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Article de revue

En ligne avec Lilia Mahjoub

Pages 7 à 17

Notes

  • [*]
    L’équipe de rédaction de La Cause du désir a adressé ses questions à Lilia Mahjoub par courriel ; elle y a répondu on line.
  • [1]
    Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 79.
  • [2]
    Lacan J., Le Séminaire, livre i, Les écrits techniques de Freud, Paris, Seuil, 1975, p. 187.
  • [3]
    Cité par Razavet J.-C., De Freud à Lacan. Du roc de la castration au roc de la structure, Bruxelles, De Boeck, 2002, p. 188.
  • [4]
    Lacan J., Le Séminaire, livre xxii, « r.s.i. », leçon du 11 février 1975, in Ornicar ?, n° 4, octobre 1975, p. 95.
  • [5]
    Cf. Lacan J., « La psychanalyse et son enseignement », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 488.
  • [6]
    Lacan J., « La Troisième », La Cause freudienne, n° 79, octobre 2011, p. 17.
  • [7]
    Lacan J., « Hommage fait à Marguerite Duras, du ravissement de Lol V. Stein », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 193.
  • [8]
    Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, op. cit., p. 77.
  • [9]
    Lacan J., « Propos directifs pour un Congrès sur la sexualité féminine », Écrits, op. cit., p. 730.
  • [10]
    Cf. Lacan J., « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose », Écrits, op. cit., p. 565.
  • [11]
    Lacan J., « L’étourdit », Autres écrits, op. cit., p. 468.
  • [12]
    Lacan J., Le séminaire, livre xx, Encore, op. cit., p. 71.
  • [13]
    Ibid.
  • [14]
    Ibid., p. 129.
  • [15]
    Lacan J., Le Séminaire, livre xxii, « r.s.i. », in Ornicar ?, n° 3, mai 1975, p. 109.
  • [16]
    Ibid.
  • [17]
    Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, op. cit., p. 10.
  • [18]
    Miller J-A., « Une fantaisie », Mental, n° 15, février 2005, p. 19.
  • [19]
    Ibid.
  • [20]
    Lacan J., « La signification du phallus », Écrits, op. cit., p. 694.
  • [21]
    Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, op. cit., p. 36
  • [22]
    Lacan J., « L’étourdit », op. cit., p. 465.
  • [23]
    Mahjoub L., « L’amour, encore », La Cause du désir, n° 80, février 2012, p. 98-107.

1Anaëlle Lebovits-Quenehen — Freud a inventé le discours analytique en restituant une dignité à la parole des femmes que les maîtres d’alors cherchaient à faire taire. La psychanalyse est donc née en allant contre la diffamation des femmes. Mais qu’est-ce qui fait les femmes sujettes à la dit-femmation ?

2Lilia Mahjoub — Plutôt que de les traiter en folles, voire de les faire enfermer, comme ce fut le cas pour de nombreuses hystériques, ou encore de les laisser à leurs maux de « bourgeoises », il est vrai que Freud leur offrit la liberté de parole en les écoutant. C’est à Lacan, lequel fait un retour à ce que Freud découvrit avec les hystériques, soit l’inconscient, que revient l’invention du discours hystérique et partant, des trois autres discours fondamentaux dont celui de l’analyste. Avec les mathèmes ou les lettres qui se déplacent dans ceux-ci : S, S1, S2, a, et ce, au sein du discours hystérique, nous voyons quelque chose de tout à fait nouveau s’articuler, et qui ne concerne pas seulement les femmes. Il s’agit en effet du sujet. Lorsque Lacan formule l’équivoque à propos de la femme, à savoir qu’« on la dit-femme, on la diffâme » – il met en effet un accent circonflexe sur le â – il parle à ce moment-là d’âme, et d’« âmoureuses [qui] âment l’âme » [1]. Aimer à ce point l’âme dans leur partenaire, s’intéresser à l’amour, voire mieux à l’âmour, les mènerait ainsi à ce terme ultime qu’est l’hystérie, soit de « faire l’homme ». Dès lors, pour bien les différencier de cette âme à laquelle elles identifient leur être, elles sont diffamées, par des hommes, pas tous heureusement, mais hélas aussi par des femmes qui en font encore plus que l’homme, et sans le savoir y perdent pour le moins leur âme. D’aucuns croient que l’âme serait sauve, là où sévit le religieux ; or qu’y constate-t-on ? Qu’aux femmes est attribuée une place, voire une prison, dont elles ne sauraient en effet sortir qu’à devenir infâme.

3A. L.-Q. — La psychanalyse a toujours particulièrement intéressé les femmes, et cela bien avant qu’elles aient les mêmes droits civiques que les hommes, comme c’est aujourd’hui le cas. Ainsi, Marie Bonaparte dès l’abord, puis des théoriciennes comme Melanie Klein, Anna Freud, Ruth Mack Brunswick, Helene Deutsch, Karen Horney, et plus tard encore Ella Sharp ou Joan Rivière ont-elles joué un rôle dans le mouvement analytique. Comment expliquer l’affinité des femmes avec la cause analytique sinon par leur rapport spécial au réel ?

4L. M. — Les noms des femmes analystes que vous citez sont en effet célèbres dans la littérature analytique, diversement cependant. Lacan ne les assimile pourtant pas les unes aux autres. Ainsi qu’il l’énonça, il ne reconnaît pas toutes les femmes, il n’en fait pas un tout. Justement parce que, pour lui, elles sont réelles. Si l’on peut dire, ainsi que le fit Lacan dès 1954, qu’une petite fille, déjà en tant que femme virtuelle, est « un être beaucoup plus engagé dans le réel que les mâles » [2], il n’y a pas de raison que ça change plus tard, quand elle deviendra une femme réelle. Je mettrai cependant un bémol, car si elle est moins encombrée par le signifiant phallique qu’un homme, il lui faudra toutefois avoir recours au signifiant pour ne pas rester engluée dans le réel. L’on sait l’hommage que Lacan rendit aux femmes en disant qu’elles sont les meilleures analystes, tout en s’empressant de rajouter à l’occasion les pires[3]. Les meilleures, pourquoi ? À cause de leur façon de traiter l’inconscient, c’est-à-dire avec « une sauvagerie, une liberté d’allure tout à fait saisissante » [4], pour reprendre les mots de Lacan, ce qui pourrait désigner, par exemple, Melanie Klein qu’il qualifiait de géniale tripière[5]. À propos d’Anna Freud, par contre, il n’était point aussi élogieux, puisque s’il la rapproche du réel, c’est pour en faire un objet a bien peu attrayant, en la traitant de « chiure de mouche » [6], et en ajoutant que pour une analyste, être aussi proche de ce type de déchet, ça doit lui servir. Ce rapport spécial au réel que vous évoquez, vous voyez, peut varier.

5A. L.-Q. — Il y a un mode de jouir spécifique aux femmes formalisé par Lacan dans le Séminaire xx. Mais ce mode de jouir ne concerne pas uniquement les femmes au sens anatomique de ce terme. Pourquoi alors nommer « féminine » cette jouissance Autre ?

6L. M. — Oui, Lacan aborde la question de la sexuation avec quatre formules propositionnelles, deux du côté homme et deux autres du côté femme. Il mentionne, précisément dans ce Séminaire xx, que tout être parlant, quel qu’il soit, pourvu ou non des attributs de la masculinité, peut s’inscrire du côté de la part femme. De sorte que l’être parlant qui s’y inscrit se situera hors du « tout » de l’universel propre à l’homme qui prend son inscription de la fonction phallique. Il a donc rapport au Φ. Côté femme, il a rapport à l’Autre, au signifiant de l’Autre qui n’existe pas du fait qu’il est toujours Autre, ce qui s’écrit S(Ⱥ), soit ce qui a rapport à la création puisque ce n’est pas un signifiant qui existe déjà. Et un homme, en ce sens, peut aussi s’inscrire de ce côté. Cela ne veut pas dire qu’il n’aura pas accès à la jouissance sexuelle phallique, tout comme les femmes. Alors pourquoi appeler féminine cette jouissance ? Je dirais que c’est pour prolonger le débat ouvert par Freud, à savoir qu’il n’y a pas deux côtés de l’être parlant qui seraient équivalents voire complémentaires et qui, si c’était le cas, se rangeraient du côté universel, c’est-à-dire reformeraient un tout. Freud posait une libido unique, masculine, commune aux deux sexes, celle qui a trait à la jouissance phallique, et le côté femme était Autre, énigmatique, non codifié, au-delà de cette jouissance phallique, supplémentaire donc. Supprimer le terme « féminine », à propos de cette jouissance, serait ni plus ni moins supprimer cet au-delà indicible et c’est pour cela que Lacan prend la voie logique pour l’articuler.

7A. L.-Q. — Lacan, parlant de la jouissance féminine, affirme qu’elle est foncièrement indicible, rétive aux mots. En même temps, les femmes ont un rapport à l’objet voix tel qu’elles parlent plus volontiers et peut-être plus facilement que les hommes (c’est ce que nous constatons cliniquement : les analysantes sont bien plus nombreuses que les analysants, et nombreuses sont les femmes qui font fonction d’analyste). Mais n’est-ce pas essentiellement cette jouissance indicible qui les y prédispose, quand elles y consentent ?

8L. M. — Que les femmes aient un rapport privilégié à la parole, c’est patent. Ce sont les bouches d’or des hystériques qui sont à la source de la psychanalyse. Ce rapport à l’objet voix que vous soulignez relève d’une jouissance pulsionnelle, donc phallique.

9Parler concerne tout d’abord la pulsion orale. Il y a dans la langue des expressions qui l’illustrent bien, comme par exemple « ne pas mâcher ses mots ». Le bla-bla ressortit à une satisfaction orale. Et les femmes sont en général plutôt bavardes. Nous avons certes aussi une autre pulsion en jeu dans la parole mais qui est d’un autre ordre, c’est la pulsion dite invocante et dont l’objet est en effet la voix. Parler implique un « se faire entendre », c’est-à-dire une pulsion dont la réversion ne se fait pas vers le sujet mais vers l’autre. Est-ce que les femmes seraient plus à l’aise pour « se faire entendre » ? Rien ne le prouve et c’est même bien souvent leur difficulté.

10Quant à la jouissance féminine, les femmes sont là-dessus mutiques et cela n’a rien à voir avec une bouche cousue sur un silence où nous aurions à l’œuvre l’instance pure de la pulsion orale refermée sur sa satisfaction. Nous ne sommes plus, à ce niveau, dans le registre des mots qui ne sortiraient pas. Ainsi que vous le formulez, il s’agit d’indicible, d’impossible à dire. Alors, est-ce que cette jouissance, qui se situe au-delà des mots et qui s’écrit S(Ⱥ), prédisposerait les femmes à l’usage de cet objet a qu’est la voix ? Est-ce que d’être plus libres à l’endroit du signifiant donnerait à certaines femmes un rapport autre à l’objet ? Ce ne peut-être à mon sens qu’exceptionnel. La lettre pourrait bien être concernée pour prendre ici le relais du signifiant. Je renvoie, à propos de la pratique de la lettre, à ce qu’écrivait Lacan dans son « Hommage fait à Marguerite Duras… », à savoir qu’elle « converge avec l’usage de l’inconscient » [7] et que dans son livre, Le ravissement de Lol V. Stein, elle récupère l’objet par son art. Cet objet, c’est en l’occurrence le regard.

11Alors pourquoi n’en irait-il pas aussi de la voix ? La voix dans les chants mystiques, la voix des divas, dans les « Airs sacrés » de Mozart, de Cécilia Bartoli dans « Il trionfo del Tempo e del Disinganno » de Haendel, opéra interdit par l’Église au xviiie siècle, enfin toutes ces voix qui s’élèvent vers un au-delà, vers non pas l’autre mais l’Autre. Et comme le soulignait Lacan, « c’est en tant que sa jouissance est radicalement Autre que la femme a davantage rapport à Dieu » [8]. Ce qui doit en effet faire peur à l’ordre établi. L’on sait que les femmes étaient proscrites dans les chœurs de la Chapelle Sixtine, et remplacées par des castrats.

12Et cette peur est une vieille histoire. N’est-ce pas de cette voix des femmes dont il est aussi question dans le xiie chant de l’Odyssée, celle des femmes-oiseaux, les Seirènes, une voix qui perdait à jamais ceux qui l’entendaient ? Ce serait donc dire que la voix a un statut différent des autres objets et qu’au-delà de son rapport premier à la pulsion invocante, elle n’est pas sans rapport avec la jouissance féminine, cette jouissance qui fait que la femme n’est pas-toute dans la jouissance phallique. Lacan mentionnait déjà, en 1958, quant aux méconnaissances et préjugés sur la femme, qu’il convenait « d’interroger si la médiation phallique draine tout ce qui peut se manifester de pulsionnel chez la femme » [9].

13A. L.-Q. — Le signifiant de La femme étant forclos, la féminité est impossible à partager avec quiconque. N’est-ce pas ce qui rend essentiellement compte de cette création spécifiquement féminine qu’est l’Autre femme ?

14L. M. — Tout dépend de ce qu’on entend par féminité ? S’agit-il des attributs phalliques dont se parent les femmes depuis toujours, et qui s’adressent au désir de l’homme ?

15Vous savez qu’il y a actuellement tout un débat sur l’hyperféminisation des petites filles. C’est un débat un peu bête, ce qui indique déjà que ce n’est pas de La femme dont il est ici question, mais bien de ce qui met les femmes sur le marché comme objets d’échange, avec tout le commerce qui entoure cela : cosmétiques, vêtements, concours de beauté, etc. – et force est de constater que c’est de plus en plus tôt. De cela en effet beaucoup de monde parle, des sociologues, des psys de toutes sortes, des politiques qui ne vont pas rater l’occasion de proposer une nouvelle loi. Bref, nous sommes dans le domaine de la marchandisation, de la consommation et, bien sûr, les petites filles qui ont de tout temps aimé se déguiser, sont la nouvelle cible toute trouvée pour ces marchés.

16Quant à la jouissance féminine, elle ne saurait entrer dans la marchandisation, dans la capitalisation. Elle est au-delà de cet aspect de la féminité, elle est recouverte, masquée par ce dernier, elle est ignorée, ce qui laisse entière, si je puis dire, l’énigme de la féminité. Je pourrais ajouter que l’Autre femme, cette création qui échappe à l’universalisation par le phallus, et où se rangent les Girls = Phallus[10], est une dimension qui requiert d’autant plus l’attention de l’analyste qu’elle est en souffrance, au sens que Lacan donnait à ce terme, c’est-à-dire celui de la lettre en attente. Il y a une affinité du discours analytique avec cette dimension S(Ⱥ). C’est bien pourquoi Lacan avançait dans « L’étourdit » qu’il prétendait rompre l’analyste à la logique de cet Autre « signifié de S de A barré » [11].

17Aurélie Pfauwadel — Dans son tableau de la sexuation, dans le Séminaire Encore, Lacan indique que la jouissance féminine se dédouble entre Φ et S(Ⱥ), et il en souligne la dimension d’« ex-stase » (avec l’exemple des mystiques) ou d’« ex-sistence » (avec l’exemple de Kierkegaard). Qu’est-ce que ce S(Ⱥ) auquel la femme a spécifiquement affaire ? Quel est ce « bien au second degré qui n’est pas causé par un objet a » [12] ?

18L. M. — À partir de cette question, nous prolongerons la réponse précédente. La lecture du tableau nous indique que c’est le signifiant L̸a de la femme qui se dédouble en, d’une part, le mathème de la jouissance féminine, S(Ⱥ), et d’autre part, celui de la jouissance phallique, Φ. Ce qui veut dire que la femme peut avoir accès à cette dernière. Et c’est pour cette raison que cet accès se situe du côté homme. Nous observons que la réciproque n’est pas vraie, pour ce qu’il en est de la jouissance féminine. L’homme, en l’occurrence le sujet, $, n’y a pas accès. Le corps de l’Autre ne s’étreint pas comme tel, fusse-t-il celui de la femme. Le sujet, quel qu’il soit, homme ou femme, ne peut jouir du corps de l’Autre que par la seule voie d’accès possible, qui est celle du petit a. C’est une jouissance par petits bouts de corps, partielle et non absolue. Alors, de ce bien au second degré qui n’en passe pas par l’objet a, comment parler ?

19Ce n’est pas un bien au premier degré, celui qui fait partie de la mise en ordre universelle du service des biens, ce n’est pas non plus ce qui relève de la satisfaction pulsionnelle, toujours partielle et qui laisse à désirer. S’il se situe du côté de la jouissance féminine, c’est plutôt un bien suprême, et qui ne relève pas de l’avoir mais de l’être, voire de l’Être suprême. De l’existence, en d’autres termes. Nous touchons là à la « face Dieu, comme supportée par la jouissance féminine » [13], pour reprendre l’expression de Lacan. Kierkegaard aurait eu accès à ce bien en renonçant à Régine, en tant que petit a, et partant, en lui vouant un amour infini. Ce n’est pas l’amour embaumé de Gide pour Madeleine, car Gide ne renonçait pas, en dehors de celle-ci, à sa jouissance perverse. Kierkegaard est ainsi mis sur la voie de l’existence, laquelle est une béance qui va de l’existence de l’exception, « il y en a un qui est », figure im1, à l’inexistence de la femme, il n’y en a pas qui satisfasse à Φx nié, figure im2. Cette ouverture à l’existence relèverait de l’amour, à l’instar de celui des mystiques, mais aussi de quelque chose qui se situerait dans l’écriture, donc dans la lettre, ainsi que le fait Lacan avec les écrits mystiques, mais aussi avec les siens. Kierkegaard a inscrit l’amour de celle qu’il lui est impossible de trouver, Régine, dans son œuvre. Et c’est bien ce qu’il a trouvé, à défaut de la trouver.

20A. P. — La mascarade féminine et la thématique du masque invitent à mettre en avant l’importance des semblants côté femme – et, en même temps, Lacan dit des femmes qu’elles sont plus proches du réel. Comment articuler ces deux perspectives ?

21L. M. — Selon le cas exposé par Joan Rivière, la femme concernée – craignant la rétorsion des hommes, du fait de la puissance qu’elle leur soustraie en réussissant professionnellement –, se livre à toutes sortes de procédures sacrificielles, de dévouement, de modestie et de dérobade, pour montrer qu’il n’en est rien et qu’elle n’a pas le phallus. C’est ce masque symptomatique qui consiste à se rabaisser pour tromper l’autre qui prend le nom de mascarade. Lacan fait un pas de plus sur le masque, avec le semblant, puisqu’il l’articule dans un discours mais aussi avec les trois registres du réel, du symbolique et de l’imaginaire. Mais alors pourquoi les femmes seraient-elles plus à l’aise avec le semblant, en d’autres termes avec « le signifiant en lui-même » [14] ? C’est en effet parce qu’elles sont plus proches du réel et qu’elles sont moins encombrées par le signifiant phallique, qu’elles sont plus libres quand elles parlent, comme je l’ai déjà souligné. Ce n’est pas pour rien que le discours hystérique situe le sujet à la place du semblant qui règnerait sur le signifiant. Le semblant ne cache pas quelque chose, comme le fait le masque. Il n’est pas le masque de la vérité. Mais c’est la dimension de la vérité, soit dans les discours la place qui se situe en dessous de celle du semblant, qui supporte donc celui-ci. Cacher et supporter, ce n’est pas pareil et cela est une indication précieuse dans la cure d’hystériques femmes, quand on sait qu’une certaine pratique de la psychanalyse, qui ne prend pas en compte l’apport de Lacan, continue à les soupçonner de cacher la vérité.

22A. P. — Lacan en vient à penser la position féminine comme consentement à se faire l’objet cause du désir d’un homme – cela ne devrait-il pas faire bondir les féministes ?

23L. M. — Je ne pense pas qu’il y ait un consentement à se faire l’objet cause du désir de l’homme, si ce n’est dans une identification imaginaire à ce que serait cet objet pour un homme. Cet objet, c’est celui du fantasme de l’homme. La flèche dans le tableau de la sexuation part du sujet, côté homme, et s’oriente vers l’objet a, côté femme. J’ai évoqué plus avant que l’homme n’étreignait pas l’Autre, la femme, mais l’objet a. En d’autres termes, il baise avec son fantasme. Et dans tout cela, sauf à faire semblant, car elle aussi peut baiser avec son fantasme, la femme ne consent pas plus que l’homme à être un objet a. Elle a ses objets a, et, selon Lacan, « cela n’a rien à faire avec celui dont elle se supporte dans un désir quelconque » [15]. Et c’est pour cette raison que Lacan la fait plutôt symptôme pour un homme. Ce qui devrait satisfaire les féministes, c’est qu’elle n’a, avec Lacan, « à subir ni plus ni moins de castration que l’homme », puisque dans sa fonction de symptôme elle est au regard de la jouissance phallique « au même point que son homme » [16].

24Deborah Gutermann-Jacquet — Les cas d’hystérie, tels qu’ils se présentaient au xixe siècle, avec une symptomatisation sur le corps « spectaculaire », ne se rencontrent plus aujourd’hui. De même que l’on pourrait postuler que les codes de la féminité bougent, l’hystérie d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier. Quel portrait feriez-vous de l’hystérie contemporaine ?

25L. M. — Vaste sujet ! Mais si les codes de la féminité ont changé, l’hystérique n’est pas plus docile aux codes d’aujourd’hui qu’elle ne l’était hier à d’autres codes. Elle bouscule plutôt les codes, et son corps, s’il n’est plus la proie de la conversion spectaculaire d’une époque, fait de plus en plus l’objet de traitements qui, s’ils ne sont pas visibles, n’en sont pas moins destructeurs : médicaments divers, régimes, interventions médicales invasives, mini-invasives, etc. Le corps est rempli, vidé, soumis à diverses tensions, trituré, piqué, ouvert, recousu. Il s’offre, non plus au discours du maître, mais au discours du capitaliste, et aux marchés qui sous-tendent ces méthodes, laissant bien souvent le sujet trop longtemps dans l’errance.

26Ainsi, faudra-t-il compter sur ce qui intéresse plus le sujet hystérique que ces codes de la féminité imposés par les modes de l’époque, et qui n’est justement pas codifiable, à savoir l’Autre femme, cette Autre que l’hystérique promeut comme absolue et qui se présente à elle comme énigme et non comme modèle.

27Caroline Leduc — Ce portrait d’hystérique contemporaine nous permet-il par retour d’éclairer une organisation différente des questions subjectives qui animent et soutiennent la structure hystérique, telles que la question de ce qu’est une femme, les embrouilles du corps, la collaboration paradoxale au régime du maître, le repère de l’Autre femme ?

28L. M. — Ayant en quelque sorte déjà répondu à cette question, il y a un trait que nous pourrions ajouter au portrait de l’hystérique d’aujourd’hui, c’est la solitude. C’est assez paradoxal par rapport à ce qui chez elle est investi en matière de lien social, ainsi qu’en témoigne son discours. Mais peut-être trouve-t-elle à donner libre cours à son penchant socialisant en s’intéressant aux institutions qui se réfèrent au discours analytique. Avec le discours analytique, et notamment à la fin d’une analyse, elle pourrait donner un autre statut à la solitude, relatif à ce qu’elle aurait articulé logiquement de l’Autre jouissance, cette jouissance justement impossible à partager, mais aussi à la solitude qui fait la condition de l’acte de l’analyste.

29C. L. — Si, longtemps, nous avons pensé que l’hystérique rejetait avec dégoût la position d’être l’objet du désir d’un homme pour maintenir une identification virile, la clinique contemporaine montre que cette position n’est souvent plus écartée, voire peut être activement recherchée dans un pousse-à-jouir féroce. Comment dès lors situer aujourd’hui la différence entre l’hystérie et la féminité dans leur rapport à l’objet a ?

30L. M. — La position liée à un pousse-à-jouir féroce répondrait-elle à un impératif surmoïque ? Dans le graphe du désir, c’est ce que nous accrocherions non au niveau du point de création S(Ⱥ), sur le deuxième étage, mais à ce qui est au-delà de l’Autre, sur le premier étage. « Rien ne force personne à jouir, sauf le surmoi » [17] énonçait Lacan. Nous avons de plus en plus d’écrits de femmes qui témoignent à notre époque d’une vie sexuelle débridée. Ceux qui rapportent l’expérience de Catherine Millet, par exemple. Difficile de verser ce témoignage au compte de S(Ⱥ). Alors, de quoi s’agit-il ? Dans cette course effrénée vers des expériences sexuelles toujours nouvelles, directes et crues, le personnage féminin offre son corps et les trous de celui-ci à toutes sortes de manipulations, pénétrations, et autres actes, sans que l’on puisse parler à ce propos d’une nouvelle érotique. Pour le moins, on peut dire que cette femme se fait l’objet a de ces expériences. Cela me fait alors penser à ce que disait Jacques-Alain Miller lors de sa conférence à Comandatuba en 2004, à propos de notre époque de sujets déboussolés, et plus précisément à « la dictature du plus-de-jouir » [18]. Car, il se dégage une folle solitude de ces expériences où « l’un-tout-seul [est] commandé par un plus-de-jouir qui se présente sous son aspect le plus anxiogène » [19].

31C. L. — Dans une époque que nous interprétons souvent avec la clé de la « forclusion généralisée » donnée par J.-A. Miller en 1985 à son Séminaire de dea, époque de la généralisation de la psychose ordinaire et des objets de jouissance au zénith, comment pourrions-nous repérer les manifestations de la « forclusion restreinte » que serait celle de la forclusion du signifiant de La femme ? Comment le régime du pas-tout phallique trouve-t-il à s’inscrire aujourd’hui ?

32L. M. — J’enchaîne avec la réponse précédente pour rappeler qu’une femme peut comme l’homme avoir accès à la jouissance phallique, or, avec cette « montée au zénith social de l’objet a », formule issue aussi de la conférence que je viens de citer, l’on peut se demander si cette forclusion du signifiant de La femme, dans notre société actuelle, n’expose pas plus les femmes à des formes de ravages inédites. Cela donne lieu à toutes sortes de rétorsions à son endroit, parce que cette jouissance folle fait peur, peur aux hommes notamment et ce, depuis toujours. Dans le contexte social actuel, c’est la religion qui est appelée à la rescousse pour que le pas-tout phallique soit raccordé de façon forcée et autoritaire au tout phallique. Mais c’est une illusion. Comment le pas-tout phallique trouvera-t-il donc à s’inscrire ? Eh bien, dirais-je, avec ce que chaque femme, une par une, inventera, créera, si elle y arrive, bien sûr.

33C. L. — Ce qui fait obstacle à la fin de l’analyse, en accointance avec la position féminine, est souvent repéré comme le point de réel d’une demande d’amour qui ne trouverait pas à s’épuiser. Peut-on considérer la passe comme le dispositif qui précisément viendrait, non pas clore ce processus, mais lui trouver sa place et sa fonction au sein du sinthome ?

34L. M. — Je dirai que, déjà au cours d’une analyse, ce point de réel devrait trouver à se loger hors de la cure, car l’analyste doit veiller à ne pas se faire indéfiniment l’objet-partenaire de cette demande. C’est pour cela que Lacan a formalisé sa position en tant que « semblant » d’objet a. Il est vrai que la passe apparaît de plus en plus comme une solution pour sortir de cette impasse de la demande d’amour infinie chez la femme. Mais bien des passes ne se soldent pas par une fin d’analyse, même quand elles sont assorties d’une nomination. Alors ? Peut-être serait-il aujourd’hui intéressant de parler davantage de ces après-passes. Ce que vous dites de ce processus qui trouverait à se loger à ce qui reste de symptôme, à son réel, me semble très pertinent. C’est même, dès l’entrée en analyse, le propre de la demande que de devenir, en toute logique, symptôme, et partant à la fin de celle-ci, ce qui reste de la demande devrait rejoindre, voire être équivalent au symptôme réel. L’usage du terme sinthome est plus connoté, et a valeur de suppléance. Pourquoi y a-t-il une difficulté à terminer les analyses de femmes ? C’est une question qui est récurrente, n’est-ce pas ? Ce serait intéressant de s’y atteler sérieusement. Car prendre la passe comme solution individuelle ne nous fera pas beaucoup avancer. Si nous devons nous servir de la passe, c’est aussi à partir des éléments que nous en recueillons, pour nous éclairer sur ce type de problème.

35Benoît Delarue — Lacan a pu dire, dans « La signification du phallus », que le désir d’une femme trouve son signifiant « dans le corps de celui à qui s’adresse sa demande d’amour » [20], pointant un certain fétichisme féminin qui porte sur le phallus. Quelles sont pour vous les spécificités de ce fétichisme féminin, qu’on retrouve également dans la mascarade ?

36L. M. — La mascarade, telle que Lacan l’a abordée et que j’ai décrite à la suite d’une question antérieure, est un symptôme. Parler de fétichisme n’est pas la même chose que de parler du symptôme. Est-ce qu’il y a un fétichisme féminin ? Il y a des cas de névroses obsessionnelles féminines, rares certes, mais qui montrent bien la « phallicisation » des objets du monde du sujet, ainsi que Lacan l’a montré avec la formule du fantasme obsessionnel. Certes, dès son plus jeune âge, la femme sait qu’elle veut ce qu’elle n’a pas et elle le trouvera là où sa demande voire son amour la guide. Mais à l’époque de « La signification du phallus », Lacan n’a pas encore inventé l’objet ni non plus formalisé la sexuation. Et l’on voit que plus tard, dans son séminaire Encore[21], la femme aura ses objets, ses enfants en l’occurrence, et que ceux-ci en ce sens ne seront pas seulement des fétiches, mais des petits a. Si la femme devrait avoir une perversion, c’est en effet, au contraire de l’homme, non à partir de la problématique phallique, mais de celle de l’enfant an tant qu’objet a. Il faut ainsi souligner qu’à la différence de Freud, dont on sait que les articulations ont mené à la conception du Penisneid, Lacan dit ne pas faire « aux femmes obligation d’auner au chaussoir de la castration la gaine charmante qu’elles n’élèvent pas au signifiant » [22]. Cela écarte du coup le fétichisme en question, soit un φ positivé, qui boucherait le manque et généraliserait les conséquences de la castration chez l’homme comme chez la femme. Le a, en tant que bouchon d’un manque chez cette dernière, ne concerne pas le même manque, celui qui s’écrit - φ, et ne pousse donc pas à cette généralisation.

37B. D. — Dans votre texte « L’amour, encore », publié dans le dernier numéro de La Cause du désir[23], vous indiquez : « Si la question du désir se situe du côté masculin – ce qui n’exclut pas que les femmes y aient elles aussi accès –, celle de l’amour est à mettre plutôt du côté féminin. » En quoi l’amour serait-il une question plus féminine ?

38L. M. — C’est une vieille histoire. Les inventions quant à l’amour sont souvent le fait de femmes, et ce, à travers les époques, ou sinon, quand elles proviennent aussi d’hommes, c’est l’objet féminin qui en est la cause. C’est ce qui s’est produit avec l’amour courtois. Lacan disait d’ailleurs que quand un homme aime, il se situe du côté féminin. Quand il désire, c’est-à-dire quand il bande, il est du côté masculin.

39Freud lui-même, dans Malaise dans la civilisation, insiste sur cet amour féminin qui, en plus de faire partie des idéaux culturels, et grâce à ses exigences, a établi les bases de la civilisation. Il ajoute toutefois que les femmes ne tardent pas à contrarier le courant civilisateur, à le ralentir ou à l’endiguer, laissant cette affaire aux mains des hommes. Ce qui n’est plus vrai aujourd’hui. Mais il perdure cependant, au-delà de cet amour féminin universel relevant d’un pour-tout, un amour émanant du pas-tout, plus réel et partant plus singulier.

40Alice Delarue — En 2008, J.-A. Miller avait avancé le terme de « post-féminisme » pour désigner l’émergence de certaines figures de femmes – par exemple Sarah Palin, Hillary Clinton – qui, loin de chercher à « faire comme les hommes », ne prennent plus le phallus au sérieux et font la démonstration d’une féminité décomplexée. L’époque est-elle propice à ce que certaines femmes ne se sentent plus concernées par la castration ?

41L. M. — Peut-être ne croient-elles pas au rapport sexuel, ce qui doit alléger leur déplacement dans le monde, car quand même, pour ce qu’il en est du phallus, elles y paraissent, dans leurs actions, on ne peut plus accrochées, ce qui n’implique pas forcément qu’elles fassent comme les hommes. Elles ont leur style, une façon de faire avec l’objet, sans doute. Toutefois, si je les trouve plutôt « phalliques », elles tranchent dans le monde politique. Décidées certes, décomplexées, c’est fort possible, comme le sont d’ailleurs certains hommes de pouvoir actuels. Sont-elles moins concernées par la castration ? La castration, si l’on suit Lacan, concerne les hommes. Pour les femmes, il a utilisé le terme de privation, ce qui ne veut pas dire qu’elles n’aient pas rapport au signifiant Φ, comme l’indique dans le tableau de Lacan l’une des deux flèches qui part du L̸a et qui va au Φ du côté homme – l’autre flèche décomplétant ce rapport à Φ en s’orientant vers le mathème de la jouissance féminine.

42A. D. — La question de l’imposture revient très fréquemment dans la clinique féminine. Peut-on saisir cette récurrence comme une conséquence de la duplicité entre la féminité et la mascarade ?

43L. M. — Vous voulez dire qu’elles se jugent elles-mêmes dans l’imposture ? Par rapport aux hommes ? Bien sûr, puisqu’il est fort courant que les hommes s’étonnent qu’une femme puisse occuper certaines fonctions. Il n’y a qu’à voir par exemple les inégalités qui règnent en France et comment les femmes acceptent d’être moins payées que les hommes, pour un travail égal. Nous rejoignons en effet la question de la mascarade, quand elles en souffrent. Quant à leur féminité, vous voulez parler de la féminité invisible je suppose, pas de celle qui s’affiche, mais bien de celle dont elles ne parlent pas, celle qui les fait absentes et partant, différentes, moins dans la performance et moins soumises à l’évaluation phallique, et qui, lorsqu’elles l’assument, les rend tellement plus créatives. Ce serait dès lors une imposture assumée, eu égard aux valeurs phalliques.

Notes

  • [*]
    L’équipe de rédaction de La Cause du désir a adressé ses questions à Lilia Mahjoub par courriel ; elle y a répondu on line.
  • [1]
    Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 79.
  • [2]
    Lacan J., Le Séminaire, livre i, Les écrits techniques de Freud, Paris, Seuil, 1975, p. 187.
  • [3]
    Cité par Razavet J.-C., De Freud à Lacan. Du roc de la castration au roc de la structure, Bruxelles, De Boeck, 2002, p. 188.
  • [4]
    Lacan J., Le Séminaire, livre xxii, « r.s.i. », leçon du 11 février 1975, in Ornicar ?, n° 4, octobre 1975, p. 95.
  • [5]
    Cf. Lacan J., « La psychanalyse et son enseignement », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 488.
  • [6]
    Lacan J., « La Troisième », La Cause freudienne, n° 79, octobre 2011, p. 17.
  • [7]
    Lacan J., « Hommage fait à Marguerite Duras, du ravissement de Lol V. Stein », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 193.
  • [8]
    Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, op. cit., p. 77.
  • [9]
    Lacan J., « Propos directifs pour un Congrès sur la sexualité féminine », Écrits, op. cit., p. 730.
  • [10]
    Cf. Lacan J., « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose », Écrits, op. cit., p. 565.
  • [11]
    Lacan J., « L’étourdit », Autres écrits, op. cit., p. 468.
  • [12]
    Lacan J., Le séminaire, livre xx, Encore, op. cit., p. 71.
  • [13]
    Ibid.
  • [14]
    Ibid., p. 129.
  • [15]
    Lacan J., Le Séminaire, livre xxii, « r.s.i. », in Ornicar ?, n° 3, mai 1975, p. 109.
  • [16]
    Ibid.
  • [17]
    Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, op. cit., p. 10.
  • [18]
    Miller J-A., « Une fantaisie », Mental, n° 15, février 2005, p. 19.
  • [19]
    Ibid.
  • [20]
    Lacan J., « La signification du phallus », Écrits, op. cit., p. 694.
  • [21]
    Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, op. cit., p. 36
  • [22]
    Lacan J., « L’étourdit », op. cit., p. 465.
  • [23]
    Mahjoub L., « L’amour, encore », La Cause du désir, n° 80, février 2012, p. 98-107.
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