Ici et maintenant. Le numéro trentenaire de Lignes paraît en France dans un monde bouleversé. Entre le moment de sa conception au printemps et celui de sa parution à l’automne, il est prévisible qu’un attentat endeuille l’Europe et possible que se produise un événement aux conséquences incommensurables : un accident nucléaire qui rendrait invivable toute une région de la planète ; une déflagration polémique qui embraserait le monde à partir d’un foyer régional comme la Syrie ; une guerre nucléaire qui pourrait se déclencher en Corée, etc. Cet événement extraordinaire contrasterait en pire avec les horreurs régulières des crimes de guerre et de la famine. Voilà ce qui me semble avoir changé du tout au tout depuis trente ans : auparavant, on espérait des jours meilleurs ; dorénavant, on s’attend au pire… La perspective de l’émancipation du genre humain a cédé le pas à la résignation face à l’empire de la domination et de l’exploitation de la nature, du genre féminin et des masses de prolétaires sans terre, sans emploi, sans abri, sans voix, sans espoir…
La ligne droite d’un avenir radieux est brisée. Ouvrir l’horizon d’une nouvelle vision du monde présuppose de reconnaître lucidement la courbure des lignes actuelles de l’espace-temps planétaire. Changer le paradigme de l’analyse des développements passés et de l’évolution présente est la condition pour entretenir une lueur d’espoir pour l’avenir. Revenons en arrière pour étayer ce diagnostic funeste de la fin d’une époque…