Ces retraités qui participent à la dynamique locale en milieu rural
Pages 71 à 79
Citer cet article
- BLASQUIET-REVOL, Hélène,
- GUILLOT, Marion,
- CHERCHELAY, Julie,
- QUERNET, Charlotte
- et VALLEIX, Marianne,
- Blasquiet-Revol, Hélène.,
- et al.
- Blasquiet-Revol, H.,
- Guillot, M.,
- Cherchelay, J.,
- Quernet, C.
- et Valleix, M.
https://doi.org/10.3917/pour.233.0071
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- Blasquiet-Revol, H.,
- Guillot, M.,
- Cherchelay, J.,
- Quernet, C.
- et Valleix, M.
- Blasquiet-Revol, Hélène.,
- et al.
- BLASQUIET-REVOL, Hélène,
- GUILLOT, Marion,
- CHERCHELAY, Julie,
- QUERNET, Charlotte
- et VALLEIX, Marianne,
https://doi.org/10.3917/pour.233.0071
Notes
-
[1]
Ensemble des communes isolées situées en dehors de l’influence des pôles urbains (catégorie du zonage en aires urbaines de l’Insee).
-
[2]
Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes.
-
[3]
Contrat de recherche émanant du GIS INLV – INSERM (2004–2007) s’attachant à mieux cerner les spécificités du vieillissement en milieu rural dans deux territoires ; en Creuse et en Ardèche.
-
[4]
Programme de recherche Pour et sur le développement Régional. CreActE s’intéressait à la Création d’Activités nouvelles et d’emplois dans les Espaces ruraux. Un des volets de recherche avait notamment eu pour objet d’étudier le lien entre création d’activités et vieillissement dans les espaces ruraux.
-
[5]
ECTI (Échanges et Consultations Techniques Internationaux) est une association de référence dans le bénévolat sénior de compétences, indépendante, sans but lucratif, créée en 1974, et reconnue d’utilité publique. Elle est présente dans tous les départements français (avec une forte implantation dans les métropoles régionales), ainsi que dans 50 pays avec des représentants locaux, et elle se donne pour vocation de contribuer au développement économique et social. (Source : http://www.ecti.org/)
-
[6]
AGIRabcd (Association Générale des Intervenants Retraités - Actions de Bénévoles pour la Coopération et le Développement) est une association de retraités bénévoles, qui accompagne les populations en difficulté et intervient en France et dans le monde. (Source : http://www.agirabcd.eu/)
1Le vieillissement de la population en France est un sujet majeur. En 2005, un individu sur cinq était âgé de 60 ans et plus, cela deviendrait un sur trois en 2050 (Centre d’Analyse Stratégique, 2010). Même si les territoires peu denses concentrent davantage de personnes âgées (de plus de 65 ans), leur nombre croît sur l’ensemble du territoire. En effet, d’après l’étude du CGET (2017) sur le vieillissement de la population et ses enjeux, en France, la part des personnes âgées de 65 ans ou plus est passée de 13,9 % en 1990 à 18,8 % en 2016. Ce vieillissement affecte différemment les territoires français. C’est dans les espaces ruraux [1] que la part des personnes de 65 ans et plus est la plus élevée (26 % en 2013). Ce vieillissement de la population rurale est autant dû à un solde naturel négatif qu’a un solde migratoire positif lié à l’installation de personnes à l’âge de la retraite dans les campagnes (Sencébé et Lepicier, 2007). Ainsi les territoires ruraux ont des aînés couvrant une diversité de profils plutôt méconnus (Mallon, 2013).
2Aujourd’hui en France, le vieillissement de population est surtout abordé en termes de santé et de dépendance. La prise en compte des personnes âgées ou seniors dans les territoires est souvent liée à la perte d’autonomie. Lorsque l’on parle des personnes âgées dans les médias, c’est pour évoquer, par exemple, les difficultés que rencontrent les EPHAD [2] et le plan proposé en mai 2018 par la ministre Agnès Buzyn pour améliorer les conditions de travail dans ces établissements. Ainsi, les citoyens, mais aussi les politiques assimilent souvent cette part de la population à des « problèmes à résoudre » en termes d’accès aux services et aux soins (portage des repas, maisons médicales, soins à domicile, aide au ménage ou aux courses, etc.).
3Cependant, nos vies personnelles et les divers projets de recherches auxquels nous avons participé (Vieillir en milieu rural : chance ou risque accru de vulnérabilité ? [3] et PSDR CreActE [4] notamment), nous montrent et nous ont montré que la population dite : « âgée » est très diversifiée et ne peut se résumer à une catégorie qui serait dépendante des autres. C’est pourquoi nous avons voulu participer à ce numéro de Pour en proposant des premières pistes explorées lors d’un projet collectif mené par des étudiantes de VetAgro Sup sur les retraités et la dynamisation des territoires ruraux. En effet, nous sommes parties de l’hypothèse qu’il existe des activités sur ces territoires mises en place et réalisées par des retraités « actifs » à destination des habitants. Ces activités ne seraient pas seulement bénéfiques pour les retraités mais toucheraient un public plus large et participeraient ainsi de l’attractivité mais aussi d’un certain dynamisme territorial dans le rural.
Méthode et définition
Présentation de l’étude exploratoire
4Une étude exploratoire a été réalisée pour recenser des initiatives portées par des retraités et ayant un impact sur la vie des territoires ruraux. Le projet a été mené par 3 étudiantes en dernière année de cursus ingénieur dans le cadre de leur spécialité en développement territorial, du campus agronomique de VetAgro Sup.
5Le projet s’échelonnait sur 4 semaines réparties sur 3 mois. L’objectif était de repérer et recenser des initiatives innovantes et originales portées par les retraités actifs ou auxquelles ces retraités participent.
6Les étudiantes ont d’abord cherché via différents moyens des activités générées ou réalisées par des retraités. Des recherches sur Internet, mais aussi des appels à la presse locale par le biais des correspondants locaux ainsi que le « bouche-à-oreille » leur ont permis d’établir un « catalogue » d’activités non exhaustif.
7Quinze initiatives ont pu être recensées en Région Auvergne-Rhône-Alpes et ont été répertoriées dans un catalogue. Le catalogue créé regroupe, pour chaque initiative, des informations sur : l’activité (type de structure, type d’activité, nom de la structure, description de la structure), sur le porteur de projet (nom de la personne référente, biographie de la personne référente) et sur le territoire concerné (localisation). Les initiatives ont été sélectionnées selon :
- Leur remarquabilité. Elles peuvent exister partout mais sont remarquables de par l’implication de retraités. De prime abord, ce sont des activités qu’on ne penserait pas être menées par des retraités.
- Le porteur de ces initiatives : de préférence un retraité. Si ce n’est pas le cas mais que des retraités y sont présents, c’est la place et la considération de ceux-ci au sein de l’action qui ont été prises en compte.
9À la suite de la création de ce catalogue, 9 entretiens concernant des initiatives mises en place par des retraités actifs dans le milieu rural auvergnat ont été réalisés. Ces entretiens ont été ciblés sur la partie auvergnate de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Un guide d’entretien semi-directif a été utilisé. Il abordait des éléments sur : l’activité et la personne retraitée interviewée (motivation, raisons de la création de cette activité, aide et accompagnement reçus), son lien au territoire (l’aide fournie par le territoire, les autres initiatives présentes) ainsi que la vie des retraités en milieu rural (leur place, les manques, leur prise en compte).
De qui parle-t-on ?
10Avant de s’intéresser aux initiatives qui sont portées et/ou créées par ces retraités « actifs », il convient de définir de qui nous parlons.
11En effet, on entend dans les médias parler de « personnes âgées », « d’aînés », mais aussi de « retraités », de « seniors »… : les termes sont multiples. Nous avons choisi pour ce projet de parler de « retraités » car il s’agit d’une catégorie de population qui ne peut être définie que par son âge, mais aussi par un moment particulier de la vie puisque les retraités sont considérés comme étant hors de la population active.
12Or les retraités peuvent être encore actifs : certains en tant que professionnels, d’autres en tant qu’élus, bénévoles… Ils peuvent aussi mettre en place des activités à destination de l’ensemble des habitants d’un territoire, ou à destination de la sphère privée telle que la garde des petits-enfants, l’aide aux devoirs… D’ailleurs Guillemard (2002) fait le constat que « la retraite ne représentera que rarement une interruption de toute l’activité sociale du sujet. En effet, ce dernier a investi, au cours de sa vie active, de nombreuses autres sphères d’activité sociale en dehors de celle du travail, lesquelles pourront être réinvesties dans sa vie d’après-le-travail. »
13C’est pourquoi nous parlerons dans la suite de cet article de « retraités actifs ».
Ces initiatives mises en place par les retraités actifs
14Nous allons maintenant nous intéresser aux types d’initiatives dans lesquelles les retraités actifs sont impliqués. Nous verrons également les motivations qui les animent pour participer à des activités ou bien en créer de nouvelles dans les territoires.
15Parmi les initiatives, on recense une majorité d’associations (10 initiatives sur les 15 recensées). Il n’est d’ailleurs pas rare que les retraités soient adhérents à plusieurs associations, avec plus ou moins de responsabilités. Ils sont ainsi présents sur les territoires lors des diverses manifestations et événements qui s’y déroulent.
16Les entreprises, elles, sont moins courantes (2 initiatives sur 15) : c’est en effet un type de structure plus lourd en investissement qui devient difficile à gérer à la retraite selon les dires des enquêtés (Encart n° 1).
Encart n° 1 : Rosé-thé à Charroux
Depuis 2000, Bernadette Martin tient un salon de thé proposant des boissons et des pâtisseries de qualité dans un petit village de l’Allier.
Elle a travaillé à Paris pendant 25 ans, avant de revenir à Charroux, village d’origine de son mari. Elle a une formation de comptable et a travaillé pendant 25 ans en tant qu’assistante en chirurgie dentaire. Lorsqu’elle a déménagé à Charroux, elle s’est demandé ce qu’elle allait y faire. Elle s’était rendu compte à Paris qu’il y avait « beaucoup de gens seuls et que c’était aussi le cas ici ».
Elle a ouvert son salon de thé à 56 ans (elle a maintenant 73 ans), en achetant une ancienne épicerie. Pour « gagner sa vie », elle prend peu de vacances car elle est seule à tenir le salon. Sa sœur vient l’aider l’après-midi en été. « Les clients ne s'imaginent pas que c’est difficile et du travail que cela représente ».
Elle est allée à la chambre de commerce qui l’a un peu aidée. Elle n’a eu aucune aide ni subvention de la commune ou de qui/quoi que ce soit, elle a juste fait un petit emprunt personnel à la banque. La « bonne retraite » de son mari l’a beaucoup aidée à démarrer ce projet.
Elle n’avait pas de réseau dans le milieu des salons de thé. Sa fille qui travaillait en Allemagne lui a toutefois fait connaître la maison de thé avec laquelle elle travaille aujourd’hui.
Son activité lui permet par ailleurs de créer du lien social. En effet, son salon de thé permet de créer « de l’amitié, de l’humanisme, du partage ». La majorité des clients viennent depuis le début et se connaissent tous aujourd’hui.
17Le reste des initiatives repérées par les étudiantes (3 sur 15) se compose de structures très diverses : verger conservatoire communal, correspondant local bénévole pour un journal ou encore blog (Encart n° 2).
Encart n° 2 : Papou Poustache à Auzon
Jean Piludu, passionné d’histoire et de l’Auvergne, partage l’histoire locale des villages auvergnats via un blog créé en 2007 dans lequel il publie des photos et anecdotes. Sa carrière dans un bureau d’étude lui a apporté des connaissances en informatique qui l’ont aidé à créer son blog.
Le blog comprend environ 2000 articles sur les villages des 4 départements de l’Auvergne. Cette activité occupe 3 à 4 heures de son temps par jour, avec en plus l’animation d’une page Facebook « Auvergne » fortement liée au blog dans laquelle il parle également des articles qu’il rédige. Son blog est financé par les hébergeurs via les publicités.
Les visiteurs du blog sont majoritairement des Auvergnats ayant quitté leur région pour les États-Unis, le Canada ou ailleurs, ainsi que les personnes âgées « dépendantes » ne pouvant plus sortir de chez elles et qui sont « contentes » de revoir leur village.
Au départ, il s'intéresse principalement au bassin minier autour de Brassac-les-Mines et à son histoire. « Après, les gens me contactaient pour me demander des renseignements sur d'autres villages. Donc avec ma femme, on parcourt l'Auvergne pour enrichir le blog. » (La Montagne, 20-04-15)
« En rural, tant qu’on est valide, tout se passe bien ». Le plus difficile lors du passage à la retraite est de garder des liens sociaux selon Jean Piludu : « Il faut garder le contact ou on passe à une vie d’ermite ».
18Les « retraités actifs » que les étudiantes ont rencontrés développent des activités en lien avec le territoire. Par exemple, un musée de la mine pour que l’histoire des mineurs locaux ne disparaisse pas (Encart n° 3), un blog pour faire redécouvrir les attraits des villages alentour, l’organisation d’événements culturels en lien avec des savoir-faire locaux…
Encart n° 3 : Minérail à Messeix
À la suite de la fermeture de la mine de Messeix en 1988, un groupe d’anciens mineurs s’est battu pour promouvoir et conserver la mémoire de l’activité minière, En effet, à la fermeture de la mine, tout devait être démoli, après 150 ans d’activité. Pour conserver les bâtiments, il fallait qu’une association soit créée pour gérer ce patrimoine.
L’association du musée du puits Saint-Louis a vu le jour en 1990 et s’est chargée de conserver les bâtiments. L’association compte entre 12 et 15 bénévoles, tous retraités. La grande majorité d’entre eux sont liés familialement à la mine.
Le musée Minérail, quant à lui, a été créé en 2000 afin de partager et transmettre le patrimoine culturel et historique de Messeix. L’association fait vivre et anime le musée. « Plus que de faire découvrir l'ancienne exploitation, on veut relayer la mémoire de l’endroit, l’histoire des gens qui ont travaillé et vécu ici », raconte Marcel Bauderon, ancien minier et trésorier de l’association (La Montagne, 04-15-17).
Pour le fonctionnement de l’association la commune donne une aide de 5000 euros/an et ils ont aussi quelques dotations.
Pour ces retraités de l’Association du musée du puits Saint-Louis, être dans une association leur permet : « d’avoir des contacts, de ne pas se renfermer ».
19Les motivations qu’ils énoncent sont de plusieurs ordres : générer et garder du lien social, conserver, valoriser et partager un patrimoine, faire vivre le village pour qu’il ne dépérisse pas, ou bien encore besoin d’un revenu complémentaire.
20Le profil des retraités actifs est aussi divers que la nature des activités qu’ils proposent : passionnés pour un domaine ou une activité spécifique n’ayant pas eu le temps ou l’opportunité de la réaliser auparavant ; passionnés de leur territoire ; personnes souhaitant continuer l’activité qu’elles menaient pendant leur carrière professionnelle ; personnes souhaitant se mettre au service d’autrui, etc. En somme, des profils très variés mais où on retrouve un même élément : une forte volonté. En effet, étant en retraite, le fait de générer de l’activité ne tombe pas sous le sens, leur motivation et leur engagement est fort, d’autant plus que ces activités leur prennent souvent beaucoup de temps (Encart n° 4).
Encart n° 4 : Verger conservatoire à Savennes
Marie-Noëlle Rauche est une ancienne maîtresse d’école (elle l’a été à partir de 40 ans, avant cela elle a eu un master en psychologie et a été éducatrice) qui a toujours eu un intérêt pour les vieux arbres fruitiers et pour la greffe, qui lui vient notamment de son grand-père.
Arrivée en retraite, elle emménage dans une maison d’enfance autour de laquelle se trouvaient 8 vieux pommiers. 3 d’entre eux sont morts ce qui alerte Marie-Noëlle sur le besoin de greffer ces vieux arbres afin d’éviter de perdre ce patrimoine.
Elle crée donc un verger conservatoire pour greffer les espèces de la commune de Savennes afin de conserver chacune des espèces présentes.
Elle propose des activités d’animation avec l’aide de bénévoles du conservatoire des espaces naturels, telles que l’organisation de journées de formation pour les lycées (qui a lieu maintenant chaque année avec le lycée de Rochefort-Montagne).
Marie-Noëlle a aussi pour objectif de faire changer la vision des gens sur les pommes (elles peuvent se garder longtemps, se mangent flétries, être consommées cuites, etc.). Elle fait beaucoup de porte à porte pour promouvoir le verger et faire passer ses messages. La plupart des gens sont intéressés.
Ne plus être au conseil municipal l’a aidé car elle n’avait ainsi « plus d’étiquette politique pour aller rencontrer les gens ».
21La plupart n’ont pas ou peu d'aides publiques. Des associations comme ECTI [5] ou AGIRabcd [6] peuvent, de leur côté, avoir des aides car elles se déploient aux niveaux régional et national ce qui n’est pas forcément le cas pour les activités plus « locales ». Toutefois, la commune peut aider matériellement ou financièrement les retraités dans la création ou le soutien de leur activité (dotations aux associations, aides ponctuelles lors de manifestations, prêts de locaux) mais cela reste une aide modérée (4 personnes sur les 9 interrogées).
22Discussion : les retraités actifs, ressource pour les territoires ruraux ?
23On remarque que les retraités interrogés s’investissent pleinement dans leur territoire dans le but de le conserver, notamment à travers des associations. Comme a pu le remarquer Guillemard (2002), « les retraités s’investissent dans les associations d’utilité sociale et économique. […] Le temps de la retraite est désormais devenu, pour une minorité significative, celui du travail bénévole ».
24On note également un attachement particulier de cette génération à leur territoire : migration « retour au pays » (cas de Rose-thé), choix d’un lieu de vie pour la retraite, amoureux du patrimoine local (cas de Papou Poustache), mémoire des activités passées (cas de Minérail), de l’histoire locale, sensibilité pour le patrimoine vivant local (cas du Verger conservatoire). Il y a une forte envie de transmettre l’histoire, la culture de celui-ci, qu’ils soient issus du territoire ou qu’ils l’aient choisi pour y vivre. D’ailleurs, dans certains territoires, les retraités représentent le cinquième du total des migrants (Mamdy, 2004).
25Et pourtant, ils ont une certaine difficulté à se constituer en tant que groupe social. On considère que les retraités sont souvent dépendants. Or, quand on parle des retraités sur un territoire, cette réalité recouvre en fait une forte hétérogénéité dans les âges, la dépendance mais aussi l’implication sociale. La retraite crée une certaine rupture dans le rythme social d’un individu : être en retraite c’est un autre mode de vie, un autre statut, une autre reconnaissance sociale, voire (et c’est bien là le nœud du problème) un manque de reconnaissance.
26Malgré les contours plus que mouvants du groupe social de l’après retraite, les retraités actifs peuvent être considérés comme une ressource pour les territoires ruraux car ils sont garants d’un certain dynamisme :
- Ils assurent une animation pour les territoires (bénévoles dans des associations locales, vie de village…).
- Ils génèrent parfois de nouvelles activités (création d’associations ou d’entreprises).
- Ils peuvent être un pont entre les générations (activités dans les écoles, bibliothèques, associations sportives, aidants auprès de personnes dépendantes, garde d’enfants…).
- Ils peuvent assurer un service de mémoire (histoire des lieux, mémoires de vies).
28Ces points ne sont pas exclusifs, tel l’exemple de Minérail où les retraités renouent avec l’histoire et sont à l’origine d’un dynamisme local visant à transcender les générations.
Conclusion
29Les 15 initiatives recensées ne sont qu’une partie de ce qui peut exister dans les territoires ruraux. Il conviendrait de continuer les investigations en étendant la zone d’étude au territoire français et en s’appuyant sur des relais dans les territoires pour identifier les initiatives.
30Néanmoins, cette étude exploratoire nous a permis de constater qu’une grande partie des activités faisant vivre ces petites communes seraient difficilement réalisables sans les retraités. En effet, si ces retraités actifs n’étaient pas là, comment certaines activités se maintiendraient-elles ? Y aurait-il une certaine relève avec des « jeunes actifs » ?
31Les retraités actifs sont sans doute également les meilleurs émissaires d’un territoire en étant capables de transmettre l’histoire patrimoniale des villages auxquels ils sont attachés. Ils participent ainsi à l’attractivité du territoire. Le Blog de Papou Poustache illustre cette capacité qu’ont les activités de certains retraités à mettre en avant les atouts d’un territoire. À ce titre, son blog est une véritable « vitrine territoriale ».
32Toutefois, les retraités actifs ne sont que très rarement « considérés » sur les territoires : on ne les connaît pas ou peu, on ne les consulte pas. Selon Serge Guérin et Gilles Bérut (2016), « La vision dominante du vieillissement de la population privilégie un regard en surplomb, négatif et dévalorisant ». La plupart du temps les responsables locaux ignorent même la qualité des retraités sur leur territoire et donc ne les sollicitent pas au regard de leur savoir et de leurs compétences.
33Force est de constater que la rencontre entre les territoires ruraux et les retraités actifs ne se fait pas encore, ou qu’elle est trop rare. Il serait donc intéressant de creuser la piste territoriale et d’étudier comment les territoires les voient, mais aussi, comment ils sont considérés dans les territoires ruraux.
Références bibliographiques
- Centre d’Analyse Stratégique (2010), « Vivre ensemble plus longtemps : Enjeux et opportunités pour l’action publique du vieillissement de la population française », Note de veille, n° 185, juillet, 8 pages.
- CGET (2017), « Le vieillissement de la population et ses enjeux », Fiche d’analyse de l’Observatoire des territoires, 20 pages.
- Guérin S. et Berut Gilles (2016), « La silver économie, un levier pour un autre développement ? », Editorial, Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil., 14(4) : 358-62
- Guillemard A.-M. (2002), « De la retraite mort sociale à la retraite solidaire. La retraite une mort sociale (1972) revisitée trente ans après », Gérontologie et société, vol. 25, n° 102, p. 53-66.
- Mallon, I. (2013), « Demeurer au pays ou vivre sa retraite à la campagne : comment cohabitent les personnes âgées en milieu rural isolé ? », Métropolitiques, URL : http://www.metropolitiques.eu/Demeurer-au-pays-ou-vivre-sa.html.
- Mamdy (2004), « Dossier Cap sur la campagne », Revue POUR, n° 182, GREP.
- Sencébé Y., Lepicier D. (2007), « Migrations résidentielles de l’urbain vers le rural en France : différenciation sociale des profils et ségrégation spatiale », Espace-Temps.net, Textuel, http://espacestemps.net/document2270.html.