Deux figures de l’engagement féministe à Genève
Pages 85 à 99
Citer cet article
- BESSETTE-VIENS, Raphaëlle,
- Bessette-Viens, Raphaëlle.
- Bessette-Viens, R.
https://doi.org/10.3917/nqf.362.0085
Citer cet article
- Bessette-Viens, R.
- Bessette-Viens, Raphaëlle.
- BESSETTE-VIENS, Raphaëlle,
https://doi.org/10.3917/nqf.362.0085
Notes
-
[1]
C’est-à-dire l’ensemble des politiques publiques visant l’amélioration de la condition féminine et de l’égalité entre les femmes et les hommes (Bereni et al., 2012 : 185).
-
[2]
Je tiens à remercier le groupe de coordination de ce numéro de Nouvelles Questions Féministes ainsi qu’Hélène Martin et Rebecca Bendjama pour leur soutien, leurs relectures attentives et leurs apports à l’article.
-
[3]
Le féminin générique a été utilisé pour la rédaction de l’article, bien que certaines personnes interviewées ne se désignent pas au féminin.
-
[4]
Ma recherche de mémoire de master, axée sur les rapports intergénérationnels au sein des mouvements féministes à Genève et Lausanne en 2014 (Bessette-Viens, 2015), incluait également d’autres données, dont je ne traite pas dans cet article.
-
[5]
Aucune participante n’a une pratique militante strictement institutionnelle (de type Bureau de l’égalité), même si certaines, nous le verrons, travaillent avec les institutions.
-
[6]
Cette démarche est inspirée par un article de Caroline Ibos sur les « nounous » africaines et leurs employeurs (2008).
-
[7]
Bureaux de la promotion de l’égalité entre femmes et hommes (BPE) : [http://www.egalite.ch], consulté le 24 août 2017.
-
[8]
Au moment de la recherche, sept des neuf interviewées étaient d’ailleurs impliquées à la fois dans des collectifs militants et dans des associations professionnelles féministes ou à l’université en études genre.
-
[9]
Le système politique suisse prévoit la possibilité pour des groupes de citoyen·ne·s de proposer des modifications de lois constitutionnelles ou ordinaires, appelées initiatives populaires, qui thématisent des questions diverses.
-
[10]
Votation du 9 février 2014. Pour plus d’informations, voir : [https://www.admin.ch/ch/f/pore/va/20140209/det579.html].
-
[11]
Il s’agit d’un courant que l’on peut définir comme partant du principe que « femmes et hommes possèdent des attributs essentiels qui découlent de leur biologie et qui sont actifs dans les rapports sociaux » (Parini, 2006 : 104).
-
[12]
Mobilisé par les féministes matérialistes, au sein du MLF déjà, le constructivisme social structure les théories et les mobilisations féministes qui conçoivent la dichotomie de genre comme émanant d’une construction sociale (Baril, 2015).
-
[13]
Transpédégouine. Pour un exemple d’une analyse d’un mouvement tpg, voir le texte de Sarah Nicaise (2016).
-
[14]
Notamment la sexualité et la violence conjugale. Voir de Dardel (2007).
1Le Mouvement de libération des femmes (MLF) de Genève émerge à la fin des années 1960 et mobilise un grand nombre de femmes entre les années 1970 et 1977 (de Dardel, 2007). À la fin de la période active du MLF, certaines de ses militantes mettent en place des associations qui s’inscrivent dans la continuité des groupes de travail du mouvement. En 1981, un article consacrant le principe d’égalité entre les femmes et les hommes est inscrit dans la Constitution suisse et les bureaux de la promotion de l’égalité entre femmes et hommes commencent à se multiplier. Ce féminisme d’État [1] appuie des associations féministes en impulsant de nouvelles lois et des politiques publiques visant l’amélioration de « la condition féminine ». D’anciennes militantes du MLF s’y impliquent ou travaillent dans des syndicats, des partis politiques ou des départements publics, contribuant à y développer des approches féministes. Parallèlement, certaines d’entre elles ou d’autres s’engagent dans le mouvement altermondialiste (fin 1990 — début 2000) et le mouvement des squats (1980 — début 2000), qui connaissent de fortes mobilisations (Giuni, 1995 ; Pattaroni, 2011).
2Aujourd’hui, on trouve à Genève un grand nombre de groupes et d’associations féministes : des groupes « femmes » qui se disent parfois féministes au sein des syndicats et des partis politiques ; des associations qui luttent en faveur des femmes victimes de violence, de femmes migrantes ou qui œuvrent pour la réinsertion sociale des femmes ; des centres de ressources pour femmes ; une bibliothèque féministe ainsi qu’une association de recherche-action sur la socialisation genrée, qui mène des actions contre le harcèlement au travail. Par ailleurs, portant des revendications qui avaient émergé au sein et en parallèle du MLF, une association de lesbiennes, une association de gays et une association LGBT sont également présentes dans le paysage genevois. Précisons que cette dernière inclut des groupes de discussion pour personnes s’identifiant comme bisexuelles, trans ou homoparents. D’autres expressions du mouvement féministe à Genève émergent à l’université et dans des lieux appartenant au milieu alternatif, lors de manifestations, de festivals, d’ateliers pratiques et de soirées dansantes.
3En tant que féministe installée à Genève pour suivre un master en études genre, j’ai fréquenté certains de ces lieux et participé à plusieurs événements qui, dans ce contexte très diversifié, étaient explicitement annoncés comme féministes. Or, il m’a semblé qu’ils n’étaient pas fréquentés par les mêmes personnes : le paysage féministe est-il découpé en fonction de tendances idéologiques, politiques, théoriques et, le cas échéant, selon quels critères ? S’agit-il d’un phénomène intergénérationnel, qui s’expliquerait par des appartenances politiques ou de classe par exemple ? C’est pour interroger ces pratiques militantes que je me suis investie dans un travail de master, qui a cherché à comprendre comment les féministes s’engagent, si des tendances différentes existent au sein du féminisme genevois, ce qui les rallie et les éloigne.
4Dans le cadre de cet article [2], je propose d’analyser les discours des militantes que j’ai interviewées à Genève sur leur parcours et leur engagement féministes au moment de la recherche (2014). La première partie de l’article présente ma méthodologie. Dans une deuxième partie analytique, je propose deux figures types de militantes pour rendre compte de leur engagement : les militantes féministes de la Cause (féministe) et les militantes féministes du Quotidien. Je montre comment ces figures se distinguent l’une de l’autre, mais aussi quels sont leurs points de rencontre. Dans une troisième partie, je formule quelques hypothèses pour expliquer les différences entre ces deux figures.
Méthodologie
5Les données empiriques utilisées dans cet article sont issues de deux sources : neuf entretiens menés auprès de militantes féministes [3] engagées à Genève et des documents produits par divers groupes (tracts, sites web, etc.) [4]. Je les ai interrogées sur leur parcours et leurs engagements militants passés et actuels, ainsi que sur leur définition du féminisme et leur description du paysage féministe genevois. Comme l’étude principale portait sur les rapports intergénérationnels, des militantes d’âges divers ont été invitées à participer à l’entretien. Trois d’entre elles ont en commun d’avoir débuté leurs parcours militant avec le Mouvement de libération des femmes (MLF) et ont entre 60 et 70 ans ; deux se sont engagées à partir des années 1980 et ont entre 40 et 50 ans ; enfin, quatre ont entre 20 et 30 ans et sont donc entrées en féminisme plus récemment.
6Dans les entretiens, elles décrivent des formes d’engagement variées au sein d’associations, de collectifs ou de réseaux [5]. Toutes, sauf une, participent actuellement à des activités militantes organisées, quatre travaillent ou ont travaillé dans des secteurs liés directement au féminisme – dont deux qui ancrent leurs engagements essentiellement autour et au sein de leurs activités professionnelles – et trois sont ou ont été étudiantes en études genre à l’université. Les entretiens ont été anonymisés et l’âge des militantes a été légèrement modifié. À partir des différences notables de discours qui ont émaillé les entretiens, j’ai construit, pour cet article, deux figures de militantes, à titre d’outil heuristique devant permettre de comprendre les différentes logiques traversant le féminisme contemporain à Genève. Il s’agit donc d’une construction intellectuelle, assez proche de la démarche idéale-typique, qui vise à identifier les nœuds autour desquels se cristallisent ces différences [6]. Avec cette grille de lecture des résultats organisés autour de deux figures, les « militantes de la Cause féministe » et les « féministes du Quotidien », il faut néanmoins garder en tête qu’aucune militante interviewée n’est représentée que par une seule figure : certains aspects du parcours ou des pratiques d’une féministe dite de la Cause peuvent relever de la figure du militantisme du Quotidien et vice-versa. En d’autres termes, d’une part, les deux figures rendent compte des caractéristiques dominantes du profil d’une militante, mais pas de toutes ses spécificités, et, d’autre part, ces figures peuvent se chevaucher selon les moments ou les événements vécus par la militante. La réalité est donc plus fluide que ce que peut suggérer, par endroits, la démarche heuristique que j’ai adoptée. C’est d’ailleurs en ce sens que mon analyse ne porte pas uniquement sur les divergences au sein du féminisme genevois, mais aussi sur les points de rencontre ou les similitudes entre les discours des deux figures. Nous allons en prendre la mesure dans la section suivante de l’article, structurée par les trois thèmes principaux qui traversent les propos des interviewées : l’engagement militant et les sphères de vie ; le rapport aux institutions ; les identités mobilisées et pensées comme sujets du féminisme.
Les militantes de la Cause et les militantes du Quotidien
Les engagements et le quotidien des féministes genevoises
7Pour toutes les militantes interviewées, le féminisme est partie intégrante du quotidien. Pour chacune d’elles en effet, l’engagement est intimement lié au parcours personnel : elles sont venues au féminisme par des situations qu’elles ont jugées inacceptables et qu’elles ont souhaité contester, cette contestation les ayant conduites à faire des choix de vie concordant avec leur engagement. Par exemple, elles rendent compte d’expériences personnelles qui les ont menées à ou ont renforcé une approche critique du système de genre et qui constituent le point de départ de leur carrière militante :
Ça m’a aidée à réaliser que la violence […] ce n’était pas un fait isolé, que c’était quelque chose de structurel, et ça m’a permis de me lancer. Je pense que le féminisme vient de ce côté-là.
Moi je suis entrée au MLF relativement jeune, j’avais 16 ans en 68. Donc j’étais une des plus jeunes de la bande. Je suis entrée suite à une IVG que j’avais faite, j’avais peiné à trouver un gynéco, c’était un peu pénible dans ces années-là.
10L’engagement féministe est raconté par toutes les militantes comme ayant eu, en plus d’une influence sur les parcours de vie intime, un impact sur les sphères de vie professionnelle et domestique. C’est notamment le cas des trois militantes qui ont commencé leur parcours au MLF, et dont cet engagement a été décisif dans leurs choix de carrière. Orientées dans différents domaines, ces carrières concernent toutes des problématiques liées au vécu spécifique des femmes. Pour ces trois militantes, être féministe a induit un parcours transgressant les injonctions de genre, par exemple ne « pas être inférieure aux hommes » et être professionnellement et personnellement « assez indépendante » (Paula, 67 ans).
11Dans le cadre de leur travail salarié ou des actions militantes qu’elles organisent, les féministes interrogées travaillent parfois avec des acteurs institutionnels. Or toutes se méfient de certaines formes institutionnalisées du féminisme, notamment celles reliées à l’État (par exemple les Bureaux de l’égalité [7]) qui ne représenteraient pas, ou de manière inadéquate, les intérêts féministes. Selon certaines, le travail réalisé au sein d’associations féministes financées par l’État ne serait pas toujours le plus efficace pour rejoindre les visées du militantisme, puisque le lien à l’État limiterait leur capacité d’agir :
Quand tu es liée à l’État dans un espèce de mandat où tu es financée par eux, un mandat de prestation, forcément tu perds une certaine liberté de parole et tu es obligée de faire ton travail le mieux que tu peux, mais tu ne peux plus ouvrir ta grande gueule.
13Malgré cette vision critique, les interviewées composent avec les institutions au quotidien, que ce soit dans leur travail ou dans leurs études [8]. Elles n’ont toutefois pas le même rapport aux institutions et, plus généralement, elles se différencient par leurs manières d’envisager le militantisme dans les sphères professionnelles et du quotidien. Cette distinction, qui se répercute sur les identités qu’elles conçoivent en tant que sujets politiques, m’a conduite à proposer les deux types de figures analytiques que j’ai évoquées auparavant.
14Les militantes de la Cause féministe définissent leur lutte comme suffisamment spécifique pour justifier, par exemple, le traçage de frontières entre leur travail salarié et leur engagement militant. Ainsi, une interviewée explique que, bien qu’il y ait des continuités entre son travail et son militantisme, l’un et l’autre ne se confondent pas : « Ce n’est pas que je suis salariée quand je vais à mes réunions [militantes], mais c’est dans des thèmes très proches de ceux que je questionne dans mon travail » ; toutefois, précise-t-elle, « je me demande s’il ne faudrait pas dissocier complètement les deux sphères » (Amanda, 45 ans). Dans une argumentation similaire, une autre féministe de la Cause distingue son militantisme de son activité professionnelle en raison du caractère bénévole de celui-ci :
Mon militantisme c’est plus… je suis présidente par exemple d’une fondation […], je suis présidente d’une association. […] Alors, c’est plutôt dans ces choses-là, parce que c’est tout du travail que je fais évidemment bénévolement, parce que le militantisme c’est ça, on n’est pas payée.
16Pour leur part, les féministes du Quotidien situent de manière moins univoque le lieu de leur militantisme, qu’elles définissent comme une composante d’une politisation plus générale :
Je fais une thèse à l’université, je suis payée, ça n’a rien de militant, et pourtant je bosse sur les histoires de genre et de sexualité et j’estime que, pour moi, ça a un sens politique de le faire. Après, je ne vais pas te dire que c’est de la militance, moi je suis au boulot en train de regarder de vieilles archives.
18Catherine explique également mettre « beaucoup moins de barrières entre les choses militantes et les choses [qui sont] juste politiques ». Ce qu’elle évoque ici, c’est que toutes les sphères de vie – habitat, travail, etc. – ont une dimension politique et que, par conséquent, tout ce qu’une personne entreprend pour investir ces sphères de manière à faire de véritables choix de vie est une forme de militantisme. Ainsi, l’engagement des féministes du Quotidien se joue, par exemple, dans leurs choix de consommation (véganisme), de lieu de vie ou de type d’emploi :
Pendant longtemps, ma militance était vachement liée à mon habitat. On habitait dans des squats et tout ça, aujourd’hui ce n’est plus tellement possible. […] Je trouve qu’il y avait quelque chose d’agréable de lutter pour les trucs du quotidien, et d’où aussi l’intérêt pour les trucs féministes je pense : c’est des trucs que tu ressens au quotidien. […] Je n’ai vraiment pas l’impression d’être une militante féministe – comment dire – géographiquement située, j’ai l’impression de faire du féminisme dans ma vie de tous les jours.
20Cette manière relativement diffuse de positionner l’engagement féministe correspond plus aux militantes du Quotidien qu’à celles de la Cause. En effet, si ces dernières relèvent l’importance du féminisme dans leur parcours de vie, elles n’insistent pas sur la politisation du quotidien et organisent plus volontiers leur militantisme autour d’un groupe, d’une association ou d’une campagne spécifique. Conférant moins d’importance à l’appartenance à un groupe, les militantes du Quotidien privilégient avant tout l’autonomie de leurs réseaux, notamment face aux institutions, et leur autonomie individuelle :
Là je fais un stage de maraîcher, ça n’a rien à voir et ça apporte parce que je ne suis pas seulement trans, je suis aussi plein d’autres choses et j’essaie d’être dans un équilibre, de ne pas m’enfermer dans l’activisme. […] Avant je croyais qu’il y avait un mouvement qui serait parfait et que je pouvais être dedans et prendre et suivre le truc. Mais, en fait, j’ai découvert que c’était un peu dangereux de faire ça. Ça fait vite prendre la tête : ce truc d’arrogance de croire que ton truc il est parfait alors qu’il y a des violences qui se passent aussi chez toi.
Le rapport aux institutions
22Les militantes des deux figures se rejoignent sur différents sujets pour lesquels elles luttent à Genève. Au moment de la recherche, en effet, elles participaient toutes à deux mobilisations importantes : l’une contre une initiative politique visant à limiter le remboursement de l’avortement, organisée par des militantes de la Cause, et l’autre contre les violences sexistes, organisée par des militantes du Quotidien. Ces deux mobilisations ont eu en commun de dénoncer des injustices que les féministes comprenaient comme émanant de rapports de genre inégalitaires. Néanmoins, l’engagement dans ces mobilisations s’est fait de manière différenciée. Pour leur part, les militantes de la Cause se sont impliquées dans des collectifs ayant pour objectif d’influencer les votations, elles s’inscrivaient donc dans des engagements à visée explicitement institutionnelle :
Je m’engage de manière un peu plus institutionnelle, plus en partenariat avec des institutions. Par exemple, dans le comité pour le salaire minimum il y a tous les syndicats et il y a des partis politiques. Le [collectif dans lequel je milite] a commencé comme ça, avec tous les syndicats, les organisations, des partis politiques.
24En effet, une partie de la communauté féministe genevoise, incluant aussi bien les associations professionnelles que des collectifs ou associations militantes autonomes, s’engage dans des actions qui veulent peser sur les votations [9] ou qui commentent l’impact des lois et des législations sur le quotidien des femmes. Par exemple, des militantes ont participé en 1991, avec les syndicats, à l’organisation d’une grève générale des femmes en Suisse, qui a dénoncé de manière spectaculaire les lacunes persistantes (inégalité des salaires, travail domestique gratuit…) de l’application du principe d’égalité des sexes, malgré les dix années d’existence d’un article constitutionnel censé la garantir. De même, les féministes de la Cause se sont mobilisées pour le rappel de cette date fatidique en 2011 et on les retrouve en 2014 dans l’organisation de la lutte pour le maintien du remboursement de l’avortement [10], menant de nombreuses actions de sensibilisation (distribution de tracts, manifestation, performances). Dans le cadre de cette lutte, elles collaborent étroitement avec des partis politiques et d’autres groupes ou associations, par exemple en élaborant une affiche commune qui a ensuite été exposée dans l’espace officiel dédié à l’affichage politique de la ville de Genève. Ainsi, leurs modes de mobilisation témoignent, de manière générale, d’un objectif féministe réformiste : elles cherchent principalement à influencer des lois, qu’il s’agisse de les modifier ou de dénoncer leurs insuffisances pour les améliorer. Elles construisent d’ailleurs, au fil du temps, des réseaux qui se stabilisent, favorisant une continuité organisationnelle et la collaboration avec des acteurs institutionnels.
25Par contraste, les militantes du Quotidien ne s’intéressent guère à l’influence de leur lutte sur les décisions du milieu politique institutionnel. Lors de la mobilisation contre l’initiative sur la limitation du remboursement de l’avortement, elles ont fait des bombages et ont accroché une banderole à une église, sur laquelle des slogans étaient inscrits. Néanmoins, mis à part ces formes d’actions, elles participent rarement aux campagnes liées aux votations populaires. Elles se décrivent même parfois comme étant en opposition à des groupes associatifs :
Maintenant avec [mon collectif] je pense qu’on est plutôt, par rapport à [une association] qui brasse pas mal d’argent, ou [une autre association] qui est très officielle, disons très façade, il me semble que nous sommes plutôt […] officieux. Justement, nous nous voulons absolument non partisanes, mais avec des idées de gauche en ce qui concerne la prise en compte des inégalités économiques et culturelles, comme d’autres couches de discriminations qui se superposent au sexisme.
27De leur point de vue, les actions réformistes ne sont pas des formes d’engagement enviables, dans la mesure où elles les conduiraient à se fixer sur une identité particulière, ce qu’elles ne souhaitent aucunement :
Pour moi c’est important de ne pas être juste centrée sur ton identité et tes droits que tu dois avoir, parce qu’en fait ces trucs de droits je m’en fous un peu. […] Je ne pense pas que c’est si simple en fait. Je laisse un peu ces trucs de loi que c’est souvent les associations qui font.
29Les militantes du Quotidien mettent surtout en place des stratégies micropolitiques. Pour ce faire, elles investissent des lieux alternatifs, dans lesquels elles conçoivent que cette subversion est possible, et elles mènent des actions militantes qui visent une modification sur un plan culturel et en dehors des institutions. Leurs engagements sont davantage spontanés, moins organisés et moins centralisés que les modes d’engagement des militantes de la Cause. Elles utilisent la dénonciation pour contester des lacunes du système législatif, mais surtout pour transformer les compréhensions culturelles et normatives de diverses questions sociales ; par exemple, la marche contre les violences sexuelles dénonçait à la fois l’impunité des violeurs et la culture du viol.
Divers sujets politiques pour diverses approches féministes
30Les militantes interrogées s’affilient rarement à un courant théorique précis. Elles invoquent le plus souvent des influences multiples. Certes, certaines militantes disent se rapprocher de courants ou d’approches « matérialistes » (Paula, 67 ans, et Amanda, 45 ans), « queer » (Catherine, 27 ans), « pro-sexe » (Daphné, 28 ans), « transféministe » (Virginie, 48 ans), « anarcho-féministe » (Michelle, 63 ans), « transpédégouine » (Fred, 24 ans), « intersectionnelle » (Amanda, 45 ans). Mais en général, elles se définissent surtout par opposition à des approches féministes qu’elles critiquent. Notamment, presque toutes critiquent et s’écartent explicitement de ce qu’elles nomment le féminisme essentialiste [11], au profit d’une adhésion au constructivisme social [12] :
Il y a des féminismes que moi je ne considère pas comme tels, par exemple les essentialistes, parce que pour moi c’est absurde de se dire féministe tout en se disant « oui bien alors la place de la femme c’est de s’occuper de ses enfants et puis voilà ».
32Le féminisme essentialiste leur apparaît comme contraire à leurs positions, parce qu’il n’analyse pas la construction sociale du sexe :
Euh, ben, disons j’appartiens, je n’en sais rien si j’appartiens… en tout cas, je ne suis pas une essentialiste, donc voilà. Je suis plus une matérialiste : la mouvance Christine Delphy, études genre, constructions sociales, etc.
34Malgré ces points de convergence, deux tendances se dessinent dans la manière de thématiser les différents rapports sociaux. Selon les militantes de la Cause, c’est à partir des expériences de vie que le féminisme peut être pensé, alors que les militantes du Quotidien insistent sur d’autres identités et proposent, du moins à certains moments, d’écarter l’enracinement identitaire de la lutte politique. Pour les militantes de la Cause, le sujet femme est le sujet politique au centre de l’engagement féministe. À cet égard, et comme l’explique une militante de la Cause, le mouvement féministe contemporain se définit dans les mêmes termes que celui des années 1970 : « Ah, le personnel est politique, ça va rester, j’espère, sinon ce ne sera plus le mouvement de libération des femmes » (Michelle, 63 ans). Elles évoquent également leur combat contre la hiérarchisation des catégories sociales, de sexe notamment. C’est sur ce plan qu’elles critiquent les institutions, même si elles collaborent avec elles : « Le milieu institutionnel est extrêmement générateur de discriminations et de hiérarchies qui se reproduisent » (Amanda, 45 ans).
35Les militantes du Quotidien, pour leur part, critiquent les institutions parce qu’elles sont un lieu de reproduction de la bicatégorisation. Une interviewée déplore ainsi que les identités trans ne soient pas incluses dans les espaces institutionnels : « Parce que là aussi [au Bureau de l’égalité] il y a une stricte catégorisation homme-femme, il n’y a pas de place pour d’autres, pour rien » (Virginie, 48 ans). Pour les militantes du Quotidien, le sujet femme n’est pas le seul sujet qui est pensé comme une origine expérientielle de théorisation féministe, et elles s’impliquent sur d’autres sujets, par exemple LGBT et TPG [13]. Une militante pour qui les sujets trans sont au centre de ses engagements relève qu’ils ne sont pas inclus dans certaines mobilisations féministes :
Je ne suis pas du tout essentialiste, je ne suis pas du tout naturaliste, je suis plutôt proche des mouvements queer, à penser à nos amis trans. Parce que c’est souvent occulté, enfin c’est parfois occulté chez certaines féministes, c’est un truc qui me tient à cœur et voilà, avoir une vision assez souple et déconstruite du genre.
37Il en va de même pour une autre militante du Quotidien, Virginie : du fait qu’elle considère le sujet femme comme excluant, la déstabilisation du sujet femme lui paraît être une force et une revendication. Elle dit adhérer à une approche transféministe qui revendique l’inclusion à la fois de figures plurielles de femmes et du sujet trans au sein de ses revendications :
Le transféminisme pour moi c’est de donner aussi une voix aux minorités, on n’est pas juste ce qu’on nous a demandé d’être à une époque, féminisme mainstream. Pour nous, ça ne veut rien dire, parce qu’on va renforcer des catégories, des stéréotypes, des mécanismes qui auront pour effet de discriminer un peu plus des groupes de personnes. Donc, le transféminisme c’est ça : on ne va pas s’interdire de parler des lesbiennes, de parler des trans, des femmes immigrées, des femmes voilées, alors qu’il y a une ligne historique qui voudrait qu’on soit féministe blanche laïque, etc.
39Il faut toutefois relever que des féministes de la Cause s’emparent aussi de la critique d’un féminisme mainstream et insistent sur la pluralité des figures qu’elles incluent dans leurs luttes féministes : « À la base de mon engagement, il y a une forte sensibilité à beaucoup de formes d’injustice et une sensibilité aux entrecroisements de différentes formes d’injustice » (Amanda, 45 ans). Cette sensibilité révèle l’intérêt de cette militante pour une approche intersectionnelle, qu’elle mentionne dans l’entretien. Toutefois, son intérêt concerne principalement un sujet femme qui se situe au croisement de divers rapports sociaux, notamment les rapports de race et de classe. En effet, par comparaison avec les militantes du Quotidien, qui se positionnent aussi dans le champ de l’intersectionnalité en prenant en compte la pluralité des sexualités, les féministes de la Cause s’intéressent peu au sujet trans. Selon l’une de ces dernières, la politisation de ce sujet appartiendrait à une génération et à un courant féministe auxquels elle ne s’identifie pas : « Les jeunes ont toujours du fun à inventer quelque chose de nouveau, alors maintenant la grande mode c’est le mouvement queer et c’est le mouvement trans » (Michelle, 63 ans). De même, pour une autre militante de la Cause qui appartient pourtant à la génération citée par Michelle, le sujet trans est peu politisé dans son engagement politique :
La participation des [personnes] transsexuelles ? C’est comme on avait dit avant, il n’y a pas vraiment une grande mixité chez nous, donc honnêtement je n’ai jamais été confrontée à cette situation […] et je n’ai même pas eu encore l’occasion de me poser la question.
Activismes en regard
Deux figures, une communauté de mouvement social
41De par leurs points de rencontre, les deux figures de militantes de la Cause et du Quotidien qui ont été décrites participent à la même communauté de mouvement social. Notamment, les féministes interrogées partagent des objectifs politiques (par exemple le droit à l’avortement, l’opposition aux violences sexuelles) et des stratégies militantes (manifestations de rue). Pour Laure Bereni et Anne Revillard (2012), le partage d’une identité collective permet de définir les membres d’une communauté de mouvement social. En effet, toutes les militantes interrogées s’identifient comme féministes et mentionnent en entretien l’importance des expériences personnelles comme point de départ de leurs engagements. Cette politisation permet aux militantes de se reconnaître dans l’identité collective féministe, celle-ci se définissant comme une compréhension partagée par un groupe, dérivée d’intérêts, d’expériences et de solidarités communs à ses membres (Taylor et Whittier, 1995).
Des engagements micropolitiques et macropolitiques
42La communauté féministe étudiée est composée de personnes qui partagent une pratique épistémique (une analyse des rapports sociaux de sexe/genre) et une identité féministe, tout en ayant diverses manières de s’engager. Celles que je décris comme des militantes de la Cause présentent des engagements à tendance réformiste, qui concernent des votations, des statuts juridiques et l’application de certaines lois. L’analyse de leur discours montre que leurs mobilisations se coordonnent grâce à une « continuité organisationnelle » (Whittier, 1997), c’est-à-dire la persistance dans le temps de groupes et d’individus qui s’organisent ensemble pour mener des actions contestataires. En revanche, les militantes que j’appelle du Quotidien présentent des manières davantage spontanées de s’organiser. Elles récusent une appartenance à un groupe spécifique, préférant se mobiliser sur des causes auxquelles elles s’intéressent et qui concernent, le plus souvent, les rapports de pouvoir micropolitiques à l’œuvre dans le quotidien. La distance à l’égard des institutions et l’importance du quotidien qui caractérise l’engagement de ces militantes sont des aspects relevés par nombre d’auteur·e·s à propos d’autres domaines, par exemple les jeunes militant·e·s altermondialistes. L’engagement des « alter-activistes » serait imprégné d’individuation, sans être individualiste (Pleyers, 2004) : cette pratique militante est distanciée des organisations politiques institutionnelles, se mettant en place également dans le quotidien, sans attache à un groupe spécifique, mais sans pour autant être centrée sur des bénéfices personnels. Les stratégies militantes des féministes du Quotidien s’apparentent ainsi à une « logique de résistance micropolitique » (de Lauretis, 2007 ; Bourcier, 2002) : la contestation prend forme à l’échelle du microsocial, les résistances s’expriment dans les choix liés au quotidien et dans les interactions sociales. Pour elles, les institutions et la culture sont des sites de reproduction des normes de genre, mais qui n’ont pas le même potentiel subversif : les militantes du Quotidien perçoivent les institutions comme fortement enclines à reproduire les formes de pouvoir (notamment la dichotomie de genre), alors que la culture serait davantage malléable et apte à faire exister des figures contestataires. Par contraste, les stratégies militantes des féministes de la Cause relèvent plus d’une logique macropolitique, « qui s’intéresse à la structure de pouvoir à grande échelle, centralisé, ainsi qu’aux mécanismes de contrôle tels que l’aménagement du système étatique et l’exercice de son pouvoir » (Junqing, 2008).
Deux paradigmes d’interprétation du sexe/genre
43Tant les militantes de la Cause que celles du Quotidien cherchent à modifier en profondeur les rapports de genre, mais ceux-ci ne sont pas conçus de la même manière. Les engagements des féministes de la Cause visent surtout à modifier les rapports de pouvoir entre la classe des hommes et la classe des femmes, alors que les militantes du Quotidien s’engagent plutôt de façon à rendre plus malléables les frontières entre ces catégories. Les approches du sujet politique féministe des unes et des autres peuvent être comprises à l’aune des différents courants théoriques féministes, qui n’interprètent pas de la même manière le modèle « sexe/genre ». Comme le montre Alexandre Baril (2015), les paradigmes théoriques d’interprétation du sexe/genre, qui rendent notamment compte des clivages entre approches féministes transinclusives et transexclusives, ou entre féminismes matérialiste et queer, sont donc importants à prendre en considération pour comprendre les fondements des stratégies militantes des féministes.
44Ainsi, je fais l’hypothèse que les stratégies décrites par les deux figures militantes de ma recherche sont modelées par les paradigmes d’interprétation du sexe/genre qu’elles adoptent tacitement. Le cadre des engagements des militantes de la Cause semble être un paradigme qui conçoit le sexe, aussi bien que le genre, comme une construction sociale et les différences biologiques servant à la distinction homme-femme comme résultant de processus sociopolitiques. Ce paradigme conçoit que les catégories « femmes » et « hommes » sont des classes (re)produites par les rapports sociaux, et qu’elles ont des effets matériels, notamment en termes d’inégalités. Le mouvement féministe radical matérialiste se situe dans ce paradigme (Jackson, 2009), luttant, au-delà des frontières, pour l’abolition du patriarcat, qui passe notamment par la suppression de l’attribution sociale de rôles différenciés entre hommes et femmes.
45Si les féministes de la Cause s’inscrivent dans ce paradigme radical matérialiste, on peut considérer que les engagements des militantes du Quotidien relèvent plus de ce qu’on pourrait appeler un « constructivisme social subversif », qui propose « une conception historique et malléable du sexe » et qui « ne fait pas de prescription quant à la concordance entre sexe/genre » (Baril, 2015 : 131). Selon ce paradigme, le sexe ainsi que le genre sont les résultantes de catégorisations sociales. Celles-ci existent par leurs effets performatifs (réitération de normes, de discours, de façonnage du corps, etc.) et peuvent varier selon les critères sélectionnés, qui peuvent être, entre autres, biologiques, sociaux ou psychologiques. Les approches queer et postmodernistes adoptent ce paradigme et cherchent principalement à critiquer, voire déstabiliser les catégories de sexe et de genre : il serait impossible d’être en dehors du genre, du fait qu’il se reproduit partout et continuellement, et d’en faire une critique externe. Ce paradigme ne conçoit pas qu’il serait possible d’éliminer les catégories sexe/genre et propose donc de résister à leur normativité en les subvertissant et en les rendant plus souples. Néanmoins, « les paradigmes d’interprétation du sexe/genre […] ne sont pas toujours mobilisés d’une façon cohérente et exclusive par les militantes et les militants, ce qui peut constituer une stratégie pour former des solidarités et dépasser les clivages théoriques » (Baril, 2015 : 134). En effet, comme nous l’avons vu, les militantes interrogées se mobilisent parfois sur des sujets similaires (violences sexuelles, droit à l’avortement) et peuvent former ainsi des coalitions (Parini, 2016).
Des courants théoriques situés historiquement
46Cet article a analysé le discours de militantes engagées comme féministes aujourd’hui et les deux figures décrites recoupent partiellement une distinction générationnelle : les militantes du Quotidien sont généralement plus jeunes que les militantes de la Cause. À ce propos, j’émets une deuxième hypothèse : l’ancrage temporel des courants théoriques féministes a un effet sur les positions adoptées par les féministes rencontrées. Les paradigmes d’interprétation du sexe/genre qui structurent les engagements sont en effet situés historiquement et sont de ce fait influencés par les mouvements sociaux transnationaux (Desai, 2005) – féminismes, mais aussi syndicalismes, marxisme, altermondialisme, squats, entre autres – ainsi que par les courants de pensée qui les traversent – féminisme matérialiste, approches intersectionnelles, féminisme queer, pro-sexe, etc. Les militantes n’ont donc pas été exposées aux mêmes approches au début de leur parcours militant. D’une part, selon les recherches de Nancy Whittier (1995), bien que les militantes modifient leurs engagements au cours du temps, certaines, notamment celles qui ont commencé à militer dans les années 1970, restent attachées aux cadres d’interprétation des problèmes sociaux et politiques qu’elles ont adoptés ou développés dès le début de leur carrière militante. D’autre part, des militantes plus jeunes peuvent aussi présenter des positions appartenant à la figure des féministes de la Cause, puisque certains des cadres interprétatifs qu’elles mobilisent aujourd’hui sont issus des années 1970. Enfin, des idées et des approches politiques qui avaient émergé avec les mouvements des années 1970 ont pu être abandonnées un temps, puis reformulées par des militantes plus jeunes. Par exemple, lorsque les féministes du Quotidien insistent sur les actions micropolitiques qu’elles entreprennent, elles ne les rattachent pas nécessairement aux propositions de politisation du quotidien que promouvaient les féministes du MLF de Genève [14]. En d’autres termes, les priorités de l’engagement militant font en quelque sorte des va-et-vient entre les époques et entre les générations, s’en trouvant parfois transformées, mais elles ne s’opposent pas.
Conclusion
47Les militantes de la Cause et du Quotidien ont en commun une identité féministe ancrée dans des expériences survenues au cours de leur trajectoire personnelle et qui font des choix de vie liés à cette identité politisée. Les unes comme les autres sont méfiantes vis-à-vis de certaines formes institutionnalisées du féminisme, notamment les institutions reliées à l’État. Elles se mobilisent parfois pour les mêmes causes et se distancient du féminisme essentialiste, adoptant une posture constructiviste des rapports sociaux. Malgré ces similitudes, qui les positionnent au sein d’une même communauté de mouvement social, elles se distinguent principalement sur trois plans. Premièrement, les militantes du Quotidien définissent un engagement militant « élastique », au sens où il s’intègre idéalement à toute l’existence et s’adapte à différentes luttes, alors que les militantes de la Cause ciblent leur militantisme sur des causes plus sectorielles, l’IVG par exemple ou le travail salarié. Deuxièmement, les féministes de la Cause s’engagent plus souvent dans des actions réformistes que les militantes du Quotidien, qui comptent davantage sur des changements culturels. Troisièmement, l’analyse montre que si les actions des militantes de la Cause intéressent principalement l’identité femme, y compris à l’intersection d’autres positionnements sociaux (de race et de classe), les militantes du Quotidien thématisent, plus souvent que les autres, les identités trans. J’ai tenté d’avancer quelques pistes d’analyse pour aider à penser la coexistence de ces deux figures au sein d’une communauté féministe locale et transfrontalière. D’abord, l’engagement différencié des militantes de la Cause et du Quotidien serait modelé par deux paradigmes d’interprétation du sexe/genre : l’un proposant la contestation des hiérarchies entre hommes et femmes, l’autre la multiplication des expressions de genre. Ensuite, ces paradigmes seraient influencés par les mouvements politiques locaux, les mouvements féministes transnationaux et les courants théoriques féministes. Enfin, l’on pourrait aussi envisager que les manières de s’engager soient influencées par l’évolution des mouvements militants en rapport avec l’histoire des institutions.
Références
- Baril, Alexandre (2015). « Sexe et genre sous le bistouri (analytique) : interprétations féministes des trans- identités ». Recherches Féministes, 28 (2), 121-141.
- Bereni, Laure et Anne Revillard (2012). « Un mouvement social paradigmatique ? Ce que le mouvement des femmes fait à la sociologie des mouvements sociaux ». Sociétés contemporaines, 1 (85), 17-41.
- Bereni, Laure, Sébastien Chauvin, Alexandre Jaunait et Anne Revillard (2012). Introduction aux gender studies. Bruxelles : de Boeck.
- Bessette-Viens, Raphaëlle (2015). Trois générations de militantes féministes à Genève et Lausanne (1970-2014). Alliances, oppositions, reconfigurations. Mémoire de master, Université de Genève.
- Bourcier, Marie-Hélène (2002). « Queer move/ments ». Mouvements, 2 (20), 37-43.
- De Dardel, Julie (2007). Révolution sexuelle et mouvement de libération des femmes à Genève (1970-1977). Lausanne : Éditions Antipodes.
- De Lauretis, Teresa (2007). Théorie queer et cultures populaires. De Foucault à Cronenberg (traduit par Marie-Hélène Bourcier). Paris : La Dispute.
- Desai, Manishai (2005). « Le transnationalisme : nouveau visage de la politique féministe depuis Beijing ». Revue internationale des sciences sociales, 2 (184), 349-361.
- Giugni, Marco (1995). Entre stratégie et opportunité, Les nouveaux mouvements sociaux en Suisse. Genève : Seismo.
- Ibos, Caroline (2008). « Les ‹ nounous › africaines et leurs employeurs : une grammaire du mépris social ». Nouvelles Questions Feministes, 2 (27), 25-38.
- Junqing, Yi (2008). « À propos de la philosophie micropolitique ». Diogène, 1 (221), 58-72.
- Nicaise, Sarah (2016). « Des corps politisés : trajectoires et représentations de ‹ gouines ». Cahiers du genre, 1 (60), 169-192.
- Parini, Lorena (2016). « Préface : Politiques de coalition. Penser et se mobiliser avec Judith Butler ». In Delphine Gardey et Cynthia Kraus (éds), Politiques de coalition. Penser et se mobiliser avec Judith Butler (pp. 8-11). Zurich : Seismo.
- Parini, Lorena (2006). Le système de genre. Introduction aux concepts et théories. Zurich : Seismo.
- Pattaroni, Luca (2011). « Le nouvel esprit de la ville. Les luttes urbaines sont-elles recyclables dans le ‹ développement urbain durable › ? » Mouvements, 1 (65), 43-56.
- Pleyers, Geoffrey (2004). « Des black blocks aux alter- activistes : pôles et formes d’engagement des jeunes altermondialistes ». Lien social et Politiques, 51, 123-134.
- Taylor, Verta et Nancy Whittier (1995). « Analytical Approaches to social movement Culture : The Culture of the Women’s Movement ». In Hank Johnston et Bert Klandermans (éds), Social Movements and Culture (pp. 163-187). Minneapolis : University of Minnesota Press.
- Whittier, Nancy (1995). Feminist Generations : The Persistence of the Radical Women’s Movement. Philadelphie : Temple University Press.
- Whittier, Nancy (1997). « Political Generations, Micro-Cohorts, and the Transformation of Social Movements ». American Sociological Review, 62 (5), 760-778.
Cet article est accessible en accès ouvert dans le cadre de notre modèle Souscrire Pour Ouvrir.
Date de mise en ligne : 23/02/2018
https://doi.org/10.3917/nqf.362.0085