charge la contraception intégralement, pose souvent des implants et des DIU Clinique privée ou centre hospitalier. Patientèle: femmes de 18-45 ans, rarement des moins de 18 ans, et jamais d’hommes Femme A l’aise pour aborder tous les sujets avec leurs patient(e)s Vasectomie et stérilisation tubaire : ++ DIU : ++; pas associé à un risque d’infection pelvienne, mais contre-indiqué chez les nullipares GNP : souvent dues à une ambivalence face au désir de grossesse, à des échecs de préservatif, et à de l’insouciance vis-à-vis du risque de grossesse

Caractéristiques des différents types de prescripteurs, en fonction de la spécialité

Variables actives: recommandations contraceptives
Variables supplémentaires: indicateurs de formation initiale et continue (spécialité, spécialisations, formation médicale continue et congrès, lecture de revues médicales, connaissance des rapports sur la contraception, visiteurs médicaux pour des produits contraceptifs); degré de prise en charge contraceptive et pose de contraceptifs (DIU, implant); contexte d’exercice (lieu d’exercice, localisation, âges et sexes de la patientèle, lien avec l’enseignement-recherche); caractéristiques personnelles des médecins (âge, sexe); variables d’opinion sur les causes des grossesses non prévues, les indications du DIU, de la stérilisation tubaire et de la vasectomie; fait d’être à l’aise pour aborder certaines thématiques avec leurs patient(e)s.
Note: FMC: Formation médicale continue; VM: visiteur médical; HAS: Haute autorité de santé; GNP: grossesse non prévue.
Avis sur les méthodes: ++: très bonne méthode; +: bonne méthode; – : pas très bonne méthode; –– : mauvaise méthode.

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Mots-clés éditeurs : choix contraceptif, contraception, formation médicale, médecins prescripteurs, recommandations cliniques

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Date de mise en ligne : 22/09/2017

https://doi.org/10.1684/sss.2017.0303