Article de revue

Le deuil chez l’enfant

Pages 115 à 118

Citer cet article


  • Falher, J.-Y.
  • et Séjourné, C.
(2023). Le deuil chez l’enfant. Jusqu’à la mort accompagner la vie, 154(3), 115-118. https://doi.org/10.3917/jalmalv.154.0115.

  • Falher, Jeanne-Yvonne.
  • et al.
« Le deuil chez l’enfant ». Jusqu’à la mort accompagner la vie, 2023/3 N° 154, 2023. p.115-118. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-jusqu-a-la-mort-accompagner-la-vie-2023-3-page-115?lang=fr.

  • FALHER, Jeanne-Yvonne
  • et SÉJOURNÉ, Cécile,
2023. Le deuil chez l’enfant. Jusqu’à la mort accompagner la vie, 2023/3 N° 154, p.115-118. DOI : 10.3917/jalmalv.154.0115. URL : https://shs.cairn.info/revue-jusqu-a-la-mort-accompagner-la-vie-2023-3-page-115?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/jalmalv.154.0115


« La survenue du deuil d’un proche dans l’enfance est toujours une épreuve pleine de risques et dont les effets peuvent être durables… »
Michel Hanus, psychiatre psychanalyste

1 La mort d’un parent, d’un frère n’est pas forcément intégrée durant l’enfance. L’acquisition du sens de la mort est progressive, elle est liée aux stades de développement cognitif et psychoaffectif de l’enfant. Celui-ci est beaucoup dans la pensée magique : tout ce qu’il pense peut arriver, ce qui peut engendrer un sentiment de culpabilité. Accompagner l’enfant en deuil, tenter d’apaiser la douleur de l’épreuve, c’est l’écouter nous en parler à travers son imaginaire, ses croyances et ses questions ; c’est lui parler de la réalité compte tenu de ce qu’il peut comprendre afin de l’aider à se construire.

La notion de mort et sa conceptualisation chez l’enfant

Chez les tout-petits

2 Avant 18 mois, il n’en a pas de représentation : il la vit et la subit. Il perçoit cependant un changement dans l’environnement, est sensible aux variations émotionnelles de son proche entourage. Après 18 mois, et avec l’acquisition du langage, il fait des liens entre les causes et ses effets : « y’a plus ».

De 2 à 6 ans

3 L’enfant conçoit la mort comme réversible, le jamais plus n’existe pas. Vers 5-6 ans c’est la période de la toute-puissance et de la pensée magique, (Levillain-Danjou, 2013). Avec l’émergence de la parole, apparaissent les « Pourquoi ? » ; l’enfant utilise le « je » : « est-ce que avant de naître j’étais mort ? » ; « Avant que je vis j’étais mort ? »

À partir de 6 ans

4 La vie sociale s’élargit : c’est l’âge où il est intéressant de parler avec lui de la mort Il est capable de relier la mort à la vieillesse : « quand tu auras fini de vieillir, tu mourras ». Pour lui, la mort par accident ne rentre pas dans la suite logique des choses. Il n’est pas pensable de mourir.

À partir de 8/10 ans

5 L’enfant comprend que la mort est irréversible et universelle. L’angoisse est présente, mais ne le submerge plus. Pour lui, tout le monde des vivants peut mourir (plantes, humains). Il ne se sent plus responsable. Il apprend à composer avec la réalité.

Vers 12-13-14 ans

6 Il réalise que la mort est universelle et que lui aussi est mortel. Il va souffrir des pertes de ses proches et va passer par un cheminement très long car n’a pas les énergies psychiques pour pouvoir accomplir son deuil. Celui-ci se terminera lorsqu’il sera adulte. Il ne se sent pas comme les autres ; il va vivre en fonction de son entourage. Il peut protéger l’adulte, vouloir remplacer l’absent…

Le travail de deuil chez l’enfant

7 Il dépend de plusieurs facteurs : de la nature de la perte, des liens qui préexistaient avec le défunt, des circonstances du décès, des modèles adultes qu’il a autour de lui, de ce qui lui a été dit, du caractère propre de l’enfant, de ce qu’il a entendu, de sa participation au moment du décès. L’enfant a-t-il été prévenu, comment et par qui ? A-t-il vu la personne décédée ? A-t-il participé aux rituels avec la famille ou a-t-il été mis à l’écart de tout ? A-t-il pu exprimer ses souhaits ?

8 La perte d’un parent entraîne des pertes en cascade : de reconnaissance parentale (le parent vivant n’est plus en couple), de l’appartenance sociale, de son entourage et environnement habituels (déménagement), du niveau économique de la famille (diminution des revenus)…, et des sentiments douloureux : sentiment d’abandon (« Qui va s’occuper de moi ? ») ; d’angoisse : anticipation de la perte du parent vivant ; d’isolement : le parent restant est englué dans son chagrin.

9 Le deuil peut être différé s’il n’a pas été parlé durant l’enfance. Il peut alors entraîner un déni, une absence totale de souvenirs. À l’adolescence, une résurgence du deuil peut se manifester sous la forme d’une diminution de la concentration, un échec scolaire, des conduites à risque. L’enseignant peut être une personne-ressource pour prévenir les parents de l’apparition de signes d’appel qui seront remarqués sur le temps scolaire tels qu’un ralentissement psychomoteur, des troubles du sommeil, des somatisations, un amaigrissement, une angoisse de séparation, voire des difficultés dans les apprentissages, avec une baisse de l’attention, de la concentration, un désintérêt… Toutes choses qui entraînent un isolement.

Le deuil de l’adolescent

10 L’adolescence est une étape difficile à vivre et le deuil quand il survient à ce moment de l’existence, va rajouter de la souffrance et s’étendre sur une plus longue période. L’adolescent ne peut canaliser toute son énergie sur ce deuil car il a lui-même plusieurs deuils à faire, concernant son corps, sa voix… C’est pourquoi, il est important d’avoir à l’esprit que le deuil chez le jeune est multiple, de ne pas minimiser les pertes secondaires, les deuils collatéraux et de le rassurer : si la vie continue, personne ne va oublier le parent mort.

Accompagner l’enfant ou l’adolescent dans son deuil

11 C’est d’abord s’adapter à son âge : laisser l’enfant être un enfant, ne pas le considérer comme un adulte miniature et conseiller à son parent ou proche de bousculer le moins possible son quotidien. C’est aussi proposer au jeune, sans l’imposer, d’être actif au moment des funérailles afin d’ancrer la perte dans une réalité concrète (voir pour croire). Lui faire choisir un objet familier du proche décédé qu’il pourra conserver précieusement.

12 C’est surtout, favoriser ses échanges avec d’autres jeunes endeuillés, l’inviter à aller parler à ceux qui vivent aussi un deuil, lui faire connaître les groupes de parole existants au sein de l’établissement, dans le milieu associatif ou hospitalier.

13 C’est enfin, lui conseiller de lire des livres, voir des films pour tricoter son imagination avec celle des autres. Lui proposer des lieux et des ressources adaptés en dehors du milieu familial, entre pairs utilisant ses codes et ses modes de communication: forums, sites, blogs, BD, mangas, films…

14 L’accompagnement de l’enfant en deuil demande une formation spécifique. Il est réalisé le plus souvent à travers le groupe d’entraide. Les enfants sont réunis par tranche d’âge et sont reçus par deux bénévoles formés à cet accompagnement pour une durée de cinq séances où tous les aspects de la mort, – l’annonce, les obsèques, les fêtes et anniversaires à venir ou passés –, sont abordés. Ils pourront s’exprimer librement sur leur vécu, leurs ressentis, leurs émotions à travers des conceptions de boîtes à souvenirs qu’ils vont décorer à leur goût et y mettre les choses qui appartenaient à leur être cher et qui leur tiennent à cœur. Ces séances leur permettent de se rendre compte qu’ils ne sont pas seuls à vivre ce qu’ils vivent.

Référence

  • Levillain-Danjou A., « L’enfant et la mort, un tabou pour l’adulte », Avec l’enfant, la question de la mort, revue JALMALV, n° 114, septembre 2013.

Date de mise en ligne : 05/10/2023

https://doi.org/10.3917/jalmalv.154.0115