Chapitre de Que sais-je ? / Repères

Chapitre premier. La notion de santé publique

Pages 3 à 40

Citer ce chapitre


  • Morelle, A.
  • et Tabuteau, D.
(2023). Chapitre premier. La notion de santé publique. La Santé publique (4e éd., p. 3-40). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/la-sante-publique--9782715408975-page-3?lang=fr.

  • Morelle, Aquilino.
  • et al.
« Chapitre premier. La notion de santé publique ». La Santé publique, Presses Universitaires de France, 2023. p.3-40. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/la-sante-publique--9782715408975-page-3?lang=fr.

  • MORELLE, Aquilino
  • et TABUTEAU, Didier,
2023. Chapitre premier. La notion de santé publique. In : La Santé publique. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Que sais-je ? p.3-40. URL : https://shs.cairn.info/la-sante-publique--9782715408975-page-3?lang=fr.

Notes

  • [1]
    F. Bourdillon, G. Brücker et D. Tabuteau (dir.), Traité de santé publique, Paris, Médecine-Sciences Flammarion, 2007, 2e éd., p. 1.
  • [2]
    Voir G. Canguilhem, La Santé, concept vulgaire et question philosophique, Pin-Balma, Sables, 1990, d’où sont tirées les citations précédentes.
  • [3]
    Dans le préambule de sa charte constitutive, signée à San Francisco le 22 juillet 1946.
  • [4]
    Pour reprendre l’appréciation de H.-G. Gadamer, Philosophie de la santé, Paris, Grasset-Mollat, « La Grande Raison », 1998, p. 120.
  • [5]
    G. Canguilhem, La Santé, concept vulgaire et question philosophique, op. cit., p. 27.
  • [6]
    À propos des concepts de biopouvoir et de biopolitique, forgés par Foucault en 1974, voir la bibliographie de ses œuvres en fin de volume, dont sont tirés les développements et les citations qui suivent.
  • [7]
    Comme le résume Foucault, « au vieux droit de faire mourir ou de laisser vivre s’est substitué un pouvoir de faire vivre et de rejeter dans la mort ».
  • [8]
    S’étendant en quatre ans à toute l’Europe et même à la Russie, la « grande peste » provoque un véritable cataclysme démographique qui, par sa brutalité, sa gravité et la durée de ses effets, s’apparente, selon Emmanuel Le Roy Ladurie, à une déflagration atomique (« le modèle Hiroshima »). Près de 40 % de la population européenne disparaît, la France compte 6 millions de morts sur une population totale de 15 millions, sa croissance démographique sera nulle pendant quatre siècles.
  • [9]
    Au-delà du seul isolement des personnes suspectes pendant quarante jours, la quarantaine s’entend comme le quadrillage du territoire, la répartition des groupes humains, l’isolement des malades, l’individualisation des corps vivants et des cadavres, l’enregistrement des cas de maladie et de décès, la surveillance des mouvements, le contrôle des personnes.
  • [10]
    « Édifice isolé, établi dans certains ports de mer, et dans lequel séjournent, pour y être désinfectés, les hommes et tous les objets provenant de lieux où règne une maladie épidémique contagieuse, peste, typhus, fièvre jaune, etc. » : cette définition classique tirée du Littré ne rend pas compte complètement de la réalité du lazaret, institution sanitaire présente ailleurs que dans les ports (l’hôpital Saint-Louis à Paris est un exemple typique de lazaret). D’origine italienne, le mot (lazaretto) vient de la déformation du nom d’un des îlots de la lagune de Venise où fut institué le premier lazaret.
  • [11]
    Pour une histoire de la santé publique lue à travers le prisme des épidémies, voir P. Bourdelais, Les Épidémies terrassées. Une histoire de pays riches, Paris, La Martinière, 2003, d’où sont tirés les faits et les considérations qui précèdent.
  • [12]
    Dès 1576, dans son ouvrage Les Six Livres de la République, Jean Bodin affirmait ainsi : « Il n’y a ni richesses ni forces que d’hommes. »
  • [13]
    En particulier sous l’impulsion de Nicolas de La Mare, auteur du célèbre Traité de la police publié entre 1705 et 1738. La police est alors conçue comme « l’ensemble des mécanismes par lesquels sont assurés l’ordre, la croissance canalisée des richesses et les conditions de maintien de la santé en général » (M. Foucault, in La Politique de santé au xviiie siècle).
  • [14]
    Dans « La naissance de la médecine sociale » (in Dits et écrits II (1976-1988), Paris, Gallimard, 2001, p. 207-228), Michel Foucault établit la tripartition qui suit.
  • [15]
    J.P. Franck, System einer vollständigen medicinischen Polizey, 6 vol. parus entre 1779 et 1819.
  • [16]
    Voir G. Vigarello, Le Propre et le sale. L’hygiène du corps depuis le Moyen Âge, Paris, Seuil, « Points Histoire », 1987, p. 159.
  • [17]
    Voir sur ce point G. Rosen, A History of Public Health, Boston, The John Hopkins University Press, 1993.
  • [18]
    C’est le sens de l’Avis au peuple sur sa santé publié par le docteur Samuel Tissot en 1776.
  • [19]
    G. Vigarello, Le Sain et le malsain. Santé et mieux-être depuis le Moyen Âge, Paris, Seuil, « L’Univers historique », 1993, p. 188.
  • [20]
    Sur l’histoire de l’hygiène publique en France, voir les travaux fondateurs de L. Murard et P. Zylberman et leur ouvrage de référence L’Hygiène dans la République. La santé publique en France, ou l’Utopie contrariée (1870-1918), Paris, Fayard, 1996.
  • [21]
    Voir G. Vigarello, Le Propre et le Sale, op. cit., p. 182-184.
  • [22]
    On pourrait en trouver les premières traces dans la Torah, « la Loi » du peuple hébreu, posant un certain nombre d’interdits alimentaires (la kasherout) et imposant la circoncision.
  • [23]
    Apparu dans la langue anglaise au début du xixe siècle, ayant diffusé dans la nôtre pendant la monarchie de Juillet, ce terme (du latin pauper, pauvre) désigne la nouvelle forme de pauvreté liée à la révolution industrielle : une pauvreté de masse et non plus individuelle, un fléau social provoqué par la transformation de l’économie capitaliste. Ou, selon des observateurs de l’époque, « la misère publique », « l’épidémie de la pauvreté ».
  • [24]
    G. Jorland, Une société à soigner. Hygiène et salubrité publiques en France au xixe siècle, Paris, Gallimard, 2010, chap. iv, p. 87-115.
  • [25]
    Selon l’heureuse formule de G. Vigarello, Le Propre et le Sale, op. cit., p. 207.
  • [26]
    Significative est la démarche du romancier qui « politise » la vieille hygiène en lui donnant des hérauts – les hygiénistes – et en lui conférant le statut de doctrine –, il y a des « hygiénistes » parce qu’il y a un « hygiénisme » à promouvoir.
  • [27]
    Voir G. Jorland, Une société à soigner, op. cit., p. 11.
  • [28]
    La société française de tempérance est créée en 1873 et l’Union française antialcoolique en 1891.
  • [29]
    « Salubrité et insalubrité désignent l’état des choses et du milieu en tant qu’ils affectent la santé : l’hygiène publique est le contrôle politico-scientifique de ce milieu » (M. Foucault).
  • [30]
    Voir G. Jorland, Une société à soigner, op. cit., chap ii, p. 40-64.
  • [31]
    Voir A. Parent-Duchâtelet, La Prostitution à Paris au xixe siècle, texte présenté et annoté par Alain Corbin, Paris, Seuil, « L’Univers historique », 1981.
  • [32]
    D. Tabuteau, « Pouvoirs publics et professions de santé », Les Tribunes de la santé – Sève, no 26 (printemps 2010).
  • [33]
    Voir G. Jorland, Une société à soigner, op. cit., p. 282-315.
  • [34]
    Sur ce retard français, sa réalité au xxe siècle et ses racines, notamment historiques, voir A. Morelle, La Défaite de la santé publique, Paris, Flammarion, 1996.
  • [35]
    Voir M. Tubiana, Histoire de la pensée médicale. Les chemins d’Esculape, Paris, Flammarion, « Champs », 1995, p. 453-454.
  • [36]
    Voir C. Salomon-Bayet (dir.), Pasteur et la révolution pastorienne, Paris, Payot, 1986 ; B. Latour, Les Microbes, guerre et paix. Irréductions, Paris, Anne-Marie Métailié, 1984.
  • [37]
    Le néologisme est forgé par Charles Sédillot en 1878.
  • [38]
    L’expression est de P. Rosanvallon, in L’État en France de 1789 à nos jours, Paris, Seuil, 1990, p. 130.
  • [39]
    Par l’adoption de l’english system fondé sur la néoquarantaine, c’est-à-dire une quarantaine allégée (trois jours au lieu de quarante) et complétée par des inspections sanitaires de bateaux, la désinfection de ceux-ci, la destruction des marchandises jugées dangereuses, l’hospitalisation obligatoire des malades ou des personnes suspectées de l’être. Sur ce point, voir P. Bourdelais, Les Épidémies terrassées, op. cit., p. 120 sq.
  • [40]
    Déjà prévue par la loi du 30 novembre 1892.
  • [41]
    Académie de médecine, commission des épidémies, mai 1912, cité par L. Murard et P. Zylberman.
  • [42]
    Sur cet extraordinaire épisode de notre histoire nationale, cf. L. Murard et P. Zylberman, L’Hygiène dans la République, op. cit., et « Mi-ignoré, mi-méprisé : le ministère de la santé publique, 1920-1945 », Les Tribunes de la santé (hiver 2003).
  • [43]
    Dès 1964, les services territoriaux propres de la santé publique avaient été fondus au sein des DDASS et des DRASS (décret du 30 juillet 1964).
  • [44]
    Voir M. Tubiana, Histoire de la pensée médicale, op. cit., p. 452 notamment.
  • [45]
    Voir M.D. Grmek, Histoire du sida, Paris, Payot et Rivages, « Petite Bibliothèque Payot », 1995.
  • [46]
    Voir A. Morelle, La Défaite de la santé publique, op. cit.
  • [47]
    Voir D. Tabuteau, La Sécurité sanitaire (1994), Paris, Berger-Levrault, 2002, 2e éd., et Les Contes de Ségur. Les coulisses de la politique de santé (1988-2006), Paris, Ophrys, 2006.
  • [48]
    La définition du mot donnée au xixe siècle dans le Grand dictionnaire Littré est : « Recherche sur les causes et les natures des épidémies. »
  • [49]
    Contrairement à une erreur aléatoire, un biais est défini comme une erreur systématique enregistrée dans le résultat d’une étude épidémiologique. Elle est due soit à un défaut dans la constitution de l’échantillon, soit à une mesure de l’information défectueuse, soit enfin à l’existence d’un facteur lié à la fois à la variable expliquée et à la variable explicative (facteur de confusion ou tiers-facteur).
  • [50]
    Mutatis mutandis, la prévalence est un indicateur de « stock » et l’incidence un indicateur de « flux ».
  • [51]
    Aucune maladie ne répond à un modèle causal univoque, comme les déterminismes bernardien et pastorien ont pu, un temps, le faire accroire. Même les maladies infectieuses échappent au strict schéma causal « un germe/une maladie », car elles aussi sont influencées par la constitution du patient, des facteurs environnementaux, des pathologies intercurrentes… Quant aux affections génétiques, elles sont souvent conditionnées dans leur apparition ou leur gravité par des éléments extérieurs à la seule hérédité.
  • [52]
    OMS, Bureau Europe, Les Déterminants sociaux de la santé. Les faits. Deuxième édition, 2004.
  • [53]
    De I. Illich, voir en particulier Némésis médicale. L’expropriation de la santé, Paris, Seuil, « Points », 1981.
  • [54]
    Dans cette marche historique, l’établissement de la corrélation entre tabagisme et cancer bronchopulmonaire, dans les années 1950, a joué un rôle décisif.
  • [55]
    Histoire terrible, en effet, et édifiante, à laquelle Louis-Ferdinand Céline a consacré sa thèse de doctorat en médecine, dont a été tiré le livre Semmelweis (Paris, Gallimard, « L’Imaginaire », 1999).
  • [56]
    D’où l’étymologie italienne de l’ancienne dénomination du paludisme, la « malaria ».
  • [57]
    À propos du déficit statistique français, voir A. Morelle, La Défaite de la santé publique, op. cit., chap. vi.
  • [58]
    Rapport de l’OMS, La Santé dans le monde, 2000.
  • [59]
    On désigne par là l’ensemble des décès survenant avant l’âge de 65 ans.
  • [60]
    Rapport de la DREES, L’État de santé de la population en France, 2017.
  • [61]
    IGAS, Rapport annuel 2003, Santé, pour une politique de prévention durable, Paris, La Documentation française, 2003.
  • [62]
    Sur ce point, voir A. Morelle, La Défaite de la santé publique, op. cit.

« Santé publique » : la doctrine souligne la difficulté à saisir cette notion. Ainsi, un traité classique met-il en avant que « la santé publique ne dispose pas d’une définition admise de tous ». Cette difficulté résulte principalement de la confrontation de deux termes eux-mêmes délicats à appréhender.
« Santé » : ce concept est souvent défini par l’absence de maladie ou de douleur. Ainsi, le dictionnaire Petit Robert évoque-t-il « le fonctionnement régulier et harmonieux de l’organisme » et le Littré « l’exercice permanent et facile de toutes les fonctions de l’organisme ». Témoignent aussi de cette vision « en creux » quelques définitions emblématiques. Celle du médecin René Leriche : « La santé, c’est la vie dans le silence des organes. » Celle du philosophe Emmanuel Kant : « On peut se sentir bien portant […], mais l’on ne peut jamais savoir que l’on est bien portant. » Ou celle de l’écrivain James Joyce : « La santé est définie par son absence. » La santé a même pu être considérée comme un concept « vulgaire », dont il n’existerait pas de science. Mais à l’opposé de cette approche « négative », l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a officiellement défini, de façon « positive » et même « positiviste », la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité ». La santé est bien « cette chose mystérieuse que nous connaissons tous mais que, d’une certaine manière, nous ne connaissons pa…


Date de mise en ligne : 09/01/2023

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