Des difficultés d'être outsiders dans le paysage politique belge : de la bonne ménagère à Miss Flandre
- Par Valérie Piette
Pages 61 à 74
Citer cet article
- PIETTE, Valérie,
- Piette, Valérie.
- Piette, V.
https://doi.org/10.3917/parl.019.0061
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Notes
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[1]
Voir notamment Pascal Delwit, La vie politique en Belgique de 1830 à nos jours, Bruxelles, édition ULB, 2009, p. 60 et sq ; Paul Gérin, « À propos de la pilarisation en Wallonie », Revue belge d’histoire contemporaine, 13, 1982, 1, p. 161-178.
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[2]
Émilie Van Haute, Anissa Amjahad, Arthur Borriello, Caroline Close & Giulia Sandri, « Party members in a pillarised partitocracy. An empirical overview of Party membership figures and profiles in Belgium », Acta Politica, 21 septembre 2012, online. http://www.palgrave-journals.com/ap/journal/v48/n1/abs/ap201225a.html.
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[3]
La citation complète est : « L’égalité dans la souffrance et dans l’endurance a créé des droits égaux à l’expression des aspirations publiques ». Voir Laurence van Ypersele et Axel Tixhon, « Célébrations de novembre 1918 dans le royaume de Belgique », Vingtième siècle, n° 67, juillet-septembre 2000, p. 61-78.
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[4]
Valérie Piette, « “La vie commence après la guerre”. Conséquences du premier conflit sur la vie des femmes en Belgique », dans Françoise Lejeune (coord.), Paroles de femmes dans la guerre (1914-1918), Nantes, Crini, 2005, p. 198.
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[5]
Éliane Gubin, « Le suffrage des femmes (1830-1948) : le monstre du Loch Ness », Les Cahiers de la Fonderie, n° 31, Bruxelles, 2004, p. 37.
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[6]
Sur Maria Baers, voir notamment Dictionnaire des femmes belges, dir. par Éliane Gublin et alii, Bruxelles, Racine, 2006, p. 33-36.
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[7]
Le régendat est un diplôme d’études non universitaires permettant d’enseigner dans le premier cycle du secondaire, le secondaire inférieur.
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[8]
Dictionnaire des femmes belges, op. cit., p. 334.
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[9]
Depuis 2010, ce parti a changé son appellation. Le FDF signifie aujourd’hui les Fédéralistes démocrates francophones.
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[10]
NDLR : le rôle des hercheurs consistait à faire circuler les wagons chargés de minerai dans les mines. Cette tâche était souvent confiée à des enfants ou des femmes.
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[11]
Éliane Gubin et Leen Van Molle (dir.), Dix femmes en politique. Les élections communales de 1921, Bruxelles, Inbel, 1994, p. 82.
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[12]
Éliane Gubin et Leen Van Molle, Femmes et politique en Belgique, Bruxelles, éd. Racine, 1998, p. 85.
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[13]
Sur Georgette Ciselet, voir Dictionnaire des femmes belges, op. cit., p. 100-103.
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[14]
Pourquoi Pas ?, 28 janvier 1949, p. 146.
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[15]
« Éditorial », Les Cahiers du Grif, n° 6, mars 1975, p. 3-4.
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[16]
Jacqueline Aubenas, « Les femmes et la politique », Les Cahiers du Grif, n° 6, mars 1975, p. 5.
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[17]
Ibid., p. 6
-
[18]
Jacqueline Aubenas, « Les femmes et la politique », art. cité, p. 19.
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[19]
Éliane Gubin et Leen Van Molle, Femmes et politique en Belgique, op. cit., p. 295.
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[20]
Sur Miet Smet, voir : Romy Cockx, Miet Smet. Trois décennies de politique d’égalité des chances, Bruxelles, Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, 2009.
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[21]
La Libre Belgique, 12 septembre 2009.
1La Belgique, pays de tous les compromis, constitue un merveilleux laboratoire d’étude de la sous-représentation des femmes en politique. Un régime censitaire masculin instauré en 1830 domine presque tout le XIXe siècle, bousculé en 1893 par l’introduction d’un système hybride, le vote plural (une manière de tempérer le suffrage universel par le renforcement de certains électeurs qui disposent d’une ou deux voix supplémentaires ; les chefs de famille, les propriétaires et les diplômés de l’enseignement supérieur). Enfin, en 1919, à la sortie de la Première Guerre mondiale, un suffrage « universel »... masculin pur et simple est mis en place. Ce lent processus démocratique laisse de côté les femmes. Pourtant le débat sur leur accès à la citoyenneté fait rage depuis déjà plusieurs décennies et divise la classe politique, masculine, ainsi que les féministes. Trois partis occupent l’espace politique : l’un libéral, le second catholique et le tout récent socialiste. Ils s’affrontent avec véhémence.
2La société belge est par ailleurs profondément marquée par un maillage sociopolitique dense ; des réseaux constitués par plusieurs groupes idéologiques et philosophiques encadrent la vie politique et en régulent l’accès. Cette fameuse pilarisation belge – que nous expliciterons rapidement – explique en grande partie pourquoi peu de mouvements neufs ont bouleversé la vie politique belge, qui est restée structurée par trois familles politiques jusque dans les années 2000. Dès lors, la notion d’outsider prend une signification particulière dans le cadre belge. Il s’agit plus d’examiner ici quelques parcours (a)typiques que de mesurer un véritable phénomène.
Une société belge « pilarisée »
3Le contexte de la pilarisation belge. À la fin du XIXe siècle, l’arrivée des socialistes au Parlement transforme profondément la scène politique. Le scrutin universel plural met fin au bipartisme. On voit également poindre une nouvelle structuration politico-sociale. Les partis deviennent des structures fortes, des mondes sociologiques qui s’affrontent. Les partis catholiques et socialistes s’organisent les premiers, en construisant lentement des sociétés ou contre-sociétés : les fameux piliers belges [1]. Ces piliers rassemblent une structure politique mais également un syndicat, une mutuelle, des coopératives, des mouvements de jeunes, de femmes et, à leur suite, toute une multitude d’associations socioculturelles. S’édifient ainsi des piliers politiques et sociaux quadrillant la vie des Belges. Bientôt, et ce pour tout le XXe siècle, on naîtra, on vivra et on mourra dans une et une seule famille politique, qu’elle soit catholique, socialiste ou libérale. Pointe visible de l’iceberg, les partis dissimulent ou plus exactement représentent toute une famille politique, un front savamment organisé, qui prend en charge l’individu de sa naissance à son décès. Cet ensemble d’associations s’adresse à toute la population et non plus à une seule élite. Ainsi trois mondes sociologiques forment les piliers de la société belge : le chrétien, le socialiste et le libéral. Cette pilarisation belge engendre durablement bien des comportements politiques, dont une discipline de parti extrêmement forte, et laisse fort peu de place à l’originalité et à « l’exterritorialité », aux personnes issues de la société civile, hors tempo politique, tant pour les hommes que pour les femmes.
4Même si une étude récente montre qu’elle n’a pas totalement disparu [2], la pilarisation de la société s’effrite peu à peu depuis une bonne dizaine d’années.
5L’éclatement de la pilarisation ? À titre d’exemple récent, en 2003, le parti socialiste accueille, sur ses listes pour le Sénat, Christiane Vienne, issue du Mouvement ouvrier chrétien (MOC). Cette mouscronnoise, ouvrière, mère de sept enfants, reprend des études à près de 40 ans à l’Université catholique de Louvain et s’investit dans le monde associatif chrétien « pour une société plus juste ». Sa présence sur les listes socialistes suscite bien des commentaires. Cette ouverture ne passe pas inaperçue, loin de là, et les réactions nombreuses montrent la haute charge symbolique de l’événement. Christiane Vienne n’est pas élue mais peut siéger grâce à la cooptation. En effet, le Sénat belge est composé d’élus directs et indirects. La cooptation de sénateurs a initialement été prévue pour donner accès au Parlement à des personnalités éminentes de la société civile sans devoir passer par une campagne électorale. Mais souvent, la cooptation sert à repêcher des candidats malheureux, comme une sorte de mécanisme de compensation. La cooptation fut longtemps la principale voie d’accès au Sénat.
6En 2004, Christiane Vienne est nommée ministre des Affaires sociales et de la Santé du gouvernement wallon. Mais cette « affaire » montre paradoxalement la rigidité d’un système et témoigne de son peu de degrés de liberté…
7La question du suffrage féminin dans ce contexte. Dès la fin du XIXe siècle, le suffrage féminin est utilisé comme une arme politique. Les catholiques, opposés à toute émancipation féminine et à une égalité entre les sexes, le revendiquent afin de contrer le suffrage universel masculin devenu de plus en plus inéluctable. Le vote féminin viendrait ainsi, espèrent-ils, tempérer les résultats attendus par le suffrage masculin. Les femmes sont, pensent-ils, bien plus raisonnables et un allié objectif du conservatisme. Socialistes et libéraux adhèrent à la même idée. C’est ainsi qu’ils refusent conjointement de réclamer le suffrage féminin. « D’abord les hommes, puis on verra », clament-ils. Il sera alors temps de faire l’éducation politique des femmes. Le suffrage, puis, par la suite, la représentation des femmes en politique belge, ne doivent donc rien au hasard ni aux idées généreuses d’égalité : il constitue une arme secrète utilisée en fonction de stratégies politiciennes et d’enjeux électoraux.
Les hommes votent mais pour quelles femmes ?
8Les prémices du vote féminin : le suffrage des morts et le droit d’éligibilité. En 1919, les hommes de plus de 21 ans obtiennent ainsi le suffrage universel pur et simple, en raison de « l’égalité dans la souffrance et l’endurance » [3]. Plusieurs catégories de femmes peuvent néanmoins voter : les femmes héroïques, les veuves de soldats et les mères de soldats morts à la guerre. Il s’agit du fameux « suffrage des morts » (discours du Trône, 22 novembre 1918), un droit posthume accordé à la femme. C’est au mort qu’on délivre le bulletin de vote, pas à la femme ! [4] Mais dans les faits, comme ce suffrage doit se demander, il y a fort peu de femmes qui vont déposer dans l’urne leur bulletin électoral. Le nombre d’électrices reste totalement dérisoire, de 0,3 % à 0,5 % de l’électorat tout au long de l’entre-deux-guerres [5]. Mais d’autres concessions sont accordées aux femmes après d’âpres négociations entre partis, des « prix de consolation » en quelque sorte : un droit de vote complet, à l’exception des prostituées, aux élections communales, concédé aux catholiques en contrepartie du suffrage universel masculin, et l’éligibilité à tous les niveaux. Ainsi, si les femmes ne sont pas devenues électrices, elles peuvent siéger au Parlement. Cette situation paradoxale perdure tout au long de l’entre-deux-guerres. À la Chambre, trois femmes sont élues directement, deux socialistes et une communiste. Au Sénat, quelques femmes font leur apparition. Choisies par cooptation par leur parti, elles forcent le respect. En 1936, le parti catholique choisit Maria Baers [6], figure emblématique des ligues féminines chrétiennes flamandes. Il s’agit là d’une figure de combat, connue, possédant un réseau dense au sein des syndicats, du mouvement ouvrier et des associations féminines flamandes. Elle siège au Sénat jusqu’en 1954, y préside la commission de la Santé publique et de la Famille. Elle intervient sur la protection maternelle, propose une rémunération pour le travail ménager de la femme au foyer et dépose des propositions de loi réglementant le contrat de louage des domestiques.
9La première sénatrice cooptée : Marie Spaak. Le parti socialiste avait lui choisi, bien plus tôt, en 1921, de coopter Marie Spaak, une autre figure emblématique. Née en 1873, Marie est la fille de Paul Janson, un avocat, chef de fil du libéralisme progressiste. Elle devient régente [7] et épouse Paul Spaak, avocat et dramaturge avec qui elle a quatre enfants. La Première Guerre mondiale décide de son engagement politique. Issue d’une famille libérale, elle découvre alors, en s’occupant d’œuvres, la misère des familles défavorisées. Dès la fin du conflit, elle adhère, avec son fils Paul-Henri, au Parti ouvrier belge. Lors des élections communales de 1921, elle est élue à Saint-Gilles, une commune bruxelloise [8]. Toute sa campagne électorale est centrée autour de la figure de la ménagère. Cette identification la fait connaître mais lui vaut également de nombreux sarcasmes, une ménagère aux mains blanches ne connaissant rien des travaux de ménage. Quelques mois plus tard, le parti et surtout son « patron », Émile Vandervelde, la choisissent comme sénatrice cooptée. Son entrée au Sénat est fort remarquée. Elle devient en effet la première femme parlementaire de Belgique. Le mandat de sénatrice cooptée est renouvelé systématiquement par son parti jusqu’en 1958. Au Sénat, elle accomplit son travail parlementaire avec sérieux et assiduité. Elle en tire un prestige indéniable. Elle intervient souvent sur l’enseignement, l’enfance, la condition féminine ou l’alcoolisme. Elle soumet des propositions de loi notamment à propos de l’assurance maternelle… elle qui ne peut pas voter. À l’instar de nombreuses femmes socialistes, elle continue à se présenter comme « ménagère et mère de famille » tout en fondant le mouvement des Femmes prévoyantes socialistes. Mère de Paul-Henri Spaak, futur premier ministre socialiste et secrétaire général de l’OTAN et grand-mère d’Antoinette Spaak, élue parlementaire en 1974 et présidente du parti du Front démocratique des Francophones (FDF) [9] en 1977, Marie Spaak incarne une facette de la parlementaire socialiste. L’autre facette est sans conteste incarnée par Lucie Dejardin, ouvrière, syndicaliste et surtout première femme élue au suffrage universel masculin en 1929.
10Lucie Dejardin, première femme élue au suffrage universel masculin. Née en 1875 à Grivegnée d’un père mineur et d’une mère hercheuse [10], Lucie Dejardin travaille, après ses études primaires, successivement comme serveuse, hercheuse, servante de ferme, ouvrière blanchisseuse, repasseuse et vendeuse au magasin coopératif de Liège. Jeune, elle adhère au syndicat des mineurs et fonde, dès 1910, la première ligue des femmes socialistes à Liège. Au cours de la guerre, elle entre dans un réseau de résistance. Arrêtée, incarcérée, condamnée à perpétuité, elle est transférée dans un camp allemand avant d’être libérée en décembre 1917 lors d’un échange de prisonniers. Après guerre, ses engagements ne faiblissent pas. Elle milite activement à la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté. Conseillère communale en 1926, elle se présente en 1929 au suffrage direct du peuple, masculin, et, contre toute attente, est élue. Elle développe à la Chambre une intense activité. Elle y défend les travailleuses mais également le droit de l’enfant ou la lutte antialcoolique. Elle s’aligne complètement sur la ligne du parti, y compris en matière du droit des femmes et de féminisme. Lucie Dejardin est-elle alors une outsider ? Rien ne prédestinait cette enfant de mineur, hercheuse et peu scolarisée, à devenir parlementaire. Mais il s’agit là avant tout d’un parcours de militant socialiste devenu presque classique lorsque le socialisme a gagné partout en Europe le droit d’entrer dans le jeu démocratique. Elle dénote surtout par son sexe et devient ainsi l’une des rares femmes élues au suffrage masculin.
11Des femmes à la tête de partis. Ces quelques parcours de femmes illustrent néanmoins la force des partis, leur jeu politique, mais ne doivent pas occulter que, si elles sont bien éligibles, elles ne votent pas. Au sein des communes, il en va différemment. Soulignons le parcours atypique d’une femme, Jane Brigode, qui, si elle ne fut pas parlementaire, devient la première femme à la tête d’un parti politique en Belgique.
12Jane Brigode est issue d’une famille aisée. Née en 1870, elle obtient un diplôme d’institutrice mais ne semble n’avoir jamais exercé. Elle épouse François Ouwerx, un architecte bruxellois. Dès le début du XXe siècle, elle s’engage dans le mouvement féministe et devient membre, puis trésorière, et enfin, en 1908, secrétaire de la Ligue belge du droit des femmes. Elle milite ardemment pour une égalité civile et défend l’accès au suffrage. Durant la guerre, les féministes belges concentrent leurs actions au sein de l’Union patriotique des femmes belges. Jane Brigode en assume la direction. L’association se veut avant tout patriotique et caritative et encourage l’entraide féminine. Elle poursuit ses activités à la fin du conflit et Jane Brigode, auréolée du travail accompli, devient une porte-parole du féminisme belge sur la scène internationale. En 1921, son action militante féministe trouve une expression politique lors des premières élections communales auxquelles les femmes peuvent prendre part. Jane Brigode se présente sur la liste libérale de Forest, commune bruxelloise. Élue, elle siège au conseil communal sans discontinuer jusqu’en 1946 et y exerce également la fonction d’échevin de l’instruction publique [11]. Toujours en 1921, elle fonde, en compagnie d’autres mandataires locales, l’Union des femmes libérales de l’arrondissement de Bruxelles. Durant tout l’entre-deux-guerres, Jane Brigode devient une figure importante du libéralisme bruxellois. Elle y défend avec conviction son engagement féministe. En 1937, elle devient vice-présidente du parti libéral. La Seconde Guerre mondiale change la donne. Le président démissionne, le parti traverse une crise importante. Jane Brigode assume alors, dans la clandestinité, la présidence de son parti. Les réunions se font à son domicile. Au sortir de la guerre, la morale tout comme la politique reprennent force et vigueur et c’est un homme qui reprend bien naturellement la présidence du parti libéral. Jane Brigode aura néanmoins été la première femme à diriger un parti, plus de trente ans avant l’accession d’Antoinette Spaak à la direction du FDF.
Le suffrage féminin et ses conséquences
13La question du suffrage après 1945. La Seconde Guerre mondiale bouscule l’échiquier politique. Dès la libération, la question du suffrage des femmes est à nouveau posée. Leur comportement « viril » dans la résistance ainsi que leur sens civique pendant le conflit sont autant d’arguments invoqués. Le principe du suffrage féminin n’est plus contesté mais la société belge est alors traversée par deux grandes questions : la répression de la collaboration et la question royale, qui viennent toutes deux freiner encore sa réalisation. Il faut attendre 1948 pour que les femmes belges accèdent enfin au suffrage législatif. L’égalité est totale. Cette égalité formelle suscite-t-elle une dynamique nécessaire à l’émergence de nouveaux profils de femmes parlementaires ? Rien n’est moins certain. Les inégalités politiques persistent au niveau de la représentation. L’accès des femmes au suffrage n’entraîne pas de féminisation massive de la vie politique. Les partis politiques continuent à constituer les listes électorales et les candidates sont rarement placées en ordre utile. Ils préfèrent même poursuivre la cooptation en cours durant l’entre-deux-guerres. La représentation féminine ne décolle pas et, en 1968, le constat est amer : huit femmes sont élues à la Chambre ; quant au Sénat, plus aucune femme n’y siège (ni élue, ni cooptée) ! Les femmes prennent conscience de cette invisibilité et s’organisent en groupes de pression au sein des partis. Un long combat débute, aboutissant à la loi dite « Smet-Tobback » de 1994 qui impose des quotas sexués sur les listes, puis à la reconnaissance de la parité en 2002.
14Qui sont ces parlementaires ? Les profils des parlementaires de l’après-guerre ne changent guère. Les modèles et références se situent encore dans l’entre-deux-guerres. Le milieu familial reste fondamental dans le parcours politique tout comme un fort ancrage local au sein d’une commune, d’une ville. Les socialistes tout comme les catholiques trouvent leurs représentantes au sein d’organisations sœurs, les fameux piliers. Les ligues féminines, les femmes prévoyantes socialistes, les mouvements de jeunesse liés aux partis sont autant d’écoles d’apprentissage de la vie politique que de tremplins vers le Parlement. Ainsi le puissant CVP, (Christelijke Volkspartij, parti populaire chrétien) le parti social-chrétien flamand, puise ses parlementaires dans des organisations idéologiquement proches et piliers idéologiques chrétiens telle le KAV (Kristelijke Arbeidersrouwenbeweging, mouvement ouvrier chrétien féminin), son aile féminine ouvrière chrétienne, qui en 1945 comptait déjà plus de 200 000 membres. Ainsi, des 42 femmes CVP élues ou cooptées entre 1946 et 1995, un peu plus de la moitié appartient à l’aile ouvrière du parti [12]. La majorité est issue du KAV, qui devient ainsi une importante voie d’accès au Parlement.
15Appartenir aux piliers reste longtemps une porte d’entrée à une carrière politique. Rares sont celles qui réussissent à gravir ces échelons sans y avoir recours. Elles existent bel et bien pourtant. On les retrouve essentiellement, dans un premier temps, au sein du parti libéral, sans doute parce qu’il est, par essence, plus individualiste. Georgette Ciselet symbolise cette autre voie d’accès [13]. Cette avocate libérale est sensibilisée dans l’entre-deux-guerres aux discriminations subies par les femmes, notamment les femmes mariées. Elle s’illustre dans la défense de leurs droits. En 1946, le parti décide de la coopter au Sénat ; elle devient ainsi la première parlementaire libérale. L’hebdomadaire libéral satirique, le Pourquoi pas ?, évoque cette arrivée remarquée : « Elle est la féministe. Les autres ne sont que des favorisées par le scrutin, des professionnelles de la politique » [14]. Son mandat est renouvelé et, en 1954, elle est élue au suffrage universel. Son activité parlementaire est intense et en total accord avec ses convictions féministes. Elle dépose de nombreuses propositions de loi relatives notamment aux droits et devoirs des époux. Elle quitte la vie politique en 1961, deux ans avant d’être nommée conseillère d’État, une première pour une femme.
Une vague néo-féministe ?
16Le combat mené dans les années 1970. La sous-représentation des femmes en politique est manifeste en 1968 et provoque un choc considérable au sein des associations féminines, surtout en Flandre. Les débats sont lancés. Des groupes de discussion, bientôt de pression, sont constitués. Pourquoi les femmes ne votent-elles pas pour des femmes ? La question taraude une partie du monde politique. Des actions locales « Votez femmes » sont bientôt organisées, notamment chez les sociaux-chrétiennes flamandes. Elles prennent de plus en plus d’ampleur dans les années 1970 et 1980. La vague féministe questionne le politique, ne fût-ce que par son fameux slogan « le privé est politique ». Se développant essentiellement en dehors de structures traditionnelles, cette tendance n’agit pas directement sur la vie politique mais dénonce, critique, bouscule une société encore fortement patriarcale et un monde politique misogyne. Le constat émit par Les Cahiers du Grif en 1975 est limpide : « Il est en outre certain qu’aucun des partis traditionnels, malgré les efforts de certains de ses membres, ne prend en charge valablement les revendications féminines et ne semble vouloir ni pouvoir les réaliser » [15]. Paraphrasant Simone de Beauvoir, Jacqueline Aubenas constate, toujours dans Les Cahiers du Grif : « on ne naît pas homme politique on le devient ». Et jusqu’à présent « la politique ne faisait pas partie du devenir des femmes » [16]. Et de continuer : « Les femmes ressentent la politique comme le masculin traditionnel et appris : le dehors, le fort, la décision. On leur a dit qu’elles étaient le dedans, le faible, le soumis » [17].
17En 1972, quelques intellectuelles créent un parti féministe, le Parti féministe unifié (PFU) en vue de promouvoir la responsabilité politique des femmes. Le succès électoral n’est pas au rendez-vous. Mais il a le mérite de sensibiliser les partis à la place des femmes dans les décisions politiques et joue ainsi un rôle d’aiguillon. Mais c’est bien dans les structures des partis politiques, encore et toujours, que les féministes débattent de la faible représentation des femmes. Elles développent dans tous les partis des stratégies pour exister en tant que groupe. C’est ainsi que naît, en 1974, le groupe de pression Vrouw en Maatschappij (Femme et Société) au sein du CVP. Déjà, dès 1972, du côté néerlandophone, suite à la première journée des femmes, un comité « Vrouwen Overleg Komitee » (Comité de consultation des femmes) tente de rassembler les femmes de partis politiques flamands.
18Les réflexions et les mobilisations amorcent un changement notable. En 1974, une poussée féminine est enfin perceptible dans tout le pays puisque vingt-et-une femmes sont élues directement, poussée qui perdure jusqu’à aujourd’hui. Prise de conscience des femmes ? Sans doute. Mais aussi désir et intérêt des partis politiques d’inscrire des femmes sur leurs listes. L’effet « votez femme » commence à porter ses fruits et les partis cherchent ces femmes qui pourront engranger sur leur nom ces voix tant recherchées. Ils en ont besoin. La chasse aux voix est ouverte et coïncide quelquefois avec une chasse aux femmes susceptibles de renforcer les partis. La critique féministe ne s’y trompe pas. Jacqueline Aubenas écrit encore :
« Les partis ont pourtant besoin des femmes, mais comme électrices, à la rigueur comme militantes obscures et dévouées, comme “otages” surtout depuis qu’il y a une mode femme et qu’ils sont talonnés par les initiatives des mouvements féministes, mais pas comme dirigeantes. » [18]
20Depuis 1974, les mandataires politiques sont encore bien plus nombreuses à être étroitement liées au parti et à ses structures [19]. Alors qu’il y a de plus en plus de femmes mandataires, les outsiders seraient les grandes perdantes de cette poussée féminine, en tout cas, durant quelques décennies. Et puis surgissent ci et là des figures « hybrides » d’outsiders. Miet Smet en fait partie. Née en 1943, fille d’Albert Smet, un mécanicien engagé dans le mouvement syndical chrétien flamand et sénateur CVP de 1958 à 1971, Miet Smet fait des études d’assistante sociale et s’engage dans les Jeunes CVP. Elle milite alors pour l’environnement, s’engage dans les grandes marches anti-nucléaires et découvre le féminisme. Dès 1972, elle s’affilie au Vrouwen Overleg Komitee et est, en 1974, à la base de la création du groupe de travail Vrouw en Maatschappij au sein de son parti. Poussée par l’aile progressiste du CVP mais aussi soutenue par des associations féminines et féministes ainsi que par des associations pro environnementales, elle monte en puissance dans les années 1980. En 1985 seulement, le gouvernement Martens VI crée un secrétariat chargé de l’Émancipation sociale et de l’Environnement. Miet Smets en prend la direction, avant d’être nommée ministre de l’Emploi et d’être l’initiatrice de la politique fédérale d’égalité des chances, jusqu’à la loi sur la parité qui porte son nom [20]. Elle a tout d’une femme politique « classique », un milieu familial propice, s’insère dans les structures fortes d’un parti… Pourtant, elle a également construit son « capital politique » en dehors des réseaux traditionnels et a réussi ainsi à s’intégrer dans les cercles du pouvoir.
21De vraies outsiders ? Mais les outsiders sont encore alors bien rares en politique belge. Les partis tentent timidement de suivre l’effet « femme » tout en s’ouvrant à la société civile. Un cas est révélateur et mérite d’être souligné. Il s’agit de Lise Thiry, une personnalité scientifique de premier plan, virologue réputée. Née en 1921, cette femme médecin, spécialiste du VIH, professeure à l’Université libre de Bruxelles, progressiste, milite pour une médecine sociale et défend les demandeurs d’asile. « Naturellement » socialiste, elle est élue en 1985 au Sénat. La même année, au comble de sa popularité, elle reçoit le titre de femme de l’année. Elle est notamment l’une des rédactrices de la loi relative à la dépénalisation de l’IVG.
Des nouvelles outsiders : filles d’immigrés, médiatisées et corporalisées
22Depuis les années 1980 : les filles d’immigrés. La société belge évolue et constate son évolution. Les femmes peuvent voter mais, dans les années 1980, se pose la question du vote des étrangers. Des débats, fort semblables à ceux sur le droit des femmes quelques décennies plus tôt, font rage. En attendant, la multiculturalité de la société s’affirme de plus en plus. Un homme politique s’impose ainsi sur la scène francophone : Elio Di Rupo, bourgmestre de Mons. Fils d’immigrés italiens, populaire, il comprend l’enjeu du vote immigré ou plutôt de Belges issus de l’immigration et de leur insertion dans la société belge. Il propulse ainsi plusieurs femmes belges issues de l’immigration. Marie Arena en fait partie. Née en 1966 à Mons, de parents italiens, titulaire d’un diplôme de sciences économiques, elle devient, en 2003, à 37 ans, ministre de l’Emploi du gouvernement wallon puis ministre fédérale de la Fonction publique puis, encore et surtout, en 2004, ministre-présidente de la Fédération Bruxelles-Wallonie, ce qui fait d’elle l’une des femmes politiques les plus importantes du pays. En 2004, Fadila Laanan, née en 1967 à Schaerbeek, une commune bruxelloise, née de parents naturalisés marocains, juriste, accède au ministère de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, fonction qu’elle occupe toujours en 2013. Ces deux exemples, emblématiques, montrent, si besoin en est, la force de l’intégration des immigrés en Belgique, en particulier des femmes de la deuxième ou de la troisième génération. Mais ces deux exemples ne doivent pas occulter la forêt. Elles sont nombreuses, et reflétant ainsi une société, à revendiquer un passé, un pays, une identité. Notons encore la présence de Sfia Bouarfa. Née au Maroc, elle arrive à vingt ans en Belgique. Elle poursuit ses études dans l’enseignement catholique (fait encore rarissime pour une future militante socialiste). Militante antiraciste, défendant la cause des sans-papiers, elle est à l’origine, en 1993, de l’association « Media femmes internationales » et s’engage sur les listes du parti socialiste dans la vie politique de sa commune de Schaerbeek. Élue conseillère communale en 1994, députée bruxelloise en 1995, elle est élue sénatrice en 2001.
23Aujourd’hui le droit de vote accordé aux étrangers ainsi que la naturalisation croissante de populations immigrées bouleversent le paysage politique communal. Les partis politiques traditionnels recherchent des candidats et candidates issus de l’immigration. D’aucun en appelle au vote ethnique voire aux listes ethniques. Sexe et ethnicité sont ici autant de marqueurs identitaires qui propulsent et propulseront encore des outsiders.
24Depuis les années 2000 : les femmes de la télévision. Mais au début des années 2000, l’ouverture des partis se manifeste de plus en plus. Ils se livrent une concurrence effrénée, à la recherche de figures pouvant rassembler sur leur nom un maximum d’électeurs. Quelques figures de la société civile et surtout des médias entrent dans l’arène politique. La « peopolisation » de la politique belge est en cours.
25En 1999, le président du parti libéral, le MR (Mouvement réformateur) propose à une journaliste vedette de se lancer en politique. Frédérique Ries assure alors l’édition et la présentation du journal télévisé depuis une dizaine d’années sur la chaîne privée RTL. La journaliste accepte et est élue au Parlement européen sur les listes libérales. Elle est réélue en 2009 avec 116 000 voix d’avance, réalisant ainsi le cinquième score francophone tous partis confondus. Florence Reuter, qui l’avait remplacée à la présentation du JT, a le même cheminement. En 2007, elle quitte RTL et est élue députée fédérale, toujours sur les listes du MR. Depuis 2009, elle siège au Parlement wallon. Anne Delvaux, sa concurrente directe à la présentation des journaux télévisés, sur la chaine publique, la RTBF, est approchée au même moment par la présidente du CDH (Centre démocrate humaniste, successeur du parti social-chrétien). Elle saute également le pas en 2007 et est élue au Sénat avec 115 000 voix d’avance. Depuis 2009, elle siège au Parlement européen. Aucune de ces trois stars politiques ne se démarque sur les questions féminines, et encore moins féministes.
26En Flandre : les Miss des podiums. Si les partis francophones ont cherché à « recruter » des journalistes vedettes, en Flandre, les partis se sont beaucoup plus intéressés à des anciennes Miss. Anke Van Dermeersch, Miss Belgique 1991, juriste de formation, rejoint le Vlaams Belang, le parti d’extrême droite flamand, en 2003 et est élue sénatrice. Annelien Coorevits, Miss Belgique 2007, rejoint pour sa part l’Open VLD (parti libéral). Mais le cas le plus emblématique est sans conteste celui de Marie-Rose Morel, une historienne anversoise, une ancienne Miss Flandre, qui rejoint d’abord la N-VA, le parti nationaliste flamand avant de figurer, elle aussi, sur les listes du Vlaams Belang. Élue députée au Parlement flamand en 2004, elle devient la star du parti extrémiste. Atteinte d’un cancer, elle fait vivre son calvaire à un public nombreux, par le biais d’un blog ou d’émissions télévisées. Sa lutte contre la maladie lui vaut une popularité croissante. En 2011, elle décède à l’âge de 39 ans. Ses funérailles sont un événement médiatique en Flandre, ravivant la polémique entre le Sud et le Nord du pays. Elle est encensée en Flandre, alors que les journalistes francophones ont à cette occasion surtout mis l’accent sur ses idées xénophobes et s’étonnent du consensus généralisé autour d’une figure de femme, certes courageuse, sans aucune distance critique.
27Du combat citoyen au combat politique avorté. Le dernier exemple révélateur des mutations de la politique belge est l’arrivée de Carine Russo sur la liste Écolo. En 2007, Carine Russo, la maman de Mélissa, l’une des fillettes enlevées par Marc Dutroux, qui a symbolisé la force et le combat, suscitant une charge émotive sans précédent en Belgique et en Europe (le Time Magazine l’a fait figurer en 2003 dans sa liste des European Heroes), se présente aux électeurs. Ses idées ainsi que les valeurs qu’elle a exprimées tout au long de son combat ont toujours été progressistes. Il n’est donc guère étonnant de la retrouver sur la liste écologiste. Elle récolte près de 60 000 voix mais n’est pas élue directement. Écolo la désigne néanmoins comme sénatrice cooptée. La découverte du monde parlementaire est difficile, loin de ses attentes et espoirs. Déçue par le fonctionnement des institutions politiques, elle exprime son malaise : « je n’ai de goût que pour l’utile pas pour le pouvoir » confie-t-elle [21]. Elle démissionne de son mandat en 2009. Elle résume sans doute la difficulté d’une femme outsider en politique. Ses convictions citoyennes n’ont pas suffi, la vie politique et le quotidien des parlementaires lui paraissant profondément hostiles.
28Toutefois, une question se pose encore et toujours : la « pilarisation » belge tend-elle à normaliser l’entrée en politique et a fortiori à obtenir de véritables succès électoraux ? Ici comme ailleurs, la victoire électorale tient pour beaucoup à l’appui du parti… mais les portes d’accès à celui-ci sont régies par un réseau, un véritable maillage constitué comme on l’a vu de syndicats, mutuelles, coopératives, ou mouvements de jeunes ou de femmes. Tout le processus de « sélection » tient à cette longue initiation aux arcanes de la vie politique et à cet adoubement par les instances des piliers. En ce sens, les femmes outsiders souffrent d’un double handicap, celui du sexe mais aussi celui de la non appartenance aux cénacles ad hoc. Il faut une forte médiatisation pour vaincre ces deux obstacles. Différentes personnalités du monde associatif, scientifique, télévisuel ou culturel belge se sont engagées en politique ou plutôt ont été approchées par les partis. Certaines « célébrités » ont ainsi décidé de « sauter le pas » pour figurer sur les listes électorales et furent le plus souvent élues.
29Mais sont-elles de véritables outsiders ou les victimes plus ou moins consentantes d’un calcul électoral qui ne les consacre que comme « accessoires décoratifs » d’une politique faussement égalitaire ?
Mots-clés éditeurs : Belgique, histoire des femmes, histoire du genre, histoire politique, pilarisation
Date de mise en ligne : 24/07/2013
https://doi.org/10.3917/parl.019.0061