Éducateurs
Le point de vue des ressources humaines en trois questions
- Par Perrine Cheval
- et Bernard Guzniczak
Pages 23 à 27
Citer cet article
- CHEVAL, Perrine
- et GUZNICZAK, Bernard,
- Cheval, Perrine.
- et al.
- Cheval, P.
- et Guzniczak, B.
https://doi.org/10.3917/lcd.078.0023
Citer cet article
- Cheval, P.
- et Guzniczak, B.
- Cheval, Perrine.
- et al.
- CHEVAL, Perrine
- et GUZNICZAK, Bernard,
https://doi.org/10.3917/lcd.078.0023
Recrutement, réformes, compétences attendues, évolution de carrière… Comment le métier d’éducateur est-il pensé dans le périmètre dévolu aux ressources humaines ? Nicole Dellong, directrice de la sous-direction des ressources humaines et des relations sociales au sein de la Direction de la protection judiciaire de la jeunesse, répond en trois questions à la rédaction de la revue Les Cahiers dynamiques.
1Les Cahiers dynamiques (LCD) : Au gré des années et des campagnes de concours qui organisent le recrutement des futurs éducateurs de la pjj, on observe une forte évolution des profils. S’il y a encore quelques années, beaucoup d’éducateurs et éducatrices étaient issu·e·s des filières des sciences et techniques des activités physiques et sportives (staps) ou encore des sciences de l’éducation, aujourd’hui la prévalence des stagiaires issus de la filière juridique est observée, atteignant près de 50 % des trois dernières promotions formées. L’administration centrale de la Protection judiciaire de la jeunesse, qui a compétence sur ces sélections, a-t-elle un profil attendu des futurs éducateurs ?
2Nicole Dellong (N.D.) : La sélection des candidats au concours est du ressort exclusif de la compétence des jurys qui ont comme unique objectif, mais non des moindres, de détecter ceux qui répondent le mieux aux attendus de l’institution en matière de valeurs, d’engagement et d’aptitude à exercer le métier d’éducateur, sachant que la formation de 18 mois permet de parfaire les compétences professionnelles exigées et d’éprouver la réalité du métier grâce aux stages terrains.
3Les différentes voies d’accès par concours permettent de conserver cependant une certaine diversification des profils : si la filière « juridique » représente 43 % des lauréats du concours externe, les lauréats du concours interne, et du concours 3e voie sont très majoritairement issus de la filière socio-éducative : éducateurs contractuels de la pjj ou encore professionnels exerçant depuis au moins 5 ans dans des établissements ou associations du secteur social. Quant au concours sur titres, il s’adresse aux titulaires du diplôme d’état d’éducateur spécialisé.
4La dpjj continue depuis plusieurs années à diversifier les profils et à se faire connaître par des campagnes de communication « offensives » sur tout type de support et ciblées sur les publics qu’elle recherche. Les instituts régionaux de travail social (irts) et la filière staps sont toujours des cibles privilégiées avec des conventions qui ont pu être élaborées soit au niveau local soit au niveau national.
5À noter que la part des lauréats des concours qui étaient éducateurs contractuels à la pjj est importante : en 2019, cette part représente 38 % des lauréats du concours externe, 43 % du concours interne, 88 % du sur titre et 53 % du 3e voie.
6LCD : Deux réformes majeures sont advenues en 2019 et en 2020 qui, par les dispositions qu’elles impliquent, concernent le métier d’éducateur : celle de la loi de transformation de la fonction publique, et celle de la loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice. Dans le cadre de la future réforme de la justice des mineurs, quelles sont les attentes vis-à‑vis des éducateurs ? Au cœur même de leur métier se trouve la capacité d’entrer en relation avec les jeunes suivis. Le prisme choisi de l’éducateur « pilote de parcours », ou encore le glissement vers un aspect probatoire de l’intervention éducative sont-ils une nouvelle manière de concevoir le métier ? Un changement de culture professionnelle ?
7N.D. : L’amélioration constante de la qualité de l’action éducative repose avant tout sur les professionnels qui, au quotidien, accompagnent les jeunes et leur famille. L’institution se doit de les soutenir et les efforts doivent porter sur le développement de leurs compétences et sur l’amélioration de leurs conditions de travail.
8Les méthodes de l’action éducative sont ainsi envisagées depuis la définition des missions, via des référentiels de compétences et de doctrine d’emplois, en passant par les modalités de recrutement et de formation qui sont travaillées avec l’enpjj.
9Dans le contexte des travaux des états généraux du travail social qui ont acté le passage à la catégorie « A » des éducateurs ainsi que ceux de la réingénierie des diplômes de la filière sociale, la dpjj a initié, fin 2017, des travaux visant à refondre les arrêtés fixant les modalités et contenus des formations statutaires des éducateurs et directeurs. L’intégralité du dispositif général de formation a été repensée dans le sens d’une plus grande alternance intégrative et d’une progressivité pédagogique personnalisée.
10Les arrêtés de formation ainsi rénovés ont fait l’objet d’une publication en février 2020. Les premières promotions régies par ces nouvelles dispositions sont entrées en formation en mars 2020 à l’École nationale de protection judiciaire de la jeunesse (enpjj).
11Le futur Code de la justice pénale des mineurs (cjpm), couplé à la loi de programmation de la justice (lpj) réaffirme les grands principes sur lesquels se fondait l’ordonnance de 1945, à savoir la primauté de l’éducatif sur le répressif, l’atténuation de la responsabilité pénale, et le recours à des juridictions et procédures spécialisées. Chaque grand principe est rappelé à travers des dispositions déjà existantes et reprises, mais aussi renforcé par des nouvelles dispositions. En ce sens, les valeurs sur lesquelles s’adosse le métier d’éducateur sont toujours les mêmes, et la doctrine d’une intervention éducative fondée sur la capacité d’entrer en relation avec l’adolescent suivi reste vivante plus que jamais.
12Réalisée à droit constant, la réforme de procédure vise notamment à mettre fin à l’empilement des mesures éducatives tant provisoires que définitives, dont certaines n’étaient plus adaptées à l’évolution du mineur, en les remplaçant par la création d’une mesure éducative judiciaire (mej) unique. Celle-ci est fondée sur une évaluation pluridisciplinaire, qui permettra de garantir la continuité de l’action éducative tout au long de la procédure judiciaire. La mej peut en effet être prononcée à tous les stades de la procédure (défèrement, audience de culpabilité, audience de sanction). Enfin, elle peut se poursuivre après la majorité du jeune jusqu’à ses 21 ans permettant d’assurer ainsi la cohérence et la continuité de la prise en charge éducative. L’évaluation continue de la situation des mineurs garantit l’individualisation et adaptation constante de leur prise en charge éducative. La mesure judiciaire d’investigation éducative (mjie) sera systématisée à l’instruction et le recueil de renseignements socio-éducatifs, effectué dans un délai de 10 jours à 3 mois, devrait voir son contenu s’étoffer.
13L’ensemble de ces nouvelles dispositions répond par la loi aux orientations principales développées par la pjj ces dernières années et déjà pratiquées par les professionnels : accompagnement du parcours du jeune dans une logique de continuité, adaptabilité et diversification des modes de prise en charge, évaluation continue de la situation.
14Donc, sur le fond, il n’est pas question d’un changement de doctrine de l’exercice de l’action éducative dans un cadre pénal, mais il est clair que les questions de temporalité de l’intervention, le retour à un exercice plus fréquent de celle-ci dans un cadre post sentenciel, le développement volontariste de l’alternative à l’incarcération, et l’apparition de cadres nouveaux d’intervention comme la médiation ou la détention à domicile sous surveillance électronique (ddse) vont ouvrir de nouveaux contextes d’intervention.
15Enfin, l’utilisation du nouvel outil Parcours complète les changements impactant les pratiques.
16La dpjj conduit actuellement un travail de fond en matière de conduite du changement et un comité de pilotage spécifique dédié à la formation des cadres et des professionnels valide l’élaboration des programmes de formation de l’ensemble des agents sur la base des documents pédagogiques en cours de rédaction, notamment un nouveau référentiel des pratiques éducatives.
17Le plan de formation 2021 sera très largement dédié à l’accompagnement à la mise en œuvre du cjpm.
18LCD : Au-delà de cette réforme, quelles sont les incidences amenées par la loi de transformation de la fonction publique quant au recrutement d’éducateurs contractuels en contrat à durée indéterminée ? Est-ce dans l’intention de la dpjj de recourir à cette possibilité et, si cela est le cas, comment seront-ils formés ? Cela pose également, d’une manière plus globale, la question du rapport de l’institution à son organe de formation et celle de l’adaptation à l’emploi. Que pouvez-vous nous dire sur cette question très ouverte ?
19N.D. : La dpjj s’inscrit toujours dans sa politique de recrutement de titulaires et l’organisation de concours. Pour preuve, une nouvelle promotion de 170 éducateurs va entrer en formation à l’enpjj au 1er mars 2021. De même, dans un esprit républicain d’égalité des chances, notre volonté est de continuer à actionner le dispositif de classe préparatoire intégrée (cpi) qui permet aux personnes sélectionnées de préparer les concours des prochaines années.
20Pour autant, la dpjj accueille déjà un nombre important de contractuels très majoritairement pour venir en renfort d’une activité de milieu ouvert conjoncturellement élevée ou pour combler des vacances de poste ou en remplacement d’agents momentanément absents, dans des services où la prise en charge continue est nécessaire. La loi de transformation de la fonction publique permet, dans des territoires qui n’attirent pas les agents titulaires ou les sortants d’école, de recourir à des contrats de deux ans. Cela peut être autorisé sous conditions cumulatives de la publication du poste à plusieurs campagnes de mobilité et amphithéâtres d’affectation et sous conditions d’un nombre minimal de postes vacants dans la même unité et à titre exceptionnel.
21Quel que soit le mode de recrutement, car n’oublions pas les éducateurs qui arrivent par la voie du détachement, la question de l’adaptation au nouvel environnement professionnel et aux attentes de l’institution se pose. La part des agents contractuels formés sur le nombre d’agents contractuels, toutes fonctions confondues, a été de 80 % en 2019, contre 75 % en 2017, ce qui montre le souci constant de la pjj de donner aux agents contractuels des bases solides pour appréhender l’environnement professionnel à la pjj et les particularités de leurs métiers.
22Pour moi, ce n’est pas le statut qui importe pour inscrire ou non un agent à une formation mais ses besoins et ceux de l’institution, ainsi que la prise en compte de ses souhaits d’évolution professionnelle. Outre les préparations aux concours qui sont largement ouvertes et qui portent leurs fruits, comme l’attestent les résultats des agents contractuels aux concours que j’évoquais dans la première question, un contractuel doit disposer du même droit à la formation que ses collègues titulaires. Les modules de formation continue sont ouverts aux agents titulaires et aux agents contractuels.
23La difficulté réside plus dans la durée parfois très courte d’un contrat qui ne laisse pas toujours le temps à l’agent de bénéficier de formations d’autant plus s’il doit remplacer un agent absent immédiatement, mais c’est là où le recrutement doit être de qualité et la détention de diplômes en travail social et des expériences professionnelles similaires privilégiées. Cela peut également permettre d’accrocher l’agent et lui donner envie de passer les concours, ce qui est bénéfique pour tous.
24Plus globalement, l’élaboration de plan de formation individualisé sur la base d’un passeport des compétences acquises peut et doit être une piste de réflexion intéressante.