Article de revue

Quelles caractéristiques distinctives pour les micro-entrepreneurs ?

Pages 151 à 174

Citer cet article


  • Hentic-Giliberto, M.
  • et Paturel, R.
(2017). Quelles caractéristiques distinctives pour les micro-entrepreneurs ? Recherches en Sciences de Gestion, 119(2), 151-174. https://doi.org/10.3917/resg.119.0151.

  • Hentic-Giliberto, Michelle.
  • et al.
« Quelles caractéristiques distinctives pour les micro-entrepreneurs ? ». Recherches en Sciences de Gestion, 2017/2 N° 119, 2017. p.151-174. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-recherches-en-sciences-de-gestion-2017-2-page-151?lang=fr.

  • HENTIC-GILIBERTO, Michelle
  • et PATUREL, Robert,
2017. Quelles caractéristiques distinctives pour les micro-entrepreneurs ? Recherches en Sciences de Gestion, 2017/2 N° 119, p.151-174. DOI : 10.3917/resg.119.0151. URL : https://shs.cairn.info/revue-recherches-en-sciences-de-gestion-2017-2-page-151?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/resg.119.0151


Notes

  • [1]
    Depuis le 19 décembre 2014, de nouvelles dispositions, définies par la loi Pinel du 18 juin 2014, s’appliquent au régime de l’auto-entrepreneur. En particulier, le terme de micro-entrepreneur se substitue progressivement à celui d’auto-entrepreneur. Ce régime s’adresse aux travailleurs indépendants réalisant jusqu’à 33 200 euros de chiffre d’affaires pour les activités de service et jusqu’à 82 800 euros pour celles de négoce (Insee, 2016).
  • [2]
    Depuis 1999, une mesure de l’activité entrepreneuriale dans le monde est réalisée chaque année, à l’initiative du Babson College et de la London Business School. Le rapport GEM (“Global Entrepreneurship Monitor”) qui en est issu est l’enquête disponible la plus importante dans le domaine de l’entrepreneuriat. La France n’a pas participé à l’enquête de 2015/2016.
  • [3]
    Sondage réalisé à l’occasion du 21ème Salon des Entrepreneurs de Paris.
  • [4]
    Après un pic de 57,64% en 2010, les immatriculations en micro-entrepreneurs représentent 40,4% des créations d’entreprises fin 2016 (Insee conjoncture, n°321, 13 décembre 2016).
  • [5]
    Plus d’un quart (27%) des créateurs ou repreneurs potentiels abandonnent à la suite de l’évaluation de leur projet. Le taux de pérennité à 3 ans des entreprises créées par l’ensemble des créateurs est de 66%, pas très éloigné de celui des demandeurs d’emploi-créateurs qui est de 62% (Agence pour la création d’entreprise (APCE)), consultation le 19/02/2015.
  • [6]
    Statut instauré par la loi n° 2008-776 du 4 août 2008 de modernisation de l’économie (JORF, 2008).
  • [7]
    La loi Pinel du 18 juin 2014, au-delà de la fusion au 1er janvier 2015 des régimes du microsocial (auto-entrepreneur) et du micro-fiscal, en un seul et unique régime simplifié, celui de la micro-entreprise, vise progressivement à substituer le terme de micro-entrepreneur à celui d’auto-entrepreneur.
  • [8]
    L’évaluation préalable à la création est un programme de Pôle Emploi sous-traité, suite à appel à compétences, à des organismes spécialisés. La période d’évaluation s’étalait de 4 à 6 semaines. Les séances réalisées en face à face entre le porteur de projet et le consultant évaluateur étaient chacune de 2 heures. À l’issue des séances, un dossier réalisé conjointement par le consultant et le porteur de projet reprenait les éléments essentiels de l’évaluation. Ce sont ces données qui servent de base à notre étude.
  • [9]
    Le traitement des données a été réalisé grâce au logiciel SPSS version19.
  • [10]
    Des réserves méthodologiques sur cette approximation de la taille de l’échantillon sont à noter, car la population des porteurs de projets de création d’activité ne fait pas l’objet, par nature, d’un recensement national ; il n’existe donc pas de base de données les concernant.
  • [11]
    Cet aspect est détaillé ci-après, voir 1.4.3 Le retraitement de l’échantillon.
  • [12]
    Ce point n’est pas détaillé. Sur l’ensemble analysé et pour toutes les variables, les données utiles ont toutes été obtenues ; le traitement des non-réponses est donc sans objet.
  • [13]
    Plus l’échantillon est de taille importante, plus la précision des résultats est forte.
  • [14]
    Les caractéristiques des variables sont disponibles sur demande.
  • [15]
    L’échelle utilisée s’appuie sur une sémantique différentielle de type échelle d’Osgood. Échelle verbale unidirectionnelle, elle offre une progressivité dans le classement (direction et intensité). Construite de sorte que le répondant exprime son opinion de façon différenciée, le nombre de catégories est limité à quatre. Cette approche semblait garantir au mieux la qualité de l’échelle de réponse et faciliter la tâche cognitive du répondant.
  • [16]
    Sur la notion de changement, voir Paturel (2011). Les changements de fonction, de statut, d’organisation n’ont pas été retenus, car ils vont ici de soi. Il en est de même du changement géographique, car la création est souvent une solution envisagée pour poursuivre une activité dans son environnement proche.
  • [17]
    Voir ci-dessus 1.4.2.
  • [18]
    Le nombre de dossiers avant fusion s’établit comme suit : Entreprise Agricole à Responsabilité Limité (EARL) : 3 ; Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée (EURL) : 69 ; Société à Responsabilité Limitée (SARL) : 66 ; Société Anonyme Simplifiée (SAS) : 10.
  • [19]
    La répartition est la suivante : Auto-entrepreneur (AE) : 388 dossiers ; Entrepreneur individuel autre que Auto-entrepreneur (EI) : 57 dossiers ; Entrepreneur Individuel à Responsabilité Limitée (EIRL) : 16 dossiers ; Société : 148 dossiers.
  • [20]
    Les variables retenues sont de nature quantitative mais également qualitative. Dans la mesure où la moyenne a du sens il est pertinent d’intégrer ces types de variables (Carricano, Poujol et Bertrandias, 2010, p. 114).
  • [21]
    Les résultats détaillés sont disponibles sur demande.
  • [22]
    ACCRE : Aide aux Chômeurs Créateurs ou Repreneurs d’Entreprises, avec pour un auto-entrepreneur éligible : exonération partielle et progressive sur 3 ans de l’ensemble des charges sociales (pour les autres entrepreneurs : exonération totale sur une partie des charges sociales pendant 12 mois) (vosdroits.services-publics.fr, page consultée le 10/07/2015).
  • [23]
    ARCE : Aide aux Repreneurs Créateurs d’Entreprise. Pour obtenir l’ARCE, il faut être bénéficiaire de l’ARE (Allocation d’Aide au retour à l’Emploi) et justifier de l’ACCRE. En cas d’arrêt de l’activité, les droits à l’ARE qui restaient à la veille de la création ou de la reprise d’entreprise peuvent être repris, diminués du montant de l’ARCE qui a déjà été versé.
  • [24]
    Nous n’avons donc pas poursuivi l’analyse sur les dossiers en EIRL.

Introduction

1L’entrepreneuriat est au cœur des considérations économiques et politiques (Thurik, Stam, et Audretsch, 2013). Il est identifié comme un moteur de croissance, de création d’emplois et de compétitivité. En France, la culture entrepreneuriale s’invite au centre des préoccupations. Suite aux « Assises de l’Entrepreneuriat », lancées en 2013, le plan gouvernemental « Tout pour l’emploi dans les TPE et les PME » est lancé en juin 2015. Il inscrit son action dans la promotion de l’entrepreneuriat auprès des chômeurs et des jeunes et dans la facilitation de l’accès à la création d’entreprises.

2Mais qu’en est-il du dynamisme entrepreneurial français ?

3Les dernières études dépeignent une situation incertaine. D’une part, les chiffres de l’Insee de fin 2016 montrent qu’après une légère augmentation en 2014 (+0,9 %), le nombre de créations d’entreprises sur 2015 chute de 4,7 %, tous types d’entreprises confondus, pour repartir à la hausse (+5,7%) en 2016 (Insee, 2016). D’autre part, le rapport GEM [2] de 2014 pour la France indique que le taux d’ensemble de l’activité entrepreneuriale (TEA) figure parmi les plus faibles des pays de sa catégorie (5,4%). Si en 2014 le taux s’améliore suite à la chute de 2013 (4,6%), il baisse par rapport à 2011 (5,7%).

4Cette situation interpelle. Les récentes enquêtes réalisées sur le sujet mettent pourtant en évidence que la création d’entreprises serait favorable à l’épanouissement personnel des individus et permettrait le développement de leurs talents et de leur créativité (Institut Think pour CERFRANCE et Novancia, 2014 [3]). En créant leur activité, les individus réaliseraient leurs rêves et auraient une sensation de liberté. Les publications de l’Insee de décembre 2016 affichent que depuis l’instauration du régime de l’auto-entrepreneur en janvier 2009, ce sont toujours plus de 40% des créations enregistrées, en données brutes, qui sont des micro-entreprises [4]. S’il est vrai qu’entreprendre est souvent difficile et les échecs nombreux [5], ce régime semble s’inscrire dans un processus d’apprentissage entrepreneurial qui aide au développement du goût d’entreprendre de l’individu.

5L’objectif de nos travaux est de positionner des micro-entrepreneurs par rapport aux autres entrepreneurs dans la phase amont de leur création d’activité. Nous souhaitons répondre à la question : « Existe-t-il des différences entre les porteurs de projets souhaitant créer leur activité selon le statut d’auto-entrepreneur et ceux voulant monter leur affaire selon d’autres formes juridiques ? ».

6L’étude s’appuie sur une collecte de données réalisée dans le cadre d’un accompagnement à la création d’entreprises en Bretagne et concerne plus de 600 projets de créations. À notre connaissance, peu d’études scientifiques sur cette thématique mobilisent une collecte de données de cette importance.

7Afin de répondre à notre questionnement nous explicitons, dans un premier point, l’assise méthodologique de la recherche sur les paradigmes entrepreneuriaux et précisons les spécificités de l’investigation. Dans un deuxième temps, nous présentons l’analyse réalisée et les résultats obtenus. La conclusion les met en perspective.

1 – Les paradigmes entrepreneuriaux comme assise méthodologique

8Nous exposons tout d’abord la conception paradigmatique de la recherche (1.1.). Puis, après avoir précisé le cadre de l’étude (1.2.), notre terrain de recherche et la méthodologie adoptée (1.3.), nous présentons les données à la base de notre travail et leur structuration (1.4.).

1.1 – La conception paradigmatique de la recherche

9Les particularités de l’entrepreneur et de son action sont l’objet de nombreux travaux. Afin de structurer cette recherche, nous avons adopté une approche par les paradigmes entrepreneuriaux. En effet, comme le précise Kuhn (1972) : « un paradigme est ce que les membres d’un groupe scientifique possèdent en commun, et réciproquement, un groupe scientifique se compose d’hommes qui se réfèrent au même paradigme ». Ainsi, notre choix mobilise des concepts structurants sur lesquels s’articule notre réflexion.

10L’entrepreneur classique est « innov-acteur », créateur d’emplois, générateur de la compétitivité de la nation, elle-même génératrice de richesses (Schumpeter, 1942). Il est la personne qui exerce le « leadership » (Baumol, 1968, p. 65). La recherche en entrepreneuriat inscrit aussi dans son périmètre des activités dont la croissance est limitée, voire nulle, avec peu ou pas de caractéristiques innovantes, peu ou pas d’orientation internationale (Amorós et al., 2012, p. 7).

11Nos travaux, en phase amont de la création d’entreprises, prennent en compte les caractéristiques de l’individu « néo-entrepreneur ». Il s’agit d’un essai de compréhension de la dimension processuelle de la création d’une activité entrepreneuriale. Notre objectif consiste à identifier s’il existe une dynamique combinée de l’individu sur le projet et du projet sur l’individu, spécifique aux créations d’activités réalisées dans le cadre de l’auto-entrepreneuriat. Les dialogiques « individu – création de valeur nouvelle » (Bruyat, 1993) et individu « économie de gaspillage de valeur existante » (Paturel, 2007) interviennent dans notre réflexion.

1.2 – L’auto-entrepreneur, un acteur entreprenant

12Dès l’instauration du statut, le terme auto-entrepreneur [6] a fait polémique. Peut-être eût-il fallu parler d’auto-emploi (Levratto et Serverin, 2009 ; Barnier et al., 2013) (le « self-employment » des pays anglo-saxons, Blanchflower, 2000 ; Bradley et Roberts, 2004 ; Ekelund et al., 2005-) et non d’auto-entrepreneuriat [7]. Bien qu’important, cet entrepreneuriat contraint pour le chômeur n’est pas abordé dans ces travaux alors qu’il n’est pas sans effet pour ces créateurs potentiels.

13C’est la dynamique entrepreneuriale du porteur de projet auto-entrepreneur qui est au centre de l’étude. Nous prenons appui sur les propositions initiales de von Mises (1949, p.253) et les extensions ultérieures de Kirzner (1979, 1997) selon lesquelles les entrepreneurs n’appartiennent pas à une classe homogène et l’action entrepreneuriale peut être identifiée comme une potentialité omniprésente pour tous les acteurs économiques.

14L’entrepreneuriat est un processus de prises de décisions qui implique la poursuite délibérée d’opportunités. Il commence par l’« évaluation perspicace et sage des réalités (présentes et futures) » (Kirzner, 1973).

15Sur cette base, nous positionnerons les auto-entrepreneurs, en comparaison avec les autres entrepreneurs, en phase amont de la création effective. Nous allons ci-après préciser notre terrain de recherche et les dimensions caractéristiques des néo-entrepreneurs retenues.

1.3 – Le terrain de recherche et la méthodologie adoptée

1.3.1 – L’identification des données collectées

16L’étude porte sur des données collectées dans le Finistère de mi-novembre 2008 à mi-février 2012 dans le cadre d‘un programme d’évaluations préalables à la création d’entreprises [8]. Plus de 600 dossiers (de 6 pages chacun) ont été analysés.

17L’approche quantitative retenue a pour objectif de réduire la subjectivité. Elle facilite les opérations d’agrégation et de comparaison du porteur de projet et, en particulier, celle du créateur auto-entrepreneur par rapport aux autres entrepreneurs. La mise en place d’indicateurs de mesure fait émerger des données disponibles, un ensemble structuré d’éléments identifiés, voire d’interrelations entre eux [9].

1.3.2 – Les caractéristiques de l’échantillon

18Afin qu’il y ait le moins de biais possibles, tous les dossiers ont été pris en compte. Les quatre facteurs de la détermination de leur représentativité par rapport à leur nombre (Jolibert et Philippe, 2011) ont été étudiés. Nous nous sommes ainsi interrogés sur la précision des résultats souhaitée, sur l’homogénéité [10] des données, sur la configuration des tris croisés [11] et sur l’ampleur des non-réponses [12].

19Une mesure de la représentativité [13] de l’échantillon a été réalisée en le comparant à la population des créateurs d’entreprises fournie par l’Insee (Insee, 2013). L’échantillon représente globalement en nombre 1% de la population des créateurs d’entreprises bretons sur la période d’étude (de 2009 à 2012). Par ailleurs, compte tenu des traitements réalisés sur l’échantillon, on dénombre 55,02% de porteurs de projet souhaitant créer leur activité selon le statut d’auto-entrepreneur, ce qui est très proche des 55,5% d’auto-entrepreneurs recensés par l’Insee sur l’ensemble des créations d’activité en France pour les années 2009, 2010, 2011, 2012. La représentativité des porteurs de projets auto-entrepreneurs est donc relativement proche de celle identifiée par l’Insee sur cette période en France et se situe dans la fourchette bretonne (52,55% pour la moyenne bretonne et 57,41% pour le Finistère).

20Construit de manière empirique, l’échantillon est de convenance in situ, sa constitution n’étant pas aléatoire. Du fait des remarques précédentes, la généralisation des résultats sera prudente.

21Ayant décrit la méthode de constitution de l’échantillon et abordé sa taille, il reste à spécifier les données collectées ainsi que la façon dont elles ont été traitées.

1.4 – La classification et la structuration des données

22Pour répondre à la question de recherche et identifier s’il existe des éléments différenciant les porteurs de projets selon qu’ils envisagent de créer sur la base de statuts juridiques différents, une synthèse des données collectées est nécessaire. L’idée est de relever des dimensions clés qui caractériseraient le porteur de projet auto-entrepreneur et sa dynamique entrepreneuriale.

1.4.1 – L’identification des variables

23Les données possédées ont été recensées et celles utiles dans le cadre de l’application des paradigmes entrepreneuriaux ont été identifiées. L’approche paradigmatique telle que présentée par Verstraete et Fayolle (2004) puis Paturel (2007, 2011) garantit une non-redondance des variables utilisées (Donata et Mbengue, 2007, p. 395). En nous appuyant sur les différents paradigmes entrepreneuriaux, nous positionnons l’action entrepreneuriale de l’auto-entrepreneur en fonction de la proposition de définition de l’entrepreneur de Paturel (2007, p. 36) lorsqu’il précise : « Ne pourrait-on pas avancer que l’entrepreneuriat est, à partir d’une idée, l’exploitation d’une opportunité dans le cadre d’une organisation impulsée, créée de toute pièce ou reprise dans un premier temps, puis développée ensuite, par une personne physique seule ou en équipe qui subit un changement important dans sa vie, selon un processus qui aboutit à la création d’une valeur nouvelle ou à l’économie de gaspillage de valeur existante ? ». Les différentes facettes de cette définition de l’entrepreneuriat serviront à mieux connaître les porteurs de projets entrepreneuriaux.

1.4.2 – Les dimensions et les caractéristiques des variables

24Toutes les variables mobilisées sont issues des données présentes dans le dossier du porteur de projet ou sont relatives à la mesure de la relation entre le porteur de projet et son projet entrepreneurial. Ces données sont collectées tout au long des trois phases du suivi que sont la contractualisation, l’accompagnement et l’évaluation du projet.

25Nous avons structuré nos données et défini nos variables selon les trois dimensions entrepreneuriales classiques que sont le porteur de projet, le projet lui-même et la relation porteur de projet / projet de création. Elles sont de types différents, car nous avons des variables nominales, ordinales et d’échelle [14].

26Les variables nominales et ordinales caractérisent le porteur de projet par son genre, sa tranche d’âge, son niveau de diplôme, et le projet au moyen du secteur d’activité, du statut envisagé et du résultat de l’évaluation préalable.

27Les variables d’intervalle ou variables métriques sont relatives à la mesure des attitudes et des opinions des porteurs de projet en phase préalable à la création d’entreprise. Elles caractérisent la dialogique porteur de projet/ projet de création d’entreprise. Les variables sont la résultante d’une collecte d’informations complémentaires auprès des accompagnateurs, lors de l’évaluation des projets en amont de la création [15].

28Les données ainsi collectées répondent à des propriétés de mesures des caractéristiques des porteurs de projets ou de leur projet. En conséquence, l’homogénéité de ces variables permet l’utilisation de méthodes d’analyses métriques (Evrard et al., 2009, p. 296). Les variables qui mesurent la relation entre le porteur de projet et le projet sont :

  • le niveau de changement de métier [16] qu’exige le projet entrepreneurial pour son porteur ; il caractérise l’intensité de l’éloignement entre la nature des fonctions préalablement occupées et celles identifiées par le créateur lui-même dans la mise en œuvre de son projet ;
  • le niveau de motivation du porteur de projet dans la mise en œuvre de son idée, tel qu’il est perçu par le consultant-évaluateur tout au long de la période d’accompagnement ;
  • le niveau d’aptitude du créateur ; les aptitudes sont liées aux qualités des porteurs de projet, à leur capacité à construire, expliciter et mettre en œuvre leur projet ;
  • le niveau de risque qui concerne le risque financier pris par le porteur lors de la concrétisation de son projet ;
  • le niveau d’innovation qui est destiné à juger de l’intensité de l’innovation entrepreneuriale ;
  • le niveau d’évaluation du potentiel du projet qui prend en compte sa viabilité en fonction du marché prévu ; l’évaluation mesure la capacité du projet à générer des revenus suffisants pour l’entrepreneur, à partir du plan d’affaires réalisé par le créateur durant l’accompagnement.

1.4.3 – Le retraitement de l’échantillon

29Les natures de statuts très spécifiques ont été éliminées de l’échantillon. Ainsi, les dossiers dont le statut était agent commercial, association, portage salarial, SCOP et intermittent du spectacle ont été supprimés (16 dossiers). Les dossiers cumulant deux structures juridiques avec, en particulier, la mise en place conjointe d’une SCI, ont été simplifiés. Seul le statut juridique de l’activité entrepreneuriale a été retenu.

30Le but étant d’identifier les différences selon les trois dimensions entrepreneuriales [17] entre les micro-entrepreneurs et les autres porteurs de projet, nous avons agrégé sous une même modalité les projets dont le statut envisagé est sociétaire. Nous avons ainsi modifié les modalités de la variable « Statut » et groupé les types de statuts sous forme de société (EARL, EURL, SARL, SAS [18]). La variable « Statut » se décline désormais sur quatre modalités [19]. Sur ces bases, l’analyse porte sur l’ensemble des projets identifiés lors de l’évaluation préalable, que son résultat soit positif ou négatif, quel que soit le statut envisagé.

31Pour étayer notre connaissance des projets et des porteurs de projet, une analyse typologique selon le statut envisagé est menée.

2 – L’analyse typologique des créateurs

32Afin de répondre à la question de recherche, nous avons mobilisé les techniques de l’analyse taxinomique car, comme le souligne Filion (2000) ou encore Marchesnay (2016), dans le champ de l’entrepreneuriat, l’utilité des typologies demeure considérable, voire suscite un intérêt croissant.

33Après une présentation de la méthode de segmentation adoptée (2.1) nous soumettons nos résultats (2.2) et les discutons par rapport à la littérature entrepreneuriale (2.3).

2.1 – Les spécificités de la méthode de segmentation adoptée

34L’analyse typologique offre des possibilités de traitement de la question de recherche dans la perspective taxinomique qui est la nôtre (Hair et al., 2010). Elle permet un regroupement en classes distinctes des créateurs selon le statut qu’ils envisagent pour lancer leur affaire et identifie les variables caractéristiques du porteur et de son projet qui explicitent son choix.

35La méthode des nuées dynamiques (K-means) choisie, par la mise en évidence d’un centre de classe, identifie un « individu » plus représentatif de son groupe d’appartenance, ce qui facilite l’interprétation des résultats obtenus.

36Une première classification sur l’ensemble des 609 dossiers et des onze variables de l’échantillon [20] a été effectuée, avec comme exigence que chaque groupe représente au moins 10% de l’échantillon et que le nombre d’individus par classe soit relativement équilibré. La réalisation d’une analyse ANOVA révèle les variables les plus discriminantes pour la constitution des classes. Les variables aux valeurs significatives de F faibles sont supprimées de l’analyse [21].

2.2 – Les résultats des classifications en nuées dynamiques

37Les variables descriptives du porteur de projet (« Genre », « Tranche d’Âge », « Niveau de diplôme ») ont des valeurs significatives de F faibles, de même que la variable « Niveau d’innovation du projet ». Nous relançons donc l’analyse une fois ces variables éliminées. La solution équilibrée qui optimise la répartition est une classification en trois groupes distincts des 609 dossiers. Elle donne le profil du porteur pour chacune des classes.

38Le premier groupe (156 dossiers) est composé des entrepreneurs déterminés malgré les risques pris dans de nombreux domaines. Le profil standard est celui de porteurs de projet qui, suite à l’évaluation, souhaitent créer leur activité alors que leur projet présente un potentiel relativement faible, en matière de revenus qu’ils pourront dégager. Ces créateurs désirent fonder leur affaire dans un domaine qui nécessite l’obtention d’un prêt bancaire dont les remboursements auront un impact sur les revenus disponibles. Ils veulent se lancer dans une activité qu’ils ne connaissent pas ou dans un métier qui n’est pas le leur. Toutefois, leurs faibles aptitudes semblent être compensées par une motivation réelle. Ces porteurs de projet pensent créer leur future entreprise selon une forme essentiellement sociétaire.

39Le deuxième groupe (261 dossiers) correspond à des entrepreneurs motivés pour créer en limitant les risques pris. Ces porteurs sont motivés et souhaitent concrétiser leur projet, suite à l’évaluation préalable de ce dernier. Ils ont comme spécificités de bien connaître le domaine d’activité et le métier dans lesquels ils veulent créer leur activité : ils présentent des aptitudes suffisantes pour mener leur projet à terme. Ces projets ont un risque financier limité car ils ne nécessitent pas de prêts bancaires. Ils semblent sécurisés d’un point de vue financier d’autant que, durant la période de création et de mise en place de l’activité, les porteurs bénéficient d’un accompagnement des structures publiques d’État (Pôle Emploi par l’ACCRE [22] et l’ARCE [23]) qui les garantissent dans un premier temps. Ces projets sont des créations d’activité d’envergure limitée, envisagés selon le statut de l’auto-entrepreneur : ils rentrent donc dans les limites fixées en termes de chiffres d’affaires.

40Le troisième groupe (192 dossiers) comprend les entrepreneurs sans conviction. Nous retrouvons ici des porteurs qui, suite à l’évaluation préalable, abandonnent leur projet. Pour eux, l’évaluation qui s’est déroulée sur une période de quatre à six semaines, les a amenés à juger que leur projet ne comportait pas de caractéristiques suffisantes pour être mené à bien, tout du moins en l’état. Ces personnes font le choix de retourner vers l’emploi salarié. Elles présentaient, déjà lors de l’évaluation, une motivation faible par rapport à la mise en place de leur activité, et des aptitudes, pour mener la création à son terme, également peu élevées. Souvent, l’activité, envisagée sous le statut d’auto-entrepreneur, n’a pas de potentiel du fait d’un marché fortement concurrencé dans le domaine ciblé ou parce qu’il est inexistant ou trop faible pour dégager des revenus. De plus, ces porteurs ne connaissent pas le domaine d’activité dans lequel ils souhaitent s’investir. Pourtant, ils semblent prêts à demander des microcrédits, car la mise en place de leur activité est une solution de création de leur emploi.

2.2.1 – L’analyse typologique des projets de création en auto-entrepreneur

41Notre recherche se focalisant sur le positionnement des auto-entrepreneurs, nous avons repris notre analyse typologique uniquement sur ces derniers. Une répartition en quatre groupes d’observations relativement équilibrés a été retenue. Le tableau ANOVA mettant en évidence le peu d’apport de la variable « Tranche d’Âge » dans la classification, celle-ci a donc été supprimée de l’itération finale. Au regard des quatre classes issues de la taxinomie, les spécificités suivantes peuvent être identifiées pour chacune.

42Pour les quatre groupes, les caractéristiques « projets » en termes d’innovation sont réduites, voire nulles.

43Le premier groupe (141 observations) concerne plus particulièrement des femmes dont le niveau de diplôme est relativement élevé, en général supérieur au bac. Ces porteurs ont été perçus, durant la période de quatre à six semaines d’évaluation, comme motivés par la création de leur activité. Ils souhaitent monter leur entreprise dans un domaine d’activité pour lequel ils connaissent bien le métier exigé, pour l’avoir exercé antérieurement dans un secteur identique. Ils font preuve d’aptitudes réelles dans le montage de leur projet qui est relativement viable (niveau de chiffre d’affaires autorisé par le statut d’auto-entrepreneur) et peu risqué financièrement. On peut qualifier ce groupe de vrais auto-entrepreneurs.

44Le deuxième groupe (83 dossiers) touche majoritairement des hommes. Les dossiers, une fois évalués, n’ont pas été maintenus par ces porteurs de projet qui ne souhaitent pas poursuivre le processus de création. De niveau bac, ils n’étaient pas très motivés et n’ont pas montré d’aptitudes particulières relativement à la création d’entreprise. De plus, ces créations intervenaient dans un métier et une activité assez éloignés de leurs champs d’expérience. En général, le projet n’avait pas de réel potentiel du fait de l’environnement concurrentiel ou de l’étroitesse du marché. Le peu de viabilité financière était, en outre, couplé à la nécessité d’obtenir un prêt bancaire. Toutes ces caractéristiques ont conduit le porteur de projet à se rediriger vers l’emploi salarié et à reporter ou annuler son projet de création. Il s’agit donc de personnes peu motivées et sans compétences ou ressources entrepreneuriales, expliquant cette absence de réelle motivation.

45Le troisième groupe (75 dossiers) est constitué de femmes de niveau bac et relativement peu motivées par la création d’entreprises. Elles souhaitent créer dans un domaine qu’elles ne connaissent pas et pour lequel elles n’ont pas d’aptitudes particulières. L’évaluation fait ressortir un potentiel limité, voire faible. Cependant, le risque financier reste peu élevé en phase de lancement et le porteur de projet s’est protégé financièrement durant cette même phase. Le porteur souhaite, malgré les conclusions de l’évaluation, tenter sa chance. Le statut d’auto-entrepreneur, simple, facile à mettre en œuvre et sans coût spécifique, leur permet d’essayer, sans trop de risques, une création d’activité. Si, au bout de quelques mois, leur auto-entreprise ne leur suffit pas pour vivre correctement, ces porteurs retourneront vers l’emploi salarié. Ils auront, pour certains dans la phase de recherche d’emploi, la possibilité de percevoir l’ARE pour la partie non encore reçue. La micro-entreprise sera résiliée par simple déclaration auprès du Centre de Formalités des Entreprises (CFE). Les membres de ce groupe reçoivent assez naturellement le qualificatif d’opportunistes par rapport au statut d’auto-entrepreneur : en effet, pourquoi ne pas essayer, vu le peu de risque pris ?

46Le quatrième groupe (89 dossiers) comprend les porteurs de projets qui, suite à l’évaluation, poursuivent le processus de création. Ils détiennent souvent un diplôme de niveau CAP-BEP dans le domaine d’activité dans lequel ils souhaitent s’investir. Fréquemment, ils ont exercé pendant plusieurs années dans le domaine ciblé. Ils n’auront que peu de changement à gérer en termes de métier et possèdent a priori les aptitudes nécessaires pour porter leur projet selon le statut d’auto-entrepreneur. Ce dernier leur offre un niveau de revenu proche, voire meilleur que celui de leur rémunération salariale antérieure. Ce statut qui ne leur demande que peu de suivi déclaratif, semble, en phase de démarrage, être approprié à leurs souhaits et capacités. Dans ce groupe, figurent surtout des auto-entrepreneurs créateurs de leur emploi dans leur domaine de compétences propres.

47Afin de pouvoir comparer nos résultats avec les porteurs de projet ne choisissant pas l’auto-entrepreneuriat, nous avons procédé aux mêmes traitements pour les porteurs de projet optant pour une forme juridique sociétaire ou en entreprise individuelle (le nombre de dossiers en EIRL, entreprise individuelle à responsabilité limitée -16-, est trop limité pour que les résultats soient représentatifs et comparables [24]).

2.2.2 – L’analyse typologique des projets de création en société

48Après 4 itérations, la répartition sur 4 groupes fait apparaître une solution relativement équilibrée des 148 observations.

49La mise en évidence de ces quatre classes fournit des généralités pour ces projets portés selon un statut sociétaire, qu’il s’agisse d’entreprise unipersonnelle (EURL, EARL, SASU) ou à plusieurs membres (SARL, SAS). Ils sont essentiellement le fait d’hommes, relativement diplômés (niveau Bac et plus), qui, suite à l’évaluation et quel que soit son résultat, positif ou non, souhaitent poursuivre le processus de création de leur affaire.

50Plus spécifiquement, le premier groupe (51 dossiers) concerne des porteurs de projets peu motivés par la création et ne présentant a priori guère d’aptitudes pour y parvenir. Bien que leur projet nécessite l’obtention d’un prêt bancaire, celui-ci semble ne pas avoir un potentiel suffisant pour être viable. On pourrait qualifier ce groupe d’entrepreneurs « risqueurs ».

51Le deuxième groupe (41 dossiers), à la différence du premier, rassemble des individus motivés par la création et présentant de réelles aptitudes. Leurs projets s’inscrivent dans des domaines d’activité connus des porteurs et sont suffisamment viables économiquement, même s’ils présentent des risques financiers réels (nécessité de prêts dont les montants restent toutefois limités). Les porteurs sont donc très conscients de leurs aptitudes.

52Le troisième groupe (28 dossiers) agrège des projets et porteurs plus proches des standards entrepreneuriaux. Ces projets ont comme caractéristiques d’être relativement innovants en termes de produit ou service, portés par des individus très motivés, diplômés, voire très diplômés (Bac + 4 et plus), montrant de réelles aptitudes pour créer leur affaire, dans un domaine d’activité qu’ils maîtrisent. Ces projets exigent un financement externe et restent sur ce plan risqué, même s’ils possèdent un certain potentiel et devraient être viables. Les porteurs de ce groupe sont des entrepreneurs classiques.

53Regroupant des personnes diplômées de bon niveau dont les aptitudes sont avérées, le quatrième groupe (28 dossiers) recense des porteurs peu motivés par la création effective. Les projets ne présentent a priori pas de réel potentiel, même s’ils s’inscrivent dans une certaine continuité de leur métier pour les porteurs. Nous sommes en présence d’entrepreneurs « timides ».

2.2.3 – L’analyse typologique des dossiers basés sur le statut de l’entreprise individuelle hors micro-entreprise

54Après 3 itérations, la répartition sur 3 classes fournit une solution relativement équilibrée des 57 observations. Pour les trois groupes, en général, les porteurs de projet sont des hommes.

55Dans le premier (16 dossiers), les porteurs, après l’évaluation, ont déclaré souhaiter abandonner leur idée de créer : leur projet ne présentant pas la viabilité financière escomptée et nécessitant un engagement bancaire. Nous pourrions intituler ce groupe de réalistes.

56Concernant le deuxième groupe (20 dossiers), les créateurs disposent d’une réelle motivation pour mener leur projet à leur terme. Ils possèdent des aptitudes certaines et leur projet semble viable. Ils seront toutefois amenés à s’engager financièrement auprès de tiers afin de concrétiser leur création. Il s’agit de porteurs possédant la fibre entrepreneuriale.

57Le troisième groupe (21 dossiers) comprend des individus qui veulent a priori poursuivre leur processus de création, bien que la viabilité de leur projet soit incertaine. Pourtant, ils ne présentent pas d’aptitudes particulières pour la création de leur activité. De niveau CAP-BEP, ils sont peu motivés par un projet qui nécessite de nouvelles compétences métiers et un engagement financier externe. L’inconscience distingue ce groupe.

2.3 – D’importantes disparités entrepreneuriales

58Nos résultats nous amènent à souligner plusieurs aspects. Tout d’abord, de grandes disparités sont observées en termes de caractéristiques, qu’il s’agisse du projet lui-même, des porteurs de projet ou de l’engagement de ces derniers dans leur création, quel que soit le statut juridique envisagé (graphiques ci-après).

59Si la « Tranche d’Age » n’est pas distinctive quel que soit le statut, le « Genre » et la dialogique créateur – projet entrepreneurial, porteuse de l’engagement du néo-entrepreneur, sont les éléments majeurs qui différencient chaque typologie.

60L’étude fait apparaître que les femmes choisissent en général des statuts simples à mettre en œuvre. Elles privilégient des configurations de projets leur permettant de concilier vie familiale et professionnelle et l’auto-entrepreneuriat, quel que soit leur niveau de diplôme, leur convient. Ce résultat fait écho aux études menées par Cornet et Constantinidis (2004) qui soulignent le dimensionnement et les performances faibles des projets entrepreneuriaux féminins, caractéristiques qui s’expliqueraient par une perception de la réussite entrepreneuriale qui leur serait propre (Brush, 1992 ; Lebègue, 2015).

61Les hommes optent proportionnellement plus souvent pour la forme sociétaire, forme classique des entreprises et adaptée à des objectifs de croissance de l’activité (Fairlie et Robb, 2009). Mais le statut d’auto-entrepreneur est aussi choisi par ceux qui souhaitent monter une activité d’indépendant, peu risquée, dans un domaine d’activité et un métier qu’ils maîtrisent et générant des chiffres d’affaires modérés. L’entreprise individuelle est privilégiée pour des projets de taille moyenne nécessitant des investissements en matériels (cas de l’artisanat).

62L’analyse taxinomique met en évidence que, quelle que soit la nature du statut choisi, le néo-entrepreneur se caractérise surtout, au travers de la dialogique « projet de création - porteur de projet », par son engagement compte tenu de son niveau de motivation et de ses aptitudes pour conduire à terme son idée. Comme le soulignent Hessels et al. (2011) le niveau d’engagement est un paramètre discriminant de l’action entrepreneuriale. Les « entrepreneurs classiques » montrent, ici, des caractéristiques d’engagement en lien avec la notion d’irréversibilité du processus entrepreneurial en termes financier et affectif tel que le propose Bruyat (2001). Il semble qu’il en soit également ainsi des entrepreneurs individuels qui se distinguent par leur « fibre entrepreneuriale ». Concernant les autres néo-entrepreneurs, notamment les « vrai auto-entrepreneurs », ils paraissent présenter des caractéristiques qui diffèrent des standards jusqu’alors reconnus. Bien que motivés et impliqués dans leur projet, ils choisissent des formes entrepreneuriales légères qui leur permettront, si besoin est, de réviser leur projet.

Caractéristiques entrepreneuriales des porteurs de projet en création d’activité selon leur classification

Description de l'image par IA : Graphiques comparant les caractéristiques entrepreneuriales avec des lignes et des points.

Caractéristiques entrepreneuriales des porteurs de projet en création d’activité selon leur classification

63Les caractéristiques du projet déterminent aussi la classification. En particulier, le « risque financier » du projet et son « évaluation » en termes de viabilité impactent la taxinomie. Le faible potentiel d’obtention de valeur est une caractéristique de l’auto-entrepreneuriat, ce régime limitant les niveaux de chiffres d’affaires possibles.

64La mobilisation de l’analyse typologique par statut a permis de mettre en évidence d’importantes disparités entrepreneuriales en phase amont à la création effective d’une activité. Celles-ci seraient essentiellement liées aux caractéristiques de la dialogique porteur / projet et, dans une moindre mesure, à celles du projet entrepreneurial.

Conclusion

65En réponse à notre question de recherche, nos travaux mettent en évidence que ce n’est pas en fonction du statut envisagé -l’auto-entrepreneuriat ou un autre statut- que l’on identifie la qualité entrepreneuriale du projet. Il semble que le porteur micro-entrepreneur ou auto-entrepreneur, même s’il possède des caractéristiques particulières quant à son profil, est surtout marqué par le risque (faible) qu’il accepte de prendre d’un point de vue financier par rapport aux autres néo-entrepreneurs.

66Les différentes typologies d’entrepreneurs relevées, dans le cadre de notre recherche, apportent différents enseignements susceptibles d’intéresser les entrepreneurs potentiels, les pouvoirs publics et les structures d’accompagnement ainsi que tout organisme jouant un rôle dans l’entrepreneuriat.

67Tout d’abord nos résultats montrent que l’accès à l’entrepreneuriat est possible pour le plus grand nombre. Entreprendre ou, plus spécifiquement, savoir entreprendre s’apprend (Drucker, 1985) et ne relève pas uniquement de traits de personnalités relatifs à la saisie d’opportunités ou au goût du risque.

68Le statut de micro-entrepreneur offre aux individus la possibilité d’expérimenter l’entrepreneuriat. Il donne à ces créateurs l’envie de tenter l’aventure en solo et de vérifier s’ils sont ou non capables de rendre leur activité suffisamment viable afin qu’elle puisse être pérennisée sur le moyen et long terme. Ces projets peu risqués pourront, le cas échéant, soit perdurer en l’état, soit muter vers d’autres formes juridiques, si les niveaux de chiffres d’affaires maxima sont atteints, soit s’éteindre et l’auto-entrepreneur retournera vers le statut de salarié.

69Du fait de sa facilité de mise en œuvre, il ouvre peut-être la voie de l’entrepreneuriat au plus grand nombre. Confiant de sa capacité à combiner des ressources, le micro-entrepreneur souhaite, à travers son activité, concilier son projet personnel et professionnel. Certains parlent d’entrepreneurs lifestyle (Brannback et Carsrud, 2011 ; Gomez-Bresse, 2016). Contrairement à l’entrepreneur « classique », il ne poursuit pas un objectif de profit optimal. Par la création de son entreprise, il opte pour un style de vie en gagnant les fonds nécessaires à l’accomplissement de son objectif, mais sans rechercher leur maximisation à tout prix.

70Ces travaux apportent également une connaissance complémentaire sur le comportement des entrepreneurs en phase amont de la création de leur activité. Elle nous semble importante du point de vue macro-économique pour ceux qui sont impliqués dans des décisions politiques de soutien à la création d’entreprises (les pouvoirs publics de tous niveaux, les institutions consulaires et les organismes de formation). La promotion de l’esprit d’entreprise au moyen d’une facilitation de l’accès à une activité entrepreneuriale, via le régime de l’auto-entrepreneur, peut tirer un bénéfice de l’identification des facteurs qui contribuent au succès ou à l’échec dans la phase de prédémarrage.

71Le deuxième aspect de cette recherche, utile aux structures d’accompagnement, concerne la mise en évidence des typologies de porteurs de projet. Elles constituent une aide utile dans la démarche d’accompagnement, car elles suggèrent de mieux identifier les aspects qui méritent d’être approfondis par le porteur d’un projet de création d’entreprise. Toutefois, si cette approche tend à être un guide, elle ne doit surtout pas servir à forger des certitudes.

72Concernant les limites de cette recherche, nous soulignons que nos résultats se rapportent essentiellement à la phase amont de la création d’activité. Ils ne sont donc pas voués à être généralisés, à la phase post-création, sans vérification au préalable.

73Par ailleurs, il serait intéressant de suivre des parcours d’auto-entrepreneurs pour identifier et spécifier leur participation à l’évolution de la sphère entrepreneuriale française. En particulier, pourquoi ne pas approfondir pour les auto-entrepreneurs en activité principale, le maillage qu’ils créent avec d’autres professionnels pour répondre aux besoins de leur clientèle ? De même, détailler les circonstances qui les amènent à changer de statut, représenterait un progrès dans la connaissance du processus de mutation de l’auto-entrepreneur.


Annexes
Tableau 1

Classification en 3 groupes des 609 dossiers de création d’activité

Description de l'image par IA : Tableau de classification en trois groupes des dossiers de création d’activité avec valeurs et libellés.

Classification en 3 groupes des 609 dossiers de création d’activité

Tableau 2

Classification en 4 groupes des 388 dossiers en auto-entrepreneuriat

Description de l'image par IA : Tableau de classification en 4 groupes des dossiers d'auto-entrepreneuriat avec variables et valeurs.

Classification en 4 groupes des 388 dossiers en auto-entrepreneuriat

Tableau 3

Classification en 4 groupes des 148 dossiers « société »

Description de l'image par IA : Tableau de classification en 4 groupes des 148 dossiers « société » avec libellés et valeurs numériques.

Classification en 4 groupes des 148 dossiers « société »

Tableau 4

Classification en 3 groupes des 57 dossiers en entreprise individuelle

Description de l'image par IA : Tableau de classification en trois groupes des variables liées aux entreprises individuelles avec valeurs et libellés.

Classification en 3 groupes des 57 dossiers en entreprise individuelle

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Mots-clés éditeurs : auto-entrepreneur, classification, création, entreprise, micro-entreprise

Date de mise en ligne : 13/10/2017

https://doi.org/10.3917/resg.119.0151