La signalisation du discours rapporté en français médiéval
- Par Sophie Marnette
Pages 31 à 47
Citer cet article
- MARNETTE, Sophie,
- Marnette, Sophie.
- Marnette, S.
https://doi.org/10.3917/lf.149.0031
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- Marnette, S.
- Marnette, Sophie.
- MARNETTE, Sophie,
https://doi.org/10.3917/lf.149.0031
Notes
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[1]
Voir à ce propos l’article de M. Perret dans le présent numéro.
-
[2]
On trouvera une bibliographie exhaustive de travaux portant sur le discours rapporté médiéval sur le site internet du groupe Ci-Dit (www.ci-dit.org). Voir aussi Perret (2006).
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[3]
C = ms B. N. fr 748 (ancien ms Cangé), D = ms B. N. nv. acqu. fr. 4166 (ms Firmin-Didot), E = ms E. 39 de la bibliothèque Esténse de Modène, R = ms B. N. fr 20047.
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[4]
Cerquiglini parle de la prosodie des romans en vers (1981 : 33-36, voir résumé infra) mais pas de la ponctuation des ms.
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[5]
On date généralement l’apparition des guillemets au xvie s. (Catach 1968 : 299 ; Parkes 1992 : 58-60), mais Llamas Pombo (1996 : 141) signale un ms du xve s. contenant plusieurs occurrences de guillemets pour marquer le discours direct.
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[6]
Un pas supplémentaire est d’envisager comment les personnages citent d’autres personnages ou eux-mêmes (voir Marnette 1999).
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[7]
Le corpus choisi pour cette étude comprend 39 textes de genres et de périodes différents : 8 chansons de geste, 3 versions de La Vie de Saint Alexis, 8 romans en vers, 1 recueil de lais, 9 romans en prose, 1 chantefable et 9 chroniques en prose. Voir description en annexe.
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[8]
Le discours indirect sans que est un discours rapporté qui est transposé dans le cadre énonciatif du locuteur citant et dépend d’un verbum dicendi mais sans conjonction de subordination (Marnette 1999, 2001, 2005). Dans certains cas, lorsque le verbe introducteur peut aussi être utilisé sans complétive, on peut hésiter et interpréter une séquence soit comme un discours indirect sans que soit comme un discours narrativisé suivi d’un discours indirect libre :
Il existe également de rares cas où on a affaire à ce que j’appelle un discours « neutralisé » c’est-à-dire où il n’y a pas de différence entre discours direct et discours indirect sans que, car les pronoms et les temps verbaux seraient les mêmes dans les deux ; ainsi on pourrait éditer l’exemple [2] ci-dessus de deux façons : Mahomet jurent vengement en ert pris ou bien Mahomet jurent : ’Vengemement en ert pris !’.Béroul, Le Roman de Tristan, 1949-50
S’il les trove, molt les MENACE
Ne laira pas ne lor mesface -
[9]
L’absence de préposition est un phénomène plus typique du moyen français, probablement sous l’influence de la syntaxe latine. Ainsi, en français moderne, on traduirait [5] par « suppliant le roi de ne pas vouloir croire légèrement [ce qu’on disait] contre lui et son fils et de l’avoir toujours dans sa bonne grâce ».
-
[10]
Pour une analyse plus poussée de ce lien entre oralité médiévale et récits de langue parlée contemporaine, voir entre autres Fleischman (1990), ainsi que l’application que j’en ai faite dans mes travaux (Marnette 1998 : 155-7). Pour l’emploi du présent afin d’introduire les discours rapportés en français médiéval, voir Oppermann 2004.
-
[11]
Voir Rosier (1999 : 90-4) pour une description diachronique de ce phénomène dans une perspective énonciative.
-
[12]
On rencontre aussi mais moins souvent ce type de discours indirect dans les romans en vers. De plus, dans l’ensemble des romans, on trouve également le discours indirect après un discours direct au sein d’un dialogue ou bien même, pour les romans en prose, de courts dialogues formés uniquement de discours indirects.
-
[13]
Il s’agit là de ce que j’appelle « discours direct avec que », que j’envisage comme pouvant ou non être annoncé par un verbe introducteur ou comporter une incise (voir Marnette 2002 et 2005 ainsi que Bruña-Cuevas 1996, Meiller 1966, Spitzer 1946).
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[14]
Selon López-Muñoz (1999 : 144, 2001), après un discours indirect, toute justification (qu’elle soit introduite par car, que, qui ou une conjonction adverbiale : parce que, etc.) ne peut que rarement être interprétée comme exprimant le discours du narrateur. C’est dire que, pour lui, de façon presque automatique, une justification après un discours indirect constitue elle aussi un discours rapporté. L’interprétation de la justification est déterminée par la nature du verbe introducteur du discours indirect placé au début de la séquence, et par la force illocutoire implicite du discours rapporté comme justification.
-
[15]
Le car est aussi ambigu dans l’exemple suivant, où il suit un discours direct et pourrait être vu comme continuant celui-ci par un discours indirect libre :
Dans le ms Digby 223, ce car est signalé par une majuscule.La Queste del Saint Graal, p. 1
Et messires Gauvains lor demande coment il l’ont puis fait qu’il se partirent de cort. Et il dient : « Bien Dieu merci » car il ont toz jorz esté sainz et haitiéz. « Certes, fet messires
Gauvains, ce me plest mout. » -
[16]
Voir notamment Marnette (2005 ; seconde partie chapitre 2).
-
[17]
Il n’y a pas assez d’espace pour traiter ici en détails de la signalisation du discours indirect libre et je renvoie donc mes lecteurs à un article antérieur (Marnette 1996).
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[18]
Voir en annexe pour une liste des textes inclus dans le corpus (22 textes pour Marnette 1998 et 39 textes pour Marnette 2005).
-
[19]
Comme je l’ai dit en note 6, il est très rare d’avoir des discours « neutralisés », c’est-à-dire qui ne contiennent aucune marque morpho-syntaxiques ou énonciatives pouvant les distinguer du discours indirect, excepté pour l’absence de subordination mais, comme je l’ai montré avec les discours indirects sans que, il ne s’agit pas d’un critère suffisant.
-
[20]
Busby, qui travaille sur des textes en vers, mentionne à la fois la ponctuation et les initiales, tout en donnant des exemples précis et illustrés (Busby 2002 : 171-3 et 193-4). Marchello-Nizia (1978) et Middleton (1993) s’intéressent plutôt à l’emploi des capitales. Cunha & Arabyan (2004), tout en disant étudier la ponctuation du discours direct depuis les origines, ne va guère plus loin que de noter l’absence des guillemets et l’emploi pour les citations (dans les textes religieux et didactiques) du soulignage, de la couleur et/ou des pieds de mouche. Quelques études ponctuelles de corpus de textes médiévaux se concentrent sur la ponctuation et la mise en page, et mentionnent ça et là leur usage pour marquer le discours rapporté mais sans s’y attarder longuement (Barbance 1995 : 521, Lavrentiev 2000 : 25, Llamas Pombo 1996 : 139 et 141). Pour l’évolution des guillemets, on consultera aussi Parkes (1992 : 58-60). Dans son article « Ponctuation et discours rapporté », Perret (2006) parle non pas de la ponctuation dans les mss. mais plutôt de la ponctuation ajoutée par les éditeurs modernes de textes médiévaux.
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[21]
Pour le Tristan de Béroul, j’ai consulté un facsimile du ms Bibl. Nat. fr 2171 et pour la Chastelaine de Vergy, les éditions diplomatiques regroupées dans l’ouvrage de Stuip (1970).
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[22]
Parfois aussi, une interjection comme Ha qui débute le discours direct est suivie d’un point virgule. On notera bien sûr qu’on peut aussi trouver des points et des majuscules au sein des discours directs (et plus rarement indirects) ainsi évidemment que dans les parties narratives des textes. En fait, par rapport à l’ensemble des points et des majuscules employés dans ces manuscrits, seuls environ un quart d’entre eux servent à signaler des discours rapportés (directs ou indirects). Seuls des extraits de ms ont été étudiés : folios 77 recto to 80 verso pour Digby 223 (correspondant au début de La Queste del Saint Graal, pages 1-10 de l’édition de Pauphilet, Paris : champion 1949), folios 41 verso to 42 verso pour Douce 215 (correspondant à la fin de La Mort Artu, §§ 189-193 ligne 14 de l’édition de Frappier Genève : Droz, 1965) et ensemble du ms.fr.c.30 correspondant grosso modo aux pages 114 à 133 de l’édition de Jehan de Saintré par Misrahi et Knudson (Genève : Droz, 1965).
1 – Introduction
1Il ne s’agit pas ici de cataloguer les diverses formes de discours rapporté ou de différencier ses emplois selon les genres littéraires du moyen âge, ce qui a déjà été fait par ailleurs (Marnette 1998 et 2005), mais d’examiner comment la signalisation du discours rapporté en français médiéval reflète la nature particulière des textes littéraires de cette période. Les textes en vers – surtout les plus anciens – participent en effet d’une tradition orale (composition et/ou transmission et/ou performance), mais nous y avons accès par le biais de versions manuscrites qui combinent les marques de nature orale à celles de la mise en écriture d’une langue vernaculaire littéraire à ses débuts [1]. Les textes en prose qui apparaissent au xiiie siècle n’étaient ni chantés comme les chansons de geste, ni récités par cœur comme certains textes en vers, mais faisaient plus que certainement l’objet d’une lecture à voix haute pour une audience, plutôt que d’une lecture individuelle silencieuse. Dans les deux cas donc, la transition entre discours citant et discours cité devait se marquer à la fois pour l’auditeur et pour le lecteur à voix haute. Les marques morphologiques, syntactiques et lexicales jouent aux deux niveaux, comme le montre l’étude des marqueurs de subordination (conjonctions que, si, etc.), des embrayeurs (transposition ou non des pronoms personnels, personnes verbales, temps verbaux et déictiques spatio-temporels), des modes (e.g. emploi du subjonctif après des verbes d’opinion, etc.), de l’ordre des mots et de la modalisation (questions, ordres, souhaits, exclamations, etc.), des termes d’adresse et des verba dicendi et sentiendi introduisant ou closant le discours rapporté et/ou insérés en son sein. Cependant il y a aussi un marquage supplémentaire (peut-être un ’surmarquage’ ?) au niveau oral d’une part, par le biais de la prosodie et du changement de voix du récitant ou du lecteur, et au niveau écrit d’autre part, grâce à la ponctuation et la mise en page (rôle des capitales au début d’une phrase, présence de points ou de points virgules inversés au début ou au sein du discours rapporté).
2À l’exception de l’analyse fondatrice de B. Cerquiglini dans La Parole médiévale (1981), il n’existe pas d’étude d’ensemble des marques du discours rapporté médiéval [2]. Dans son livre, B. Cerquiglini comparait les systèmes du vers et de la prose en se basant sur diverses versions de L’Estoire du Graal de Robert de Boron (début du xiiie s.). Par le biais d’une étude minutieuse des marques morpho-syntaxiques, énonciatives et lexicales, il démontrait entre autres que l’insertion du discours rapporté au sein du récit était beaucoup plus contrainte dans les versions en prose (ms C, D et E) que dans celle en vers (ms R) [3]. Le présent article se basera évidemment en grande partie sur cette étude tout en élargissant la perspective à d’autres textes (et surtout d’autres genres, comme celui de la chanson de geste) et donc en en modifiant parfois certaines conclusions ponctuelles, mais certainement pas la ligne générale. J’y ajouterai aussi un regard plus approfondi sur le discours indirect ainsi que quelques remarques sur la prosodie et sur la mise en page des manuscrits, thèmes peu ou pas abordés par Cerquiglini [4]. J’ai choisi de structurer cet article en allant des marques les plus étudiées du discours rapporté médiéval (morpho-syntaxiques, énonciatives et lexicales) à celles qui le sont beaucoup moins, comme la ponctuation, mais il faut noter dès à présent que tout lecteur moderne qui approche les textes médiévaux par le biais d’éditions modernes et non pas des manuscrits est irrévocablement influencé par les décisions des éditeurs en matière de mise en page du texte (surtout par exemple pour les guillemets qui sont absents des manuscrits mais signalent clairement ce que l’éditeur moderne considère comme du discours direct) [5]. Pour mieux donner une idée de ce que le lecteur médiéval avait devant les yeux, il faudrait peut-être effacer toute ponctuation des exemples donnés ci-dessous sur base de textes édités, mais ce serait oublier que certains manuscrits présentent bien des marques de ponctuation (et des majuscules) même s’ils le font de façon très différente de notre usage actuel (voir infra). À défaut donc de travailler directement à partir des manuscrits, ce que je n’ai pu faire que pour la section trois du présent article, j’en suis réduite à signaler ce problème, sans vraiment le résoudre.
Comme le notait déjà Cerquiglini (1981 : 22), pour étudier la signalisation du discours rapporté, il faut examiner à la fois les transitions entre discours citant (du narrateur) et discours cité (du personnage), mais aussi les transitions allant d’un discours cité à l’autre (c’est-à-dire les dialogues) [6]. Dans le présent article, la signalisation du discours rapporté est envisagée à la fois selon le type de textes (vers ou prose) et en diachronie (du xiie s. au xve s.) [7]. Les catégories de discours rapporté examinées comprennent les discours directs, directs libres, indirects et indirects libres ainsi que des discours dits « hybrides » tels que le discours direct avec que ou le discours indirect sans que (Marnette 2003, 2005). Dans mes exemples, le discours direct est signalé en grasses, le discours indirect libre en italiques et le discours indirect (ou indirect sans que) est souligné. Le discours direct avec que apparaît en grasses soulignées.
2 – Marques morpho-syntaxiques, énonciatives et lexicales
3Bien que la distinction canonique entre discours direct et indirect ait été fréquemment remise en question ces dernières années (notamment dans mes propres travaux), il m’a paru plus efficace de diviser la présente section sur base de ces deux catégories, tout en parlant aussi des catégories de discours rapporté qui empruntent des caractéristiques aux deux (e.g. discours indirect libre et discours dits hybrides).
2.1 – Discours indirect (et discours indirect sans que)
4Le discours indirect se signale de façon qui semble – à première vue – peu ambiguë puisqu’il comporte un verbe introducteur accompagné d’une conjonction de subordination. Il y a donc une forte distanciation entre discours citant et discours cité, mais également une tendance prépondérante à l’intégration du discours cité puisque ses embrayeurs sont entièrement transposés et dépendent de la situation d’énonciation du discours citant.
5Cependant, la conjonction de subordination n’est évidemment pas toujours présente puisqu’on trouve des discours indirects sans que (particulièrement dans les textes en vers tandis que les textes en prose exigent les marques les plus explicites possibles) [8].
Dont crïent il mout s’ame se soit perdue
Et al juïse devant Dieu confondue.
Mahomet jurent vengement en ert pris ;
Dit mex veut estre mis au vent
Que il de lui n’ait la venjance ;
Le feu conmande a alumer
Et son nevo a amener.
La conclusion dudit duc Philippes fut fort humble et saige, suppliant au roy ne vouloir legierement croire contre luy ne son filz et l’avoir tousjours en sa bonne grace.
Et il la cort sostenir, et com ele revint de pasmoisons, si li demande por qoi ele s’est pasmee.
« Sire, de joie, » fait ele.
Alde la bele est a sa fin alee.
Quidet li reis que el se seit pasmee,
Pitet en ad, sin pluret l’emperere,
Unches en Rome nen out si grant ledice
Cum out le jurn as povres ed as riches
Pur cel saint cors qu’il unt en lur baillie :
Ço lur est vis que tengent Deu medisme ;
Quant li marchis eut dit as pelerins et as Veniciens que qui aroit chel enfant dont nous avons parlei par devant, il aroit boine acoison d’aler en Coustan-tinoble et d’aus estoirer, si fisent li croisié atirer deus chevaliers molt bien et molt belement, (…)
Si dist que sa dame salue
le roi et mon seignor Gauvain
et toz les autres, fors Yvain,
le mançongier, le guileor
le desleal, le tricheor,
qu’il l’a guilee e deceüe ;
bien a sa guile aperceüe,
qu’il se feisoit verais amerres
s’estoit fos, souduianz et lerres
« Ma dame a cil lerres souduite
qui n’estoit de nus max estruite
ne ne cuidoit pas, a nul fuer,
qu’il li deüst anbler son cuer. […] »
Et ele descent et vient devant le roi ; si le salue et il dist que diex la beneie. Sire, fet ele, por Dieu, dites moi se Lancelot est ceenz. – « Oïl voir, fet li rois, veez le la. » Si li mostre.
Lors lo trait a une part, si li dit que sa Dame del Lac l’anvoie a lui. ‘Et demain, fait ele, savroiz vostre non et lo non vostre pere. […]’
[…] et [Mordret] dist que de ceste bataille assembleroit il a Artu, car ses espies li avoient ja dit que li rois conduisoit la derreniere de ses batailles.
2.2 – Discours direct
7Le discours direct est sans doute la catégorie la plus étudiée du discours rapporté, en tous les cas pour ce qui concerne le français médiéval et ce malgré le fait qu’il n’est pas majoritaire dans certains textes (e.g. chroniques et lais de Marie de France) et que dans l’ensemble des textes il est moins utilisé que le discours indirect lorsque les personnages citent d’autres personnages [16]. En fait, à l’exception de la non-transposition des embrayeurs personnels et temporels – qui marquent l’hétérogénéité profonde du discours direct par rapport au discours citant – et de la présence de verba dicendi et sentiendi, la signalisation du discours direct est similaire à celle du discours indirect libre [17].
2.2.1 – Verba dicendi et sentiendi
8On peut distinguer trois emplois différents du verbum dicendi (ou sentiendi). Celui-ci peut se trouver avant le discours direct (ce que Cerquiglini appelle « prolepse » [14a]), inséré au sein du discours direct ou venant à sa suite (ce qu’on nomme généralement incise et que Cerquiglini nomme « analepse » [14b]) et enfin il peut y avoir combinaison des deux et donc forte redondance (ce qui est très souvent le cas dans le Roman de Guillaume [15]). Bien sûr, une quatrième solution est l’absence de tout verbum dicendi ou sentiendi, c’est-à-dire le discours direct libre [16] :
Puis luy dist ausques haultement : « Veillés moy ouir, sire pere saint,’ fet il, ’et je vous dirai une des merveilles du monde. (…) »
Ele le voit, cel recognuct molt bien.
« Dont viens, amis, por le cors saint Richiel ? »
- Les chansons de geste imposent une séparation stricte entre le discours du narrateur et les discours des personnages afin de présenter aux auditeurs/lecteurs des « blocs » de discours directs qui ne contiennent aucune interférence de la part du narrateur. Toutefois l’emploi de ce type de discours direct dans un dialogue ne permet pas les réponses « du tac au tac » et donne l’impression d’une juxtaposition de discours séparés plutôt que celle d’une conversation suivie. Cette tendance est peut-être due au fait que les chansons de geste étaient chantées, car il est plus facile de varier le ton pour changer de personnage/locuteur au sein d’un dialogue en introduisant le discours direct par un verbe qui le précède, plutôt qu’en le plaçant directement après un autre discours direct. Ces remarques sont grosso modo les mêmes pour les vies de saint que j’ai étudiées.
- La manière dont les discours directs sont introduits est plus variée dans les romans en vers, qui utilisent davantage de discours directs libres que les autres genres (excepté dans les Lais de Marie de France). La proportion de dialogues par rapport aux discours directs y est aussi plus élevée, ce qui n’est évidemment pas fortuit puisque c’est là que les discours directs libres apparaissent généralement, ce qui donne à ces conversations une vivacité que celles des chansons de geste, ou des romans en prose ne possèdent pas. Trois romans en vers (Tristan de Béroul, Erec et Enide et Yvain) présentent une prosodie particulièrement souple de sorte que les dialogues peuvent être constitués de répliques très brèves qui n’occupent pas un octosyllabe entier [17, 18, 19]. L’effet de vivacité produit par ce type de dialogues doit être mis en parallèle avec la volonté de vraisemblance invoquée par le narrateur des romans en vers, car les dialogues en question n’apportent pas d’informations tout à fait neuves au sein du récit mais plutôt explicitent, exemplifient l’état d’esprit des interlocuteurs.[17] Le Roman de Tristan de Béroul 2435-8 « Quil portera ? » dist li hermites. •_Analepse « Gel porterai. » « Tristran, nu dites. » •_Ø verbum dicendi (x 2) « Certes, sire, si ferai bien, Bien sai l’estre de Lancïen. (…). » •_Ø verbum dicendi[18] Erec et Enide 213-217 « Fui ! » fet Erec, « nains enuieus ! •_Analepse Trop es fel et contralïeus. Lesse m’aler ! » — « Vos n’i iroiz ! » •_Ø verbum dicendi « Je si ferai ! » — « Vos nel feroiz ! » •_Ø verbum dicendi (x 2) Erec bote le nain an sus.[19] Yvain 2019-33 [Yvain tente de convaincre Laudine de son amour] « Dame, » fet il, « la force vient de mon cuer qui a vos se tient ; an ce voloir m’a mes cuers mis. » •_Analepses « Et qui le cuer, biax dolz amis ? » •_Ø verbum dicendi « Dame mi oel. » — « Et les ialz, qui ? » •_Ø verbum dicendi (x 2) « La granz biautez quë an vos vi. » •_Ø verbum dicendi « Et la biautez, qu’i a forfet ? » •_Ø verbum dicendi « Dame, tant quë amer me fet. » •_Øverbum dicendi « Amer, et cui ? » — « Vos, dame chiere. » •_Ø verbum dicendi (x 2) « Moi ? » — « Voire, voir. » — « An quel meniere ? » •_Ø verbum dicendi (x 3) « An tel que graindre estre ne puet ; (…). » •_Ø verbum dicendi
- Les romans en prose privilégient les dialogues autant que les romans en vers. Cependant, la nécessité d’identifier clairement le locuteur empêche l’emploi de discours directs libres. Le fort taux de dialogues explique dès lors le nombre très élevé de discours directs incluant un verbum dicendi en incise (i.e. analepse), car bien que moins naturels que les discours directs libres, ils donnent cependant plus de vivacité aux discours que les discours directs précédés par un verbum dicendi (i.e. prolepse). Généralement donc, les dialogues commencent par un discours indirect (voir [11] supra) ou par un discours direct en prolepse mais se poursuivent par des discours directs en analepse. Comme je le notais déjà précédemment (Marnette 1998), la mise en prose de l’Estoire du Graal « a donné lieu à un renforcement et à une uniformisation des procédés d’insertion du discours de la version en vers. Les DD précédés par un verbum dicendi, qui étaient déjà majoritaires dans le Graal en vers, ont par conséquent encore augmenté dans le Graal en prose. À mon avis, Cerquiglini (1981) a donc eu tort de conclure, à partir de son étude du Graal en prose, que la prose en général préconise les discours directs précédés par un verbum dicendi. Ceci ne remet cependant pas en cause une des constatations principales permises par son analyse, à savoir que la prose signale l’insertion du discours direct dans le récit d’une manière beaucoup plus stricte et plus lourde que les vers. » Le souci d’identification du locuteur et donc de structuration forte du discours rapporté dans les romans en prose découle à mon avis de deux tendances complémentaires, l’une formelle et l’autre idéologique. Sur le plan formel, la prose a besoin de compenser l’absence du rythme permis par le vers à l’oral (alternance des rimes ou des assonances) mais aussi à l’écrit (les colonnes des ms correspondant à des colonnes de vers). Pour éviter le fouillis, la prose doit donc impérativement marquer le discours, ce qui explique notamment aussi l’usage à répétition de la formule « le conte dit que ». D’un point de vue idéologique et narratologique, j’ai montré par ailleurs que les premiers textes vernaculaires en prose – romans portant sur le Graal et chroniques – donnaient à voir une réalité (et donc une vérité) unique parce que religieuse et/ou historique (Marnette 1998). Dès lors, mieux le discours rapporté est signalé, mieux il est contrôlé par l’instance narrative et subordonné à une vision indivisible de la réalité.
- Les chroniques emploient peu de discours directs et lorsqu’elles le font, elles choisissent la construction en prolepse, probablement à cause de sa rigidité. Si je suis le même raisonnement que pour les romans en prose, l’absence relative de dialogue expliquerait donc l’absence de la construction en analepse.
2.2.2 – Autres marqueurs morpho-syntaxiques et énonciatifs
9Comme la plupart des discours directs repérés dans mon corpus, les exemples de discours directs ci-dessus contiennent tous une combinaison des six marques suivantes [19] :
- Transposition des embrayeurs de personnes, de temps et d’espace, voir exemples [11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19]
- Modalisation : emploi du subjonctif pour l’expression d’ordres ou de souhaits, enchaînement question-réponse, etc., voir exemples [11, 14, 15, 18, 19]
- Adverbes énonciatifs : oui, certes, etc., voir exemples [11, 17, 19])
- Termes d’adresses : noms propres ou bien titres (dame, sire, belle sœur, etc.). Leur position et leur co-occurrence avec les verba dicendi et sentiendi est étudiée par Lagorgette (2004), voir exemples [6, 12, 14, 15, 16, 17, 18, 19]
- Reprise d’un élément cité, e.g. attendre dans [14], porterai dans [17], cœur, yeux, et beauté dans les répliques de [19]
- Ordre des mots, par exemple pour signaler que l’on a affaire à une question ou à un ordre [11, 14, 15, 17, 18, 19]
3 – Marques prosodiques
10Les chansons de geste et les vies de saint étudiées semblent obéir aux contraintes prosodiques les plus strictes, peut-être parce qu’elles sont effectivement chantées et ont donc moins facilement recours à un changement d’intonation. Ceci est lié au fait qu’il y a beaucoup moins de discours directs libres et indirects libres dans ces textes. La forme décasyllabique impose au discours rapporté (qu’il s’agisse de discours indirect ou de discours direct) de commencer soit en début de vers (avec une prolepse closant le vers précédent ou une analepse commençant à la césure), soit à la césure (c’est-à-dire après la quatrième ou la cinquième syllabe). Comme je l’ai dit, on rencontre peu de discours directs libres et pratiquement jamais à la césure, car la fin du discours rapporté correspond généralement à la fin du vers. J’ai cependant trouvé une exception dans les mss. A de la Prise d’Orange [20], les mss. B offrant une autre leçon [21] :
Dist l’amirauz : Baron, venez avant.
Dont venez vos ? – De la gent d’Aufriquant,
De vostre pere, le roi Tiebaut poissant.
(…)
Dist l’amirauz : Baron, venez avant.
Dont venez vous nel me celez neant
— Sire, font il, del regne d’Aufriquant
Du roi Tiebaut vostre pere sachant.
(…)
4 – Marques de ponctuation et mise en page
11Il n’existe aucune étude globale de la ponctuation et de la mise en page du discours rapporté médiéval et lorsqu’on se penche sur les manuscrits, on comprend vite pourquoi. Excepté bien sûr pour l’absence générale de guillemets, qui n’apparaîtront que plus tard, sous l’impulsion des imprimeurs, l’emploi de la ponctuation (point et point virgule) ainsi que des capitales (simples ou bien historiées) semble varier de manuscrit à manuscrit et parfois même à l’intérieur d’un même texte. Outre le fait que, contrairement aux guillemets, ces signes n’ont pas pour fonction principale de signaler le discours rapporté, il paraît extrêmement difficile de faire des généralisations à propos de leur présence ou absence, excepté pour dire, comme le font quelques spécialistes, qu’ils sont susceptibles de marquer les transitions entre discours cité et discours citant [20]. Encore faut-il se demander si ces marques en question ne sont pas simplement utilisées à des fins syntaxiques (c’est-à-dire pour indiquer le début et la fin d’une phrase ou d’un groupe syntaxique jugé complet) avec seulement pour conséquence de marquer aussi le début et la fin du discours rapporté (Middleton 1993 : 168). Sur base d’un premier sondage à partir de manuscrits disponibles à Oxford (ou de fac-similés), je peux m’avancer à suggérer quelques hypothèses qui demanderaient bien sûr à être vérifiées à partir d’un échantillon plus large.
- Dans les manuscrits consultés, je n’ai pas trouvé de discours indirects (ou indirects libres) débutant par un point ou une majuscule.
- L’emploi du point ou du point virgule pour signaler le discours direct ne se fait pas nécessairement en début ou en fin de discours. Busby (2002 : 171-3) pense que leur seule présence signale qu’il y a discours rapporté, quelle que soit leur place :The somewhat variable position of the punctuation mark (before the switch to direct speech, after the first apostrophe, after the incidental clause) suggests that in some manuscripts it had a general rather than a specific function by indicating through its visual presence on a line that direct speech was represented. Again, the ability to read slightly ahead facilitates the process. It should be noted that the line-end is usually regarded as adequate punctuation when the transition between direct speech and narration or change of speakers occurs there.
- Les manuscrits des chansons de geste semblent très peu recourir à ces marques pour signaler le discours rapporté (et même en général, excepté pour noter les abréviations de noms propres). Ceci est peut-être dû au rôle si important du rythme (découpage du décasyllabe) qui pourrait rendre superflue toute autre marque. Un coup d’œil à deux manuscrits de La chevalerie Vivien montre que ceux-ci se comportent différemment. Le ms Fr.e.32 (fin xiie s.) ne semble employer le point que pour signaler les mots abréviés tandis que le ms Sancti Bertini (facsimilé édité par R. Weeks) paraît aussi l’utiliser pour signaler des groupes syntaxiques et même parfois le discours rapporté :
n eveu fait il nos sõmes iovene enfant
- Les manuscrits des romans en vers varient beaucoup. Certains, comme le Tristan de Béroul ou la plupart des versions de la Chastelaine de Vergy, ne contiennent aucune ponctuation en général [21]. D’autres, comme les manuscrits d’Erec et Enide étudiés par Middleton (1993), paraissent clairement recourir à l’emploi des initiales historiées qui dans certains cas ouvrent le discours direct et dans d’autres indiquent un retour au récit.
- Les manuscrits des romans en prose paraissent plus systématiques dans leur emploi de la ponctuation et des capitales. Il s’agit là d’une tendance qui s’allie bien à ce qui a déjà été dit de la signalisation contraignante du discours rapporté dans ces textes. Ainsi, dans le ms Digby 223 contenant le Cycle de Lancelot (xiiie s.) et dans le ms. plus tardif ms.fr.c.30 présentant un extrait de Jehan de Saintré (fin xve s.), j’ai noté que le discours direct était très souvent signalé au début et à la fin à la fois par un point et par une majuscule. Dans certains cas, on trouve aussi l’un ou l’autre, et parfois rien du tout. Dans le ms Douce 215 contenant une partie du Cycle de Lancelot (xiiie s.), les majuscules sont peu employées en général, excepté pour les lettrines. Cependant, on remarque les mêmes tendances pour l’emploi des points signalant le début et la fin des discours directs ou concluant les discours indirects [22].
12Dans ces manuscrits, les discours indirects ne débutent jamais par un point ou une majuscule, mais ils se terminent en majorité par un point et sont relativement souvent suivis d’une majuscule.
13Enfin, outre la ponctuation et l’emploi des majuscules (et/ou lettrines), on notera aussi que certains manuscrits signalent le passage d’un discours à l’autre grâce aux rubriques. Ainsi, cinquante-trois des soixante-douze manuscrits du Roman de la Rose examinés par Huot (1987 : 90-95, 339-42) font précéder les discours du je-narrateur-auteur, du je-amant et des personnages allégoriques par une rubrique :
Ci respont l’aucteur au dieu d’amours
Et je respondi simplement… (vv. 1896-1926)
Ci endroit parole / li diex d’amours a l’amant
Je t’aint moult et pris… (vv. 1926-52)
SAINTRÉ. – Alors le petit Saintré a genoulz se mist, puis dist : « Ma dame de tout ce je vous remercie, et le feray bien se Dieu plait. »
LA DAME. – « Ferez ? » dist Madame, « et je verray que vous ferez. (…), et actendez moy cy, car je revenray tost. »
L’ACTEUR. – Alors madame d’estre assise se lieve et tout hault a ses femmes dist :« Et que cuidiez vous de ce faulz garçon ? » (…)
5 – Conclusion
15Cet article a tenté de montrer que les textes médiévaux donnaient à entendre mais aussi à lire le discours rapporté en combinant de manière spécifique des marques linguistiques, prosodiques et manuscrites qui, pour certaines, tendaient à différer selon les genres linguistiques envisagés. Si certaines marques ont déjà été amplement analysées, surtout en ce qui concerne le discours direct, d’autres restent à explorer, notamment l’emploi de la ponctuation et des majuscules.
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Corpus
- Les 22 titres suivis d’une astérisque sont ceux qui figuraient dans Marnette (1998). La liste ci-dessous comprend les 39 textes figurant dans Marnette (2005) plus un (La quête del Saint Graal).
1. Chansons de geste
- La Chanson de Roland*. Éd. par Gérard Moignet. Paris : Bordas. 1989.
- Le Voyage de Charlemagne à Jerusalem et à Constantinople*. Éd. par Paul Aebischer. Genève : Droz. 1965.
- La Prise d’Orange*. Éd. par Claude Régnier. Paris : Klincksieck. 1966. Version AB basée sur manuscrits A et B et version CE basée sur manuscrits C et E.
- Le Chevalier au Cygne. Éd. par Jan A. Nelson. Alabama : University of Alabama Press. 1985.
- Raoul de Cambrai*. Éd. par Sarah Kay. Oxford : Clarendon Press. 1992.
- Huon de Bordeau. Éd. par Pierre Ruelle. Bruxelles : Presses Universitaires de Bruxelles. 1960. Extrait : vers 1-4078 et 8550-10553.
- Tristan de Nanteuil. Éd. par K. V. Sinclair. Assen : Van Gorcum. 1971. Extrait : vers 1-2004 et 21316-23361.
2. Romans en vers et Lais
- Erec et Enide*. Chrétien de Troyes. Éd. par W. C. Carleton. New York & Londres : Garland. 1987.
Yvain ou Le Chevalier au Lion. Chrétien de Troyes. Éd. par William W. Kibler. New York & Londres : Garland. 1985. - Lais de Marie de France*. Éd. par Karl Warnke. Paris : Le Livre de Poche. « Les Lettres gothiques ». 1990.
- Eracle. Gautier d’Arras. Éd. par Guy Raynaud de Lage. Paris : Champion. 1976.
- Le Roman de Tristan*. Béroul. Éd. par Alfred Ewert. Oxford : Basil Blackwell. 1939.
- Ipomedon. Hue de Rothelande. Éd. par A. J. Holden. Paris : Klincksieck. 1979.
- Le Roman de l’Estoire dou Graal*. Robert de Boron. Éd. par William A. Nitze. Paris : Champion. 1927.
- Le Lai de l’ombre. Jean Renart. Éd. par Félix Lecoy. Paris : Champion. 1979.
- Le Roman de la Rose ou de Guillaume de Dole. Jean Renart. Éd. par Félix Lecoy. Paris : Champion. 1979.
- Erec et Enide*. Chrétien de Troyes. Éd. par W. C. Carleton. New York & Londres : Garland. 1987.
3. Hagiographie
- La Vie de Saint Alexis*. Manuscrit H. Éd. par Charles Storey. Oxford : Basil Blackwell. 1946.
- La Vie de Saint Alexis*. Manuscrits M2 et S Éd. par Alison G. Elliott. Chapel Hill : University of North Carolina Press. 1983.
4. Romans en prose
- Le Roman du Graal*. Robert de Boron. Éd. par Cerquiglini. Paris : 10/18. 1981.
- Lancelot du Lac*. version non cyclique. Éd. par Kennedy. Oxford : Clarendon. 1980. extrait p. 154-257.
- La Queste del Saint Graal. Éd. par Pauphilet. Paris : Champion. 1949.
- La Mort le roi Artu*. Éd. par Frappier. Genève : Droz. 1964.
- Le Roman de Tristan*. Éd. par Ménard. Genève : Droz. extrait 1987. p. 247-277 et 1990. p. 65-190.
- Le Roman de Perceforest. 4e partie. éd. par Gilles Roussineau. Genève : Droz. 1987. extrait p. 1-200.
- Le Roman de Jehan de Saintré. Antoine de la Sale. Éd. par Jean Misrhai & Charles A. Knudson. Genève : Droz. 1965.
- Le Roman de Guillaume. Éd. par Carl Weber. Halle : Vereinigten Friedrichs-Universität Halle-Wittenberg. 1912 (sous le titre Die Prosafassungen des « Couronnement de Louis ». des « Charroi de Nîmes » und der « Prise d’Orange »).
- Le Roman du Comte d’Artois. Éd. par Charles Seigneuret. Genève : Droz. 1966.
- Le Roman de Jehan de Paris. Éd. par E. Wickersheimer. Paris : Champion. 1923.
5. Chroniques
- Villehardouin. La Conquête de Constantinople*. Éd. par R. Faral. Paris : Les Belles lettres. 196 1. Vol. I.
- Robert de Clari. La Conquête de Constantinople*. Éd. par P. Lauer. Paris : Champion. 1924.
- Jehan. Seigneur de Joinville. La Vie de Saint Louis. Le témoignage de Jehan. Seigneur de Joinville*. Éd. par N. Corbett. Québec : Naaman. 1977.
- Froissart. Chroniques. Éd. par G. T. Diller. Genève : Droz. 1991. Volume I. §§ 1-100. p. 1-131.
- Froissart. Chroniques. ’Le voyage de Bearn’. Dans A. Pauphilet et E. Pognon. Historiens et Chroniqueurs du moyen âge. Paris : Gallimard. 1952. p. 486-565 et p. 605-647.
- Enguerran de Monstrelet. Chronique. Éd. par L. Douët-D’Arq. Paris : Société de l’histoire de France 1857. Livre II. chapitres 258-278.
- Gilles Le Bouvier dit Le Héraut Berry. Les Chroniques du roi Charles VII. Éd. par H. Courteault et L. Celier. Paris : Klincksieck. 1979. p. 3-4. p. 122-99
- Commynes. Mémoires. Éd. par J. Calmette. Paris : Belles Lettres. 1964. Vol. 1.
6. Autres
- Aucassin et Nicolette. Chantefable du xiiie siècle*. Éd. par Mario Roques. Paris : Champion. 1975.