Le système de soin algérien. De l’étatisation aveugle à un marché hybride et éclaté (1962–2012)
- Par Mohamed Mebtoul
Pages 113 à 126
Citer cet article
- MEBTOUL, Mohamed,
- Mebtoul, Mohamed.
- Mebtoul, M.
https://doi.org/10.1051/psyc/201539113
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- Mebtoul, M.
- Mebtoul, Mohamed.
- MEBTOUL, Mohamed,
https://doi.org/10.1051/psyc/201539113
Notes
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[1]
Il est important d’indiquer que les soins de santé primaire produits à partir de normes internationales, ont été faiblement mis en œuvre dans la société algérienne (la pénurie d’eau, un environnement social déliquescent et l’absence de participation de la population au fonctionnement du système de soins).
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[2]
Seule la médecine publique, celle qui est sous la dépendance de l’État, avait alors une légitimité et un sens professionnel. La médecine libérale était durant cette période, très minoritaire et étiquetée négativement, comme étant une pratique professionnelle intéressée uniquement par l’argent. Vingt ans plus tard, on assistera à une inversion au profit du médecin privé, comme nous le verrons.
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[3]
Le seul pays où le président Boumédienne s’est plusieurs fois rendu a été l’ancienne URSS. À la fin de sa vie, il n’hésitera pas à se soigner à Moscou. Loin d’être un détail, le recours aux soins dans ce pays, révèle bien les liens établis de longue date avec l’ex.URSS.
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[4]
Les médecins spécialistes assurent leur perfectionnement dans les pays capitalistes développés. Ils circulent régulièrement dans ces sociétés, en participant notamment aux différents congrès et colloques financés par les laboratoires pharmaceutiques. Ce sont des acteurs incontournables pour diffuser les « bienfaits » de tel médicament ou technique médicale.
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[5]
En partant des plaques professionnelles des médecins généralistes privés situés à Oran, nos aboutissions à indiquer ce silence autour de la pratique générale. En effet, les médecins généralistes privés n’hésitaient pas à inscrire sur la plaque professionnelle placée à l’entrée du bâtiment: « spécialiste de l’enfant» ou spécialiste de telle ou telle pathologie.
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[6]
L’autre effet de la globalisation sanitaire est le nombre important de représentants et de délégués médicaux qui sillonnent les structures de soins en Algérie, pour présenter les récents équipements et objets techniques qui concernent les maladies chroniques (diabète et hypertension) qui ont une prévalence très importante dans la société (environnement défectueux, importation massive de produits alimentaires pas toujours l’objet d’un contrôle rigoureux, le stress, etc.).
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[7]
Les associations de malades qui tentent d’investir le terrain, d’être proches des patients, sont très vite découragées en raison des moyens très limités et des différents blocages administratifs qui leur interdisent une mobilisation conséquente et continue. A contrario, les associations faire-valoir, relais des différents pouvoirs, sont absentes sur le terrain, mais fortement à l’écoute des directives et des orientations qui leur sont dictées par les responsables politiques. Elles se mobilisent au moment des élections, où au cours de la visite du ministre de la santé dans une structure de soin.
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[8]
C’est tout le paradoxe de la majorité des pays pétroliers qui sont apparemment riches, mais leurs sociétés sont profondément l’objet de fractures sociales en raison d’une répartition très inégale des ressources financières, tirées du pétrole, conduisant les différents pouvoirs à s’inscrire dans une logique d’instrumentalisation à l’égard de leurs élites respectives, privilégiant l’obéissance et l’allégeance comme ressources symboliques pour se reproduire.
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[9]
Les manifestations des jeunes lors du 5 octobre 1988 ont été en partie à l’origine de la fin du parti unique représenté par le Front de Libération National, sans pour autant assister à une rupture politique, mais plutôt à des stratégies de reconversion des anciens acteurs politiques qui restent en réalité fidèles au système du parti unique. La multiplication de partis sans enracinement dans la société, ou relais des pouvoirs, a permis en réalité, le maintien jusqu’à l’heure actuelle du parti FLN.
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[10]
Pour le FMI, ces conditionnalités intègrent totalement le modèle néolibéral; réduction des dépenses publiques, priorité à la privatisation des entreprises qui doit permettre l’émergence d’une nouvelle élite économique et culturelle fidèle à cette liberté d’entreprendre pour s’inscrire totalement dans la globalisation.
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[11]
Le système politique algérien s’est construit et renforcé grâce à la rente pétrolière qui a eu pour effet pervers de favoriser l’importation de tous les produits (café, céréales, lait en poudre, médicaments, etc.) dans le but de maintenir la paix sociale. Le pétrole est devenu un véritable instrument idéologique pour administrer et contrôler la société.
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[12]
Le décret 99-236 du 19 octobre 1999, régulant l’activité complémentaire des spécialistes, va accroitre le nombre de médecins exerçant dans le secteur privé des soins. En effet, il autorise les spécialistes de l’hôpital à exercer dans les cliniques ou les cabinets privés pendant deux demi-journées par semaine. Mais en réalité, Ils s’Investlssent davantage dans les cliniques privées au nombre de 100 au cours de la décennie 90 et plus de 200 en projet.
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[13]
L’or de la femme va parfois être utilisé pour payer la clinique privée : « J’ai été obligée de vendre mes bijoux pour payer la clinique privée parce que je ne pouvais pas attendre deux mois pour me faire opérer à l’hôpital et supporter les humeurs du personnel de santé » (patiente, 55 ans).
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[14]
Ces nouvelles structures de soin n’étaient pas soumises à une étude approfondie qui aurait permis de noter l’importance de mettre en place un espace de santé dans une région sur la base des conditions de vie et de santé de la population. Il s’agit d’un rapport de force entre le pouvoir local représenté par le wali (préfet) et le gouvernement. Le capital relationnel, les affinités entre ces différents acteurs, ont leur importance dans la création d’une structure de soin.
L’objet de notre article est une tentative de périodisation du système de santé algérien durant ces cinquante ans (1962-2012). Il nous a semblé important de repérer et d’analyser les discontinuités, les ruptures et les invariants, à partir de nos différentes enquêtes de terrain menées auprès des familles, des patients et des professionnels de la santé. Nous privilégions la dimension socio- politique qui façonne et structure les modes de fonctionnement du système de santé algérien, en mettant en exergue à la fois les normes locales et la norme globale de la santé au cœur de la mondialisation. Celle-ci est régulée et impulsée par une bureaucratie transnationale qui s’appuie fondamentalement sur l’idéologie néolibérale. Le système de santé algérien ne peut, aujourd’hui, se reproduire que dans une logique d’intégration-soumission aux normes des firmes multinationales qui orientent et impulsent l’offre de soins.
- Étatisation
- marché des soins
- médecine
- mondialisation
- normes de santé
- pouvoir politique
- système de soin
- transformations sociosanitaires
Mots-clés éditeurs : Étatisation, marché des soins, médecine, mondialisation, normes de santé, pouvoir politique, système de soin, transformations sociosanitaires
The Algerian health system. From blind nationalization to hybrid and fragmented marke The purpose of this article is to periodize the Algerian health system during these fifty years (1962-2012). It seems important to identify and analyze the discontinuities, ruptures and invariants from various research surveys conducted among families, patients and health professionals. We favor the socio-political dimension that shapes and strucures the modes of operation of the Algerian health system with highlighting both local and global standards of health in the context of globalization which is regulated by a transnational bureaucracy, fundamentally based on the neoliberal ideology. The Algerian health system can now reproduce in a logic of integration standards that guide multinational firms and ave driving health care provision.
- Care market
- globalization
- health care system
- health standards
- health transformations
- medicine
- nationalization
- political power
Mots-clés éditeurs : Care market, globalization, health care system, health standards, health transformations, medicine, nationalization, political power
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