Les communs de connaissance dans les « fablabs »
Mythe ou réalité ?
- Par Gaëlle Dechamp
- et Maud Pelissier
Pages 97 à 112
Citer cet article
- DECHAMP, Gaëlle
- et PELISSIER, Maud,
- Dechamp, Gaëlle.
- et al.
- Dechamp, G.
- et Pelissier, M.
https://doi.org/10.3166/rfg.2019.00333
Citer cet article
- Dechamp, G.
- et Pelissier, M.
- Dechamp, Gaëlle.
- et al.
- DECHAMP, Gaëlle
- et PELISSIER, Maud,
https://doi.org/10.3166/rfg.2019.00333
Notes
-
[1]
Fablab : Fabrication Laboratory ou laboratoire de fabrication.
-
[2]
Rapport de la DGE 2013 intitulé « état des lieux et typologie des ateliers de fabrication numérique » disponible en ligne : https://www.entreprises.gouv.fr/secteurs-professionnels/etat-des-lieux-et-typologie-des-ateliers-fabrication-numerique-fab-labs
-
[3]
« Do It Yourself » et « Do It With Others ».
- [4]
- [5]
-
[6]
Un wiki (rapide en hawaïen) est un site web collaboratif co-créé et co-développé par l’écriture de pages web et la création de liens par les usagers.
-
[7]
Ce qui est en accord avec le droit de la propriété intellectuelle car le choix d’une licence libre ne peut être le résultat que d’un choix volontaire.
1 Les « fablabs » [1] ont été décrits comme des lieux de co-création de connaissances partagées susceptibles de favoriser des processus d’innovation ascendante et ouverte [2]. Ils constituent en ce sens des lieux propices à l’émergence de nouvelles formes d’entrepreneuriat (Burret, 2016) reposant sur les valeurs de partage, de communauté et la figure centrale du contributeur. Ils participeraient ainsi au développement d’une nouvelle économie contributive (Beraud et Cormerais, 2011) et de partage (Rifkin, 2014), celle-ci se définissant par des modes de production contributifs auto-organisés, sans hiérarchie pré-établie, et des formes alternatives de création de valeur. Enfin, les fablabs revendiquent leur attachement aux valeurs du mouvement du logiciel libre en valorisant les technologies du DIY et DIWO [3] et en mettant l’accent sur la collaboration et l’apprentissage mutuel comme méthode (Broca, 2016). Ces différentes caractéristiques nous amènent à poser la question suivante : le processus de construction des connaissances dans les fablabs correspond-il à celui décrit par Hess et Ostrom (2007) et Coriat (2015), comme étant un commun de connaissances ? Pour apporter une réponse à cette problématique au cœur de nos préoccupations, à savoir si les communs de connaissance dans les fablabs sont un mythe ou une réalité, nous réalisons une étude empirique auprès d’acteurs variés de six fablabs.
2 La partie théorique va nous amener à identifier des éléments constitutifs de la création de connaissances dans un fablab. Deux variables déterminant la nature d’un commun de connaissance seront étudiées : le mode de gouvernance et les systèmes de droits de propriété. En effet, la dynamique de co-production de connaissances partagées constitue un commun si deux catégories de conditions minimales sont réunies : une conception non exclusive de la propriété attachée aux productions collectives et l’existence d’une structure de gouvernance qui en définit les modalités de mise en œuvre (en particulier en termes de droits d’accès et de gestion des conflits potentiels entre commoners avec comme objectif ultime la préservation et l’enrichissement du commun). Il s’agira, au niveau de notre étude empirique d’une part, d’étudier ces deux caractéristiques : révéler si la connaissance partagée produite est protégée par un régime de propriété assurant à des usagers d’y avoir accès et de la réutiliser. Au niveau de la gouvernance, d’autre part, de vérifier s’il existe la mise en place de règles permettant d’assurer la préservation et l’enrichissement des connaissances.
3 Ce travail vient compléter les travaux d’observation des logiques de travail à l’œuvre dans les fablabs (travaux du RGCS ; Lô, 2017) et peut également servir aux dirigeants intéressés par le développement d’un fablab interne à leur organisation.
I – Cadre théorique
4 Pour répondre à notre problématique nous mobilisons deux cadres théoriques que nous allons rapprocher : les fablabs et les communs de connaissance.
1. Le fablab : lieu d’innovation propice à une logique contributive
5 Les fablabs sont au cœur de nouvelles dynamiques collaboratives, reposant sur une logique communautaire. Nombre d’entre eux reposent sur une dynamique collective de conception/prototypage aboutissant à la création de connaissances nouvelles et à la production d’un artefact. Ils revendiquent non seulement une volonté de faire – les usagers des fablabs sont des makers dans l’esprit de la philosophie du « Do It Yourself » (DIY) – mais aussi de faire ensemble (« Do It With Others » (DIWO)). Au fondement du fonctionnement des fablabs, suivant la philosophie open source, il y a avant tout « l’objectif de faire, de refaire, de défaire et de mettre à disposition de communautés des outils et des méthodes de production (Gershenfeld, 2005) » (Suire, 2016, p. 83). Dans un fablab, tous ces usagers donnent de leur temps et font profiter de leurs compétences les projets proposés par des tiers (Lallement, 2015). Ils participent à une activité collective de conception/production sans attendre de contrepartie financière immédiate.
6 Les fablabs sont des lieux de création de connaissances qui reposent sur des structures de gouvernance auto-organisées ayant pour fonction de coordonner les dynamiques collectives de création de connaissances entre différents contributeurs : fabmanagers, contributeurs individuels, communautés de pratique... Il n’existe ni principe hiérarchique, ni logique de marché régulant les interactions contributives. Vallat (2017, p. 187) caractérise leur gouvernance par des « pratiques collégiales de décision, des lieux d’expression de la démocratie où les problèmes se règlent à travers l’éthique de discussion habermas sienne, des lieux d’ouverture marqués par la culture du libre accès (que l’on retrouve avec la charte originelle du MIT) ».
7 Cette dynamique collective fait émerger un entrepreneur du type entrepreneur-contributeur au sens donné par Beraud et al. (2013). L’entrepreneur-contributeur est celui qui innove avec les autres : « L’entrepreneur-contributeur déploie ses compétences à l’intérieur de modèles ouverts, marqués par la coopération et la densité des interactions. Il doit échanger avec les autres pour entreprendre et innover » (ibid., 2013, p. 115). Ainsi, il introduit des nouveaux modèles d’entreprise car, comme le souligne Burret dans son étude sur les tiers-lieux, « en se structurant autour d’une communauté aussi bien au niveau organisationnel qu’au niveau de l’acquisition des compétences ou de la relation avec les clients… alors l’entreprise peut se passer de financement externe… Ce modèle pose la question de la propriété collaborative et de la mutualisation du patrimoine » (ibid., 2014, p. 95).
2. Le fablab : lieu propice à l’émergence de communs de connaissance
8 Ces dernières décennies, face aux perspectives de croissance économique offertes par le développement d’une économie fondée sur la connaissance (Foray, 2009), un mouvement croissant de privatisation de la connaissance (informationnelle, scientifique, culturelle) a vu le jour dans les économies occidentales, se traduisant par un renforcement de l’étendue et de la durée des régimes de propriété intellectuelle. Or, une telle situation n’a pas de justification économique comme le souligne Jean Tirole : « les investissements ayant déjà été accomplis, on peut douter qu’un renforcement de la propriété intellectuelle ait un effet incitatif d’un point de vue économique » (Tirole, 2016, p. 567). Les connaissances sont au cœur de la création de valeur pour l’entreprise, et font donc l’objet de nombreux conflits d’appropriation. Cette emprise grandissante du marché sur les connaissances a suscité de vives inquiétudes, et a donné naissance à un mouvement critique chez des universitaires juristes américains (Lessig, 2005 ; Boyle, 2003) repris et développé par des économistes comme Elinor Ostrom, en collaboration avec la bibliothécaire Charlotte Hess (Hess et Ostrom, 2007), puis Benjamin Coriat (2015) en France. Tous revendiquent un modèle alternatif pour le fonctionnement des marchés de la connaissance, en particulier à l’heure où le numérique a bouleversé radicalement les modalités de production et de distribution de la connaissance. Leur originalité réside dans le dépassement de l’association bien connue entre un type de ressource (exclusif/non exclusif et rival/non rival) et une modalité institutionnelle d’allocation spécifique (marché, État). Un commun de connaissance est ainsi un construit social qui résulte d’une action collective avec un mode de gouvernance visant à son enrichissement, et qui repose sur une approche de la propriété définie en termes d’inclusivité. Certains communs relèvent de l’économie non marchande et d’autres de l’économie marchande. Dans ce cas, ils constituent des formes de création de valeur alternatives à la privatisation des connaissances en en autorisant l’accès et en permettant un apprentissage collectif susceptible de favoriser une dynamique collective de créativité et d’innovation. Pour Jeremy Rifkin (2014) les fablabs constituent des lieux propices à l’émergence de ces communs de connaissance.
9 Pour définir les modalités de production en leur sein, les fablabs se sont fortement inspirés des pratiques et des valeurs du monde du logiciel libre. À l’instar des hackerspaces, ils reposent sur le partage libre d’espaces, de machines, de compétences et de savoirs. Un grand nombre adhèrent à la charte du MIT créée au Media Lab du MIT en 2001, par le fondateur du premier fablab, le physicien et informaticien Neil Gershenfeld. Il avait eu l’idée de réunir en un même endroit tous les outils nécessaires pour ses étudiants afin qu’ils puissent produire à peu près n’importe quoi (« how to make (almost) anything »). La charte [4] qu’il a proposée énonce des principes opératoires qui constituent des pistes intéressantes pour délimiter les contours d’un commun de connaissance. Ils peuvent se résumer par quatre préceptes :
- Les conditions d’accès au fablab : « un lieu en accès libre aux individus ou sur inscription dans le cadre de programmes spécifiques donnant la possibilité d’utiliser des ressources dites communautaires ».
- Les responsabilités des usagers en matière de documentation : les utilisateurs ont un ensemble de responsabilités parmi lesquelles le fait de « devoir contribuer à la documentation et aux connaissances des autres ». En effet, les connaissances produites au sein d’un fablab constituent autant de ressources destinées à être partagées avec la communauté. Autrement dit l’usager d’un fablab bénéficie d’un accès à des ressources, sans restriction, mais en échange, il a une responsabilité à son tour de mettre en partage les propres ressources qu’il a produites.
- La propriété intellectuelle : cette charte fait mention à l’activité commerciale qui peut avoir lieu dans un fablab en précisant qui possède les inventions : « les design et les procédés développés dans les fablabs peuvent être protégés et vendus comme le souhaite leur inventeur, mais doivent rester disponibles de manière à ce que les individus puissent les utiliser et en apprendre ».
- Les bénéfices de l’activité commerciale : « les activités commerciales peuvent être prototypées et incubées dans un fablab, mais elles ne doivent pas entrer en conflit avec les autres usages, elles doivent croître au-delà du Lab plutôt qu’en son sein, et il est attendu qu’elles bénéficient à leurs inventeurs, aux Labs et aux réseaux qui ont contribué à leur succès ».
11 Ces préceptes s’encastrent bien dans le modèle générique des communs de connaissance développé par E. Olstrom (1990) et synthétisé par Coriat (2015), mais il reste des zones d’ombre qui méritent d’être éclaircies pour que la dynamique de création de connaissances partagées dans les fablabs puissent s’apparenter à un authentique commun de connaissance. Selon Coriat, qui s’appuie sur les travaux de Hess et Ostrom (2007), un commun de connaissance repose sur trois principes : un accès partagé aux connaissances, une conception de la propriété inclusive reposant sur une approche de la propriété définie en termes de faisceau de droits et d’obligations, et une gouvernance orientée vers l’enrichissement de la connaissance partagée.
12 Le premier critère minimal stipule un accès partagé aux ressources produites. Dans le contexte des fablabs, cela est rendu a priori possible par le biais du processus de documentation qui permet de partager les connaissances produites et d’envisager une dynamique continue de création de connaissances nouvelles susceptible de générer potentiellement des innovations. Toutefois, notons que rien n’est précisé dans la charte sur les modalités de documentation et le type de dispositif socio-technique préconisé. Seule notre étude empirique nous permettra d’en préciser les contours.
13 Le deuxième critère précise la conception de la propriété attachée à cette dynamique de création de connaissances partagées. Dans la charte, le régime de propriété est assez flou. Se pose alors la question de l’extension des licences libres adaptées au monde de l’intangible. Pour Richard Stallman [5], initiateur de la licence GNU, la solution est de mettre la documentation sous licence libre, celle-ci constituant une forme d’équivalent à l’ouverture du code source dans le monde du logiciel. Une autre stratégie consiste à utiliser des licences dites Open Hardware encore peu répandues au niveau des fablabs : la TAPR Open Hardware Licence et la CERN Licence. Toutes deux visent à reproduire les mécanismes des licences copyleft (la GNU GPL ou la licence CC BY SA) au niveau du matériel. Elles définissent précisément ce qui est entendu par « documentation » dans le contexte du projet de fabrication. De plus, elles garantissent pour les ré-utilisateurs la possibilité de fabriquer les objets à partir de la documentation, de les modifier, ainsi que de les diffuser, y compris commercialement. Mais à chaque fois les modifications doivent être spécifiées très clairement.
14 Le troisième critère concerne le mode de gouvernance du commun de connaissance qui précise les règles sociales (droits et devoirs) régulant les modalités de production et de partage des communs de connaissance. Pour cela, la structure de gouvernance doit édicter des règles d’usage permettant de coordonner des actions décentralisées et des règles d’arbitrage en cas de conflit ou de tension entre les membres. Dans le cas des fablabs, la gouvernance doit veiller à ce que les dynamiques contributives ne soient pas freinées voire amenées à disparaître en raison de phénomènes de passagers clandestins, qui sont au cœur des défis de nombreux communs, comme l’a montré Ostrom. Dans cette optique, la charte énonce bien une prescription en termes de partage des bénéfices entre l’inventeur, sa communauté et le fablab.
15 Au travers de ce focus théorique, l’hypothèse posée d’une dynamique collective de création de connaissances et d’innovations dans un fablab qui s’apparente à la production de communs, nous semble être confortée par un ensemble d’éléments convergents. Il convient à présent d’évaluer la pertinence de cette hypothèse de travail par une mise en perspective empirique suivant la logique de la grille d’analyse présentée dans le tableau 1.
II – Documentation, propriété intellectuelle et gouvernance : quels enseignements ?
16 À partir de l’analyse de terrain réalisée sur notre échantillon de fablabs, nous allons pouvoir donner un éclairage sur chacune de ces trois dimensions sous forme de résultats discutés.
Grille d’analyse des communs de connaissances
| Droits et devoirs des usagers contributeurs (charte du MIT) | Composantes d’un commun de connaissance (Hess et Ostrom, 2007 ; Coriat, 2015) |
| Les usagers ont un devoir de documenter systématiquement | Accès en mode partagé aux connaissances |
| Les designs et procédés peuvent être protégés et vendus mais doivent rester disponibles pour un usage et apprentissage pour la communauté | Conception inclusive de la propriété |
| L’activité commerciale doit bénéficier à l’inventeur mais aussi à la communauté et au fablab qui ont contribué à son succès | Une gouvernance orientée vers l’enrichissement de la connaissance |
Grille d’analyse des communs de connaissances
Un guide d’entretien a été construit pour permettre de répondre à quatre grandes interrogations autour de notre problématique :
- Le processus de création de connaissance collective est-il soumis à des conditions de documentation ? Si oui lesquelles (gradation possibles des processus) ?
- Ce processus de documentation est-il protégé par la mise en place d’une licence de type logiciel libre « Creative Commons » ou autre ?
- La structure de gouvernance est-elle formalisée ? Selon quels modalités et objectifs ?
- Comment est perçu le lien entre fablab et dynamique entrepreneuriale ? Le guide d’entretien sur cette trame centrale est adapté à chacun des interlocuteurs (responsable, animateur ou usager entrepreneur du fablab). Un ou plusieurs entretiens ont été réalisés auprès de chaque fablab (responsable, fabmanager, usager, etc.).
1. L’examen du processus de documentation : les modalités de production, les acteurs et les dispositifs techniques
17 Dans un fablab, pour qu’une dynamique de production continue de connaissance puisse avoir lieu, il faut que chaque usager puisse rendre visibles et partageables ses propres connaissances produites. Le porteur de projet, usager, n’est pas un simple utilisateur d’inputs dans une dynamique de production d’un output, mais un contributeur.
18 Quelles sont les modalités de documentation observées dans les fablabs ? Grâce à nos entretiens, il est possible de repérer quatre formes typiques suivant leur positionnement par rapport à deux critères : l’intensité de la documentation et le caractère prescriptif.
Caractéristiques des fablabs rencontrés
| Nom et site web | Localisation | Nb d’entretiens resp./ animateur fablab | Nb d’entretiens d’usagers |
|
Lacantine http://www.lacantine-toulon.org/Fablab | Toulon | 1 | 2 |
|
Le Zinc http://www.zinclafriche.org/dyn/ | Marseille | 1 | 1 |
| Open Factory http://www.openfactory42.org | Saint-Étienne | 2 | 1 |
| Avilab http://www.avilab.fr/ | Avignon | 1 | 0 |
| La Myne http://www.lamyne.org | Lyon | 1 | 1 |
| Fablab Berlin https://fablab.berlin/de/ | Berlin | 1 | 2 |
Caractéristiques des fablabs rencontrés
19 Cas 1 : Caractère prescriptif avec forte intensité de documentation :
20 « Le wiki c’est la première chose dont on parle quand les gens rentrent dans les lieux. On a un document écrit par l’association Ping et son wiki Fablabo (http://fablabo.net/wiki/Accueil) sur le processus de documentation et on le donne souvent aux usagers quand ils arrivent. Il explique pourquoi documenter (principe fondateur des FL : partager du savoir dans l’esprit de la culture libre mais aussi gagner du temps, avoir des retours) quoi et comment. Leur slogan « j’ai un projet. Faire/documenter/partager. » (fablab Le Zinc).
21 Cas 2 : Caractère prescriptif avec moyenne intensité de documentation :
22 « Oui c’est une obligation. Mais en réalité pas toujours le cas par manque d’une personne pour suivre tout ça de près (le concierge recruté pour ça n’a pas fait son travail). »« Documenter reste toujours quelque chose de compliqué à Open Factory parce que les makers veulent faire, pas écrire. » (fablab Open Factory).
23 Cas 3 : Caractère non prescriptif et intensité forte de documentation :
24 « Il y a une documentation systématique et de ce point de vue on est en RD. On travaille sur un programme de curation de la documentation : il y a une masse d’informations énorme et le design des interfaces a besoin d’être muri et réfléchi avec coopération de communs scientifiques pratiques de sciences ouvertes et participatives afin de les mettre en pratique. » (fablab La Myne).
25 Cas 4 : Caractère non prescriptif et faible intensité de documentation :
26 « Seulement quelques projets sont documentés sur le wikifab, ce qui n’est pas représentatif de l’activité du fablab. Le manque d’intérêt des usagers qui n’en voient pas l’intérêt pour leur projet et le fait que “ne pas documenter c’est aussi protéger son invention”. Pour autant, dans ces mêmes cas, il nous a été dit que le fabmanager demande aux usagers de venir participer aux soirées open labs par exemple “pour partager leurs savoirs faire en échange de l’utilisation des machines” » (fablab La Cantine).
27 La documentation systématique est loin d’être une pratique unanimement partagée. Elle peut résulter d’un contrat de réciprocité explicite formulé par une tierce entité (le fabmanager en général) : j’ai un projet, j’utilise dans le fablab du matériel en bénéficiant d’un tarif très avantageux et en échange, je documente mon projet. Mais elle peut aussi résulter d’un engagement spontané, voire militant envers les valeurs défendues par le mouvement de la culture libre (La Myne). C’est le cas des fablabs où les usagers constituent une communauté avec une forte proximité relationnelle (Pelissier et Dechamp, 2018).
28 À côté des raisons généralement invoquées pour justifier l’absence de documentation (manque de personnels, désintérêt des usagers à documenter), l’absence de discours soulignant l’importance de la documentation pour la promotion d’une culture libre par les représentants des fablabs, mais aussi une faible proximité relationnelle entre les différents usagers contributeurs, nous semble les vraies raisons des freins à la documentation. Un autre blocage, d’ordre technique, a été souligné lors de nos entretiens. Documenter requiert une expérience et des compétences, une certaine forme de littératie numérique dans la maîtrise des dispositifs socio-techniques mobilisés. Il n’existe aucune préconisation venant par exemple du réseau des fablabs au niveau national, sur les attendus en termes de documentation. On a pu remarquer une grande hétérogénéité dans les dispositifs utilisés, aussi bien au niveau des interfaces des informations renseignées, que du caractère mutualisé ou non des dispositifs entre plusieurs fablabs.
29 Cinq sur six des fablabs étudiés utilisent un dispositif technique de type « wiki » [6] qui permet justement cette dynamique de partage de connaissance. Le sixième utilise un recueil des réalisations (portofolio) directement sur son site web. Certains utilisent un wiki interne non relié avec les wikis d’autres fablabs. Ensuite, on a pu observer que le processus de documentation n’est pas toujours normé au niveau des modalités de description d’un projet : « Qu’est ce qu’on documente ? Le processus ou la techo du projet ? Il faudrait les deux. Le processus est sensiblement le même pour tous les projets. Mais pas la techno. » (Open Factory). Moins ces compétences sont acquises plus cela représente un coût important en termes de temps pour les usagers. Une personne-ressource, interne au fablab, peut ainsi s’avérer essentielle pour accompagner les usagers contributeurs sur ce chemin.
2. La garantie d’une conception inclusive de la propriété : un processus complexe non maîtrisé
30 Nous avons commencé notre investigation du côté des dispositifs socio-techniques utilisés pour le processus de documentation. Dans notre échantillon, on a pu observer que les contenus des wikis sont tous protégés par un régime de licences libres. Deux cas typiques ont pu être rencontrés : soit le contenu est protégé par une licence de type « Creative Commons » (pour le wikifab utilisation de la licence CC BY 3.0 et pour le médiawiki le contenu est disponible soit en contenu CC BY SA 4.0), soit par une licence GNU documentation libre (wiki docu). Toutefois, de façon individuelle, chaque usager contributeur a la possibilité de modifier le choix de licence prédéfini par le wiki utilisé en restreignant par exemple les libertés d’usage en cas de réappropriation [7] pour le projet qu’il documente. Ainsi, on a pu observer des situations où certains projets ont ajouté une clause de type copyleft (CC BY SA), ou bien encore la mention « ND ou NC » qui sont des clauses restrictives interdisant toute modification ou toute commercialisation. Il est intéressant de constater que lors de nos entretiens, alors que la question leur a été explicitement posée du régime de propriété intellectuelle associé au processus de documentation, aucun acteur ne nous a livré cette information à propos des wikis. L’un des interviewés évoque que « le problème des licences libres est qu’elles ne plaisent pas aux gens en général. Le but du fabmanager est justement de montrer que ce n’est pas que du droit mais aussi quel avenir on veut ensemble » (La Myne). La connaissance de ces différents régimes de licence libre et les enjeux qui leur sont attachés, sont en fin de compte assez peu maîtrisés par les responsables et animateurs des fablabs et encore moins par les usagers.
31 Ainsi, les dispositifs proposés équivalents aux licences libres dans l’univers de la production créative des fablabs, semblent très fragiles d’un point de vue juridique. À ce stade, c’est indéniablement un frein au développement aux communs de connaissance car la conception inclusive de la propriété ne peut pas être garantie.
3. La gouvernance au service du DIWO
32 Le sujet de la gouvernance des fablabs est central quand on s’intéresse à la production et à la gestion des communs produits dans ces lieux. La gouvernance implique des règles et des objectifs pour les différentes parties prenantes. Les six fablabs de notre étude montrent qu’il y a autant de modes de gouvernance qu’il y a de fablabs !
33 Il y a cependant chez tous une volonté marquée de respecter la charte du MIT, a minima dans son esprit : « la charte MIT est incontournable, mais laisse place à plusieurs interprétations. Difficile pour nous de nous conformer aux équipements préconisés, mais sur les valeurs : ouverture, partage, accès à tous, on est complètement d’accord et on le respecte » (entretien fondateur Open Factory). Chaque fablab instaure ses propres règles de gouvernance. Ainsi, La Myne a dissous son conseil d’administration en 2015 pour expérimenter un modèle de gouvernance qui se veut plus ouvert et démocratique, le conseil collégial (10 à 12 membres qui se réunissent une fois par mois et chaque personne qui vient à la réunion a le même droit de vote que les membres du conseil). De plus, La Myne fait signer des accords de réciprocité entre les acteurs du fablab qui co-créent un projet.
34 En réalité, pour assurer la préservation et l’enrichissement des communs de connaissance produits en son sein, la gouvernance des fablabs doit avoir un double objectif : proposer un cadre moral (ensemble de droits et devoirs) formel ou informel, et un cadre d’action (dispositifs souples mêlant techniques d’animation et micro espaces conviviaux).
35 Au niveau du cadre moral, il faut à tout prix éviter le seul « producérisme », c’est-à-dire faire du fablab un simple lieu de consommation des moyens de production/création, sans esprit communautaire : « la communauté souffre des makers qui viennent seulement pour réaliser leur petite production, monopolisent les machines et repartent aussitôt que leur business est prêt » (entretien « fabmanager » du Fablab Berlin).
36 Dans certains fablabs où la communauté est peu structurée il est souligné que « tout le monde ne partage pas de la même façon. Des personnes viennent aussi prendre sans contrepartie » (fablab La Cantine). Si pour certains c’est un constat qui n’appelle pas de mesures spécifiques pour d’autres « si une personne ne veut rien partager, c’est un consommateur il faudrait le facturer différemment… mais cette pratique n’existe pas à ce jour » (fablab Open Factory).
37 Le cadre d’action permet d’insuffler ce qui est au cœur de la gouvernance, c’est-à-dire assurer le DIWO ou « do it with others ». Pour cela il faut encourager par tous les moyens et règles la vie de la communauté et des micro-cultures (au sens de Cleach et al., 2015) qui se développent au sein du fablab, et au gré des projets. L’intériorisation des normes de comportement fait l’objet d’une attention réfléchie et organisée par les structures de gouvernance. Il faut créer des espaces physiques agréables et partagés qui favorisent les échanges informels entre les acteurs et imaginer des rites de convivialité pour insuffler et préserver la communauté en termes de sociabilité. Les pratiques durables d’échange et de partage n’émergent pas spontanément. C’est aux fondateurs et animateurs du lieu de penser des règles, des rites mais aussi l’architecture interne et surtout les usages des espaces pour faciliter le collectif, et au-delà la création de communs de connaissance.
4. Les communs de connaissance issus des fablabs : une réalité tangible ?
38 Dans notre étude empirique, nous avons réalisé des entretiens avec des entrepreneurs issus d’un processus de création de connaissance appuyé, à divers degrés, sur une communauté. Leur projet va ou a donné lieu à une commercialisation par la suite. Quels enseignements a-t-on pu en tirer ? Permettent-ils de valider notre hypothèse de travail de l’existence réelle de communs de connaissance ?
39 Nous allons proposer des exemples de logiques entrepreneuriales développées dans les fablabs, qui révèlent certains des enjeux et défis autour de l’existence et l’enrichissement de ces communs de connaissance entrepreneuriaux. Nous avons pu les classer en deux catégories qui ne prétendent pas à l’exhaustivité mais correspondent à des logiques entrepreneuriales suffisamment originales pour être mentionnées.
Projets type 1 : Un entrepreneuriat contributif sans véritable dynamique de création de communs de connaissance
40 Ces projets sont initiés par des entrepreneurs amateurs, étudiants ou en fin d’études, spécialisés dans le domaine de l’ingénierie (informatique, électronique) qui ont une passion (musique, jeux électroniques, sport, etc.) et qui s’engagent dans une dynamique entrepreneuriale qui n’était pas prévue ex ante mais qui se caractérise par la création d’une start-up, la recherche de fonds de financement et l’exploitation commerciale d’un produit. Deux exemples illustrent ce type de projets : Gamebuino et Soundbrenner.
41 Ces projets se sont appuyés, à une étape clé de leur développement, sur les ressources offertes par un fablab via ses ressources, humaines et techniques permettant un prototypage rapide et peu couteux. Pour le projet Gamebuino, « des gens ont fait du code et l’ont documenté gratuitement » en soulignant « qu’ils étaient motivés par la recherche de plaisir, et qu’en échange ils recevaient des versions d’essai gratuites et des invitations pour les salons ». À terme, le porteur du projet insiste sur la possible embauche d’une dizaine de personnes faisant partie de sa communauté (forte de plus de 800 membres actuellement). Le projet Soundbrenner s’est développé de façon assez similaire : « J’arrivais tout juste de Montréal et je n’avais aucun outil, même pas un fer à souder ou des fils, rien du tout. Au fablab (de Berlin) c’était pratique, il y avait les composants basiques, des fers à souder, des outils… Ce qui a également joué un rôle important, ce sont les connaissances additionnelles de la communauté. Sylvester était déjà là et il nous a été recommandé pour nous aider à développer le premier prototype » (porteur de projet Soundbrenner).
42 Le processus de documentation pour ces projets n’est pas au centre des préoccupations des porteurs de projets. Certains invoquent le fait que le fablab ne les a pas obligés à le faire ni sensibilisés à l’importance de cette démarche et « qu’il ne savait même pas où est le wiki et d’ailleurs personne ne le fait » (Gamebuino). Il invoque que « cela pouvait aller à l’encontre de la logique d’innovation » et de préciser « pour notre projet on a utilisé des logiciels open source donc tout est déjà en ligne. Donc on n’a pas documenté notre projet car travail de redondance sinon. De plus une partie du projet est faite en dehors du fablab et comme on veut le vendre on ne peut pas tout documenter ».
43 On peut noter pour ce type de projet, une conception similaire de la propriété intellectuelle chez les porteurs de projet. Au niveau des logiciels, des licences libres sont généralement utilisées mais pour le matériel des brevets sont parfois déposés. Toutefois, il est invoqué que ce choix ne résulte pas d’une stratégie offensive de conquête de marché mais plutôt d’une stratégie défensive voire imposée par les financeurs : « On ne se protège pas avec nos propres brevets, on les utilise seulement dans l’hypothèse où quelqu’un se manifeste en déclarant une violation de brevet. Il est indispensable d’avoir des brevets sur quelques aspects de notre produit afin de pouvoir en retour revendiquer certaines caractéristiques et de négocier des accords au lieu de se faire attaquer en justice. » (Soundbrenner) ou encore : « On a déposé des brevets pour rassurer les financeurs. » (Gamebuino).
Projets de type 2 : un entrepreneuriat contributif avec communs de connaissance
44 Le projet Mosquito trap est assez emblématique de cette seconde catégorie de logiques entrepreneuriales contributives. À la différence des premiers qui conduisent à des innovations de produit classique, ce type de projet s’inscrit dans une logique d’innovation sociale où les produits proposés répondent à des besoins sociaux environnementaux non remplis par le marché. On constate la présence dans ce projet :
-
d’une communauté importante. Un porteur de projet du monde de l’industrie
pharmaceutique qui va apporter dans un
fablab un concept potentiellement innovant
sous la forme d’une solution de pièges à
moustique utilisable par les pays impaludés
africains. Le fablab lui a offert non
seulement une communauté sur laquelle il
a pu s’appuyer pour développer son projet mais aussi du matériel de prototypage avec surtout des idées pour fabriquer à bas coût ce produit. Il a participé à un hackathon où il a bénéficié de l’expertise de nombreuses personnes ; - d’un processus de documentation très explicite destiné à une réappropriation, sur la plateforme Movilab (licence ouverte « Creative Commons »). Il n’y a pas de modification de la licence et pas non plus de dépôt de brevet.
46 Le réseau des fablabs a permis de faire connaître son projet à un fablab africain d’Abidjan intéressé par ce prototype, en vue d’étudier la faisabilité de fabrication directement au niveau du marché local.
47 Nous observons, dans ce cas Mosquito trap, une double logique individuelle et collective qui correspond à un « engagement social fondé sur une capacité au présent de se nourrir du passé et du futur imaginé pour envisager l’action » (Brechet et Schieb-Bienfait, 2011, p. 38).
48 Nous pouvons finalement synthétiser nos résultats discutés sous la forme du tableau 3, qui reprend les principaux constats de notre analyse, et les préconisations que nous avançons pour améliorer la production de communs de connaissance entrepreneuriaux dans les fablabs.
49 De plus, nous apportons des contributions théoriques relatives à la notion d’ambidextrie individuelle (Rogan et Mors, 2014). Effectivement, les fablabs sont des structures qui permettent et encouragent l’ambidextrie individuelle, cette capacité des individus salariés à explorer et exploiter en parallèle leurs activités (Lô, 2017). Mais à notre connaissance, aucune recherche n’a mis en avant une forme d’ambidextrie permettant de produire et d’explorer individuellement des connaissances, tout en les partageant pour une exploitation large.
Conclusion
50 Au travers de cette recherche, nous avons pu montrer que si, d’un point de vue théorique, les fablabs adhérant à la charte du MIT s’engagent a priori dans une démarche de création de connaissances qui s’apparente à des nouvelles formes de communs (que l’on peut nommer entrepreneuriaux en raison de leur association à une logique d’innovation contributive), dans les faits, la réalité est contrastée.
51 Au travers de l’étude de six fablabs adhérant à cette charte, nous avons mis en évidence les difficultés rencontrées au niveau du processus de documentation, de l’application de licences libres dans le champ de la fabrication d’objets et de l’absence de règles claires en termes de droits et d’obligations pour les usagers contributeurs. Tous ces constats constituent autant de freins qui peuvent menacer rapidement cette dynamique de production de communs de connaissance et par là même les logiques entrepreneuriales associées. Il faut d’ailleurs souligner que celles-ci sont encore assez rares eu égard au nombre de projets réalisés et documentés dans ces différents fablabs. Ainsi, il apparaît essentiel de réfléchir à l’instauration de règles juridiques mais aussi de gouvernance susceptibles de lever ces difficultés réelles, d’où nos préconisations (cf. tableau 3).
Synthèse des apports, et recommandations pour le développement de communs de connaissance entrepreneuriaux dans les fablabs
| Principaux résultats | Préconisations |
|
Freins au processus systématique de
documentation : – Individuels (manque de temps, d’intérêt, de compétences numériques) – Organisationnels (non promotion de la culture du partage, peu de préconisations techniques) |
– Développement d’un wiki unique pour tous
les fablabs (par le MIT ?) : condition
essentielle pour un partage et un
enrichissement réel des communs de
connaissance. – Inscrire l’obligation de documenter dans les règles du fablab et accompagner, vérifier (gouvernance) |
|
Faible maîtrise des licences libres utilisées – Dispositifs techniques pas toujours maîtrisés – Contributeurs potentiels peu formés aux enjeux juridiques et socio-économiques – Instabilité et incohérence juridiques |
– Former les contributeurs aux modèles
économiques associés aux licences libres – Travailler à un ajustement juridique des DPI |
|
Gouvernance qui se cherche – Phénomène croissant de « producérisme » – Écart entre la volonté de la gouvernance et la réalité |
– Poser un cadre moral (valeurs qui
favorisent la logique distributive) – Proposer un cadre d’actions (pour favoriser la proximité et la confiance pour le « faire-ensemble ») – Établir et afficher dans les règles de gouvernance l’obligation de documentation systématique des projets |
|
Rares développements de communs de
connaissances entrepreneuriaux – Peu de création d’entreprises dans les fablabs – Projets collaboratifs souvent repris et exploités par une seule personne qui « verrouille » la connaissance produite |
– Aide nécessaire d’une communauté
évolutive, existante grâce à la gouvernance – Processus de documentation explicite destiné à une réappropriation – Limiter les dépôts de brevets – Favoriser les licences libres ouvrant le plus de droits possibles |
Synthèse des apports, et recommandations pour le développement de communs de connaissance entrepreneuriaux dans les fablabs
52 Mais cette méconnaissance est aussi renforcée, à leur corps défendant, par une forte instabilité juridique qui prévaut encore aujourd’hui autour de la question du régime de licence libre adapté à la dynamique collective de création de connaissances des fablabs. Pour le juriste Lionel Maurel, spécialiste des licences libres, la validité d’un point de vue juridique de ces différentes stratégies évoquées n’est pas certaine. D’une part, la majorité des projets documentés relève de la propriété industrielle ce qui rend l’utilisation de la licence « Creative Commons » comme des Open Hardware Licences problématiques car les deux dépendent seulement du droit d’auteur. D’autre part, pour qu’une licence libre fonctionne, il faut qu’au départ une propriété soit attribuée. En réalité, aucun dispositif actuel ne permet la libération de la propriété industrielle avec un contrôle a posteriori. En revanche, le fait de documenter peut constituer en soi une barrière naturelle empêchant de déposer un brevet mais encore faut-il qu’il soit suffisamment bien renseigné pour que la justice reconnaisse cette antériorité. La gouvernance des connaissances partagées au travers du processus de documentation constitue un des éléments conditionnant l’émergence d’authentiques communs de connaissance. Mais on l’a vu, il est difficile de repérer des pratiques fédératrices dans les fablabs.
53 Cependant, les fablabs sont des lieux où peuvent se développer des dynamiques entrepreneuriales de création de valeur, économique et sociale, reposant sur l’enrichissement d’un ensemble de connaissances en libre accès et issu d’un processus collaboratif entre contributeurs bénévoles utilisant des machines fonctionnant selon la logique open source. Ils génèrent aussi une création de valeur économique d’un nouveau genre en permettant à des entreprises existantes de profiter de cette dynamique contributive ou à certains acteurs contributeurs de devenir eux-mêmes de futurs entrepreneurs au terme du processus, si ce dernier aboutit à une valorisation économique envisageable. Il nous semble alors pertinent de continuer à les étudier afin d’en tirer des leçons pour l’avenir du management, de la gestion voire même de la société en général.
54 Nous espérons que ce travail donnera lieu à des perspectives de recherches pluridisciplinaires, nos cas soulevant de nombreuses questions en GRH, droit, entrepreneuriat, management de l’innovation, etc.
- Béraud P. et Cormerais F. (2011). « Économie de la contribution et innovation sociétale », Innovations, vol. 1 no 34, p. 163-183.
- Béraud P., Cormerais F. et Jablanczy A. (2013). « Entrepreneurs et contributeurs : vers une nouvelle alliance », La revue des sciences de gestion, no 5, p. 107-116.
- Blanc A., Drucker-Godard C. et Ehlinger S. (2014). « Exploitation des données contextuelles », Méthodes de recherche en management, Thietart et al., 4e édition, Dunod, Paris.
- Boyle J. (2003). “The second enclosure movement and the construction of the public domain”, Law and Contemporary Problems, vol. 66, no 1-2, p. 33-74.
- Brechet J.P. et Schieb-Bienfait N. (2011). « L’entrepreneuriat confronté au pluralisme théorique : la nécessité d’une Project-Based View », Revue de l’Entrepreneuriat, vol. 2, no 10, p. 29-44.
- Broca S. (2016). Utopie du logiciel libre, du bricolage informatique à la réinvention sociale, Édition Passager Clandestin.
- Burret A. (2016). Tiers-lieux... Et plus si affinités, FYP Editions.
- Cleach O., Deruelle V. et Metzger JL. (2015). « Les “tiers lieux”, des microcultures innovantes ? », Recherches sociologiques et anthropologiques, vol. 46, no 2, p. 67-85.
- Coriat B. (Dir) (2015). Le retour des communs. La crise de l’idéologie propriétaire, édition Les liens qui libèrent, Paris.
- Foray D. (2009). L’économie de la connaissance, PUF, coll. « Repères ».
- Hess Ch. et Ostrom E. (Eds.) (2007). Understanding Knowledge as a Commons, MIT press.
- Lallement M. (2015). « l’Age du faire. Hacking, travail, anarchie », Le Seuil, Paris.
- Lessig L. (2005). L’avenir des idées : le sort des biens communs à l’heure des réseaux numériques, Presses universitaires de Lyon, France.
- Lô A. (2017). “Un FabLab d’entreprise pour favoriser l’ambidextrie des salariés-Étude de cas chez Renault”, Revue française de gestion, vol. 43, no 264, p. 81-99.
- Olstrom E. (1990). Governing the Commons : The Evolution of Institutions for Collective Action, Cambridge UP.
- Pelissier M. et Dechamp G. (2018). « Intelligence territoriale et territoire créatif : une alliance pertinente. Étude de cas : le quartier créatif stéphanois », Intelligence économique territoriale : théories et pratiques, Coussi et al., Éditions CNER.
- Rifkin J. (2014). La nouvelle société au coût marginal zéro, Éditions La Découverte.
- Rogan M. et Mors M.L. (2014). “A network perspective on individual-level ambidexterity in organizations”, Organization Science, vol. 25, no 6, p. 1860-1877.
- Suire R. (2016). « La performance des lieux de cocréation de connaissances. Le cas des Fablabs », Réseaux, vol. 2, no 196, p. 81-109.
- Tirole J. (2016). « Économie du bien commun », Presses Universitaires de France.
- Vallat D. (2017). Manager les connaissances dans un environnement complexe : questions éthiques, épistémologiques et stratégiques, mémoire d’HDR, Université Lyon III.