Focus - Soutenir l’autonomie des jeunes, un engagement central pour la branche Famille de la Sécurité sociale
- Par Pauline Domingo
Pages 87 à 90
Citer cet article
- DOMINGO, Pauline,
- Domingo, Pauline.
- Domingo, P.
https://doi.org/10.3917/inso.195.0087
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https://doi.org/10.3917/inso.195.0087
Note
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[1]
Prestations prises en compte : logement (allocation de logement sociale ALS, aide personnalisée au logement APL, allocation de logement familial ALF), familiales (allocations familiales AF, complément familial CF, allocation d’éducation spéciale AES, allocation de soutien familial ASF, prestation d’accueil du jeune enfant Paje), minima sociaux (allocation adulte handicap AAH, revenu de solidarité active RSA, revenu de solidarité Outre-mer RSO).
1Pour la branche Famille de la Sécurité sociale, qui regroupe les caisses d’Allocations familiales et la Caisse nationale, l’action auprès des enfants et des jeunes recouvre un engagement historique. En 2014, 2,7 millions de jeunes de 18 à 24 ans, soit plus d’un jeune sur deux, sont couverts par des prestations légales [1] versées par les Caf, soit directement comme allocataires ou ayants droit au titre de conjoint (58 %), soit comme enfants à charge d’une famille allocataire (42 %). Au total, on estime que les jeunes allocataires (ou conjoints) de 18 à 24 ans et les familles avec enfants à charge dans cette tranche d’âge ont perçu 13,8 milliards d’euros en 2014, soit 21 % de la masse totale annuelle des prestations versées.
2En complément des prestations légales, l’action sociale des Caf s’est déployée depuis longtemps en faveur du temps libre pour les jeunes avec le soutien aux accueils de loisirs sans hébergement (près d’un milliard d’euros en 2015) ou les aides aux départs en vacances (95 millions d’euros en 2015). Plus spécifiquement, l’aide des Caf aux jeunes adultes se traduit par le soutien à l’obtention du brevet d’aptitude aux fonctions d’animateurs (Bafa) (4,3 millions d’euros en 2015) ou le financement des foyers de jeunes travailleurs (FJT) (26,7 millions d’euros en 2015). Et, depuis 2009, l’action sociale des Caf a été renforcée afin de soutenir les projets portés par les jeunes eux-mêmes, dès l’adolescence. En 2015, 16,3 millions d’euros ont permis de soutenir près de 3 000 projets dans ce champ.
3L’investissement des Caf en faveur des jeunes est donc important, tant du point de vue de la diversité des actions menées que des moyens financiers engagés. Toutefois, il est considéré par les partenaires des Caf et les jeunes eux-mêmes comme peu lisible voire insuffisant dans son périmètre d’intervention. Ce constat s’inscrit dans un contexte économique et social en profonde évolution : redistribution des compétences territoriales, ouverture de la prime d’activité aux jeunes âgés de moins de 25 ans, omniprésence du numérique et notamment des réseaux sociaux, pertes de repères qui peuvent conduire à des phénomènes de radicalisation…
4Afin d’améliorer l’impact de son action en faveur des jeunes, la branche Famille a donc entrepris de redéfinir ses objectifs d’intervention (Lenoir, 2015). À l’issue d’une large consultation – associant des jeunes, des experts de la jeunesse, les Caf et leurs partenaires –, le conseil d’administration de la Cnaf, composé des partenaires sociaux et de personnalités qualifiées, a choisi de donner à sa politique en faveur des jeunes trois orientations principales. La première, « Être un citoyen engagé », doit favoriser l’engagement « éclairé » des jeunes, en privilégiant un accompagnement éducatif. La deuxième, « Être autonome », vise à aider chaque jeune à avoir les moyens matériels de son projet de vie. La troisième orientation, « Vivre ensemble », demande aux Caf d’être présentes aux côtés des jeunes, en valorisant les liens sociaux entre pairs ainsi que les liens avec leurs parents comme avec les institutions. Ce focus se penche plus spécifiquement sur le deuxième axe, celui des conditions de l’autonomie.
Soutenir l’indépendance financière et l’émancipation des jeunes
5Pour un jeune, « l’autonomie recouvre la capacité à être acteur de sa vie, à définir son projet de vie, seul et avec les autres, et ainsi passer à l’âge adulte », selon le ministre de la Ville en 2014. Cette transition est un processus complexe qui renvoie à la fois aux conditions matérielles de l’indépendance mais également à la « possibilité d’orienter son propre destin, individuel et collectif » (Van de Velde, 2012). L’action de la branche Famille en faveur de l’autonomie des jeunes a vocation à se déployer sur ces deux volets et se décline en trois objectifs, adaptés aux différents moments de vie du jeune :
- accompagner les processus de décohabitation, d’insertion sociale et professionnelle ;
- permettre aux jeunes de prendre des initiatives et d’expérimenter ;
- aider les parents à s’impliquer dans la construction de l’autonomie de leurs enfants, en particulier des adolescents.
Accompagner la mobilité sociale et résidentielle
6Pour favoriser leur autonomie, les Caf soutiennent financièrement les jeunes adultes rencontrant des fragilités liées à leur situation sur le marché du travail ou à l’égard du handicap. Ainsi, en décembre 2015, 190 104 jeunes de moins de 25 ans étaient bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA), et 60 404 bénéficiaient de l’allocation pour adulte handicapé (AAH). Un an après le lancement de la prime d’activité, en décembre 2016, 425 000 jeunes de moins de 25 ans la percevaient. L’effort des Caf en faveur de la mobilité résidentielle des jeunes est également massif. En 2015, plus de 1,2 million de jeunes de moins de 25 ans (dont près de 800 000 étudiants), bénéficiaires des aides au logement, ont été accompagnés dans leur processus de décohabitation familiale. En outre, la branche Famille soutient les FJT dans leur mission en faveur de l’accès à un logement autonome, par le biais de fonds nationaux (prestation de service « FJT ») et des fonds locaux des Caf, mobilisés sur les volets du fonctionnement et de l’investissement. En 2015, 492 FJT, représentant un total de 47 752 lits, ont été soutenus par les Caf.
7Au-delà de cet effort, la branche Famille souhaite approfondir son effort en faveur de l’insertion socioprofessionnelle des jeunes en améliorant la lisibilité et l’accessibilité de l’offre des Caf et de ses partenaires. L’approche privilégiée est celle d’une offre de service complète et transversale permettant à la fois l’accès aux droits et un accompagnement adapté aux problématiques individuelles des jeunes, sous la forme du « parcours Jeunes ».
Une nouvelle logique de parcours en faveur de l’accès aux droits
8Le projet « parcours Jeunes » est une démarche partenariale qui s’appuie sur une analyse des parcours de vie. Quelle que soit sa situation personnelle et professionnelle, chaque jeune a des besoins variables en matière de logement, de mobilité, d’accès aux loisirs et à la culture, de formation et d’études, de citoyenneté et d’engagement, de santé, de relations familiales et sociales ou encore d’insertion professionnelle. L’enjeu pour les Caf et leurs partenaires est d’analyser collectivement les besoins des jeunes et d’y apporter une réponse circonstanciée et coordonnée, facilitant leur accès aux droits.
9Comme nombre d’allocataires, les jeunes n’ont pas toujours connaissance des différents services et aides publiques disponibles et peuvent vite se sentir perdus face à la diversité, voire la complexité, des dispositifs et des démarches administratives à accomplir pour y accéder. L’enjeu pour la branche Famille est de valoriser sa connaissance des jeunes et de leurs trajectoires de vie pour leur proposer une offre de service dédiée, articulée à celle de ses partenaires, notamment les missions locales.
10Le parcours Jeunes replace donc le jeune au cœur de l’action publique, les acteurs devant ainsi s’adapter collectivement à sa situation. Il s’agit d’un changement de posture qui doit permettre de lui éviter un parcours administratif complexe, le renvoyant de partenaire en partenaire. Dans ce paysage, le rôle des Caf n’est pas de se substituer aux autres acteurs déjà fortement engagés dans ce champ, comme le Réseau information jeunesse, mais d’articuler les différentes actions mises en place sur les territoires et de leur donner plus de lisibilité, afin de faciliter l’accès aux droits.
11L’information élaborée dans le cadre du parcours Jeunes pourrait être diffusée non seulement aux allocataires de moins de 25 ans mais aussi aux enfants à charge de moins de 25 ans dans un foyer allocataire. Cela suppose d’immatriculer les jeunes de plus de 16 ans qui restent enfants à charge d’un foyer allocataire, et non plus seulement les jeunes qui disposent d’un numéro allocataire autonome. En s’inspirant de l’Assurance maladie qui envoie aux jeunes dès 16 ans leur carte Vitale, cette identification administrative permettrait aux Caf de proposer une offre spécifique destinée aux jeunes dès 16 ans.
12Dans ce cadre, la faisabilité d’un rendez-vous des droits en faveur des jeunes, comme le préconise le rapport d’Antoine Dulin et Célia Vérot (2017), doit être également étudiée. En effet, la branche Famille a déjà l’expérience d’une offre comparable, qu’elle a proposée à plus de 250 000 allocataires par an. En outre, pour les jeunes les plus en difficulté et qui ne seraient pas pris en charge par les missions locales, la branche Famille envisage de développer des « parcours attentionnés », fondés sur une offre de travail social spécifique.
Permettre aux jeunes d’expérimenter
13Afin de permettre aux jeunes d’expérimenter leur autonomie au plus tôt, les Caf soutiennent des structures d’animation collective, dont les centres sociaux, qui accompagnent des projets portés par les jeunes eux-mêmes. En 2014, 83 % des centres sociaux ont proposé des actions à plus de 62 000 jeunes âgés de 11 à 13 ans,
1478 % sont intervenus auprès de plus de 60 000 adolescents de 13 à 17 ans et 58 % ont proposé des actions à 3 200 jeunes adultes de 16 à 25 ans (source : Système d’échanges national des centres sociaux (Senacs), www.senacs.fr).
15Chaque année, le fonds Publics et Territoires permet de soutenir des projets portés par les jeunes âgés de 11 à 17 ans. Ainsi, en 2014 également, près de 150 000 adolescents ont été accompagnés dans 2 700 actions, concernant essentiellement des « micro-projets » à l’initiative des jeunes : séjours de vacances, mini-camps, voyages, projets culturels et artistiques, projets autour de la citoyenneté et de la prévention ou encore actions de sensibilisation sur le développement durable…
16Pour conforter cette dynamique, la branche Famille expérimente en 2017 un nouveau dispositif visant à financer une partie des postes des référents/animateurs engagés dans l’accompagnement des projets jeunes au sein de structures tels que les accueils de jeunes, les espaces Jeunes, les maisons des Jeunes et de la Culture, etc. Par ailleurs, afin de renouveler les modalités de contacts avec les jeunes et les mobiliser sur ces projets, les Caf déploient le dispositif « Promeneurs du net ». L’enjeu est que les animateurs et professionnels des structures jeunesse soient également à l’écoute des jeunes, dans la « rue numérique » et les différents réseaux sociaux.
Soutenir les compétences éducatives des parents vis-à-vis des adolescents
17Enfin, la politique des Caf de soutien à la fonction parentale vise à aider les parents à s’impliquer dans la construction de l’autonomie de leur enfant, à travers différents dispositifs. Les contrats locaux d’accompagnement à la scolarité (Clas) ont par exemple pour objectif de soutenir les parents dans le suivi de la scolarité de leurs enfants et adolescents, ainsi que dans la relation de ceux-ci avec l’école. Dans le cadre des réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents (Reaap), un certain nombre d’actions aident ceux-ci dans l’acceptation de la prise d’autonomie des enfants. Mais 15 % seulement de ces actions concernent des adolescents. L’enjeu est donc de développer ces projets afin d’affermir les compétences des parents dans l’accompagnement de la prise d’autonomie progressive de leur adolescent.
18Aider la jeunesse sur la voie de l’autonomie est un défi essentiel à relever pour l’avenir d’un pays. Consciente de ses responsabilités, la branche Famille de la Sécurité sociale a entrepris d’actualiser les orientations de sa politique en faveur des 16-25 ans. Son action va bien au-delà de la dimension matérielle de l’autonomie, par le biais des prestations logement ou du soutien aux foyers de jeunes travailleurs. Elle s’inscrit dans une logique de soutien au parcours global de chaque jeune en articulant les différents outils dont disposent les Caf et leurs partenaires.
Bibliographie
- Dulin A. et Vérot C., 2017, Arrêtons de les mettre dans des cases ! Pour un choc de simplification en faveur de la jeunesse, Rapport au Premier ministre, mars.
- Lenoir D., 2015, « La branche Famille et les jeunes : vers une redéfinition de la doctrine », Regards, n° 48, p. 111-117.
- Ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, 2014, Politique en faveur de la jeunesse, document de politique transversale, Projet de loi de finances pour 2015, http://jeunes.gouv.fr/IMG/pdf/DPT2015_jeunesse-2.pdf
- Van de Velde C., 2012, Le sort des jeunesses européennes : chemins contrastés, Cremis, vol. 5, n° 1.