Chapitre I. Anthropologues, encore un effort pour être vraiment matérialistes !
- Par Dan Sperber
Pages 21 à 53
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- Sperber, D.
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Notes
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[1]
Il serait plus exact de parler de « physicaliste » (un physicaliste étant quelqu’un qui pense que tout ce qui existe existe physiquement, en laissant aux physiciens la tâche de dire ce que « physiquement » signifie), car la notion même de matière impliquée dans « matérialiste » est peu claire. Cependant, le terme matérialiste est plus usuel, en particulier dans les sciences sociales, et, de toute façon, les subtilités de la distinction entre « matériel » et « physique » sont sans pertinence pour mon présent propos.
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[2]
On pourrait par exemple adopter le point de vue de Searle (1972) sur les « faits institutionnels » et, en gros, définir « être mariés » comme être considérés comme mariés par les personnes appropriées. Une telle définition n’est évidemment pas celle des indigènes. Elle a tout le flou des notions basées sur un air de famille. Elle a des problèmes de circularité propre. Il n’y a pas de théorie féconde qui y fasse appel.
De quoi sont faites les choses socioculturelles ?(Il n’y a pas de différence à mes yeux entre les choses sociales et les choses culturelles, et je ne veux pas répéter sans arrêt l’expression « socioculturel ». Je vais donc tirer à pile ou face, pile ce sera « social », et face « culturel ». C’est face ! Désormais dans ce livre, « culturel » veut dire « socioculturel ». Je me réserve cependant le droit d’utiliser à l’occasion les mots « social » et « socioculturel », en particulier pour paraphraser les idées d’autrui.)
De quoi sont faites les choses culturelles ? Où sont-elles situées dans le monde et quels rapports entretiennentelles avec les choses dont traitent les autres sciences ? Ce sont là des questions philosophiques et plus précisément ontologiques (l’ontologie au sens classique du terme est une branche de la philosophie qui tente de répondre de la façon la plus générale et abstraite à la question « qu’y a-t-il dans le monde ? »). Les questions ontologiques ont des implications pratiques pour la recherche en anthropologie. De quelle façon les anthropologues peuvent-ils ou doivent-ils collaborer avec d’autres disciplines ? Dans quelle mesure le savoir des anthropologues peut-il s’insérer dans une image du monde générale et cohérente (quoique bien sûr fragmentaire)? Tels sont les enjeux.
Si les sciences naturelles parviennent à un niveau important de cohérence et d’interaction mutuelles, c’est en partie parce qu’elles sont toutes fondées sur la même ontologie matérialiste…
Date de mise en ligne : 21/07/2022
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