Dossier
L'accompagnement de l'allaitement en pmi
- Par Marie Courdent
Pages 71 à 77
Citer cet article
- COURDENT, Marie,
- Courdent, Marie.
- Courdent, M.
https://doi.org/10.3917/spi.027.0071
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- Courdent, M.
- Courdent, Marie.
- COURDENT, Marie,
https://doi.org/10.3917/spi.027.0071
Notes
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Marie Courdent, puéricultrice, consultante en lactation ibclc , animatrice lll , formatrice en allaitement.
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[1]
Suzanne Dionne, « Vendre l’allaitement, un peu, beaucoup, passionnément », Les dossiers de l’allaitement, hors-série JIA 2003.
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[2]
Données scientifiques relatives aux dix conditions pour le succès de l’allaitement, oms.
Promouvoir l’allaitement en anténatal
1 « Comment allez-vous nourrir votre bébé ? » Cette question posée à différentes reprises dès le début de la grossesse et par différents acteurs de santé multiplie les occasions de dialoguer avec les futurs parents sur le sujet de l’allaitement.
2 Si c’est l’alimentation artificielle qui est avancée, il est possible d’aller plus loin dans l‘échange en demandant : « Avez-vous envisagé d’allaiter ? » et en cherchant à explorer les connaissances en allaitement ainsi que les émotions que cette pratique suscite : « Connaissez-vous quelqu’un qui a allaité ? Qu’est-ce que vous aimez dans l’allaitement ? Qu’est-ce que vous n’aimez pas [1] ? » Si la mère n’est pas primipare, on peut s’enquérir de la façon dont elle a nourri les aînés. Une première expérience d’allaitement a pu laisser des souvenirs douloureux, un sentiment d’échec. Reprendre avec la future maman l’histoire antérieure afin qu’elle comprenne pourquoi cet allaitement précédent s’est mal passé peut lui redonner confiance et envie de tenter une nouvelle expérience.
3 Un courrier pendant la grossesse dans le cadre d’une mise à disposition des travailleurs sociaux peut aussi sensibiliser les futurs parents à l’importance de choisir en connaissance de cause le type d’alimentation qu’ils souhaitent pour leur enfant.
4 Cette sensibilisation à l’allaitement vise à ce que les parents se préparent, car souvent ils ne réalisent pas que si la lactation est naturelle – toute femme qui a accouché produira du lait si l’enfant tète – l’allaitement est un art d’imitation qui s’apprend. S’informer, lire, rencontrer des mères qui allaitent, participer à des groupes de parole sur ce sujet va permettre à la future maman de renforcer son désir et sa volonté d’allaiter et d’acquérir des connaissances sur le comportement des nouveau-nés et les règles d’or qui permettent d’initier l’allaitement.
Soutenir l’allaitement en postnatal
5 Après la naissance, plus l’intervention à domicile sera précoce, plus tôt les éventuelles difficultés seront détectées. Des liens avec les équipes des maternités grâce à des formations conjointes en allaitement équipe pmi-équipe maternité, des passages hebdomadaires en maternité des sages-femmes et des puéricultrices de pmi, des liaisons téléphoniques dès que possible, bien avant la date de sortie de la maternité, faciliteront ce travail en réseau.
6 La première rencontre avec une mère qui allaite demande du temps. D’abord, il faudra instaurer une relation de confiance avec les parents qui permette de s’enquérir de la façon dont s’est déroulé l’allaitement jusqu’à présent, d’évaluer la situation pour repérer d’éventuelles difficultés, d’encourager la poursuite de l’allaitement tout en reconnaissant que parfois le début de l’allaitement demande un gros investissement de leur part, de leur fournir les informations nécessaires tout en respectant leur choix.
7
Que ce soit lors d’une visite à domicile ou en consultation infantile en pmi, un questionnaire, rempli en salle d’attente par exemple, pourra orienter l’entretien. Il sera complété d’un recueil du poids ou d’une prise de celui-ci afin d’établir la courbe de poids. Le questionnaire suivant, inspiré du travail du Dr Marianne Neiffert, non seulement renseigne la puéricultrice de pmi mais apporte aussi des informations à la mère.
- Selon vous votre allaitement se passe-t-il bien jusqu’à présent ?
- Avez-vous déjà perçu votre « montée de lait « (ce qui veut dire : vos seins sont-ils devenus plus fermes entre le 2e et le 4e jour post-partum) ?
- Votre bébé est-il capable de bien prendre chacun des seins ?
- Est-il capable de maintenir une succion régulière et rythmée pendant au moins 10 minutes par tétée ?
- Demande-t-il habituellement à téter (répondez « non » si vous avez un bébé endormi qui doit être réveillé pour la plupart des tétées) ?
- Prend-il en général les deux seins à chaque tétée ?
- Prend-il une tétée approximativement toutes les 2 ou 3 heures avec un intervalle de 5 heures maximum la nuit (au moins huit tétées par 24 h) ?
- Sentez-vous que vos seins sont comme « pleins » avant la tétée ?
- Sentez-vous que vos seins sont « plus souples » après la tétée ?
- Vos mamelons sont-ils très douloureux, au point d’appréhender la tétée ?
- Les selles du bébé sont-elles jaunes, grumeleuses, semblables à de la moutarde ?
- A-t-il au moins quatre selles de bon volume (plus qu’une tache sur la couche) par 24 h ?
- Mouille-t-il au moins cinq couches par 24 heures ?
- A-t-il l’air d’être repu après la plupart des tétées ?
- Pendant la tétée, l’entendez-vous téter et avaler ?
8 Le nombre des tétées, leur fréquence, leur durée font souvent l’objet de questions. La maman qui reçoit à ce sujet une multitude d’informations contradictoires est souvent déroutée. Il peut être utile d’indiquer non pas des moyennes qui enferment mais des écarts types : la plupart des nourrissons tètent entre 8 et 12 fois par 24 heures (Académie américaine de pédiatrie 1999), les tétées ne sont pas cadencées toutes les trois heures mais chaque bébé va trouver son rythme, souvent il fait une bonne sieste le matin, et plus on avance dans la journée plus les tétées sont groupées. Les bébés sont en général plus sereins quand on les nourrit quand ils le demandent, ils pleurent moins et il n’y a aucun avantage démontré à réduire le nombre ou la durée des tétées ni à fixer un intervalle minimum entre deux tétées (recommandations anaes – Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé – mai 2002). Allaiter l’enfant sans restriction permettra d’éviter de se trouver face à des enfants comme la petite Margot – 20 jours – avec des plaies aux deux articulations du pouce qu’elle suçait frénétiquement de faim, au vu de la courbe de poids, mais que sa mère, qui voulait bien faire, faisait patienter, car elle avait reçu à la maternité l’injonction d’attendre au moins deux heures entre deux tétées…
9 Parfois, des signes inquiètent, car ils risquent de mettre en péril l’allaitement : balance des entrées et des sorties qui semble insuffisante, faible prise de poids et poids de naissance non repris au quatorzième jour, bébé qui pleure beaucoup, tétées douloureuses, utilisation importante d’une sucette, dons de compléments de lait de vache industriel, prise d’un contraceptif oral même microdosé dans le post-partum immédiat… Ces signes d’appel demandent l’observation d’une tétée pour s’assurer que la position du bébé au sein a bien été expliquée à la mère (l’enfant est face à sa mère, sa tête dans l’axe de son corps, la bouche est grande ouverte, nez et menton dans le sein, la prise de l’aréole est importante tout en étant asymétrique) et que l’enfant déglutit. Il faudra revoir avec elle toute la conduite de l’allaitement afin de trouver les paramètres à modifier : nombre de tétées efficaces que l’on peut augmenter, abandon des horaires stricts, pratique de la superalternance qui consiste à changer de sein dès que l’enfant n’avale plus ou s‘endort, ce qui stimule et l’enfant et les seins, restriction de l’usage de la tétine, stimulation par un tire-lait électrique moderne double pompage, etc. Un suivi téléphonique journalier et une visite à domicile de contrôle dans les jours qui suivent peuvent s’avérer nécessaires. Dans de nombreux pays, la mère est adressée à une consultation spécifique d’allaitement tenue par une consultante en lactation ibclc dès que la situation ne s’améliore pas rapidement. Les consultantes en lactation ibclc sont des professionnels de santé spécialisés en allaitement et qui ont passé avec succès un examen international qui valident leurs connaissances théoriques et pratiques.
10 Au cours des rencontres – visites à domicile ou consultations en pmi –, la puéricultrice pourra anticiper les sources d’inquiétude en informant la mère qu’il peut exister des « jours de pointe » aux multiples tétées qui correspondent à des jours de poussée d’appétit, vite comblé par des tétées fréquentes. Cela se produit souvent vers 3 et 6 semaines, puis vers 3 et 6 mois.
11 De même, vers 6 semaines de vie, certains enfants, qui avaient des selles plusieurs fois par jour, espacent leurs selles, ce qui désoriente une mère non avertie. Si elle est prévenue, elle sait alors que si son enfant continue à grossir, qu’il semble aller aussi bien que d’habitude, qu’il a des gaz et que les selles émises de façon espacée (parfois une par semaine) restent liquides et abondantes, ce n’est que très banal et qu’il faut simplement faire preuve de patience et prévoir la baignoire le jour où il fera ses selles… Il faut la rassurer aussi sur le fait qu’il n’y a aucun trouble intestinal qui s’installe, aucune constipation à craindre puisque les selles sont toujours liquides.
12 Une autre information à donner rapidement vise à casser l’idée que la reprise d’une activité professionnelle implique le sevrage. Envisager avec la mère tous les cas de figure possibles qui lui permettront, si elle le souhaite, d’aménager son allaitement afin de garder les tétées quand elle est à domicile et, éventuellement, de s’équiper d’un tire-lait moderne pour que son enfant continue à se nourrir de son lait lui permettra de prendre ses décisions en connaissance de cause. Dans ma pratique, je ne rencontre quasiment plus de mères qui veulent avoir terminé le sevrage pour leur reprise du travail. La dernière à l’avoir fait habitait Lille, était surveillante de prison dans la région parisienne et quittait le domicile pour des périodes de quatre jours… Elle n’envisageait pas de tirer son lait et s’est résolue à sevrer. Mais les autres mères concilient travail et allaitement, avec pour certaines une tétée à midi chez l’assistante maternelle ou à la crèche, puisque le règlement des crèches municipales de Lille permet à la mère de venir allaiter dans la journée. De nombreuses mères tirent leur lait à la main, avec un tire-lait manuel ou un tire-lait moderne double pompage loué (Médéla ou Améda), et fournissent alors à l’assistante maternelle ou à la crèche les biberons de lait maternel réfrigéré ou congelé tant que l’enfant a besoin exclusivement du lait de sa mère.
13 Certaines assistantes maternelles ont besoin d’être rassurées par rapport à cette pratique, et leur fournir des documents qui expliquent les règles de conservation du lait humain peut être bénéfique (Feuillet n° 2 de lllf ou document ipa). D’autres se sentent dépossédées de leur rôle nourricier qui reste dans ce cas l’apanage de la mère. On peut encourager la mère à exprimer à l’assistante maternelle le besoin qu’elle a d’être aidée pour poursuive la relation d’allaitement qui lui tient à cœur, ce qui lui manifestera la confiance qu’elle lui accorde pour s’occuper de son enfant.
14 Encourager une diversification tardive de l’alimentation (après 6 mois) s’inscrit dans les recommandations actuelles, qu’elles soient mondiales (oms et unicef) ou nationales (anaes). Les mères à qui les raisons en sont expliquées le comprennent (immaturité digestive du nourrisson, prévention des gastro-entérites, des infections orl et respiratoires, des allergies, de l’obésité, etc.). La diversification sera progressive, en fonction de l’attitude de l’enfant, et laissera une grande place au lait maternel si la mère le souhaite.
15 La fin de l’allaitement exclusif signe le début du sevrage et certaines mères peuvent avoir du mal à franchir cette étape… Je pense à Lisa, dont la maman retardait l’introduction des solides, mais qui manifestait qu’elle était prête à cette nouvelle étape en mangeant ses livres en carton et ses chaussures. Avoir pu verbaliser à d’autres mères lors d’une rencontre autour de l’allaitement sa difficulté à voir sa fille grandir a aidé cette maman à accepter qu’elle ne soit plus la seule à nourrir son enfant et à reconnaître que le père de Lisa avait une place à prendre pour le bien-être de leur enfant.
16 Il peut être utile de rassurer la mère en lui expliquant que, à la lumière des dernières études scientifiques, il n’y a quasiment aucune raison médicale avérée d’arrêter un allaitement maternel si elle ne le souhaite pas et que toute « prescription » de sevrage pour une raison x ou y n’est pas, a priori, justifiée. Les traitements des mastites, gastro-entérites, angines, grippes, extractions dentaires maternelles, etc. ne nécessitent pas, le plus souvent, de sevrage, même temporaire (le médecin aura peut-être besoin de se renseigner pour adapter sa prescription à une femme allaitante).
17 À côté du soutien que peuvent apporter les professionnels de santé, les mères pourront tirer un grand profit à se plonger dans des minisociétés où l’allaitement est la norme et de fréquenter, si elles le souhaitent, les réunions organisées par les associations de soutien à l’allaitement ou des groupes de parole créés à l’initiative des puéricultrices de pmi. Il est bon de leur fournir les coordonnées des groupes de mères rattachés aux associations locales de soutien à l’allaitement [2]. Elles pourront joindre une animatrice en cas de question autour de la conduite de l’allaitement et participer à des rencontres qui leur apporteront informations et soutien complémentaires à ce qui est fourni par les professionnels de pmi. Ce réseau autour de la mère lui permettra de mener à terme son projet et d’allaiter le temps qu’elle et son compagnon en ont envie.