Article de revue

« Ceci tuera cela » ? Dynamique des changements dans l'industrie du livre

Pages 121 à 154

Citer cet article


  • Longhi, C.
  • et Rochhia, S.
(2014). « Ceci tuera cela » ? Dynamique des changements dans l'industrie du livre. Revue d'économie industrielle, 145(1), 121-154. https://doi.org/10.4000/rei.5761.

  • Longhi, Christian.
  • et al.
« “Ceci tuera cela” ? Dynamique des changements dans l'industrie du livre ». Revue d'économie industrielle, 2014/1 n° 145, 2014. p.121-154. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-d-economie-industrielle-2014-1-page-121?lang=fr.

  • LONGHI, Christian
  • et ROCHHIA, Sylvie,
2014. « Ceci tuera cela » ? Dynamique des changements dans l'industrie du livre. Revue d'économie industrielle, 2014/1 n° 145, p.121-154. DOI : 10.4000/rei.5761. URL : https://shs.cairn.info/revue-d-economie-industrielle-2014-1-page-121?lang=fr.

https://doi.org/10.4000/rei.5761


Notes

  • [1]
    En 2012, la production en titres et la production en exemplaires ont augmenté de 6,2 et 1,7 % respectivement (SNE, 2013).
  • [2]
    L’industrie fonctionne selon un principe de best-sellers, une loi des 80/20, on dit même parfois 95/5, qui concentre les ventes sur quelques ouvrages.
  • [3]
    Les statistiques du SNE (2013) ou de l’Observatoire de l’Économie du livre (2013) vont dans le même sens : la production de titres a augmenté en 2012 et les ventes et le chiffre d’affaires, en baisse, ont bien résisté dans un contexte de crise économique.
  • [4]
    « Un?livre est l’instrument de la?diffusion d’un?discours au?public, non pas simplement des pensées […]. ?L’auteur et?le?propriétaire?de?l’exemplaire peuvent dire chacun avec le même?droit du?même livre :?c’est?mon livre !,? mais? en deux sens? différents. Le premier prend le livre en tant qu’écrit ou discours, le second simplement en tant que l’instrument muet de la diffusion du discours jusqu’à lui ou jusqu’au public, c’est-à-dire en tant?qu’exemplaire » (Kant, 1785, cité par Jamain, 2013).
  • [5]
    Le décret impose un brevet spécifique pour exercer les métiers de libraire imprimeur et de libraire éditeur.
  • [6]
    Les États-Unis mais aussi le Japon, la Corée, le Royaume-Uni font figure de leaders au niveau du livre numérique.
  • [7]
    Amazon propose par exemple le roman Angels and Demons à 18.72 $ en version reliée, à 11.40 $ en version Kindle, et à 10.88 $ en poche. Consulté en novembre 2013.
  • [8]
    Parmi les meilleures ventes à la FNAC, La Forêt des Mânes est à 21.76 € en version papier et 20.50 € en numérique. Consulté en novembre 2013.
  • [9]
    txt, html, pdf, ePub, AZW (format du Kindle, la liseuse Amazon).
  • [10]
    Consulté le 21 novembre 2013.
  • [11]
    Google a été contraint d’abandonner ce projet de libre accès (Benhamou, 2011).
  • [12]
    p-book : physical book.
  • [13]
    Cf. (i) la note « Avis et Communications »publiée le 4 avril 2012 dans le Journal officiel de la République Française ; (ii) les travaux de la Commission Générale de Terminologie et de Néologie qui retient désormais les termes de liseuse et de livre numérique : la liseuse (e-book) est un « appareil portable doté d’un écran et destiné au stockage et à la lecture des livres numériques ou des périodiques. On trouve aussi le terme « livre électronique » ; le livre numérique (e-book) est un « ouvrage édité et diffusé sous forme numérique, destiné à être lu sur un écran ».
  • [14]
    Amazon a lancé un brevet autorisant le développement d’un marché d’occasion, permettant aux consommateurs d’échanger des e-books via Kindle ou apps Kindle vers IOS ou Android. Ce marché d’occasion devrait être source de revenus importants.
  • [15]
    International Digital Publishing Forum, http://idpf.org/
  • [16]
    Amazon offre le plus important catalogue du marché ; avec 800 000 références en langue anglaise, et 400 000 en langue française, c’est un des premiers libraires de France. Amazon est par exemple le premier vendeur des livres de la collection « La Pléiade » de Gallimard, qu’une librairie ne peut contenir en stock (Hurard, Meyer-Lereculeur, 2012).
  • [17]
    Par exemple l’expérience 1001.libraires.fr, aujourd’hui avortée, était un site créé par la profession des libraires et soutenu par des fonds publics (Hurard, Meyer-Lereculeur, 2012), où les commandes pouvaient être faites en ligne et où, via géolocalisation, le système donnait l’adresse du libraire où aller retirer sa commande. Ou Lalibrairie.com, qui permet de réserver des livres dans un réseau de libraires sur tout le territoire, qui est peu visible. Ou Chapitre.com, propriété de Actissia, deuxième distributeur en France, qui associait un site Internet et un réseau de libraires et qui était né sur le Minitel, qui connaît de graves problèmes. Si le réseau de librairies Chapitre est mis à la vente, le site Internet n’est pas concerné par la cessation d’activité. Ces échecs montrent la difficulté des modèles tentant d’associer librairies et l’Internet.
  • [18]
    Désigné pour la seconde année consécutive en 2013 site préféré des Français dans le classement d’OC&C Strategy Consultants.
  • [19]
    Des réseaux se développent dans de nombreuses villes : Librest (Est de Paris), www.librairesanice.fr…
  • [20]
    Il faut rappeler que la recherche de nouveaux contenants n’est pas nouvelle et qu’elle a été marquée par de nombreux essais infructueux en termes d’usage et de confort de lecture (voir le projet Cybook lancé en 1998 en France).
  • [21]
    Sony, Kobo, Nook (de Barnes & Nobles), Bookein (issue du précurseur Cybook).
  • [22]
    The Pew Research Center’s Internet & American Life Project Tracking Survey, réalisée du 20 janvier au 19 février 2012. Nook détenait 22 %.
  • [23]
    L’iPad représente 61 % du marché américain des tablettes selon la même enquête The Pew Research Center’s Internet & American Life Project Tracking Survey.
  • [24]
    Cependant, cette tendance à la baisse est due au poids des États-Unis ; en France, 300 000 liseuses se sont vendues en 2012, 500 000 se vendront en 2013, pour 3,6 millions de tablettes en 2012, et 5 millions en 2013 (Institut GfK).
  • [25]
    L’« étendue » des connaissances fait référence au nombre de champs technologiques dans lesquels l’éditeur est actif. La « profondeur » renvoie à la maîtrise de deux dimensions majeures :
  • [26]
    La diffusion renvoie à la commercialisation du produit éditorial (livre, revue…) auprès des abonnés, libraires et autres. La distribution a trait au traitement physique et administratif des commandes.
  • [27]
    Mollier (2005) rappelle ainsi qu’après avoir commercialisé l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, Panckoucke va concevoir une autre Encyclopédie : l’Encyclopédie méthodique.
  • [28]
    Comme le rappelle Benhamou, l’autre élément fondamental de la valeur d’une maison d’édition est le portefeuille de droits qu’elle détient et valorise.
  • [29]
    Dans les années 1980, l’édition connaît également une transformation de ses structures industrielles avec le développement des entreprises d’édition et l’accélération du processus de concentration. En France, par exemple, de nouvelles entreprises jusqu’alors plutôt spécialisées dans d’autres domaines comme la défense (Matra), les médias (Havas), les réseaux de distribution (Compagnie générale des eaux) entrent dans le secteur. Ces changements d’organisation industrielle auxquels vont s’ajouter les TIC ne vont pas entraîner de refonte du système de production et de diffusion jusqu’à la fin des années 1990 (Bouquillion, 2005).
  • [30]
    Selon la Federation of European Publishers (FEP, 2006), les compétences critiques des éditeurs englobent l’édition, la production, les ventes et le marketing, la réalisation et la distribution, le financement.
  • [31]
    Un sondage récent indique que la vente de livres numériques est aussi très concentrée sur les sites des grands opérateurs d’Internet : 41 % des lecteurs de livres numériques déclarent avoir fait leur achat chez Amazon, Apple ou Google Books, tandis que 28 % achètent leurs livres numériques sur les sites des grandes surfaces (Fnac, Virgin, Cultura) et 18 % seulement sur des sites de libraires (principalement les grandes librairies comme le Furet du Nord, La Procure, Chapitre, Relay, Dialogue), ce dernier pourcentage étant en baisse par rapport à la précédente vague de la même enquête réalisée début 2012 (12 Enquête Opinionway : Baromètre SOFIA/SNE/SGDL sur les usages du livre numérique – 2e vague, septembre 2012).
  • [32]
    Et leurs 2 000 points de vente.
  • [33]
    Barnes & Noble a commencé à connaître des pertes et à montrer des signes de faiblesse, malgré ses 7 millions d’utilisateurs.
  • [34]
    Pearson, le n° 1 mondial de l’édition a aussi investi dans Nook.
  • [35]
    Google a, quant à lui, acquis Motorola Mobility et ses quelque 17 000 brevets.
  • [36]
    Kindle n’a pu jouer pour le livre le rôle de l’iPod pour la musique, comme le souhaitait sans doute Amazon. Amazon a bien sûr réagi à l’entrée d’Apple sur son terrain avec sa propre tablette, le Kindle Fire, imposant une guerre des prix à Apple. Amazon est aussi entré dans la musique avec un service, AutoRip, qui offre la version MP3 gratuite pour tous les disques (CD, vinyle) achetés depuis 2000 sur son Cloud Player. La capacité du Cloud Player pour ce service est illimitée et donc gratuite, et offre une qualité proche de celle d’un CD. Amazon développe d’ailleurs désormais aux États-Unis un modèle symétrique pour le livre, Matchbox, selon lequel tout acheteur d’un livre papier se verrait offrir une version numérique, au format Kindle bien sûr.
  • [37]
    Ce terme est né dans les études sur l’industrie du tourisme, où l’Internet a eu des effets comparables sur le système (cf. Longhi, 2009).
Français

Après des siècles d’apparente immobilité, l’industrie du livre connaît aujourd’hui de profondes mutations. Avec le développement des TIC, le commerce électronique, puis le livre électronique, elle est entrée dans une phase de réorganisation, sous-tendue par l’émergence de nouveaux marchés, de nouveaux acteurs, porteurs de bases de connaissances et de technologies nouvelles qui ont considérablement modifié ses frontières. Les liseuses, généralisées en 2009 par Amazon, puis les tablettes, apparues en 2011 avec l’iPad, ont créé plus de bouleversements que des siècles de production. Le livre numérique a d’abord été considéré comme un « livre homothétique », la numérisation à l’identique d’un ouvrage existant, mais de fait cette numérisation a rapidement cassé le modèle contenu-contenant. Cette dissociation pourrait bien être l’innovation à même de bouleverser l’industrie du livre, appréhendée comme un système sectoriel d’innovation et de production. L’article montre ainsi que ce sont les contenus, et non pas seulement les contenants, qui sont au cœur des dynamiques actuelles de changement.

  • Internet
  • industrie du livre
  • système sectoriel d’innovation et de production
  • e-books
  • Technologies de l’Information et de la Communication

Mots-clés éditeurs : e-books, industrie du livre, Internet, système sectoriel d'innovation et de production, Technologies de l'Information et de la Communication


English

After centuries of apparent immobility, the book industry is experiencing profound changes. With the development of ICT, e-commerce and e-book, it entered a phase of reorganization, underpinned by the emergence of new markets, new actors, new knowledge bases and technologies that have significantly changed its boundaries. The e-Readers, generalized in 2009 by Amazon and the tablets, appeared in 2011 with the iPad, have created more upheavals than centuries of production. The e-book was initially considered as a “homothetic book”, but in fact this digitization quickly broke the model content-container. This dissociation might be the innovation able to change the book industry, seen as a sectoral system of innovation and production. The article shows the contents, and not just containers, are at the heart of current dynamics of change.

  • Information and Communication Technologies
  • Internet
  • Book Industry
  • Sectoral System of Innovation and Production
  • e-books

Mots-clés éditeurs : Book Industry, e-books, Information and Communication Technologies, Internet, Sectoral System of Innovation and Production


Date de mise en ligne : 07/07/2014

https://doi.org/10.4000/rei.5761

Cet article est aussi disponible en version papier