La réponse des autorités nationales à l'européanisation de l'accès aux soins de santé : une approche interactionniste fondée sur les « usages de l'Europe »
- Par Alban Davesne
Pages 165 à 195
Citer cet article
- DAVESNE, Alban,
- Davesne, Alban.
- Davesne, A.
https://doi.org/10.3917/poeu.035.0165
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https://doi.org/10.3917/poeu.035.0165
Notes
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[1]
L’étude des réponses à l’européanisation ne peut ainsi pas être assimilée à l’étude de l’intégration européenne en ce qu’elle ne porte pas sur la finalité du processus décisionnel enclenché, mais sur l’interaction des processus européens et domestiques. Nous devons à Tanja Börzel le vocable « responding to Europeanization » qui, bien qu’il puisse paraître redondant, traduit la dimension post-ontologique (Radaelli et Saurugger, 2008) attachée au questionnement qui nous intéresse ici et couvre les choix d’actions publique concernant la mise en œuvre des dispositions européennes, ainsi que la participation aux processus européens subséquents.
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[2]
Règlement 1408/71/CEE du Conseil du 14 juin 1971 (JO L 149) et son règlement d’application 574/72/CEE du Conseil du 21 mars 1972 (JO L 74).
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[3]
La CEAM remplace le formulaire E111 depuis le 1er juin 2004 ; Décisions 751/2003/ CE et 753/2003/CE.
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[4]
Op. cit., Règlement 1408/71 CE, article 22, alinéa 2, paragraphe 2.
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[5]
L’application restrictive des règlements de coordination des régimes de sécurité sociale a donné lieu à des arrêts de la CJCE par lesquels la Cour a estimé que les refus d’autorisation préalable doivent être fondés sur des critères médicaux non discriminatoires, suffisamment prévisibles et transparents ; Arrêt du 16 mars 1978, Pierik (C-117/77, Rec. p. 825), et arrêt 31 mai 1979, Pierik II (C-182/78, p. 1977).
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[6]
Socialdepartementet (2003), “Gränsöverskridande vård inom EU - Kartläggning och förslag till handlingslinjer”, Stockholm, Fritze.
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[7]
Arrêt du 28 avril 1998, Decker (C-120/95, Rec. p. I-1831) et arrêt du 28 avril 1998, Kohll (C-158/96, Rec. p. I-1931).
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[8]
La voie jurisprudentielle ne donne néanmoins droit qu’à un remboursement sur la base des tarifs de l’État d’affiliation. Elle peut donc s’avérer moins généreuse que le règlement 1408, dont la prise en charge correspond aux tarifs en vigueur dans l’État de soins.
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[9]
Op. cit., arrêt Kohll, points 41 et 39.
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[10]
Il faisait ici référence à la délégation néerlandaise qui a demandé d’aborder cette question au Conseil EPSCO du 18 novembre 1999.
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[11]
Samråd inför ministerrådsmöte (hälsofrågor) den 18 november 1999 (socialminister Lars Engqvist), EU-nämndens stenografiska uppteckningar 1999/2000 : 9, Fredagen den 12 november 1999 ; notre traduction, nous soulignons
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[12]
Svar på fråga 2001/02 : 1059 om vård i annat EU-land, den 24 april.
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[13]
Op. cit., Socialdepartementet (2003), p. 57.
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[14]
« Remboursement des dépenses maladie effectuées dans un pays de l’Union européenne », question n°564 de M. André Berthol à M. Bernard Kouchner, secrétaire d’État à la Santé et à l’action sociale, 19 janvier 1999.
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[15]
Arrêt Smits et Peerbooms, 12 juillet 2001, affaire C-157/99 (Rec 2001-05 473).
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[16]
Ibid., point 76 et point 80. L’arrêt Müller-Fauré / Van Riet a permis de poursuivre la clarification entre d’une part les soins ambulatoires pour lesquels le régime d’autorisation préalable est aboli et d’autre part les soins hospitaliers transfrontières pour lesquels de telles restrictions sont justifiées ; Arrêt Müller-Fauré / Van Riet, 13 mai 2003, affaire C-385/99, point 97.
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[17]
Commission européenne, « Rapport de synthèse sur l’application des règles du marché intérieur aux services de santé. Mise en œuvre par les États membres de la jurisprudence de la cour », SEC (2003) 900, 28 juillet 2003, p. 2 et 7.
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[18]
Circulaire DSS/DACI n° 2001-120 du 1er mars 2001.
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[19]
Arrêt du 11 mars 2004, Commission européenne contre République française, affaire C-496/01 ; Arrêt du 5 octobre 2010, Commission européenne contre République française, affaire C-512/08.
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[20]
Trois décisions du tribunal des Affaires de sécurité sociale du Bas Rhin en 2000 et 2002 (Pfrimmer, Thébaud, Vaquin), ainsi que deux décisions de la Cour de cassation en 2002 et 2004 (Magnan et Gérona) ont accéléré le processus de mis en œuvre (Obermaier, 2009, 744).
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[21]
Décret n°2005-386 du 19 avril 2005 relatif à la prise en charge des soins reçus hors de France et modifiant le code de la sécurité sociale.
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[22]
Rapport d’information n° 186 (2006-2007) de M. Roland Ries, au nom de la délégation pour l’Union européenne, 30 janvier 2007, p. 17.
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[23]
Ibid., point 55.
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[24]
Arrêt Watts, 16 mai 2006, affaire C-372/04.
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[25]
Rapport d’audience, arrêt Watts, points 55 et 57.
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[26]
Op. cit., arrêts Müller-Fauré / van Riet, point 92 ; Watt, points 63.
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[27]
Op. cit., arrêts Smits and Peerbooms, point 104 ; Müller-Fauré / van Riet, point 90 ; Watts, point 62.
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[28]
Svar på fråga 2001/02 : 927 om vård i grannland, den 27 mars 2001.
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[29]
Entretien avec un haut fonctionnaire du ministère des Affaires sociales, janvier 2011.
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[30]
“Vård är inte en rättighet för patienter i Sverige. Istället är vården en skyldighet för landstingen”, “Pilotfall öppnar för utlandsvård”, Dagens Nyheter, 27 januari 2002.
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[31]
Regeringsrätten, affaires Jelinek n°5595-99,Wistrand n°6396-01 et Stigell n°6790- 01.
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[32]
“Regeringsrätten beviljar ersättning för vård utomlands”, Dagens Nyheter, 30 april 2004.
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[33]
Regeringsrätten RÅ 2004 ref. 41 Jelillnek, Mål nr 5595-99.
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[34]
Brita Lokrantz-Bernitz, Ulf Bernitz, ” Dags att Sverige bejakar rätten till hälso- och sjukvård i annat EU-land”, Läkartidningen, Nr 48, Volym 102, 2005, p.3709-10.
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[35]
Försäkringskassan, Klartläggning av gränsöverskridande planerad vård inom EU/EES finansierad av Försäkringskassa 2004-2005, slurapport, p.3
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[36]
Socialdepartementet, ” Rätten till ersättning för kostnader för vård i annat EES-land : en översyn”, departementsserien, Ds 2006 : 4.
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[37]
Ibid., p. 29.
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[38]
Rapport final du processus de réflexion à haut niveau sur la mobilité des patients et l’évolution des soins de santé dans l’Union européenne, Résultats du processus de réflexion, HLPR/2003/16, 9 décembre 2003.
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[39]
Proposition de directive sur les services dans le marché intérieur, COM(2004) 2, 13 janvier 2004.
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[40]
Directive du Parlement européen et du Conseil relative aux services dans le marché intérieur, 2006/123/CE (JO L 376), 12 décembre 2006, article 2-2-f.
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[41]
Entretien avec un fonctionnaire du ministère des affaires sociales, janvier 2011.
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[42]
« EU-bråk om vården – och Sverige duckar », Aftonbladet, 13 novembre 2004.
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[43]
La Direction générale de la santé et des consommateurs.
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[44]
Communication de la Commission initiant une « Consultation concernant une action communautaire dans le domaine des services de santé », SEC(2006) 1195/4, 26 septembre 2006.
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[45]
La Direction générale du marché intérieur et des services.
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[46]
Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil relative à l’application des droits des patients en matière de soins de santé Transfrontaliers, COM(2008) 414 final, 2 juillet 2008, article 8.3-4.
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[47]
Ibid., chapitre 4.
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[48]
En plus de la mobilité des patients, la Commission a récemment lancé des initiatives sur les professionnels de santé (livre vert) et sur la qualité et la sécurité des patients.
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[49]
Intervention de la Présidence du Conseil lors du débat en session plénière « Paquet social - deuxième partie : soins de santé transfrontaliers », Parlement européen, 25 septembre 2008 (retranscription).
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[50]
2916ème session du Conseil EPSCO (santé), Bruxelles, 16 décembre 2008.
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[51]
Regeringskansliet, kommenterad dagordning rådet, 5 december 2008.
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[52]
Regeringskansliet, kommenterad dagordning rådet, 1 juni 2009.
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[53]
Session du Conseil « Emploi, politique sociale, santé et consommateurs » des 8 et 9 juin 2009, Rapport sur l’état d’avancement des travaux / débat d’orientation, 10026/09, 3 juin 2009.
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[54]
2980ème session du Conseil EPSCO (santé), Bruxelles, 1er décembre 2009.
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[55]
Position du Parlement européen du 23 avril 2009 (JO C 184 E du 8.7.2010, p. 368), position du Conseil en première lecture du 13 septembre 2010 (JO C 275 E du 12.10.2010, p. 1), position du Parlement européen du 19 janvier 2011 et décision du Conseil du 28 février 2011 ; Directive Droits des patients en matière de soins transfrontaliers du 9 mars 2011 (L 088 04.04.2011, p. 0045).
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[56]
Les usages cognitifs et légitimateurs traduisent respectivement le recours à une politique européenne pour problématiser des enjeux internes et pour justifier des politiques promues au niveau national. Les usages stratégiques désignent l’utilisation de ressources européennes pour contourner des oppositions nationales. Dans le cadre de notre étude, la distinction entre les deux usages à dominante cognitive et les usages stratégiques permet de différentier les enjeux entourant l’agenda domestique et les rapports de force liés à l’utilisation de ressources financières, juridiques ou politiques européennes (Jacquot et Woll, 2004, 20 ; Saurugger, 2009, 268-269).
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[57]
SOU 1997 : 154 Patienten har rätt ; Prop. 1997/98 : 189 Patientens ställning.
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[58]
En 2004, 90 % des soins urgents étaient fournis dans la journée. Pour ce qui est des soins spécialisés, 87 % des patients sont pris en charge sous trois mois en pédiatrie, alors que ce chiffre tombe à 44 % pour les allergies. La limite des trois mois est respectée à 94% en cardiologie contre 23% en chirurgie plastique (Molin et Johansson 2004, 6).
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[59]
Socialdepartementet, “Kömiljard för vård i rätt tid”, S2010.016, 3 juni 2010.
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[60]
Environ 100 000 Euros.
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[61]
Överenskommelse mellan regeringen och Sveriges Kommuner och Landsting om fortsatta insatser för att förbättra patienters tillgänglighet till hälso- och sjukvård, 16 december 2009.
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[62]
Pour les soins ambulatoires : “Vårdval i Sverige”, SOU 2008 : 37 ; Prop. 2008/09 : 74. Pour les soins hospitaliers : “Patientens rätt. Några förslag för att stärka patientens ställning”, SOU 2008 : 127 ; Prop. 2009/10 : 67.
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[63]
Entretien avec une chercheuse suédoise, mars 2011.
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[64]
Riksdagens offentliga utfrågningar, Svar på fråga 2002/03 : 250 om gränsöverskridande vård i EU ; “Engqvist vill ha fritt vårdval i EU”, Dagens Medicin, 4 november 2002.
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[65]
Riksdagens snabbprotokoll 2008/09 : 122, onsdagen den 20 maj, 7 § Partiledardebatt.
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[66]
“Patientrörlighet för alla”, Newsmill, 5 juin 2009.
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[67]
EU : s “fria rörlighet för patienter bäddar för svensk exportsuccé”, Dagens Industri, 12 octobre 2009.
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[68]
Op. cit., Riksdagens snabbprotokoll 2008/09 : 122.
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[69]
Par exemple, il faut en moyenne 103 jours pour obtenir une consultation chez un ophtalmologue, selon l’enquête Ifop « L’Observatoire de l’accès aux soins. Enquête auprès des Français et des professionnels de santé », n° 19743 d’octobre 2011.
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[70]
Réponse des autorités françaises, 2 avril 2007.
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[71]
Entretien avec une haute responsable de l’assurance maladie, octobre 2010.
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[72]
Union pour un mouvement populaire.
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[73]
Lagrådsremiss ersättning för kostnader för vård i annat EES, 18 januari 2007.
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[74]
Entretien avec un fonctionnaire de l’association des autorités locales et des régions, novembre 2010.
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[75]
Entretien avec un haut fonctionnaire de la Commission, janvier 2011 ; Entretien avec des membres d’une association de patients, février 2011.
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[76]
Entretien avec un haut fonctionnaire de l’Assurance maladie, octobre 2010.
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[77]
Entretien avec une haute fonctionnaire suédoise, novembre 2010.
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[78]
Entretien avec une haute fonctionnaire, février 2008.
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[79]
Entretien avec une responsable de l’Assurance maladie, octobre 2010.
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[80]
Réponse des autorités françaises, 2 avril 2007, p.10.
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[81]
Entretien avec un haut fonctionnaire, juin 2010.
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[82]
Entretien avec un responsable de la Haute autorité de santé, octobre 2010.
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[83]
Entretien avec un haut fonctionnaire, juin 2010.
Introduction
1 Si la protection maladie et la régulation de l’accès aux soins de santé restent des compétences nationales, les rapports entre l’Union européenne et les systèmes de santé nationaux dans ces domaines ont connu des bouleversements importants depuis la fin des années 1990 et les premiers arrêts de la Cour de justice des communautés européennes ([CJCE], devenue Cour de justice de l’Union européenne [CJUE]) libéralisant les soins de santé transfrontaliers. Cet article propose de questionner les interactions entre les processus d’européanisation et les stratégies européennes des autorités nationales, à travers une étude comparative des réponses à l’ouverture des systèmes de santé européens aux soins transfrontaliers. Les théories néo-fonctionnalistes et néo-institutionnalistes de l’intégration européenne ont montré comment les effets d’engrenage (spillover effects) induits par l’application des règles du marché intérieur aux services de santé ont contribué à l’institutionnalisation d’un espace européen de la santé (Greer, 2006 ; Guigner, 2008). Symétriquement, un deuxième axe de recherche a traité de cette jurisprudence comme source d’européanisation (Hassenteufel, 2003 ; Steffen, 2005) et de redéfinition des frontières de la santé (Vollaard, 2007). À travers l’étude de cas nationaux, certains chercheurs ont ensuite entrepris d’en déterminer les impacts sur les différents systèmes de santé (Kostera, 2008 ; Sindbjerg-Martinsen et Vrangbaek, 2008). Or ces travaux se sont dans l’ensemble peu attardés sur les connexions entre les logiques ascendantes et descendantes associées aux phénomènes d’intégration européenne et d’européanisation (mis à part récemment Greer et Rauscher, 2010).
2 Il existe un large consensus autour de l’idée selon laquelle l’intégration européenne et l’européanisation doivent être étudiées dans une perspective interactionniste (Palier et Surel, 2007). Mais au-delà de cette reconnaissance des effets de rétroaction (feedback effects) de l’européanisation vers le système européen, peu de travaux placent ce phénomène au cœur de leur questionnement. Singulièrement, le rôle pivot des autorités étatiques dans la construction des réponses nationales et européenne à la jurisprudence sur les soins transfrontaliers est souvent éludé. Bien que principaux « takers and shapers » des politiques européennes (Börzel, 2003), les acteurs politiques et administratifs des États membres se sont ainsi vu attribuer un rôle au mieux passif sur les deux tableaux. Le faible intérêt affiché pour les acteurs étatiques tient probablement au discrédit qui, depuis la fin des années 1990, a frappé les théories intergouvernementalistes. Même si cet article ne partage ni l’approche ontologique [1] ni les postulats plus fondamentaux sur la rationalité des acteurs et la formation des préférences gouvernementales de l’intergouvernementalisme libéral d’Andrew Moravcsik (1998), ses questionnements sur les positions des autorités nationales au niveau européen et leurs interactions avec les différents groupes sociaux nationaux méritent d’être réinvestis. Dans le cadre des études de l’européanisation, Tanja Börzel fait partie des rares chercheurs à avoir tenté de décloisonner les recherches portant sur les dynamiques descendantes et ascendantes « bottom-up-down » (Börzel, 2002, 193). Sa démarche se fonde sur la théorie du décalage (misfit), selon laquelle les pressions adaptatives crées par l’intégration européenne sont liées principalement au décalage entre les structures nationales et les prescriptions européennes. Afin de réduire ces pressions adaptatives, les représentants des États membres tentent alors de télécharger (upload) au niveau européen les arrangements politiques nationaux (Héritier, 1995, 278 ; Börzel, 2002, 194). Ce cadre théorique exerce un attrait plus ou moins explicite dans certaines recherches sur la mobilité des patients et l’européanisation des soins de santé. Bien que son étude porte principalement sur les impacts de la jurisprudence, Thomas Kostera (2007, 54) a ainsi formulé l’hypothèse selon laquelle les réponses des autorités nationales correspondent aux décalages entre les systèmes de santé nationaux et les règles européennes de mobilité des patients.
3 Il s’agit de tester cette hypothèse par une comparaison de l’européanisation de l’accès aux soins de santé dans deux pays représentant chacun les deux grands modèles institutionnels des systèmes de santé dans l’UE. Cette enquête repose sur une étude des actes législatifs, de la presse généraliste et spécialisée, de rapports officiels, de comptes rendus de séances et de documents de travail recueillis dans les deux pays étudiés et au niveau européen. Elle exploite quinze entretiens semi-directifs réalisés à Paris et à Stockholm entre 2009 et 2011, extraits d’un travail de recherche plus important sur l’européanisation de la santé. En ayant recours à une étude précise de la construction des réponses des autorités nationales, notre comparaison entre la Suède et la France expose certaines insuffisances et « anomalies » de la théorie du décalage. Selon celle-ci, les systèmes de santé nationaux dits « beveridgiens » (Suède) ont plus de difficultés à s’adapter à la mobilité des patients que les systèmes d’assurance maladie « bismarckiens » (France) (Kostera, 2007, 54). Contrairement aux systèmes assuranciels fondés sur le libre choix des patients et le remboursement des soins a posteriori, les services de santé suédois sont financés a priori par l’impôt et fondés sur l’accès gratuit aux soins, ce qui implique un contrôle administratif des parcours de soins des patients. À l’inverse, les patients français bénéficient d’une plus grande liberté dans le choix avec une offre abondante de médecins libéraux et d’établissements de santé publics ou privés (Palier, 2008, 64). De plus, les services de santé suédois étant très majoritairement publics et organisés de manière décentralisée par les Conseils de comtés (Landsting), la mobilité interrégionale des patients y est contrôlée afin de ne pas déstabiliser l’organisation territoriale de l’offre de soins et de réduire les risques de déperdition des ressources sanitaires de chaque comté. Selon la théorie du décalage, on peut donc s’attendre à ce que les autorités suédoises soient plus hostiles à la mise en œuvre des règles européennes de mobilité des patients et tentent d’influencer les décisions européennes dans un sens contraire à celui emprunté par la Cour, pendant que les autorités françaises mettraient en œuvre la jurisprudence sans difficulté et soutiendraient tout développement européen dans le prolongement d’une approche « bismarckienne » des soins de santé fondé sur le libre choix des patients. D’abord hostile à la jurisprudence, le gouvernement suédois défend désormais avec zèle l’application de ces principes, malgré les décalages persistants avec le système national de santé, alors que le gouvernement français a maintenu une attitude réservée vis-à-vis de la libre circulation des patients qu’il en a pourtant mis en œuvre les principes sans trop de difficultés. Cette évolution des positions des gouvernements suédois et français sur la libre circulation des patients invite à envisager un cadre analytique plus sensible aux interactions, à la construction des politiques publiques et au travail politique des acteurs impliqués.
4 La théorie du décalage proposée par Tanja Börzel renvoie à une vision trop déterministe, statique et apolitique des rapports entre les politiques européennes et internes. Pourquoi les autorités nationales défendraient-elles nécessairement le statu quo face aux changements européens (Mastenbroek et Keading, 2006) ? Un tel postulat revient à nier toute dimension stratégique et cognitive aux « jeux à deux niveaux » (Putnam, 1988, 434). Dans une perspective interactionniste, il devient peu probable que les réponses des autorités nationales soient cohérentes, stables et prévisibles. Au-delà des études européennes, une approche de l’action publique inspirée de l’interactionnisme symbolique en sociologie de Goffman ou Becker a été initiée par Laurie Boussaguet, Sophie Jacquot et Bruno Palier dans le cadre du séminaire doctoral appliqué « Les interactions de l’action publique en Europe ». Elle repose sur une étude des mécanismes et les processus par lesquels les acteurs construisent leurs idées et intérêts dans le cadre d’interactions, et non a priori. Patrick Hassenteufel propose un cadre plus collectif, car inspiré par les configurations de Norbert Elias, lorsqu’il évoque les « acteurs contextualisés en interaction » (2008, 104). Nous retenons de ces approches la nécessité d’étudier de manière fine les interactions entre les acteurs nationaux et européens, sans préjuger que les préférences des acteurs les préexistent, afin de comprendre comment et par quels acteurs les réponses à l’européanisation des soins de santé sont construites, politisées et défendues au niveau européen. Deuxièmement, la prédiction des réponses nationales en fonction du décalage proposée par Tanja Börzel est extrapolée à partir d’un modèle trop rigide des mécanismes d’européanisation, alors que Maria Green Cowles, James Caporaso et Thomas Risse ont proposé une approche néo-institutionnaliste plus nuancée en s’intéressant également aux prismes nationaux qui peuvent favoriser ou bloquer les changements internes (Cowles et al., 2001, 7). Ce modèle reste néanmoins marqué par un fort déterminisme institutionnel et par la passivité des acteurs nationaux. Dans le cadre de notre recherche, il apparaît que l’approche des « usages de l’Europe » développée par Sophie Jacquot et Cornelia Woll est plus heuristique pour saisir les réponses gouvernementales à une jurisprudence communautaire potentiellement déstabilisante. La dimension sociologique du « travail politique » mise en avant par les auteurs autorise une plus grande complexité des schémas explicatifs (Jacquot et Woll, 2004, 8). Dans la perspective comparative qui est la nôtre, l’entrée par les usages présente le grand intérêt de mettre l’accent sur les « possibilités de choix dont les acteurs se saisissent (ou non), qu’ils font aboutir (ou non) » (Jacquot et Woll, 2004, 17). Cet article défend néanmoins l’opportunité d’élargir et de préciser le cadre analytique des usages de l’Europe. Il s’agit en effet d’étendre l’étude du travail politique aux réponses des autorités publiques dans le cas de l’imposition de contraintes juridiques européennes, alors que la notion d’usages a surtout été mobilisée pour étudier des objets moins « classiques » mettant en scène des acteurs non étatiques comme les groupes d’intérêt, le plus souvent dans le cadre de politiques européennes non contraignantes. Surtout, comme pour d’autres courants de recherche sur l’européanisation, le cadre analytique des usages se focalise sur les changements nationaux et non sur les effets de retour de l’européanisation dans le système politique européen. L’étude des réponses des autorités nationales à la jurisprudence sur les soins transfrontaliers ouvre ainsi la possibilité d’élargir les apports de l’approche par les usages. Mais il convient aussi d’en préciser la portée. L’étude du travail politique des acteurs ne revient pas à nier les contraintes européennes et le décalage mais nous invite à nous interroger sur leur caractère construit politiquement et sur les stratégies nationales qui en découlent.
Les politiques de santé dans le maelström de la jurisprudence européenne
5 Bien plus que la transposition des directives, la mise en œuvre de la jurisprudence européenne est un processus particulièrement contraignant et incertain pour les exécutifs nationaux. Or les contraintes et les opportunités créées par la jurisprudence ne sont pas une donnée fixe, comme semble le suggérer la notion de décalage, mais évoluent au fil des interactions entre les autorités gouvernementales et les institutions juridiques, qu’elles soient européennes ou nationales. S’il est toujours difficile d’estimer les impacts de la jurisprudence européenne sur les soins transfrontaliers sur les systèmes de santé suédois et français, il est plus intéressant de retracer de manière dynamique comment les autorités nationales se sont positionnées sur cet enjeu.
La réaction initiale des autorités suédoises et françaises (1998-2002)
6 Devant la volonté des gouvernements nationaux de conserver le contrôle sur l’organisation de leurs systèmes de santé et de sécurité sociale, la Communauté économique européenne (CEE) n’a été dotée que de compétences limitées pour garantir la portabilité des droits sociaux des travailleurs dans le marché intérieur (Leibfried et Pierson, 1998, 39). Les règlements de coordination des régimes de sécurité sociale, dont le plus fameux est « 1408 », permettent aux assurés sociaux européens d’avoir accès à des soins de santé transfrontaliers dans le respect du principe de territorialité [2]. Si les soins urgents obtenus dans un autre État membre sont pris en charge sur simple présentation d’une carte européenne d’assurance maladie [3], une procédure d’autorisation préalable (formulaire E112) prévue par les règlements successifs permet aux caisses d’affiliation de limiter le recours aux soins non-urgents [4]. Cet instrument a longtemps été au cœur d’un compromis européen autour d’une ouverture limitée des systèmes de protection sociale et de santé, qui reste maitrisée et contrôlée par les autorités nationales. La plupart des caisses nationales, attachées au contrôle national de l’accès aux soins, ont délivré les formulaires E112 avec parcimonie [5]. Entre 1996 et 1999, les organismes français d’assurance maladie n’ont accordé que 789 autorisations sur 1240 demandes (Palm et al., 2000, 6). Cette pratique est restée encore plus confidentielle en Suède. Cinq ans après l’adhésion du pays à l’espace économique européen en janvier 1994, la caisse nationale de sécurité sociale n’accordait encore qu’une vingtaine d’autorisations par an [6].
7 Faisant suite à deux affaires dans lesquelles des patients luxembourgeois contestaient un refus de remboursement de soins transfrontaliers, les arrêts Kohll et Decker du 28 avril 1998 ont bouleversé ce système de régulation des soins transfrontaliers en appliquant aux soins de santé les principes de libre circulation [7]. Se référant aux traités et non plus à la législation secondaire, la Cour a fait valoir que les patients se déplaçant dans le marché intérieur ont le droit de recevoir librement des soins de santé dans un autre État membre sans demander d’autorisation préalable [8]. Les services juridiques des administrations nationales ont rapidement pris la mesure des « brèches » que les affaires Kohll et Decker pouvaient ouvrir dans la régulation des systèmes de santé (Lewalle et Palm, 2001, 439). Ils craignaient en particulier qu’une application extensive de la libre circulation des patients ne contribue à l’émergence d’un « tourisme médical » financé par les mécanismes de solidarité nationale (Ferrera, 2009, 175). Alors que les procédures Kohll et Decker ne concernaient que le Luxembourg, neuf gouvernements nationaux ont déposé des observations écrites pour soutenir les autorités du Grand-duché et exprimer leur hostilité à l’application des principes de libre circulation aux soins de santé (Obermaier, 2008, 15). Sept gouvernements, dont celui de la France, ont défendu le maintien des procédures d’autorisation préalable. Les juges leur ont seulement partiellement donné satisfaction en reconnaissant qu’un refus de remboursement pouvait être justifié par un impératif de protection de la santé publique ou par l’existence d’un « risque d’atteinte grave à l’équilibre financier du système de sécurité sociale » [9]. Limitées et ouvertes à interprétation, ces concessions aux impératifs de contrôle et de planification des systèmes de santé n’ont pas suffi à lever l’hostilité des autorités nationales.
8 De nombreuses délégations se sont appliquées à démontrer que la jurisprudence n’était pas transposable à leur système de santé et qu’ils n’avaient, de ce fait, pas à se préoccuper de sa mise en œuvre. Cette stratégie de déni a été immédiatement utilisée par le gouvernement suédois qui fut parmi les rares délégations à s’abstenir d’intervenir dans les procédures Kohll et Decker. Ce n’est que le 12 novembre 1999, lors d’une séance de préparation du Conseil santé au Parlement suédois, que le ministre social-démocrate Lars Engqvist fut contraint par un député de l’opposition de préciser sa stratégie gouvernementale de déni :
« La ligne gouvernementale est que l’on ne doit pas considérer les soins de santé comme un service comme les autres. Pour obtenir des soins pris en charge par le système d’assurance, dans l’état actuel des choses, il faut une autorisation préalable. Voici la ligne que nous avons défendue. […] Cela signifie que sur ce point j’ai l’intention d’écouter, de voir comment ils posent le problème [10] et ne prendre aucune initiative [11]. »
10 Le gouvernement a maintenu pendant plusieurs années son refus d’ouvrir la voie jurisprudentielle aux patients suédois [12]. La fermeté du contrôle administratif de la caisse nationale et des comtés de la mobilité des patients dans le cadre du règlement 1408/71 CE s’en est retrouvée confortée. La caisse nationale a par exemple rejeté la totalité des quinze demandes de traitement à l’étranger enregistrées en 2002, souvent pour des motifs liés aux types de soins pris en charge [13].
11 Le déni de la jurisprudence étant moins aisé pour un pays dont le système d’assurance maladie est très similaire à celui du Luxembourg, le gouvernement français a opté pour une stratégie de temporisation. Afin de ne pas risquer une ouverture unilatérale de son système de santé, le ministère de la Santé a enjoint dès le 28 juin 1998 l’ensemble des organismes de sécurité sociale de ne pas tenir compte des arrêts Kohll et Decker tant qu’aucune décision n’aurait été formellement prise par l’ensemble des États membres (Baeten et al., 2010, 10). Cette stratégie de temporisation a été confirmée par le secrétaire d’État à la Santé socialiste, Bernard Kouchner, interrogé par un député de droite sur les instructions qu’il entendait donner pour que cette décision soit respectée :
« Je souscris bien sûr à cette décision mais, comme vous le soulignez, y souscrire est une chose et la faire appliquer une autre. […] La France, comme l’ensemble des États membres de l’Union, examine cette question. La Commission européenne, quant à elle, n’a pas encore arrêté sa position. […] En attendant, monsieur le député, la réglementation en vigueur continue à s’appliquer et les lenteurs que vous avez soulignées restent la quasi-règle [14]. »
13 Dans un premier temps, les gouvernements suédois et français ont tous deux refusé de mettre en œuvre la jurisprudence, bien que l’opposition du gouvernement suédois paraisse plus affirmée. Partant du même souci de se parer contre d’éventuelles poursuites judiciaires, ils ont formulé des réponses politiques – respectivement le déni et la temporisation – correspondant à la vulnérabilité estimée de leur système de santé et aux marges de manœuvre qu’elle leur offrait.
Une jurisprudence « bismarckienne » ? Jeux stratégiques autour des pressions adaptatives (2002-2006)
14 À partir du début des années 2000, les processus judiciaires et politiques européens ouverts par les arrêts Kohll et Decker ont altéré les stratégies initiales des autorités nationales. Les juges européens, souvent soucieux de la portée politique de leurs arrêts (Dehousse, 1997, 80), ont ainsi affiné et étendu la jurisprudence afin d’en accroître l’acceptabilité – avant tout par les gouvernements des États bismackiens. Ces évolutions de la jurisprudence, complétées par les pressions juridiques issues de la Commission et de juridictions nationales, ont contraint les autorités des deux systèmes de santé à mettre en œuvre la jurisprudence sur les soins transfrontaliers dans des conditions et des temporalités différentes.
15 L’affaire Smits et Peerbooms, jugée le 12 juillet 2001, a donné à la CJCE l’occasion de clarifier les conditions entourant le maintien de la procédure d’autorisation préalable [15]. Précisant les arrêts précédents, les juges ont estimé qu’un tel dispositif était « nécessaire et raisonnable » pour le secteur hospitalier, en raison des contraintes qu’il présente en termes de financement et d’organisation de l’offre de soins [16]. Cette retenue de la Cour a levé un obstacle politique à la mise en œuvre de la jurisprudence par les autorités des systèmes d’assurance maladie qui, comme en France, nourrissaient les plus vives inquiétudes pour la pérennité de leurs efforts de planification hospitalière. La stabilisation et la clarification de la jurisprudence applicable aux systèmes assurantiels ont surtout permis à la Commission, dans une lettre datée du 12 juillet 2002, de rappeler les États membres au respect de la jurisprudence, sous peine de sanctions [17].
16 Une première procédure précontentieuse a été engagée dès octobre 1999 à l’encontre de la législation française, au motif qu’elle n’autorisait pas le remboursement des soins optiques comme le prévoyait l’arrêt Decker (Obermaier, 2009, 743). Destinataire l’année suivante d’une mise en demeure, le gouvernement français a décidé d’autoriser dans une circulaire du 1er mars 2001 le remboursement des frais correspondant à l’achat, sans autorisation préalable, de produits d’optique dans toute l’UE [18]. Le contrôle juridictionnel de la Commission a par la suite continuellement aiguillonné la mise en conformité progressive du code de la sécurité sociale avec les principes de libre circulation [19]. Ce processus a été appuyé par plusieurs recours exercés par des patients français auprès des juridictions nationales [20]. Dans ce contexte, une circulaire datée du 16 juin 2003 a amorcé la mise en conformité des pratiques administratives françaises avec l’ensemble de la jurisprudence, ce qui n’a été véritablement réalisé que grâce au décret du 19 avril 2005 [21]. Après cinq ans d’ajustements progressifs, la France figurait en 2006 parmi les rares États membres à mettre en œuvre de manière quasi complète la jurisprudence. Les ajustements provoqués par la mise en œuvre des arrêts Kohll et Decker ont été de nature technique et d’une ampleur limitée, assimilables à la notion d’absorption (Börzel et Risse, 2003, 69-70 ; Radaelli, 2003, 37). Les dépenses liées aux soins couverts par la jurisprudence sont toujours très modestes (autour de 1 % des dépenses de santé), même si elles ont augmenté en moyenne de 10 à 15 % par an depuis 2003 [22].
17 La deuxième incertitude autour de la jurisprudence Kohll et Decker concernait son application au-delà des systèmes assurantiels de type bismarckien. La Cour avait déjà affirmé en 2001 que les systèmes d’assurance maladie offrant des prestations directes comme aux Pays-Bas ne faisaient pas exception à l’application de la libre prestation des services [23]. Mais il fallut attendre que l’affaire Watts soit jugée le 16 mai 2006 pour que soit confirmée l’application de ces principes aux services de santé nationaux qui dispensent des soins gratuits financés par l’impôt [24]. On peut y déceler une volonté d’uniformiser les contraintes liées à la mise en œuvre de la jurisprudence et ainsi de rassurer les gouvernements des pays bismarckiens qui avaient à plusieurs occasions conditionné la mise en œuvre de la jurisprudence à son application uniforme dans toute l’Union européenne [25]. L’application de cette jurisprudence aux services de santé nationaux faisait déjà peu de doute suite aux arrêts Müller-Fauré et van Riet du 13 mai 2003. La Cour y avait en effet critiqué le rationnement des soins par l’imposition de listes d’attente – une pratique longtemps érigée en modèle de régulation des soins par les services de santé nationaux. Depuis lors, les juges européens ont refusé de manière constante de reconnaître qu’un refus de remboursement de soins transfrontaliers puisse être fondé sur l’existence de listes d’attente [26]. La procédure d’autorisation préalable est désormais soumise au contrôle juridique de ce que constitue un délai « opportun » [27].
18 Ces nouvelles dispositions de la jurisprudence ont été interprétées par le ministère des Affaires sociales et la plupart des comtés suédois comme une contestation politique de leur système de santé fondé sur des soins gratuits et régulés au niveau local. Toujours décidé à ne pas reconnaître la jurisprudence, le ministère a demandé à la caisse nationale de sécurité sociale de préserver la gestion par les comtés de leurs listes d’attentes [28]. Les autorités suédoises ont invoqué les décalages juridiques, organisationnels et politiques entre le système santé suédois et les principes de libre circulation des patients pour contester l’application de la jurisprudence. Cette défense par exacerbation des décalages potentiels a été ainsi explicitée par un haut fonctionnaire : « n’oubliez pas que la libre circulation des patients correspond au modèle bismarckien, pas au nôtre [29]. » L’application du règlement 1408 avait déjà nécessité d’importants ajustements administratifs, dont la centralisation des remboursements par la caisse nationale et la création d’un système de correspondance tarifaire pour les soins de santé directement prestés. La perspective d’appliquer la jurisprudence de la Cour était porteuse pour les autorités suédoises de nouvelles menaces de déstabilisation du système de santé. Ces difficultés juridiques et organisationnelles ont été mises en avant pour justifier l’absence de mise en œuvre de la jurisprudence. Par exemple, le chef du service juridique de la caisse de sécurité sociale Bjarne Almström a argué du fait que la loi ne stipulait pas formellement de droit des patients mais un devoir de prise en charge pour les comtés pour justifier les nombreux rejets de demandes de remboursement par la caisse nationale [30]. Or une telle posture comportait d’importants risques juridiques et politiques à mesure que l’application de la jurisprudence au système suédois devenait plus probable. Avant même que la Cour ne se prononce sur les services de santé nationaux, certains patients suédois appuyés par des avocats ont tiré parti des changements européens pour contester en justice la validité des refus d’autorisation préalable formulés par la caisse nationale [31]. L’affaire la plus importante concerne Susanne Jelinek qui s’est rendue en Allemagne pour subir un traitement lourd que la caisse nationale a refusé de rembourser au motif qu’il n’était pas disponible en Suède [32]. Dans son arrêt du 30 janvier 2004, la Cour administrative suprême a contesté le refus de remboursement au prétexte qu’un assuré suédois a le droit, sur la base des articles 49 et 50 du Traité CEE, de recevoir des soins de santé dans un autre État membre et d’en être remboursé a posteriori [33]. Plus encore, la Cour nationale s’est fondée sur l’absence de procédure d’autorisation préalable dans le droit suédois pour ouvrir formellement la voie au remboursement quasi inconditionnel de tous les frais exposés par des patients suédois dans l’Union européenne [34]. Alors que les procédures suédoises pour obtenir des soins dans l’UE étaient très contraignantes, elles sont devenues brusquement plus libérales que la jurisprudence communautaire. Le nombre de patients sollicitant un remboursement dans le cadre de la jurisprudence est passé de 147 à 1175 entre 2004 et 2007 [35]. Pour limiter l’appel d’air créé par cette interprétation maximaliste de la jurisprudence européenne, la ministre déléguée à la Santé Ylva Johansson a demandé à un comité législatif de réintroduire des procédures de régulation des soins transfrontaliers telle qu’autorisée par la CJCE [36]. Ainsi, l’élément central de cet avant-projet de réforme déposé en février 2006 était la réintroduction des procédures d’autorisation préalable pour les soins hospitaliers [37]. Si elle marque d’un premier abord la volonté de recouvrir des instruments de contrôle des patients, cette réforme consacre paradoxalement l’acceptation résignée des principes de la jurisprudence par le gouvernement social-démocrate suédois.
19 Les stratégies poursuivies par les autorités nationales en interaction avec les pressions européennes expliquent en partie les différences d’intensité et de temporalité des changements internes liés aux soins transfrontaliers en Suède et en France. Les principes de libre circulation des patients ont été mis en œuvre progressivement et de manière pragmatique par les autorités françaises, ce qui en a réduit les impacts. Au contraire, le gouvernement suédois s’est réfugié derrière l’incompatibilité du système de santé national avec la jurisprudence, ce qui s’est avéré être une arme à double tranchant lorsque celle-ci lui a finalement été imposée. Dans ce contexte, le processus européen de codification de la jurisprudence a offert aux autorités nationales une opportunité pour tenter de réorienter les règles de libre circulation des patients.
Codification européenne de la jurisprudence : constance française et revirement suédois (2006-2011)
20 Le processus politique de codification de la jurisprudence a débuté avec le lancement d’un « processus de réflexion à haut niveau » réunissant ministres de la santé et représentants de la Commission. Tous ont affiché leur volonté commune de ne pas laisser cette question entre les seules mains des juges et d’offrir de la sécurité juridique à l’ensemble des acteurs de la santé [38]. Il s’agissait pourtant d’un « consensus contradictoire » (Palier et Surel, 2005, 18) puisque la plupart des gouvernements, dont ceux de la Suède et de la France, espéraient se prémunir contre de nouvelles avancées du marché intérieur alors que la Commission souhaitait sécuriser et approfondir les acquis de la libre circulation des patients. Cette dernière obtint que les principes établis par la jurisprudence en matière de libre circulation des patients soient inscrits dans la proposition de directive relative aux services dans le marché intérieur du 13 janvier 2004 [39]. De nombreux gouvernements s’en sont émus et ont accueilli avec satisfaction en février 2006 le vote du Parlement européen qui, lors de sa première lecture, a exclu les services de santé de la version finale de la directive par 505 voix contre 131 [40]. Le ministère suédois des Affaires sociales et l’association des communes et comtés étaient particulièrement mobilisés contre l’inclusion des services de santé dans la directive « Bolkestein » [41]. Dès 2004, le Premier ministre Göran Persson s’est engagé au Parlement pour demander l’exclusion de la santé de la directive [42]. Cette position rejoignait en partie celle du gouvernement français qui défendait depuis plusieurs années le concept transversal de services sociaux d’intérêt général (SSIG) incluant les services de santé (Greer, 2009).
21 Affichant dès septembre 2006 une volonté de dialogue renouvelée après l’exclusion des services de santé de la directive « Bolkestein », la Commission a confié aux services de la DG SANCO [43] le soin de lancer une consultation sur l’instrument juridique envisageable pour codifier la jurisprudence [44]. Le commissaire Kyprianou annonça ensuite la publication d’une proposition de directive portant sur les services de santé et la mobilité des patients. Après de difficiles négociations internes, la proposition de directive publiée le 2 juillet 2008 favorisait une vision conforme aux principes du marché intérieur défendus par DG MARKT [45], en limitant fortement la possibilité pour les autorités nationales d’avoir recours aux autorisations préalables [46]. La marque de DG SANCO est plutôt à chercher dans les dispositions traitant de la coopération sanitaire et de la qualité des soins [47]. Pour donner une cohérence à l’ensemble et emporter l’adhésion autour de cette directive, la Commissaire à la santé a opéré un glissement subtil de la promotion de la mobilité à la défense des droits des patients et a inscrit la directive dans une thématique plus globale de « l’Europe au service des patients » [48]. Cette nouvelle orientation « pro-patients » n’a pas suffi à désamorcer la méfiance des gouvernements.
22 Les négociations au Conseil sur la proposition de directive ont débuté en même temps que la Présidence française. La ministre de la santé Roselyne Bachelot-Narquin a d’abord fait savoir à la Commission et au Parlement européen que toute remise en cause des procédures d’autorisation préalable constituait une « ligne rouge » pour le Conseil [49]. Les autorités françaises, s’appuyant sur une grande majorité de délégations, ont ensuite travaillé à l’obtention d’un accord politique plus respectueux des capacités de contrôle des États membres [50]. Rares sont les gouvernements qui ont affiché un soutien inconditionnel aux initiatives législatives de la Commission en matière de soins transfrontaliers. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, celui-ci est venu du gouvernement suédois. Göran Hägglund, ministre des affaires sociales de la nouvelle coalition de droite au pouvoir depuis septembre 2006, a en effet été le seul à défendre avec enthousiasme l’approche libérale de la Commission. Le ministre suédois s’est démarqué de ses homologues en demandant à ce que les procédures d’autorisation préalable ne soient applicables que dans des cas exceptionnels d’afflux de patients « massifs et menaçants » [51]. Conscient des positions différentes des autres délégations, le gouvernement a demandé à sa délégation d’afficher une approche plus neutre lors de la présidence suédoise au Conseil au second semestre 2009 [52]. Or les négociations sont devenues très houleuses lors du Conseil EPSCO des 8 et 9 juin 2009 [53]. Alors que les négociateurs suédois pensaient être parvenus à rallier une majorité de délégations à une position commune lors du Conseil le 1er décembre 2009 [54], un groupe de neuf pays hostiles à la directive a mis de justesse la présidence en minorité. Il a fallu attendre juin 2010 pour que la situation se débloque au Conseil. La directive 2011/24/UE a finalement été adoptée en codécision après une procédure de conciliation entre le Parlement européen et le Conseil [55]. Il convient de préciser que le gouvernement français a joué un rôle moins actif dans l’opposition à la directive après sa présidence et qu’il n’a pas été impliqué dans le vote négatif de décembre 2009.
23 Comment peut-on expliquer que le gouvernement suédois ait depuis 2006 une position très favorable à la libre circulation des patients et radicalement différente de celle de son prédécesseur social-démocrate, alors même que les contraintes que posent les soins transfrontaliers y sont plus importantes que pour la France ? Pourquoi, à l’inverse, le gouvernement français n’a-t-il accepté que tardivement et avec peu d’enthousiasme une directive au potentiel peu déstabilisateur ? Ces positions de négociation paradoxales démontrent que les niveaux de décalage entre les systèmes de santé nationaux et le contenu des réformes européennes n’épuisent pas l’analyse des réponses des autorités nationales dans le cadre de l’européanisation des soins de santé. Il est donc nécessaire d’étudier la dimension domestique des processus de formation des positions de négociation pour mieux comprendre comment les gouvernements répondent à l’européanisation.
La construction des positions nationales au prisme des usages
24 La question de la compatibilité entre les arrangements nationaux et européens prend un sens tout relatif dans le cadre des interactions autour de la jurisprudence sur les soins transfrontaliers. Il s’agit donc d’étudier les configurations politiques et institutionnelles dans lesquelles les autorités gouvernementales sont susceptibles de construire l’européanisation des soins de santé comme une opportunité ou comme un risque. Le travail politique des acteurs nationaux et les différents types d’usage de l’européanisation (cognitifs, légitimateurs et stratégiques) expliquent en grande partie les évolutions divergentes des réponses nationales suédoises et françaises [56]. Le cadre des usages permet in fine de comparer les niveaux de politisation de l’enjeu des soins transfrontaliers dans chacun des pays, ce qui a en retour une influence importante sur l’investissement relatif des administrations et des responsables gouvernementaux dans les négociations européennes
Usages cognitifs et légitimateurs dans le contexte des réformes nationales
25 Les soins transfrontaliers renvoient à d’importantes questions politiques internes quant au libre choix des patients et à la possibilité de contrôler l’accès aux soins. On peut donc se demander si cet enjeu européen est l’objet d’un travail politique par des acteurs nationaux et d’usages afin de défendre un programme d’action publique qui pourraient expliquer le positionnement des autorités nationales au niveau européen.
26 Pour comprendre les connexions politiques étroites entre les politiques de la santé en Suède et la question des soins transfrontaliers, il convient de souligner qu’à la fin des années 1980, le système de santé suédois était chroniquement sous-financé et que les comtés accumulaient des listes d’attente importantes pour la plupart des opérations courantes. Depuis lors, la question de l’accès aux soins n’a pas quitté l’agenda politique tant au niveau national que régional. En 1992, le gouvernement de droite et l’association des autorités locales et régionales (SKL), ont signé un accord introduisant une garantie de prise en charge dans des délais raisonnables pour douze opérations spécifiques. Si l’attente dépassait trois mois, les patients pouvaient changer d’hôpital et obtenir la couverture de leurs frais par leur comté de résidence. De retour au pouvoir en 1994, les sociaux-démocrates n’ont pas contesté la nécessité de réduire les files d’attentes et ont renouvelé l’accord sur la « garantie de soins » en 1997 [57]. Un nouvel accord national est entré en vigueur le 1er novembre 2005, prévoyant un délai d’attente acceptable pour chaque type de soins (Glenngård, 2005, 99). Cette mesure a cependant été mise en œuvre de manière très variable selon les comtés et selon les spécialités médicales [58]. La coalition de centre droit victorieuse lors des élections générales du 17 septembre 2006 a fait de la réduction des listes d’attente et du choix des patients un de ses principaux axes de campagne puis de réforme. Alors que la « garantie de soins » visant à réduire les listes d’attente était fondée sur des accords entre l’État et les comtés, son principe est inscrit dans la loi depuis le 1er juillet 2010 [59]. Par ailleurs, le gouvernement a investi en 2009 et 2010 un milliard de couronnes suédoises [60] qu’il a distribué aux comtés en fonction de leurs performances dans la réduction des listes d’attente [61]. Durant son premier mandat, le gouvernement de Fredrik Reinfeldt a surtout accordé aux patients le droit de choisir leurs fournisseurs de soins, qu’ils soient publics ou privés, en vertu du principe selon lequel les prestations suivent les choix des patients [62]. Le débat public et l’agenda de réformes sont dominés depuis les années 1980 par un fort courant libéral de promotion du choix des patients et de la concurrence. Ainsi, « personne ne peut s’opposer à une augmentation du choix des patients en Suède, la bataille discursive et probablement idéologique a été remportée par les conservateurs et les libéraux » [63]. Les sociaux-démocrates ont façonné un système de santé qui, malgré ses bons résultats dans de nombreux domaines, a généré une certaine frustration quant à la faible réactivité du système et aux listes d’attente limitant l’accès aux soins non-urgents (Palier, 2008, 84). Dans ce contexte, les connexions politiques entre les réformes du système de santé suédois et l’agenda européen de libre circulation des patients n’ont échappé à aucun acteur des réformes de la santé (Blomqvist et Larsson, 2009, 23). Ceci explique que les sociaux-démocrates aient abordé les soins transfrontaliers comme une contestation supplémentaire du principe fondamental de priorisation des patients en fonction des besoins et non de la demande, alors que la coalition de droite s’est emparée de l’agenda européen comme d’une solution complémentaire aux réformes nationales.
27 Le ministre social-démocrate Lars Engqvist avait brièvement tenté en 2002 de promouvoir un système européen de priorisation, inspiré du système d’échanges de patients entre les comtés suédois, dans lequel les autorités sanitaires locales ou nationales pourraient limiter les soins transfrontaliers jugés non prioritaires et organiseraient la coopération transnationale des centres hospitaliers spécialisés [64]. Les sociaux-démocrates ont ensuite constamment œuvré pour le rétablissement des procédures d’autorisation préalable et contre toute ouverture incontrôlée du système de santé suédois. Même s’ils défendent une approche des soins transfrontaliers largement consensuelle dans la plupart des pays européens, cette prise de position pour le rétablissement d’un système d’autorisation préalable les place dans le contexte suédois dans le rôle inconfortable de défenseur d’un système bureaucratique peu soucieux de la satisfaction des patients. Cette position défensive est illustrée par un débat en vue des élections européennes de 2009 durant lequel la dirigeante du parti social-démocrate Mona Sahlin a été interpellée sur la question du choix des patients :
Maud Olofsson (Parti du centre) : « Pourquoi les patients ne pourraient-ils pas choisir, Mona Sahlin ? [La directive est] un moyen pour donner plus de pouvoir aux patients ».
Mona Sahlin : « Ce qui nous sépare, c’est que je ne pense pas que les décisions en matière d’autorisation de soins à l’étranger doivent revenir à des bureaucrates de Bruxelles, mais plutôt aux élus régionaux ainsi qu’aux professionnels de santé. (…) parce que pour les sociaux-démocrates, le système, les patients et le personnel de santé sont un tout » [65].
29 Suite à la victoire le 17 septembre 2006 de la coalition de droite, le gouvernement de Fredrik Reinfeldt a en revanche investi politiquement et idéologiquement l’agenda européen en matière de mobilité des patients. Le ministre des affaires sociales Göran Hägglund a revendiqué l’existence d’une cohérence politique forte entre la directive sur les soins transfrontaliers et son ambitieux programme national, dans ce qui relève d’une tentative d’usage cognitif de l’Europe pour promouvoir ses propres réformes (Jacquot et Woll, 2004, 18). Dans un article paru le 5 juin 2009, Göran Hägglund a ainsi invité « tous ceux qui ont fait l’expérience des files d’attentes » à s’intéresser à la proposition de directive « malgré son nom décourageant » [66]. Cependant, l’agenda politique de promotion de la mobilité et du choix des patients est suffisamment ancien et ancré dans les représentations des politiques de la santé qu’un tel usage parait d’une utilité limitée. La catégorie des usages légitimateurs de l’Europe paraît mieux correspondre à la stratégie politique du ministre des affaires sociales depuis 2006 (Jacquot et Woll, 2004, 19). En même temps qu’il servait à dénigrer le manque de cohérence et d’engagement des sociaux-démocrates à défendre les patients contre le « système », l’agenda européen a été mis à profit par le ministre de manière à crédibiliser son engagement pour garantir aux patients de nouvelles opportunités de choix. Si la privatisation des soins de santé est limitée en Suède et reste un sujet peu consensuel, la ministre du commerce Ewa Björling et le ministre de la santé Göran Hägglund ont vanté le potentiel de la proposition de directive sur les soins transfrontaliers pour libérer les potentialités du secteur économique de la santé en Suède dans une tribune publiée dans le quotidien économique Dagens Industri le 12 octobre 2009 [67]. La ministre de l’industrie Maud Olofsson, regrettant que « peu d’entreprises [spécialisées dans les soins de santé] puissent s’engager sur le marché de l’exportation » [68], avait de son côté émis le souhait que la concurrence européenne contribue à la redynamisation du secteur public et au développement d’un secteur privé innovant. À travers ces usages légitimateurs et cognitifs, le gouvernement suédois a donc adopté sans nuance l’agenda et la rhétorique de la Commission, au risque d’être isolé et de se soulever les suspicions de certains gouvernements loin d’être aussi enthousiastes.
30 Puisque le système de santé français garantit une grande liberté aux patients et aux professionnels de santé, la question de l’accès aux soins n’est pas traitée en France comme une priorité politique, même si les listes d’attente pour consulter des spécialistes augmentent [69]. En revanche, le système d’assurance maladie est confronté depuis les années 1970 à des difficultés financières récurrentes. La France est un des seuls pays de l’Union européenne à n’avoir quasiment jamais connu de baisse ou de stabilisation durable des dépenses de santé (Mordelet, 2008, 307). Le système de remboursement « à guichet ouvert » et les difficultés récurrentes des autorités sanitaires pour réguler l’offre de soins sont peu propices à une limitation des dépenses (Palier, 2008, 32). Depuis la deuxième moitié des années 1990, le ministère de la Santé s’emploie à renforcer son contrôle sur les caisses d’assurance maladie, les professionnels de santé et sur la régulation de l’offre sanitaire. Concernant les soins ambulatoires, la réforme du 13 août 2004 a remis partiellement en question le principe du libre choix du médecin par le patient en introduisant un « médecin traitant ». Dans le secteur hospitalier, le gouvernement a concentré la planification sanitaire au sein du schéma régional d’organisation des soins et la loi « Hôpital, patients, santé et territoires » du 22 juillet 2009 a poursuivi la régulation du secteur hospitalier. Dans ce contexte, le gouvernement n’a pas montré d’enthousiasme pour une initiative communautaire susceptible d’engendrer une perte du contrôle – déjà difficile à asseoir – des autorités sanitaires sur l’offre de soins. La réponse officielle du gouvernement à la consultation de la Commission a ainsi rappelé la nécessité de planifier, d’organiser et de réguler l’offre de soins dans un contexte de diminution du nombre de professionnels de santé et de déséquilibre des comptes sociaux [70]. Le cas français confirme donc que les autorités nationales ne déterminent pas nécessairement leurs positions européennes de manière à réduire le décalage entre les arrangements nationaux et européens. Au contraire, la congruence entre les fondements libéraux du système français et les initiatives européennes a joué un rôle de repoussoir pour les autorités françaises, comme l’a expliqué une responsable de la caisse nationale d’assurance maladie :
« Nous sommes dans un système ouvert. Le marché intérieur existe déjà dans notre pays. Mais, justement, on en voit les limites lorsqu’on a un tel déficit… Faut-il alors ouvrir encore plus ce système à l’Europe ? Nous le faisons déjà pour l’ambulatoire, mais pour le reste nous tenons à conserver nos capacités de programmation et de couverture sanitaire sur tout le territoire » [71].
32 La position française n’a pas connu de variations notables lors de l’alternance de 2002, bien que le parti socialiste se soit montré depuis plus critique que l’UMP [72] contre la directive Bolkestein et la directive sur les soins transfrontaliers. Les rapports et débats parlementaires portant sur les soins transfrontaliers ont montré un consensus sur le rejet de l’application des principes du marché intérieur à la santé et la défense de la procédure d’autorisation préalable.
33 Le contexte politique et idéologique des politiques de santé nationales est un élément important dans la construction des réponses des autorités nationales à l’européanisation des soins de santé. Dans le cadre de notre comparaison franco-suédoise, il explique en grande partie pourquoi la libre circulation des patients est interprétée comme un facteur de déstabilisation par le gouvernement français, et comme une opportunité pour le gouvernement suédois.
Usages stratégiques dans le cadre des interactions entre acteurs nationaux
34 Le gouvernement suédois se retrouve souvent à défendre des positions d’autant plus libérales et favorables à la libre circulation des patients qu’il entretient des rapports difficiles avec les acteurs de la mise en œuvre des règles de libre choix et de libre circulation des patients, restés plus proches des positions sociale-démocrates traditionnelles de régulation de l’offre de soins. Les initiatives européennes deviennent alors une source potentielle d’usages stratégiques (Jacquot et Woll, 2004, 18), en particulier dans ses rapports avec les comtés. Le gouvernement a ainsi tenté de transférer la charge financière des soins à l’étranger aux comtés afin de les « responsabiliser » davantage dans la réduction des files d’attente [73]. L’association des comtés SKL a demandé que cette charge financière soit accompagnée d’une compensation de l’État et que des règles d’autorisation préalable soient applicables directement par les comtés afin qu’ils gardent le contrôle sur leurs patients [74]. Le projet a été abandonné en attendant la transposition de la directive. Le gouvernement suédois espère également profiter de la directive pour mieux encadrer le traitement par la caisse nationale de sécurité sociale des demandes de remboursement de soins à l’étranger. En effet, les agents de la caisse font souvent une interprétation restrictive de la jurisprudence communautaire, par exemple en ne remboursant que les traitements validés en Suède [75]. La plainte d’un groupe de patients auprès de la Commission européenne a récemment mis à jour le double langage des autorités suédoises, entre la pratique de la caisse nationale et les déclarations du gouvernement, plaçant ce dernier dans une position inconfortable vis-à-vis de la Commission. Faute de pouvoir remettre en question les méthodes de la caisse nationale, l’activisme du gouvernement suédois en faveur de la directive lui a jusqu’à présent épargné des poursuites en manquement que la France a accumulé depuis de nombreuses années. Ces deux cas démontrent le faible pouvoir du ministère des affaires sociales sur des comtés autonomes, mais également sur la caisse nationale qui est pourtant formellement sous sa tutelle. On comprend par là même les tentatives d’usage stratégique de la directive qui serait non seulement congruente avec ses vues politiques, mais qui affaiblirait également les prérogatives des comtés et de la caisse nationale de sécurité sociale.
35 En France, les interactions entre le gouvernement et les principaux acteurs du système de santé ont peu pesé dans sa stratégie européenne. Les responsables de la caisse nationale d’assurance maladie sont peu impliqués dans la préparation des positions européennes, ce qui participe à la marge de la tendance générale d’étatisation de la régulation de l’assurance maladie (Hassenteufel et Palier, 2007, 592). Contrairement au cas suédois, la mise en œuvre de la jurisprudence n’a pas fait l’objet d’usages stratégiques de la part du ministère de la santé et la nécessaire centralisation des procédures de remboursement des soins transfrontaliers n’a pas eu d’impact notable sur les rapports entre le ministère et les caisses maladies [76]. En outre, peu d’acteurs non étatiques ont soutenu l’approfondissement des règles de mobilité des patients, ce qui n’a pas contribué à politiser l’enjeu.
Politisation ou capture administrative ?
36 L’activisme du ministre de la santé suédois et de son cabinet en faveur des soins transfrontaliers n’a pas fait l’unanimité au sein des administrations décentralisées et centrales, plus proches de la vision des sociaux-démocrates [77]. Mais l’influence des administrations sur les réponses des autorités nationales aux initiatives européennes est d’autant plus limitée que les usages politiques des enjeux liés aux soins transfrontaliers sont importants.
37 Contrairement au cas suédois, l’implication moins soutenue des acteurs politiques dans les négociations de la directive sur les soins transfrontaliers a laissé une autonomie relativement plus importante aux procédures de coordination des administrations centrales ainsi qu’aux affinités organisationnelles et politiques des acteurs administratifs impliqués au quotidien dans la construction de la position européenne des autorités françaises. Traditionnellement attachée à la dimension sociale de l’intégration européenne incarnée par les règlements de sécurité sociale et plus proche de la DG EMPL que des DG MARKT et SANCO, l’administration française a suivi avec une grande méfiance les développements internes à la Commission entre 2006 et 2008. Dès les prémisses du processus législatif, les conseillers de la représentation permanente à Bruxelles, encore marqués par la réaction tardive des autorités françaises à la directive « Bolkestein », ont rapidement attiré l’attention des services du ministère de la Santé sur la nécessité de préparer une réponse concertée en amont de la présentation de la proposition de directive [78]. Les nombreuses réunions ministérielles organisées par le Secrétariat général des affaires européennes (SGAE) de septembre 2006 à janvier 2007 ont permis de dégager deux approches de la question des soins transfrontaliers au sein de l’administration de la santé. La Direction de la sécurité sociale (DSS), a priori plus concernée par les coûts potentiels du « tourisme médical » pour la sécurité sociale, a estimé qu’une directive à la portée limitée apporterait la sécurité juridique nécessaire pour contenir la jurisprudence de la Cour et permettrait de régler un certain nombre de questions annexes telles que la procédure applicable en cas d’erreur médicale [79]. En revanche, la Direction des hôpitaux et de l’organisation des soins (DHOS) et la Direction générale de la santé (DGS) ont fait valoir qu’une directive risquait d’affecter les services de santé, plus encore que l’application de jurisprudence en tant que telle. À l’occasion d’un séminaire ministériel organisé conjointement par la Belgique, la France et le Luxembourg à Bruxelles le 26 janvier 2007, le ministre de la santé Xavier Bertrand a arbitré en faveur d’une directive – l’option la plus consensuelle au niveau européen – à condition que soit garantie la sécurité juridique de l’organisation nationale de l’offre de soins [80]. Pourtant, la publication de la directive a ravivé les discussions interservices. Face au pragmatisme affiché par la DSS, les autres directions ont continué d’afficher leur hostilité à l’ensemble de la directive et en particulier à toutes les dispositions susceptibles de créer un effet d’engrenage en faveur d’une intégration plus importante des politiques de santé [81]. Un participant aux réunions de coordination du SGAE se souvient que certaines directions hostiles à la directive « avaient une vision très politique des négociations. Ils sont pro-européens […] mais ils sont surtout anti-Commission » [82]. De manière générale, les discussions interservices ont mis un accent beaucoup plus fort sur les risques potentiels que sur les opportunités que pourrait ouvrir la directive pour l’attractivité du système de soins français. En l’absence d’intérêt politique fort pour cet enjeu, les réticences de l’administration ont eu une influence comparativement beaucoup plus importante qu’en Suède. La question des soins transfrontaliers n’a connu que de rares périodes de reprise en main politique. La plus marquante fut la préparation de la Présidence française du Conseil (PFUE) en 2008 qui a vu les plus hautes instances de l’État s’impliquer momentanément sur la directive soins transfrontaliers, ce qui explique la légère inflexion de la position française depuis lors. Pour faire de la PFUE une réussite, il s’agissait d’avancer sur l’ensemble des dossiers, y compris ceux dont le gouvernement a hérité sans enthousiasme [83]. L’intérêt politique est rapidement retombé après la présidence, mais les efforts réalisés pour obtenir un accord politique sous PFUE ont laissé aux négociateurs une ligne politique plus favorable et ont accessoirement créé dans l’administration française un phénomène d’appropriation. Les nombreuses concessions de la Commission ont achevé de « déminer » ce dossier longtemps mal engagé.
Conclusion
38 Alors que la théorie du décalage reste dominante dans l’analyse des interactions entre les logiques descendantes et ascendantes de l’européanisation, la question des soins transfrontaliers démontre l’intérêt de partir de l’approche des « usages de l’Europe » pour réinvestir l’étude des réponses des autorités nationales à l’européanisation, c’est-à-dire la construction des stratégies de mise en œuvre (downloading) et de formulation des positions de négociation européennes (uploading). Partant d’un rejet commun de la jurisprudence potentiellement déstabilisatrice de la CJCE, les réponses des autorités françaises et suédoises ont évolué selon des trajectoires divergentes. Tout en mettant en œuvre sans trop de difficultés la jurisprudence, le gouvernement français a maintenu dans les négociations européennes une position peu favorable à la libre circulation des patients. De manière encore plus paradoxale, le gouvernement suédois a résisté à la mise en œuvre de la jurisprudence avant d’en promouvoir l’approfondissement. La comparaison des deux cas démontre donc que ces choix ne sont pas systématiquement déterminés par la volonté des gouvernements de réduire les pressions au changement, mais qu’elles évoluent en fonction d’interactions européennes et internes. Les stratégies des autorités nationales en matière de régulation des soins transfrontaliers ne sont ainsi pas le fruit d’un calcul rationnel réalisé à partir d’une mesure objective du décalage entre les politiques européennes et nationales, mais d’une construction progressive réalisée au gré des contraintes et des opportunités offertes par les changements européens. Les réponses des autorités nationales peuvent ainsi être expliquées par les usages (ou l’absence d’usage) internes des politiques européennes. Les usages sont liés au travail politique des acteurs nationaux, c’est-à-dire à la politisation de l’enjeu des soins transfrontaliers dans le contexte des politiques d’accès aux soins et des rapports de forces nationaux. Si la théorie du décalage procure aux chercheurs des hypothèses pour prédire les réponses des autorités nationales à l’européanisation, nous leur préférons une approche certes moins ambitieuse d’un point de vue théorique, mais plus conforme aux interactions au cœur des logiques descendantes et ascendantes de l’européanisation.
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Date de mise en ligne : 12/01/2012
https://doi.org/10.3917/poeu.035.0165