Article de revue

Les psychoses émergentes

Pages 367 à 369

Citer cet article


  • Parizot, S.
(2017). Les psychoses émergentes. L'information psychiatrique, 93(5), 367-369. https://doi.org/10.1684/ipe.2017.1653.

  • Parizot, Suzanne.
« Les psychoses émergentes ». L'information psychiatrique, 2017/5 Volume 93, 2017. p.367-369. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-l-information-psychiatrique-2017-5-page-367?lang=fr.

  • PARIZOT, Suzanne,
2017. Les psychoses émergentes. L'information psychiatrique, 2017/5 Volume 93, p.367-369. DOI : 10.1684/ipe.2017.1653. URL : https://stm.cairn.info/revue-l-information-psychiatrique-2017-5-page-367?lang=fr.

https://doi.org/10.1684/ipe.2017.1653


Notes

  • [1]
    Parizot S. Les « psychoses émergentes » : pari, promesse, projet…. L’Information psychiatrique 2009 ; 85 : 401-4.
  • [2]
    Qui a été, en 2005-2006, co-animateur du premier séminaire sur « les psychoses émergentes », organisé entre Lyon et Lausanne.
  • [3]
    Une interview de P. Conus par J. Oureib et moi-même, portant sur ses travaux, sera publiée dans un prochain numéro.

1 Les années se suivent ; elles ne se ressemblent pas vraiment, pourtant certains problèmes demeurent inchangés, ou presque, simplement un peu plus brûlants, plus urgents ; tel est le constat en relisant l’éditorial que j’avais écrit en 2009 [1] sur le sujet des psychoses émergentes et qu’on pourrait reprendre presque intégralement aujourd’hui. Dans notre époque très secouée par les campagnes électorales, je pense que son sous-titre d’alors, « pari, promesse, projet », serait un slogan valable pour une nouvelle campagne… de sensibilisation des cliniciens français. C’était déjà mon désir d’alerter les collègues sur la problématique clinique des troubles psychotiques émergents, certes déjà bien connus, mais surtout sur la nécessité de réinvestir nos compétences thérapeutiques de manière plus intense et peut-être un peu différemment. Depuis 2009, il y a eu des manifestations de sympathie de rares praticiens, souvent amis ou proches, et les initiatives de quelques équipes, souvent à la suite de projets universitaires, plus scientifiques que thérapeutiques. Cela n’a pas inauguré ce grand mouvement scientifique et clinique convergent, inspiré des pratiques sectorielles, que, avec quelques collègues, nous appelions de nos vœux.

2Le site interactif, agorapsy.com, dédié au partage d’informations et d’expériences concernant les « psychoses émergentes », que j’annonçais dans ce petit texte, n’a jamais vraiment décollé (bien que toujours en ligne et donc réutilisable). L’appel à une mobilisation cohérente d’efforts thérapeutiques spécifiques pour ces patients caractérisés par leur jeunesse, leur perplexité identitaire majeure aggravée par l’abord, nouveau et souvent brutal, de l’univers psychiatrique n’a pas été vraiment relayé. Peut-être même, les arguments cliniques et de santé publique ont-ils été un peu brouillés par cette annonce d’un nouveau « bidule » sur internet. Bref, le message n’a été ni assez clair ni assez convaincant, pour que les psychiatres français s’en emparent rapidement comme d’un thème de travail collectif.

3Mais, comme nous le comprenons très bien dans les tourmentes électives actuelles, tout n’est pas affaire de « com » ; le fond demeure derrière la mousse qui tour à tour le dévoile et le cache… Donc, pour nous, demeure la question : d’où vient ce blocage de l’essor français pour un mouvement scientifique et d’organisation de la clinique autour des psychoses émergentes, du type de ceux nommés « early psychosis » qui ont été créés depuis des années en Australie, en Allemagne, en Grande-Bretagne, au Canada, en Suisse, etc. ? Bien sûr, on pourrait d’abord évoquer l’esprit collectif français effrayé par les changements et les réformes au point de les envisager seulement sous la contrainte ou la terreur révolutionnaire… – ceux qui, comme moi, ont eu une longue carrière institutionnelle avec la charge de mobiliser des équipes et de faire exister un projet professionnel collectif au sein des hôpitaux publics en auraient long à dire sur les résistances aux changements ! – mais ce serait aussi nier tous nos intellectuels, nos penseurs, les découvreurs et… les psychiatres qui nous ont formés, en particulier ceux qui ont inventé le « secteur ». On pourrait aussi se plaindre, comme toujours, du manque de moyens et de la paralysie générale de notre société, provoquée par l’emprise des diverses administrations (dans le domaine sanitaire en particulier). Les arguments sont valables, mais des pays moins dotés ont trouvé des solutions ; et puis, la prise de conscience révoltée du joug administratif est maintenant assez générale, bien que, encore, brouillonne et d’issue gouvernementale incertaine, pour promettre, au moins, une plus grande résistance collective aux entraves absurdes.

4 Quant aux obstacles spécifiques à la construction d’un projet d’envergure pour une meilleure prise en charge des psychoses émergentes, il faut les voir, les considérer. Comme dans notre métier, un diagnostic avec une observation rigoureuse peut, seul, permettre de trouver des thérapeutiques. Enfin l’expérience de la psychiatrie nous a appris que les traitements les plus efficaces visent à préserver l’équilibre vital du patient, s’appuient sur la réalité existante, le contexte, le milieu et proposent des adaptations au sujet pour qu’il retrouve son propre équilibre et ne soit pas anéanti par des propositions, ou potions, magiques et qui viseraient des modifications radicales…

5 Notre premier constat est l’actuelle dispersion scientifique, idéologique, et pratique des psychiatres français (contrairement à l’époque de l’installation d’une politique de soins sectoriels). Les initiatives concernant ces jeunes présentant des symptômes psychotiques, dits à « haut risque », sont issues de considérations variées et émanent de collègues de formation et de pratiques diverses, psychiatres d’adultes et pédopsychiatres, praticiens de secteur et chercheurs universitaires, voire psychologues, éducateurs, pédagogues ; elles forment des projets éparpillés souffrant du syndrome narcissique « mon projet est plus beau, plus juste que le tien » ; beaucoup de ces projets, d’ailleurs, restent dans leur bulle narcissique, n’entraînant pas (ou pour peu de temps ou très partiellement) de réalisations sur le terrain clinique. Celles-ci sont dispersées dans un large éventail de propositions : dispositifs intersectoriels, cliniques ou consultations spécialisées, centres de dépistage, voire « d’excellence », CATTP jeunes, groupes de parole pour étudiants, maisons de l’adolescence… et j’en passe… Tout cela existe pourtant et pourrait constituer une assez grande richesse, créée par les acteurs de terrain, redoublée par tous ceux qui ont quelques idées, ou qui aimeraient lancer des projets. Hélas, les structures hétéroclites actuelles, dont l’initiative personnelle, locale, a été le moteur initial, ne peuvent être validées ni par la communauté scientifique, ni par l’opinion publique (ni par l’argent distribué par les politiques qui devraient vite se montrer intéressés par un chantier à très haute rentabilité avec la perspective de soigner efficacement des troubles émergents, atténuant le coût humain et financier monstrueux des psychoses installées). Les expériences demeurent de niveau trop différent, trop localisées et mal connues. C’est précisément cela que nous devrons explorer pour pouvoir faire des propositions crédibles et réalistes au niveau national grâce à une vision plus large que celle de supposés experts individuels.

6 Enfin, nous pouvons croire à la germination souterraine de certaines idées, qui ont été semées à une période climatique trop défavorable ou encore à l’histoire de ces bouteilles à la mer qui ont dû essuyer quelques tempêtes avant d’atteindre le rivage… Aujourd’hui, en 2017, devant la question devenue gênante dans les échanges scientifiques mondiaux « que font les psychiatres français ? », se manifeste une vraie volonté dans la psychiatrie publique française pour regrouper les informations sur les diverses expériences. Plusieurs collègues de la société scientifique de la SIP, dont la présidente, Gisèle Apter, et le secrétaire général, Jean Oureib, surpassant l’obstacle des différentes pratiques de pédopsychiatres et de psychiatres pour adultes, se sont beaucoup investis dans cette problématique. Depuis les Journées de Bruxelles, Jean Oureib, au nom de la SIP, tente de rassembler les idées et les expériences éparses sur le territoire, émanant des collègues de secteur ou intersecteur infanto-juvéniles… Finalement, l’association scientifique SIP, et le syndicat SPH, ont décidé que le prochain congrès, « les 37es Journées de l’Information Psychiatrique », fin septembre 2018, à Antibes, sera centré sur ce thème.

7Parallèlement, la prise de conscience de l’importance de ces questions a occupé les discussions du comité de rédaction de la revue l’Information Psychiatrique. Dans une démarche commune avec la SIP, Thierry Trémine, rédacteur en chef, a demandé à Jean Oureib et moi-même de recueillir des articles pour un dossier d’un numéro consacré aux psychoses émergentes. Après réflexions et rencontres, sachant que le projet pourra aussi s’appuyer sur des collègues motivés au sein de la rédaction, en particulier J.-Ch. Pascal [2], Ph. Raynaud de Pringy, J. Fousson…, j’ai proposé le partage de cette responsabilité avec un collègue suisse, Philippe Conus [3], professeur de psychiatrie à Lausanne, déjà officiellement consultant scientifique de la revue – et qui m’a fait découvrir les débuts du mouvement « Early psychosis » au cours de diverses collaborations entreprises depuis 20 ans. Nous nous sommes alors engagés, tous les trois, pour organiser la publication non pas d’un seul numéro mais d’une série d’articles présents dans chaque numéro, constituant une nouvelle rubrique dédiée aux « psychoses émergentes ». Aujourd’hui vous pouvez lire page 375 la première publication (arrivée il y a quelques semaines à la rédaction) de cette série « Psychoses émergentes », qui devra former une sorte de fil rouge autour des Journées d’Antibes en septembre 2018.

8Prenez la plume (ou plutôt l’ordi !) ! Tous les articles sont bienvenus : fines analyses cliniques, informations sur les diverses pratiques de prévention et de soins ou sur les recherches en France et dans le monde, tout ce qui concerne ces jeunes patients en grand danger de basculer dans diverses pathologies psychotiques au long cours. Il faut aborder, dans cette série, une problématique large autour de ces moments cliniques cruciaux, nommés « psychoses émergentes » où une suspension des nosographies classiques, (comme les anglophones qui ont argumenté leurs pratiques sous le vocable « early psychosis »), pourra permettre que cette part importante de la psychiatrie, par-delà tous les clivages traditionnels, soit objectivement et collectivement étudiée. Les enjeux thérapeutiques apparaissent considérables pour tant d’adolescents et de jeunes adultes !

9 Suzanne Parizot, 1 er mai 2017

Liens d’intérêts

10 l’auteur déclare ne pas avoir de lien d’intérêt en rapport avec cet article.


Date de mise en ligne : 02/06/2017

https://doi.org/10.1684/ipe.2017.1653