Article de revue

Rubrique cinéma

Pages 141 à 145

Citer cet article


  • Dermenghem, E.
(1999). Rubrique cinéma. Psy Cause, 15-16(1), 141-145. https://doi.org/10.3917/psca.015.0141.

  • Dermenghem, Emmanuelle.
« Rubrique cinéma ». Psy Cause, 1999/1 N° 15-16, 1999. p.141-145. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-psy-cause-1999-1-page-141?lang=fr.

  • DERMENGHEM, Emmanuelle,
1999. Rubrique cinéma. Psy Cause, 1999/1 N° 15-16, p.141-145. DOI : 10.3917/psca.015.0141. URL : https://shs.cairn.info/revue-psy-cause-1999-1-page-141?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/psca.015.0141


Notes

  • (1)
    Centre Hospitalier Montperrin. 13617 Aix-en-Provcnce Cédex 1 - Tél 04.42.16.18.18
  • (2)
    Analyse du film rédigée par Marc BOUN1AS, psychologue, Intersecteur Nord et MAS, Centre Hospitalier de Montfavet, 84143 Montfavci Cedex.

1

LA NOUVELLE EVE
de Catherine CORSINI
avec Karin Viard et Pierre Lou Rajot

2 Elle ne sait pas ce qu’elle veut. Elle ne sait pas tomber amoureuse, elle se fait sauter dans les ascenseurs. Elle voudrait être libre. Elle est coléreuse, révoltée, désordonnée. Le film l’est aussi, désordonné.

3 Encore un film où le réalisateur a cru qu’il fallait faire parler son personnage avec une touche d’humour pour le faire exister. L’histoire est légère, je n’y ai pas cru elle n’est pas assez construite ; elle manque de poids à moins que ce ne soit le personnage qui manque de poids même si Karine Viard est plutôt charpentée : elle brille, elle est drôle, agaçante mais cela lui donne-t-il du poids pour autant. Suffit-il de mettre des adjectifs sur un personnage pour le faire exister ? Il manque juste une dimension humaine à ce personnage.

4 En résumé ce film me parait avoir voulu répondre à des critères actuels d’un nouveau cinéma français : superficiel et désespéré. Même la tentative de romantisme de la fin tombe à plat. Alors c’est plutôt : Bof !

5

RIEN SUR ROBERT de Pascal BONITZER
avec Fabrice Luchini, Sandrine Kiberlain, Michel Piccoli

6 L’histoire : ce serait plus rapide de dire qu’il n’y en a pas. Des personnages qui brillent du feu de leur inexistence. Je vais quand même dire qu’il s’agit d’un journaliste qui a écrit un article sur un film qu’il n’a pas vu. Grosse erreur !

7 « Rien sur Robert » ? je l’ai vu et c’est comme si je n’avais rien vu. Le titre est bien choisi !

8 Bon d’accord, il y a de bons acteurs et de bons dialogues ; souvent on sourit, parfois on est choqué mais cela suffit-il à faire un film ? Je dis « Non » !

9 Pas de film sans scénario construit et réfléchi, sans personnage respirant. Dans « Rien sur Robert », les personnages ne respirent pas, ils parlottent. Si Pascal Bonitzer voulait dénoncer un certain vide de la vie actuelle, alors c’est doute réussi. Mais moi je vais au cinéma pour voir autre chose que le vide. Rien sur Robert ou l’art creux !

Description de l'image par IA : Dessin d'un personnage avec une grande tête ronde et un corps petit, tenant une bulle de dialogue avec "ART CREUX ?" écrit dedans.

10

VENUS BEAUTE (INSTITUT)
Réalisation : Tonie MARSHALL
avec Nathalie Baye, Bulle Ogier, Robert Hossein.

11 Ici, on s’occupe de vous, on a les mains douces et caressantes et la voix de même. Rose, douceur et coton c’est l’impression que laisse cet institut de beauté. Douce, l’est-elle Angèle, qui se fait planter là par un amant de passage sous le regard intéressé d’un inconnu à la terrasse d’un café ?

12 Sous des airs futiles et légers, ce film en dit long sur la difficulté d’aimer, de s’aimer. Très pudiquement Tonie Marshall dévoile petit à petit ses personnages et plus particulièrement Angèle dont on découvre les blessures. Le ton est juste, l’histoire ou plutôt les histoires sont simples et vibrantes ; chaque personnage mérite notre attention comme il semble avoir retenu celle de la réalisatrice, véritable créatrice de ses personnages qui s’incarnent sans difficulté à l’écran. Tonie Marshall ne nous en met pas plein la vue, elle nous fait partager des sentiments. A noter aussi une très belle scène de séduction erotique au cours de laquelle il ne se passe rien, mais n’est-ce pas là le ressort de l’érotisme, suggérer plutôt que montrer et nous permettre d’imaginer ?

Description de l'image par IA : Femme nue assise sur un toit, jambes repliées, cheveux longs, regard pensif.

13

« CA COMMENCE AUJOURD’HUI » - mars 1999
Réalisateur : Bertrand Tavernier
Scénario : Doininique Sampiero, Tyffany Tavernier
avec : Philippe Torreton, Véronique Ataly, Emmanuelle Berco, Didier Bezace.

14 Un instituteur, des enfants, le nord et sa misère : un film Attendrissant tableau que celui de cet instituteur chantant des comptines avec une vingtaine de marmots qui boivent ses paroles avec la candeur de leur regard d’enfants. « Il était un petit homme, pirouette cacahuette ». Mais cette candeur cache parfois de grandes détresses et, derrière l’harmonie, il y a la dislocation du chômage, l’impuissance d’un instituteur face à un petit garçon qui ne sait pas demander, qui ne sait pas dire merci. L’impuissance d’un directeur d’école face à des parents qui ne croient plus en l’avenir de leurs enfants, face à un langage qui ne sert plus à communiquer.

15 Ce film à l’allure de documentaire, est un film de cinéma avec des personnages que Bertrand Tavernier fait remarquablement exister. Il y a le savoir faire d’un cinéaste qui sait susciter l’émotion, écrire une histoire, donner vie à des personnages (souvenez vous de l’horloger de Saint Paul).

16 Philippe Torreton (ex ?) sociétaire de la Comédie Française (et qui a « été » le Capitaine Conan) est sans doute pour beaucoup dans la composition de ce personnage ; il ne joue pas seulement une image d’instituteur idéal, il est un homme avec ses faiblesses, ses maladresses, ses questions, ses emportements mais aussi sa générosité et son enthousiasme. Quand il est découragé et prêt à abandonner, on a envie de dire « non, pas lui ».

17 La spectatrice que j’étais partageait aisément les préoccupations des instits de cette école maternelle mais aussi celles des intervenants sociaux, médicaux en sous effectif dans une région où les besoins sont énormes. Ala misère s’ajoute la solitude et ça commence par l’incomm uni cation. « Ca commence aujourd’hui » est un film ancré dans la réalité, émouvant mais pas larmoyant. Je me disais à la fin : « ce serait bien si on se parlait plus, si on se rencontrait plus. Que ceux qui n’ont plus les moyens de consommer ne se retrouvent pas exclus de la société ». Electricité coupée, communication coupée ?

18

« KIRIKOU ET LA SORCIERE » - février 99
Dessin animé de Michel OCELOT

19 « Kirikou n’est pas grand mais il est vaillant ». C’est l’histoire d’un petit garçon africain qui s’enfante tout seul et affronte la sorcière Karaba qui terrorise tout le village dont elle a déjà « mangé » presque tous les hommes. Très joli dessin animé original autant dans ses dessins et couleurs que par ses mouvements et ses rythmes. Et l’histoire n’est pas bête ! Le pouvoir et la souffrance en question…il y a du bénéfice secondaire dans l’air !

20 Je ne m’étendrai pas sur la difficulté qu’a rencontré le réalisateur pour imposer son film et certaines de ses idées (certains auraient, parait-il, voulu censurer les seins nus africains (il y en a de toutes sortes d’ailleurs) mis en scène de façon très respectueuse d’un certain mode de vie).

21 Ce film fait réfléchir petits et grands sur les origines de la cruauté et sur l’amour qui peut tout vaincre ainsi qu’une certaine forme d’innocence. A voir avec nos enfants.

« Je ne peux pas m’en empêcher » A propos du film eXistenZ (2)

22 L’année dernière, je me rappelle avoir « rongé mon interprétation » dans un coin d’hôpital psychiatrique, après avoir vu « la cité des Anges », film dans lequel un psychiatre, « Daniel Paul Schreber », partageait le délire d’une ville, elle-même centre d’un univers autour duquel l’effondrement psychotique (mis en scène dans la réalité du film) confirme tous les symptômes discordants qui rythment le quotidien des personnages…

23 Un an plus tard, mi-avril 99, alors que je pensais encore à ce film, à mon avis directement issu des « Mémoires d’un névropathe » de D.P Schreber, voilà qu’innocemment je m’installe dans uns salle obscure, impatient de « grimper à l’échelle du rêve » (merci Christian Laffont) cinématographique. Les critiques (Ciné Mag) annoncent pour eXistenZ, un film de style « Fatwa Tmiller ».

24 Une créatrice de jeux virtuels a inventé un « amuse-neurones » révolutionnaire qui se branche directement sur le système nerveux du joueur et se retrouve menacée de mort. Le message annoncé est la liberté des artistes et créateurs à laisser libre cours à l’imagination sans être menacé par l’existence de leur objet de création.Cette traduction que j’énonce est volontairement ambiguë.

25 Il s’agit en fait de la liberté de créer, de dire, de montrer, sans risquer la mort en représaille d’opinion. Mais ce n’est pas ce que j’ai vu, ni même essentiellement retenu du film eXitenZ…

26 Alors si vous choisissez maintenant d’aller voir ce film, a minima par « curiosité clinique », en attribuant au 7ème art certaines fonctions de mise en scène de « l’état social ambiant », attendez un peu que David Cronenberg nous donne à « vivre », sous couvert de son ambition première.

27 Début du film : L’actrice principale semble faire une présentation de son nouveau jeu. Elle propose à quelques membres de son auditoire d’y jouer « en réseau », avec elle. La manette de commande est un « biopode », sorte de joystick vivant fait de chair, de viscères et d’un cordon ombilical…

28 Trame : La créatrice géniale d’eXistenZ est menacé de mort avant même d’avoir terminé sa démonstration promotionnelle. Il s’en suit une trame permanente et une volonté omniprésente de destruction du jeu par des adversaires non identifiés mais qui semblent avoir des moyens illimités…Les trahisons se succèdent, les détracteurs sont partout. Le biopode contenant l’unique exemplaire de son nouveau jeu est malade. Finalement sauvée, elle doit entrer dans son jeu pour vérifier qu’il est toujours fonctionnel. Elle y parvient, en entraînant avec elle son partenaire de fortune qui semble encore, à ce stade du film (3/4), être un garde du corps de circonstance, malgré son identité initiale de stagiaire agent-commercial.

29 Fin du film : Tous les persécuteurs et figurants qui ont agi au cours des multiples péripéties (dans la réalité puis dans le cadre virtuel du jeu apparemment), « se réveillent » dans une salle identique à celui du film, SAUF QUE :

  • ->leur identité n’est plus la même qu’au départ Qe stagiaire garde du corps d’occasion set en fait le petit ami de l’héroïne),
  • -> le créateur du jeu est un homme (et non l’héroïne…),
  • ->les biopodes n’existent plus : les participants sont coiffés d’un vulgaire « casque cérébral », reliés par de simples fils électriques de couleur (style science fiction tout petit budget).

31 AINSI, le seul moyen de retrouver « la réalité vraie » du film est de montrer un équipement de jeu plus ordinaire, cela remet en cause tout ce que le spectateur a pu comprendre du déroulement de l’histoire depuis la première seconde !

32 Effet cinématographique grandiose ! Les acteurs parlent de la réalité du jeu au cours de son déroulement, en fait virtuel, tout en mettant en scène leurs fantasmes identitaires (trame du jeu dont l’histoire n’est pas donc « préméditée », mais déterminée par chacun des participants- cf. le nom du jeu !). Ils instaurent donc un degré de réalité quant à leurs perceptions critiques de la qualité du jeu tout en jouant à celui-ci, alors qu’ils sont effectivement en train de prendre part au jeu depuis le début du film…(Exemple : « ce personnage n’est pas un point, il ne répond pas et ne se comporte pas naturellement »).

33 Le doute s’installe sur ce que vous venez de comprendre ; quelques secondes s’écoulent. Et au moment où je me dis qu’un certains degré de conscience personnelle n’est pas affecté par ce jeu directement branché sur le système nerveux (et de quelle manière !), ce qui permet aux participants d’avoir des relations de l’ordre de leur réalité concrète au cours de déroulement virtuel du jeu, rhéroïne, dont on comprend enfin qu’elle n’est qu’une « participante-fan » à l’essai du jeu (essai qui a donc commencé avant le début des images du film qui se déroule donc entièrement sur un registre virtuel…), se lève, et tue, de sang-froid, le « vrai » créateur du jeu…

34 Certes, on peut se dire que son geste était prémédité, sans que le spectateur n’ait eu d’indices réels pour le savoir. Cependant elle joue le rôle du créateur du jeu et se trouve toujours en danger tout au long du film ; c’est-à dire du jeu. Alors ne peut-on se dire que son geste peut être tout aussi « magique » (c’est-à dire sans conséquences) que le jeu ? Ne peut-on penser, que désirant fortement ressembler à l’auteur, et ayant vécu ce rôle (sans mise en scène prouvant qu’il s’agissait du jeu), il n’y a pas là une porte d’accès au passage à l’acte, au regard de l’ambiance paranoide que sa personnalité a mise en scène durant tout le jeu ;… c’est-à dire tout le film !

35 D’autres interprétations mériteraient plus d’étayage et je vous laisse le soin de les formuler… Mais une chose me semble primordiale : quand le générique commence à parcourir l’écran, son geste semble pouvoir ressembler à la légitime défense délirante si elle ne « sort pas du jeu » alors que celui-ci est bien fini. Et sa paranoïa lui permet bel et bien de vaincre (abattre) le créateur (ce contre quoi elle a résisté tout le long du film.) Et le spectateur doit à son tour se dépêtrer de la confusion mise en scène entre la réalité, une réalité virtuelle, un degré de relation réelle dans le jeu, et la manifestation d’un niveau virtuel de jeu alors même que le jeu se déroulait déjà… Se « plonger » dans le film, revient à avoir une sensation d’un fonctionnement onirique tout évefflé, sans limites concrètes entre la personne et son environnement, et sans morale, alors que le film est fini et que vous êtes debout, prêt à partir, (non, les popcorns n’avaient pas un goût bizarre…)

36 Dans tous les cas, prémédité ou pas, « l’héroïne » du jeu comme du film n’a pas pu s’empêcher de tuer, et pour ma part, je n’ai pas pu m’empêcher d’écrire… Bon public, j’ai bien reçu l’injonction tacite du film à lever certaines barrières fondamentales ; barrières qui garantissent l’existence de rapports sociaux et une certaine angoisse de castration qui ramène sa propriétaire vers certaines réalités…

37 Ainsi, que venez-vous de lire puisque « je n’ai pas pu m’en empêcher » ! L’interprétation paranoïaque de ma lecture du film après décompensation et ma volonté inconsciente de vous décourager d’aller le voir ? Mon « contre transfert » face à un jeu auquel on fait jouer le spectateur malgré lui ? Ou le « compte rendu symptomatique » d’un film psychotique ?

38 Et où se trouve donc la réalité de cet article puisque je ne meurs pas à la fin ?

Description de l'image par IA : Tête de lion stylisée avec des yeux en spirale et une crinière fougueuse.

Date de mise en ligne : 19/09/2024

https://doi.org/10.3917/psca.015.0141