Article de revue

Jean-Paul Sartre en classe

Pages 417 à 441

Citer cet article


  • Louette, J.-F.
(2002). Jean-Paul Sartre en classe. Revue d'histoire littéraire de la France, . 102(3), 417-441. https://doi.org/10.3917/rhlf.023.0417.

  • Louette, Jean-François.
« Jean-Paul Sartre en classe ». Revue d'histoire littéraire de la France, 2002/3 Vol. 102, 2002. p.417-441. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-d-histoire-litteraire-de-la-france-2002-3-page-417?lang=fr.

  • LOUETTE, Jean-François,
2002. Jean-Paul Sartre en classe. Revue d'histoire littéraire de la France, 2002/3 Vol. 102, p.417-441. DOI : 10.3917/rhlf.023.0417. URL : https://shs.cairn.info/revue-d-histoire-litteraire-de-la-france-2002-3-page-417?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhlf.023.0417


Notes

  • [*]
    Université de Lyon II.
  • [1]
    Sartre, Œuvres romanesques, Paris, Gallimard, « Bibl. de la Pléiade », 1981, p. 1701-1702.
  • [2]
    Céline, Le Style contre les idées, Éditions Complexe, 1987, p. 136. Céline donne à Sartre, par erreur, les initiales… du prénom de son père (Jean-Baptiste Sartre).
  • [3]
    Les références entre parenthèses dans le corps du texte de cet article renverront aux Mots, Gallimard, coll. Folio, 1991.
  • [4]
    Geneviève Idt a montré que L’Enfance des hommes illustres figure « dans une longue série de “contes historiques pour la jeunesse” publiés de 1858 à 1903 par Eugénie Foa » (« Préhistoire de Sartre biographe d’après Les Carnets de la drôle de guerre », Literarische Diskurse des Existentialismus, Helene Harth et Volker Roloff éd., Tübingen, Stauffenburgverlag, 1986, p. 60).
  • [5]
    Notons qu’il y aura en 1907-1908 un cahier de Robert Dreyfus, Vies des hommes obscurs. Alexandre Weill, ou le prophète du faubourg Saint Honoré, 1811-1899. Et Notre jeunesse, publié dans les Cahiers en 1910, se veut une sorte de broderie (ou de tapisserie) autour de la vie d’une famille d’humbles républicains fouriéristes, les Milliet. Sartre reprendra ou retrouvera cette idée de biographie commune avec la rubrique « Vies » des Temps modernes (« Vie d’une prostituée », « Vie d’un Juif », etc.).
  • [6]
    Le texte de Lanson, « La littérature et la science », paraît dans La Revue bleue, 24 septembre et 1er octobre 1892. Antoine Compagnon le résume ainsi : « L’immortalité littéraire tient au retard de la science sur la religion : du moins est-ce ainsi que le positivisme l’entend » (La Troisième République des lettres. De Flaubert à Proust, Le Seuil, 1983, p. 112).
  • [7]
    L’Avenir de la science, Garnier-Flammarion, 1995, p. 247,358,374.
  • [8]
    Simone de Beauvoir, La Cérémonie des adieux suivie de Entretiens avec Jean-Paul Sartre, Gallimard, 1981, p. 209.
  • [9]
    Voir L’Affaire Henri Martin, Gallimard, 1953.
  • [10]
    Exposé devant le Groupe d’études sartriennes, demeuré hélas inédit.
  • [11]
    Jean-Jacques Brochier réservait cette dernière formule à Camus ; c’est le titre d’un pamphlet qu’il publia en 1970, réédité en 2001 aux Éditions La Différence.
  • [12]
    Anna Boschetti, Sartre et « Les Temps modernes », Minuit, 1985.
  • [13]
    Dans L’Amour des commencements, Gallimard, 1986.
  • [14]
    Voir « Piliers d’un succès : portrait de Sartre en pont », La Naissance du phénomène Sartre. Raisons d’un succès 1938-1945, I. Galster éd., Le Seuil, 2001, p. 111-141.
  • [15]
    C’est l’expression qu’emploie, en mauvaise part, Pierre Boutang dans Sartre est-il un possédé ?, La Table ronde, 1947, p. 35.
  • [16]
    Entretiens avec Jean-Paul Sartre, op. cit., p. 242.
  • [17]
    Tout d’abord dans une communication (« Enseigner Sartre ») pour une décade de CerisylaSalle (juin 1979), puis dans un article intitulé « Sartre et ses audiences américaines » (voir respectivement Études sartriennes, n° II-III, Paris X, Publidix, 1986, p. 291-300, et Les Temps modernes, n° 503, juin 1988, p. 131-155).
  • [18]
    Entretiens avec Jean-Paul Sartre, op. cit., p. 541.
  • [19]
    Carnets de la drôle de guerre, Gallimard, 1995, p. 178.
  • [20]
    L’Idiot de la famille, Gallimard, 1971, t. 1, p. 824.
  • [21]
    Ibid., p. 827-828.
  • [22]
    Ibid., p. 829 et 831.
  • [23]
    « Modèles scolaires dans l’écriture sartrienne : La Nausée, ou la “narration” impossible », Revue des sciences humaines, n° 174, avril-juin 1979, p. 83-103.
  • [24]
    Voir « La Nausée ou le désastre de Lanson », Roman 20/50, n° 5, juin 1988, p. 43-54, et le commentaire que J. Deguy a donné de La Nausée pour la collection Foliothèque, Gallimard, 1992.
  • [25]
    Pour plus de détails, voir notre Sartre contra Nietzsche, Presses universitaires de Grenoble, 1996 (chap. 2).
  • [26]
    Ce sont respectivement les traductions de J. Hardy pour Les Belles Lettres (1932), de R. Dupont-Roc et J. Lallot pour Le Seuil (1980), de M. Magnien pour Le Livre de Poche (1990).
  • [27]
    Carnets de la drôle de guerre, op. cit., p. 505.
  • [28]
    Entretiens avec Jean-Paul Sartre, op. cit., p. 237. Rappelons que Lanson dirigea l’ENS de 1919 à 1927.
  • [29]
    Qu’est-ce que la littérature ?, Situations, II, p. 141.
  • [30]
    « Jésus la Chouette », Écrits de jeunesse, Gallimard, 1990, p. 168. Voir la Notice de Michel Contat sur ce texte.
  • [31]
    Ibid., p. 103.
  • [32]
    Ibid., p. 134.
  • [33]
    Ibid., p. 78.
  • [34]
    Entretiens avec Jean-Paul Sartre, op. cit., p. 245.
  • [35]
    Ibid., p. 167.
  • [36]
    L’Idiot de la famille, Gallimard, 1971, t. 1, p. 975.
  • [37]
    L’Idiot de la famille, Gallimard, 1971, t. 2, p. 1125-1126.
  • [38]
    Ibid., p. 1132.
  • [39]
    Ibid., p. 1122.
  • [40]
    Ibid., p. 1149.
  • [41]
    Ibid., p. 1124.
  • [42]
    Ibid., p. 1334.
  • [43]
    Pour une analyse plus détaillée, qui tient notamment compte des articles de Marc Kravetz sur le syndicalisme étudiant, antérieurs à mai 68, voir Howard Davies, Sartre and « Les Temps modernes », Cambridge University Press, 1987, p. 186-187 et 191-194.
  • [44]
    Voir Annie Cohen-Solal, Sartre 1905-1980, Gallimard, 1985, rééd. « Folio/essais », 1989, p. 306.
  • [45]
    Voir Jacques Lecarme, « Les Mots de Sartre : un cas-limite de l’autobiographie ? », Revue d’Histoire littéraire de la France, novembre-décembre 1975, p. 1047-1066.
  • [46]
    C’est ainsi que L’Idiot de la famille (op. cit., t. 1, p. 846) redéfinit le concept freudien de scène primitive.
  • [47]
    Nous nous permettons de renvoyer sur ce point à notre article, « Stendhal ou le refuge perdu de Jean-Paul Sartre », dans Silences de Sartre, Presses universitaires du Mirail, 1995 (réédition augmentée prévue courant 2002).
  • [48]
    « La scolarité de Poulou, conclut Geneviève Idt, n’a d’autre finalité que de l’isoler des “fils du peuple” » ; l’individualisme bourgeois le prépare à la solitude du créateur (Les Mots. Une autocritique « en bel écrit », Belin, 2001, p. 24).
  • [49]
    Op. cit., t. 2, p. 1136.
  • [50]
    Critique de la raison dialectique précédé de « Questions de méthode », Gallimard, 1960, rééd. 1985, t. 1, p. 58.
  • [51]
    Jean-Paul Sartre, Hachette, 1993.
  • [52]
    L’Idiot de la famille, op. cit., t. 1, p. 13.
  • [53]
    Ibid., p. 926.
  • [54]
    Op. cit., p. 53.
  • [55]
    « Un auteur scandaleux », Sens et non-sens, Nagel, 1966, p. 80 ; Entretiens avec Jean-Paul Sartre, op. cit., p. 184.
  • [56]
    Voir les mises au point de Michel Picard, La Lecture comme jeu, Minuit, 1986 (chap. 6), et Antoine Compagnon, Le Démon de la théorie, Le Seuil, 1998 (chap. 7).
  • [57]
    Œuvres romanesques, op. cit., p. 15-16.
  • [58]
    Lettres au Castor et à quelques autres, Gallimard, 1983, p. 196-197.
  • [59]
    Ibid., p. 368.
  • [60]
    Op. cit., p. 289.
  • [61]
    Situations, II, op. cit., p. 138.
  • [62]
    Ibid., p. 13.
  • [63]
    Ibid., p. 122-123.
  • [64]
    Ibid., p. 202.
  • [65]
    Op. cit., p. 515.
  • [66]
    Ainsi dans « Un nouveau mystique », Situations, I, 1947, Gallimard, 1980, p. 136-137. — Sur ce thème de l’incendie verbal voir le chapitre I de notre Jean-Paul Sartre, op. cit.
  • [67]
    « Ecrire pour son époque », Les Temps modernes, juin 1948, p. 2118.
  • [68]
    Entretiens avec Jean-Paul Sartre, op. cit., p. 201.
  • [69]
    Propos tenus à Michel Contat, Œuvres romanesques, op. cit., p. 1669.
  • [70]
    Entretiens avec Jean-Paul Sartre, op. cit., p. 200.
  • [71]
    Ces deux références possibles ont été signalées par Jacques Lecarme dans sa « Table des allusions et concordances intertextuelles dans Les Mots », Pourquoi et comment Sartre a écrit « Les Mots », M. Contat éd., PUF, 1996, p. 262.

Ajoutons un peu au Dictionnaire des idées reçues : « Jean-Paul Sartre — Toujours en classe ». De fait, a-t-il jamais quitté l’école ? N’est-il pas le parangon d’un type de littérateur volontiers déprécié, l’écrivain scolaire ? Ni maudit (Baudelaire), ni dandy (encore Baudelaire), ni mondain (Proust), ni ultramontain (le cardinal Paulhan), ni médecin (Céline) ni demi-saint (Bernanos), ni voleur (Genet), ni travailleur (Georges Michel, horloger dont Sartre fit publier le théâtre). Non, rien de tout cela, mais les doigts inéluctablement tachés d’encre du bon élève devenu professeur. De l’influence de l’école, néanmoins, Sartre s’est défendu : par la raillerie satirique, par la parodie, enfin par une analyse critique de l’institution pédagogique — allant jusqu’à favoriser, dans Les Temps modernes, après mai 1968, quelques explosions dirigées contre l’Université. Surtout, il a constamment voulu « dé-classiciser » la littérature, cherchant à faire souffler dans les classes et les livres le vent violent du présent.
C’est dès le premier succès de Sartre, La Nausée, que se met en place un schème de réception de l’œuvre : Sartre a du talent, voire du génie, mais pour autant qu’il réussit à effacer le professeur en lui. Ainsi, dans Vendredi, le 6 mai 1938, Armand Petitjean, tout en saluant « un talent énorme », note que « les plus mauvais passages de La Nausée sont, de loin, ceux où Sartre nous donne l’impression, non point d’un homme qui médite sur son existence, mais d’un professeur qui espère, par la méthode du roman, se délivrer de ses leçons de philosophie »…


Date de mise en ligne : 01/10/2007

https://doi.org/10.3917/rhlf.023.0417