Transfert latéral et névrose
Pages 743 à 762
Citer cet article
- GIBEAULT, Alain,
- GUEDENEY, Colette,
- KESTEMBERG, Évelyne
- et ROSENBERG, Benno,
- Gibeault, Alain.,
- et al.
- Gibeault, A.,
- Guedeney, C.,
- Kestemberg, É.
- et Rosenberg, B.
https://doi.org/10.3917/rfp.733.0743
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- Gibeault, A.,
- Guedeney, C.,
- Kestemberg, É.
- et Rosenberg, B.
- Gibeault, Alain.,
- et al.
- GIBEAULT, Alain,
- GUEDENEY, Colette,
- KESTEMBERG, Évelyne
- et ROSENBERG, Benno,
https://doi.org/10.3917/rfp.733.0743
Notes
-
[1]
S. Freud (1894), Les psychonévroses de défense, GW, I, p. 74 ; SE, III, p. 60 ; trad. franç. in Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973, p. 14.
-
[2]
S. Freud (1924), Le problème économique du masochisme, GW, XIII, p. 372 ; SE, XIX, p. 160 ; trad. franç. in Névrose, psychose et perversion, op. cit., p. 288.
-
[3]
S. Freud (1895), Études sur l’hystérie, GW, I, p. 145 ; SE, II, p. 89 ; trad. franç., Paris, PUF, 1956, p. 70.
-
[4]
Le terme d’ « excitation », que cliniquement nous utilisons tous, nous est apparu ambigu dans la mesure où il se réfère indistinctement à la somme d’excitation inconsciente et/ou à la tension d’excitation vécue consciemment. Il nous paraît préférable d’utiliser « excitation » comme abréviation de « somme d’excitation » et de l’opposer à la « tension d’excitation consciente ».
Cette distinction doit être ici rapportée à l’élaboration freudienne du concept de pulsion, qui présente une articulation originale des rapports entre le somatique et le psychique, de même qu’entre la quantité et la qualité. Freud établit en effet un rapport d’expression entre la pulsion comme quantité somatique et le quantum d’affect comme quantité psychique. Il note ainsi, dans « Le refoulement », que le quantum d’affect « correspond à la pulsion en tant qu’elle s’est détachée de la représentation » (S. Freud (1915), Le refoulement, GW, X, p. 254 ; SE, XIV, p. 152 ; trad. franç. in Métapsychologie, Paris, PUF, 1968, p. 55). Dans cette perspective, c’est comme si l’affect était synonyme de la somme d’excitation et équivalent à l’énergie psychique en général ; mais, en même temps, Freud parle d’un destin pulsionnel qui consisterait dans « la transposition des énergies psychiques des pulsions en affects et tout particulièrement en angoisse » (ibid., GW, X, p. 256 ; SE, XIV, p. 153 ; trad. franç. p. 56), ce qui laisse entendre que la notion d’énergie pulsionnelle est plus large que celle d’affect, que l’affect n’est qu’une manifestation particulière de la somme d’excitation psychique. Il précise d’ailleurs que la pulsion « trouve une expression conforme à sa quantité dans des processus qui sont ressentis sous forme d’affects » (ibid., GW, X, p. 254 ; SE, XIV, p. 152 ; trad. franç, p. 55), processus que Freud définit plus loin comme « des processus de décharge dont les manifestations finales sont perçues sous forme de sensations » (S. Freud, L’inconscient (1915), GW, X, p. 277 ; SE, XIV, p. 178 ; trad. franç. in Métapsychologie, op. cit., p. 84), Ainsi, l’affect comporte à la fois un aspect quantitatif qui le rapproche de la pulsion et un aspect qualitatif correspondant à la sensation résultant du processus de décharge. Ces processus de décharge sont liés directement aux sensations de plaisir et de déplaisir, dont Freud déclare qu’elles « impriment à l’affect ce que l’on appelle le ton fondamental » (S. Freud, Introduction à la psychanalyse (1916-1917), GW, XI, p. 420 ; SE, XVI, p. 395 ; trad. franç., Paris, Payot, 1973, p. 373). Nous reprendrons ces questions de façon plus détaillée dans le prochain cahier sur le « Masochisme », ainsi que dans celui sur « Excitation, représentations de mot et de chose ». -
[5]
S. Freud, L’inconscient (1915), GW, X, p. 277 ; SE, XIV, p. 178 ; trad. franç. in Métapsychologie, op. cit., p. 83.
-
[6]
Dans la mesure où, dans la névrose symptomatique, le transfert latéral n’est pas un transfert au sens propre du terme, ce n’est donc que par analogie que nous parlons ici de résistance par le transfert.
-
[7]
D. Lagache, Le problème du transfert, RFP, t. XVI, nos 1-2, 1952, 88.
-
[8]
Cf., en particulier :
— H. Danon-Boileau, Apparition d’un transfert latéral favorisé par une attitude d’analyse sauvage du conjoint. Mémoire de candidature à la Société psychanalytique de Paris, janvier 1962, pp. 93-113. (N.d.l.R. : un article issu de ce mémoire figure dans le présent numéro de la RFP.)
— M. Neyraut, Le transfert, Paris, PUF, 1974, p. 275.
— R. R. Greenson, Technique et pratique de la psychanalyse, Paris, PUF, 1977, p. 277. -
[9]
Il s’agit d’un analyste homme.
-
[10]
S. Freud (1905), Trois essais sur la théorie de la sexualité, Paris, Gallimard, 1968, p. 132.
-
[11]
On peut remarquer ici que les troubles du caractère, évidents dans le cas de Mlle X... et certes fréquents dans la névrose de caractère, ne lui sont toutefois pas spécifiques. Les troubles du caractère ne sont en effet qu’une modalité défensive, un acting visant à repousser l’objet quand il s’impose dans un vécu de séduction ou lorsque le rapproché devient trop dangereux.
1Note de la rédaction. — Nous republions ici un texte paru dans le no 3 (automne 1981) des Cahiers du Centre de psychanalyse et de psychothérapie de l’Association Santé Mentale dans le 13e arrondissement de Paris. Ce numéro, intitulé « Le personnage tiers », a marqué un moment important dans l’élaboration collective de cette institution : Évelyne Kestemberg, à l’époque directrice du Centre, y publie son article princeps sur le « personnage tiers » (réédité in É. Kestemberg, La psychose froide, pp. 145-177 et 179-199). Le concept du personnage tiers s’intègre dans la problématique plus générale de la tiercéité, tout en s’en distinguant par certaines caractéristiques essentielles. Il est « externe » (É. Kestemberg le décrit comme « objet externe »), ce qui implique une présence dans l’actuel du sujet. Il n’est pas le déplacement et la projection d’instances surmoïques ou idéales du sujet, même si de tels éléments contribuent à sa composition. Il est surtout caractérisé par sa qualité de garant de l’unité narcissique du sujet et, de ce fait, il se rapproche de l’objet fétiche. Dans les élaborations du Centre de psychanalyse, il est apparu que ce personnage tiers était incarné par le directeur du Centre : Évelyne Kestemberg recevait en premier entretien tous les patients qui y étaient adressés, avant de les confier à l’un des thérapeutes, et leur indiquait qu’elle restait à leur disposition tout au long de leur traitement avec le thérapeute. Bien que les deux notions soient distinctes, celle du personnage tiers s’intrique naturellement avec celle du transfert latéral. Aussi, dans le même numéro que celui publiant l’article d’Évelyne Kestemberg sur le personnage tiers, a également été publié un texte collectif traitant de la question du transfert latéral. C’est ce texte que nous republions ici.
INTRODUCTION
2Nous nous proposons de compléter l’étude d’Évelyne Kestemberg sur le tiers dans la psychose par quelques réflexions concernant la fonction du tiers dans la névrose. Il ne s’agit pas ici du tiers fantasmatique toujours présent dans la névrose, mais de l’utilisation d’un personnage tiers réel – autrement dit, de ce que l’on a appelé le transfert latéral. Chemin faisant, nous nous sommes rendu compte des différences notables entre le transfert latéral dans les névroses symptomatiques (névroses de transfert classiques) et celui que l’on trouve dans les névroses dites de caractère. Nous avons été amenés dès lors à faire une distinction terminologique entre la latéralisation du transfert caractérisant les névroses symptomatiques et le transfert latéral à proprement parler que nous réservons aux névroses de caractère.
3Pour traiter cette question, il nous est apparu nécessaire de reprendre ici à notre compte la distinction freudienne entre : la somme d’excitation (Erregungssumme) ou quantum d’affect (Affektbetrag) [1] qui constitue la charge pulsionnelle à un niveau psychique et qui représente la dimension quantitative et essentiellement inconsciente de l’affect ; la tension d’excitation (Reizspannung) [2] qui correspond à la dimension qualitative, vécue et consciente, du quantum d’affect ; et l’investissement (Besetzung) [3] qui implique la liaison de l’excitation ou quantum d’affect à un ou des représentants-représentations privilégiées [4].
4La polyvalence de cet investissement est, bien entendu, définie par les différentes figures imagoïques qu’elle contient, de même que par les affects positifs ou négatifs qui les accompagnent ou tâchent à s’en distinguer.
5Nous affirmons donc à travers cette distinction que l’investissement transférentiel, ainsi que l’excitation inconsciente qui s’y rattache peuvent rester relativement constants, alors que la tension d’excitation peut au contraire être variable et subir une augmentation ou une diminution notable. De ce point de vue, le transfert latéral diminue fortement cette tension d’excitation, ce qui en fait le définit et en détermine la raison d’être.
6En effet, à un moment donné du processus analytique, le quantum d’affect peut rester constant, et l’on peut appeler cela avec Freud sentiment inconscient, alors que le sentiment conscient peut varier facilement, ainsi que le montre la latéralisation du transfert. Il n’est pas inutile de rappeler que lorsque Freud, dans son article « L’inconscient » de 1915, s’interroge sur la contradiction inhérente à la notion de « sentiment inconscient », il insiste sur le fait que l’emploi de ces expressions « renvoie surtout aux destins que connaît le facteur quantitatif de la motion pulsionnelle par suite du refoulement » [5]. Il distingue alors trois destins possibles : l’affect subsiste tel quel à un niveau conscient ; il peut aussi subir une transformation, par exemple en angoisse ; ou, enfin, être réprimé et n’exister qu’en tant que « rudiment » d’affect qui n’a pu être libéré. La notion de sentiment inconscient se réfère ici au déplacement du quantum d’affect de la représentation première à une représentation substitutive. De ce point de vue, la latéralisation du transfert représente un déplacement de l’affect sur un objet substitutif par rapport auquel il est vécu consciemment, alors qu’il s’adresse en réalité à l’objet-analyste, qui constitue la représentation première.
LA LATÉRALISATION DU TRANSFERT DANS LA NÉVROSE SYMPTOMATIQUE
7En quoi consiste donc la latéralisation du transfert ? Le patient qui cherche à prouver à son analyste qu’il hait ou aime montre ainsi, par la dénégation qui est ici impliquée, que le sentiment inconscient s’adresse en fait à l’analyste lui-même. Grâce à la latéralisation, il veut ainsi éviter de vivre par rapport à l’analyste la tension d’excitation que ce dernier provoque. La « latéralisation » ne représente donc pas un transfert sur un tiers, car le transfert vise toujours et par définition l’analyste. Dans l’expression « transfert latéral », il ne s’agit donc pas d’un transfert stricto sensu, lié à la névrose de transfert, mais d’une latéralisation du transfert ; celui-ci correspond plutôt à un mouvement défensif par rapport au transfert qui, en tant que tel, ainsi que nous l’avons souligné, ne peut que viser l’analyste. Le paradoxe du « transfert latéral » est que cette apparente latéralisation n’est pas celle du transfert. Le transfert subsiste, et la latéralisation serait de l’ordre d’un « acting mental ».
8La même position fondamentale peut être affirmée par rapport à l’apparente fragmentation imagoïque, paternelle ou maternelle, et celle qui concerne le transfert positif et négatif. Dans le transfert névrotique, l’analyste est celui qui représente les deux imagos ; le déplacement d’un des deux imagos n’entame pas essentiellement la dualité imagoïque de tout transfert névrotique en tant que tel. De même est-ce par rapport à l’analyste que sont vécus l’amour et la haine à un niveau inconscient, alors que l’un de ces sentiments, ou à l’occasion les deux peuvent être vécus consciemment à propos d’un objet tiers. Le transfert névrotique est toujours ambivalent et comporte constamment les deux aspects, positif et négatif, du transfert.
9L’essentiel de la question réside dans la définition du transfert comme partie intégrante de la névrose de transfert ; celle-ci constitue elle-même une réorganisation actuelle de la névrose infantile et représente un déplacement de l’objet interne sur l’analyste. En outre, la situation analytique est investie par le patient comme une extension narcissique de lui-même, s’organisant autour de l’analyste qui représente l’objet interne. Par contre, l’objet du « transfert latéral » est toujours une projection défensive sur des objets externes, ayant pour but de nier le déplacement de l’objet interne sur l’analyste. En règle générale, et dans les organisations névrotiques essentiellement, le travail fantasmatique sur l’objet interne au sein de la cure n’exige que progressivement ou modérément le support d’un objet externe. Celui-ci, suivant les différents moments de la cure, ou bien se trouve contrebalancer en une irisation qui verse l’investissement sur l’objet-analyste, sur qui est projeté l’objet interne, ou bien au contraire obère le jeu fantasmatique avec l’objet interne en une réification de cet objet à l’extérieur, ce qui peut alors constituer une menace pour le transfert lui-même.
10Dans le « transfert latéral », la projection fonctionne donc comme une négation du déplacement durable de l’objet interne sur l’analyste et apparaît ainsi comme une résistance au transfert au moyen de ce que l’on pourrait considérer comme une « résistance par le transfert », comme un acting out des affects d’amour ou de haine [6]. Dans les cas de résistance par le transfert au sens propre du terme, l’analyste est utilisé doublement, d’une part comme déplacement de l’objet interne – il est alors authentiquement l’objet du transfert –, d’autre part dans sa réalité de l’objet externe. Les sentiments qu’on lui adresse dans ce cas sont paradoxalement vécus pour nier les sentiments inconscients. Les mêmes concepts peuvent donc rendre compte en même temps de la résistance au transfert et de la résistance par le transfert.
11La latéralisation du transfert sollicite de façon importante les positions contre-transférentielles et suscite deux attitudes différentes de la part des analystes, selon qu’ils donnent à celle-ci une valeur négative ou positive. Certains analystes ont tendance à ramener trop rapidement et systématiquement tout déplacement transférentiel à eux-mêmes. Cela témoignerait, dans une postulation explicite ou implicite, que toute tension d’excitation dans le cours de l’analyse ne peut que les concerner eux-mêmes, ce qui implique à nos yeux une certaine confusion entre l’excitation, la tension d’excitation et les investissements, comme si seule la tension d’excitation vécue en séance rendait compte de l’investissement : d’où une confusion entre objet interne et objet externe, entre fantasme et acte, entre sentiment inconscient et sentiment conscient, et le risque qu’analysé et analyste demeurent enfermés dans une situation apparemment duelle où le tiers inéluctablement présent est absent du travail. Dans la pratique, cela nous semble impliquer une méconnaissance du transfert en sa spécificité d’excitation et d’investissement d’objet interne pour privilégier la tension d’excitation. Cela signifierait aussi une mésinterprétation de la règle d’abstinence qui obligerait tout individu en analyse à renoncer à toute vie extérieure à la cure analytique ; tout acte de la vie d’un patient en analyse aurait alors nécessairement une valeur d’acting out.
12Dans son rapport sur le transfert [7], Lagache parle avec raison du transfert extra psychanalytique ou transfert latéral comme d’une forme d’acting out. Nous pensons effectivement que les affects latéralisés ont une qualité autre qui les rapproche d’une certaine manière d’un acte réel, car ils perdent cette référence essentielle à l’objet interne et leur dimension purement fantasmatique. Il s’agit alors d’amour ou de haine, et non plus de transfert positif ou négatif.
13Cette fonction d’évitement du fantasme définit l’acting out en tant que tel. On peut toutefois supposer que la qualité d’acting d’un acte réalisé par un patient est conditionnée d’abord par la latéralisation de l’affect. Si la latéralisation du transfert est un acting, on ne peut toutefois parler d’acting que s’il existe d’abord une latéralisation du transfert. En revanche, tout acte de la vie d’un patient ou toute décision survenant en cours d’analyse n’a pas forcément une valeur d’acting, quand il ne représente pas essentiellement un déplacement sur l’objet externe des affects et des fantasmes se référant à l’analyste.
14Par contre, il nous semble inévitable qu’à un moment ou un autre d’une analyse un patient ait recours à un objet externe dans un mouvement de latéralisation du transfert, même si l’objet externe est l’analyste lui-même, comme dans le cas de résistance par le transfert. Il faudrait supposer autrement une analyse dans laquelle il n’y aurait pas de résistance au transfert par la latéralisation, et un sujet pouvant assumer sa relation à l’objet interne sans la médiation de l’objet externe, ce qui nous paraît plutôt le signe asymptotique d’un processus analytique accompli.
15Dans cette perspective, la latéralisation du transfert peut être considérée comme un processus non plus réducteur mais enrichissant pour le processus analytique, et nécessitant le respect de celui-ci aussi longtemps qu’il contribue à cet enrichissement. Il est évident que la projection sur l’objet externe ainsi que la réponse de cet objet peuvent faciliter le travail préconscient et l’apparition des rejetons de l’inconscient, en apportant ainsi les conditions nécessaires à l’interprétation dans l’analyse. Ainsi que plusieurs auteurs l’ont souvent observé [8], c’est surtout l’élaboration des aspects négatifs et prégénitaux qui est facilitée par ce passage par l’objet externe. Ce sont là, en effet, les aspects les plus menaçants pour la continuité narcissique du sujet et le maintien du processus analytique, ce qui explique le recours indispensable à la latéralisation du transfert ; celle-ci n’est toutefois utile qu’aussi longtemps qu’elle ne menace pas le transfert lui-même, dès lors tant que l’objet externe ne se substitue pas à l’objet-analyste.
16Tout ce qui précède, relatif aux investissements, pourrait, bien entendu, être réélaboré en termes de destin des identifications. On serait tenté de dire qu’investissements et identifications sont la double face d’un même Janus ; cependant nous pensons qu’il y aurait là une sorte de leurre, car on ne peut pas toujours « lire » les investissements en termes d’identification. Il serait peut-être dès lors plus adéquat de penser que les identifications seraient le contrepoint des investissements plutôt qu’une reformulation du même processus, à moins que l’on ne considère que le pointillisme d’un tableau ne prend sens qu’à partir du paysage qu’il figure. Nous pouvons parler d’identification « latérale » quand nous retrouvons dans un personnage-tiers des traits identificatoires relatifs à l’analyste.
Illustration clinique
17Le patient de l’un d’entre nous [9] présentait ainsi des difficultés d’identification à son père en raison d’une situation traumatique vécue à l’entrée dans l’adolescence. En effet, de 8 à 13 ans, Jacques avait assisté à la longue détérioration physique de son père, qui était atteint de leucémie, et il avait été incapable d’affronter la rivalité œdipienne après la mort de celui-ci, au moment même de ce remaniement important des identifications qu’est la crise d’adolescence. De brillant sujet, fils d’un brillant universitaire, Jacques devint progressivement un mauvais élève et l’un de ces adolescents angoissés qui trouvent un refuge dans la drogue et le maintien d’une bisexualité larvée dont témoignaient ses habitudes vestimentaires et ses « trips » avec ses compagnons d’infortune.
18Adressé pour une psychothérapie à l’âge de 18 ans, Jacques se présente avec une apparence féminine, vêtu d’une tunique indienne, les cheveux très longs retenus par un bandeau sur le front. Son discours fait l’éloge de la pop-music et des drogues douces, tout en révélant son angoisse et ses difficultés à affronter son vécu œdipien à l’égard de sa mère, avec qui il vit seul pratiquement depuis la mort de son père. Ses deux aînés, Michèle, de dix ans plus âgée que lui, et Fabien, de cinq ans plus âgé, ont tous deux quitté l’appartement familial pour très rapidement se marier ; il vit donc dans une proximité très grande avec sa mère, ce qui suscite en lui une excitation insupportable et le conduit à faire une tentative de suicide plus ou moins délibérée avec du datura ; à l’acmé de son angoisse, l’amour à l’égard de sa mère le renvoie à une identification au père malade et mourant : il se drogue, comme le père prenait des médicaments tout au long de sa maladie, pour devenir « raide », selon le vocabulaire des toxicomanes, c’est-à-dire paralysé et immobile comme l’était son père au cours des derniers mois de sa vie et a fortiori dans sa mort.
19Au cours de sa psychothérapie, il trouve dans l’investissement transférentiel l’appui narcissique qui lui permet de sortir de son inhibition intellectuelle et de cet état d’abattement entretenu par la drogue : il réussit brillamment son bac, décide d’entreprendre des études de philosophie et de gagner de l’argent comme garçon de café pour payer ses séances, paiement qui, jusqu’alors, était assuré par sa mère ; il projette par ailleurs de quitter l’appartement de cette dernière pour se trouver un studio. C’est dans ce contexte, alors qu’il vient d’avoir 20 ans, que l’analyste lui propose de passer d’une psychothérapie à deux séances à une analyse avec lui à raison de quatre séances par semaine. Jacques en attend surtout de pouvoir nouer une relation amoureuse et de surmonter son inhibition sexuelle qui jusqu’alors l’a toujours empêché de toucher à une fille.
20Au début, s’il se sent valorisé par la situation analytique en elle-même, il regrette toutefois de ne pas retrouver dans son analyste la psychothérapeute en qui, selon lui, il trouvait un « guide » pour affronter ses difficultés, c’est-à-dire un objet externe qui puisse le conseiller dans les différents choix qui se présentent à lui : ce guide doit être d’abord quelqu’un comme son père qui lui servait effectivement de « guide » dans de longues randonnées en montagne ; Jacques en attend qu’il puisse être suffisamment fort pour l’empêcher de sombrer dans la drogue, l’alcool... et les femmes, mais aussi qu’il soit quelqu’un comme sa mère, qui se préoccupe de son confort matériel et l’aide à trouver un appartement pour pouvoir paradoxalement... la quitter ! On peut remarquer que, de ce point de vue, si l’analyste renvoie à l’objet interne, sa propre image en tant que psychothérapeute peut servir après coup de latéralisation du transfert.
21Dans ce contexte, l’analyste apparaît souvent impuissant à l’aider et de ce fait porteur d’un Surmoi d’autant plus rigoureux qu’il « exige » le renoncement à une vie sexuelle. Le patient fait ainsi un rêve où il rencontre dans la rue une fille qu’il a connue à l’université et qui est réputée pour être facile ; il la quitte en apercevant l’église Saint-Germain-des-Prés, reprend le chemin de la faculté et rencontre des drogués, pour finalement se trouver dans l’ascenseur de la faculté où il aperçoit un homme dont il pense qu’il est mort.
22L’homme mort du rêve représente le père mort, à qui il faut tout sacrifier, sauf le travail universitaire... et analytique ; l’église Saint-Germain-des-Prés renvoie à la rigueur de l’éducation religieuse qu’il a reçue, et depuis longtemps abandonnée, mais qui interdit et par conséquent protège contre le danger inhérent à la vie sexuelle ainsi que le montre l’équivalence entre la sexualité et la drogue qui transforme en « épave » celui qui s’y laisse entraîner.
23Le climat répressif de la situation analytique, lié à la projection du Surmoi paternel et à l’inadéquation des satisfactions orales relatives à la projection de l’imago maternelle, est remis en cause le jour où Jacques rencontre Mireille. Elle est, comme lui, étudiante en philosophie, de dix ans plus âgée que lui et d’un milieu social plus modeste qui contraste avec le milieu bourgeois de sa propre famille. Pour la première fois, il s’autorise avec cette jeune femme des relations sexuelles satisfaisantes, ce qui suscite en lui une très grande réassurance quant à sa virilité, son intégrité. Il veut vivre avec elle, ce qu’il fait très rapidement, tout en restant locataire d’un studio qu’il a finalement trouvé, après de longs mois de recherche, dans l’arrondissement de son analyste !
24Les conditions sont dès lors réalisées pour que s’opère la latéralisation du transfert, dans sa double polarité paternelle et maternelle. Mireille apparaît en effet susceptible de véhiculer l’imago maternelle, car, de dix ans plus âgée que lui et ayant déjà derrière elle, selon lui, une longue vie amoureuse, elle est l’initiatrice qui permet à Jacques l’apprentissage de sa vie sexuelle. Elle est en même temps un substitut de sa sœur aînée, Michèle, également de dix ans plus âgée que lui, dont il évoque alors l’importance très grande tout au long de son enfance : c’était la bonne mère avec qui il jouait et qui veillait sur lui, contrairement à sa mère qui, souvent hargneuse et interdictrice, représentait une mauvaise mère. Enfin, par sa condition sociale inférieure, Mireille lui rappelait Anna, la bonne Espagnole qui s’était occupée de lui tout au long de son enfance, et dont il gardait un heureux souvenir. Cette répartition de l’imago maternelle avait permis dans le passé de contourner en partie l’interdit œdipien ; de même, Mireille pouvait être un substitut maternel adéquat, à la fois proche de l’analyste-mère et de la mère elle-même par sa plus grande expérience de la vie, mais également éloignée par l’âge et le milieu social, apparaissant de ce fait comme à l’opposé de son analyste et de sa mère.
25Son investissement de Mireille comme mère était également dissimulé par sa propre identification à une mère qui s’occupe d’un enfant en détresse : Jacques présente Mireille comme une jeune femme très perturbée, qui a besoin d’un homme-mère qui la nourrisse et veille sur elle. Jacques fait les courses et la cuisine, et lui raconte des histoires le soir pour qu’elle s’endorme paisiblement, car elle est toujours très angoissée. D’une certaine façon, Mireille reprend à son compte l’incohérence de la vie de Jacques et son avidité : elle préfère vivre la nuit plutôt que le jour, elle ne supporte pas que Jacques ne reste pas constamment auprès d’elle et se présente ainsi très rapidement comme un enfant avide qui tyrannise sa mère par ses exigences. Jacques se sent très vite étouffé par cette pression constante qui correspond en fait à sa propre avidité projetée qui lui apparaît dès lors d’autant plus oppressante. Il évoque dans ce contexte un rêve d’enfance où il était dans la cuisine et avait peur d’être écrasé par un hippopotame qui prenait de plus en plus de place. De ce point de vue, l’identification à la mère pré-œdipienne (la mère hippopotame) qui s’occupe d’un enfant avide et exigeant lui permettait d’échapper à l’interdit concernant la mère œdipienne : il préférait ainsi s’identifier à la mère et renverser les rôles pour ne pas admettre en lui le désir de retrouver sa mère en Mireille.
26Cette identification féminine portait également le désir œdipien d’être la femme de l’analyste-père ; il s’occupait de dactylographier les écrits de Mireille, qui était donc étudiante en philosophie comme lui, à l’instar de sa mère qui avait été la secrétaire fidèle du père lorsqu’il occupait un poste important dans l’enseignement. Le frère Fabien avait d’ailleurs suivi les traces du père, et Jacques avait fait le projet de devenir également enseignant et écrivain. Il avait revécu dans le transfert cette rivalité œdipienne à l’égard de l’analyste dont il supposait, après avoir aperçu l’un de ses écrits en librairie, qu’il était également enseignant ; la latéralisation du transfert paternel sur Mireille avec qui il vivait une rivalité très vive lui avait ainsi permis de nier le conflit à l’égard de son analyste dans sa double dimension de soumission passive visant à châtrer le père et de rébellion : il attendait de Mireille qu’elle lui donne des idées et lui ouvre la voie de la recherche, pour mieux ensuite lui dérober ces mêmes idées et ces projets.
27Ses études une fois terminées, Jacques ne peut toutefois s’engager dans la profession d’enseignant et se limite à de petits travaux qui lui permettent à peine de vivre, comme être vendeur dans une librairie ; ce n’est qu’un an plus tard qu’il s’autorise à aller chercher son diplôme à l’université et à trouver des heures d’enseignement. Entre-temps, il vit des conflits sadomasochistes extrêmement aigus avec Mireille où les aspects négatifs et haineux du transfert peuvent s’exprimer à l’abri d’une relation transférentielle qu’il cherche par tous les moyens à maintenir positive, malgré parfois des absences répétées à ses séances ; il en attribue d’ailleurs toujours la responsabilité aux exigences tyranniques de Mireille et à ses « crises » perpétuelles. De ce point de vue, il subit la loi de Mireille comme il subit la loi de l’analyste, mais en déposant en Mireille tout l’aspect négatif et contraignant de cette loi.
28Aspiré littéralement dans sa relation avec Mireille, il se met dans une situation financière extrêmement difficile où pendant plusieurs mois il ne peut plus payer ses séances ; il se limite alors à donner à son analyste une petite somme de temps à autre, comme dans un rêve il donnait un peu de nourriture à une bête fauve pour qu’elle ne soit pas trop affamée et dangereuse. Sur ces entrefaites, sa mère lui apprend qu’elle va distribuer l’héritage du père entre tous les enfants et que, d’ici quelque temps, il touchera une somme très importante : il fait alors le projet de régler la totalité des séances lorsqu’il touchera l’héritage, puis n’en parle plus pendant des mois ; empruntant de l’argent à tout le monde, il met ainsi toutes ces personnes, y compris son analyste, dans la position d’attendre l’héritage à sa place, ce qui l’étonne beaucoup lorsque cela lui est interprété. À l’évidence, toucher cet argent, c’est accepter de faire le deuil du père et admettre la mort de celui-ci.
29La latéralisation du transfert paternel sur Mireille permet au contraire à Jacques de faire l’économie de ce travail de deuil : il se dégage en effet de son identification au père malade soigné par l’analyste en projetant cette identification sur Mireille qui exige des soins constants, et plus particulièrement à une époque où elle commence à aller de plus en plus mal. Se sentant prisonnier de Mireille, il fait bien le projet de la quitter, mais à un moment où elle est très angoissée parce qu’au chômage et incapable de travailler ou même de trouver du travail : elle le menace de se suicider s’il la quitte ou parle d’hospitalisation, ce qui l’angoisse énormément en raison du réveil des souvenirs relatifs aux hospitalisations de son père.
30Il lui propose alors de partir quelques semaines dans le chalet familial à la montagne, n’hésitant pas un instant à s’absenter de son analyse pendant plus d’un mois sans donner signe de vie ou même prévenir de son retour éventuel. Il se sent littéralement responsable des troubles de Mireille à cause du vol de ses idées et de son projet de la quitter, comme il avait pu se reprocher autrefois de vouloir abandonner son père à l’hôpital pour mener sa propre vie, se sentant ainsi directement en cause dans la maladie de celui-ci.
31La suspension momentanée de l’analyse témoigne ici des limites dans l’utilisation du tiers et de la fonction éventuellement négative de la latéralisation du transfert : l’investissement de Mireille lors de sa décompensation permet à Jacques de se libérer pendant un certain temps de l’introjection du père malade et mourant, mais il remet en cause le travail analytique et pourrait, en d’autres circonstances, conduire à son interruption. Dans ce contexte, l’aspect négatif du transfert, auparavant déplacé sur Mireille, est alors ici revécu par rapport à l’analyste et menace la poursuite de l’analyse ; l’excitation inconsciente est toutefois maintenue par rapport à l’analyste, car Jacques cherche à faire souffrir celui-ci de son absence, en le mettant dans la situation de l’attendre à toutes ses séances sans aucune précision sur la date de son retour éventuel.
32Lorsque finalement Jacques revient, la tension d’excitation au cours de la séance est à son maximum ; il craint des représailles violentes de la part de son analyste, qu’il n’a toujours pas payé alors qu’il a dépensé tous ses revenus dans ce séjour à la montagne avec Mireille. Il rapporte un rêve où un voleur est poursuivi et menacé de coups par des policiers, ce qui lui permet d’élaborer son désir inconscient de châtrer l’analyste-père en partant comme un voleur avec tout le magot, y compris l’héritage... et avec la mère ! En effet, alors qu’il soignait le père malade dans le chalet alpin, il affrontait ainsi le père bien portant, qui était resté à Paris, vivant par rapport à l’analyste l’aspect haineux du transfert jusqu’ici déplacé sur Mireille. Mais, en même temps, il réalisait son désir œdipien de partir seul avec sa mère en laissant le père à Paris, puisque, dans l’un de ses souvenirs d’enfance les plus souvent évoqués, il partait en train avec sa mère pour un séjour dans le chalet familial, pendant que le père travaillait à Paris.
33L’intensité de la haine et de la culpabilité œdipienne ici en jeu devait apparaître ultérieurement dans un autre rêve, à une époque où Jacques cherchait sérieusement du travail comme enseignant. Dans ce rêve, il arrivait à l’hôpital où son père, très malade, était sous perfusion et rencontrait M. F... qui était le supérieur hiérarchique de son père ; ce M. F... déclarait qu’il valait mieux débrancher les perfusions, ce qui suscitait la réprobation de Jacques. Son désir de « débrancher » le père, comme de faire disparaître l’analyste par des absences prolongées, suscitait en retour un très grand besoin de réparation, qu’expliquait la réalité traumatique de l’agonie et de la mort du père. La latéralisation du transfert s’imposait ici d’autant plus, pour préserver le transfert positif et diminuer la haine qui dans la réalité avait mis en cause l’intégrité du père et interrompu le processus identificatoire. Mais cette latéralisation comportait des risques évidents pour la poursuite de l’analyse, à partir du moment où la haine était réintroduite dans le transfert.
34L’analyse de Jacques montre manifestement la valeur positive de la latéralisation du transfert. Cette valeur nous apparaît non seulement dans la possibilité ainsi offerte d’aménager le conflit et lié à l’ambivalence, mais aussi dans l’enrichissement du processus analytique lui-même, alimenté par la variété des expériences affectives ainsi vécues par rapport à un objet externe extra-analytique. On ne peut nier dans le cas de Jacques, qui sortait à peine de son adolescence au début de son analyse, l’importance maturative de sa relation amoureuse avec Mireille.
35Dans sa dimension défensive, la latéralisation du transfert peut néanmoins constituer un obstacle au processus analytique, tant que les données n’en sont pas réélaborées dans le transfert dans sa double dimension paternelle et maternelle. La latéralisation ne peut qu’alors être remise en cause, ainsi que le révèlent les aléas de la relation de Jacques avec Mireille. À partir du moment où l’identification à un père fort, non détruit par la haine du fils à son égard, devient possible, Jacques prend alors conscience que son amour pour Mireille vise à fuir l’amour œdipien pour sa mère.
36Un rêve témoigne de cette découverte. Il est dans le chalet alpin appartenant à sa mère, avec non pas Mireille mais une autre jeune fille, Françoise ; ils projettent tous deux d’aller coucher dans la chambre de sa mère qui se tient debout devant l’entrée de sa chambre ; sa mère s’oppose d’abord à ce projet, puis finalement accepte volontiers.
37Depuis quelque temps, Jacques exprime à nouveau le désir de quitter Mireille, et c’est dans ce contexte qu’il rêve donc de Françoise qui est une jeune fille de son âge et appartenant à son milieu social. Dans les associations à son rêve, Jacques ne retient que l’interdit de sa mère, qui a toujours refusé que l’on prenne sa chambre, sauf lorsque son frère Fabien et sa future femme sont venus. L’analyste lui fait remarquer que dans son rêve sa mère accepte finalement que lui-même et son amie Françoise occupent sa chambre et son lit ; Jacques paraît surpris. Il associe sur sa crainte que la femme qu’il aime et sa mère ne développent des relations amicales, comme ce fut le cas pour la femme de son frère. De ce point de vue, il s’est toujours senti tranquille avec Mireille qui a pratiquement toujours refusé de voir sa mère et se présente effectivement comme le contraire de sa mère, une « anti-mère ».
38Ce moment d’élaboration ne peut que conduire à remettre en cause la valeur de « latéralisation du transfert » représentée par la relation avec ce tiers qu’est Mireille : l’acceptation des désirs œdipiens positifs à l’égard de la mère peut entraîner ici autant la rupture avec Mireille, si cette relation ne comporte qu’une valeur défensive, qu’une dimension de « latéralisation », que le réaménagement de cette relation amoureuse au-delà de sa dimension d’acting out. Le destin de la « latéralisation du transfert » dans une organisation névrotique est d’être passager et transitoire. Elle risquerait autrement de bloquer définitivement le processus analytique au lieu de le servir momentanément lorsque l’amour mais souvent la haine relative aux deux imagos ne peuvent être d’emblée élaborées dans le transfert.
LE TRANSFERT LATÉRAL DANS LA NÉVROSE DE CARACTÈRE
39L’apparition, dans la cure d’une névrose de caractère, d’une latéralisation du transfert telle que nous l’avons définie pour les névroses symptomatiques est de bon augure. Elle signe l’acceptation des affects et de leur maniement et la remise en route à travers le glacis caractériel de mouvements pulsionnels et conflictuels. Elle facilite l’abord de la problématique dépressive jusqu’alors évitée. Dès lors, les autres cessent d’être vécus comme autant de persécutants de par leurs reproches, leur « incompréhension » même. La mégalomanie fondamentale de l’organisation psychique devient moins agissante. Nous serions tentés de dire, non sans quelque paradoxe, qu’il s’agit là d’une « névrotisation » de la névrose de caractère, fruit en général d’une longue marche d’approche, d’un patient travail d’élaboration au sein de l’analyse. Étant donné les difficultés et les vicissitudes de l’organisation du transfert, ce résultat n’est parfois obtenu qu’en plusieurs étapes successives séparées par des laps de temps relativement importants, souvent même avec des analystes différents.
40Habituellement, nous rencontrons dans les névroses de caractère un autre type de transfert latéral. En opposition avec le premier, nous nous trouvons là en présence d’un transfert latéral stricto sensu limitatif pour le processus analytique ; c’est un acting destiné à court-circuiter et à obérer partiellement le vécu transférentiel. Il consiste en l’investissement plus ou moins intense soit des personnes de l’entourage, soit d’événements vécus faisant office d’objets-tiers, voire des deux. Dans la cure des névroses de caractère, l’investissement de l’objet-analyste est là d’emblée, mais l’interposition d’objets-tiers va permettre de maintenir l’objet-analyste à une distance tolérable pour le sujet. Ainsi Mme V... consacrait-elle nombre de séances au récit d’événements et de conflits survenant à son travail. « La réalité extérieure et culturelle, disait-elle, a autrement d’importance que l’analyse. »
41Sur le plan économique, l’investissement de ces objets-tiers affaiblit effectivement l’investissement transférentiel sur l’analyste et le maintient à un niveau supportable pour le sujet. Tel le fleuve qui ne sortirait jamais de son lit et dont la crue ne dépasserait jamais la cote d’alerte, grâce à une dérivation de son cours. Car il y a toujours une dérivation pour éviter la catastrophe dépressive, ce que le patient de l’un d’entre nous exprimait parfaitement en disant : « Dès que je vous rencontre, j’oblique. » Il ne s’agit pas là seulement, comme nous l’avons vu pour les névroses symptomatiques, d’empêcher l’augmentation de la tension d’excitation, mais d’éviter que la somme d’excitation même et l’investissement relatif à cette excitation ne dépassent le seuil de tolérance du patient. Ici, non seulement les affects dans le sens qualitatif, mais encore le quantum d’affect sont réduits.
42Sur un plan dynamique, le but de cet investissement sur des objets-tiers est de maintenir l’ambivalence et la conflictualité avec l’analyste représentant l’objet interne dans des limites acceptables pour le sujet.
43Sur un plan topique, l’instance préconsciente étant peu efficace, on ne retrouve pas dans la névrose de caractère cette dérivation des affects conscients en unité profonde avec le transfert qui est le propre de la latéralisation du transfert : il y a un apparent parallélisme qui n’est pas le fait d’un clivage mais qui résulte de l’insuffisance du travail de liaison du préconscient.
44Ces quelques remarques nous amènent à soulever deux questions : d’une part, pourquoi y a-t-il danger dans la névrose de caractère à interpréter trop tôt le transfert latéral dans le transfert ; d’autre part, pourquoi peut-on trouver ici deux types de transfert latéral ?
45La première de ces questions revient à se demander en quoi l’investissement de l’analyste peut être aussi dangereux pour le Moi du patient, au point que l’analyste puisse apparaître comme celui qui peut sauver la situation en respectant le transfert latéral. La nature du danger qui menace les porteurs d’une névrose de caractère est, nous semble-t-il, en étroite corrélation avec l’importance et la complexité d’une problématique essentiellement dépressive que la conflictualité œdipienne conduit dans une impasse.
46Par contre, il est vrai que l’acceptation a minima d’un vécu dépressif constitue une condition sine qua non à l’entreprise d’une analyse, car le sentiment dépressif est parfois si intense et par conséquent si difficile à supporter que certains patients préfèrent le passage à l’acte suicidaire plutôt que de le vivre. En effet, au cours de l’analyse, dans la mesure où l’investissement de l’analyste atteint ou dépasse un certain seuil, la problématique dépressive se déclenche. Plus l’analyste est investi, plus il est en danger d’être perdu, et la perte de l’objet signifie la perte du sujet.
47Pour éviter la catastrophe dépressive, tout l’appareil psychique se mobilise pour tenir l’objet à distance par l’idéalisation. Tant que l’objet est idéalisé, il tient, il ne s’effrite pas, et l’existence du Moi n’est pas menacée. Il est à l’abri de la destruction de par le blocage ainsi réalisé de l’agressivité et ne court pas le risque d’être ravalé au rang d’objet sexuel. Notons cependant que, si seul un objet idéalisé et inatteignable est digne d’être objet, et objet désiré, il n’y a jamais une totale adéquation entre l’objet idéal et l’objet réel. En effet, ces sujets ne supportent ni de perdre ni de retrouver l’objet car dans la névrose de caractère retrouver l’objet, c’est le perdre en son idéalité. On pourrait là inverser la célèbre formule de Freud où « trouver l’objet sexuel n’est, en somme, que le retrouver » [10]. L’objet est donc perdu dès qu’il est retrouvé, et le sujet perdu dès que l’objet est trouvé. Ainsi la conflictualité œdipienne conduit-elle ces patients à la perte de l’objet, qui elle-même entraîne le sujet dans sa chute. La « carapace caractérielle » sert à étancher la vigueur d’un conflit intrapsychique essentiellement œdipien et d’une dépression qui ne peut se vivre en tant que telle.
48Par ailleurs, si leur incapacité d’élaboration fantasmatique ne leur permet pas la formation de symptômes, ils ne peuvent utiliser ni le déni ni le clivage. Ils ont en effet, en ce qui concerne la constitution forcément projective de l’objet, moins de capacités projectives que les psychotiques, y compris les psychotiques non délirants. Ces patients sont, de ce fait, relativement conscients d’être impliqués eux-mêmes à travers la projection dans la constitution de l’objet. Nous touchons là une des raisons de leur souffrance ; dès que l’objet est désidéalisé, il perd de son relief ; le sujet, lui, risque d’y perdre également le sien en raison de l’obscure conscience qu’est la sienne d’être à l’origine aussi bien de la constitution de l’objet que de son idéalisation. La névrose de caractère n’est pas vécue comme une souffrance d’origine interne, car elle est d’emblée projetée sur un entourage qui ne supporte pas que le sujet soit ce qu’il est. C’est là le camouflage privilégié de l’invivable dépression. La souffrance est une souffrance par rapport à un Idéal du Moi méconnu en tant que tel et qui écrase le sujet. Il y a donc en même temps une revendication d’être aimé pour ce que l’on est et une façon de ne pas s’aimer pour ce qu’on est par rapport à l’être idéal qu’on devrait être. C’est dire que cette souffrance se glisse dans un malentendu, car il est bien évident que les reproches que ces patients se font n’ont rien à voir avec les reproches que leur adressent effectivement leurs proches. Le caractère intolérable de cette souffrance est la conséquence de la désidéalisation ; il est dû aux affects de haine provoqués par la remise en cause de cette modalité défensive, ce qui explique qu’il y ait d’une part une tension vécue autour de l’idéalisation très comparable à la tension d’excitation qui est un vécu actuel et conscient pouvant prendre des proportions considérables ; que, d’autre part, les situations conflictuelles ne manquent pas par rapport aux personnages-tiers. Cette souffrance consciente, liée à l’idéalisation, a finalement pour but la réduction de l’excitation inconsciente et de l’investissement sur l’objet. La souffrance consciente est là pour éviter une autre souffrance infiniment plus dangereuse pour le sujet, liée cette fois à la désidéalisation.
49Pour répondre à la seconde question que nous avons posée : pourquoi deux types de transfert latéral dans la névrose de caractère ?, nous dirions volontiers que, pour nous, seul le transfert latéral, celui qui affaiblit le transfert, est spécifique de ce type de névrose. Mais nous pensons que, plus cette névrose est « serrée », plus l’investissement sur l’objet-tiers a tendance à se fixer sur une seule personne ou sur un seul événement. Mme M..., par exemple, a entretenu durant des années son analyste des péripéties du conflit qui l’opposait à son époux. La permanence, la fixité du recours à un même objet-tiers était assez remarquable et permettait d’occulter le conflit intrapsychique et le vécu dépressif. Il en était de même pour Mlle T... ; mais là c’était le rapatriement en France à la suite de la guerre d’Algérie, un événement vécu, donc, qui lui servait d’objet-tiers : « Une réalité, quoi que vous en disiez, à l’origine de mes difficultés », répétait-elle inlassablement à son analyste, si d’aventure ce dernier se risquait à quelque intervention. Il est évident qu’il s’agissait là aussi d’un vécu de séparation, mais c’était bien le seul qu’elle put accepter.
50La fixité du rôle est facilitée, nous en convenons, par le comportement des proches qui cèdent bien souvent à l’exaspération devant ces êtres qui souffrent de n’être pas reconnus et de ne pas se reconnaître dans ce qu’ils sont, sauf à revendiquer ce qu’ils sont. Nous aurions tendance à considérer qu’il s’agit là d’une fixation d’investissement sur des objets uniques ou multiples et d’un embryonnaire processus de fétichisation. La névrose de caractère assez proche, pour certains d’entre nous, des psychoses froides s’en distingue cependant économiquement. L’objet qui est constamment tenu à distance n’est pas ressenti comme une source d’excitation intrusive ; il est maintenu à distance par la mobilisation de l’appareil psychique, ce qui peut faire considérer la névrose de caractère comme une psychose évitée.
51En cours d’analyse, il n’est pas exceptionnel que ces patients aient recours à un personnage-tiers auquel ils vouent une admiration éperdue. Cela peut se produire lorsque, cessant d’être idéalisé, l’analyste est perçu comme le représentant des deux imagos, ou encore lorsque s’organise, comme c’est souvent le cas, un transfert de type maternel archaïque psychotisant de par l’importance de la régression dans une élision constante de l’Œdipe. La situation analytique est en effet psychotisante pour les porteurs d’une névrose de caractère en ce qu’elle remet le refoulé à disposition d’une manière massive, donc dangereuse – même si elle est en même temps défensive. Dans les moments de fonctionnement psychotique, ces patients font appel à un tiers idéalisé, par exemple le premier analyste qui a adressé le patient ou toute autre personne qui peut être appelée à jouer ce rôle. Ce recours à un objet-tiers garant de leur continuité narcissique leur est d’un grand secours au moment où l’investissement de l’analyste risque de déclencher la redoutable problématique dépressive. C’est également pour cette raison que l’analyste doit savoir limiter ses ambitions en ce qui concerne la fin du traitement si l’intérêt du patient l’exige. Si le tiers vient à changer, à se modifier, c’est l’indice d’un mouvement, d’un assouplissement de l’investissement auquel tout analyste est attentif. C’est le signe que le processus de fétichisation est en voie de disparition, que le transfert latéral, tout en se maintenant quelque peu, perd de sa rigidité. L’excitation n’a plus besoin d’être diminuée et seule varie la tension d’excitation. S’il en est ainsi, nous sommes sur la voie d’un transfert latéral de type névrotique, c’est-à-dire d’une latéralisation du transfert.
52Une brève séquence clinique d’une patiente suivie par l’un d’entre nous nous paraît ici de nature à éclairer notre propos.
53Mlle X... est une femme d’une « petite » quarantaine d’années dont l’existence, difficile et mouvementée, a été marquée par des ruptures successives tant sur un plan professionnel qu’affectif ; aussitôt engagée dans une profession ou dans une liaison avec un homme, elle a toujours rompu très rapidement, en reprochant à sa mère, qui selon elle est autoritaire, de ne pas l’avoir mise en garde contre les inconvénients de chacune des situations successives. Elle a eu par ailleurs, au cours de son existence, plusieurs accidents graves qui ont mis sa vie en danger. Avant de commencer son analyse actuelle, elle en avait entreprise une première qui avait duré un peu moins de deux ans avec un analyste (homme), et qu’elle avait interrompue sous des prétextes raisonnables et fallacieux.
54Au moment de reprendre cette deuxième analyse, Mlle X... se plaint de son existence difficile, et en particulier de son fiancé qui ne prend pas les décisions qu’elle aurait souhaitées. Elle attend de l’analyse de pouvoir mieux parer à ces situations existentielles, dont elle se sent victime autant sur un plan relationnel que professionnel. Elle trouve dans ce rôle de victime des satisfactions importantes qui lui confèrent une grandiosité et la font se comparer au Christ, alors que par ailleurs elle n’est plus du tout croyante. En réalité, elle se défend contre une dépression extrêmement vive qu’elle ne veut pas et ne peut pas admettre.
55Elle éprouve d’emblée un attachement massif à Mme Z... qui hésite pendant un certain temps à entreprendre cette cure. Mlle X... ne se décourage pas, attend longtemps, s’accroche à son analyste et finit par « contraindre » Mme Z... à mettre en place cette analyse !
56Celle-ci est d’emblée marquée par l’absence de travail analytique et par une quérulence constante. Mlle X... décrit longuement et de façon répétitive les situations pénibles que, selon elle, les autres lui infligent. À la moindre intervention de l’analyste, elle s’indigne en disant : « Vous ne comprenez pas que j’ai besoin de parler ; vous m’interrompez tout le temps et vous ne voulez pas m’écouter. » Elle lui adresse en réalité les mêmes reproches qu’à sa mère et à son fiancé, dont elle parle abondamment.
57Par ailleurs, elle n’évoque jamais son père et, si à un moment ou à un autre Mme Z... s’aventure et y fait référence à propos d’un rêve où il figure, c’est pour se faire alors répondre violemment : « Pourquoi vous intéressez-vous à mon père ? Il n’a jamais eu d’importance pour moi ; c’est ma mère qui dirigeait la maison ! »
58Selon un « régime » caractéristique des névroses de caractère [11], elle reproche ainsi constamment à son analyste de ne lui servir à rien et de ne pas dire ce qu’il faut. Elle ne manque toutefois jamais une séance, sauf un jour, après un peu plus de deux ans d’analyse. Mme Z... reçoit alors du fiancé un coup de téléphone pour la prévenir que Mlle X... ne viendra pas car elle est souffrante. Celle-ci revient ensuite, après une interruption d’une semaine motivée en fait par une tentative de suicide.
59Mlle X... fait alors un récit circonstancié de tout ce qui a entouré cette tentative de suicide, réalisée par des moyens facilement remédiables et suffisamment ostensibles pour qu’il y soit paré à temps. Elle a voulu en particulier que son fiancé soit présent et s’en aperçoive très rapidement, car, selon elle, cette tentative de suicide s’adressait directement à lui : « Il n’a jamais voulu m’écouter », dit-elle ; « Or, maintenant, il va bien être obligé de m’écouter et de m’entendre ! » Pas un instant Mlle X... ne pense ou n’évoque le fait que son analyste puisse être également visée par cet acting out, et elle apporte cette fois-là l’argent de tout le mois, y compris les séances où elle a été absente. Comme elle avait toujours manifesté beaucoup de réticences et d’opposition à régler les séances manquées, on peut penser qu’en l’occurrence elle voulait montrer à Mme Z... que celle-ci n’y était pour rien. Au cours de la séance, cette dernière s’est contentée d’émettre un « oui » dubitatif, dans un but de relance associative, sans remettre en cause le transfert latéral, ici tout à fait évident, sur le fiancé.
60À la séance suivante, Mlle X... se plaint des contraintes matérielles suscitées par l’analyse, et en particulier de l’obligation de traverser tout Paris pour venir à ses séances. Mme Z... lui demande alors si c’est seulement de cela dont elle peut se plaindre. Après un mouvement d’humour, elle déclare qu’elle a fait un rêve, mais tout à fait sans intérêt : « J’allais vous voir, mais en réalité lorsque j’arrivais je me trouvais en présence de mon ancien analyste. » Elle associe ensuite sur celui-ci en déclarant qu’elle aurait dû continuer son analyse avec lui, car lui au moins l’écoutait. L’analyste lui rappelle alors que c’est en allant le voir qu’elle a eu un grave accident. Mlle X... rétorque : « Vous établissez des rapports là où il n’y en a pas » et enchaîne en faisant un récit détaillé de cet accident.
61Lorsqu’elle revient à la séance suivante, Mlle X... déclare qu’elle a été très mécontente de la séance précédente, car elle a eu l’impression que son analyste n’attachait pas d’importance aux circonstances difficiles qui avaient entouré son accident. Mme Z... lui fait alors remarquer qu’elle a également parlé des circonstances de l’incident récent. Mlle X... répond vivement : « Vous voulez parler de la tentative de suicide. Mais ce n’était rien du tout. J’en suis très contente car maintenant mon fiancé m’écoute. Mais vous, vous ne vous intéressez pas à ce que je vous dis, et il n’y a pas moyen de vous satisfaire. » Après un silence, elle poursuit : « Puisque vous voulez que je vous parle de mon père, je peux vous dire que mon père trouvait que j’étais une très jolie petite fille et vantait ma grâce ; il se plaignait toutefois un peu de mon caractère renfermé. »
62Ces dernières associations, où Mlle X... évoque le souvenir de son père, témoignent à l’évidence d’un assouplissement dans l’investissement transférentiel. Mlle X... avait jusqu’alors vécu à l’égard de son analyste une relation homosexuelle très intense, qui reproduisait son attachement à sa mère qu’elle refusait et qui lui faisait refuser sa dépression ; comme avec sa mère, elle ne pouvait obtenir de Mme Z... ce qu’elle attendait et ne pouvait donc non plus rien en recevoir. Dans cette perspective, le transfert latéral sur le fiancé représentait essentiellement une duplication de ce transfert monolithique et visait, effectivement, à préserver l’investissement transférentiel sur l’analyste ; c’est ce que montre manifestement l’exigence impérieuse de Mlle X... de ne pas attribuer à Mme Z... la moindre responsabilité dans sa tentative de suicide et de refuser que cette dernière s’introduise ainsi dans son univers psychique.
63À cette occasion, l’abstention interprétative a permis à Mlle X... de vérifier que Mme Z... n’avait pas été détruite par sa tentative de suicide. Grâce à cet appui narcissique, elle fait alors un rêve où elle évoque son analyste précédent, ce qui introduit un nouveau mouvement dans l’analyse, marqué par le passage d’un transfert latéral, à proprement parler, à une latéralisation du transfert. L’opposition entre l’analyste précédent, tout bon, et l’analyste actuelle, toute mauvaise, conduit à l’élaboration du double aspect du transfert : Mme Z... rapproche certes l’accident contemporain de la première analyse et la tentative de suicide toute récente, mais Mlle X... en entend davantage et évoque un souvenir œdipien très chaleureux à l’égard de son père. Dans un transfert maternel, elle prête ainsi à son analyste le désir qu’elle aime son père, mais accède de ce fait à la dimension du transfert paternel, où le désir œdipien pour le père est évoqué sur le mode du contre-Œdipe.
64Ce n’est là qu’une ébauche d’un mouvement de latéralisation du transfert, dirigé en l’occurrence vers l’analyste précédent, qui ouvre à la double dimension du transfert. Mais cette issue névrotique au sens propre du terme n’a été possible que par l’existence et le respect par Mme Z... d’un transfert latéral renvoyant à une imago maternelle si constamment présente au sein de l’organisation des névroses de caractère.