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Chieti 2016. XIVe Session plénière de la commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe

Pages 97 à 111

Citer cet article


  • Bouwen, F.
(2017). Chieti 2016. XIVe Session plénière de la commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe. Proche-Orient Chrétien, Tome 67(1), 97-111. https://doi.org/10.3917/poc.671.0097.

  • Bouwen, Frans.
« Chieti 2016. XIVe Session plénière de la commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe ». Proche-Orient Chrétien, 2017/1 Tome 67, 2017. p.97-111. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-proche-orient-chretien-2017-1-page-97?lang=fr.

  • BOUWEN, Frans,
2017. Chieti 2016. XIVe Session plénière de la commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe. Proche-Orient Chrétien, 2017/1 Tome 67, p.97-111. DOI : 10.3917/poc.671.0097. URL : https://shs.cairn.info/revue-proche-orient-chretien-2017-1-page-97?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/poc.671.0097


Notes

  • [1]
    Frans Bouwen, « XIIIe Session plénière de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe. Amman 2014 », POC 65 (2015), 75-88.
  • [2]
    Cf. CNS, 1er avril 2015 (SEIA 235).
  • [3]
    Patriarcat de Moscou, Communiqué de presse (26.6.2015).
  • [4]
    Id., (18.9.2015).
  • [5]
    Andrea Palmieri, « Il documento di Chieti Sinodalità e primato nel primo millennio. Verso una comune comprensione al servizio dell’unità della Chiesa (2016) nel cammino del dialogo teologico cattolico-ortodosso », Apulia Theologica 2 (2016), 309-319 ; Id., « Sulla base di una comune eredità. Sinodalità e primato nel documento di Chieti », L’Osservattore Romano (19.1.2017).
  • [6]
    Membres orthodoxes : Patriarcat œcuménique : l’archevêque Job de Telmessos (coprésident), les métropolites Gennadios de Sassima (cosecrétaire) et Kallistos de Diokleia ; Patriarcat d’Alexandrie : les métropolites Makarios du Kenya et Gennadios de Niloupolis ; Patriarcat d’Antioche : le métropolite Basil d’Arkadia (Akkar) et l’évêque Demetrios de Safita (Charbak) ; Patriarcat de Jérusalem : l’archevêque Theophanis de Gerasa et le professeur Théodoros Giagkou ; Patriarcat de Moscou : le métropolite Hilarion de Volokolamsk et le père Irenei Steenberg ; Patriarcat de Serbie : les évêques Irinej de Backa et Ignatij de Branicevo ; Patriarcat de Roumanie : le métropolite Joseph de l’Europe occidentale et méridionale et le père Patriciu Vlaciu ; Patriarcat de Géorgie : le métropolite Theodoros d’Akhaltsikhe et Tao-Klardzeti et l’archiprêtre Georgi Zviadadze ; Église de Chypre : les métropolites Georgios de Paphos et Vassilios de Constantia-Ammochostos ; Église de Grèce : les métropolites Chrysostomos de Péristérion (empêché) et Chrysostomos de Messinia ; Église de Pologne : l’archevêque Jeremias de Wroclaw et Szczecin (empêché, remplacé par l’évêque Georgios de Siemiateche) et le Rév. professeur Andrzej Kuzma ; Église d’Albanie : l’évêque Ilia de Philomilion et le professeur Nathan Hoppe ; Église des Terres tchèques et de Slovaquie : le métropolite Georges de Michalovce et Kosice et le Rév. professeur Jan Safin (empêché).
  • [7]
    Membres catholiques : le cardinal Kurt Koch (coprésident, Rome), le cardinal Christoph Schönborn (Vienne, empêché), le cardinal Leonardo Sandri (Rome), Mgr Paul Sayah (archevêque curial maronite, Liban), Mgr Ioannis Spiteris (o.f.m.cap., archevêque de Corfou, Grèce), Mgr Roland Minnerath (archevêque de Dijon, France), Mgr Bruno Forte (archevêque de Chieti-Vasto, Italie), Mgr Joseph W. Tobin (c.ss.r., archevêque d’Indianapolis, États-Unis), Mgr Florentin Crihălmeanu (évêque de Cluj-Napoca, Roumanie), Mgr Gerhard Feige (évêque de Magdeburg, Allemagne), Mgr Dimitrios Salachas (exarque émérite pour les catholiques de rite byzantin en Grèce), Mgr Brian Farrell (Rome), Mgr Charles Morerod (o.p., évêque de Lausanne, Genève, Fribourg, Suisse), Mgr Krzysztof Nitkiewicz (évêque de Sandomierz, Pologne), Mgr Piero Coda (Val d’Arno, Italie), Mgr Iwan Dacko (L’viv, Ukraine), Mgr Paul McPartlan (Washington DC, USA), le père Thomas Pott (o.s.b., Chevetogne, Belgique), le père Frans Bouwen (m.afr., Jérusalem), le père Milan Žust (s.j., Rome), le père Hyacinthe Destivelle (o.p., Rome), le frère Sabino Chialà (Bose, Italie), le professeur Theresia Hainthaler (Frankfurt, Allemagne), le professeur Barbara Hallensleben (Fribourg, Suisse), le professeur Roberto Morozzo della Rocca (Rome), Mgr Andrea Palmieri (cosecrétaire, Rome).
  • [8]
    Frans Bouwen, « Paphos 2009. XIe session plénière de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe », POC 60 (2010), 78-99 ; Id., « Vienne 2010. XIIe session plénière de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe », POC 60 (2010), 335-351.
  • [9]
    Voir note 1.
  • [10]
    Frans Bouwen, « Plan initial du dialogue théologique catholique-orthodoxe », POC 51 (2001),137-149.
  • [11]
    Selon le communiqué de presse du patriarcat de Moscou du 22 septembre, le métropolite Hilarion de Volokolamsk a déclaré : « La logique de notre dialogue demande qu’après avoir complété le document sur la primauté et la synodalité au premier millénaire, nous passions à l’étude de la synodalité et de la primauté dans les Églises de l’Orient et de l’Occident au deuxième millénaire. Nous aurons à traiter la question du schisme de 1054 et aussi celle de l’uniatisme comme l’une des questions centrales du deuxième millénaire. Je peux prédire qu’il y aura beaucoup de questions qui divisent et que nous ne serons pas d’accord sur chaque point. Toutefois, le but du dialogue n’est pas simplement de nous mettre d’accord sur les points sur lesquels nous sommes déjà d’accord, mais nous avons aussi à explorer les points de désaccord. Et la question de l’uniatisme est une des questions brûlantes ».

1 La Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe a tenu sa quatorzième session plénière à Francavilla al Mare, près de Pescara (Italie), dans l’archidiocèse de Chieti-Vasto, du 16 au 21 septembre 2016, à l’invitation de S. Exc. Mgr Bruno Forte, archevêque du lieu et membre de la Commission, avec l’aide de la Conférence épiscopale italienne. La session était présidée par le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, et par l’archevêque Job de Telmessos, du patriarcat œcuménique.

D’amman 2014 à Chieti 2016

2 À la clôture de la session plénière précédente, à Amman, en septembre 2014, les membres de la Commission avaient à leur disposition un projet de document commun sur « Synodalité et primauté », rédigé sur place après la non-acceptation du texte préparé pour cette session [1]. Certains, en particulier du côté orthodoxe, ont alors jugé que ce premier texte avait besoin d’être davantage approfondi et enrichi, avant de pouvoir être transmis aux Églises et publié. Sur le moment, beaucoup furent déçus par ce contretemps, mais expérience faite, le travail accompli par la suite qui a abouti au document adopté à Chieti, confirma que c’était la bonne décision. À Amman étaient prévues la réunion d’un groupe réduit de rédaction avant l’été et après l’été 2015, une autre réunion du Comité de coordination. On estimait alors qu’une nouvelle session plénière ne pourrait avoir lieu avant 2017, en raison de la tenue du Saint et grand concile orthodoxe en 2016. En fait, il a été quand même possible de se réunir en 2016, ce qui a permis de reprendre le rythme normal des sessions plénières, à savoir une fois tous les deux ans.

3 Étant donné que la session d’Amman n’a pas produit un nouveau texte, il est compréhensible qu’elle ait suscité peu de commentaires.

4 Dans une interview à La Civiltà Cattolica, le patriarche œcuménique Bartholomaios remarque que les questions qui concernent la primauté et la collégialité font partie des problèmes théologiques les plus épineux entre catholiques et orthodoxes, très centraux et critiques à la fois, « à cause des préjugés et des polémiques des deux côtés ». « Dès que la primauté est discutée parmi les orthodoxes, a-t-il souligné, les gens pensent immédiatement à l’autorité papale, surtout à la lumière des abus du Moyen Âge, et chaque fois que la collégialité est discutée parmi les catholiques romains, les gens prennent tout de suite peur que l’autorité du pape ne soit mise en question ou perdue de vue ». Il ajoute : « La manière dont les chefs d’Église se conduisent aura un impact important sur la façon dont l’autorité est perçue dans l’Église » [2].

5 Un petit groupe de rédaction, formé de quatre catholiques et quatre orthodoxes, s’est réuni à Rome les 25 et 26 juin 2015, pour développer et enrichir l’esquisse de texte produite à Amman, selon le mandat reçu de la session plénière. Le nouveau projet élaboré lors de cette réunion, intitulé « Vers une compréhension commune de la synodalité et de la primauté dans l’Église au premier millénaire », devait être soumis au Comité de coordination dont la réunion était prévue en septembre 2015, également à Rome [3].

6 Le 27 juin, dans son discours à la délégation du patriarcat œcuménique, venue à Rome pour la fête des saints Pierre et Paul, le pape François a réaffirmé l’importance qu’il attachait au dialogue : « Dans cette perspective, je souhaite aussi redire mon soutien au précieux travail de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe. Les problèmes que nous pouvons rencontrer au cours du dialogue théologique ne doivent pas conduire au découragement ou à la résignation. L’examen attentif de la manière dont s’articulent, dans la vie de l’Église, le principe de la synodalité et le service de celui qui préside, offrira une contribution significative au progrès des relations entre nos Églises ».

7 Dans le message adressé au pape François en cette occasion, le patriarche œcuménique Bartholomaios écrivait : « Nous sommes tous appelés à soutenir ce dialogue de toutes nos forces par la participation dans cette Commission des meilleurs représentants théologiens dont nos Églises disposent, de sorte que ce travail difficile puisse continuer par-delà toutes les motivations politiques ou autres, en particulier en cette phase critique où nous examinons la question épineuse de la primauté dans Église ».

8 Le Comité de coordination, composé de dix catholiques et de dix orthodoxes, s’est de fait réuni à Rome, du 15 au 17 septembre 2015, sous la présidence du cardinal Kurt Koch et du métropolite Jean de Pergame. Après avoir étudié attentivement le projet préparé par le groupe de rédaction et y avoir apporté un certain nombre d’amendements, le Comité a donné son approbation pour qu’il soit soumis à la Commission mixte internationale lors de sa prochaine session plénière, en 2016 [4].

9 À l’occasion de la fête de saint André, patron de l’Église de Constantinople, le message du pape François et le discours du patriarche Bartholomaios se sont arrêtés surtout à la commémoration du cinquantième anniversaire de la déclaration commune du pape Paul VI et du patriarche Athénagoras, « enlevant de la mémoire et de la vie de l’Église les excommunications de 1054 », en date du 7 décembre 1965. Dans cet esprit, le pape revenait brièvement sur la nécessité de poursuivre le dialogue : « Le dialogue théologique lui-même, soutenu par la charité mutuelle, doit continuer à examiner attentivement les questions qui nous divisent, visant toujours à approfondir notre compréhension commune de la vérité révélée ». Le patriarche soulignait qu’il suivait le « dialogue de la vérité avec grande attention et une prière vigilante » : « Nous savons et reconnaissons les difficultés que ce dialogue rencontre dans sa phase actuelle, quand il étudie des questions épineuses telles que la primauté dans l’Église. Cependant, nous sommes encouragés en constatant que des fondements solides et appropriés ont déjà été posés en cette matière avec le texte commun exceptionnel de Ravenne qui établit le contexte et les conditions pour l’exercice de la primauté dans l’Église qui est une primauté de service, enracinée dans la nature même de l’Église et tellement nécessaire pour l’accomplissement de sa mission dans le monde ».

10 La déclaration commune, signée par le pape François et le patriarche Cyrille de Moscou, lors de leur rencontre historique à La Havane, Cuba, le 12 février 2016, ne fait pas mention explicitement du dialogue théologique, mais parle surtout des exigences d’une collaboration et d’un témoignage commun dans le monde d’aujourd’hui. Tous deux constatent que, « pendant presque mille ans, les catholiques et les orthodoxes sont privés de la communion dans l’Eucharistie ». Ils avouent leur peine devant la perte de l’unité et déclarent : « Conscients que de nombreux obstacles restent à surmonter, nous espérons que notre rencontre contribue au rétablissement de cette unité voulue par Dieu, pour laquelle le Christ a prié. Puisse notre rencontre inspirer les chrétiens du monde entier à prier le Seigneur avec une ferveur renouvelée pour la pleine unité de tous ses disciples ». Il importe de noter que cette déclaration commune réaffirme l’essentiel du document commun sur « l’uniatisme » de la session plénière de la Commission mixte internationale à Balamand en 1993, texte auquel le Patriarcat de Moscou est toujours resté réticent : « Nous espérons que notre rencontre contribuera aussi à la réconciliation là où des tensions existent entre grécocatholiques et orthodoxes. Il est clair aujourd’hui que la méthode de l’“uniatisme” du passé, comprise comme la réunion d’une communauté à une autre, en la détachant de son Église, n’est pas un moyen pour recouvrir l’unité. Cependant, les communautés ecclésiales, nées en ces circonstances historiques ont le droit d’exister et d’entreprendre tout ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins spirituels de leurs fidèles, recherchant la paix avec leurs voisins. Orthodoxes et gréco-catholiques ont besoin de se réconcilier et de trouver des formes de coexistence mutuellement acceptables ».

11 Dans son document officiel « Relations de l’Église orthodoxe avec l’ensemble du monde chrétien », le Saint et grand concile de l’Église orthodoxe, qui s’est tenu en Crète du 19 au 26 juin 2016, traite longuement de la participation de l’Église orthodoxe aux dialogues théologiques en général, mais sans mentionner nommément le dialogue avec l’Église catholique. Le texte expose les motivations de l’engagement œcuménique de l’Église orthodoxe, son but et sa méthodologie. Le principe est clair : « Les dialogues théologiques bilatéraux actuels de l’Église orthodoxe, ainsi que sa participation au Mouvement œcuménique, s’appuient sur la conscience même de l’Orthodoxie et sur son esprit œcuménique dans le but de rechercher, sur la base de la vérité de la foi et de la tradition de l’Église ancienne des sept Conciles œcuméniques, l’unité de tous les chrétiens ». La participation orthodoxe est dite être « l’expression de la décision unanime de toutes les très saintes Églises orthodoxes locales, appelées à participer activement et continuellement à leur déroulement, afin de ne pas mettre d’obstacle au témoignage unanime de l’Orthodoxie à la gloire du Dieu Trinitaire ». Quant au but il est dit : « Il est évident qu’au cours des dialogues théologiques, le but poursuivi par tous est le même : le rétablissement de l’unité dans la vraie foi et l’amour ».

12 Le 27 juin 2016, dans son discours à la délégation du patriarcat œcuménique venue à Rome pour la fête des saints apôtres Pierre et Paul, le pape François exprime sa joie de savoir que la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique se réunirait à nouveau en septembre. Il promet également « un souvenir particulier dans la prière » à l’archevêque Job (Getcha) de Telmessos, membre de la délégation, pour sa récente nomination comme co-président orthodoxe de la Commission, et exprime sa gratitude à l’égard du « métropolite Ioannis de Pergame, qui pendant de nombreuses années avait exercé avec dévouement et compétence cette tâche délicate ». Dans son message au pape, le patriarche Bartholomaios réaffirmait : « Le dialogue qui continue entre l’Église orthodoxe et la très sainte Église de Rome est un champ qui porte des fruits de connaissance théologique, d’expérience œcuménique et d’enrichissement mutuel. Les textes de ce dialogue de vérité confirment nos approches chrétiennes communes et expriment notre foi que la vérité de l’Église est une personne, à savoir la Parole incarnée, souffrante et ressuscitée de Dieu ».

13 Vu le long chemin, parfois ardu, parcouru depuis la session plénière de Ravenne en 2007, la dernière à produire un document commun, on comprend qu’à la veille de la session de Chieti règne un climat à la fois d’attente et d’incertitude [5].

Hospitalité de l’archidiocèse de Chieti-Vasto

14 Les sessions plénières de la Commission mixte internationale se tiennent alternativement dans un lieu de tradition catholique et un lieu de tradition orthodoxe, dans le but de faire connaître le dialogue dans les Églises locales tant catholiques qu’orthodoxes. C’est dans cette perspective que la coutume s’est établie que, lors du weekend qui tombe durant la session, les membres catholiques célèbrent une eucharistie catholique le samedi soir, en présence des membres orthodoxes, et les membres orthodoxes une liturgie orthodoxe le dimanche matin, en présence des catholiques. Mgr Bruno Forte a pris soin de créer de nombreux contacts avec les représentants des communautés locales, catholiques et orthodoxes, tout particulièrement à l’occasion des célébrations eucharistiques des 17 et 18 septembre. Le samedi, les membres catholiques ont célébré la sainte eucharistie dans la cathédrale de saint Justin de Chieti, avec la participation de représentants des confréries et des mouvements apostoliques du diocèse. Les autorités civiles locales ont ensuite offert une réception et un concert de chants religieux traditionnels de la région en l’honneur de la Commission. Le dimanche, les membres orthodoxes ont célébré la divine liturgie au centre de pèlerinage de Manoppello, où est conservée une image de la sainte Face du Christ qui, selon la tradition, n’est pas faite par la main de l’homme. Les orthodoxes étaient très heureux de vénérer cette icône et bon nombre de fidèles orthodoxes de la région ainsi que de nombreux fidèles catholiques ont assisté à la liturgie. L’après-midi, les membres de la Commission ont visité Vasto, siège d’un ancien diocèse, aujourd’hui rattaché à celui de Chieti. Ils y ont vénéré, dans l’église Santa Maria Maggiore, la relique d’une épine de la couronne qu’a portée le Christ. La journée s’est terminée par une visite à l’abbaye bénédictine historique de San Giovanni in Venere, actuellement confiée aux pères Passionnistes.

Participants

15 Une modification importante dans la composition et le fonctionnement de la Commission internationale, a été la démission du métropolite Jean (Zizioulas) de Pergame comme orthodoxe coprésident. Éminent théologien, membre de la Commission depuis le début du dialogue théologique en 1980 et coprésident depuis 2005, le métropolite Jean avait demandé au patriarche œcuménique d’être déchargé de cette responsabilité, pour raison d’âge et de santé. À la séance d’ouverture, les membres de la Commission ont exprimé leur reconnaissance et leur appréciation pour le service précieux que le métropolite Jean avait rendu à la Commission pendant toutes ces années. Le Patriarcat œcuménique a nommé à sa place l’archevêque Job (Getcha) de Telmessos, actuellement représentant permanent du patriarcat œcuménique auprès du Conseil œcuménique à Genève.

16 En dehors du patriarcat de Bulgarie qui ne participe plus au dialogue théologique depuis plusieurs années, les treize autres Églises orthodoxes étaient représentées à la session de Chieti. Dans la délégation du patriarcat orthodoxe de Jérusalem, un membre de la Commission depuis les débuts, le professeur Georges Galitis, de l’Université d’Athènes, a été remplacé par le professeur Theodoros Giagkou, de l’Université de Thessalonique. Dans le patriarcat de Moscou, on notera la présence du père Irenei Steenberg de l’Église orthodoxe russe hors Russie, évêque élu au moment de la session [6].

17 Dans la délégation catholique, il n’y a pas eu de changements depuis la session d’Amman. Les cardinaux Christoph Schönborn et Jean-Louis Tauran étaient les seuls à être empêchés de prendre part à la session de Chieti [7].

Travaux de la commission

18 La matinée du premier jour, le 16 septembre, a été consacrée à des réunions séparées, catholiques et orthodoxes entre eux, comme cela se fait habituellement. Ces réunions sont particulièrement importantes pour les délégations orthodoxes afin de coordonner leurs approches. Dès la séance d’ouverture de l’après-midi ont prévalu une atmosphère ouverte et un esprit nouveau laissant entrevoir un déroulement positif des débats à venir. S’est posée la question de savoir l’influence sur cette session de Chieti, de la rencontre entre le pape François et le patriarche Cyrille de Moscou à La Havane, en février ainsi que la tenue du Saint et grand synode de l’Église orthodoxe en juin 2016. Ces deux événements ayant à peine été mentionnés, leur apport reste difficile à évaluer, mais ils étaient sans doute toujours sous-jacents.

19 Les membres de la Commission ont commencé à débattre, paragraphe par paragraphe, du document de travail préparé par le Comité de coordination, lors de sa réunion à Rome en septembre, dont le titre est : « Vers une compréhension commune de la synodalité et de la primauté au service de l’unité de l’Église ». La formulation de ce titre a fait l’objet de discussions prolongées, au début puis à la fin de la réunion. Ce titre ne donne-t-il pas l’impression de proposer déjà une compréhension théologique commune de ces deux concepts et apporter ainsi une solution finale aux questions qui se posent dans ce domaine, alors que l’étude porte presque exclusivement sur le premier millénaire ? D’autre part, la Commission ne voulait pas non plus se limiter à une étude purement historique. Le titre finalement retenu : « Synodalité et primauté au premier millénaire : vers une compréhension commune au service de l’unité de l’Église » rend compte de l’orientation principale, à savoir l’étude des relations entre synodalité et primauté au premier millénaire, époque où l’Occident et l’Orient chrétiens vivaient en communion, comme source privilégiée d’inspiration pour la recherche de l’unité aujourd’hui, au troisième millénaire.

20 Pareillement, les sous-titres ont été précisés. Le document de travail avait repris la distinction des trois plans – local, régional, universel – du document de Ravenne 2007. Certains membres ont trouvé que ces termes étaient trop abstraits et ont demandé que pour chaque plan la réalité ecclésiale soit mentionnée. Les sous-titres des trois sections sont alors devenus : l’Église locale ; la communion régionale d’Églises ; l’Église au niveau universel.

21 La discussion a également permis de réaffirmer clairement le but du dialogue théologique. Ainsi, le §7 du texte adopté dit explicitement que les efforts ont pour but de rétablir « la pleine communion aujourd’hui », alors que le projet mentionnait seulement la « réconciliation ».

22 Les membres catholiques ont également insisté pour que le document n’utilise pas le terme technique de « juridiction » pour le premier millénaire : ce serait un anachronisme, étant donné qu’il n’était pas utilisé à cette époque. De plus, ils ont aussi insisté pour ne pas utiliser ce terme sans en donner une définition claire. Ainsi à la fin du §19 il a été remplacé par l’expression « autorité canonique ».

23 À la séance de clôture, les délégués de l’Église géorgienne ont déclaré une fois de plus que certains paragraphes du texte ne leur convenaient pas mais qu’ils ne s’opposeront pas aux autres ? Ils ont demandé donc qu’on prenne officiellement acte de leurs réserves, ce qui est fait dans le communiqué qui note que : « La délégation du patriarcat géorgien a exprimé son désaccord sur certains paragraphes du document ». Sur ce le texte est approuvé par les membres de la Commission mixte et salué d’un chaleureux applaudissement. Le fait qu’aucune délégation orthodoxe n’ait pris prétexte de l’absence d’un consensus orthodoxe complet pour s’opposer à l’ensemble du texte – comme cela a été le cas à Amman – peut être vu comme un signe concret de ce nouvel esprit qui a prévalu à la session de Chieti et qui a déjà été évoqué plus haut.

Nouveau document commun

24 Le document de Chieti : « Synodalité et primauté au premier millénaire : vers une compréhension commune au service de l’unité de l’Église » est le premier texte commun adopté par la Commission mixte internationale après celui de Ravenne de 2007 lequel n’avait pas été reconnu par toutes les Églises orthodoxes, en particulier par le patriarcat de Moscou qui était absent de Ravenne. La Commission avait ensuite entrepris l’étude du rôle de l’évêque de Rome dans la communion des Églises au premier millénaire ; un document de travail sur ce thème a été longuement étudié aux sessions plénières de Paphos, en 2009, et de Vienne, en 2010, mais il n’a pas été possible de parvenir à un accord sur cette approche plutôt historique [8]. Ensuite, la Commission a tenté une approche plus directement théologique, mais le projet de texte élaboré au cours des quatre années suivantes a été écarté lors de la session plénière d’Amman, en 2014 [9]. Le nouveau document n’en revêt que plus d’importance. Les quelques considérations qui vont suivre n’entendent pas remplacer une étude attentive du texte lui-même, mais seulement attirer l’attention sur quelques points particuliers pouvant aider à sa compréhension.

25 Le document de Chieti reprend, sous une forme plus succincte, les éléments les plus importants du document de Ravenne de 2007. Il suit aussi la distinction des trois plans, tout en ayant modifié les sous-titres, et affirme que la synodalité et la primauté sont inséparables et mutuellement complémentaires dans tous les domaines de la vie de l’Église, même si l’exercice peut différer selon le cas. Sur le plan universel, conformément à l’ancien ordre canonique (taxis), le siège de Rome est le premier parmi les sièges patriarcaux, suivi dans l’ordre par Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem. En conséquence, l’évêque de Rome occupe aussi la place du premier parmi les chefs de ces Églises (§15). Toutefois, le fondement théologique de cette primauté est interprété différemment en Occident et en Orient ; en particulier, l’Orient, en particulier, n’a pas reconnu sa dimension pétrinienne, ayant « une interprétation différente des Écritures et des Pères sur ce point » (§16).

26 Les fondements théologiques, reconnus à la synodalité et à la primauté comme aux relations entre elles, représentent sans doute l’acquis majeur du texte, un enrichissement appréciable. L’ordre ecclésial ou canonique n’est donc pas de droit purement humain, mais revêt une signification théologique. Ces fondements sont principalement de nature trinitaire, christologique et eucharistique.

27 La Trinité est reconnue comme la source et le modèle de la communion ecclésiale, sans que ces termes soient explicitement utilisés. Le texte s’ouvre en affirmant que « la communion ecclésiale naît directement de l’Incarnation du Verbe éternel de Dieu, selon la bienveillance du Père, par le Saint-Esprit ». En conséquence, la communion trinitaire « se reflète dans la communion entre les membres de l’Église », donc aussi dans la synodalité. Comme l’affirme saint Maxime le Confesseur, « l’Église est une eikon de la Sainte Trinité » (§1).

28 Quant à la dimension christologique, « dans l’Église, la primauté appartient à sa Tête, Jésus-Christ » (§2). Dans l’Église locale, l’évêque représente le Christ et, « dans la synaxe eucharistique, il rend visible la présence de Jésus-Christ » (§8).

29 Le fondement eucharistique est rappelé à plusieurs endroits. Ainsi, l’unité trinitaire, qui est la source de la communion ecclésiale, « se reflète dans la sainte Eucharistie » (§1). L’évêque qui préside à l’Eucharistie préside aussi à son Église : « Tous les fidèles et le clergé, sous un unique évêque, sont unis entre eux dans le Christ et sont en communion avec lui dans tous les aspects de la vie de l’Église, plus spécialement dans la célébration de l’Eucharistie » (§8). Il est particulièrement significatif que la dimension eucharistique est aussi appliquée à l’Église sur le plan universel. La taxis des sièges patriarcaux était consignée dans les diptyques qui étaient lus durant la liturgie et « trouvait sa plus haute expression dans la célébration de la sainte Eucharistie », quand deux ou plusieurs patriarches concélébraient. Le texte en déduit : « Cette pratique manifestait la nature eucharistique de leur communion » (§17).

30 Dans cette même perspective, il importe de relever un passage qui pourrait passer inaperçu en cas de lecture rapide. Il concerne le sens de l’histoire, une dimension qui ne reçoit pas toujours, dans le dialogue, l’attention qu’elle mérite : « Dieu se révèle dans l’histoire ». Par conséquent, « il est particulièrement important d’entreprendre ensemble une lecture théologique de l’histoire de la liturgie, de la spiritualité, des institutions et des canons de l’Église, qui ont toujours une dimension théologique » (§6). La reconnaissance de l’action continue de l’Esprit saint dans l’histoire, jusqu’à aujourd’hui, devrait aider catholiques et orthodoxes à mieux évaluer et estimer les similitudes mais aussi les particularités de leurs traditions respectives en y discernant les complémentarités des expressions diverses d’un même mystère.

31 La conclusion du document mérite de retenir l’attention. En plus d’affirmer l’importance de l’héritage commun du premier millénaire, base du travail futur, le texte ouvre des possibilités pour l’étude de la portée de la diversité dans l’unité : « Bien que l’unité entre l’Orient et l’Occident fût parfois troublée, les évêques d’Orient et d’Occident avaient conscience d’appartenir à l’Église une » (§20). Il peut exister des différences entre l’Orient et l’Occident, voire des moments de tension ou de désaccord, mais la communion profonde permet de surmonter les difficultés et de découvrir que certaines diversités et tensions peuvent être mutuellement complémentaires et enrichissantes. L’Esprit continue à diriger l’Église.

Avenir du dialogue

32 L’orientation fondamentale du travail futur est bien exprimée dans la phrase finale du document de Chieti : « Sur la base de cet héritage commun [du premier millénaire], les uns et les autres doivent étudier comment la primauté, la synodalité et leur interrelation peuvent être conçues et exercées aujourd’hui et à l’avenir » (§21). Mais comment procéder concrètement ou quels seront les premiers pas à entreprendre ?

33 Les échanges à ce propos ont eu lieu à divers moments de la session, tant dans les réunions séparées que dans les séances communes, surtout les deux derniers jours. Plusieurs membres ont proposé que la Commission revoie le « Plan pour la mise en route du dialogue théologique », adopté à la session de Patmos-Rhodes, en 1980, à la lumière de l’expérience de plus de 35 ans de dialogue [10]. Ce texte prévoit comme approche que le dialogue commence par l’approfondissement de ce que les Églises catholique et orthodoxe ont déjà en commun, pour être plus à même d’évaluer ensuite l’importance des points qui divisent encore et d’y apporter une réponse ensemble. Certains jugent que le moment est venu maintenant de relever et d’aborder directement les différences, afin d’éviter d’en rester sur le plan théorique, d’autant que tous soulignent l’urgence de prêter davantage attention à la manière de mieux faire connaître le travail du dialogue dans les Églises locales.

34 Du côté orthodoxe, un certain consensus se dégage pour proposer que la Commission entreprenne l’étude des relations entre synodalité et primauté au deuxième millénaire, après le premier. Ils voudraient y inclure les causes du schisme de 1054 et l’uniatisme. Le Patriarcat de Moscou insiste fortement sur le choix de ces questions [11].

35 Le côté catholique estime que l’étude du deuxième millénaire serait un travail de longue haleine et difficile à mener dans une commission aussi nombreuse. Le Groupe de travail mixte catholiqueorthodoxe Saint-Irénée y avait déjà consacré une dizaine de réunions et il faudrait éviter de reprendre ce travail à zéro : est-il alors possible que la Commission internationale tire profit de ce travail déjà fait et de quelle manière ? Concernant l’uniatisme, il est important de rappeler que la Commission mixte internationale est une commission théologique et la question de l’uniatisme implique un champ bien plus large. Sur le plan théologique, la Commission a pratiquement dit tout ce qu’elle pouvait dire sur cette question dans le document de Balamand de 1993 dont les principes fondamentaux ont été réaffirmés dans la déclaration commune signée par le pape François et le patriarche Cyrille à La Havane, comme nous l’avons déjà vu. Le problème de l’uniatisme se pose aussi de façon très différente d’une région à l’autre et demande à être étudié sur place par des personnes ayant une connaissance directe de la situation locale, souvent très complexe, comme c’est le cas en Ukraine. La Commission internationale ne peut pas prétendre disposer d’une connaissance adéquate de toutes les situations concrètes, très différentes les unes des autres.

36 Les catholiques ont proposé que le Commission s’applique à élaborer un modèle d’unité pour le troisième millénaire, à partir de l’héritage commun du premier millénaire, reconnu dans le document de Chieti, et des développements théologiques catholiques après le concile Vatican II.

37 Devant l’impossibilité de parvenir à un accord, le communiqué de Chieti annonce que la Commission mixte a convenu que « le Comité de coordination se réunira l’an prochain pour décider du thème et des questions devant être élaborés davantage dans le dialogue ». Puisque cette réunion aura sans doute lieu en septembre 2017, on peut regretter qu’une année entière se passe sans que progresse le travail du dialogue. Combien de temps faudra-t-il ensuite pour préparer une nouvelle session plénière ? Sera-t-il possible de suivre le rythme normal de deux ans, à savoir organiser une session plénière en 2018 ?

38 Le grand mérite du document de Chieti est d’offrir maintenant, après de longs tâtonnements, une base commune solide pour poursuivre la marche du dialogue dans la confiance. Le pape François le confirme dans le message qu’il a envoyé au patriarche œcuménique Bartholomaios lors de la fête de saint André, le 30 novembre 2016 : « Bien que de nombreuses questions demeurent, la réflexion commune sur la relation entre la synodalité et la primauté durant le premier millénaire peut offrir un fondement sûr pour discerner des façons selon lesquelles la primauté pourra être exercée dans l’Église lorsque tous les chrétiens d’Orient et d’Occident seront enfin réconciliés ».


Date de mise en ligne : 02/04/2025

https://doi.org/10.3917/poc.671.0097