12. Le « passage au politique » des transmigrants subsahariens au Maroc
Imaginaire migratoire, réorganisation collective et mobilisation politique en situation de migration transnationale
- Par Mehdi Allioua
Pages 279 à 303
Citer ce chapitre
- ALLIOUA, Mehdi,
- BENSAÂD, Ali,
- Allioua, Mehdi.
- Allioua, M.
- A. Bensaâd
https://doi.org/10.3917/kart.bensa.2009.01.0279
Citer ce chapitre
- Allioua, M.
- A. Bensaâd
- Allioua, Mehdi.
- ALLIOUA, Mehdi,
- BENSAÂD, Ali,
https://doi.org/10.3917/kart.bensa.2009.01.0279
Notes
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[1]
Lire à ce propos Migreurop, Guerre aux migrants. Le Livre noir de Ceuta et Melilla, 2006. Mis en ligne sur le site internet, http://www.migreurop.org/IMG/pdf/livrenoir-ceuta.pdf.
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[2]
La notion de transmigration a été développé avec beaucoup de pertinence par Claire Escoffier, afin de souligner l’idée que dans le mouvement migratoire les acteurs se transformaient peu à peu, au point même d’avoir le sentiment de renaître. Voir Escoffier C, 2006, Communauté d’itinérance et savoir-circuler des transmigrant(e)s au Maghreb, thèse pour le doctorat nouveau régime de sociologie et sciences sociales sous la direction d’Alain Tarrius, Toulouse. Quant à moi, j’utilise cette notion autant dans la perspective qu’en donne Claire Escoffier que pour souligner le fait que cette nouvelle forme migratoire résulte de l’établissement de réseaux sociaux transversaux aux États-nations qui permettent à ces acteurs de circuler dans et à travers ceux-ci, avec ou sans leur autorisation officielle. Ici, point de flux rectilignes avec l’extraction d’un point de départ et l’intégration dans un point d’arrivé, mais de la mobilité, de l’errance, une multitude de mouvements (contraints ou choisis) et des relations problématiques avec les frontières et la sédentarité. Ce qui me permet d’amalgamer artificiellement tous sortes de migrants : je les classe donc dans la catégorie transmigrant en fonction de leur type de projet migratoire et de leur mode migratoire, indépendamment des origines, des statuts et des finalités.
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[3]
C’est bien du rapport problématique entre la mobilité et le territoire, entre la migration et la sédentarité dont il sera question ici. Et dans cette logique, la notion d’étape est centrale car elle est aussi l’articulation de deux logiques. Une logique de circulation, de mouvement, de relative indépendance par rapport aux espaces que les transmigrants traversent, bref une forme sociale d’autonomie ; et une logique produite par les problèmes de la vie sociale sédentaire. Durant leur migration, les subsahariens doivent faire des haltes et se relocaliser. Dans ces instants particuliers ils doivent s’insérer dans les lieux où ils sont et s’y faire accepter en trouvant des « entrées » parmi les populations locales. Il ne s’agira pas alors dans cet article de mettre en avant seulement l’autonomisation sociale relative que les transmigrants acquièrent dans leur mobilité transnationale, mais aussi l’impact de cette autonomisation sur les transmigrants et les populations qui les voient passer et s’installer. Saisir comment cette autonomisation s’articule de plusieurs manières autour des problèmes de la vie sédentaire permet de comprendre le passage au politique des transmigrants au Maroc. Pour cela il faut autant mettre l’accent sur leurs compétences sociales, que sur les coopérations avec certains Marocains et sur les conditions plus structurelles qui ont permis ce passage (comme par exemple le fait que le Maroc est en voie de démocratisation).
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[4]
Goldschmidt E, 2002, « Migrants congolais en route vers l’Europe », in Temps modernes, août-nov., n° 620-621, p. 208-239.
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[5]
Alioua M., 2003, Réseaux, étapes, passages, les négociations des subsahariens en situation de migration transnationale. L’exemple de leur étape marocaine à Rabat, mémoire de maîtrise de sociologie (sous la direction de A. Tarrius), Université Toulouse-Le Mirail, édité en ligne, TERRA Éditions, coll. « Masters », http:/terra.rezo.net/article275.html.
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[6]
Ce sont les trois plus grosses villes du Maroc et les plus attractives, avec des taux de croissance urbaine en constante progression (voir CERED, Centre Études et des Recherches Démographiques, et HCP, Haut Commissariat au Plan, 2005, Rabat, Maroc). Mais en plus de cela, ces trois villes sont les derniers lieux de résidence avant le départ vers l’étranger pour une part de plus en plus importante des migrants marocains. Voir Hamdouch B. et al. (dir.), 2000, Les Marocains résidant à l’étranger : une enquête socioéconomique, INSEA, Rabat. Ce qui laisse supposer que les transmigrants ne se sont pas installés dans ces villes par hasard. Pour plus de précisions sur la superposition des routes migratoires, voir Alioua M., « Nouveaux et anciens espaces de circulation internationale au Maroc. Les grandes villes marocaines, relais migratoires émergents de la migration transnationale des Africains subsahariens au Maghreb », in REMMM (Revue d’Étude du Monde Musulman Méditerranéen), n° 119-120, Migrations Sud-Sud, novembre 2007.
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[7]
Tarrius A., 2000, Les Nouveaux cosmopolitismes, Éd. de l’Aube, Paris.
-
[8]
Alioua M., 2005, « La migration transnationale des Africains subsahariens au Maghreb. L’exemple de l’étape marocaine », in A. Bensaâd (dir.), Marges et mondialisation : Les migrations transsahariennes, Revue Maghreb-Machrek, n° 185, automne, 2005.
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[9]
Ibid.
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[10]
Anderson B., L’Imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 1996.
-
[11]
Belbah M., in Confluences Méditerranée, L’Immigration bouscule l’Europe, n° 42, été, 2002, p. 37-40.
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[12]
Les Marocains, qui sont les plus nombreux encore aujourd’hui à passer « clandestinement » par ces routes en Europe, utilisent le terme de hrag, littéralement « brûler », pour désigner le fait de passer une frontière sans autorisation officielle. On les appelle très souvent les hragga, les « brûleurs », mais ce qui est intéressant à retenir ici, c’est que les transmigrants subsahariens qui passent par les mêmes routes qu’eux utilisent maintenant le même vocabulaire et ont repris cette image à leur compte.
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[13]
Rappelons tout de même que la majorité de ces transmigrants ont entre 16 et 32 ans. Voir Alioua M. (à paraître), « Émancipation individuelle, circulations collectives et transgression des frontières. L’établissement des collectifs de jeunes transmigrants subsahariens au Maroc », in F. Lorcerie (dir.), La Méditerranée, l’espace des possibles, (titre provisoire), La Dispute. Texte tiré de la communication au Colloque international organisé par H. Eckert et F. Lorcerie, Jeunes et Sociétés, en Europe et autour de la Méditerranée, Marseille, 24, 25 et 26 octobre 2005. Communication en ligne : http://www.jeunes-et-societes.cereq.fr/PDF-RJS2/ALIOUA.pdf.
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[14]
Alioua M., 2003, Réseaux, étapes, passages, les négociations des Subsahariens en situation de migration transnationale. L’exemple de leur étape marocaine à Rabat, mémoire de maîtrise de sociologie, sous la direction de A. Tarrius, Université de Toulouse II-Le Mirail, et Alioua M., 2005 « La migration transnationale des Africains subsahariens au Maghreb. L’exemple de l’étape marocaine », in A. Bensaâd (dir.), Marges et mondialisation : Les migrations transsahariennes, Maghreb-Machrek, n° 185, automne, 2005.
-
[15]
Belguendouz A., Maroc coupable d’émigration et de transit vers l’Europe, Impression Boukhili, Kenitra, 2000.
-
[16]
Jérôme Valluy, Contribution à une sociologie politique du HCR : le cas des politiques européennes et du HCR au Maroc, TERRA Éditions, coll. « Études », 2007, http://terra.rezo.net/IMG/doc/PourunesociopoduHCR.doc.
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[17]
AFVIC / Cimade, « ACTES DE LA FORMATION ASIL’MAROC - Formation organisée à Bouznika en 2005 par l’AFVIC et la Cimade », juin 2006, 297 p. et AFVIC / Cimade, « FORMATION ASIL’MAROC – Évaluation, Formation organisée à Bouznika en 2005 par l’AFVIC et la Cimade », juin 2006, 48 p.
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[18]
Près de 2,8 millions de Marocains vivent à l’étranger, dont 81 % dans les pays de l’Union européenne.
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[19]
Saskia Sassen, « L’émergence d’une mulitplication d’assemblages de territoire, d’autorité et de droits », in Les sciences sociales en mutations, sous la direction de Michel Wieviorka, Éditions Sciences Humaines, 2007, p. 205-221.
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[20]
Source : communiqué APA-Madrid (Espagne) du 06/04/2007.
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[21]
Bertrand Badie, Un monde sans souveraineté, coll. « Espace politique », éd. Fayard, Paris, 1999.
Depuis septembre/octobre 2005 et les événements tragiques de Sebta et Melilla ayant entraîné la mort d’au moins quatorze Africains noirs, et une répression sans précédent des autorités marocaines (arrestations massives et emprisonnements arbitraires, détentions prolongées illégales, regroupements forcés, déportations dans les zones sahariennes et refoulements collectifs en Algérie), les collectifs de transmigrants subsahariens qui se sont établis au fur et à mesure des arrivées de ces nouveaux venus au Maroc prennent une dimension particulière en passant de la seule fonction d’entraide au militantisme politique. Ces « nouveaux militants » sont pour la plupart des transmigrants qui espéraient passer un jour en Europe, mais se retrouvent aujourd’hui bloqués du fait des politiques migratoires européennes restrictives visant à stopper ce mouvement en amont et de la coopération, plus ou moins zélée, des autorités marocaines à cet effet. Des associations (au moins sept, mais qui ne sont pas encore reconnues officiellement) se sont ainsi progressivement montées et leurs membres, de plus en plus nombreux, militent localement en faveur du respect de leurs droits au Maroc, même si la plupart ne veulent pas s’y installer durablement, et au niveau international en faveur du droit d’asile et du droit à la libre circulation. Ces étrangers, qualifiés de nos jours de « clandestins », stoppés dans leurs circulations au Maghreb par les murs qu’édifient l’Europe et contre lesquels un véritable arsenal juridique et des moyens quasi militaires sont mobilisés, sortent peu à peu de l’anonymat, malgré un évident déficit de citoyenneté…
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