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Vivre célibataire : des idées reçues aux expériences vécues

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  • Bergström, M.
  • et Vivier, G.
(2020). Vivre célibataire : des idées reçues aux expériences vécues. Population & Sociétés, 584(12), 1-4. https://doi.org/10.3917/popsoc.584.0001.

  • Bergström, Marie.
  • et al.
« Vivre célibataire : des idées reçues aux expériences vécues ». Population & Sociétés, 2020/12 N° 584, 2020. p.1-4. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-population-et-societes-2020-12-page-1?lang=fr.

  • BERGSTRÖM, Marie
  • et VIVIER, Géraldine,
2020. Vivre célibataire : des idées reçues aux expériences vécues. Population & Sociétés, 2020/12 N° 584, p.1-4. DOI : 10.3917/popsoc.584.0001. URL : https://shs.cairn.info/revue-population-et-societes-2020-12-page-1?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/popsoc.584.0001


Notes

  • [1]
    Question posée aux personnes hors couple ou sans relation amoureuse importante : « Est-ce que... 1) Vous n’avez aucune relation 2) Vous avez une relation suivie mais qui ne compte pas vraiment 3) Vous avez des relations de temps en temps qui ne comptent pas vraiment »
  • [2]
    « Pour vous, ne pas être en couple rend la vie quotidienne en général / le fait de partir en vacances, etc. 1) Plus facile 2) Plus difficile 3) Ne change rien 4) Non concerné 5) Ne sait pas ».
  • [3]
    Entre 26 et 65 ans, 22 % des femmes célibataires habitent avec un enfant de moins de 15 ans, contre seulement 6 % des hommes.
  • [4]
    Question : [La vie hors couple] « Est-ce que… C’est un choix / Ce n’est pas vraiment un choix mais la situation vous convient / Vous souhaiteriez avoir une relation amoureuse importante / Vous souhaiteriez avoir une ou des relations sans vous engager » ?

La vie adulte est faite de périodes où l’on vit en couple et d’autres, où l’on est célibataire. On a tendance à considérer ces dernières comme passagères, courtes, en attente de reformer un couple, qui serait la situation normale. Qu’en est-il réellement ? Analysant les données de l’enquête Épic, Marie Bergström et Géraldine Vivier nous expliquent quelle proportion de personnes n’est pas en couple à un moment donné, comment elle varie selon les catégories sociales, et comment ces épisodes de vie célibataire sont perçus.

1Vivre célibataire – ne pas ou ne plus être en couple – est devenu une situation fréquente. Au début de la vie adulte d’abord, parce que la première mise en couple est devenue plus tardive [1], et plus encore par la suite, parce que l’augmentation des séparations et des divorces depuis les années 1970 s’accompagne d’épisodes de vie célibataire, temporaires ou plus durables. Ainsi, lors de l’enquête Épic menée en 2013-2014 en France métropolitaine (encadré 1), une personne sur cinq âgée de 26 à 65 ans déclarait ne pas être en couple (21 %) et une personne sur deux avait connu au moins une période de vie hors couple (d’un an ou plus) depuis sa première relation amoureuse importante. Cette diffusion de la vie célibataire n’échappe pas aux intéressés : conscients d’être nombreux, les célibataires y voient une situation désormais courante voire banale. Néanmoins, la post-enquête qualitative conduite auprès de certains d’entre eux montre que la vie à deux reste bel et bien la norme et que le célibat est peu valorisé socialement [2]. Alors qu’entre 26 et 65 ans, la vie conjugale est très majoritaire, l’appréciation que les célibataires portent sur la vie hors couple est en partie liée à sa fréquence dans leur propre environnement social. Plus positive lorsqu’elle est courante autour de soi, elle est moins bien vécue lorsqu’elle renvoie à une situation minoritaire. Toutefois, ces appréciations et les aspirations qui les accompagnent s’ancrent aussi dans des expériences contrastées du célibat selon l’âge, le sexe et le milieu social.

Célibat des femmes, célibat des hommes

2Autant de femmes que d’hommes sont célibataires entre 26 et 65 ans (21 %). Néanmoins, leurs trajectoires affectives diffèrent sensiblement (figure 1). Les hommes se mettent en couple plus tard que les femmes ; ils sont plus nombreux à être célibataires lorsqu’ils sont jeunes. Inversement, les femmes entrent plus tôt dans la conjugalité, et en sortent plus précocement aussi. Passée la trentaine, qui constitue un temps fort de la vie conjugale pour les deux sexes – le taux de vie hors couple est alors très bas – les séparations, les divorces et les veuvages n’affectent pas les femmes et les hommes de la même façon. À partir de la quarantaine, le taux de vie hors couple augmente pour les femmes sans jamais plus diminuer. Les parcours des hommes sont moins sensibles à l’âge. Moins touchés par le veuvage [3], ils se remettent également plus souvent et plus rapidement en couple après une rupture [4].

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Figure 1

Description de l'image par IA : Graphiques montrant la situation vis-à-vis du célibat selon l'âge et le sexe, avec légendes et sources.

Figure 1

4Vivre célibataire n’est pas la même chose que vivre seul, une confusion souvent faite (encadré 2). Une large part (42 %) des célibataires ayant répondu à l’enquête Épic habitent avec d’autres personnes : leurs enfants ou des colocataires par exemple. De même, le célibat ne correspond pas forcément à une absence de relations intimes. Sans être en couple ou engagé dans une relation amoureuse importante, près d’un tiers des célibataires de 26 à 65 ans déclarent avoir une ou des relation(s) qui ne comptent pas vraiment (29 %) [1].

5Interrogés sur leur vécu, seule une minorité des célibataires rapporte un effet négatif du célibat sur leur vie quotidienne ou sociale, sur les vacances ou les loisirs (figure 2) [2]. Quelle que soit la dimension abordée, les femmes comme les hommes célibataires considèrent le plus souvent que « ça ne change rien ». Certes, les parents en situation de monoparentalité et résidant avec un enfant de moins de 15 ans – qui sont surtout des mères [3] – déclarent davantage que les personnes sans enfant que la vie hors couple complique leur quotidien ou le départ en vacances, mais ils restent néanmoins plus nombreux à répondre que le célibat ne change rien ou facilite les choses.

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Figure 2

Description de l'image par IA : Descripteurs de graphiques montrant les proportions de célibataires déclarant un impact négatif sur quatre domaines de la vie, par sexe.

Figure 2

Célibat et conjugalité : des expériences socialement contrastées

7La vie célibataire est plus courante dans les milieux modestes. C’est vrai pour les hommes et pour les femmes, bien que moins marqué pour ces dernières. De façon graduelle, les proportions de personnes hors couple diminuent lorsque l’on s’élève dans l’échelle sociale (figure 3). Ainsi, 29 % des ouvriers et 24 % des ouvrières sont célibataires, contre 13 % des hommes cadres et 18 % des femmes cadres. Les parcours antérieurs de ces célibataires révèlent néanmoins des différences selon le sexe : alors que les ouvriers, employés ou agriculteurs célibataires comptent une part importante de personnes qui n’ont jamais été en couple, les employées ou ouvrières célibataires ont plus souvent un passé conjugal, marqué par un divorce ou par un veuvage. Autrement dit, chez les hommes, on constate une différence sociale d’accès à la conjugalité, tandis que chez les femmes, la différence s’exprime plutôt en termes de sortie de la conjugalité. Des inégalités territoriales, telles que l’isolement géographique des agriculteurs, et des inégalités socioprofessionnelles de santé, qui induisent un veuvage plus fréquent des femmes de milieu modeste, façonnent aussi ces parcours conjugaux contrastés.

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Figure 3

Description de l'image par IA : Graphiques montrant les formes de célibat selon le sexe et la catégorie socioprofessionnelle en pourcentage.

Figure 3

9Néanmoins, lorsqu’on les interroge sur le caractère plus ou moins choisi de leur célibat [4], les femmes plus que les hommes (46 % contre 34 %) et les personnes employées ou ouvrières plus que les personnes cadres ou appartenant aux professions intellectuelles supérieures (43 % contre 33 %) affirment que « c’est un choix ». Moins satisfaites de la vie célibataire, ces dernières déclarent davantage s’être – parfois ou souvent – senties exclues du fait de ne pas être en couple. La moindre fréquence du célibat dans les classes supérieures semble coïncider avec une norme conjugale plus forte. Inversement, dans les classes populaires où la vie hors couple, la monoparentalité et le célibat définitif sont plus répandus, ces situations sont peut-être moins stigmatisées et excluantes.

Un célibat émancipateur : l’expérience des femmes employées et ouvrières

10Ces clivages sociaux dans la façon de vivre et d’apprécier le célibat sont particulièrement marqués chez les femmes. Les ouvrières et les employées présentent en effet beaucoup plus souvent leur célibat comme un choix (50 %) que les femmes cadres et professions intellectuelles supérieures (25 %). Elles considèrent également plus souvent que la vie hors couple « ne change rien » à leur vie de tous les jours (43 % contre 34 %) alors que les femmes cadres répondent davantage que le célibat rend leur quotidien « plus difficile » (42 % contre 30 % des ouvrières ou employées). Ces différences sont exacerbées lorsque l’on tient compte de la parentalité : les mères célibataires des milieux favorisés déclarent bien plus de difficultés associées à la vie hors couple que les mères ouvrières ou employées. C’est donc dans les milieux modestes, même en situation de monoparentalité – une situation que l’on sait appauvrissante [5] – que les femmes s’accommodent le mieux de la vie hors couple. Un tel résultat peut surprendre mais les femmes employées et ouvrières interviewées l’éclairent. D’abord en soulignant la continuité de leur rôle et de leur travail domestique et éducatif : avec ou sans conjoint, il leur faut « s’organiser », « tout faire » et « tout gérer ». Ensuite en pointant l’autonomie de décision associée à la vie hors couple : seules, elles sont désormais libres de décider, certes sous contraintes mais sans comptes à rendre, des dépenses ou de l’éducation des enfants. La gestion de l’argent est emblématique de cette autonomie nouvelle. Alors que l’inégale répartition du travail parental et ménager marque aussi la vie conjugale des femmes cadres, l’indépendance financière des conjoints est plus grande dans les couples au statut social élevé [6]. Gérer son budget sans avoir à négocier constitue donc une différence et un gain plus significatifs pour les femmes ouvrières et employées que pour les autres. Et c’est à cette liberté de décision, gagnée ou regagnée, qu’elles sont attachées.

Un célibat redouté au cap de la trentaine

11Les jeunes de 30 à 34 ans, hommes comme femmes, sont au contraire ceux qui rapportent l’expérience la plus mitigée, voire négative, de leur célibat. Ils sont moins nombreux à le dire choisi (22 % contre 46 % de l’ensemble des célibataires de 26-65 ans) et plus nombreux à se sentir souvent ou parfois exclus du fait de ne pas être en couple (40 % contre 32 %) : le célibat pèse autour de la trentaine. Le taux de vie hors couple, on l’a vu, est alors très faible, et les jeunes célibataires font l’expérience d’une sociabilité qui se transforme. Beaucoup d’amis du même âge sont en couple, la conscience d’être en minorité s’accentue et la pression, personnelle et sociale, s’aiguise : 56 % des 30-34 ans ont déjà eu l’impression que leurs proches cherchaient à leur faire rencontrer quelqu’un (contre 38 % pour l’ensemble des célibataires) et 18 % ont laissé croire à leurs proches qu’il y avait quelqu’un dans leur vie (contre 11 %). De fait, les trentenaires sont aussi ceux qui tentent le plus de favoriser les contextes de rencontre, par Internet notamment. Alors que seuls 7 % des femmes et des hommes s’installent en couple cohabitant pour la première fois après 30 ans, et environ 1 % après 40 ans, la trentaine constitue un cap où se profilent le risque et la crainte de voir un célibat, temporaire et réversible, se figer en un célibat durable, voire définitif, perçu comme une condition malheureuse.

Encadré 1. l’enquête Épic* : Étude des parcours individuels et conjugaux

L’enquête Épic a été conduite par l’Ined et l’Insee, en 2013-2014 en France métropolitaine, auprès de 7 825 personnes âgées de 26 à 65 ans. En interrogeant les répondants sur les « relations de couple ou relations amoureuses importantes » qui ont jalonné leur vie, l’enquête retrace la trajectoire conjugale et amoureuse de chacun avant d’approfondir sa situation du moment, qu’il soit en couple ou pas. Affranchie de la catégorie juridique de « célibataire » qui ne permet plus de définir la situation des gens du point de vue de la conjugalité, cette approche permet de saisir les formes contemporaines de célibat et les expériences qui les accompagnent. Le vécu des célibataires, leurs aspirations, les attitudes de leur entourage ont fait l’objet d’un module de questions spécifiques et d’une post-enquête qualitative par entretiens semi-directifs auprès de 42 répondants sans relation conjugale au moment d’Épic.
* L’enquête Épic a été réalisée avec le soutien de la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), de la Direction de la recherche, de l’évaluation, des études et des statistiques (Drees), de l’Agence nationale de la recherche (ANR, projet Cechic : Corpus pour l’étude de cent ans d’histoire du couple en France) et de iPOPs (Labex Individus, populations, sociétés).

Encadré 2. Comment mesurer le célibat ?

Le terme « célibat » est polysémique et il existe différentes mesures de cette notion. Cet article se fonde sur une définition déclarative : sont célibataires les personnes qui déclarent ne pas être en couple. En 2013, c’était le cas de 21 % des personnes âgées de 26 à 65 ans. Or il existe trois autres indicateurs qui recoupent plus ou moins la vie « hors couple » ainsi définie :
1)  Le statut matrimonial « célibataire » traduit la situation légale des personnes n’ayant jamais été mariées. Il a longtemps servi d’indicateur de la vie hors couple, mais avec la diffusion du concubinage, il distingue désormais mal la situation conjugale réelle des individus. En 2013, 35 % des personnes âgées de 26 à 65 ans étaient célibataires au sens juridique, mais seule une partie d’entre elles étaient hors couple (figure 4).

Figure 4

Description de l'image par IA : Graphiques indiquant les proportions de célibataires, personnes seules, vivant en couple et sans conjoint dans la population totale.

Figure 4

2) La proportion de personnes qui habitent seules est un deuxième indicateur souvent mobilisé. La part croissante de ménages d’une personne reflète bien l’augmentation de la vie hors couple, mais elle en reste un indicateur très imparfait. Elle passe sous silence les personnes sans partenaire mais ne vivant pas seules : familles monoparentales et colocataires notamment. En 2013, seuls 16 % des individus âgés de 26 à 65 ans vivaient seuls.
3) Le fait « d’habiter sans conjoint » − par opposition à celui de vivre avec un conjoint sous un même toit, de plus en plus utilisé dans la statistique publique pour définir la conjugalité − est un troisième indicateur mobilisé. S’il répond à la faiblesse des autres mesures, il néglige en revanche les couples non cohabitants. Ce mode de vie conjugal concerne une minorité non négligeable de femmes et d’hommes, notamment aux jeunes âges et après une séparation [7]. Quant aux personnes âgées de 26 et 65 ans, 28 % habitaient sans conjoint en 2013.

Références

  • [1] Rault W. et Régnier-Loilier A., 2015, La première vie en couple : évolutions récentes, Population et Sociétés, n° 521.
  • [2] Bergström M., Courtel F., Vivier G., 2019, La vie hors couple, une vie hors norme ? Expériences du célibat dans la France contemporaine, Population, 74(1-2), p. 103-130.
  • [3] Delbès C., Gaymu J., 2005, L’histoire conjugale des 50 ans et plus, in Lefèvre C., Filhon A. (dir.), Histoires de familles, histoires familiales. Les résultats de l’enquête Famille de 1999, Paris, Ined, Cahier n° 156, p. 339-365.
  • [4] Cassan F., Mazuy M., Clanché F., 2005, Refaire sa vie de couple est plus fréquent pour les hommes, in Lefèvre C., Filhon A. (dir.), Histoires de familles, histoires familiales. Les résultats de l’enquête Famille de 1999, Paris, Ined, Cahier n° 156, p. 223-231.
  • [5] Bonnet C., Garbinti B., Solaz A., 2015, Les variations de niveau de vie des hommes et des femmes à la suite d’un divorce ou d’une rupture de Pacs, Insee Référence édition 2015 – Couples et familles, p. 51-61.
  • [6] Ponthieux S., 2012, La mise en commun des revenus dans les couples, Insee Première, n° 1409.
  • [7] Régnier-Loilier A., 2019, Être en couple chacun chez soi, une situation plus fréquente après une séparation, Population et Sociétés, n° 566.

Mots-clés éditeurs : célibat, conjugalité, genre, norme, parcours, vie hors couple

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Date de mise en ligne : 14/12/2020

https://doi.org/10.3917/popsoc.584.0001