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Transmission intergénérationnelle et transgénérationnelle du vécu de guerre chez des Libanais migrants : apports des épreuves projectives

Pages 83 à 104

Citer cet article


  • Sawaya, M.,
  • Louët, E.
  • et Baubet, T.
(2018). Transmission intergénérationnelle et transgénérationnelle du vécu de guerre chez des Libanais migrants : apports des épreuves projectives. Psychologie clinique et projective, 24(1), 83-104. https://doi.org/10.3917/pcp.024.0083.

  • Sawaya, Michèle.,
  • et al.
« Transmission intergénérationnelle et transgénérationnelle du vécu de guerre chez des Libanais migrants : apports des épreuves projectives ». Psychologie clinique et projective, 2018/1 n° 24, 2018. p.83-104. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-psychologie-clinique-et-projective-2018-1-page-83?lang=fr.

  • SAWAYA, Michèle,
  • LOUËT, Estelle
  • et BAUBET, Thierry,
2018. Transmission intergénérationnelle et transgénérationnelle du vécu de guerre chez des Libanais migrants : apports des épreuves projectives. Psychologie clinique et projective, 2018/1 n° 24, p.83-104. DOI : 10.3917/pcp.024.0083. URL : https://shs.cairn.info/revue-psychologie-clinique-et-projective-2018-1-page-83?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/pcp.024.0083


Notes

  • [1]
    48Les protocoles sont donnés en annexe.

1 « Le Liban c’est le village du monde », pour reprendre les termes d’un participant de notre recherche. Nous allons dans cet article voyager vers ce pays qui compte quatre fois plus de citoyens en dehors de ses frontières et dont les habitants pensent toujours à un ailleurs. La culture du voyage y est ancienne, et plusieurs vagues d’émigration jalonnent l’histoire du Liban. Un de ces mouvements concerne les années 1980, à la suite de la guerre civile qui a déchiré le Liban de 1975 à 1990. C’est sur cette période-là que nous avons choisi de porter une attention particulière.

2Au Liban, les « événements », comme on les désigne là-bas, sont complètement absents du discours. On retrouve peu de traces (orales ou écrites) de cette période-là, alors même que les stigmates de la guerre sont visibles dans les rues, mais font partie en quelque sorte du décor. Dans les livres scolaires, l’histoire du Liban s’arrête après l’indépendance en 1943, par manque de consensus sur les faits. Sans vainqueur, ni vaincu, l’impossible mise en mots de l’histoire témoigne d’un conflit qui s’est arrêté par épuisement, suivi d’un désir de tourner la page, une sorte d’injonction d’oubli. Même si tous les jeunes Libanais savent qu’il y a eu une période de conflit, ils peuvent difficilement y attribuer un sens commun et la transmission intrafamiliale, bien que restreinte, est l’un des seuls vecteurs du travail de mémoire. Des recherches en histoire et des initiatives artistiques (cinéma, romans, expositions de photos, etc.) évoquent la question de la mémoire de la guerre, mais l’accès à ces livres, films, installations, reste réservé aux personnes qui s’y intéressent dans une démarche active et personnelle. Le travail de mémoire ne semble pas être une préoccupation dans l’espace publique et politique.

3C’est autour de ces réflexions que se centre notre recherche universitaire effectuée dans le cadre d’une thèse de doctorat en cours, qui vise à étudier les effets de la migration sur la transmission du vécu et des traumatismes de guerre. Quels sont les processus de transmission mis en jeu lorsqu’on migre et qu’on « s’éloigne » du lieu du vécu de l’événement traumatique ?

4Pour explorer cette question de recherche, nous avons rencontré des Libanais ayant migré en France pendant la période de guerre et qui ont eu des enfants en France après la fin des conflits, soit après 1990. Dans un premier temps, nous avons effectué des entretiens semi-directifs avec les membres de la première génération de Libanais migrants pour explorer les questions des motivations de la migration, le vécu de guerre ainsi que la transmission de ce vécu et des événements qui y sont associés. Dans un deuxième temps, nous avons rencontré un des membres de la deuxième génération choisi de manière aléatoire pour une passation de tests projectifs (Rorschach et tat), suivie d’un entretien semi-directif permettant d’analyser les résonnances avec le discours parental.

5Dans cet article, après un point théorique sur les différentes acceptions de la transmission psychique des traumatismes et du vécu de guerre, nous analyserons le protocole de Cassandre, première jeune femme rencontrée en France. À la lueur de cette analyse, nous dégagerons les axes de réflexion et les thématiques saillants dans le Rorschach et le tat qui nous paraissent importants à explorer pour éclairer notre problématique.

Transmission intergénérationnelle et transmission transgénérationnelle

6Dans notre recherche, nous nous basons sur deux versants de la transmission psychique des vécus traumatiques de guerre, d’une part la transmission intergénérationnelle et d’autre part la transmission transgénérationnelle.

La transmission intergénérationnelle

7La transmission intergénérationnelle telle que conçue par René Kaës (1993) concerne ce qui se transmet dans les interactions précoces parents/enfants, notamment à travers l’identification projective. Mélanie Klein introduit en 1946 cette notion d’identification projective, qui concerne la relation fantasmatique entre le moi et les objets externes, comme un processus intrapsychique. L’objet dans la réalité n’est pas affecté par les introjections, mais le sujet va pousser cet objet à se modifier pour qu’il soit conforme à l’objet de son fantasme. Bion, en 1967, élargit la notion d’identification projective, la décrivant comme un processus interpersonnel normal d’interaction psychique entre la psyché de l’enfant et la psyché maternelle. Il met en avant la fonction transformatrice de l’appareil psychique, « fonction alpha » permettant à la mère de transformer les « éléments bêta », bruts et non organisés, que l’enfant projette. Par sa rêverie, la mère va interpréter ces éléments et les lier avec un contenant. Ces éléments transformés que Bion appelle « contenant-contenu » seront réintrojectés dans le psychisme de l’enfant, lui permettant de construire son appareil à penser grâce à leur intériorisation. C’est par ce processus que l’enfant peut psychiser les objets de transmission, les transformer et les prendre à son compte, afin de construire l’histoire qui lui préexiste.

8René Kaës (1993) parle d’appareil inconscient de transmission et considère ainsi que la transmission est suivie d’une transformation. C’est cette possibilité de transformation qui garantit une certaine créativité dans ce qui est transmis. L’enfant n’est pas passif puisqu’il va pouvoir remanier les éléments transmis. Cela peut se produire dans le cas où l’environnement permet à l’enfant de développer cette « fonction alpha ».

9Albert Ciccone (2012), dans son livre La transmission psychique inconsciente, considère que dans le cas d’une transmission pathologique, et notamment les transmissions traumatiques, c’est « le travail psychique du sujet héritier, travail imposé par la transmission elle-même, qui pourra éventuellement modifier ou infléchir la chaîne répétitive » (p. 62).

10 Thierry Bokanowski (2010) distingue le « traumatisme » du « traumatique » qui désigne l’aspect économique du traumatisme, plus spécifiquement le défaut de pare-excitant entraînant un fonctionnement « en traumatique » avec un défaut de symbolisation. Le contenu traumatique ne peut être nommé, figuré dans l’appareil psychique. Un parent dans l’impossibilité de nommer et de symboliser peut difficilement remplir la fonction de pare-excitation, ne peut transformer les éléments bruts du nourrisson et transmettre ainsi le processus qui sous-tend la fonction de transformation.

La transmission transgénérationnelle

11Dans un deuxième temps, nous nous basons sur la notion de transmission transgénérationnelle, en s’appuyant sur les travaux de Nicolas Abraham et Maria Torok (1978) qui soutiennent l’idée d’une transmission d’un contenu traumatique sous forme de crypte. Ces auteurs expliquent que la transmission ne se fait pas d’inconscient à inconscient, mais plutôt autour de constructions fantasmatiques de la part de l’enfant qui, face aux non-dits, se construit des images traumatiques qui sont « encryptées » au sein du moi. La notion de « crypte » élaborée par N. Abraham (1972) suppose un deuil de l’objet perdu, deuil indicible qui s’installe comme un « caveau secret ». L’objet et le moi partagent alors un secret indicible, cette crypte, produisant un sentiment de honte. Cependant, pour que l’objet se transforme en « crypte », il faut qu’il ait joué le rôle d’idéal du moi. Ainsi, le sujet porte en lui sa propre honte, mais aussi la honte qu’il suppose portée par l’objet jouant le rôle d’idéal du moi perdu. La honte et la crypte sont alors transmises d’une personne à une autre, qui portera en elle la crypte.

12Ces auteurs décrivent un processus identificatoire, qu’ils nomment « identification endocryptique ». Le sujet échange son identité avec celle, fantasmée, de l’objet crypté. Cette identification fantasmée a pour objectif de garder une certaine illusion quant à l’objet perdu, un désir de maintenir le même état de « statu quo topique » avant la perte de l’objet. C’est ainsi qu’on parle de deuil impossible, deuil indicible. Par ce processus d’identification endocryptique, la crypte peut également être transmise. Découvrant l’objet, le moi y transfère tout l’idéal émanant du narcissisme primaire. Le moi s’identifie à cet idéal, l’incorpore afin de se présenter au ça sous cet idéal. Ce n’est que lorsqu’il est confronté à l’écart entre la réalité de l’objet et son fantasme que le sujet va pouvoir distinguer son monde intérieur de l’extérieur et qu’il va accéder à la subjectivation. Si lors de l’idéalisation de l’objet, celui-ci est doté d’une crypte, porteur d’un secret inavouable, ce négatif suivra l’incorporation et formera une crypte lors de la perte de l’objet. La notion de « fantôme » traduit, dans la théorie de ces auteurs, la transmission transgénérationnelle des secrets. C’est pour Abraham et Torok l’élaboration et le travail inconscient du secret d’un autre. La crypte formée lors de la première génération à partir d’un secret deviendrait, pour la deuxième génération, un fantôme. Il n’a jamais été conscient à son porteur, et se transmet donc de l’inconscient des parents à l’inconscient des enfants, dans un contexte de non-dits. Ainsi, le fantôme serait complètement étranger au sujet, il n’en a jamais eu conscience, et serait le témoignage d’un mort dans l’inconscient d’un autre. Il est transmis par la voie du langage, mais aussi et principalement d’inconscient à inconscient sans donner les modalités de cette communication entre inconscients. Cette lecture de la transmission transgénérationnelle rejoindrait la notion de trauma de Bokanowski (2010), qui représente l’action en négatif du traumatisme sur l’organisation psychique. Les défenses telles que le déni, la projection, l’idéalisation, sont mobilisées pour lutter contre des blessures narcissiques.

Apports des épreuves projectives dans l’étude de la transmission intergénérationnelle et transgénérationnelle

13Dans cette perspective, les épreuves projectives nous paraissent des outils permettant d’éclairer cette problématique, malgré le peu de recherches mettant en avant les apports des projectifs dans la transmission des traumatismes et du vécu de guerre.

14En effet, l’interprétation du Rorschach permet de mettre en lumière l’organisation défensive et d’évaluer la qualité des identifications à travers l’analyse de l’axe narcissique et de l’axe objectal, qui nous paraissent être au centre de la notion de transmission puisqu’ils sont fonctions des premières interactions. Confronté au Rorschach, le sujet engage un travail perceptif qui lui permet de livrer une représentation « identifiée » de l’objet, comme le précise Catherine Chabert (1998). Les épreuves projectives, et particulièrement le Rorschach, permettent de mettre à l’épreuve la fonction de pare-excitation et de montrer la qualité des identifications aux objets internalisés. Les recherches menées par Alex Lefebvre (2013) concernant l’apport des projectifs sur la filiation ont mis en avant la contribution du Rorschach et du tat pour lever le voile sur des traces cachées dans les liens transgénérationnels et intergénérationnels de la transmission des liens d’appartenance. Cet auteur précise que « les liens de filiation transportent des héritages, des legs qui hypothèquent l’accès à une identité propre. À ce titre, ce qu’une lecture généalogique met en lumière peut être mis en résonance avec ce qu’apportent les techniques projectives sur la manière dont la réalité psychique s’est subjectivement appropriée cet héritage en éclairant les processus mentaux et affectifs qui la sous-tendent ».

15La recherche bibliographique autour de l’évaluation du trauma à partir du Rorschach montre une vingtaine de travaux qui se basent sur la classification des troubles psychiatriques du dsm et sur la méthode d’interprétation intégrative d’Exner. Les résultats de cette revue de littérature peuvent être exploités, mais ne peuvent servir de base pour notre recherche étant donné que nous nous plaçons dans une démarche épistémologique psychanalytique. Ainsi, nous considérons que le traumatisme correspond à la réponse d’un individu à un événement, qui face à la quantité d’excitation subitement subie le plonge dans l’effroi tel que le décrit S. Freud (1920) dans Au-delà du principe de plaisir. L’effraction de l’appareil psychique abolit les conditions nécessaires pour que le principe de plaisir soit actif, ce qui conduit à des compulsions de répétitions (rêves, réminiscences, etc.).

16Nous notons toutefois dans les études trouvées que le choix du Rorschach est justifié par la richesse du matériel, de nature floue et non construite, permettant une réminiscence causée par la situation de test qui nécessite une forte capacité d’adaptation. Le Rorschach permet de faire resurgir des affects, des souvenirs inconscients permettant de mettre en lumière des éléments qui sont hors du champ de la conscience (Armstrong, 2002 ; Opaas & Hartman, 2013).

17 Pascal Roman (2010), dans son introduction du numéro de la revue Psychologie clinique et projective dédié à la question du traumatisme et à l’intérêt des tests projectifs et notamment du Rorschach dans la clinique du trauma, souligne que « la situation projective propose une figuration de la qualité éminemment subjective de l’expérience traumatique qui concerne, au-delà de l’événement, le mode d’appropriation subjective de celui-ci, dans ses bonheurs et ses avatars ». Dans la continuité de ses travaux sur la clinique de l’agir, il développe en 2017 la notion de « catastrophes de symbolisation [qui permettent] la mise en évidence, dans la rencontre projective, de ce qui fait trace du traumatisme, en tant que le traumatisme renvoie à une mise en échec des processus de symbolisation. »

18 Tout en nous appuyant sur ces travaux, nous nous plaçons dans une démarche exploratoire afin de repérer, à travers l’analyse du protocole de Cassandre, des pistes de réflexion, des axes d’analyse et des tendances qui pourraient éclairer la problématique de la transmission des vécus traumatiques de guerre.

Cassandre

19Les éléments qui suivent proviennent de l’entretien de recherche effectué avec Cassandre ainsi que de l’entretien avec ses parents.

20Cassandre est une jeune femme de 20 ans dont le père, libanais, a migré en France suite aux conflits au Liban. Elle habite avec ses parents dans un petit appartement, où il y a peu d’espace intime pour chacun. Au moment de la rencontre, elle vient de finir ses examens et se prépare pour un voyage au Liban où elle réalisera un stage de trois mois. C’est la première longue séparation entre elle et ses parents. Elle se dit très proche du Liban puisqu’elle y a des amis, de la famille. C’est d’ailleurs elle qui a parlé de notre recherche à son père, qui a accepté d’y participer.

21 Cassandre est fille unique et a été très attendue par ses deux parents. La grossesse s’est bien passée et à la naissance de Cassandre, sa mère a arrêté de travailler pour s’occuper d’elle. Les premières séparations ont été très difficiles pour les deux parents de Cassandre. Ils parlent tous deux de véritables « déchirements » pendant les séparations, même les plus courtes. Le père de Cassandre raconte par exemple que lorsqu’il partait au travail, c’était comme si on lui arrachait une partie de lui-même : « Imaginez qu’on vous enlève un bras, c’était comme ça à chaque fois que j’allais au travail. » Il évoque également un moment très difficile pour lui quand à l’âge de sept ans, ils ont décidé que Cassandre devait dormir dans son lit alors que jusque-là, elle dormait dans le lit de ses parents. La mère de Cassandre dit, quant à elle, avoir été soulagée.

22 De son côté, Cassandre se dit très proche de son père : « Il me ressemble », « Il est comme moi », dit-elle. D’ailleurs, son père est également ingénieur, et c’est après un stage auprès de lui qu’elle a voulu prendre le même chemin professionnel. Depuis l’adolescence, ils vont tous les deux au Liban deux fois par an. Cependant, Cassandre estime qu’il est temps de « couper le cordon » et c’est ce qu’elle espère avec son prochain voyage, seule, au Liban. Selon elle, son père vit très mal cette séparation, en lien avec sa propre histoire au Liban et à l’instabilité du contexte politique et sécuritaire au Liban. Elle affirme que s’il lui arrivait quoi que ce soit, « [son] père serait prêt à aller [la] chercher en barque si jamais [elle est] coincée au Liban ». Dans ce sens-là, le père de Cassandre peut dire qu’il est très inquiet par ce voyage mais qu’il reste confiant parce que « s’il y a un problème là-bas, elle est chez des personnes qui ont vécu la même chose que [lui] et ils sauront quoi faire ».

23 Cassandre a beaucoup d’humour, tout comme ses parents. Elle aborde des sujets sensibles, comme par exemple le vécu de guerre de son père, avec distance et parfois même avec légèreté. C’est sur le même ton que son père aborde ce sujet-là. Il décrit, souvent avec humour, des scènes de guerre violentes, dans une tentative de banalisation. Il insiste sur les souvenirs d’événements, de moments, où il a échappé à la mort et dit : « Ma fille a failli ne jamais me connaître, ma femme non plus d’ailleurs. » Il n’a combattu que quelques semaines et a vite renoncé, parce qu’il n’aime pas la violence, raconte-t-il. L’humour lui fait parfois défaut, et à l’évocation de souvenirs précis de la période de conflit, il est alors ému et parvient à le verbaliser : « Je suis un peu, beaucoup ému au fait ». Il fait le lien entre ce vécu et la difficulté à être séparé de sa fille mais il ajoute : « Il y a tellement de choses ! Tellement de facteurs ! C’en est sûrement un. »

24 Cassandre connait quelques anecdotes de la vie de son père, de la vie de ce « jeune homme face à la guerre ». Elle raconte par exemple qu’il n’arrivait pas à sortir à cause des bombardements pour voir sa copine. Le père de Cassandre parle quotidiennement du Liban mais c’est alors pour comparer la culture française avec sa culture libanaise, évoquer des souvenirs heureux, ou pour organiser un voyage. Cassandre se dit curieuse de mieux connaître le Liban et cette période de conflit, elle dit qu’elle fait des recherches par elle-même pour comprendre « cette guerre civile, la pire qui soit, qui a duré 17 ans, comme la guerre de 100 ans, mais 17 ans ! ».

25 À partir de l’analyse des protocoles de Cassandre [1], nous allons dégager les axes de réflexion qui nous semblent pertinents, d’abord dans le Rorschach et ensuite dans le tat, et qui nous paraissent en lien avec la problématique de la transmission intergénérationnelle et transgénérationnelle du vécu de guerre.

Analyse du Rorschach

26Pour commencer, nous nous intéressons à la forte réactivité de Cassandre à la planche I du Rorschach. En effet, la présentation de la première planche du Rorschach suscite généralement des angoisses et nécessite la mobilisation de mécanismes de défense, dont l’analyse permet d’évaluer la possibilité d’investissement d’un nouvel objet. Nous repérons ainsi chez Cassandre une grande sensibilité, avec une résonnance phobogène. Elle engage des défenses qui sont peu opérantes au premier abord. Un mouvement qui s’apparente à un choc questionne la mobilisation de Cassandre face à cette nouvelle situation. Sa réponse : « Ça me fait penser à un truc plutôt glauque sombre » montre sa forte réactivité à la massivité de la planche et à son caractère achromatique. Elle ne peut se mobiliser que quelques secondes plus tard pour contenir, tant bien que mal, l’effraction causée par la présentation de cette planche. Elle parvient alors à donner une réponse plus construite, mais marquée par la séparation et l’union de deux percepts : « Deux dragons qui s’unissent au milieu ». Les deux animaux perçus restent puissants et menaçants. Les défenses intellectuelles (par l’intellectualisation) et narcissiques (figeant le mouvement et recourant à la symétrie) assurent, respectivement, la maîtrise des mouvements pulsionnels et l’évitement des conflits liés au rapproché. Ils expriment de manière très condensée les fantasmes sexuels d’« union », d’emblée convoqués à cette planche qui mobilise les modalités de relations à l’imago maternelle. À l’enquête, Cassandre fige les dragons qui deviennent « ce qu’il y a sur Notre-Dame, des gargouilles », et d’une relation duelle elle passe à une relation spéculaire : « C’est une symétrie, en fait c’est le même ».

27À travers le thème récurrent de l’union et de la désunion, le protocole de Cassandre témoigne d’une sensibilité particulière aux effets de la séparation. En effet, le surinvestissement des liens, avec l’apparition itérative de thèmes d’union entre des personnes ou déplacés sur des animaux, retient notre attention, comme aux planches II et III.

28

Planche II : « Là aussi ça serait des animaux pour moi, mais de plus petits animaux, chiens, cochons quelque chose comme ça et ils s’unissent par les pattes avant, ici, (D médian), et peut-être la couleur rouge qui signifierait la force de l’union des deux. » À l’enquête : « Le rouge ça représente soit la force, soit du sang aussi. Ils sont peut-être en train de se battre. »
Planche III : « Les deux personnes sont face à face en fait, et ici, les pieds, leurs mains, la tête et là, ils seraient en train de faire quelque chose ensemble, comme la réunion, un travail ensemble. »

29 Après la perception de deux dragons menaçants, différenciés mais unis à la planche I, à la planche II les animaux sont unis par une force (rouge) avec une tentative d’isolement et ce n’est qu’à l’enquête que l’agressivité peut être exprimée à partir de la perception de sang. Opérant un clivage entre deux niveaux de symbolisation (force/sang), la menace de l’union, atténuée au premier abord, revient à l’enquête, et l’accent mis sur le rouge témoigne des risques de déliaison activement contre-investis par l’insistance sur l’union. Cassandre engage un questionnement au niveau de l’union qui revient également à la planche III où les deux personnes sont perçues comme faisant quelque chose ensemble, comme la réunion.

30 Par ailleurs, Cassandre surinvestit les couleurs qui peuvent être soutenues par la forme, mais cette contenance fait parfois défaut. L’excitation massive face aux sollicitations des planches pastel et l’angoisse mobilisée face aux planches massives, unitaires et noires, mettent à mal les capacités de Cassandre à s’appuyer sur le contenu manifeste pour associer librement. À la planche IX par exemple, Cassandre donne trois réponses successives :

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Planche IX : « Là aussi c’est l’été, le printemps, des couleurs joyeuses et là, je vois en fait un verre, avec le pied du verre ici, et autour, du jus, en fait les boissons qui sont autour du verre ( ?) Dehors. Ce qui est censé être à l’intérieur, en fait c’est dehors. »

32 La même réponse « été, printemps » est donnée de manière persévérante à toutes les planches pastel, et à la planche IX, elle est suivie par une représentation dans la partie creuse (blanc/bleu). Elle perçoit le creux de la planche (symbolisme maternel), le traite comme contenant qui fait défaut et laisse déborder ce qui devrait être à l’intérieur. La fragilité des capacités de contenance des mouvements pulsionnels et affectifs vient ébranler, de manière transitoire, les limites entre dedans et dehors. La contenance fait défaut face au débordement affectif et à l’excitation éprouvée lors de l’exposition à cette planche qui favorise les références maternelles précoces.

33 Face à ce débordement, nous pouvons interroger la capacité de Cassandre à mettre en œuvre la fonction de pare-excitation. Un défaut de pare-excitation pourrait prendre la forme de chocs importants, de mouvements d’angoisse face à certaines planches. À la planche IV, elle livre une réponse dominée par l’angoisse :

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Planche IV : « Celle-ci, comme la première je la trouve glauque, ça me ferait penser à des démons en fait, et là, y aurait leurs cornes. En fait, parce que, là il y a des cornes ».

35 Déstabilisée face au caractère massif et puissant de la planche, elle fait une remarque sur la couleur noire « super sombre », suivie d’un allongement du temps de latence par rapport aux autres planches. Les défenses plus secondarisées sont alors débordées et découvrent des solutions défensives plus primitives. Dans sa (seule) réponse à cette planche, le caractère unitaire évident n’est pas perçu. Elle voit plusieurs démons qu’elle justifie par les cornes. Face à l’angoisse suscitée par la puissance de la planche et l’insistance sur le détail phallique, la fonction de pare-excitation est fragilisée et donne lieu à une réponse angoissante, voire terrifiante. Le débordement face aux planches unitaires et puissantes, où Cassandre donne des réponses Clob (planche I, planche IV), exprime une crainte de perdre son unité.

36 Le débordement affectif est corroboré par la réactivité à la couleur à travers l’étude du rc % qui s’élève à 50 % (supérieur à la moyenne chez les adultes), ainsi que l’étude du tri extratensif (3K/11ΣC), témoignant de la difficulté à intérioriser les mouvements pulsionnels et parfois à les lier.

37 À travers le tri, nous repérons que dans le protocole de Cassandre les kinesthésies sont moins investies que la couleur, mais elle parvient à les percevoir dans les planches qui appellent clairement à la relation. Les personnages sont vus par deux, souvent dans une stature passive voire spéculaire. Ils sont ensemble, face à face et, à part à la planche III où ils effectuent un travail en commun, ils ne sont pas représentés dans une relation active. Ils sont dans une relation anonyme, non définie.

38 En lien avec la relation d’objet, les planches maternelles sont traitées sur un mode clivé entre inquiétude face à la régression et tentative d’ancrage par la sensorialité. Les planches phalliques sont perçues comme menaçantes engendrant des réponses angoissantes, parfois confuses et de mauvaise qualité. Ceci nous pousse à questionner la possibilité de Cassandre à opérer des choix identificatoires face à des objets clivés et potentiellement menaçants. Ceci est particulièrement prégnant à la planche III du Rorschach où elle voit deux personnes face à face, sans donner plus de précision sur la nature de la relation et sur leur genre. Ce n’est qu’à l’enquête qu’elle se demande si les personnes sont des femmes. La difficulté du choix identificatoire est également visible dans la craquée verbale « les personnes […] ils seraient ». Lorsqu’à l’enquête le féminin est exprimé, il est nanti et l’accent est porté sur les attributs externes.

39 Ainsi, le protocole de Rorschach de Cassandre témoigne des enjeux attachés au lien avec les objets et aux modalités d’investissement à travers l’expression de la relation d’objet et de la difficulté à opérer un choix identificatoire. Le traitement de la perte témoigne de la problématique de séparation/individuation qui paraît présente. Les fantasmes d’union et les craintes de désunion interrogent dans une certaine mesure les aléas du travail de liaison et de déliaison pulsionnelle.

Le tat : pour aller plus loin

40L’analyse du protocole du tat de Cassandre donne des pistes de réflexion supplémentaires, qui viennent appuyer celles repérées au Rorschach. Les récits sont marqués par l’importance du recours aux procédés rigides (série A). Ils témoignent de la nécessité pour Cassandre de maîtriser le matériel, en particulier en s’appuyant sur les données objectives par le biais de descriptions très détaillées (A1-1). Ils sont relayés par des procédés relevant d’un évitement du conflit (série C) en particulier par la mobilisation de mouvements d’inhibition (CI-2) et de modalités d’investissement narcissiques (cn2-2), à valences positive et négative.

41 Cassandre a tendance à faire référence à la réalité externe (attachement aux détails, précisions temporelles), avec surinvestissement de la sphère intellectuelle, dans une tentative de contrôle patente (présence importante de processus de la série A – rigidité).

42Cependant, face au débordement suscité par la situation projective et aux planches où la relation d’objet lui paraît menaçante, elle mobilise des mécanismes de défenses d’ordre narcissique comme les mouvements d’idéalisation ou de disqualification de l’objet (pl.2, pl.4), l’appui sur des postures signifiantes d’affects (pl. 3bm, pl. 13mf) et la lutte contre l’instabilité des limites. Ces défenses sont insuffisamment solides quand les conflits sont trop actifs et que la question du choix identitaire est engagée par le matériel. Elle a alors recours à des mécanismes de défense plus drastiques tels que le clivage, le déni ou la projection, mobilisés pour endiguer des émergences fantasmatiques massives (craquées verbales, détails rares, etc.). Même si elles sont présentes, les émergences en processus primaires demeurent intriquées aux processus secondaires et n’apparaissent que transitoirement, dans les moments où l’intensité des conflits vient déborder ses capacités de secondarisation.

43 La figure maternelle au tat paraît très contrastée, parfois même clivée, oscillant entre une valorisation et une disqualification. À la planche 4, par exemple, elle dit : « Ce qui est bizarre, c’est que l’homme fait penser à un ouvrier alors que la femme est plus classe. Elle porte beaucoup de maquillage, on pourrait peut-être penser que c’est une maison close ou quelque chose comme ça. Ses sourcils lui donnent un air vicieux. » À cette planche, le conflit ne peut être clairement exprimé. Les personnages sont tous les deux perçus et investis mais la nature de la relation n’est pas explicitée et ils ne sont pas en interaction, et moins encore en conflit.

44 Les difficultés attachées au choix identificatoire sont repérables au tat où Cassandre se base sur des détails rares pour opérer ce choix. Par exemple à la planche 3bm, elle dit : « C’est un homme ou une femme, mais je dirais plus une femme à cause des chaussures et des chevilles fines. »

45 Nous notons également que face au tat surgit une angoisse d’abandon associée à une crainte de la désunion. À la planche 13b, l’enfant « s’est fait punir au pas de la porte, soit il est en train d’attendre quelqu’un ». En lien avec une culpabilité qui peut s’exprimer ici, nous repérons l’intrication de la problématique œdipienne et d’angoisses d’abandon qui actualiseraient un vécu de dénuement (« pieds nus »). Aussi, la planche 19, avant-dernière planche, est associée à des fantasmes de destruction et de mort : « On voit un fantôme ici, noir. Là, les yeux. Du coup le bateau est en difficulté et le fantôme représente la mort qui vient chercher les gens après le naufrage ».

46 Face à une planche qui invite à investir un contenant différenciant un dedans d’un dehors, émergent des fantasmes de mort portés par une figure fantomatique et punitive, interrogeant l’intensité des fantasmes inconscients de culpabilité.

Discussion

47Les protocoles de Cassandre peuvent interroger, d’une part, sur l’inscription du transgénérationnel et de l’intergénérationnel et, d’autre part, sur la manière dont sont mobilisées la problématique œdipienne et sa réactualisation en lien avec son entrée dans l’âge adulte et en amont de sa première longue séparation avec ses parents. Dans la discussion qui suit, nous développerons l’aspect de la filiation en lien avec nos questionnements de recherche.

48Dans les épreuves projectives, Cassandre mobilise des défenses structurantes qui peuvent être débordées face à une excitation intense. Nous pouvons donc questionner les modalités d’investissement relationnel de Cassandre par ses parents. Comment comprendre l’insistance sur les liens d’union, contre-investissant le risque de désunion, attachés à des angoisses de perte des assises ? Peut-on y voir les fragilités d’un environnement qui n’a pu assurer des assises fiables pour l’établissement d’une relation d’objet contenante et rassurante ?

49Dans sa théorie sur le traumatisme, Ferenczi introduit la notion de défaillance de l’environnement. La non-adéquation de la réponse de l’environnement peut elle-même être effractante et pourrait avoir comme effet l’intériorisation d’un objet primaire « défaillant », le recours au clivage pour défendre un moi atteint, mutilé. La relation d’objet devient donc impossible et laisse la place à une relation narcissique, privilégiant le recours à des défenses de cet ordre. Winnicott (1965) après Ferenczi parle « d’effondrement dans l’aire de confiance à l’égard de l’environnement généralement prévisible ». Le premier objet d’amour, la mère, ne peut exprimer son ambivalence (haine envers le nourrisson), le maintenant dans un état de toute-puissance et ne laissant pas de place à la désillusion structurante permettant à l’enfant de se sentir autonome.

50Dans ses protocoles, Cassandre mobilise une lutte insistante pour contrer les risques de la désunion, de la séparation des objets d’investissement. En lien avec ces éléments d’analyse et ceux perçus lors de l’entretien, nous pouvons nous demander comment Cassandre traite les angoisses de séparation/individuation. Comment être en lien avec l’autre, sans risquer de se fondre avec l’autre et de perdre ainsi son unité ? Quels risques face à la séparation et à la désunion ?

51Par ailleurs, il nous paraît important de mettre l’accent sur l’analyse linguistique et associative des contenus des réponses. Pour Françoise Minkowska (1947), cela permet d’aller au-delà des données quantitatives du psychogramme et de l’analyse des réponses, donnant la possibilité de faire des liens entre l’histoire personnelle, un événement traumatique vécu et les réponses aux épreuves projectives. Par exemple, Cassandre, à la planche 16 du tat, dit : « Ça me fait penser à des tableaux électriques. Chez les gens, il y a des tableaux électriques, tout blancs, et avant, je pensais que c’était une peinture. » Cette réponse étonnante, voire énigmatique, face à cette planche mérite qu’on s’y arrête. Dans l’entretien avec les parents de Cassandre, ils évoquent les premiers mots qu’elle a appris en arabe : « fi kahraba, ma fi kahraba » (Il y a de l’électricité/Il n’y a pas d’électricité) et s’étendent sur l’effet angoissant des coupures d’électricité sur Cassandre quand ils sont au Liban.

52 Cette réponse a également fait émerger la question du contre-transfert. En effet, le sentiment d’évidence que nous avons ressenti face à cette réponse est étroitement lié à notre vécu personnel, en tant que chercheuse et libanaise. En effet, au Liban, pendant la guerre, les chambres électriques des immeubles, souvent en sous-sol, ont été réaménagées pour faire office d’abri au moment des bombardements. Ce qui était notre cas, et au décours du travail engagé pour la thèse, des souvenirs ainsi que des angoisses ayant trait à l’électricité et aux « boites électriques » ont refait surface. Ainsi, cette réponse ayant une forte résonnance personnelle, a été difficile à comprendre et à analyser en dehors de ce contexte.

53 La situation projective engage le consultant, le matériel et le clinicien dans une relation triangulaire. Dans cette perspective, Sloan et coll. (2002) insistent sur la nécessité d’analyser les mouvements transférentiels et contre-transférentiels qui émergent lors de la passation. Ils consacrent une grande importance à l’analyse du contre-transfert du clinicien lors de la passation, à travers le décryptage des émotions et des images qui émergent à l’écoute des réponses et des récits des patients, ainsi qu’à l’analyse de la prise de notes sur le fond et sur la forme, utilisant ces données comme base de compréhension de la problématique des patients rencontrés.

54Personnellement impliquée dans la thématique de la recherche, la question du contre-transfert a accompagné tout le cheminement lié à ce travail. Depuis l’idée de la recherche, jusqu’à la retranscription des entretiens, en passant par les rencontres avec les familles, nous n’avons pu faire l’impasse de l’analyse des mouvements internes qui ont accompagné chaque étape. Selon Georges Devereux (1980), « puisque l’existence de l’observateur, son activité d’observation et ses angoisses produisent des déformations qui sont, non seulement techniquement mais aussi logiquement impossibles à éliminer, toute méthodologie efficace en sciences du comportement doit traiter ces perturbations comme étant les données les plus significatives et les plus caractéristiques de la recherche […] ». Mis à part un travail d’analyse engagé de manière personnelle, il nous a paru primordial d’introduire un regard tiers pour l’analyse des protocoles en faisant appel à des pairs pour soumettre, lors d’ateliers de travail, les protocoles et échanger autour des réponses, cotations et annotations, pour permettre un meilleur recul.

Conclusion

55Les éléments de réflexion que nous avons détaillés dans cet article sont construits à partir du premier protocole analysé dans le cadre de la recherche. Face à la complexité de la notion de traumatisme de guerre et de sa transmission, et du peu de recherches utilisant les méthodes projectives dans ce cadre-là, nous nous plaçons dans une réelle démarche d’exploration. À partir de ces premières analyses, il nous paraît donc intéressant pour les prochains protocoles d’explorer la manière dont s’exprime la problématique de séparation/individuation, la possibilité ou pas d’opérer un choix identificatoire, la réactivité à la couleur et à la planche I, l’expression du débordement affectif, la qualité de l’investissement de l’objet, et les mécanismes de défense privilégiés.

56 Tout en étant conscient que ces éléments ne sont pas uniquement liés au vécu de guerre des parents, nous estimons qu’ils peuvent éclairer notre problématique, et qu’ils méritent d’être explorés dans les différents protocoles de notre recherche.

57L’analyse du contre-transfert est également un axe central dans notre réflexion et concerne tout autant les passations de tests que les moments d’entretiens. Tout en engageant un réel travail sur les motivations qui nous ont poussés à explorer cette problématique, il semble essentiel de faire de ces mouvements contre-transférentiels envers les familles rencontrées ainsi que des mouvements dirigés vers l’objet de recherche lui-même, un matériel à penser.

Cassandre (20 ans) : Rorschach

Description de l'image par IA : Table musicale avec partitions et descriptions musicales en français.
Description de l'image par IA : Tableau avec des descriptions musicales et des annotations pour une analyse musicale.
Description de l'image par IA : Tableau avec texte en français et descriptions d'accessibilité pour aveugles et handicapés.

Cassandre (20 ans) : Rorschach

58 CHOIX + : X : Parce que c’est joyeux, ça exprimer beaucoup de choses. VIII : Parce qu’il y a la nature, ça représente les éléments de la nature, les animaux, la pierre. Et parce que les couleurs des deux sont festives

59 CHOIX - : C’est ces deux-là, elles sont bizarres. IV : Ça représente un peu les démons, tout ce qui a rapport avec l’enfer, c’est pas très sympa. I : Et celles-ci, je trouve ça un peu glauque.

Description de l'image par IA : Table avec des codes et pourcentages. Contient des lettres, chiffres et symboles. Informations organisées en colonnes.

Cassandre (20 ans) : tat

601. 2’’ C’est un garçon qui est à l’école, dans une école de musique, sur la table c’est un instrument de musique et qui a l’aire de totalement s’ennuyer. Il a l’air un peu désespéré. À mon avis, il devait accomplir une tâche, on essayer de jouer quelque chose et il n’a pas réussi. (1’04)

612. 6’’ Là ça me fait penser à l’époque du Moyen-âge. On peut voir des champs, avec un cheval, un homme qui travaille torse nu, et au fond, des maisons, aussi. On peut penser que ça se passe à la campagne. Et il y a une dame, celle de droite, qui a l’air enceinte, elle a l’air pensive et elle regarde dans le vague. L’homme torse nu et la femme enceinte, ça a l’air d’être des paysans, et devant, la jeune femme, elle a l’air d’un classe sociale plus aisée, elle a de beaux vêtement, et des livres. Ça peut nous faire penser qu’elle va à l’école. (1’06)

62 3bm. 5’’ On sait pas trop si c’est un homme ou une femme. Mais je dirai plus une femme à cause des chaussures et des chevilles fines. Elle a l’air d’avoir appris une mauvaise nouvelle. Elle est désespérée. Dans une position où elle se cache comme si elle pleurait et en même temps renfermée sur elle-même. On dirait qu’en fait elle a appris quelque chose, elle est choquée et elle est tombée, comme ça. (1’28)

63 4. Ça ne sera pas plus simple un ordi pour taper les réponses ? 12’’ Là c’est un couple. Je dirai que c’est dans les années 1930, entre 1930 et 1950, vu la coupe de cheveux de la femme. Ce qui est bizarre, c’est que l’homme fait penser à un ouvrier alors que la femme est plus classe. Elle porte beaucoup de maquillage, on pourrait peut-être penser que c’est une maison close ou quelque chose comme ça. (Sourit) Ses sourcils lui donnent un air vicieux et derrière, on peut voir une peinture. Je ne sais pas si c’est une peinture ou si c’est une autre femme. Et si c’est une autre femme, ça confirme l’idée d’une maison close. (2’07’’)

64 5. 5’’ Là, ça se passe dans une maison. On peut voir clairement la table, la lampe, les fleurs, la bibliothèque aussi. Et la femme qui ouvre, on dirait qu’elle est en train d’espionner quelqu’un, la façon dont elle se tient, elle est mi-dans l’ombre, mi-dans la lumière. Et on pourrait croire qu’elle a surpris une scène, où quelqu’un. (1’23’’)

65 6gf. 4’’ Là, ça se passe dans les années 1950 aussi. On peut voir au maquillage, à la coiffure, que les deux personnes sont aisées. L’homme, il est en train de fumer la pipe et la femme le regarde d’un air un peu choqué. Voilà. On peut voir de la fumée aussi. (1’06)

66 7gf. 6’’ Là aussi ça se passe dans une maison. On voir sur la photo qu’il y a trois génération. La mère, sa fille… Non, pas trois générations, deux en fait. (Sourit). On peut penser que la jeune fille tient dans ses bras sa petite sœur, sous le regard de la mère… de la mère ou d’une servante. (1’06)

67 9gf. 12’’ Au niveau de cette image, on dirait que ça se passe plutôt à la plage. On peut voir la mer et aussi un palmier. Là c’est une servante, qui tient dans sa main du linge et qui est en train d’espionner sa patronne. La patronne, elle porte une robe, très… de soirée. Une robe de soirée, avec plein de froufrou. Elle est aussi maquillée, et d’après ses mouve… sa position, on peut penser qu’elle est en mouvement. On peut voir dans ses yeux, de la haine. (1’53)

68 10. 4’’ Là je vois un couple. Le mari est en train de consoler la femme. Je dirai qu’ils ont environ 60 ans et il est en train de la rassurer, elle a sa main posée sur lui comme pour chercher du réconfort. Ils ont tous les deux les yeux fermés, donc ça prouve que le moment est intense. (1’02)

69 11. Houla ! Qu’est ce que c’est ? 12’’ Là, c’est un… On dirait que c’est une falaise, on peut voir des rochers ici (sourit) et l’eau en bas. Et ce qui est blanc ici, représente des éclaboussures (fume une cigarette), vu qu’il y a de la puissance, puisque c’est haut, c’est qu’il ya de la puissance, donc quand ça tombe, c’est sur qu’il y a des éclaboussures blanches. (1’31’’)

70 12bg. 10’’ Là c’est dans une forêt. Il y a… là y a un arbre. Au premier plan y a un arbre, et en derrière plan aussi y a plein d’arbres, y a de la pelouse aussi et une barque abandonnée. Donc on peut penser qu’il y a une rivière à proximité. Voilà. (1’06)

71 13b. 4’’ Là c’est une cabane en bois. L’enfant est pieds nus, donc on peut penser que sa famille n’a pas beaucoup d’argent. Y a pas de porte aussi. Il a l’air malheureux. Donc soit il s’est fait punir au pas de la porte, soit il est en train d’attendre quelqu’un. (1’)

72 13mf. 10’’ Là aussi ça se passe aussi dans une maison, on peut voir la table, des livres dessus. L’homme a l’air désespéré. Il cache son visage comme s’il pleurait parce que sa femme est morte. Elle, elle est inerte dans le lit. Et y a pas de mouvement de la part de la femme. Donc c’est sûrement la scène où elle vient de décéder et son mari pleure. (1’32’’)

73 19. Sourit, puis rigole. 32’’ Hmmm on voit un fantôme ici, noir. Là, les yeux, on pourrait penser que c’est un bateau parce qu’il y a des vagues. Là, y a deux… Comment on appelle ça ? Hublots. Il y a deux hublots. On peut apercevoir une forme, peut-être une femme. On comprend qu’il y a une tempête, avec les formes qu’il y a au dessus, ici. Du coup le bateau est en difficulté et le fantôme représente la mort qui vient chercher les gens après le naufrage. (2’02’’)

74 16. 2’’ Sourit. Ça me fait penser à des tableaux électriques. Chez les gens, il y a des tableaux électriques, tout blancs, et avant, je pensais que c’était une peinture. Sinon C’est blanc. C’est la couleur de la pureté. Ça fait penser au paradis, dans on s’imagine le paradis, on s’imagine ça blanc, et c’est en opposition totale avec l’image d’avant. (1’23’’)

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Mots-clés éditeurs : Épreuves, Liban, projectives, transmission transgénérationnelle et intergénérationnelle, traumatismes de guerre

Date de mise en ligne : 10/01/2019

https://doi.org/10.3917/pcp.024.0083