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Article de revue

Anne, ma sœur Anne… Anciens et Modernes

Pages 59 à 68

Citer cet article


  • Le Toullec, É.
(2025). Anne, ma sœur Anne… Anciens et Modernes. Savoirs et clinique, 33(2), 59-68. https://doi.org/10.3917/sc.033.0059.

  • Le Toullec, Éric.
« Anne, ma sœur Anne… Anciens et Modernes ». Savoirs et clinique, 2025/2 n° 33, 2025. p.59-68. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-savoirs-et-clinique-2025-2-page-59?lang=fr.

  • LE TOULLEC, Éric,
2025. Anne, ma sœur Anne… Anciens et Modernes. Savoirs et clinique, 2025/2 n° 33, p.59-68. DOI : 10.3917/sc.033.0059. URL : https://shs.cairn.info/revue-savoirs-et-clinique-2025-2-page-59?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/sc.033.0059


Notes

  • [1]
    C. Perrault, Histoires ou Contes du temps passé, Paris, Flammarion, 2014, p. 193-194.
  • [2]
    U. Heidmann, « La Barbe-Bleue, palimpseste », Poétique, n° 154, 2008, p. 161-182. « Le mot “grimoire” est une altération de “grammaire” qui désignait, au Moyen-Âge, la grammaire en latin, inintelligible pour le commun des mortels. Le Dictionnaire de l’Académie française de 1694, auquel Perrault a collaboré, indique “un livre dont on dit que les magiciens se servent pour évoquer les démons” et précise : “On dit qu’un homme sçait le grimoire, entend le grimoire, pour dire qu’il est habile. On appelle fig. Grimoire, des discours obscurs, ou des escritures difficiles à lire.” »
  • [3]
    «  Rien de subtil dans tout cela ; et surtout, on ne distingue aucune évolution vers une humanité supérieure », B. Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, Paris, Robert Laffont, 1976, p. 434.
  • [4]
    « Cette analyse montre que Barbe-Bleue, malgré son caractère macabre, nous enseigne comme tous les contes de fées (tout en n’entrant pas vraiment, nous l’avons dit, dans cette catégorie) une morale et une humanité supérieures. » Ibid., p. 433.
  • [5]
    « En ce qui concerne l’enfant, je suis persuadé qu’il aime cette histoire parce qu’elle le confirme dans l’idée que les adultes ont de terribles secrets sexuels. » Ibid.
  • [6]
    « À la fin de l’histoire, Barbe-Bleue et sa femme sont exactement tels qu’ils étaient au début. Des évènements catastrophiques ont eu lieu, mais personne ne s’en trouve mieux. Sauf peut-être la société qui est débarrassée d’un Barbe-Bleue. » Ibid., p. 434.
  • [7]
    C. Perrault, Histoires ou Contes du temps passé, op. cit. p. 190.
  • [8]
    J. Derrida, Psychanalyse et critique littéraire (1969-1970), Paris, Le Seuil, 2025, p. 185.
  • [9]
    J. Lacan, « Le séminaire sur la lettre volée » (1955), dans Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 29.
  • [10]
    Selon un suspens en quatre temps qui va du « rien » vers le nuage de poussière, lequel cache un troupeau de moutons avant de laisser place à l’apparition finale des deux frères-cavaliers.
  • [11]
    J. Lacan, Le Séminaire, Livre viii, Le transfert (1960-1961), Paris, Le Seuil, 1991, p. 454.
  • [12]
    Le film de Catherine Breillat (Barbe-Bleue, Flach Film, 2009, 78 min) va adopter ce parti pris dans sa relecture du conte.
  • [13]
    J. Lacan, Le Séminaire, Livre vi, Le désir et son interprétation (1958-1959), Paris, La Martinière et le Champ Freudien, 2013, p. 501.
  • [14]
    C. Perrault, Histoires ou Contes du temps passé, op. cit., p. 193.
  • [15]
    J. Lacan, « Le séminaire sur la lettre volée », op. cit., p. 12.
  • [16]
    C. Perrault, L’Apologie des femmes, Paris, Coignard, 1694, p. 3-4.
  • [17]
    Rappelons aussi ici que, dès l’âge de 20 ans, Charles Perrault, qui connaissait sans doute l’Énéide sur le bout des doigts, avait composé à l’aide de ses frères une parodie du poème de Virgile contenant des vers peu amènes envers Mazarin, inaugurant ainsi le principe de sa réécriture.
  • [18]
    Virgile, L’Énéide, trad. P. Veyne, Paris, Les belles lettres, 2013, p. 199.
  • [19]
    « Didon l’esprit malade s’adresse à sa sœur avec qui elle ne fait qu’une : Anna ma sœur, quels rêves éveillés m’effraient et me tiennent en suspens ! » Ibid., p. 173.
  • [20]
    N. Boileau, Satire X « Contre les femmes », 1694.
  • [21]
    U. Heidmann, « La Barbe-Bleue, palimpseste », op. cit., p. 169.

Le conte de Barbe-Bleue demeure sans conteste l’un des récits les plus intrigants de Charles Perrault, caractérisé par une force d’attraction énigmatique et horrifique mêlée d’inquiétante étrangeté. Malgré un dénouement très conformiste semblant faire l’éloge des valeurs bourgeoises du couple homme-femme (mariage, héritage, dot, et statut social prometteur), nous pourrions nous étonner de sa reprise sous différentes réécritures et du maintien de son actualité littéraire. Le contraste entre la découverte chargée d’effroi de la chambre interdite et le dénouement du conte sous forme de happy-end appartient pourtant au style convenu du genre. Une première énigme tient donc ici à la part d’intérêt collectif que le texte de Perrault continue de susciter. Autrement dit, où situer la modernité du conte de Barbe-Bleue ? Faut-il expliquer l’intérêt qu’il suscite par la résonance qu’il entretient avec les faits divers de l’époque #MeToo ? Faut-il s’arrêter au constat que Barbe-Bleue reste à la fois un classique historiquement daté et un texte tout à fait actuel qui vient sans cesse interroger notre rapport à la modernité, au désir et à l’écart entre les sexes ? Mais alors pourquoi et par quel truchement narratif littéraire le texte traverse-t-il les siècles pour atteindre la portée d’un mythe moderne sur la sexualité ?
Le psychanalyste interroge le conte dans sa capacité à mobiliser l’inconscient. Barbe-Bleue nous tient en haleine parce qu’il y est question du désir dans son rapport à ce qui est caché, opaque, voire contradictoire…


Date de mise en ligne : 25/09/2025

https://doi.org/10.3917/sc.033.0059

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