Histoire de la pensée
Pages 146a à 150
Citer cet article
https://doi.org/10.3917/nrt.351.0146
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Avit de Vienne, Éloge consolatoire de la chasteté (sur la virginité). Suivi du « Prologue de l’histoire spirituelle » et de la « Vie de sainte Fuscinula ». Introduction, texte critique, trad., notes et index N. Hecquetnoti, coll. Sources chrétiennes 546, Paris, Cerf, 2011, 13x20, 245 p., 25 €. ISBN 978-2-204-09751-2
1 Composé pour sa jeune sœur, la moniale Fuscine, cet éloge de la virginité, écrit après 507 par l’évêque de Vienne (en Gaule), ajoute aux traités fameux des plus illustres docteurs la forme d’un poème de consolation, qui est avant tout une laus (d’où l’usage de « l’hexamètre dactylique ») et un épigramme. Cependant, la traduction française se lit en prose, et permet aisément de comprendre que « l’Écriture sainte est l’épine dorsale du poème », quoi qu’il en soit des imitations classiques. On notera encore que cette œuvre plutôt mineure est pourtant un témoin de ces « manuels pour l’éducation des femmes écrits dans l’Antiquité tardive » qui serviront de modèles pour le genre médiéval du « miroir des princes » (p. 83). En annexes, on trouve, avant les index usuels, le « Prologue de l’histoire spirituelle » d’Avit de Vienne à l’évêque Appolinaris (4 p.) et surtout la « Vie de Sainte Fuscinula » (5 p.), qui reproduit avec quelques corrections l’editio princeps faite par les Bollandistes. — N. Hausman scm
Badilita C. (éd.), L’Antichrist, coll. Bibliothèque 4, Paris, Migne, 2011, 14x20, 434 p., 31 €. ISBN 978-2-908587-63-0
2 Alors que la collection des « Pères dans la Foi » a dépassé son centième numéro, les éditions Migne en ont initié depuis peu une autre, intitulée « Bibliothèque », ouverte à des textes plus amples : soit des œuvres complètes, soit des dossiers regroupant l’essentiel de la littérature patristique sur un sujet. Ce quatrième numéro, consacré à l’Antichrist, introduit et fournit un ensemble d’extraits de dix auteurs à ce sujet : Irénée, Hippolyte, Origène, Lactance, Commodien, Cyrille de Jérusalem, le Pseudo-Hippolyte, Jérôme, Augustin, et Théodoret de Cyr. L’introduction souligne les métamorphoses reçues par cette figure au cours des siècles. Elle a pu être comprise à un niveau quasi mythologique de principe absolu du mal. Dans un contexte de persécution, elle a pris les formes plus historiques du tyran eschatologique, de Nero redivivus ou du groupe des hérétiques. Enfin avec Origène et Augustin, on assiste à une « transmutation spirituelle » quand l’Antichrist est identifié à tout faux sens de la Bible ou à la mauvaise conscience. S’interroger sur cette figure complexe, c’est essayer de repenser le problème du mal absolu agissant dans l’histoire. — S. Dehorter
Bernard de Clairvaux, Sermons variés, coll. Sources chrétiennes 526, Paris, Cerf, 2010, 13x20, 297 p., 29 €. ISBN 978-2204-09445-0
3 La collection des « sermons variés » que publie le n. 526 des Sources chrétiennes est un regroupement récent (1970) de neuf sermons jusqu’alors épars dans les manuscrits, auxquels un dixième, pour la fête de saint Benoît, est venu s’ajouter en 1998. On y trouve un sermon sur l’Avent, un sermon sur la fête de l’Épiphanie, un sermon pour la conversion de saint Paul, deux sermons pour la fête de saint Victor, un sermon pour la fête de saint Benoît, un sermon sur la volonté de Dieu, un sermon sur les miséricordes, un sermon sur les sept dons de l’Esprit Saint, et un sermon sur saint Malachie. — S. Decloux sj
Bertrand D. (dir.), Dieu Trinité d’hier à demain avec Hilaire de Poitiers. Actes du congrès-colloque du Futuroscope de Poitiers (15-17 nov. 2002), coll. Patrimoines Christianisme, Paris, Cerf, 2010, 15x23, 498 p., 64 €. ISBN 978-2-204-08914-2
4 Suite à la publication aux Sources chrétiennes du De Trinitate de saint hilaire en 2001, un colloque important s’est tenu à Poitiers en novembre 2002 dont les actes ont finalement été publiés en 2010. L’édition, remarquable, se veut un ouvrage de référence. Elle fait écho non seulement à l’intense travail intellectuel de ces journées, mais aussi à la dimension « congrès » de tout colloque, rapportant en début et en fin d’ouvrage les différentes allocutions ainsi que l’homélie de la messe du dimanche donnée par le successeur d’hilaire à Poitiers, Mgr Rouet. La qualité de la bibliographie et des différents index aidera tout lecteur à se retrouver dans cette somme. Le corps du livre se compose de trois parties. La première, sans doute la plus exigeante intellectuellement, est centrée sur l’analyse du livre dont on célèbre la publication. Elle constitue en elle-même, en 9 chapitres, un guide de valeur pour aborder le De Trinitate.
5 La première intervention présente dans sa complexité le cadre politique, religieux et théologique de sa rédaction. Vient ensuite la proposition d’un plan unifié (ce qui n’a pas toujours été le cas), en lisant en De Trinitate 1 une partitio sur le modèle rhétorique de Quintilien. Le rapprochement avec d’autres ouvrages permet d’en saisir ensuite toute l’originalité. Enfin, quatre interventions de grande qualité s’arrêtent sur les moments les plus décisifs : la pneumatologie, l’emploi des termes natura et nativitas si caractéristiques de la pensée d’hilaire, deux études des livres 11 et 12. Pour bien suivre, il faut les lire livre en main. M. Corbin propose une lecture d’hilaire sans les catégories postérieures, sans les réflexions si brillantes de Thomas (le verbe intérieur en particulier) pour montrer comment, « en dépit d’une certaine infirmité dans le vocabulaire, l’ancienneté d’hilaire dans la Tradition s’accompagne d’une vive conscience de vérités que peu à peu nous avons oubliées, prisonniers que nous sommes de l’histoire qui a suivi ». Il se pourrait que le propre de ces énoncés soit d’être doxologiques ; ils seraient ainsi « un nécessaire intermédiaire vers la Parole plus originelle que toutes, celle de Dieu témoignant de Dieu, celle que consignent les saintes Écritures » (p. 205). Hilaire conduit à méditer sur l’être de Dieu comme Source qui s’épanche sans autre raison que sa libre surabondance (p. 204). Il appartient à la divine natura de se répandre par un surcroît dont elle n’a pas besoin pour être, de s’accompagner d’une nativitas inséparable de la Résurrection. Le Christ, affirme plus loin Fr. Cassingena, est un Dieu éternellement en acte de naissance, un éternel nouveau-né, source de fraîcheur éternelle (p. 265).
6 La deuxième partie, prenant distance par rapport au livre, souligne par contre l’actualité de l’étude d’un auteur ancien. Que signifie chercher et trouver le Dieu vivant dans l’Écriture et la Tradition ? Pour cela, les différentes interventions passent par l’art, la théologie, la géopolitique, l’exégèse, et même la bibliographie. Ainsi B. Sesboüé souligne la nécessité, hier comme aujourd’hui, du dialogue avec la culture de son temps, la fécondité du retour aux Écritures, l’importance de ne pas avoir peur de mettre en valeur le paradoxe chrétien. Une table ronde, animée par le journaliste M. Kubler, cherche à répondre à la question : dans notre monde, que dit-on du Dieu étrange des chrétiens ? Le renvoi fait par P. Descourtieux à la bibliographie hilarienne intéressera tout chercheur.
7 Enfin, la troisième partie revient à la figure d’hilaire, « présence durable » pour conforter la vitalité de notre foi. « C’est par la pratique prolongée d’études élémentaires » que l’on peut arriver ensuite à faire « l’expérience des réalités » (p. 12), disait hilaire. C’est ainsi qu’il fut un « guide des cimes » et que cet ouvrage entend l’être aussi. — S. Dehorter
Corbin M., Les catéchèses baptismales de Cyrille de Jérusalem, coll. Donner raison 31, Bruxelles, Lessius, 2011, 15x21, 408 p., 36,50 €. ISBN 978-2-87299-209-6
8 Les 18 catéchèses « baptismales » de Cyrille de Jérusalem sont exposées et commentées par le père Michel Corbin, excellent connaisseur des écrits patristiques. Elles datent environ de l’an 350, 25 ans après le concile de Nicée. Elles sont donc indicatives de l’enseignement dispensé par les évêques fidèles au concile. Elles offrent l’enseignement bien charpenté donné alors aux candidats au baptême. Il suffit de lire ce texte pour en apprécier la saveur et la spontanéité dans l’exposition des articles de la foi chrétienne. C’est avec chaleur que ces catéchèses exhortent les futurs chrétiens à ne jamais dissocier ce que les Père appellent « théologie », contemplation du mystère de Dieu, et ce qu’ils appellent « économie », recueil de la surabondance de grâce éclose à la Pâque de Jésus. — S. Decloux sj
Fouilloux Ét., La collection « Sources chrétiennes ». Éditer les Pères de l’Église au xx e siècle, préf. J. Pouilloux (nouvelle édition), Paris, Cerf, 2011, 12x19, 260 p., 23 €. ISBN 978-2-204-09654-6
9 À la suite du texte de la première édition parue en 1995, le lecteur découvrira une conférence de l’A. prononcée en 2006 à l’occasion de la sortie de presse du 500e numéro de la collection. Outre le rappel des commencements assez laborieux et de l’entrée progressive de l’entreprise dans le monde de l’édition scientifique de haut niveau capable de rivaliser sans complexe avec les « Budé », il pourra en suivre l’histoire d’après les années soixante. Elle fut marquée par un certain repli des jésuites, dû à la raréfaction des vocations, qui entraîna une plus grande difficulté d’affectation de membres de la Compagnie à de tels travaux. Et si bon nombre de jésuites comptèrent parmi les ouvriers, au fil du temps, des religieux d’autres ordres et des clercs séculiers, et surtout des universitaires laïcs, hommes et femmes, sont venus rejoindre les rangs des collaborateurs. À cela, il faut ajouter les embarras pécuniaires récurrents en dépit de l’étroite imbrication des SC dans le paysage de la recherche universitaire française. La dernière partie de la communication — « Radiographie » — met notamment en relief quelques grandes caractéristiques de l’ensemble : coexistence de textes fondamentaux et mineurs, les seconds semblant parfois prendre le pas sur les premiers dans le rythme de parution (mais comme le faisait remarquer en son temps le p. Mondésert, le type de travail requis a pour conséquence qu’il faut aussi prendre les ouvrages au fur et à mesure de leur achèvement) ; présence importante des Pères grecs (un peu moins de la moitié), dont des majeurs (Origène, Jean Chrysostome, Eusèbe de Césarée…) ; présence d’un bon tiers de Pères latins (Tertullien, Grégoire le Grand…) ; et, fait majeur, introduction de textes monastiques postérieurs à la période de la patristique classique (Bernard de Clairvaux, François et Claire d’Assise, par exemple). Un ouvrage à lire (ou à relire) : son objet est d’importance et est parfaitement servi par la compétence de l’A. Le style est agréable, ce qui le rend d’autant plus plaisant. — B. Joassart sj
Grégoire de Nysse, Contre Eunome I, 147-691. Texte grec W. Jaeger. Trad., notes et index R. Winling, coll. Sources chrétiennes 524, Paris, Cerf, 2010, 20x13, 391 p., 48 €. ISBN 978-2-204-09211-1
10 Eunome de Cyzique était un théologien néo-arien qui avait rédigé (vers 360) une Apologie où il défendait sa propre conception de la Trinité. Le grand théologien de Cappadoce, Basile de Césarée, l’avait déjà réfutée dans un premier Contre Eunome dont le texte a paru dans les Sources chrétiennes (299 et 305). Eunome ne se tint pas pour battu et il composa une Apologie de l’Apologie en réponse à Basile. Celui-ci étant décédé, son frère Grégoire, évêque de Nysse, entreprit de réfuter le nouvel écrit d’Eunome. C’est la suite de ce texte que nous avons ici, la première partie ayant été éditée en 2008 dans la même collection (521). Le texte grec est établi par W. Jaeger (GNO I,1), l’introduction et la traduction annotée sont de la main de R. Wingling, professeur émérite de l’Univ. de Strasbourg. Tous deux poursuivent leur travail avec le même soin et la même rigueur. Dans ces pages, il s’agit de combattre la manière dont Eunome explique les relations entre les trois personnes divines. Celui-ci supposait une hiérarchie entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint, l’ousie du Père étant plus élevée et plus authentique et l’engendrement du Fils étant compris comme une création. Grégoire maintient la divinité égale et absolue des trois personnes et discute les termes d’ousie, et d’énergies utilisés par Eunome. Il montre que la doctrine des anoméens évolue vers le manichéisme et il réaffirme la doctrine de l’Église telle que son frère Basile l’avait déjà développée. Le volume est complété par deux annexes de P. Callinice, patriarche d’Antioche, qui reprend des passages de Grégoire. — J.R.
Grégoire le Grand, Morales sur Job. Sixième partie (Livres xxx - xxxii et xxxiii - xxxv ), intr. A. de Vogüé, trad. Moniales de Wisques, texte latin M. Adriaen, coll. Sources chrétiennes 525 et 538, Paris, Cerf, 2009 et 2010, 20x13, 507 et 395 p., 47 et 35 €. ISBN 978-2204-09114-5 et 978-2-204-09477-1
11 Traduire les Morales sur Job est une œuvre de longue haleine. Effectivement, le travail entrepris par les « Sources chrétiennes » dès 1947 (SC 32bis : livres 1 et 2), poursuivi en 1974-1975 (SC 212 et 221 : livres xixvi), puis en 2003 (SC 476 : livres xxviii-xxix) se continue par les deux volumes venant de paraître en 2009 et 2010. Nous en arrivons ainsi à la dernière partie du livre biblique de Job où le personnage central, ayant perdu ses enfants et ses biens, puis ayant reçu trois amis venus le consoler avec lesquels il a dialogué sans succès, puis avec un quatrième, se trouve enfin face à Dieu lui-même qui se révèle à lui au sein de la tempête de son cœur. Ainsi les trois derniers volumes du commentaire de Grégoire, introduits par Carole Straw (USA), traduits par les moniales de Wisques et dûment annotés par le p. Adalbert de Vogüé, moine de La Pierre-qui-Vire, mènent le lecteur jusqu’à la fin des dialogues de Job avec Dieu, puis au rétablissement de l’homme dépouillé de tout et maintenant rentré en grâce auprès du Dieu Très-haut.
12 Le travail de l’A. commença en 579, pendant sa mission à Constantinople comme représentant responsable du pape Pélage II. Rentré à Rome sept ans plus tard, il reprit son ouvrage qui comportait six volumes en 35 livres et qui fut achevé vers 596, après son élection à la papauté. On connaît l’interprétation morale que fait Grégoire, voyant dans la figure de Job la personne du Christ souffrant, assumant l’humanité déchirée dans son obéissance rédemptrice, devenant ainsi pour les hommes modèle du Serviteur. Ainsi le livre de Job développe-t-il l’image du combat spirituel que tout chrétien doit assumer, au cœur de l’Église présente en ce monde, contre les puissances du mal persécutrices des élus, déjà vaincues en espérance par la divine miséricorde. Remercions le p. A. de Vogüé, éditeur des derniers volumes, et les Sources chrétiennes pour ce bel ouvrage de traduction annotée d’un commentaire qui demeure un monument de la littérature patristique et un témoin de la lecture tropologique de l’Écriture. — J. Radermakers sj
Maxime le Confesseur, Questions à Thalassios. Tome I (Questions 1 à 40), trad. F. Vinel, intr. et notes J.-C. Larchet, coll. Sources chrétiennes 529, Paris, Cerf, 2010, 13x20, 427 p., 41 €. ISBN 978-2204-09385-9
13 Les Questions à Thalassios sont l’une des œuvres les plus importantes de Maxime le Confesseur (580-662). Elles ont sans doute été écrites entre 630 et 634, alors que Maxime, fuyant l’invasion des Perses et des Avars, séjournait dans un monastère près de Carthage. Thalassius, higoumène d’un monastère libyen, avait posé à Maxime soixante-cinq questions sur des passages difficiles de l’Écriture. Dans ses réponses, celui-ci manie avec une grande virtuosité l’exégèse allégorique. Les thèmes les plus divers y sont abordés sans ordre, mais peu à peu se dégage une vision théologique, cosmologique, anthropologique et spirituelle cohérente et profonde. Cette pensée originale, aussi puissante qu’exigeante, a exercé une grande influence dans l’orient byzantin, notamment sur Jean Damascène, et aussi dans l’occident latin, grâce à une traduction faite au ix e s. par Jean-Scot Erigène. Elle fascine aujourd’hui encore nombre de théologiens des différentes Églises. — S. Decloux sj