Article de revue

Editorial

Pages 9 à 11

Citer cet article


  • Lahaye, W.
  • et Poncelet, D.
(2008). Editorial. Revue internationale de l'éducation familiale, 22(2), 9-11. https://doi.org/10.3917/rief.022.0009.

  • Lahaye, Willy.
  • et al.
« Editorial ». Revue internationale de l'éducation familiale, 2008/2 n° 22, 2008. p.9-11. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-revue-internationale-de-l-education-familiale-2007-2-page-9?lang=fr.

  • LAHAYE, Willy
  • et PONCELET, Débora,
2008. Editorial. Revue internationale de l'éducation familiale, 2008/2 n° 22, p.9-11. DOI : 10.3917/rief.022.0009. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-revue-internationale-de-l-education-familiale-2007-2-page-9?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rief.022.0009


1L’éducation familiale est au centre des liens qui se tissent entre les générations. Que lèguent les parents ou les grands-parents à leurs enfants ou leurs petits-enfants ? Comment les influencent-ils ? Quel avenir leur préparent-ils ? Autant de questions qui relèvent de ce que l’on nomme communément la transmission et qui traduisent la manière dont les aînés éduquent les plus jeunes dans un rapport qui se situe le plus souvent dans le registre de l’implicite voire de l’inconscient. En tant que premier lieu de l’éducation de l’enfant, la famille œuvre activement à l’entreprise de la transmission : elle donne un nom à l’enfant, organise son espace sensoriel, gère son temps d’apprentissage, lui livre les codes d’accès à la symbolisation à partir desquels l’expérience prend sens.

2En règle générale, l’héritage psychique, éducatif, psychosocial et culturel constitue le bagage de la transmission. Il n’est pas qu’une donation passive. L’impact sur la génération qui reçoit est indéniable. Selon les circonstances, l’effet de l’héritage peut être bénéfique ou destructeur pour la personne. Par ailleurs, ce qui est reçu sera tantôt assimilé sans presque aucune altération, tantôt relu et transformé avant d’être incorporé. En somme, le sens des objets transmis dépend non seulement de ceux qui les transmettent mais aussi et surtout de ceux qui les reçoivent.

3Entre le dit et le non-dit, les voies de la transmission sont multiples. Elles peuvent également modifier la signification de ce qui est reçu en héritage pour devenir salutaire ou toxique envers les générations à venir. Ainsi, du sens commun à l’usage scientifique, le concept de transmission prend une connotation plus problématique et les experts s’interrogent sur ce qui fait la nature de la transmission, ses objets et ses mécanismes. Plusieurs d’entre eux sont invités à préciser leurs positions, leurs expériences et les résultats de leurs recherches sur ce concept qui lie les générations entre elles.

4Serge Tisseron, le premier des experts invités, préfère parler d’influence ou de ricochet pour qualifier les faits repris sous le concept de transmission. En effet, transmettre laisse supposer que les événements passent à l’identique d’une génération à l’autre ou respectent une chronologie généalogique, ce qui est loin d’être une règle générale dans les cas rencontrés de la pratique clinicienne et thérapeutique. En convoquant des exemples illustres ou des héros du cinéma, Serge Tisseron montre comment les vécus d’un passé douloureux ricochent sur les générations à venir lorsque les événements manquent de symbolisation ou restent secrets.

5Selon Marie Anaut, la transmission des traumatismes et des secrets n’exerce pas que des effets pathogènes. Au-delà de la construction de l’identité du groupe familial les mécanismes de la transmission peuvent également encourager certaines formes de créativité. Les domaines artistique et littéraire recèlent de nombreux exemples célèbres qui, entre autres, confrontés à des secrets de filiations, se sont engagés dans l’expérience d’une créativité protectrice. Certes, les effets psychotoxiques de la transmission ne sont pas ignorés mais ils peuvent pousser l’individu à se reconstruire dans une posture de résilience qui donne une incidence protectrice à des événements pathogènes.

6La transmission inter-et transgénérationnelle ne concerne pas que le domaine psychique. Ce concept se trouve au croisement de nombreux courants de pensée et de recherche dont la liberté ou le déterminisme sont les philosophies. À partir d’une étude longitudinale qui traverse l’histoire familiale sur trois générations et trente-cinq ans, Willy Lahaye, Huguette Desmet et Jean-Pierre Pourtois montrent dans quelle mesure les familles transmettent leur capital pédagogique, psychosocial et culturel en explorant tantôt les chemins de la rupture et tantôt ceux de la continuité. Ainsi, d’une génération à l’autre, les changements conjoncturels imprègnent la vie familiale mais la reproduction socioculturelle reste néanmoins très active.

7Claudia Andrade et Anne-Marie Fontaine examinent la question de la transmission des attitudes et des stratégies de conciliation en ce qui concerne les rôles familiaux et professionnels des jeunes adultes dans la société portugaise. Les conclusions auxquels les chercheurs aboutissent montrent que les positions adoptées par les jeunes sont sous l’emprise de l’influence de leurs parents. Par ailleurs, les choix des jeunes sont guidés par des stéréotypes de genre qui restent bien ancrés dans la vie sociale et familiale du Portugal. Enfin, ce processus de transmission intergénérationnelle des rôles stéréotypés se confirme même lorsque les enfants défendent des attitudes plus égalitaires que leurs parents. Des résultats qui montrent que, au-delà des divergences de représentations, les rôles de genre se transmettent effectivement d’une génération à l’autre.

8L’article de Jean Houssaye propose de revisiter le concept de transmission sous le regard de la pédagogie. Dans sa relation au maître, l’élève peut être conduit vers trois postures intergénérationnelles différentes. La première est celle de la passerelle. Dans ce cas, la transmission est conçue comme un passage, une invitation au dépassement de ses propres limites. La deuxième postule que l’apprentissage constitue une distance absolue dont l’élève doit prendre conscience pour éprouver sa propre différence au maître. La troisième posture intergénérationnelle part du principe que la transmission implique nécessairement de la transgression car le risque de l’apprentissage est de réduire l’autre à la soumission. Ainsi, pour transmettre, faut-il apprendre à l’autre à se libérer par la transgression. Tel est l’œuvre du pédagogue.

9D’une génération à l’autre, l’éducation laisse des traces. Ce travail de la transmission ne suit pas des sentiers convergents. Tel est le sens des différentes contributions rassemblées. Transmettre signifie reproduire, répéter mais dans d’autres contextes, ce concept renvoie à l’influence, au ricochet. Lorsqu’elle engendre un traumatisme, la transmission peut se révéler tantôt néfaste, tantôt porteuse d’un processus de résilience. Elle peut même être à la fois à l’origine de ruptures et de continuités. Enfin, sa vertu pédagogique réside dans la transgression. Ainsi transmettre se décline sous différentes modalités depuis la reproduction jusqu’à la transgression. Autant de ressources que l’éducation familiale met en chantier sur les chemins de la socialisation de l’enfant.


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Date de mise en ligne : 01/10/2011

https://doi.org/10.3917/rief.022.0009