Article de revue

« Maintenant, j’ai mes droits, je ne bouge pas d’ici. »

Faire face aux décasages à Mayotte

Pages 92 à 113

Citer cet article


  • Hachimi-Alaoui, M.,
  • Lemercier, É.
  • et Palomares, É.
(2020). « Maintenant, j’ai mes droits, je ne bouge pas d’ici. » Faire face aux décasages à Mayotte. Monde commun, 4(1), 92-113. https://doi.org/10.3917/moco.004.0092.

  • Hachimi-Alaoui, Myriam.,
  • et al.
« “Maintenant, j’ai mes droits, je ne bouge pas d’ici.” : Faire face aux décasages à Mayotte ». Monde commun, 2020/1 N° 4, 2020. p.92-113. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-monde-commun-2020-1-page-92?lang=fr.

  • HACHIMI-ALAOUI, Myriam,
  • LEMERCIER, Élise
  • et PALOMARES, Élise,
2020. « Maintenant, j’ai mes droits, je ne bouge pas d’ici. » Faire face aux décasages à Mayotte. Monde commun, 2020/1 N° 4, p.92-113. DOI : 10.3917/moco.004.0092. URL : https://shs.cairn.info/revue-monde-commun-2020-1-page-92?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/moco.004.0092


Notes

  • [1]
    M. Hachimi Alaoui, É. Lemercier, É. Palomares, 2019.
  • [2]
    S. Blanchy, 2002.
  • [3]
    M. Hachimi Alaoui, É. Lemercier, É. Palomares, 2013.
  • [4]
    É. Lemercier, É. Palomares, M. Alaoui Hachimi, C. Mlaili, F. Féliu et al., 2018.
  • [5]
    Voir C. Hamidi, 2006.
  • [6]
    M. Hachimi Alaoui, 2016.
  • [7]
    Les ravines du village de Kaweni sont sur-identifiées comme le lieu emblématique de vie des Comoriens des autres îles.
  • [8]
    Le référé « liberté fondamentale » est une procédure qui a été créée dans le but de protéger les libertés fondamentales des citoyens face à l’administration. (Loi no 2000-597 du 30 juin 2000).
  • [9]
    É. Lemercier, 2015.
  • [10]
    « “Décasage” à Bouéni : 6 mois de prison avec sursis pour la propriétaire-délogeuse », Le Journal de Mayotte, 26 avril 2017.
  • [11]
    « Procès en appel pour un décasage. Quelle place pour l’État de droit ? », Le Journal de Mayotte, 6 octobre 2017.

1Dans le département français ultramarin de Mayotte, au début de l’année 2016, les habitant·e·s de certains villages de l’île organisent des expulsions de leurs voisines et de leurs voisins au nom de la lutte contre l’immigration clandestine en provenance des îles voisines de l’Union des Comores et de l’éradication des logements insalubres.

Tract affiché dans un village du sud de l’île en mai 2016.

Description de l'image par IA : Affiche de manifestation contre l'immigration clandestine à Bouéni, le 15 mai 2016.

Tract affiché dans un village du sud de l’île en mai 2016.

2Désignées par le terme de « décasages », ces opérations ont commencé dans le sud de l’île, et se sont ensuite étendues dans le nord et le centre, à l’exception de Mamoudzou, le chef-lieu du département. Un collectif, le CODIM, Comité de défense des intérêts de Mayotte, tente de structurer ces mobilisations à l’échelle du département. Dans chaque village, les contours des personnes à décaser font l’objet de négociations et parfois même de l’établissement de listes nominatives. Des affiches annoncent le jour prévu pour l’expulsion collective. Bien que qualifiées de pacifiques par celles et ceux qui les organisent, ces opérations consistent en des intimidations, des menaces et des dégradations de biens matériels pour chasser les personnes considérées illégitimes à résider dans le village. Certain.e·s des habitant.e·s désigné.e·s comme indésirables ont anticipé les opérations de décasage dominical et sont parti·e·s avant. Les autres ont assisté à la destruction des portes et des fenêtres de leur logement par des collectifs d’expulseurs mahorais : leur maison et leurs instruments de travail sont devenus inutilisables, leurs biens ont été spoliés et un climat de terreur a été instauré. Ces décasages ont été effectués avec l’aide ou en dépit des réticences des propriétaires à qui les personnes décasées payaient un loyer, avec ou sans bail formel, qu’il s’agisse d’une case SIM (logements en accession sociale construits par la Société immobilière de Mayotte) ou d’une case en tôle autoconstruite (banga) érigée sur un terrain, constructible ou non [1].

3Les décasages de 2016 ne constituent pas un phénomène inédit dans un contexte où l’immigration est présentée comme le problème public principal. Depuis que Mayotte est restée « française à tout prix [2] », les Comoriens et les Comoriennes des autres îles sont accusé·e·s de tous les maux socioéconomiques du territoire, et leur présence est fantasmée comme un danger de submersion démographique qui remettrait en cause la souveraineté française au profit de l’Union des Comores. Par ailleurs, les ressortissants franco-comoriens sont soupçonnés de vouloir s’accaparer les postes de la fonction publique française au détriment des Mahorais, naguère les plus mal classés dans l’ordre colonial [3].

4Avant les décasages de 2016, l’île avait déjà connu des précédents. Néanmoins, ceux de 2016 ont pris une forme nouvelle, tant par le nombre de personnes et de villages concernés (environ 300 personnes par opération) que par leur caractère organisé, planifié et annoncé publiquement. Durant notre enquête de terrain [4], de nombreux observateurs et les décasé.e·s décrivent l’attitude passive des forces de l’ordre, officiellement justifiée par la nécessité de ne pas ajouter au trouble à l’ordre public et de protéger les personnes décasées d’éventuelles agressions physiques directes. À chaque nouveau décasage dominical, les gendarmes et les agents de la police aux frontières ont relayé l’action des collectifs d’expulseur·e·s en contrôlant les papiers d’identité des expulsé.e·s sur la route et en conduisant les étrangers en situation irrégulière au centre de rétention administrative. La reconstitution des parcours de décasé.e.s fait apparaître un continuum entre les événements de 2016 et ces expulsions successives de leur domicile et du territoire auxquelles les personnes avaient été précédemment confrontées de façon récurrente.

5Comment les personnes visées ont-elles réagi face à ces décasages de grande ampleur ? Cet article rend compte de la politisation que ces expulsions ont cristallisé (au sens d’une désignation explicite d’adversaires et d’alliés [5]). Nous avons choisi de restituer ici le récit politisé que Youmna, l’une des personnes rencontrées au cours de l’enquête, fait de son décasage et de ses suites. Face à ces opérations qui ont brutalement bouleversé son existence, Youmna a déployé différents registres d’argumentation et de tactiques pour défendre coûte que coûte son ancrage local. Le procès qu’elle a intenté à sa propriétaire – l’une des rares affaires parvenues en justice – a suscité d’âpres réactions publiques.

Myriam Hachimi Alaoui, sociologue, maîtresse de conférences à l’université Le Havre Normandie, membre du laboratoire IDEES, fellow à l’Institut Convergences Migrations.
Élise Lemercier, sociologue, maîtresse de conférences à l’université de Rouen Normandie, membre du laboratoire Dysolab.
Élise Palomares, socio-anthropologue, maîtresse de conférences à l’université de Rouen Normandie, membre du laboratoire Dysolab, associée à l’URMIS, fellow à l’Institut Convergences Migrations.

« Il n’y a eu aucune justice, donc ils se sont dit : “C’est bon, on peut le faire partout.” »

6Après leurs décasages, Youmna et son frère Omar, plus récemment installé à Mayotte, ont été amenés à témoigner à plusieurs reprises auprès de journalistes et de dessinateurs de presse. Lors de notre première rencontre, Youmna est à Mayotte depuis déjà 14 ans et maîtrise les différents registres de la langue française. Sa description précise de son décasage vise à rétablir la vérité en réponse aux discours publics tenus par ses agresseur·e·s et leurs soutiens. Elle commence par retracer les premières occurrences de l’année 2016 en les décrivant comme des tests durant lesquels les collectifs de villageois·e·s ont pu éprouver leur impunité :

7

Entre-temps, les événements avaient commencé en janvier. Ils ont décasé les clandos qui étaient là. Ils ont fait brûler leurs affaires, leurs bangas. Il y a aucune justice qui était faite. Donc ils se sont dit : « C’est bon, on peut le faire partout », puisqu’ils l’ont fait là-bas et qu’il ne s’est rien passé. Malheureusement.

8Youmna inscrit son expérience du décasage dans un récit collectif, celui du traitement des migrants comoriens sur l’île. Son décasage de 2016 intervient au terme d’un parcours de précarité alimentaire, résidentielle, salariale, médicale et statutaire que Youmna était parvenue à stabiliser. Elle le décrit comme un coup d’arrêt dans sa trajectoire. Comme la majorité des migrants comoriens rencontrés, Youmna a traversé la frontière à bord d’un kwassa pour retrouver un membre de sa famille, son mari récemment installé à Mayotte. Elle confie à sa sœur leur fille de 17 mois, restée en Grande-Comore, durant plusieurs années. Youmna connaît les dangers de la traversée mais elle ne supporte plus de vivre séparée de sa fille et décide d’aller la chercher. Faute de papiers, elles effectuent, toutes les deux, la traversée en kwassa de jour, sous la pluie et manquent de mourir quand le navire de fortune se perd en mer. Les risques de la traversée ne sont que le début d’une succession d’épreuves, dont une tentative de viol une fois arrivée à terre.

9Du fait de l’ancienneté des circulations entre les quatre îles des Comores, elle peut compter sur la solidarité familiale et parvient, au fil du temps, à s’ancrer dans un village. En travaillant 4 ans pour un Mzungu (« Blanc »), elle apprend le français, les codes d’interaction avec les Mzungu et à mieux comprendre les institutions françaises. Ces savoirs, ces savoir-faire et ces réseaux de connaissance seront ensuite déterminants dans l’obtention de ses papiers, puis pour la création d’une activité économique dans la restauration et la défense de ses droits lors des expulsions. Elle obtient un logement suffisamment stable et formalisé (adressé et avec un bail de deux ans) pour lui permettre d’inscrire à l’école sa fille et ses deux plus jeunes enfants nés à Mayotte. Mais ce bail n’empêchera pas son décasage, par lequel sa situation va se trouver bouleversée.

10Lors de réunions au sein des villages, destinées traditionnellement à régler des conflits, notamment de voisinage, des leaders locaux ont incité les propriétaires à expulser leurs locataires comoriens. C’est d’abord dans un rapport direct entre propriétaires et personnes visées que les décasages sont annoncés, dans un dialogue parfois houleux. Dans les récits recueillis, les propriétaires avancent des considérations de droit pour justifier ces expulsions :

11

Au moment où ils ont envoyé tous les communiqués, ma propriétaire est venue chez moi plusieurs fois. Elle m’a dit : « Tu dois dégager, sinon je vais avoir une amende de 30 000 euros. C’est le maire qui l’a dit. » Moi, je lui ai dit : « Si c’est le maire qui a écrit ça, il a écrit que c’était pour les gens irréguliers. Mais moi je suis régulier. Et même si tu pointes le doigt sur ma famille, ils sont aussi réguliers. Donc je ne vois pas le mal. »

12Youmna fait comprendre à sa propriétaire qu’elle n’est pas dupe de ce discours qui prétend se diriger uniquement contre les clandestins, en se donnant les apparences de la légalité. Elle affirme que ce sont les Comoriens en général qui sont visés et non seulement les clandestins, ni même les autres étrangers en situation irrégulière originaires du continent africain ou de Madagascar. Pour décrire le racisme visant spécifiquement les Comoriens et les cycles de violences qu’il peut engendrer, elle a recours à la métaphore de la maladie.

13

Et je lui ai dit : « Écoute, une fois que j’aurai une maison, je quitte ta maison. Mais pour l’instant, c’est une maladie. Parce qu’il n’y a pas qu’Uzo, c’est tout le sud qui ne veut plus des Comoriens. Mais là, mes filles sont à l’école. Et je ne peux pas les déscolariser parce que je ne peux pas trouver une maison là. Là je peux pas. » Parce que Mayotte manifeste contre les Comoriens. Parce que c’est pas contre les clandos. Parce qu’il y a autant de clandos de Madagascar, de l’Afrique, du Kenya et tout… Ils en ont rien à foutre d’eux. C’est les Comores qui sont ciblées. Et moi je suis Comorienne. Et je ne sais pas où aller pour trouver une maison.

14Youmna décrit l’impasse dans laquelle elle se trouve et explique comment elle a tenté de faire entendre raison à sa propriétaire, en la mettant face aux conséquences réelles de son acte : si elle la chasse de cette maison, au regard de l’ampleur et de la coordination de la vindicte anti-comorienne, elle n’en trouvera pas d’autre. Consciente que les décasages viendraient la replonger dans une précarité sociale dont elle était parvenue à s’extraire au fil des années, elle s’engage dans une bataille pour faire valoir ses droits.

15

Le samedi [la veille du décasage dominical], elle est arrivée […] et elle m’a redit la même chose. Et moi je lui ai dit :
« – Écoute, moi je ne bouge pas. Je ne suis plus comme en 2003, où je me retrouvais à manger dans les poubelles et tout. Ça, c’est un autre monde. Là maintenant, j’ai mes droits. J’ai ma vie, je ne bouge pas d’ici. Et n’oublie pas qu’on a un bail ! Je te rappelle qu’on a un bail.
Elle, elle s’est excitée :
– Si tu as un bail, ça veut dire que tu vas déposer une plainte, etc.
J’ai dit :
– Mais je ne suis pas là-dedans. Si tu me laisses habiter jusqu’à la fin du contrat, y’a pas de problème. Ou si tu m’envoies une lettre recommandée pour expliquer les raisons, y’a pas de soucis. Mais là, demain c’est dimanche et vous voulez mettre les gens dehors ? Moi je ne bouge pas »

16Faire valoir ses droits est d’autant plus important qu’elle réalise rapidement que ni son frère, ni elle, ne retrouveront un logement suffisamment stable et formalisé pour inscrire leurs enfants à l’école. Or, en plus de l’accès à l’instruction, l’école est une condition déterminante pour que les enfants et les parents puissent obtenir la nationalité française. Elle est également au cœur de son désir que ses filles ne reproduisent pas un destin social de femme racisée :

17

Je ne suis plus comme en 2003, j’ai des droits. Je ne crache pas. Je n’insulte personne. Mais j’ai un bail et elle doit me montrer pourquoi elle veut me mettre dehors. […] Je ne fuis pas parce que mes filles sont scolarisées et on est en plein milieu de l’année scolaire. Parce que s’ils ont l’habitude de m’utiliser comme une esclave, c’est parce que je n’ai pas eu la chance d’aller à l’école et de finir mes écoles. […] S’ils me foutent dehors, ça va faire pareil mes enfants. Que mes enfants trouvent des jobs de merde, de ménage, comme moi, ce n’est pas mon objectif. Moi mon but, c’est que mes filles puissent aller jusqu’au bout.

18Youmna construit son discours à sa propriétaire, comme aux enquêtrices qui la rencontrent, sur le registre du droit : elle argue du bail signé, de la légalité de son séjour, de celui de son frère, de ses filles et de leur droit à la scolarisation.

19

On n’est pas aux Comores là. On est dans un pays… Moi je dis à mes filles d’apprendre le plus possible à l’école, plus que moi. Parce qu’elles ont eu la chance d’y aller. Moi j’ai vu sur le drapeau tricolore que c’était écrit fraternité, égalité, je sais pas quoi… Mais ça veut dire quoi ? Mettez-vous dans la tête qu’il ne faut pas se laisser intimider. Vous êtes nées ici, même si vous êtes des Comoriennes. Vous êtes fières ! Donc, montrez que vous êtes fières. Et vous avez le droit d’être là.

20Youmna relie le déchaînement de violence verbale et l’ostracisation qu’elle subit dans son village et dans le sud de l’île au fait de s’être révoltée et d’avoir refusé de fuir : « Donc j’étais la personne bien ciblée parce que j’ai répondu à ma propriétaire que je ne fuirai pas. » Elle comprend rapidement que la négociation ne sera pas possible avec les décaseurs. Elle se sent acculée, ni elle, ni la famille de son frère ne trouve de soutien parmi les Mahorai·e·s et les Comorien·ne·s non décasé·e·s.

21

Ils [les décaseurs] ne sont pas venus vers moi pour dialoguer à l’amiable. La seule chose qu’ils ont faite, c’est qu’ils ont pris les Comoriens en chantage [sic] : « Si vous ne la faites pas partir de ce village, le prochain décasage, c’est à vous. » Donc les Comoriens ont fait une réunion pour que je cesse. […] J’ai dit « OK et si je laissais ? Comment on va faire avec les Mahorais [si] je lâche l’affaire ? Ah, c’est nous, on va demander aux Mahorais les excuses ? » […] Je suis une victime et je vais passer à coupable ! Je ne le fais pas. Depuis là, il y a certains Comoriens qui ne me disent pas bonjour.

Trouver des alliés pour résister

22C’est d’abord vers les gendarmes que Youmna se tourne. Lorsque sa propriétaire coupe l’eau et saccage les tuyaux la veille de l’arrivée des groupes de décaseurs, elle se considère encore comme une justiciable qui pourra solliciter une enquête judiciaire – faire appel à l’État, par l’intermédiaire de ses agents, les gendarmes, pour constater cette infraction.

23

Après le soir, je suis sortie du boulot à 23 heures. En arrivant, j’ai eu l’info que ma propriétaire avait coupé l’eau. Mais dans ma tête, je me suis dit : « Bon, elle a coupé l’eau. Après le décasage, j’irai remettre l’eau. » Mais elle avait saccagé les tuyaux ! Elle a coupé 8-10 mètres du tuyau et les a balancés direct à la poubelle. Donc elle a carrément fermé au compteur, pris une machette et découpé tous les tuyaux […]. Je me suis dit : « Je laisse, c’est ses empreintes qui sont là, c’est pas les miennes. » Parce que dans ma tête, l’État allait prendre les choses en main et chercher les indices et tout.

24Elle et son frère reçoivent le soutien de certains gendarmes mais déchantent vite quand l’un d’entre eux leur suggère de quitter les lieux. Ils ont pour consigne de ne pas intervenir. Isolée, c’est auprès des clients de son commerce, des Mzungu, que Youmna recherche de l’aide. Des métropolitain·e·s, qui, à défaut de se sentir légitimes pour s’exprimer publiquement contre les décasages, vont tenter de lui venir en aide. Elle s’adresse à une association de défense des droits des étrangers, la Cimade. Alors qu’elle est au travail, on l’informe que le collectif de décaseurs est devant sa maison. Elle court chez elle et y retrouve son frère et des militant·e·s de la Cimade qui protègent ses enfants et les lieux. Ensemble, ils assistent avec terreur à la destruction des portes et des fenêtres du logement. Au saccage de leur habitation, s’ajoutent des menaces et des insultes combinant les répertoires sexistes et racistes, « prostituée » et « voleuse de maris », des griefs omniprésents à l’encontre des femmes comoriennes qui se voient définies comme une menace collective à l’encontre des femmes françaises mahoraises.

25Forte de son bail, Youmna avait pensé que la présence des militant·e·s de la Cimade, principalement des Blancs, pourrait empêcher son décasage.

26

Omar [présent avant qu’elle n’arrive] m’a raconté, [qu’]ils ont dit en shimaoré : « Ah, les chiens blancs sont là ! » Les chiens blancs c’est les Mzungu. Puisque les chiens blancs sont là, ils n’osent pas saccager mes biens. Parce qu’eux, ils sont arrivés avec des arrache-clous, des marteaux, des cailloux, tout ce qu’il fallait pour saccager chez moi. Mais puisque les chiens blancs étaient là, parce que la Cimade est arrivée avant la foule et moi j’ai laissé les enfants à la Cimade avant d’aller travailler, ils n’osent pas saccager. Mais… La propriétaire a dit : « Non, si les chiens blancs sont là, on va [juste] dégonder les portes. »

27L’engagement et la présence des militant·e·s de la Cimade sont analysés par les Mahorais·e·s impliqué·e·s dans les collectifs d’expulsion, dans des termes exclusivement raciaux. Ces militant·e·s sont perçu·e·s par ces Mahorais·e·s comme les complices des Comorien·ne·s : des chiens blancs, bêtes et obéissants – le choix métaphorique de cet animal domestique n’est pas dû au hasard, il fait l’objet d’un mépris social assez largement partagé sur l’île. Youmna connaît la portée politique du dévoilement de ces insultes raciales adressées aux Mzungu en shimaoré et destinées à n’être comprises que par les Comoriens. En effet, rapporter ces propos en les traduisant en français jette le discrédit sur la loyauté des Mahorais·e·s vis-à-vis de la nation française que les Mzungu incarnent – loyauté qui n’est, précisément, jamais totalement tenue pour acquise [6].

28Malgré la présence de soutiens associatifs, les expulseur·e·s continuent le décasage. La propriétaire des biens est décrite comme la plus acharnée du groupe, appelant des hommes à dégonder les portes lorsqu’elle ne parvient pas à le faire elle-même. Lorsque les fenêtres sont brisées, les enfants présent·e·s dans la maison et regroupé·e·s sur un lit, sont atteint·e·s par des éclats de verre.

29

Donc il y avait tout le monde-là, pour protéger les enfants. On les entourait et on les portait comme on pouvait pour les protéger contre le verre. Parce qu’il y a même du verre qui est tombé sur son œil. C’est la fameuse histoire… […] Ils ont passé deux bonnes heures à foutre le waï. Ils ont dit : « Il est 12 h 30. On part à une condition : vous partez avant 15 heures. De toute façon, tout ce qui est là, ce n’est pas vos affaires parce que vous ne pouvez traverser qu’avec un sachet. Donc vous repartez avec un seul sachet. Vos affaires là, on va les déposer à la décharge. Si tu ne sais pas faire tes bagages, nous, on peut les faire à ta place. Donc tu te démerdes pour bouger vos culs avant qu’on revienne à 15 heures. » Là c’est la solidarité qui a été. C’est vraiment les Mzungu qui m’ont déménagée. Ils se sont appelés entre eux. Ils ont passé des coups de fils, chacun a amené sa voiture et a chargé ce qu’il pouvait. À 14 h 30, c’était fini, on vidait la maison. Donc on est parti.

30Youmna trouve un hébergement temporaire par ce réseau d’entraide mais beaucoup d’autres familles restent sans solution, compte tenu de l’ampleur du phénomène. Du côté des pouvoirs publics, aucune offre d’hébergement d’urgence à la hauteur de la crise n’est proposée, notamment parce que les maires refusent d’accueillir les délogés sur le territoire de leurs communes. Pour rendre visible leur situation et par manque d’alternative, une partie de ces derniers se regroupe place de la République dans un campement improvisé le long des murs du marché couvert, construit juste à côté de l’office du tourisme. Ce sont principalement des femmes et des enfants en bas âge qui s’y installent. Régulièrement, à 5 heures du matin, la police vient contrôler les papiers des présents et conduit au centre de rétention administrative les personnes sans titre de séjour.

31Un collectif de soutien aux délogés de Mayotte s’organise avec le soutien de la Cimade et de 69 associations comoriennes, à savoir regroupant des personnes se définissant comme Comoriens (c’est-à-dire des autres îles) autour de projets festifs, culturels et périscolaires. Le collectif comporte aussi des militant·e·s de la Ligue des droits de l’homme, des leaders politiques franco-comoriens s’étant opposés à Mayotte française. Un petit nombre de bénévoles dort aux côtés des décasé·e·s et un décompte est établi presque quotidiennement. D’après l’un d’eux, le 22 mai 2016, 680 personnes étaient installées place de la République. Parmi eux, 420 Français·e·s, 149 étranger·e·s possédant un titre de séjour ou un récépissé et 70 disposant d’une convocation pour régularisation de leur situation. Certain·e·s ont posé devant les photographes en brandissant leur carte d’identité française.

32Durant l’occupation de la place de la République, la présence d’enfants a soulevé l’indignation dans l’espace public local, indignation principalement dirigée contre les personnes décasées elles-mêmes et leurs soutiens, accusés de faire vivre un calvaire à ces enfants pour poursuivre des finalités politiques ou pour faire pression pour bénéficier d’un logement social. D’après un militant, des femmes engagées dans la vie politique auraient même proposé de séparer les familles présentes place de la République en plaçant leurs enfants dans des familles d’accueil.

33Le lundi 30 mai 2016, une délégation de représentants du collectif de soutien des délogés est reçue par le préfet. En fin de matinée, tandis que le bilan de la réunion infructueuse est publiquement dévoilé, l’un des participants s’empare du micro et appelle la foule à se soulever :

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« Si c’est comme ça ! Il faut se révolter ! » Donc les représentants du collectif sont complètement débordés et des personnes commencent à bloquer la route. Les flics arrivent, ça caillasse. Et donc, fumigènes dans les familles directement.
Un militant associatif.

35Alors que la colère enfle parmi les personnes présentes, des gaz lacrymogènes sont utilisés. Des affrontements éclatent entre la police et une partie des expulsés installés place de la République et un barrage est mis en place par des jeunes sur un rond-point du quartier voisin de Kaweni [7], à la suite de quoi le préfet décide de fermer les administrations et d’évacuer les écoles proches. Des rumeurs circulent, notamment celle de l’arrivée imminente de kwassa-kwassa chargés de machettes transportant des Comoriens venus venger les leurs. Le barrage est rapidement levé. Tandis que la situation commence à trouver un écho en métropole et que les grandes associations se mobilisent, l’établissement d’un camp de réfugiés est un temps envisagé par les pouvoirs publics. Cette solution n’est finalement pas retenue pour éviter qu’un point de fixation ne s’établisse.

36Alors qu’une procédure en référé liberté [8] est engagée par les associations pour défendre le droit au relogement des personnes installées sur la place de la République et menace d’aboutir, un couple gestionnaire d’un gîte touristique se propose d’accueillir une partie des familles durant le ramadan. Du 22 juin au 21 octobre 2016, les familles sont accueillies dans ce gîte situé au centre de l’île, difficile d’accès et sans infrastructure suffisante, en particulier en eau potable et en raccordements électriques. Omar sera parmi les personnes hébergées dans ce gîte, où son engagement lui vaudra d’ailleurs le surnom de « maire » des lieux. Youmna est logée chez un Mzungu de sa connaissance. Tout au long de ces événements, sa situation sociale et administrative ainsi que celle de son frère se sont considérablement dégradées et les décisions de justice n’enrayent en rien cet état de fait. Ils ont été contraints de quitter le village. Omar n’est pas parvenu à faire renouveler son titre de séjour à la préfecture après le vol de ses papiers. Cependant, les ressources de Omar conjuguées à celles de sa sœur, notamment les liens créés avec des Mzungu, créent des opportunités : les membres de leurs familles vont émigrer de l’île selon diverses modalités et en fonction des possibilités légales des statuts de chacun·e. Youmna choisit de rester à Mayotte pour y défendre ses droits, tout particulièrement lors d’un procès engagé contre sa propriétaire.

Le procès : appliquer le droit commun en situation postcoloniale ?

37Les décasages ont fait l’objet d’un travail de préparation au vu et su de tous. Tout au long de ces exactions, les groupes de villageois qui ont participé aux opérations d’expulsions ont eu recours à une grammaire juridique, en se référant notamment aux conditions de séjour et d’entrée sur le territoire et à l’accès à la nationalité française. Un tract sous la forme d’un courrier menace par exemple les propriétaires de figurer sur des listes les dénonçant en tant que complices d’aide au séjour de personnes en situation irrégulière. Il fait référence à des acteurs de la justice : « Monsieur le procureur de la République », « le tribunal de grande instance », « la gendarmerie ». Ce recours à la grammaire du droit commun a participé à la délégitimation des droits et au déni du statut de victime des décasé·e·s – déni également renforcé par l’attitude des forces de l’ordre.

38Il faut souligner que l’histoire de Mayotte a façonné un rapport singulier au droit commun, notamment du fait de la colonisation puis de la départementalisation. Les citoyens mahorais ont depuis longtemps fait l’expérience intime et politique du rapport de force avec l’État sur l’application ou non du droit commun à Mayotte : reconnaissance du vote île par île au moment de l’indépendance des Comores, application retardée de l’interdiction de la polygamie, des droits sociaux [9] et du droit du travail. C’est tout particulièrement le cas en matière de droit sur l’entrée et le séjour des étrangers, enjeu de négociation depuis les années 1990.

39Quand Youmna, avec le soutien de la Cimade, porte plainte contre sa propriétaire, sa démarche vient rendre publics son expérience et ses droits de décasée en situation régulière sur le territoire et de locataire disposant d’un bail. Cette publicisation heurte de front le récit collectif de Mahorais·e·s procédant à des décasages de sans-papiers décrits comme des envahisseurs sans foi ni loi, s’installant où bon leur semble sans titre d’occupation. Elle remet en cause le récit de leur action qui est régulièrement présentée comme un mal nécessaire pour faire pression sur les pouvoirs publics afin que s’applique plus fermement la législation en vigueur.

40Youmna gagne son procès mais n’obtient pas la mise en œuvre des décisions de justice, notamment le paiement des dommages et intérêts. L’association Gisti en a rassemblé les pièces afférentes sous l’intitulé : « 6 mois de décasage ».

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TGI de Mamoudzou, 26 avril 2017, 459/2017
Madame B. a été reconnue coupable de l’ensemble des faits (voir citation directe) :
– violation de domicile ;
– expulsion illégale ;
– discrimination à raison de l’origine, l’ethnie ou la nationalité ;
– injures à caractère racial.
En répression, le Tribunal l’a condamnée à une peine de six mois d’emprisonnement avec sursis et à l’accomplissement d’un stage de citoyenneté.
Le Tribunal alloue à la partie civile 5 000 € de préjudice matériel et 8 000 € de préjudice moral (2 000 € pour la requérante et 2 000 € pour chacun de ses 3 enfants).

42D’autres prises de positions, plus particulièrement en métropole, condamnent les décasages (notamment celle du Défenseur des droits), mais leur écho est atténué localement. La décision rendue par le tribunal de grande instance de Mamoudzou en 2017 déclenche une longue bataille dans l’arène médiatique et judiciaire locale. L’enjeu de la mobilisation est de dénier la légitimité de la démarche de Youmna, de ses droits et de son installation, tout en réaffirmant la légitimité des décasages. L’une des premières stratégies a consisté à l’accuser d’avoir hébergé des clandestins dans la maison qui lui avait été louée et d’avoir laissé la maison dans un état lamentable. Le défaut de propreté et d’entretien de la maison est au cœur de certaines descriptions médiatiques visant à dépeindre des personnes négligentes, sales et indignes, versées dans un trafic de clandestins :

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Mais après le procès, parce qu’ils ont fait venir les médias et tout, ils ont débarqué dans la maison et ont continué à détruire la maison. Enlever le carrelage, saccager les fils électriques. Ils ont remis certaines portes. Et ils ont pris de la bouillasse qu’ils ont collée sur les murs. Pour qu’ensuite Mayotte Première puisse filmer. Donc les images du 16 filmées par Mayotte Première, ce n’est pas les mêmes que celles de Kwézi TV le lendemain.

44Après le jugement, un article de presse produit un autre récit, en rapportant notamment les propos de la substitut du procureur évoquant « une chasse aux sorcières contre les Comoriens » et soulignant que, dans cette affaire, « la propriétaire (mahoraise) s’exprime en shimaoré alors que la locataire (étrangère) parle en français [10] ! » La hiérarchisation des protagonistes en fonction de leur degré de « francité », mesuré à l’aune de leur maîtrise du français, apparaît comme l’une des dimensions du traitement de cette affaire par la justice : ce critère du degré d’assimilation, directement hérité du traitement des indigènes durant la période coloniale, ajoute à la culpabilité de la délogeuse (française) et à la légitimité de la plaignante (étrangère).

45La presse fait aussi état de « la colère du CODIM » (le Comité de défense des intérêts de Mayotte) à la suite de cette condamnation et de ses velléités publiquement assumées d’expulser la victime du village. Youmna décrit « [sa] rage de rester » face aux insultes et aux menaces qu’elle a subies après que la première condamnation de sa délogeuse a été prononcée. Lorsqu’elle va porter plainte au sujet de ces menaces, elle dit avoir bénéficié, cette fois-ci, d’une protection des gendarmes pour assurer sa sécurité.

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Et c’est la seule fois que j’ai eu l’impression que les choses étaient prises au sérieux. En arrivant à la gendarmerie, j’ai vu toutes les voitures des gendarmes. Ils sont venus pour sécuriser l’endroit. Il y avait 100 gendarmes ce jour-là, le 19 mars, pour la sécurité. […] Ils [les décaseurs] n’avaient pas accès à l’endroit où j’étais parce qu’ils ne voulaient pas affronter les gendarmes. C’est grâce à ça qu’ils n’ont pas pu […]. Ils n’arrivent pas à me faire partir. J’ai la force… Je ne sais pas si c’est la force ou la haine, la rage de rester.

47En octobre 2017, la presse se fait l’écho du procès en appel [11] : « Pour l’avocat général, le collectif de défense des Intérêts de Mayotte (CODIM) a mal choisi son nom : “L’intérêt, il doit être général. C’est faire en sorte que l’État de droit ne soit pas attaqué. C’est avoir recours à la justice, seule capable d’atténuer les conflits qui arrivent à un tel point. C’est essayer de vivre en collectivité.” » L’avocat général dénonce en outre « l’absence de prise de conscience de la prévenue, qui ment et se fait passer pour la victime. On ne peut pas faire n’importe quoi, même si on se sent soutenu par 50 personnes ». Il réclame la confirmation de la peine prononcée en première instance, assortie d’une obligation de faire paraître le jugement dans la presse. Dans ce même article, l’avocat de celle qui est ici surnommée « la délogeuse » invoque le contexte tendu, les menaces pénales à l’encontre de ceux qui hébergeaient des clandestins (alors même que la victime était en situation régulière) et fait état de pressions collectives : « un contexte de tensions globales dans le département depuis 2015-2016 ». Pour lui, sa cliente « a été entraînée dans un courant ». Le 8 novembre 2017, la cour d’appel a confirmé sa décision : 6 mois de prison avec sursis simple, 13 000 € de préjudice matériel et moral et l’obligation d’effectuer un stage de citoyenneté.

« La rage de rester », payer sa résistance au prix fort

48Le récit de Youmna fait apparaître l’ampleur des effets des décasages de 2016, qui ont bouleversé simultanément les ancrages économiques, résidentiels, familiaux et scolaires des personnes décasées. Les étrangers·gères en situation irrégulière expulsé·e·s du territoire tentent régulièrement de revenir au péril de leur vie pour reconstruire une nouvelle installation. Youmna fait, quant à elle, partie des nombreuses personnes qui étaient tout près d’accéder à la légalité du séjour voire à la nationalité française. Les décasages ont produit des difficultés combinées, parmi lesquelles les enquêté·e·s soulignent les discriminations ultérieures récurrentes dans tous les domaines, et en particulier celui du maintien ou de l’accès à la scolarisation de leurs enfants quand celle-ci a été interrompue.

49Dans ce contexte postcolonial marqué par l’exceptionnalisme juridique, l’incertitude statutaire et la ségrégation socio-raciale, une majorité de Français mahorais cherche, à toute force, à se séparer dans les faits comme dans l’imaginaire de leurs voisin.e·s comorien.ne·s et africain.e·s pour faire advenir leur inclusion effective au sein de l’État-nation français. Extrêmement contrainte, la politisation de Youmna se cristallise avant tout dans un discours et des pratiques de résistance individuelle, nouant des alliances visant à faire valoir ses droits de locataire et d’habitante. Sa rage de rester s’est réaffirmée encore après les menaces reçues lors du procès qu’elle a gagné contre sa délogeuse. Aujourd’hui, elle continue de payer sa résistance au prix fort. Elle ne peut plus se rendre dans le village où elle résidait. Les membres de sa famille sont dispersés, ils et elles ont quitté l’île pour La Réunion ou la métropole, au gré des possibilités familiales et statutaires de mobilité pour maintenir la scolarisation des enfants.

Description de l'image par IA : Homme tire une grosse roue près d'un véhicule endommagé.

Références

  • Sophie Blanchy, « Mayotte : française à tout prix », Ethnologie française, 32(4), 2002, p. 677-687.
  • Myriam Hachimi Alaoui, « Françaises et Français de Mayotte. Un rapport inquiet à la nationalité française », Politix, vol. 4, no 116, 2016, p. 115-138.
  • Myriam Hachimi Alaoui, Élise Lemercier, Élise Palomares, « Reconfigurations ethniques à Mayotte, frontière avancée de l’Europe dans l’océan Indien », Hommes & Migrations, 1304(4), 2013, p. 59-68.
  • —, « Les “décasages”, une vindicte populaire tolérée », Plein Droit, vol. 120, no 1, 2019, p. 20-23.
  • Camille Hamidi, « Éléments pour une approche interactionniste de la politisation : engagement associatif et rapport au politique dans des associations locales issues de l’immigration », Revue française de science politique, 56(1), 2006, p. 5.
  • Élise Lemercier, Élise Palomares, Myriam Alaoui Hachimi, Condro Mlaili, François Féliu, et al., Définition, Différenciation et Ciblage des populations en danger/dangereuses à Mayotte (Dicibl), rapport de recherche, Drees-Mire, CNAF, 2018.
  • Lemercier Élise, « “Être français à part entière” : discours publics sur les inégalités d’accès au RSA à Mayotte », in Maryse Bresson, Fabrice Colomb, Jean-François Gaspar, Les Territoires vécus de l’intervention sociale, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2015, p. 181-190.

Date de mise en ligne : 04/06/2020

https://doi.org/10.3917/moco.004.0092