Article de revue

Vers une approche phraséologique de la cataphore

Pages 81 à 96

Citer cet article


  • Jollin-Bertocchi, S.
(2023). Vers une approche phraséologique de la cataphore. Langue française, 217(1), 81-96. https://doi.org/10.3917/lf.217.0081.

  • Jollin-Bertocchi, Sophie.
« Vers une approche phraséologique de la cataphore ». Langue française, 2023/1 N° 217, 2023. p.81-96. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-langue-francaise-2023-1-page-81?lang=fr.

  • JOLLIN-BERTOCCHI, Sophie,
2023. Vers une approche phraséologique de la cataphore. Langue française, 2023/1 N° 217, p.81-96. DOI : 10.3917/lf.217.0081. URL : https://shs.cairn.info/revue-langue-francaise-2023-1-page-81?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/lf.217.0081


Notes

  • [1]
    Cela concerne tout au moins les cataphores pronominales, pour lesquelles « le pronom précède une expression coréférentielle, avec laquelle il n’entre pas en relation de dépendance syntaxique directe […] » (Kesik, 1989 : 49).
  • [2]
    Toutefois, l’assimilation des constructions disloquées aux constructions cataphoriques est problématique : « […] nous avons constaté que le contexte postérieur est indispensable pour l’identification du référent du pronom cataphorique. De ce point de vue, l’assimilation de la dislocation droite à la cataphore pose des problèmes. Il n’arrive jamais en effet que le locuteur qui se sert de la construction disloquée considère que le seul syntagme disloqué permette d’identifier le référent du pronom. Bien au contraire, ce SN n’est qu’un moyen d’identification supplémentaire, permettant de rendre plus saillant l’objet visé par le pronom » (Kesik, 1989 : 49). Je me rangerai à la position de Kesik qui conteste l’assimilation fréquente des constructions disloquées avec la cataphore, ce que je m’efforcerai d’étayer par l’étude des fonctions discursives.
  • [3]
    La cataphore « favorise l’enchainement discursif » (Theissen, 2004 : 209) du fait que le segment cataphorique introduit un élément nouveau encore indéterminé.
  • [4]
    Cf. les numéros de la revue Langages « Vers une extension du domaine de la phraséologie » (Legallois & Tutin (éds) 2013) et « Aspects de la recherche actuelle en phraséologie » (Kauffer & Keromnes (éds) 2022).
  • [5]
    La ggf reprend la même distinction entre phrase et discours : « Il convient de séparer deux cas : celui d’une cataphore qui trouve son antécédent dans la même phrase 21a et qui est généralement dans une subordonnée 21b, et celui d’une cataphore qui crée un effet d’attente dans une séquence discursive en suspendant l’identification du référent 21c.
    21a […] imaginez cela : on lui révèle que Nicolas a donné son domaine à Lebiadkine. (Camus, 1959a)
    b S’il a dû rentrer chez lui, c’est normal que Jean soit en retard.
    c Mais n’oubliez pas ceci. Je ne vous aiderai en rien contre Stavroguine. (Camus, 1959a) » (Abeillé & Godard, 2021 : 1935)
    Toutefois, les exemples proposés montrent, d’une part, que le statut de la phrase est ici purement graphique. Il suffit en effet de comparer les exemples (21a) et (21c) qui comportent tous deux un pronom démonstratif complétant un verbe à l’impératif, mais suivis d’une ponctuation différente, un signe faible et un signe fort, qui détermine de manière quelque peu artificielle le statut phrastique ou discursif. D’autre part, l’opposition ne tient pas davantage du point de vue référentiel, compte tenu du parallélisme syntaxique entre les deux séquences : on voit donc mal pourquoi (21a) ne crée pas d’« effet d’attente », contrairement à (21c).
  • [6]
    La cataphore exophorique ne peut guère être attestée que dans des séquences de discours rapporté à l’écrit : N’en cueille pas ! Ces champignons sont de vrais dangers ! (Kesik, 1989 : 66). Dans cet exemple, « la coréférence entre en et ces champignons ne peut être établie qu’en cas de présence de l’objet visé dans le champ de perception des co-locuteurs » (loc. cit.).
  • [7]
    Dans ce domaine, en effet, « [l]a syntaxe s’est considérablement ouverte à la phraséologie, jusqu’à faire parfois du phénomène le principe d’agencement syntaxique principal » (Legallois & Tutin, 2013 : 14).
  • [8]
    Cette conception est plus large que celle présentée par Kraif & Tutin (2017 : § 6) qui définissent les routines comme « un sous-ensemble de motifs discursifs, particulièrement présents dans certains genres institués, où on observe des façons de dire et d’écrire spécifiques », « les motifs étant entendus comme des expressions polylexicales récurrentes, éventuellement multidimensionnelles, et assurant une certaine fonction, caractérisante ou structurante, sur les plans discursifs et textuels » (ibid. : § 49).
  • [9]
    Ces deux types de structure intègrent des N extrêmement variés, seules quelques faibles récurrences étant à signaler, dans l’ordre croissant : récit, plan, problème et texte. On peut donc supposer que les N généraux sont des candidats privilégiés dans ce type de structure.
  • [10]
    Voir Jollin-Bertocchi (2023).
  • [11]
    On rappellera les problèmes syntaxiques que posent la cataphore et l’anaphore : coréférence pour Quand Pierre vient, il apporte des fleurs ou Quand il vient, Pierre apporte des fleurs, mais absence de coréférence pour Près de Pierre, il a vu un serpent ou Il dit que Pierre apportera des fleurs. Voir Zribi-Hertz (1996 : chap. 2, 3, 4).
  • [12]
    Combettes observe que « dans le cas des subordonnées initiales […] ce n’est que vers la fin du 19e s. que commence à s’affirmer la relation qui pourra être considérée comme pleinement cataphorique » (Marchello-Nizia et al., 2020 : 1769).
  • [13]
    De plus, on observe une augmentation nette des occurrences sur la période contemporaine par rapport à la première décennie du xxe siècle.
  • [14]
    Les exemples de cette section sont extraits de la base frantext.
  • [15]
    Elle « permet de rendre au référent sa saillance originelle et d’empêcher la confusion » ou bien elle joue un rôle de « coloration affective » (Kesik, 1989 : 50 sq.).
Français

Cet article part des classifications proposées pour la cataphore, dont ressort le caractère formellement hétérogène, extensif et essentiellement discursif. La distinction entre vraies et fausses cataphores du point de vue référentiel prolonge cette observation et interroge la fonction du phénomène, qui apparaît fréquemment associé à des patrons lexico-syntaxiques et à l’ana-cataphore. Ce dernier aspect est confirmé par l’étude de la séquence ‹Quand il/elle + V, NP/SN› selon l’hypothèse de son statut phraséologique, qui permet d’observer un faisceau de fonctions textuelles liées à la relation cataphorique et au genre de texte.

Mots-clés

  • cataphore
  • phraséologie
  • linguistique textuelle
  • anaphore
  • subordonnée temporelle

Mots-clés éditeurs : anaphore, cataphore, linguistique textuelle, phraséologie, subordonnée temporelle


English

Towards a Phraseological Approach of the Cataphora

This article starts from an inventory of the proposed typologies, which show their formally heterogeneous, extensive and essentially discursive character. The distinction between true and false cataphors from the referential point of view extends this observation and questions the function of the phenomenon, which appears by provision frequently associated with lexical-syntactic patterns. Finally, a study of the sequence ‹Quand il/elle + V, NP/SN› according to the hypothesis of its phraseological status, allows us to observe a cluster of textual functions linked to the cataphoric relation and to the genre of the text.

Keywords

  • cataphore
  • phraseology
  • textual linguistics
  • anaphora
  • temporal subordination

Mots-clés éditeurs : anaphora, cataphore, phraseology, temporal subordination, textual linguistics


Date de mise en ligne : 06/03/2023

https://doi.org/10.3917/lf.217.0081

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