Chapitre I
Le nihilisme
- Par Jean Granier
Pages 29 à 37
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Le terme de « nihilisme », que l’on trouve déjà
chez Jacobi, Jean-Paul Tourguenieff, Dostoïewski, les anarchistes russes, et que Nietzsche lui-même emprunte à Paul Bourget, sert à
désigner, chez Nietzsche, l’essence de la crise mortelle dont
le monde moderne est frappé : la dévaluation universelle
des valeurs, qui plonge l’humanité dans l’angoisse
de l’absurde. en lui imposant la certitude désespérante
que plus rien n’a de sens.
Le nihilisme sanctionne la généralisation d’un phénomène
morbide, la décadence. Tant qu’elle demeure cantonnée
dans certaines couches sociales et dans certaines régions du globe, la décadence ne met pas en péril la civilisation humaine ; mais
elle devient un fléau redoutable, quand elle envahit – comme
aujourd’hui selon Nietzsche – l’ensemble des classes, des
institutions et des peuples, pour se confondre finalement avec l’idée
même d’humanité (Vol. Puis. II 129-130). En parlant
de « décadence », Nietzsche tente, en quelque sorte, de
repérer et de regrouper les conditions existentielles qui, à
ses yeux, ont préparé l’irruption du nihilisme. Cette
formulation a l’avantage de nous mettre en garde contre l’acception
trop étroitement biologique ou médicale dans laquelle nous serions
incités à prendre le mot de décadence, si nous le traitions
comme un simple synonyme de maladie. Car même lorsque Nietzsche voit
dans la décadence une espèce de maladie sociale dont il analyse
les symptômes avec un vocabulaire de clinicien, c’est toujours
d’après sa conception philosophique de la vie comme volonté
de puissance qu’il présente son diagnostic et envisage des remèdes…
Date de mise en ligne : 02/09/2010
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