Compte rendu

Que des réseaux ! Compte rendu de Caroline Wagner. The New Invisible College. Science for Development

Washington D.C., Brookings Institution Press, 2008. ISBN : 978-0-8157-9213-0

Pages 178 à 185

Citer cet article


  • Arvanitis, R.
(2011). Que des réseaux ! Compte rendu de Caroline Wagner. The New Invisible College. Science for Development Washington D.C., Brookings Institution Press, 2008. ISBN : 978-0-8157-9213-0. Revue d'anthropologie des connaissances, . 5, n° 1(1), 178-185. https://doi.org/10.3917/rac.012.0178.

  • Arvanitis, Rigas.
« Que des réseaux ! Compte rendu de Caroline Wagner. The New Invisible College. Science for Development : Washington D.C., Brookings Institution Press, 2008. ISBN : 978-0-8157-9213-0 ». Revue d'anthropologie des connaissances, 2011/1 Vol. 5, n° 1, 2011. p.178-185. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-anthropologie-des-connaissances-2011-1-page-178?lang=fr.

  • ARVANITIS, Rigas,
2011. Que des réseaux ! Compte rendu de Caroline Wagner. The New Invisible College. Science for Development Washington D.C., Brookings Institution Press, 2008. ISBN : 978-0-8157-9213-0. Revue d'anthropologie des connaissances, 2011/1 Vol. 5, n° 1, p.178-185. DOI : 10.3917/rac.012.0178. URL : https://shs.cairn.info/revue-anthropologie-des-connaissances-2011-1-page-178?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rac.012.0178


Notes

  • [1]
    Le type même de réseau qui intéressait S. Leigh Star dans son article célèbre sur les infrastructures (Star et Ruhleder, 2010).
  • [2]
    Turner, Bowker, Gasser et Zacklad (2007).
  • [3]
    Une bonne analyse des travaux se trouve dans de récents rapports sur les collaborations internationales (Boekholt, Edler, Cunningham et Flanagan, 2009 ; Edler et Flanagan, 2009).
  • [4]
    L’intégration des équipes provenant des petits pays (Grèce, Portugal dans les années 1980, pays baltes dans les années 2000…) et leur connexion avec la recherche mondiale a été une préoccupation systématique en Europe (Vinck, 1996). Des solutions variées ont été proposées pour s’approcher d’une participation symétrique de l’ensemble des pays participants aux projets financés par l’UE. La variété des formules testées par les réseaux pour amoindrir les écarts dus aux ressources des participants va bien au-delà de la mise en contact d’une institution à un réseau : sélection d’une équipe qui est « coachée » pour la faire monter en régime, différenciation des statuts des équipes pour tenir compte des différences de dotation en moyens, maîtrise des flux d’information pour éviter la dispersion… Tout le programme cadre européen peut, du point de vue d’un pays particulier, être compris comme un outil qui combine les stratégies de « sink » et « link » (Gusmão, 1997).
  • [5]
    Caroline Wagner adopte deux attitudes : une rhétorique qui oppose les deux stratégies (notamment dans les chapitres d’introduction, déclaratifs et prosélytes) et une analyse nettement plus fine (par ex. sur le rôle des infrastructures pp. 94-100) qui tente de concilier les deux stratégies en examinant leurs complémentarités (pp. 109-116).
  • [6]
    Et cela a aussi été montré récemment dans le cas de l’Égypte (Le Chalony et Moisseron, 2010), du Maroc et de la Tunisie (Arvanitis et M’henni, 2010).

1Caroline Wagner travaille depuis de longues années sur les collaborations scientifiques internationales. Elle a contribué à plusieurs études de bibliométrie et a accompagné la réflexion sur la structuration des communautés scientifiques depuis longtemps. C’est sans doute une première raison pour s’intéresser à ce livre ; mais il en existe une autre beaucoup plus forte : elle propose ici une théorie des réseaux scientifiques internationaux basée sur les réseaux sociaux ainsi qu’une série de recommandations sur comment relier réseaux scientifiques et politique de la recherche, notamment dans le cas des petits pays aux ressources rares.

2Au-delà de la démarche méthodologique qui établit un lien intelligent entre les travaux de bibliométrie sur les réseaux de co-auteurs et l’analyse des « petits groupes » ou des réseaux sociaux, le livre devrait aussi marquer pour un temps les travaux sur les communautés scientifiques dans les PED car elle propose une stratégie pour que les pays les plus pauvres puissent bénéficier des résultats de la science. C’est à ce titre que le livre mérite toute notre attention, c’est aussi sur ce front que ce livre s’avère à la fois intéressant et décevant.

3L’auteur annonce, avec un ton très tranché (surtout dans le premier chapitre) une nouvelle ère de la recherche, celle des grands réseaux de recherche mondiaux. Elle précise que sur tous les sujets se forment maintenant de grands réseaux, à géométrie variable, formés par des individus, des chercheurs qui sont passionnés par leur objet et qui se réunissent au gré des congrès et des financements pour réaliser des travaux communs. Ces réseaux tournent autour de certains lieux, qui deviennent des « clusters » scientifiques et permettent de « coller » des idées et des ressources dans ces lieux particuliers. Les réseaux sont évidemment les canaux de circulation des cerveaux et, surtout, les chercheurs savent que leur futur est celui des collaborations qu’ils arriveront à construire.

4Tout cela serait nouveau : une véritable révolution s’est opérée – selon Caroline Wagner – dans la structure sociale de la recherche. La science et la technologie forment un réseau mondial de réseaux de connaissance (dans tous les sens de ce terme, personnes et idées). Le collège invisible, rendu célèbre par le livre de Diane Crane (1972) – qui elle-même suivait les pas de Merton et de Dereck de Solla Price, et pour qui la question était avant tout celle de la reconnaissance du travail scientifique –, devient un collège mondialisé qui non seulement valide la science dans des revues « internationales » mais aussi exécute la recherche. Le collège invisible est donc devenu mondial :

« la science mondiale (global science) décrit des activités où les chercheurs sont libres (je souligne) de se joindre pour aborder des problèmes communs, quelle que soit leur position géographique. La science globale ne croît pas parce que les nations la promeuvent mais parce qu’elle sert ceux qui travaillent dans le système de création des connaissances » (p. 31).

5On lira ici deux des plus importantes hypothèses qui fondent cette analyse : les chercheurs sont libres de s’unir pour faire la recherche au niveau mondial ; ils font cela sans autre référence que la recherche elle-même. Le système scientifique est devenu totalement autocentré : c’est le seul désir de savoir qui motive la création du réseau. Toutes les considérations politiques, diplomatiques, sociales et autres passent au second plan : seule compte l’envie de produire des savoirs nouveaux.

6Le style du premier chapitre est tellement triomphant qu’il rappelle une autre prose, celle de Thomas Friedman dans La Terre est plate (Friedman, 2005). Ce n’est pas un hasard : l’effet est recherché et Caroline Wagner insiste pour dire que c’est bien là ce qui se passe ; de la même façon que le monde entier est devenu le terrain de jeu des entreprises mondialisées qui recherchent leur fournisseurs partout dans le monde sans se préoccuper des frontières, la science mondiale est un énorme marché des connaissances que l’on peut formidablement décrire comme un réseau à l’échelle du globe. Francis Fukuyama, qui est un orfèvre de cette prose millénariste sur la fin du monde (ou d’un monde) et de la provocation intellectuelle, est le préfacier de l’ouvrage. Il y a là une vraie proximité car, comme il l’avait fait lui-même, ce livre annonce la fin de l’État-nation. Fukuyama commence par dire qu’on a exagéré ce dépérissement mais que Wagner démontre à quel point le domaine scientifique est celui qui met le plus à mal les frontières nationales.

7En se basant sur un intense travail bibliométrique, armée de quelques interviews auprès de promoteurs de ces grands réseaux de recherche, Caroline Wagner propose l’analyse des collaborations scientifiques comme des écosystèmes, des systèmes autogénérés qui sont guidés par la curiosité des chercheurs et l’intérêt qu’ils portent à leurs sujets de recherche. Cette analyse a ceci de rafraîchissant qu’elle s’éloigne à la fois d’une vision instrumentale de la recherche « au service du développement » et d’une vision stratégique, devenue presque canonique, de la recherche comme domaine de compétition pour le prestige (version Merton) ou pour assurer la primauté de l’invention (version Latour) ! En cela, l’analyse proposée ici dépasse très largement les prémisses de Crane (Crane, 1972) (qui n’est même pas mentionnée dans le livre) ou de Solla Price, qui se limitaient à la seule diffusion des travaux de recherche publiés. Rendre aux chercheurs, dans l’analyse, une capacité autonome de décision n’est pas pour déplaire ; à tel point que l’on se demande si ce n’est pas là le discours porté par ces mêmes chercheurs.

8Or qui sont ces gens ? Des mandarins dans leur pays, des chefs de labo qui alignent des listes de publications de 600 articles ou plus, des chefs de projet, tous devenus des producteurs d’articles conçus comme autant de produits qui sortent du labo, comme seule marque de qualité, garantie d’origine contrôlée. Caroline Wagner fait mieux que les louer : elle leur offre un discours politique pour justifier le maintien de ce système qui s’auto-évalue et croît selon sa propre dynamique. Or, aujourd’hui, il existe des critiques très convaincantes de cette vision, par exemple chez Ioannidis (Ioannidis, 2005) ou Ségalat (Ségalat, 2007) – pour ne citer que deux critiques récentes de ce système de production et des mécanismes d’évaluation productivistes qu’il implique.

9Caroline Wagner n’est pas seulement le chantre d’une science qui se dirigerait toute seule, qui saurait sélectionner les « bons » sujets et croître intelligemment. Elle propose une série de concepts intéressants, pour étudier du point de vue méthodologique ces réseaux, comme des systèmes complexes adaptatifs. Elle propose d’examiner les communautés scientifiques non plus comme « communautés » mais comme réseaux permettant de joindre des ressources, des hommes et des idées. Elle devient aussi un avocat de la multidisciplinarité et donne comme exemple le renouveau des sciences du sol, l’astronomie ou les nanotechnologies. D’une certaine façon, la multidisciplinarité serait la preuve de cette primauté du mondial sur le national.

10Wagner dit en toutes lettres que les États ne sont plus des acteurs majeurs du système scientifique ; ce sont ces mégaréseaux transnationaux qui gouvernent le monde de la science. Ils n’ont que faire des États, des institutions nationales, des contraintes locales. Pour affirmer ses dires, elle utilise des exemples de bonne recherche : les sciences du sol et la sismologie, sous-disciplines qui se structurent mondialement après les années 1990.

11C’est là que Caroline Wagner excelle. Rappelons qu’elle a une solide expérience de l’analyse des réseaux de collaborations scientifiques internationales et qu’elle n’est ni une novice ni un charlatan du discours politique. Le noyau de son analyse empirique repose donc sur la caractérisation des réseaux scientifiques, obtenant une typologie des réseaux de coopération. Ainsi, on aurait quatre grands types de réseaux de recherche (p. 28) : la mégascience, qui se structure autour d’un très grand équipement ; la recherche « géotique », néologisme permettant de décrire des réseaux structurés autour d’un lieu où sont partagées les ressources (par exemple, les travaux sur le pôle Antarctique ou l’Amazonie) ; les réseaux participatifs, comme le génome humain, planifiés centralement et menés à bien par de multiples participants partout dans le monde [1] ; enfin, les projets coordonnés, qui sont menés de manière plus décentralisée comme par exemple le Global Biodiversity Information Facility (GBIF) – et on se souviendra ici que Geoff Bowker fut un des premiers sociologues à souligner cette similarité des structures de données et des structures de recherche en réseau dans le cas des grandes bases de données en écologie (Bowker, 2000). Ces deux derniers types de réseaux sont ceux qui intéressent aussi les chercheurs sur les pratiques collectives distribuées que Wagner ne mentionne pas [2].

12On remarquera que la typologie de Wagner est fondée sur le degré de centralisation et sur ce qu’elle appelle degré d’intervention gouvernementale, ce qui correspondrait à une forme de coordination plus que d’« intervention » à proprement parler : le vocabulaire nettement plus libéral aux États-Unis explique ce flottement terminologique. Une bonne part de cette réflexion a été présente en Europe lors de l’analyse des réseaux de coopération financés par les programmes de recherche européens (Vinck, 1999). Dominique Vinck en avait tiré une typologie de 120 réseaux de recherche financés par l’UE et il trouvait non pas quatre idéaux types mais cinq formes distinctes de réseaux, du plus large dans ses objectifs (le réseau forum) au plus strictement limité (le réseau projet), en passant par des réseaux qui mobilisent des équipements plus ou moins lourds, des formes d’organisation plus ou moins centralisées et des pratiques harmonisées parmi les participants.

13Ce qui manque dans cet ouvrage est une analyse des usages locaux des savoirs scientifiques. Nous avions montré naguère (Arvanitis et Chatelin, 1988) que si on se limitait, dans les sciences du sol, aux seules productions concernant les sols tropicaux, la moitié au moins de cette production mondiale provenait de chercheurs issus de pays tropicaux ; en même temps, la production scientifique de ces pays ne représentait en termes généraux qu’une infime portion (croissante) de la production mondiale. C’est bien leur implantation dans des pays tropicaux qui oriente ces chercheurs vers un objet longtemps tenu pour marginal (la science du sol, à l’époque en pleine mutation, avait pour modèles plutôt des sols européens que tropicaux). À ce sujet, les exemples choisis dans ce livre sont de très peu d’aide. C. Wagner montre les réseaux bibliométriques mais donne assez peu d’informations par ces exemples pourtant intéressants sur les enjeux, l’origine, le fonctionnement des collaborations internationales [3]. De même, elle ne fait pas la différence entre les réseaux de collaborations que montre une analyse des coauteurs et les réseaux de coopérations que dessinerait une analyse des financements internationaux. Ce sera là une autre raison de notre déception pour un projet dont l’ambition n’est finalement pas réalisée.

14Le livre semble remplir en fait un but ultime : donner des leçons aux petits pays qui n’ont aucune chance de faire avancer la recherche par eux-mêmes mais qui devraient s’appuyer sur les réseaux mondiaux. Elle oppose en cela une stratégie dite Link par opposition à une stratégie dite Sink (p. 111), beaucoup plus coûteuse, car elle suppose la construction d’institutions nationales (« sink », car les investissements initiaux sont perdus, « coulés » en anglais, vocabulaire assez courant dans le domaine de l’économie et gestion de la R&D) [4]. À son grand regret, cette stratégie, appelée aussi « capacity building » dans les travaux sur la science dans les pays en développement, est indispensable [5].

15Deux pays ont droit aux applaudissements : le Vietnam et l’Ouganda. Ces deux bons élèves ont su développer une recherche, dit-elle, qui est avant tout une indigénisation de la science mondiale. D’ailleurs, l’exemple du Vietnam semble plus convaincant que celui de l’Ouganda. Ceci est probablement dû à la personnalité de son informateur qui est un spécialiste de la politique scientifique, formé en sociologie des sciences et qui connaît les pièges des politiques nationales fermées. D’ailleurs, l’exemple du Vietnam serait plutôt un plaidoyer pour la création d’une forte capacité de recherche nationale, ne serait-ce que pour avoir la possibilité de parler d’égal à égal avec les partenaires étrangers dans cette politique de Link. Les éléments de preuve apportés par Caroline Wagner sont nettement insuffisants pour pouvoir affirmer que l’auteur a fait la démonstration de la supériorité du Link sur le Sink, de la connexion mondiale sur l’investissement local.

16Tout cela semble étrangement faire l’économie du concept de communauté scientifique nationale ou plutôt d’institutions scientifiques nationales (le mot national d’ailleurs semble faire horreur à Caroline Wagner). La science comme outil de prestige national est maintenant une époque révolue ! dit Wagner. Auparavant, tout État voulait sa science nationale : aujourd’hui, l’État bien avisé (et, sous-entendu, pauvre) ferait bien de se satisfaire des apports de la science mondiale, tous contenus dans les réseaux mondiaux !

17Cette position est pourtant contredite par les faits. Ainsi, par exemple, certains articles réunis dans le vol. 2, n° 3 de cette revue (Losego et Arvanitis, dir., 2008) montrent que la thèse selon laquelle la mondialisation de la science accrédite le dépérissement de l’État est fausse : dans les États qui ont quelques moyens (Afrique du Sud ou Russie, mais aussi Brésil, Inde, Chine), nous assistons à un renforcement de l’État par la mondialisation scientifique. Les politiques dirigistes prennent le devant, notamment pour favoriser la concentration des activités (pôles d’excellence, clusters, techno-parcs, incubateurs, etc.). Ainsi, les réseaux ne sont-ils pas une sorte d’abdication des fonctions de coordination de l’État au profit d’une gouvernance uniquement privée mais bien une sorte de renforcement des activités des acteurs par l’intervention assez directe des pouvoirs publics (le « sink » de Caroline Wagner) [6].

18L’ensemble de l’ouvrage apparaît comme une plaidoirie pro domo pour cette « science mondiale et ouverte… ». Ce vocabulaire très progressiste pourtant ne semble pas prendre en compte les véritables effets de domination et les hiérarchies mondiales que nous mentionnons (Losego et Arvanitis 2008) dans l’introduction de notre dossier sur la science non hégémonique; ou que Wiebke Keim (2010) signale dans le cas de la sociologie, plus récemment dans les pages de cette revue. Caroline Wagner ne parle pas non plus des types de savoirs qui circulent dans ces réseaux. Or un examen même superficiel (Waast et al., 2010) montre, par exemple, que les chercheurs ne publient pas les même choses dans leurs langues natales ou en anglais, pour le public « local » ou pour le public « mondial » ; Sari Hanafi (Hanafi, 2011) a joliment résumé cette opposition : « Publish globally and perish locally ! » et son inverse.

19Elle ne s’arrête pas non plus sur les différences entre disciplines (et moins encore sur les sciences sociales) alors que tous les travaux empiriques montrent qu’elles sont non seulement hétérogènes à l’interne mais aussi très différentes les unes des autres. Cette « science mondiale ouverte » est le pendant du monde « plat » des sous-traitants des entreprises transnationales dont Friedman s’est fait le héraut. Elle suppose que tous ont accès aux financements mondiaux ; que les agences de financement n’agissent plus en fonction de leurs propres pays d’origine ; qu’elles n’ont d’autres priorités que celles fixées par les chercheurs eux-mêmes ; que les chercheurs circulent librement (sans visas ?) d’un pays à l’autre ; que les étudiants sont tous formés de la même manière ; que la langue scientifique, enfin, est unique.

20L’intérêt de ce livre est heuristique : il signale clairement, même par ses limites, le besoin d’une analyse des collaborations internationales au-delà de l’analyse bibliométrique. Il signale aussi la nécessité de regarder de près comment se formule la politique de la recherche dans les petits pays et comment faire en sorte que la recherche mondialement reconnue intègre les besoins nationaux (qui ne disparaissent pas, malgré les cris victorieux de Caroline Wagner). Ainsi, des pays comme la Jordanie, le Liban, la Thaïlande ou le Niger, ou plus importants comme le Chili, la Colombie ou le Maroc, peuvent-ils opter pour les politiques appliquées par l’Ouganda et le Vietnam ? Doivent-ils prendre exemple sur le Brésil, la Chine ou le Mexique ? Ces questions reviennent à se demander comment créer cette nécessaire capacité d’expertise scientifique. Comment se fabrique cette « capacité d’absorption » de la recherche ? Et n’a-t-elle pas une étroite relation avec les besoins nationaux ? Avec la création d’institutions scientifiques permettant de former et d’alimenter ses propres chercheurs ?

21Le savoir scientifique est une création qui a besoin de ressources, d’hommes et d’idées, comme le signale l’auteur. Mais il est aussi compris dans des usages et une pratique. Caroline Wagner, à trop vouloir défendre un usage particulier, entérine la division du monde actuelle et assigne aux petits pays la tâche de participer à une récupération de résultats secondaires, loin de la frontière du savoir et de leurs propres terres.

RéFéRENCES

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Date de mise en ligne : 12/05/2011

https://doi.org/10.3917/rac.012.0178