Article de revue

Demande en justice et nombre de tribunaux

Pages 851 à 860

Citer cet article


  • Chappe, N.
  • et Obidzinski, M.
(2013). Demande en justice et nombre de tribunaux. Revue d'économie politique, 123(6), 851-860. https://doi.org/10.3917/redp.236.0851.

  • Chappe, Nathalie.
  • et al.
« Demande en justice et nombre de tribunaux ». Revue d'économie politique, 2013/6 Vol. 123, 2013. p.851-860. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-d-economie-politique-2013-6-page-851?lang=fr.

  • CHAPPE, Nathalie
  • et OBIDZINSKI, Marie,
2013. Demande en justice et nombre de tribunaux. Revue d'économie politique, 2013/6 Vol. 123, p.851-860. DOI : 10.3917/redp.236.0851. URL : https://shs.cairn.info/revue-d-economie-politique-2013-6-page-851?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/redp.236.0851


Notes

  • [*]
    Nous tenons à remercier le rapporteur anonyme pour ses remarques, ainsi que S. Rouillon pour ses suggestions sur une version ultérieure du papier. Nous demeurons bien entendu entièrement responsables des éventuelles erreurs restantes.
  • [?]
    Université de Franche-Comté, CRESE, 30 avenue de l’Observatoire, BP 1559, 25009 Besançon cedex, France. Email : nathalie.chappe@univ-fcomte.fr.
  • [‡]
    Université de Franche-Comté, CRESE, 30 avenue de l’Observatoire, BP 1559, 25009 Besançon cedex, France. Email : marie.obidzinski@univ-fcomte.fr.
  • [1]
    Ce type de réforme n’est pas propre à la France, mais a également été mis en œuvre dans d’autres pays européens, comme en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Norvège, au Portugal, en Suède. Voir Ficet [2011], Gomes [2007], et Mak [2008].
  • [2]
    Terme utilisé dans le discours d’installation du comité consultatif de la carte judiciaire prononcé par la Garde des Sceaux, le 27 juin 2007 (Rapport du Sénat, 2012).
  • [3]
    Le nombre de nouvelles affaires par an et par tribunal de grande instance en France en 2008 variait de 507 (Millau) à 48 166 (Paris). Source : Ministère de la Justice, Annuaire statistique de la Justice 2008. Les tribunaux de grande instance faisant face à moins de 1 500 affaires par an ont été fermés.
  • [4]
    Les juges dans les petits tribunaux d’instance (en termes de nombre d’affaires nouvelles) sont plus susceptibles d’être « généralistes ».
  • [5]
    Voir le Rapport Public d’information du Sénat (no 662) à ce sujet. Entre autres arguments, les sénateurs notent que pour un même contentieux, les justiciables peuvent être amenés à se déplacer plusieurs fois (notamment les contentieux qui concernent l’autorité parentale, les effets du divorce). De plus, une part non négligeable des contentieux d’instance sont des contentieux de la « précarité » (tutelle, crédit, surendettement).
  • [6]
    De plus, l’utilisation des nouvelles technologies de la communication, souvent vue comme une solution pour éviter les effets négatifs de la fermeture des tribunaux, n’est pas entièrement satisfaisante. En effet, ces nouvelles technologies n’apportent généralement pas le niveau de service et les gains en efficacité attendus dans le cadre judiciaire. Pour plus de détails, voir Velicogna [2008] et Velicogna, Errera, Derlange [2011].
  • [7]
    Chappe, Obidzinski [2014] étend l’analyse au cas où il existe deux niveaux de perte et aborde la question du nombre optimal de tribunaux.
  • [8]
    Nous supposons que les juges compensent parfaitement le dommage quel que soit le tribunal. Nous ne prenons pas en compte la possibilité de forum shopping.
  • [9]
    Nous supposons que les tribunaux et les requérants sont répartis le long d’un cercle afin d’éviter les problèmes de frontière inhérents aux modèles fondés sur une droite.
  • [10]
    La contribution pour l’aide juridique a été mise en place en octobre 2011. Elle s’élève à 35 euros.
  • [11]
    En effet, nous avons supposé que les tribunaux sont distribués selon une loi uniforme sur un cercle de longueur 1.
  • [12]
    Cette situation correspond au cas concurrentiel dans les modèles d’économie spatiale, Salop [1979].
  • [13]
    Cette situation correspond au cas monopolistique dans les modèles d’économie spatiale, Salop [1979].
  • [14]
    Le tribunal se situe au milieu de ce segment. La longueur maximale qu’un défendeur doit parcourir est donc de 21M?.
  • [15]
    Ce second aspect n’est pas présent dans notre modèle et renvoie à l’idée que le regroupement de juridictions devrait permettre une « meilleure » justice. L’analyse présentée dans le rapport ne semble pas aller dans ce sens et évoque un allongement de la durée de traitement des affaires.
  • [16]
    L’expression de « désert judiciaire » est utilisée lorsque, sur plus de 100 km, un territoire est privé de toute implantation judiciaire. Le rapport fait état de cette situation notamment en Bretagne, en Corse et en Auvergne. Dans ces juridictions, la demande de justice semble avoir chuté : – 21,6 % par exemple devant les tribunaux d’instance de Haute Loire où la juridiction de Brioude a absorbée celle de Yssingeaux et du Puy-en-Velay.
  • [17]
    En Corse du Sud par exemple, les transports ferroviaires sont inexistants et les transports en commun par route sont très limités hors saison touristique.
  • [18]
    Certaines juridictions ont ainsi mis en place des aides à la mobilité afin de permettre aux justiciables en situation de précarité de se rendre au tribunal.

1 « On a vu s’installer des déserts judiciaires, avec des distances de plus de 100 kilomètres à parcourir », Christiane Taubira, Garde des Sceaux, ministre de la Justice, le 1er octobre 2012, lors d’un discours au Sénat sur la réforme de la carte judiciaire.

1. Introduction

2 La répartition géographique des tribunaux en France n’avait pas été significativement modifiée depuis 1958 et était par conséquent inadaptée au regard de l’évolution démographique et économique des régions (Rapport du Sénat [2012]). Avec les inquiétudes grandissantes concernant l’endettement de l’État et la montée en puissance des critères d’efficacité, la question de la révision de la carte judiciaire s’est posée. Elle s’est achevée en décembre 2010 avec la fermeture de 21 tribunaux de grande instance, 178 tribunaux d’instance et juridictions de proximité, 62 conseils de prud’hommes et 55 tribunaux de commerce. Le nombre total des tribunaux est passé de 1 206 à 819 [1] (source : Ministère de la Justice).

3 L’intérêt annoncé de la réforme était avant tout de bénéficier d’économies d’échelle, afin de favoriser une gestion publique efficace (Ficet [2011]). Pour ce faire, les juridictions devaient atteindre une « taille suffisante » [2]. Le critère du niveau des inputs (le nombre d’affaires nouvelles par an) a ainsi été utilisé pour déterminer quels tribunaux devaient être fermés [3]. La concentration des tribunaux doit aussi permettre aux juges de se spécialiser dans certains types de conflits [4]. Une telle spécialisation devrait in fine permettre de diminuer les délais de justice.

4 Le risque de restreindre l’accès à la justice a été mis en avant [5]. Un éloignement des usagers de la justice pourrait affecter négativement l’exercice du droit à agir. En pratique, un seuil de 45 minutes pour se rendre par la route du siège du tribunal supprimé au siège de rattachement a été respecté pour une partie des juridictions. Dans certains cas, un pourcentage significatif de la population de la juridiction se situe après réforme à plus de80 minutes du nouveau siège (Daël, Janas, Bakry [2013]). En termes de coût de transport, cela revient à plus de 40 euros de carburant aller/retour, hors péage et coût d’opportunité du temps consacré au trajet. En outre, l’accès à la justice ne se limite pas à la notion de distance géographique, mais recouvre également les notions de temps, d’accessibilité physique, d’intelligibilité et de visibilité envers la société civile. Réduire le nombre de tribunaux augmente non seulement les coûts de transport, mais peut affecter plus généralement le sentiment de « proximité » des usagers (Lhuillier et al. [2010]). Par conséquent, même si de nouvelles façons d’organiser le système judiciaire émergent (comme les juges itinérants ou le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication), l’aspect symbolique de l’accès à la justice est affecté par la réduction de la distribution des tribunaux [6].

5 A notre connaissance, il n’existe pas de travaux sur cette question en analyse économique du droit. Cette contribution se concentre sur la question suivante : quel est l’impact du nombre de tribunaux sur la demande de justice ? Notre modèle reprend des éléments de la littérature sur la résolution des litiges (Polinsky et Rubinfeld [1988], Gravelle [1990], Hylton [2002] et Miceli [2010]), et d’économie spatiale (Salop [1979], Brekke et al. [2008]). En termes juridiques, le préalable à une action en justice est l’existence d’un droit à agir. En termes économiques, nous assimilons ce droit à agir à l’occurrence d’un accident (probabilité d’accident déterminée par le niveau de précaution du défendeur) et l’exercice de ce droit au nombre d’actions en justice. La demande de justice est définie par la coexistence de ces deux événements. Nos résultats montrent que l’effet sur la demande de justice d’une réduction du nombre de tribunaux est ambigu. Le volume global de litiges peut augmenter ou diminuer lorsque le nombre de tribunaux diminue.

6 Le papier est organisé comme suit. La partie 2 introduit le cadre général du modèle. Les parties 3, 4 et 5 analysent l’impact du nombre de tribunaux respectivement sur la décision d’agir en justice des victimes, sur le choix de précaution du défendeur et sur le volume de litiges. La partie 6 conclut.

2. Le cadre d’analyse

7 Notre analyse se place dans le cadre d’un modèle de résolution des litiges : les défendeurs choisissent un niveau de précaution ? qui détermine la probabilité d’accident (? (?)), puis les victimes d’un accident (entraînant une perte l) [7] décident d’intenter ou de ne pas intenter une action en justice. Dans ce contexte, nous étudions la demande de justice T, résultat de la combinaison de ces deux événements.

8 Les tribunaux sont identiques [8] (indicés j = 1,... M) et répartis uniformément sur un cercle de longueur 1 de telle sorte que la distance entre chaque tribunal soit égale à Description de l'image par IA : début fraction 1 sur M majuscule indice c position de base fin fraction exposant 9 position de base point

[9]. En plus des traditionnels frais de justice (dépens, honoraires d’huissier, frais d’enregistrement, contribution pour l’aide juridique [10]), les victimes subissent des coûts de transport (liés à l’éloignement des tribunaux) qui vont influencer leur décision d’agir en justice ou non. Les victimes sont supposées être situées à une distance x du tribunal le plus proche et sont réparties sur le cercle selon une loi uniforme.

9 L’utilité retirée d’une action en justice pour une victime de type l est donnée par :

Description de l'image par IA : U majuscule indice V majuscule exposant l position de base parenthèse gauche x parenthèse droite égale l moins f moins t indice p position de base x crochet gauche 1 crochet droit
Ul V (x) = l? f? tP x [1]

10tP représente le coût de transport unitaire et f les autres frais de justice, avec l > f.

11 Le déroulement du jeu est le suivant :

12

  1. Un accident a lieu avec une probabilité ?, déterminée par le niveau de précaution choisi par le défendeur.
  2. La victime décide d’agir en justice ou non. Si la victime n’intente pas d’action, le jeu prend fin. Si la victime décide d’agir en justice, un procès a lieu.

3. La décision d’agir en justice

13 Une victime ayant subi une perte l, située à une distance x du tribunal le plus proche, va décider d’agir en justice si UV > 0. C’est-à-dire si :

Description de l'image par IA : début fraction l moins f sur t indice P majuscule position de base fin fraction barre oblique inversée textgrefrvert indice x position de base barre oblique inversée eq cosinus hyperbolique exponentielle barre oblique inversée spandafter indice x position de base barre oblique inversée span
l ?f > x [2]
tP

14 Nous notons la distance seuil pour laquelle cette victime est indifférente entre agir en justice et ne pas agir en justice.

Description de l'image par IA : suscrire x avec circonflexe égale début fraction l moins f sur t indice P majuscule position de base fin fraction crochet gauche 3 crochet droit
= l ? f [3]
tP

15 La distance maximale à laquelle se trouve une victime est Description de l'image par IA : début fraction 1 sur 2 M majuscule fin fraction

[11]. Si la distance seuil est plus grande que la distance maximale à laquelle peut se situer la victime, Description de l'image par IA : suscrire x avec circonflexe plus grand ou égal à début fraction 1 sur 2 M majuscule fin fraction , alors toutes les victimes intentent une action en justice [12]. Si la distance seuil est inférieure à la distance maximale à laquelle peut se situer la victime, Description de l'image par IA : suscrire x avec circonflexe inférieur à début fraction 1 sur 2 M majuscule fin fraction , alors les victimes les plus éloignées ne vont pas intenter d’action en justice. En effet, intenter une action serait alors plus coûteux que de subir le préjudice sans être indemnisé [13].

16 Hypothèse Nous considérons le cas où certaines victimes n’intentent pas d’action en justice car elles sont trop éloignées du tribunal Description de l'image par IA : suscrire x avec circonflexe inférieur à début fraction 1 sur 2 M majuscule fin fraction

, ce qui apparaît lorsque tP > (l ? f) 2M, ou lorsque le nombre M de tribunaux n’est pas trop élevé.

17 Le nombre d’action en justice adressé au tribunal j est donné par Dj = 2. La demande totale d’actions en justice adressée à l’ensemble des M tribunaux est donnée par :

Description de l'image par IA : D majuscule égale 2 M majuscule suscrire x avec circonflexe crochet gauche 4 crochet droit
D = 2Mxˆ [4]

18 La demande d’actions en justice de la part des victimes est donc une fonction de plusieurs éléments : le montant de l’indemnisation, les frais de justice, le coût unitaire de transport et le nombre de tribunaux.

19 La dérivée de la demande d’actions par rapport au nombre de tribunaux est donnée par :

Description de l'image par IA : début fraction dérivée partielle D majuscule sur dérivée partielle M majuscule fin fraction égale 2 suscrire x avec circonflexe supérieur à 0 crochet gauche 5 crochet droit
?D
?M? = 2 > 0 [5]

20 Lemme 1 Le nombre d’actions en justice, étant donné l’occurrence d’un accident, diminue lorsque le nombre de tribunaux diminue.

21 Puisque Description de l'image par IA : Formule mathématique avec "x" égal à "x" divisé par "l_p" sur le numérateur et "x" sur le dénominateur.

la réactivité de la demande aux changements du nombre de tribunaux diminue avec le coût de transport. Une baisse du coût de transport tP et des frais de justice f diminue la sensibilité de la demande. A l’inverse, des dommages-intérêts plus grands augmentent la réactivité de la demande aux modifications du nombre de tribunaux.

4. Le choix du niveau de précaution

22 Le défendeur peut réduire la probabilité d’accident en prenant des précautions. La probabilité d’accident est donnée par la fonction ? (?) < 0 où ? est le niveau de précaution pris par le défendeur. Nous supposons cette fonction décroissante et convexe : ? ? ( ? ) < 0 et ? ? ( ? ) ? 0. Pour simplifier, le coût de précaution du défendeur est égal à son niveau de précaution ?.

23 Le défendeur détermine son niveau de précaution ? afin de minimiser la somme de ses coûts de précaution et de ses coûts attendus en cas d’accident ? + ? (?) H, avec H donné par :

Description de l'image par IA : H majuscule égale D majuscule parenthèse gauche l c t indice D majuscule position de base intégrale indice inférieur 0 indice supérieur début fraction 1 sur 2 M majuscule fin fraction position de base y d y parenthèse droite crochet gauche 6 crochet droit
?
1
H =D(l + c + tD 2M ydy) [6]
0

24 Avec c les frais de justice du défendeur, tD le coût de transport unitaire du défendeur, et y la distance du défendeur au tribunal. En cas de litige, le défendeur doit supporter ses frais de justice c, les dommages attendus l et un coût de transport, donné par Description de l'image par IA : L'image montre une équation mathématique avec des symboles et des lettres grecs, incluant des intégrales et des exposants.

. En effet, chaque accident est supposé regrouper une victime et un défendeur localisés sur le même segment de longueur Description de l'image par IA : début fraction 1 sur M majuscule fin fraction [14].

25 Le niveau optimal de précaution ? * satisfait donc la condition suivante : 1 +? ? (? *) H * =0, et est croissant en H.

26 Le niveau de précaution du défendeur et la probabilité d’accident dépendent des coûts de transport et des frais de justice. Afin d’évaluer les effets d’une variation du nombre de tribunaux sur le niveau de précaution, nous calculons Description de l'image par IA : début fraction dérivée partielle H majuscule sur dérivée partielle M majuscule fin fraction

 :

Description de l'image par IA : début fraction dérivée partielle H majuscule sur dérivée partielle M majuscule fin fraction égale début fraction dérivée partielle D majuscule sur dérivée partielle M majuscule fin fraction parenthèse gauche l c parenthèse droite début fraction t indice D majuscule position de base sur 4 M majuscule au carré fin fraction parenthèse gauche début fraction dérivée partielle D majuscule sur dérivée partielle M majuscule fin fraction un-demi moins début fraction D majuscule sur M majuscule fin fraction parenthèse droite crochet gauche 7 crochet droit
??M?H = ??M?D (l + c) + 4tMD  2 (??M?D 12? ? MD ) [7]

27 Le premier terme représente l’augmentation des coûts (indemnisation plus frais de justice) engendrée par l’augmentation du nombre de tribunaux (plus de victimes intentent une action en justice). Le second terme représente les effets directs et indirects d’une diminution des coûts de transport induite par l’augmentation du nombre de tribunaux. D’un côté, puisque la demande d’actions en justice augmente, les défendeurs doivent supporter plus souvent les frais de transports. De l’autre côté, puisque le nombre de tribunaux augmente, les frais de transports par litige diminuent. Les défendeurs paient moins, mais plus souvent.

28 Selon l’importance relative de ces deux effets, l’impact global sur les coûts attendus en cas d’accident est positif ou négatif. Dans notre cas, Description de l'image par IA : parenthèse gauche début fraction dérivée partielle D majuscule sur dérivée partielle M majuscule fin fraction un-demi moins début fraction D majuscule sur M majuscule fin fraction parenthèse droite inférieur à 0 point

. Le signe de Description de l'image par IA : début fraction dérivée partielle H majuscule sur dérivée partielle M majuscule fin fraction est donc ambigu et dépend notamment du coût unitaire de transport du défendeur tD . S’il est élevé (tD > 8M 2 (l + c) avec D = 2xˆM et Description de l'image par IA : début fraction D majuscule sur M majuscule fin fraction égale 2 suscrire x avec circonflexe ), alors Description de l'image par IA : début fraction dérivée partielle H majuscule sur dérivée partielle M majuscule fin fraction inférieur à 0 point . Lorsque le nombre de tribunaux augmente, les coûts attendus en cas de procès par le défendeur diminue, il prend donc moins de précautions et la probabilité d’accident augmente. S’il est faible (tD < 8M 2 (l + c)), alors Description de l'image par IA : début fraction dérivée partielle H majuscule sur dérivée partielle M majuscule fin fraction supérieur à 0 point . Lorsque le nombre de tribunaux augmente, les coûts attendus en cas de procès par le défendeur augmentent. Celui-ci prend donc plus de précautions et la probabilité d’accident diminue.

29 Proposition 1. Une diminution du nombre de tribunaux peut accroître ou diminuer le niveau de précaution et donc la probabilité d’accident.

5. Le volume de litiges

30 Pour qu’il y ait procès, il faut qu’il y ait l’apparition d’un accident (droit à agir), et que la victime exerce son droit à agir. Le volume de litiges est défini par : T = ? (? * (M)) D(M).

31 L’impact du nombre de tribunaux sur le volume de litiges est défini par :

Description de l'image par IA : début tableau 1re rangée  début fraction dérivée partielle T majuscule sur dérivée partielle M majuscule fin fraction égale début fraction dérivée partielle pi sur dérivée partielle chi fin fraction début fraction dérivée partielle chi sur dérivée partielle H majuscule fin fraction début fraction dérivée partielle H majuscule sur dérivée partielle M majuscule fin fraction D majuscule parenthèse gauche M majuscule parenthèse droite pi parenthèse gauche chi parenthèse gauche M majuscule parenthèse droite parenthèse droite début fraction dérivée partielle D majuscule sur dérivée partielle M majuscule fin fraction plus grand ou égal à 0 2e rangée  a en normal v en normal e en normal c en normal début fraction dérivée partielle D majuscule sur dérivée partielle M majuscule fin fraction supérieur à 0 virgule début fraction dérivée partielle pi sur dérivée partielle chi fin fraction inférieur à 0 virgule début fraction dérivée partielle chi sur dérivée partielle H majuscule fin fraction supérieur à 0 virgule e en normal t en normal début fraction dérivée partielle H majuscule sur dérivée partielle M majuscule fin fraction supérieur à 0 o en normal u en normal début fraction dérivée partielle H majuscule sur dérivée partielle M majuscule fin fraction inférieur à 0 point fin tableau
?T ?? ?? ?H ?D
?M?= ??? ?H??M?D(M) + ? (? (M)) ?M?? 0 [8]
avec ??M?D > 0, ????? < 0, ??H?? > 0, et ??M?H > 0 ou ??M?H < 0.

32 Proposition 2. Une diminution du nombre de tribunaux peut accroître ou diminuer le volume de litiges.

33 Lorsque les coûts de transport unitaires du défendeur sont élevés (tD > 8M 2 (l + c)), la diminution du nombre de tribunaux accroît le coût attendu en cas de procès H. Le défendeur est incité à augmenter son niveau de précaution, ce qui réduit la probabilité d’accident. En outre, la réduction du nombre de tribunaux incite les victimes à intenter moins d’actions en justice. Les effets incitatifs sur le défendeur et sur la victime d’une réduction du nombre de tribunaux vont donc dans le même sens, à savoir celui d’une diminution du volume de litiges.

34 Lorsque les coûts de transport unitaires du défendeur sont faibles (tD < 8M 2 (l + c)), la réduction du nombre de tribunaux entraîne une baisse du coût attendu en cas de procès, H, donc une réduction du niveau de précaution, et une augmentation de la probabilité d’accident. Dans ce cas, les effets incitatifs sur le défendeur et sur la victime (moins d’actions en justice) vont en sens contraire : moins d’actions en justice, plus d’accidents.Le signe de Description de l'image par IA : début fraction dérivée partielle T majuscule sur dérivée partielle M majuscule fin fraction

est alors ambigu. Si l’impact sur la victime est plus fort que celui sur le défendeur, alors la réduction du nombre de tribunaux entraîne une réduction du volume de litiges. Dans le cas contraire, une réduction du nombre de tribunaux entraîne une hausse du volume de litiges.

6. Conclusion

35 Cette contribution montre l’ambiguïté des effets d’une diminution du nombre de tribunaux sur le volume de litiges. En effet, le volume de litiges résulte de deux événements : (1) la probabilité d’occurrence d’un accident (droit à agir) et (2) la décision d’agir en justice (exercice du droit à agir). L’impact de la réduction du nombre de tribunaux sur la décision d’agir en justice est clairement négatif, tandis que l’impact sur le niveau de précaution et donc la probabilité d’accident peut être ambigu. Si le coût unitaire de transport du défendeur est suffisamment élevé, la diminution du nombre de tribunaux peut l’amener à augmenter son niveau de précaution, et ainsi à réduire le risque d’accident. Dans ce cas, la réforme de la carte judiciaire aura comme bénéfice inattendu d’améliorer l’effet dissuasif du droit. A l’inverse, si le coût unitaire de transport du défendeur est relativement faible, les défendeurs potentiels ont tendance à réduire leur niveau de précaution avec la diminution du nombre de tribunaux. Ainsi, la probabilité d’accident augmente. Si cet effet l’emporte sur la baisse du nombre d’actions en justice, une diminution du nombre de tribunaux résultera en un accroissement du volume de litiges.

36 Ces résultats peuvent être mis en perspective avec les premiers constats faits par le groupe de travail sur la réforme de la carte judiciaire, synthétisés dans le Rapport du Sénat. Bien que les auteurs restent prudents sur la robustesse des premières observations faites après une seule année d’expérience, quelques éléments semblent ressortir ; d’une part en termes d’éloignement des justiciables et d’autre part en termes de qualité de la réponse apportée aux justiciables [15].

37 Ainsi, même si la tendance générale de l’évolution de la demande de justice entre 2009 (avant la réforme) et 2011 (après la réforme) ne semble pas montrer une forte variation, quelques cas particuliers (apparition de déserts judiciaires [16]) attirent l’attention des rapporteurs et les conduisent à évoquer un lien entre l’éloignement des tribunaux et une moindre saisinedes juges. Les régions concernées étant souvent associées à des coûts de transport unitaire élevés, ce constat va dans le sens de nos résultats. Lorsque les coûts de transport sont élevés (régions montagneuses, mal desservies par les transports en commun [17]), l’impact d’une réduction du nombre de tribunaux est clairement une réduction de l’accès à la justice. En revanche, si les coûts de transport sont faibles, nous avons montré que l’impact est ambigu, ce que semble confirmer la faible évolution de la demande de justice globale.

38 Le recul de la demande de justice observé dans certaines juridictions est d’autant plus prégnant que la réforme de la carte judiciaire a notamment touché les tribunaux d’instance qui ont en charge les contentieux les plus fréquents et les plus faibles (ce qui correspond à l dans le modèle). Il s’agit notamment des contentieux liés au surendettement, aux petites dettes, aux tutelles, aux divorces. Or, ceux-ci concernent les publics les plus démunis et fragiles pour lesquels les coûts de transport ne sont pas négligeables [18]. En outre, la loi fait obligation aux parties de se présenter en personne et souvent à plusieurs reprises devant le juge. Le ministère d’avocat n’est en effet pas obligatoire et la procédure est orale devant les tribunaux d’instance.

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Mots-clés éditeurs : acc&#232;s &#224; la justice, carte judiciaire, co&#251;ts associ&#233;s &#224; la distance, litige, nombre de tribunaux

Date de mise en ligne : 24/02/2014

https://doi.org/10.3917/redp.236.0851