Article de revue

Les voix des Mémoires

Pages 60 à 70

Citer cet article


  • Reggiani, C.
(2010). Les voix des Mémoires. Les Temps Modernes, 661(5), 60-70. https://doi.org/10.3917/ltm.661.0060.

  • Reggiani, Christelle.
« Les voix des Mémoires ». Les Temps Modernes, 2010/5 n° 661, 2010. p.60-70. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-les-temps-modernes-2010-5-page-60?lang=fr.

  • REGGIANI, Christelle,
2010. Les voix des Mémoires. Les Temps Modernes, 2010/5 n° 661, p.60-70. DOI : 10.3917/ltm.661.0060. URL : https://shs.cairn.info/revue-les-temps-modernes-2010-5-page-60?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ltm.661.0060


Notes

  • [1]
    Sur ce point, voir Lawrence D. Kritzman, « A Certain Idea of de Gaulle », Yale French Studies, no 111, 2007, pp. 158-159.
  • [2]
    Voir l’analyse classique de René Rémond, Les Droites en France, Aubier-Montaigne, 1982.
  • [3]
    Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, dans Mémoires, éd. de Marius-François Guyard, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2000, p. 565. Les références aux Mémoires de guerre et aux Mémoires d’espoir seront désormais données, au fil du texte, entre parenthèses.
  • [4]
    Dans les termes de « L’Unité » : « […] il suffit que la masse et moi nous trouvions ensemble pour que notre unité l’emporte sur tout le reste (p. 569). Une fusion concrètement éprouvée dans le bain de foule qui suit telle allocution : « Serrant les mains, écoutant les cris, je tâche que ce contact soit un échange de pensées. “Me voilà, tel que Dieu m’a fait !” voudrais-je faire entendre à ceux qui m’entourent. […] Inversement, sous les clameurs et à travers les regards, j’aperçois le reflet des âmes » (p. 716).
  • [5]
    « L’action de la rhétorique s’exerce sur des questions de nature à être discutées et qui ne comportent pas une solution technique […]. Or nous délibérons sur des questions qui comportent deux solutions diverses : car personne ne délibère sur des faits qui ne peuvent avoir été, être, ou devoir être autrement qu’ils ne sont présentés ; auquel cas, il n’y a rien à faire qu’à reconnaître qu’ils sont ainsi » (Aristote, Rhétorique, trad. Charles-Emile Ruelle et Patricia Vanhemelryck, Le Livre de Poche, 1991, p. 87 [1357a]).
  • [6]
    Sur cette catégorie, voir Gilles Declercq, « Le mémorialiste et l’oratio grandis. Le style des Mémoires entre épopée et élégie », Dix-neuf/Vingt, no 1, 1996, pp. 15-39.
  • [7]
    Pierre Nora, « Les Mémoires d’Etat. De Commynes à de Gaulle », dans Pierre Nora éd., Les Lieux de mémoire, Gallimard, coll. « Quarto », 1997, t. I, p. 1397.
  • [8]
    « […] la littérature souveraine, c’est-à-dire des souverains, où il n’y a que trois noms : César, Frédéric II, Napoléon, et dont Marc-Aurèle serait le reflux » (Albert Thibaudet, « Napoléon écrivain » [1935], Réflexions sur la littérature, Gallimard, coll. « Quarto », 2007, pp. 1541-1542).
  • [9]
    Je reprends le titre du livre de Mary Carruthers, Machina memorialis. Méditation, rhétorique et fabrication des images au Moyen Age, trad. de Fabienne Durand-Bogaert, Gallimard, 2002.
  • [10]
    Sur tout ceci, voir Francis Goyet, Le Sublime du « lieu commun ». L’Invention rhétorique dans l’Antiquité et à la Renaissance, Champion, 1996. Sur le sublime patriotique des Mémoires de guerre, voir Jean-Louis Jeannelle, Ecrire ses Mémoires au xxe siècle : déclin et renouveau, Gallimard, 2008, p. 206.
  • [11]
    Sur le superbe morceau de bravoure — et donc l’exception — que constitue à cet égard le récit de la descente des Champs-Elysées le 26 août 1944, voir Jean-Louis Jeannelle, Ecrire ses Mémoires au xxe siècle, op. cit., pp. 203-206. Sur les moyens de la rhétorique gaullienne, voir ibid., pp. 198-202, ainsi que Thierry Herman, Au fil des discours. La Rhétorique de Charles de Gaulle (1940-1945), Limoges, Lambert-Lucas, 2009.
  • [12]
    On peut citer ici la lettre adressée le 30 mai 1970 à Pierre-Louis Blanc : « Pour “L’Effort”, j’ai l’intention d’écrire sept chapitres. […] Deux seront économiques et sociaux. Je voudrais y traiter : des difficultés […] et des progrès (développement — avec des chiffres — industriel, agricole, commercial, scolaire, les pointes, les communications, etc.) » (p. 1209). Voir aussi, dans « L’Appel », la restitution de l’armature logique de ce qui est présenté comme le discours-type du temps de guerre (p. 217).
  • [13]
    Sur l’« interdiscursivité constitutive » du genre des Mémoires, voir Jean-Louis Jeannelle, Ecrire ses Mémoires au xxe siècle, op. cit., p. 325.
  • [14]
    « A certains des hommes qui se crurent, naguère, investis de l’autorité publique en assumant l’abandon national, j’aurai, pendant quatre longues et terribles années, ménagé la possibilité de dire un jour : “Nous nous sommes trompés. Nous rallions l’honneur, le devoir, le combat. […] Pour le suprême effort, faites-nous place à vos côtés, au nom de l’unité et du salut de la France !” / Mais ce cri n’a pas retenti » (p. 449). Voir, aussi, la prosopopée de la nature qui clôt « Le Salut ».
  • [15]
    Sur ce point, voir, ici même, l’article de Gilles Philippe.
  • [16]
    Roland Barthes, « De Gaulle, les Français et la littérature » (1959), Œuvres complètes, éd. d’Eric Marty, Le Seuil, 2002, t. I, p. 995.
  • [17]
    Barthes parlait, sans indulgence, d’un « style de pasticheur plus que d’écrivain, dont le ressort principal est d’imposer les signes de la Littérature au flot des vérités prudhommesques […] » (ibid.).
  • [18]
    Hugo est parfois explicitement cité : ainsi pp. 112, 720.
  • [19]
    Sur l’importance de la nature dans la mise en scène gaullienne du pouvoir, voir Pierre Nora, « Gaullistes et communistes », dans Les Lieux de mémoire, op. cit., t. II, pp. 2508-2509.
  • [20]
    Sur ce point, voir Jean-Louis Jeannelle, Ecrire ses Mémoires au xxe siècle, op. cit., p. 335.
  • [21]
    Voir Philippe Lejeune, L’Ombre et la lumière dans Les Contemplations, Lettres modernes Minard, 1968. On a déjà noté l’importance de la métaphore théâtrale, dont l’expression figée de « théâtre des opérations » (au sens militaire) constitue probablement la matrice. Elle présente par ailleurs l’indéniable avantage rhétorique de permettre la figuration du Général en deus ex machina (Mémoires d’espoir, pp. 894-895), un rôle qu’avait d’abord assumé Roosevelt (p. 348).
  • [22]
    Tacite, Dialogue des orateurs, trad. de Henri Bornecque, Les Belles Lettres, 1960, pp. 71-72.
  • [23]
    Sur l’efficacité politique bien réelle du régime parlementaire des Troisième et Quatrième Républiques, voir Nicolas Roussellier, Le Parlement de l’éloquence. La Souveraineté de la délibération au lendemain de la Grande Guerre, Presses de Sciences-Po, 1997.

On comprend aisément que l’action politique de Charles de Gaulle ait été de nature essentiellement rhétorique : si les circonstances historiques ont donné au gaullisme les caractères d’un bonapartisme, on conçoit que la pratique politique ne s’y sépare guère de l’art oratoire, dans la mesure où l’exercice du pouvoir s’y fonde sur un imaginaire plébiscitaire de la légitimité politique, conférée — et garantie — par l’adhésion unanime d’un public que la performance oratoire constitue comme tel. « L’Unité » le formule avec toute la clarté souhaitée (au moment de la libération de Paris) : « Lisant les journaux : Combat, Défense de la France, Franc-Tireur, Front national, L’Humanité, Libération, Le Populaire, que les éléments politiques de la Résistance publiaient à Paris depuis deux jours, aux lieu et place des feuilles de la collaboration, je me trouvais [...] confirmé dans ma volonté de n’accepter pour mon pouvoir aucune sorte d’investiture, à part celle que la voix des foules me donnerait directement. »
Si l’on s’en tient à la perspective verbale qui nous intéresse ici, se pose alors la question de la place qui peut être, dans une telle économie, celle de l’écriture. Il est sûr que la publication des discours prononcés ne représente pas, de ce point de vue, de réelle rupture, puisqu’elle prolonge dans l’espace du livre l’écho de la délibération politique, mais qu’en est-il de la prose des Mémoires, dont la composition échappe, pour une part au moins, à cette détermination générique …


Date de mise en ligne : 27/12/2013

https://doi.org/10.3917/ltm.661.0060

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