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Article de revue

Quel rôle pour les coopératives dans l’écologisation et la numérisation de l’agriculture ? L’exemple de la viticulture en Occitanie (France)

Pages 33 à 49

Citer cet article


  • Schnebelin, E.,
  • Touzard, J.-M.,
  • Labarthe, P.
  • et Macaine, I.
(2022). Quel rôle pour les coopératives dans l’écologisation et la numérisation de l’agriculture ? L’exemple de la viticulture en Occitanie (France) RECMA, 366(4), 33-49. https://doi.org/10.3917/recma.366.0045.

  • Schnebelin, Eléonore.,
  • et al.
« Quel rôle pour les coopératives dans l’écologisation et la numérisation de l’agriculture ? L’exemple de la viticulture en Occitanie (France) ». RECMA, 2022/4 N° 366, 2022. p.33-49. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-recma-2022-4-page-33?lang=fr.

  • SCHNEBELIN, Eléonore,
  • TOUZARD, Jean-Marc,
  • LABARTHE, Pierre
  • et MACAINE, Isabelle,
2022. Quel rôle pour les coopératives dans l’écologisation et la numérisation de l’agriculture ? L’exemple de la viticulture en Occitanie (France) RECMA, 2022/4 N° 366, p.33-49. DOI : 10.3917/recma.366.0045. URL : https://shs.cairn.info/revue-recma-2022-4-page-33?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/recma.366.0045


Notes

1 Depuis leur origine à la fin du XIXe siècle, les organisations coopératives participent aux transformations économiques, sociales et techniques de l’agriculture en jouant une diversité de fonctions, qui se combinent différemment selon les périodes, les régions ou les filières. Elles permettent à des agriculteurs de bénéficier d’économies d’échelle ou d’économies de variété pour collecter, transformer et vendre leurs produits, s’approvisionner en intrants ou accéder à des services (Karantininis et Nilsson, 2007 ; Ortmann et King, 2007). Elles peuvent aussi favoriser l’information, la formation et l’innovation pour accompagner les agriculteurs dans les transformations de leur activité (Chomel et al., 2013 ; Bidet et al., 2019). Mais elles sont aussi questionnées sur la manière dont elles assurent ces fonctions, par exemple lorsqu’elles apparaissent porteuses d’inertie ou sont jugées sous l’influence de logiques externes économiques, techniques ou politiques, qui peuvent les éloigner des principes originels d’auto-organisation (Filippi et al., 2008). L’analyse de l’évolution des coopératives agricoles reste de fait une question scientifique d’actualité, au croisement de travaux en économie, sociologie ou gestion (Cook, 2018 ; Valiorgue et al., 2020). Cette question est ravivée par les débats sur deux transitions en cours : a) L’écologisation de l’agriculture, qui est définie comme l’intégration d’enjeux environnementaux dans les pratiques, politiques et savoirs agricoles (Lamine, 2011), pouvant susciter de nouvelles formes de coopération (Lucas et Gasselin, 2018) ; b) La numérisation, qui correspond à l’utilisation croissante de technologies numériques dans les activités de production, d’échange et de communication du secteur (Klerkx et al., 2019) et qui peut modifier les relations des agriculteurs vis-à-vis de leurs organisations (Schnebelin et al., 2021).

2 Des travaux sur l’engagement des coopératives dans l’écologisation de l’agriculture se sont développés depuis une quinzaine d’années en lien avec l’analyse de leur contribution à l’agriculture biologique, au développement durable ou territorial (Touzard et Vandame, 2009 ; Favreau et Hébert, 2012 ; Draperi, 2018 ; Candemir et al., 2021). Les études sur le rôle des coopératives dans la numérisation de l’agriculture sont plus récentes et centrées sur les implications en termes de gouvernance, en particulier pour les grosses structures (Duvaleix-Tréguer et al., 2019 ; Wang et al., 2019). En revanche, les liens entre écologisation et numérisation n’ont été abordés que dans de rares travaux sur les coopératives, en Allemagne (Richter et Hanf, 2021) ou en Espagne (Ciruela-Lorenzo et al., 2020). Quel rôle jouent ou peuvent jouer les coopératives agricoles dans cette double transition d’écologisation et de numérisation de l’agriculture ?

3 Cette question concerne en particulier les coopératives du secteur de la vigne et du vin, notamment en Occitanie. Dans cette région, celles-ci se sont constituées durant la première moitié du XXe siècle pour produire du vin de table, puis ont été confrontées, à partir des années 1980, à une succession de révisions stratégiques majeures pour produire des vins de qualité, les commercialiser, puis intégrer les enjeux d’environnement et de développement durable (Touzard, 2011 ; Saïsset, 2021). Le développement du numérique vient aujourd’hui se superposer à ces changements (Moreiro, 2017 ; Macaine, 2020). Mais quelle est son ampleur réelle ? Vient-il bouleverser ou conforter l’organisation et les projets des caves coopératives ? Peut-il favoriser la poursuite de la transition écologique dans le secteur (OIV, 2021 ; DESIRA, 2022) ? L’article analyse comment les coopératives sont aujourd’hui engagées dans l’écologisation et la numérisation du secteur viticole, et comment ces deux processus peuvent se combiner et réinterroger les projets et perspectives de ces organisations.

Une représentation duale des caves coopératives : systèmes d’acteurs et institutions

4 Notre étude s’appuie sur une représentation duale et dynamique de la coopérative viticole, une organisation économique considérée à la fois comme un système d’interactions entre acteurs et comme une institution insérée dans un secteur et un territoire (Touzard et Draperi, 2003), mais aussi dans un système d’innovation (Boyer et Touzard, 2016).

5 La coopérative viticole peut d’abord être considérée comme un système d’interactions entre acteurs, qui met en œuvre et coordonne des activités répondant à une diversité de fonctions, devant bénéficier aux adhérents. Ces activités s’organisent autour de la collecte et vinification du raisin, puis du conditionnement et de la commercialisation des vins. Ces opérations s’appuient sur des investissements collectifs ; elles sont en partie assurées par des salariés de la coopérative et coordonnées par des règles et conventions, et elles s’inscrivent dans une stratégie définie par un conseil d’administration et validée en assemblée générale (Saïsset, 2021). Les viticulteurs adhérents sont ainsi engagés dans des relations contractuelles. Ils soutiennent des décisions collectives et doivent résoudre une succession de problèmes de coordination liés en particulier à l’hétérogénéité de leurs situations (Bareille et al., 2017 ; Cook, 2018). Mais au-delà de ces relations formelles et statutaires, la cave coopérative est animée par d’autres interactions sociales, liées à des commissions internes, des projets ou des événements, et plus largement à des réseaux de dialogue et de conseil entre adhérents, et entre ceux-ci et d’autres acteurs du territoire (Chiffoleau, 2005). À travers tous ces réseaux, la coopérative contribue à la diffusion et au partage de connaissances. Elle peut donc orienter les choix techniques des adhérents à la fois par ses investissements, sa stratégie et ses règles construites collectivement, notamment les règles de classement et paiement des raisins (Touzard, 2010), mais aussi à travers les différents réseaux de dialogues qui l’animent et participent à sa gouvernance.

6 La coopérative viticole est aussi une institution reconnue juridiquement, une entreprise de l’économie sociale insérée dans le secteur de la vigne et du vin. Elle y développe des relations économiques pour commercialiser ses vins, acheter des biens et services, contracter des prêts… La justification économique des caves coopératives est liée en particulier au pouvoir de marché qu’elles peuvent établir dans un secteur où les marchés sont très segmentés et réglementés (indications géographiques, traçabilité…). Les coopératives participent aussi à des relations politiques, pour défendre leurs intérêts et influencer les politiques viticoles (via Coop de France par exemple), ou appuyer des projets d’investissement qui demandent un portage politique. Dans le secteur, elles sont aussi au cœur de flux d’informations et de relations de conseil avec des organisations dédiées (chambres d’agriculture, interprofessions, IFV, œnologue, médias… .), mais aussi avec d’autres coopératives au sein de clusters (Chiffoleau et Touzard, 2014). La cave coopérative peut alors être vue comme une composante d’un système d’innovation viticole (Boyer et Touzard, 2016), dans lequel elle peut jouer un rôle d’acteur innovant, par exemple pour ses activités de vinification ou de commercialisation, mais aussi un rôle d’intermédiaire (Klerkx et al., 2010) au regard des innovations mises en œuvre par ses adhérents. Elle peut en effet favoriser l’accès des viticulteurs à des ressources économiques et à des informations qui vont orienter les changements de pratiques dans leurs exploitations.

7 Ces deux représentations complémentaires des caves coopératives permettent de proposer une analyse dynamique : les interactions des acteurs de la coopérative, qui débordent largement de l’organisation, peuvent constituer des « systèmes d’acteurs innovants » (Chiffoleau et al., 2008) qui jouent sur la stratégie et les performances de l’organisation, sur son évolution et son positionnement dans le secteur ; en retour, l’institution coopérative s’impose aux adhérents comme un cadre d’action et une interface avec le marché et l’ensemble du système d’innovation, influençant l’évolution de leurs pratiques. Cette approche a montré sa pertinence pour étudier en Languedoc les innovations de la « révolution vers la qualité » des caves coopératives à partir des années 1980, en pointant l’importance des ressources immatérielles et des capacités à favoriser des projets « d’entreprises responsables » (Chiffoleau et al., 2008), mais en montrant aussi l’enjeu de résoudre une succession de problèmes de coordination, redéfinissant leur gouvernance et trajectoire (Cook, 2018 ; Saïsset, 2021).

8 Nous mobiliserons cette vision duale et dynamique des caves coopératives pour analyser comment elles participent aux transitions écologiques et numériques. Nous retenons ainsi une approche de l’organisation qui prend en compte les attentes et perceptions de ses acteurs, les intérêts qui les lient à l’organisation, mais aussi leurs interactions qui contribuent aux décisions collectives, à l’innovation et aux transformations de l’organisation dans un système d’innovation.

Une enquête sur les caves-coopératives d’Occitanie

9 Notre étude repose sur une série d’entretiens réalisés en 2020 auprès de dirigeants, salariés et adhérents de caves coopératives viticoles de la région Occitanie, une région pionnière pour les démarches agroécologiques, et première en France pour ses surfaces en vigne biologique [1].

Localisation des coopératives (à gauche) et des exploitations (à droite) enquêtées

Description de l'image par IA : Cartes avec des marqueurs indiquant des coopératives et exploitations dans différentes régions.
Description

Localisation des coopératives (à gauche) et des exploitations (à droite) enquêtées

10 Huit caves coopératives ont été choisies en collaboration avec l’une des responsables du service économique de Coop de France Occitanie, chargée notamment du développement de la viticulture biologique. Nous avons cherché à couvrir une diversité de situations au regard de premiers indicateurs disponibles concernant a) l’engagement des coopératives dans la transition écologique (vins issus de l’agriculture biologique, implication connue dans des projets liés à l’environnement…), b) leur taille, et c) leur localisation en plaine ou coteaux, correspondant à des types de vins différents (IGP ou AOP). Leurs caractéristiques sont présentées dans le Tableau 1 (page suivante).

11 Les entretiens ont été réalisés auprès d’un directeur ou responsable technique de chacune des huit coopératives, et de 43 de leurs adhérents, en cherchant une diversité d’âge, de surface et de proximité de la direction (entre quatre et dix adhérents par coopérative).

12 Les entretiens auprès des responsables de la coopérative étaient semi-directifs et ciblés sur :

  1. Les projets de la coopérative concernant le numérique et l’écologisation des pratiques ;
  2. Les conditions de mise en œuvre de ces projets pour différents types d’activités : production du raisin par les adhérents, collecte et vinification, logistique et commercialisation, communication interne et externe ;
  3. Les relations entre ces projets : articulation, effets réciproques, synergies ou antagonismes ;
  4. Les implications de ces projets sur les relations entre adhérents, salariés, partenaires, acheteurs, fournisseurs, etc.

14 Les enquêtes auprès des adhérents suivaient un questionnaire plus développé, établi pour une étude plus large sur l’usage du numérique en agriculture (Schnebelin, 2022), et comportant des questions fermées et ouvertes sur :

  1. Les caractéristiques générales de l’exploitation (surface, encépagement, emplois…) ;
  2. Des informations sur le (la) viticulteur (trice) (parcours, formations, engagements dans la coopérative, relations aux organisations et collègues…) ;
  3. Les usages et perceptions du numérique par le (la) viticulteur (trice) (pour l’appui à la production, la gestion, l’information…) ;
  4. Les pratiques agroécologiques sur l’exploitation (gestion du sol, des adventices, des bioagresseurs, certification bio…) ;
  5. Les relations perçues entre ces usages du numérique et ces pratiques agroécologiques.
Tableau 1

Caractéristiques des caves coopératives enquêtées (2020)

CaveSurface (Ha)ViticulteursVin
AOP
Vin BiologiqueCertification HVE ou Terra Vitis
Part surfacesDébutPart surfacesDébut
E200020070 %0 %201910 %2019
F50010060 %10 %201370 %2009
J80011080 %7 %200939 %2003
M380038080 %15 %201824 %2019
G30006000 %7 %200930 %2019
B281115070 %5 %201275 %2018
C1050722 %76 %19940 %nc
A2000230 %11 %201014 %2019
Description de l'image par IA : Tableau comparatif des caractéristiques des caves coopératives avec pourcentages et dates.

Caractéristiques des caves coopératives enquêtées (2020)

16 À partir de ces enquêtes, nous avons caractérisé dans chaque coopérative les projets liés à l’écologisation ou à la numérisation, en identifiant notamment les partenaires impliqués, les motivations, freins, limites, avantages et inconvénients perçus par les dirigeants et les adhérents. Par la suite, une analyse des projets pour l’ensemble des coopératives a permis de catégoriser les domaines d’action, pour l’écologisation ou pour la numérisation, offrant un cadre d’analyse commun à toutes les coopératives. Pour l’écologisation, ces domaines concernent la réduction des intrants, la gestion des sols, les infrastructures paysagères, la réduction des gaz à effet de serre. Pour la numérisation, ces domaines portent sur la gestion du vignoble, des vendanges et du parcellaire, la traçabilité, la communication (tableau en Annexe).

17 En partant de ces catégories, une analyse thématique nous a permis d’identifier les rôles et stratégies de la coopérative dans l’écologisation et la digitalisation, à la fois dans ses relations avec les acteurs du système d’innovation, et dans la coordination des adhérents. Nous avons alors repéré les relations mises en œuvre, perçues ou possibles entre digitalisation et écologisation. À l’échelle des viticulteurs, les informations des entretiens ont été classées dans un tableau. Cela a permis d’informer les stratégies d’écologisation et de numérisation à leur échelle, et de les relier aux stratégies des caves coopératives. Le processus s’est fait de manière itérative, avec des phases de travail individuel et des phases de discussion entre les auteurs.

Les coopératives au cœur de plusieurs formes d’écologisation

18 Nos enquêtes montrent que les coopératives sont engagées depuis une vingtaine d’années dans une diversité d’actions qui répondent à des degrés divers « aux enjeux environnementaux ». L’écologisation des caves coopératives et de leurs adhérents concerne principalement quatre domaines d’action : la diminution des intrants, la gestion des sols, les infrastructures paysagères et la réduction des émissions de gaz à effets de serre. Ces actions s’organisent selon différentes démarches (tableau 2) : certaines sont liées à des certifications (HVE, Terra Vitis, Bio…), d’autres à des projets « conduits en interne » (commission ou technicien environnement, expérimentations…) ou à des politiques publiques (MAEC, GIEE, Ecophyto…). Ces démarches peuvent ou non faire l’objet de communication et de valorisation commerciale (site web de la coopérative, contre-étiquette des vins, événements…). Deux coopératives ont même intégré dans leur stratégie communicationnelle un animal emblématique de l’environnement local (lézard, pie grièche).

19 Le développement de ces démarches environnementales est vu comme stratégique par tous les dirigeants, avant tout pour des enjeux d’image et de réponse aux évolutions de la demande. Les avis divergent néanmoins sur l’appréciation de leur intérêt économique. Certains misent sur le bio, dont l’intérêt économique est nuancé par d’autres au regard des risques et coûts de production, qui ne seraient que peu compensés par sa valorisation effective sur le marché. Les certifications moins exigeantes en termes de changement de pratiques (HVE, viticulture raisonnée) offrent peu de valorisation à court terme, mais permettent de remplir des conditions réglementaires ou fixées par les acheteurs (traçabilité), en particulier pour l’exportation. Ces certifications sont vues comme devenant un enjeu de soutien public, via la conditionnalité de la PAC par exemple. L’enjeu en termes de communication est renforcé par les pressions sociétales récentes et la « valorisation plus environnementale des produits AOP ». Ces projets reposent sur des collaborations avec une diversité d’acteurs externes. Ils suscitent différentes positions et débats au niveau des adhérents : certains sont proactifs dans ce domaine (conversion bio ou mise en place d’innovations agroécologiques), d’autres sont plus réticents (refus de prescriptions, suivi a minima des contraintes réglementaires). L’écologisation introduit de fait une diversité nouvelle de situations et projets individuels, parfois antagonistes, et en partie liés à l’âge, à la trajectoire personnelle, à la double-activité... La coopérative joue alors un rôle important dans la gestion de cette nouvelle hétérogénéité » de son sociétariat. Il s’agit de segmenter et valoriser la production, d’accompagner techniquement et former les adhérents, de construire une image et une identité, et de jouer le rôle d’intermédiaire avec d’anciens ou nouveaux partenaires. Il convient alors de distinguer deux situations contrastées : des coopératives ont des projets stratégiques qui intègrent fortement l’enjeu environnemental et cherchent à embarquer l’ensemble des adhérents, allant jusqu’à engager des expérimentations et actions collectives importantes (coopératives A et C) ; d’autres coopératives ne mettent pas vraiment la question environnementale au cœur de leur stratégie, cherchant à assurer pragmatiquement la coexistence de modèles sans explicitation d’une vision commune. Ces différentes stratégies se traduisent dans les règles de classement et rémunération du raisin (bonification pour le bio ou pour HVE par exemple).

Tableau 2

Engagement des caves coopératives dans des démarches environnementales

Cave_ coopCertification(s)Accompagnement technique et recherche
EBio, HVE, Terra VitisFormation, suivi du vignoble
FTerra Vitis, VDDConseil pour la lutte raisonnée
Groupe 30000 : réflexion sur les fréquences de traitement et sur les pratiques de travail du sol
Mesure agro-environnementale avec l’agence de l'eau
JTerra Vitis, HVE, BioDémarche environnementale interne, notamment sur les pesticides
MHVE, BioGroupe 30000, projet biodiversité avec herpétologues Recherche sur la démarche zéro pesticides
GBioDémarche volontaire de conservation, confusion sexuelle1 Mesures agro-environnementales et climatiques
BTests sur confusion sexuelle, enherbement
CBio, BiodynamieProjet environnemental interne sur la production bio : plantation de haies, mise en place de nichoirs
Plantation test de cépages résistants
ABio, Terra Vitis, HVE, VDDSCEA participative pour que les viticulteurs testent la production biologique
Plantation test de cépages résistants
Description de l'image par IA : Tableau avec descriptions de méthodes environnementales pour les caves coopératives.

Engagement des caves coopératives dans des démarches environnementales

1. Méthode biotechnique de protection insecticide de la vigne qui vise à perturber l’activité sexuelle des ravageurs de la grappe et de réduire ainsi les populations.

20 Les caves coopératives ressortent comme des acteurs locaux essentiels pour l’écologisation des pratiques, permettant l’accès à des connaissances nouvelles, un accompagnement technique et administratif ainsi qu’une valorisation commerciale. Elles travaillent surtout avec des partenaires établis, en privilégiant globalement des options « d’écologisation faible » (viticulture raisonnée, durable, HVE…), à l’exception de quelques coopératives précurseurs en bio.

De nouveaux rôles liés au développement du numérique

21 Les coopératives sont engagées dans la numérisation au niveau de quatre domaines (voir le Tableau 3 page suivante) : gestion du vignoble, organisation des vendanges et sélection parcellaire, traçabilité, communication. La numérisation est vue par les dirigeants et adhérents des coopératives avant tout comme une réponse à des exigences administratives et logistiques, accentuées par la segmentation accrue de la gamme des vins, les réglementations environnementales, les normes et contrats privés et les contraintes à l’export. Les outils numériques visent alors à faciliter le travail des salariés de la coopérative, notamment lors de la période des vendanges et pour la traçabilité, ou pour répondre à une complexification de la logistique liée à l’extension spatiale des caves coopératives, devenues souvent multi-sites. Les technologies numériques permettent aussi de répondre à un besoin de repositionnement des caves coopératives dans le conseil agricole, qui se renouvelle avec les enjeux climatiques et environnementaux, les certifications (accompagnements techniques et audits internes) ou l’évolution réglementaire (séparation vente-conseil qui limite le conseil par les structures d’approvisionnement en intrants). La mise en place de services numériques repose alors sur deux types de collaborations : économiques avec des prestataires de logiciels ou technologies numériques ; partenariales avec des organisations agricoles pour des formations, expérimentations ou diffusions de technologies.

22 La coopérative joue donc à la fois un rôle de diffusion d’innovation numérique vers les adhérents et d’investisseur du numérique en faisant payer ou non le service aux adhérents. Par exemple, des stations météo connectées ont été achetées par plusieurs coopératives et installées sur ses terrains, permettant de faire remonter des données dans une application commune pour les viticulteurs et techniciens de la coopérative. Les coopératives peuvent également tester ou expérimenter des technologies, mais avec souvent des difficultés pour les évaluer. La coopérative peut aussi coordonner la collecte de données (état hydrique du vignoble via des sondes par exemple) utilisées dans des outils d’aide à la décision. Elle joue donc un rôle nouveau dans le conseil et l’accompagnement des adhérents dans leurs usages du numérique, parfois par le biais d’une « démonstration » suscitée par un fournisseur, ou « en interne » afin de prendre plus de recul au regard des sollicitations externes. Le développement de la communication numérique en interne se généralise (intranet, e-mails, WhatsApp…) en réponse à un besoin d’échange d’informations, mais aussi comme moyen pour renforcer l’appartenance des viticulteurs à leur organisation, et limiter des risques de « fracture numérique interne » auxquels sont sensibles tous les directeurs. La communication externe est poussée par les demandes d’information et d’achat des consommateurs, et réalisée parfois avec des adhérents (vidéos personnalisées, témoignages, photos). Elle est également demandée par les viticulteurs pour faire face à des critiques sociales et des difficultés avec le voisinage.

Tableau 3

Outils numériques dans les caves coopératives

Cave coopGestion vignobleVendanges et parcellairesTraçabilitéCommunication
EOAD traitement (2020) en testTélédétection parcellaire (2019) : en testTraçabilité parcellaire et à la cave (2017) ; traçabilité des pratiques (2020)Espace adhérents sur le site, blog interne (organisation vendanges). Site, vente en ligne
FTraçabilité des traitements (2018) : gratuit pour viticulteurs ; logiciel diagnostic certification ; logiciel traçabilité cuverieEspace extranet adhérents.
Site, vente en ligne, réseaux sociaux
JStations météo avec OADLogiciel de gestion parcellaireTraçabilité à la cave, traçabilité certification (payée par la cave)Site, réseaux sociaux, vente en ligne
MOAD traitement, test modulation fertilisation, test autoguidage, test robotGestion des vendanges, logiciel de gestion parcellaireTraçabilité à la caveApplication organisation vendange
GStations météo avec OADGestion des vendangesTraçabilité à la cave, traçabilité certificationEspace adhérent sur le site. Site, vente en ligne
BStations météo avec OADLogiciel de traçabilité traitementsGroupe WhatsApp technicien-adhérents.
Site, vente en ligne, réseaux sociaux
CStations météo avec OAD, OAD irrigationLogiciel de gestion parcellaireLogiciel de traçabilité traitementsSite, vente en ligne, réseaux sociaux
AOAD traitementTélédétection parcellaire, gestion des vendangesLogiciel de traçabilité traitementsEspace adhérent sur le site, lettre d’info.
Site, vente en ligne, réseaux sociaux
Description de l'image par IA : Tableau comparatif des outils numériques pour l'accessibilité dans les caves coopératives.
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Outils numériques dans les caves coopératives

23 À travers le numérique, c’est l’identité professionnelle des viticulteurs en coopérative qui se joue, dans un secteur où la communication sur les vins, les producteurs, leurs entreprises et leurs territoires est au cœur de la création de valeur.

24 Les caves coopératives jouent aussi un rôle de coordination technique pour répondre aux exigences de traçabilité qui s’étendent et se complexifient. Différents logiciels de traçabilité (vignes, cave) doivent être combinés, souvent associés à des modules ou logiciels liés à la certification (VDD, HVE), ce qui génère des problèmes de compatibilité ou de simplification de procédures. Les coopératives cherchent alors à intégrer ces informations pour leur propre pilotage stratégique. La mise en place de ces systèmes d’information appelle à un accompagnement des salariés et viticulteurs pour l’utilisation de ces logiciels, voire la prise en charge directe d’actions pour des adhérents qui n’ont pas les compétences. Cet accompagnement est d’autant plus nécessaire que les viticulteurs sont souvent découragés face à la croissance du nombre de démarches en ligne, avec des aptitudes différentes pour le numérique. Plusieurs coopératives ont pris en charge le coût de ces logiciels afin de financer ceux « qui avancent le plus » et/ou développent des formations spécifiques pour appuyer « ceux qui sont en difficulté dans ces usages ». L’enjeu majeur est de développer en interne un réseau de compétences permettant de soutenir ce nouveau rôle de coordination technique, mobilisant les outils numériques.

25 Les caves coopératives jouent donc un rôle central dans la numérisation des activités. Avec des degrés différents d’engagement, elles investissent dans des outils numériques, sont des intermédiaires entre les adhérents et des prestataires ou partenaires, assurent une coordination technique et accompagnent les viticulteurs vers des usages du numérique ciblés essentiellement sur les fonctions de l’organisation coopérative.

Une fonction d’intermédiaire qui cherche à combiner numérisation et écologisation

26 Au sein du système d’innovation de la viticulture française, les caves coopératives comme institutions jouent donc un rôle d’intermédiaire à la fois pour l’écologisation et pour la numérisation du secteur. Elles sont confrontées à deux processus qui ont des origines et logiques différentes, et qu’elles cherchent à combiner pour des raisons économiques, techniques ou politiques.

27 Ce double rôle d’intermédiaire a tout d’abord une dimension économique. Le numérique renvoie à des innovations qui peuvent améliorer l’efficacité de pratiques plus écologiques (Richter et Hanf, 2021), mais surtout renforcer leur valorisation, via la traçabilité ou la communication. Nos résultats montrent que la coopérative peut jouer un rôle de mise en œuvre du numérique qui deviendrait un « nouveau facteur de production de l’écologisation », avec des impacts environnementaux qui restent toutefois à préciser, selon les technologies utilisées (Visser et al., 2021). Par les achats et investissements qu’elles réalisent, sur des équipements, des logiciels ou des services, les coopératives cherchent des options qui peuvent intégrer les deux enjeux, avec des économies possibles. Mais nos enquêtes montrent qu’elles doivent faire des arbitrages qui les amènent souvent à privilégier soit l’écologisation, soit la numérisation. De fait, elles ont de nouvelles relations économiques avec des fournisseurs, des acheteurs, des prestataires ou partenaires de l’écologisation ou de la numérisation, qui ont des objectifs différents, voire divergents. L’enjeu de la coopérative comme double intermédiaire est alors de faciliter la mise en cohérence de ces deux processus, pour réduire les coûts de transaction (Ménard, 2007) au bénéfice de leurs adhérents.

28 Le rôle d’intermédiaire des coopératives se joue aussi dans la construction de connaissances pour accompagner à la fois l’écologisation et la numérisation au sein du système d’innovation. Le numérique, dans les coopératives rencontrées, est utilisé pour favoriser des échanges de connaissances pouvant participer à l’écologisation, à travers des OAD, sites internet, lettres d’information numérique ou réseaux sociaux. Il apparaît comme support de diffusion de connaissances avant tout descendantes, qui s’articulent encore peu avec les connaissances localisées et les échanges entre viticulteurs, pourtant indispensables au développement de pratiques écologiques (Chiffoleau, 2005). Les coopératives pourraient favoriser des échanges plus horizontaux, mais elles font face à des attentes divergentes des adhérents, certains privilégiant les échanges de visu, d’autres l’accès à des connaissances sur des sites web ou réseaux en dehors de la coopérative... Pour autant, face à la multiplicité d’informations parfois mal adaptées au vignoble local, les adhérents et salariés enquêtés soulignent l’importance de la coopérative pour collecter et capitaliser des données sur les expérimentations et les pratiques plus écologiques, partager des contenus de formation, et faire « le tri » entre des informations portées par différentes organisations du secteur, y compris la recherche.

29 Les coopératives sont aussi des intermédiaires dans la mise en œuvre de politiques publiques concernant la numérisation et l’écologisation. Les certifications (HVE notamment) ou cahiers des charges sont associés à un usage généralisé de logiciels dans les coopératives rencontrées, du fait des exigences de traçabilité répondant à des besoins de contrôle. Nos enquêtes montrent que cette traçabilité renvoie souvent à des formes d’écologisation symbolique (Wolf et Wood, 1997), répondant à l’écologisation des politiques plus qu’à celle des pratiques agricoles. L’utilisation d’outils numériques pour l’enregistrement d’opérations techniques (dose, date de traitement…) contribue toutefois à faciliter la prise en compte des contraintes réglementaires environnementales. Plus largement, les coopératives apparaissent comme des organisations centrales dans la mise en œuvre de politiques publiques de numérisation et d’écologisation, par exemple pour la réponse à des appels à projets de R & D, l’accompagnement de mesures agro-environnementales ou l’accès à des subventions. En soi, les politiques publiques jouent sur les deux processus, mais ne semblent pas (encore) construire de liens entre numérique et écologisation à l’échelle de la production viticole.

30 Dans cette fonction d’intermédiaire, les caves coopératives sont donc surtout marquées par des évolutions exogènes, économiques, techniques et politiques. Mais leurs projets et certaines actions engagées montrent qu’elles ont aussi des marges de manœuvre pour orienter les trajectoires d’innovation au sein du secteur. Dans notre étude, elles sélectionnent des prestataires et des services qui se diversifient et se réfèrent à différents modèles techniques et économiques. Elles sont aussi force de proposition en formulant leurs besoins et ceux de leurs adhérents auprès des fournisseurs de services numériques, par exemple pour adapter un logiciel à des engagements plus écologiques. Elles disposent également de marges de manœuvre à travers les choix d’expérimentations, de formations et de services de conseil. Enfin, l’usage du numérique pour communiquer sur des démarches d’écologisation ouvre des perspectives nouvelles. Par exemple, certaines coopératives rencontrées communiquent à travers le numérique sur des initiatives des adhérents ou affirment une identité environnementale de la coopérative.

Numérisation et écologisation modifient les relations entre et avec les adhérents

31 La coopérative, comme système d’interaction entre acteurs, est transformée par la numérisation et l’écologisation, modifiant les conditions de mutualisation, de différenciation entre adhérents et de communication interne.

32 L’écologisation et la numérisation peuvent en effet jouer sur les conditions économiques de mutualisation pour les adhérents. Les investissements associés génèrent de nouvelles économies d’échelle par exemple pour un logiciel, une station météo connectée, une chaîne spécifique de vinification ou l’accès à un marché d’un vin biologique. La taille de la coopérative semble jouer sur la numérisation, comme évoqué dans le travail sur les coopératives en Allemagne (Richter et Hanf, 2021). Nos enquêtes montrent que la coopérative permet aussi de mutualiser de nouveaux risques liés à ces innovations, par exemple lors de la mise en place d’expérimentations, l’utilisation de technologies encore incertaines ou la diversification de marchés et clients. Pour les adhérents, la coopérative offre aussi des « économies de variété », par exemple dans la mise en commun de compétences variées sur l’environnement ou les usages du numérique. Toutefois, notre étude montre que les ressources financières, techniques ou humaines (en temps et compétences) restent limitées, impliquant des choix qui peuvent favoriser certains adhérents, modifier leurs relations, orienter la stratégie et la gouvernance de la coopérative, en combinant différemment écologisation et numérisation.

33 Cette gouvernance est en effet complexifiée par de nouvelles hétérogénéités entre adhérents, générées à la fois par les processus de numérisation et d’écologisation, confirmant des travaux émergents (Candemir et al., 2021). Les pratiques, les engagements ou mêmes les opinions sur l’écologisation se diversifient au sein des coopératives, avec des positions d’optimisation (HVE…), plus radicales (bio, biodynamie…) ou d’attente. Nos résultats montrent que les outils numériques peuvent faciliter la gestion et la valorisation de cette hétérogénéité dans la logistique, la commercialisation, la communication. Mais ils deviennent eux-mêmes une source d’hétérogénéité, ou même d’exclusion, au regard des compétences, de la formation, de l’âge ou des aspirations des adhérents, mais aussi des caractéristiques de chaque exploitation (agroéquipements, taille et hétérogénéité des parcelles, travail…). La coopérative doit alors résoudre des problèmes de coordination, voire des conflits, liés à cette nouvelle hétérogénéité d’intérêts, en développant des actions spécifiques, en redéfinissant des règles internes, en construisant de nouveaux compromis, pour maintenir ou renouveler le projet coopératif (Cook, 2018).

34 Dans les coopératives enquêtées, la gestion conjointe de l’écologisation et de la numérisation, et la prise en compte de l’hétérogénéité des adhérents, appelle alors à repenser la communication et les échanges en interne. Le développement d’une innovation concrète dans le vignoble, par exemple la mise en œuvre de stations météo et d’OAD, donne lieu dans la plupart des cas à des échanges limités sans réflexion spécifique sur l’écologisation des pratiques. Il peut même amener une surconsommation d’intrants, avec un raisonnement basé sur une prise de risque plus faible que celle qu’aurait prise le viticulteur, ou l’absence de prise en compte de connaissances localisées. Mais dans plusieurs coopératives, ces innovations sont devenues un support de discussion, d’échange et de prise de recul sur les pratiques entre viticulteurs, ou entre viticulteurs et techniciens, avec une réflexion sur les risques et l’adaptation du raisonnement au contexte (climat et cépage). Dans ce cas, les initiatives de la coopérative sont cruciales pour favoriser des échanges, qui ensuite peuvent enclencher des interactions plus informelles entre adhérents, et favoriser leurs engagements dans de nouveaux projets portés par la coopérative… De même des actions de communication impliquant des adhérents dans la valorisation de leurs pratiques environnementales (vidéos, photos) ont suscité de nouvelles interactions avec les adhérents, en particulier des jeunes, faisant évoluer la gouvernance de la coopérative et renouvelant son identité comme entreprise responsable.

Conclusion

35 Dans les processus d’écologisation et de numérisation de la viticulture, les caves coopératives ressortent comme des organisations centrales. Pour l’écologisation, nos enquêtes montrent que les coopératives participent à son accompagnement technique et à sa valorisation économique, en privilégiant des évolutions incrémentales (HVE), à l’exception de coopératives précurseurs en bio. Pour la numérisation, elles réalisent des investissements collectifs, coordonnent la traçabilité numérique et mettent en place de nouveaux dispositifs de communication. Dans les coopératives étudiées, l’articulation entre ces deux processus reste encore limitée, même si des synergies apparaissent à travers le développement de la traçabilité et d’une communication numérique. Les technologies numériques sont en effet mises en œuvre pour répondre à une diversité d’objectifs sans intégrer forcément l’écologisation. La capacité de ces technologies à répondre aux enjeux d’écologisation dépend de l’évolution des politiques publiques, des stratégies de R & D publiques et/ou privées et de l’offre technologique (DESIRA, 2022), mais aussi d’actions engagées par les coopératives elles-mêmes. Celles-ci jouent en effet un rôle d’intermédiaire au sein du secteur pour l’écologisation comme pour la numérisation, et elles peuvent donc ajuster, mettre en cohérence, ou même concevoir des innovations qui s’inscrivent dans ces deux processus. Avec la numérisation et l’écologisation, les caves coopératives pourraient ainsi réaffirmer leur intérêt et leurs missions, et permettre aux viticulteurs de mieux contrôler les innovations et les transformations de leurs activités. Cette perspective semble commune à l’ensemble des entreprises viticoles (OIV, 2021) et à l’ensemble des coopératives agricoles (Ciruela-Lorenzo et al., 2020 ; Candemir et al., 2021), appelant à étendre notre recherche à d’autres productions, régions ou pays. En se repositionnant comme organisations favorisant les coordinations et les apprentissages locaux pour les innovations écologiques et numériques, les coopératives peuvent ainsi renouveler leur projet et être au cœur des nouvelles grandes transformations de l’agriculture.

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Date de mise en ligne : 26/10/2022

https://doi.org/10.3917/recma.366.0045