Article de revue

Conseil génétique en psychiatrie

Pages 595 à 601

Citer cet article


  • Viot, G.
(2011). Conseil génétique en psychiatrie. L'information psychiatrique, 87(7), 595-601. https://doi.org/10.1684/ipe.2011.0833.

  • Viot, Géraldine.
« Conseil génétique en psychiatrie ». L'information psychiatrique, 2011/7 Volume 87, 2011. p.595-601. CAIRN.INFO, stm.cairn.info/revue-l-information-psychiatrique-2011-7-page-595?lang=fr.

  • VIOT, Géraldine,
2011. Conseil génétique en psychiatrie. L'information psychiatrique, 2011/7 Volume 87, p.595-601. DOI : 10.1684/ipe.2011.0833. URL : https://stm.cairn.info/revue-l-information-psychiatrique-2011-7-page-595?lang=fr.

https://doi.org/10.1684/ipe.2011.0833


Introduction

1Le conseil génétique a pour but d’évaluer le risque présenté par une personne de développer ou de transmettre une maladie génétique. Au cours de la consultation de conseil génétique, le patient est informé des conséquences de la maladie, de sa prise en charge ainsi que des possibilités de tests génétiques. Le médecin en charge de la consultation doit également aider les patients à accepter la maladie, à ajuster son impact pour eux-mêmes et leur famille.

2Pour permettre un conseil génétique adapté, la pathologie doit être identifiée afin d’en préciser le mode de transmission et de proposer des analyses cytogénétiques ou moléculaires ciblées. Or, une des principales difficultés en psychiatrie est de déterminer la nature de la symptomatologie présentée par le patient, qui appartient le plus souvent à un spectre d’affections plutôt qu’à une entité bien définie.

3Plusieurs singularités sont à noter dès lors qu’il s’agit d’une affection d’origine génétique :

  • la maladie n’intéresse pas uniquement le patient qui consulte mais sa famille toute entière ;
  • il existe très peu de thérapeutiques ciblées ;
  • dans certaines situations, dont fait partie la psychiatrie, le mode de transmission de l’affection peut être multifactoriel, ne répondant pas à un mode de transmission mendélien classique ;
  • il peut également exister plusieurs gènes à l’origine d’un même tableau clinique (on parle alors d’hétérogénéité génétique) ;
  • la complexité des affections psychiatriques rend difficile et quelque peu décevante l’identification de gènes à l’origine de ces maladies ;
  • enfin, la variabilité d’expression de ces affections complique l’estimation du risque donnée aux patients.
En psychiatrie, la démarche visant à adresser un patient en consultation de génétique est parfois ressentie difficilement par les patients, mais également par les thérapeutes, faisant émerger des questions qui peuvent être douloureuses ; ressurgir des conflits familiaux et déstabiliser un équilibre familial parfois trouvé difficilement. Les familles, qui sont souvent très éprouvées, peuvent être surprises par cette proposition, voire incrédules. Et pourtant, l’identification d’une mutation génétique à l’origine de la symptomatologie psychiatrique peut dans certains cas soulager et déculpabiliser les familles.

4Dans l’immense majorité des cas, les familles seront reçues par un binôme composé d’un généticien et d’un psychologue ou d’un psychiatre familiarisés à cette démarche de conseil génétique. Cette double écoute permet :

  • d’appréhender l’histoire des patients dans sa globalité ;
  • de faciliter la compréhension de l’affection psychiatrique pour le généticien ;
  • de contribuer à la prise de décision dans un contexte plus apaisé pour les patients ;
  • d’aider à répondre aux nombreuses questions qui se posent au décours d’une annonce diagnostique génétique.

Psychiatrie et génétique

5Depuis plusieurs décennies, le rôle des facteurs génétiques dans l’apparition d’affections psychiatriques, encore appelés facteurs génétiques de susceptibilité, a été démontré par plusieurs approches : tout d’abord, l’observation à grande échelle de la ségrégation des affections psychiatriques au sein des familles. Bien que ne pouvant se départir totalement du rôle de l’environnement, ces études ont démontré que des facteurs génétiques conféraient une plus grande sensibilité que les seuls risques liés à l’environnement de développer des troubles du comportement ou des troubles identitaires. Ainsi, les apparentés du premier degré d’un patient schizophrène ont un risque dix fois supérieur à celui de la population générale de présenter eux-mêmes une schizophrénie et 14 fois plus élevés de présenter des troubles bipolaires [10]. Les troubles de l’humeur de type schizoaffectif sont également plus fréquents chez les apparentés de patients schizophrènes confirmant l’expressivité variable de certains gènes selon les individus, encore appelée pléiotropie. Elles démontrent également la prépondérance des désordres obsessionnels compulsifs, des troubles de la communication, des phobies sociales chez les apparentés d’enfants autistes [12].

6Parallèlement, les études de jumeaux et d’enfants adoptés ont permis de confirmer la grande concordance pour l’autisme chez les jumeaux monozygotes estimé entre 73 à 95 % selon les études (ce pourcentage est aux alentours de 50 % pour la schizophrénie) et de démontrer la grande héritabilité des troubles envahissants du développement, supérieure à 90 %. Par ailleurs, le risque de récurrence pour la fratrie d’un enfant atteint d’autisme non syndromique est estimé entre 2 à 8 % [9].

7À l’aide des analyses cytogénétiques et moléculaires disponibles actuellement, des gènes de vulnérabilité aux affections psychiatriques ont été identifiés. Les mécanismes étiologiques exacts pour ces maladies génétiques au phénotype avant tout psychiatrique commencent à ce dévoiler, rendant possible l’établissement de corrélations phénotype-génotype. Un conseil génétique adapté pour les apparentés est maintenant possible dans certaines familles. À terme, ces progrès vont également permettre l’élaboration de traitements spécifiques pour tel ou tel désordre psychiatrique en ciblant les causes organiques.

Génétique et schizophrénie

8La schizophrénie est une affection psychiatrique grave, touchant environ 1 % de la population générale. Classiquement, les signes débutent entre 20 et 25 ans, se caractérisant par des épisodes aigus de psychose avec hallucinations et délires associés à des symptômes chroniques comme des altérations des émotions, un déficit intellectuel et des troubles psychomoteurs. Si très longtemps, l’origine de la schizophrénie a été rattachée à des perturbations graves de la communication et des interactions parents-enfants, différentes publications ont prouvé le rôle majeur de facteurs génétiques dans cette affection psychiatrique. Toutefois, l’hérédité de la schizophrénie est complexe, associant une prédisposition génétique à des causes environnementales comme les infections, l’usage de drogues, les traumatismes psychologiques…

9Le syndrome vélo-cardio-facial (SVCF) est la première cause génétique de schizophrénie. Ce syndrome associe des cardiopathies conotroncales, des éléments faciaux (microtie, microstomie, rétrognatisme, os propres du nez larges, fente palatine), une voix nasonnée, une hypocalcémie néonatale secondaire à une hypoparathyroïdie, des désordres immunitaires, des malformations rénales et squelettiques. Classiquement, les patients présentent un retard des acquisitions psychomotrices, des difficultés scolaires, des troubles du comportement avec impulsivité, labilité émotionnelle, difficultés de concentration, timidité, opposition, comportements désorganisés. Des troubles obsessionnels compulsifs et des angoisses de séparation sont classiques tout comme des troubles du registre psychotique. Ainsi, on estime que les patients porteurs d’une microdélétion 22q11 ont un risque de 20 à 30 fois supérieur par rapport à la population générale de présenter une schizophrénie. Inversement, parmi une population de patients schizophrènes, 2 % des adultes et 7 % des enfants ou adolescents présentent une délétion 22q11. Par ailleurs, plus de 60 % des patients atteints de SVCF présentent des troubles bipolaires [4].

10La neuro-imagerie a permis de démontrer chez les patients atteints de SVCF une réduction de la taille de la substance grise dans les régions frontales et temporales ainsi que dans les lobes pariétal et occipital gauches de façon comparable aux données retrouvées chez les patients schizophrènes en début de troubles. Les symptômes psychotiques seraient également liés à une réduction du volume du gyrus cinguli [3].

11Le SVCF est secondaire à une microdélétion de la région 22q11, d’une taille de trois mégabases, mise en évidence par hybridation in situ. Environ 30 gènes sont emportés par la délétion dont GSCL, Es2, UFD1L, COMT, TBX1 impliqués dans le développement et le fonctionnement du système nerveux central. Dans 80 à 90 % des cas, la microdélétion 22q11 survient de novo, c’est-à-dire de façon accidentelle, non héritée d’un des deux parents. Dans ces conditions, le conseil génétique est rassurant, au risque près d’une mosaïque germinale (plusieurs cellules germinales mutées). En revanche, si la délétion est héritée d’un des deux parents, le risque de récurrence est estimé à 50 %, justifiant, si les parents le souhaitent, de recourir à une approche diagnostique anténatale.

12Des mutations du gène SHANK3 en 22q13 ont également été identifiées chez des patients atteints de schizophrénie. Ce gène participe au maintien de la structure des cellules nerveuses.

13D’autres gènes, comme DISC1 et PDE4B, apparaissent aussi comme des facteurs favorisants de schizophrénie [11].

14À côté de ces gènes, des variants de l’ADN, encore appelés copy number variants (CNV) ont été identifiés associés à un risque de désordres psychiatriques. Ces CNV correspondent à des duplications ou des pertes de courtes séquences d’ADN, d’une taille inférieure à un kilobase. Ces CNV contribuent à la diversité génétique normale mais également au déterminisme de certaines maladies en affectant la transcription de certains gènes ou en modifiant leur séquence codante. Ainsi, ils seraient trois fois plus fréquents dans les génomes de patients schizophrènes que dans ceux de personnes indemnes (et même quatre fois plus fréquents quand la symptomatologie débute tôt, avant 18 ans). Ainsi, le risque de survenue de schizophrénie est multiplié par 15 en cas de CNV en 15q11.2, par 12 en cas de CNV en 15q13.3 et par 3 en cas de CNV en 1q21.1. Les autres CNV à risque se situent en 17p12, 2p16.3, 16p13.3 et 16p11.2. Cependant, il est important de noter la pénétrance très incomplète de ces CNV, variant de 2 à 7,4 %, ce qui complique considérablement le conseil génétique.

15Outre l’examen clinique, le caryotype avec recherche par hybridation in situ d’une éventuelle délétion 22q11 et l’étude du gène SHANK3, l’analyse de ces CNV apparaît très intéressante car ils représentent une importante composante génétique de la schizophrénie, permettant d’affiner le conseil génétique [17].

Génétique et autisme

16L’autisme est un groupe d’affections se caractérisant par un défaut d’interactions sociales, des troubles de la communication, des stéréotypies et des comportements restrictifs répétés. Classiquement, les symptômes sont présents avant trois ans. L’autisme, le syndrome d’Asperger et les troubles envahissants du développement sont souvent considérés comme un continuum de la même affection selon les critères du DSM-IV [5].

17Avant 1985, on estimait l’incidence de l’autisme entre deux à cinq pour 10 000 enfants nés vivants. Cette incidence a été multipliée par dix dans les années 2000. Cette augmentation s’explique certainement en partie par des facteurs environnementaux et épigénétiques mais aussi par le caractère plus large des critères diagnostiques et le fait que les médecins soient plus exercés à porter ce type de diagnostic.

18En cas d’autisme, le sex-ratio apparaît totalement biaisé avec quatre garçons atteints pour une fille. En revanche, le sex-ratio est proche de 1 en cas d’autisme syndromique.

19À noter que l’autisme s’associe dans plus de 30 % des cas à une épilepsie et dans près de 80 % à un déficit intellectuel [9].

20L’origine des troubles envahissants du développement du registre autistique (TEDRA) est hétérogène.

21Elle peut être environnementale. Ainsi, certaines infections contractées pendant la grossesse comme la rubéole, le CMV ou la prise de valproate de sodium ou de thalidomide par les femmes enceintes sont considérées comme des facteurs de risque.

22Les TEDRA peuvent également être génétiquement déterminés.

23Tout d’abord, leur origine peut être chromosomique. Ainsi, une anomalie chromosomique est retrouvée dans 3 à 5 % des cas [14]. Aujourd’hui, on estime que les inversions-duplications 15q11-13 (ou duplications isolées) d’origine maternelle sont retrouvées dans 1 % des cas. Les autres remaniements chromosomiques les plus fréquemment identifiés sont les délétions 22q11, 2q37, 7q11.23, 7q31, 22q13 ou les duplications 22q13. Des anomalies gonosomiques type 47, XXY sont également rapportées. Enfin, certains syndromes des gènes contigus ou aneusomies (comme la trisomie 21) peuvent s’associer aux TEDRA.

24Le caryotype constitutionnel classique fait donc partie du bilan proposé à tout enfant avec TEDRA. Il est maintenant quasiment systématiquement couplé à une analyse par CGH array qui permet de mettre en évidence des remaniements de très petite taille de l’ordre de quelques kilobases. Cette approche sera d’autant plus facilement proposée qu’une dysmorphie, un retard psychomoteur, des troubles neurologiques, des anomalies à l’EEG s’associent aux TEDRA. Grâce à la CGH array, des remaniements récurrents touchant les régions 16p11.2 et 2p15-16.1 ont été décrits [8].

25Les TEDRA peuvent également être d’origine génique avec 10 % des cas s’intégrant dans le cadre de syndromes monogéniques. Seuls les deux principaux syndromes, à savoir la fragilité du chromosome X et la sclérose tubéreuse de Bourneville, qui expliquent 4 à 6 % et 1 % respectivement des cas de TEDRA, seront développés ici. Les autres syndromes, plus rares, correspondent au syndrome de Cornelia de Lange, au syndrome de Smith, Lemli et Opitz, à la neurofibromatose de type 1, à la phénylcétonurie non traitée, au syndrome d’Angelman…

Fragilité du chromosome X

26Il s’agit de la première cause de déficit intellectuel. Sa prévalence est estimée à 1/4 000 garçons et 1/8 000 filles. Ce syndrome est secondaire à une expansion de triplets CGG dans la région 5? non traduite du gène FMR1en Xq27.

27Ce syndrome se caractérise par une dysmorphie faciale (visage allongé, oreilles décollées de grande taille, petit nez bulbeux), un macro-orchidisme, un déficit intellectuel (QI classiquement inférieur à 50 chez les garçons ; entre 70 et 85 pour les filles), des troubles du comportement. On estime que 30 % des enfants atteints présentent un autisme et que 30 % ont des troubles envahissants du développement. Pour les 40 % restants, des troubles plus légers sont classiques comme un contact visuel fugace, un flapping des mains et une aversion pour les contacts physiques. Plus le déficit intellectuel est important, plus les risques de TEDRA sont élevés. Sur l’imagerie cérébrale proposée aux enfants FRAX, une augmentation de taille des noyaux caudés est classique alors qu’en cas de fragilité du chromosome X associée à un autisme, on note une hypertrophie de l’amygdale [6].

28Le gène FMR1 code pour une protéine FMRP jouant un rôle important dans le transport dendritique des ARN messagers (ARNm), la régulation de la traduction de ces ARNm, la neurogenèse.

29Chez les patients indemnes, le nombre de répétitions CGG est inférieur à 50.

30On parle de mutation complète quand le nombre de répétitions est supérieur à 200. Une hyperméthylation du gène s’associe à cette expansion de triplets responsable d’une absence ou d’une diminution de la transcription du gène, résultant en une absence ou un déficit en protéine dans des proportions inversement proportionnelles à la taille de l’expansion de triplets. L’absence de FMRP a des conséquences sur la traduction de centaines de protéines dont les neuroligines (NLG) 3 et 4, la neurorexine, la PDP 95 (postsynaptic density protein), CYFIP 1 et 2 (cytoplasmic FMR1 interacting protein), SHANK3 (Src homology 3 and multiple ankyrin repeat domains), Arc, PTEN (phosphatase and tensin homolog), MAPK (mitogen activated protein kinase), JKMIP1 (janus kinase and microtubule interacting protein) et HERC (homologous to the E6-AP carboxyl terminus). La majorité de ces protéines sont associées à la formation et à la plasticité des synapses, et sont donc à l’origine des troubles du comportement et intellectuels, de l’hyperacousie et du contact visuel fugace retrouvés chez ces patients. D’autres interactions existent avec le système GABAergique ou les agonistes des récepteurs GABA bêta. La connaissance de ces interactions a été capitale pour l’élaboration de traitements médicamenteux spécifique comme le baclofen et la minocyclines [6].

31Entre 50 et 200, les patients sont dits prémutés. La majorité de ces patients ne présentent pas de troubles cognitifs, ni comportementaux. Cependant, des troubles de l’humeur, une certaine anxiété peuvent exister. On estime, par ailleurs, que 14 % des garçons et 5 % des filles présentent des TEDRA, secondaires à l’effet toxique direct de l’ARNm du gène FMR1 prémuté retrouvé dans les leucocytes à des niveaux deux à huit fois supérieurs à ceux attendus, et ce malgré un taux normal ou quasi-normal de protéine. Cet excès d’ARNm, retrouvé dans des inclusions astrocytaires et neuronales, est supposé être à l’origine d’un effet gain de fonction toxique responsable d’une dérégulation de nombreuses protéines, incluant la lamine A/C. Cette toxicité est également à l’origine du syndrome FXTAS (fragile-X associated tremor/ataxia syndrome) caractérisé par des troubles émotionnels, des difficultés d’apprentissage puis des tremblements, une ataxie, un déclin cognitif. Une arborisation anormale des dendrites, une morphologie synaptique altérée, une mort neuronale prématurée ainsi qu’un dysfonctionnement mitochondrial sont également classiquement associés [1, 6].

32Il est primordial de dépister les hommes prémutés car toutes leurs filles seront également prémutées avec un risque de développer des signes psychiatriques, une insuffisance ovarienne ou de concevoir des enfants porteurs d’une mutation complète.

33En cas de transmission d’une prémutation par un homme, cette dernière se fait à l’identique. En revanche, quand la transmission passe par une femme, il existe un risque d’aggravation avec possibilité de mutation complète chez la descendance. La propension à passer une mutation complète dépend de la taille de la prémutation initiale. Ainsi, plus cette dernière se rapproche de 100 triplets CGG, plus le risque pour la descendance d’être mutée est grand.

34Un père portant d’une mutation complète ne transmet qu’une prémutation à ses filles (certainement par une production sélective de spermatozoïdes avec prémutation).

35Tous les enfants avec une mutation complète ont une mère porteuse.

La sclérose tubéreuse de Bourneville

36Il s’agit d’une maladie génétique de transmission autosomique dominante dont l’incidence est de 1/10 000. Les lésions évocatrices de ce syndrome sont les rhabdomyomes cardiaques, les nodules sous-épendymaires, les tubers corticaux multiples, les hamartomes rétiniens, les angiomyolipomes rénaux, les tumeurs de Koenen, les angiofibromes faciaux. Un déficit intellectuel s’associe dans 50 % des cas ; une épilepsie dans 75 % des cas. Selon les études, 25 à 50 % des enfants atteints présentent un autisme et 20 à 25 %, des TEDRA [7]. Deux loci majeurs ont été identifiés en 9q31 (TSC1) et 16p13 (TSC2). On considère que 50 % des cas sont sporadiques. Le conseil génétique est alors rassurant au risque près des mosaïques germinales dont la fréquence est estimée aux alentours de 3 %. En cas de forme familiale, le conseil génétique sera celui d’une affection autosomique dominante, c’est-à-dire 50 % de risque de transmettre le gène muté à la descendance sans qu’il soit possible de prédire la sévérité de l’atteinte chez l’enfant à venir en raison de l’expressivité très variable de ce syndrome.

37À côté des autismes syndromiques, on retrouve des autismes isolés pour lesquels il arrive qu’une mutation génique soit identifiée. La liste de ces gènes, principalement impliqués dans les interactions cellulaires et les fonctions synaptiques (développement dendritique, migration et croissance neuronales, inhibition ou excitation de neurotransmetteurs) ne peut être exhaustive mais en voici les principaux.

Neuroligines

38Les NLG sont des molécules d’adhésion cellulaire localisées en post-synaptique au niveau des synapses glutamatergiques (NLG 1, 3, 4, 4Y) et gamma-aminobutyrique acid-ergiques (NLG 2). Elles interagissent avec différentes protéines comme la neurexine (NRXN) bêta présynaptique ou SHANK3 en post-synaptique.

39Les NLG 3 et 4, localisées en Xq13 et Xq22.33, sont le siège de mutations rares rendant compte de moins de 1 % de l’ensemble des TEDRA.

40Le tableau clinique des individus mutés est très hétérogène allant du syndrome d’Asperger aux troubles envahissants du développement. Des autismes, pouvant être sévères, ont également été rapportés ainsi que des retards de langage. Des phénomènes de régression avec perte de capacités sociales et verbales acquises sont également classiques. En revanche, il n’existe pas de dysmorphie faciale associée à ces gènes.

SHANK3 (22q13.3)

41Ce gène code pour une protéine (scaffolding) qui se trouve dans des complexes post-synaptiques directement liés aux NLG. L’haplo-insuffisance de SHANK3, secondaire à des mutations, des délétions, se traduit par une fonction synaptique altérée ainsi qu’une plasticité structurelle anormale des synapses, à l’origine des TEDRA (1,1 % de l’ensemble de ces troubles).

42Le tableau clinique se caractérise le plus souvent par un autisme avec retard de langage sévère et troubles de la relation sociale [2].

Neurexines

43Les NRXN présynaptiques induisent la différenciation post-synaptique en favorisant le contact dendritique. Les NRXN 1, 2 et 3, situés respectivement en 2q32, 11q13 et 14q24.3-q31.1, ont deux promoteurs indépendants, qui déterminent deux classes d’ARNm : des ARNm longs codant pour des alpha NRXN et des ARNm courts, codant pour les bêta NRXN.

44Le phénotype est variable avec hyperactivité, dépression et/ou difficultés d’apprentissage, convulsions, dysmorphie. Certains patients mutés peuvent avoir un comportement strictement normal.

MECP2 (Xq28)

45Il s’agit d’un répresseur transcriptionnel qui lie les dinucléotides CpG méthylés naturellement localisés dans les promoteurs des gènes et recrutent des protéines comme HDAC1 impliquées dans la répression chromatinienne. Le gène MECP2 contient des sites de liaison aux NLG 3.

46MECP2 est à l’origine du syndrome de Rett chez les filles se caractérisant par des désordres envahissants du développement avec régression, troubles autistiques, microcéphalie, épilepsie, troubles de la respiration. En général, les mutations sont létales chez les garçons.

47Certaines mutations peuvent être à l’origine de phénotype très modéré avec déficit intellectuel léger. Les mutations de MECP2 expliquent 0,8 à 1,3 % des troubles envahissants du développement chez les filles.

HOXA1 (7p15.3)

48Ce gène homeobox est à l’origine d’autisme avec déficit intellectuel dans une forme autosomique récessive, associé à des troubles de l’audition, des perturbations neurologiques et des anomalies dans le regard horizontal.

PTEN (10q23)

49Il s’agit d’un gène suppresseur de tumeur influençant l’arrêt du cycle cellulaire en G1 et l’apoptose. Dans le système nerveux central, l’inactivation de PTEN se traduit par une croissance dendritique et axonale excessive avec augmentation du nombre de synapses.

50PTEN est à l’origine de syndromes comme le Cowden, le Bannayan-Riley-Ruvalcaba, Proteus [9].

51L’haplo-insuffisance du gène PTEN s’associe à un risque tumoral, des macrocéphalies (classiquement supérieures à + 3 DS) et une macrosomie. Des troubles autistiques et un déficit intellectuel peuvent également exister. Rappelons que 20 % des enfants autistes présentent une macrocéphalie secondaire, le plus souvent associée à une macrosomie globale [13].

52Une mutation de PTEN est retrouvée chez 4,7 à 17 % des enfants avec autisme associé à une macrocéphalie ou une macrosomie selon les études [6].

53D’autres gènes ont été rapportés comme impliqués dans la survenue de TEDRA. Il s’agit principalement de SLC25A12 (2q24) ; OXTR (3p24-26) qui joue un rôle crucial dans les relations sociales et le comportement ; GABA-A (4p12) ; GluR6 (6q21) ; FOXP2/RELN (codant pour la Reelin impliquée dans migration neuronale, la formation des différentes couches du cortex, la synaptogenèse), PTPRZ1, NRCAM, WNT2 situés en 7q22-36 ; CNTNAP2 qui appartient à la superfamille de la NRXN impliquée dans la mise en place du langage (7q35-q36) ; ATP10C, UBE3A, GABA récepteur (15q11-13) ; SLC6A4 (17q11.1-q12) [5].

54Comme pour la schizophrénie, des CNV ont également été identifiés comme étant plus fréquemment associés à l’autisme : en 1q21, 2p16.3 (NRXN1), 3p25-26 (CNTN4), 7q36.2 (DPP6), 15q11-13 (UBE3A, OR4M2, OR4N4), 16p11.2 (MAPK3, MAZ, DOC2A, SEZ6L2, HIRIP3, IL6), 22q11.2. Cependant, aucun de ces CNV n’apparaît véritablement de façon prépondérante chez les enfants autistes et leur analyse reste difficile [5].

55En résumé, le bilan proposé aux enfants présentant des troubles du registre autistique associe :

  • une analyse cytogénétique par caryotype constitutionnel classique associé à une étude en CGH array dès qu’il existe une dysmorphie et des troubles neurologiques chez le patient ;
  • une recherche de fragilité du chromosome X ;
  • une imagerie cérébrale ou un EEG de veille et de sommeil ;
  • une étude moléculaire du SHANK3 à faire systématiquement devant tout retard de langage sévère associé à des difficultés dans les relations sociales (en gardant à l’esprit que certains patients peuvent être porteurs de mutations et être parfaitement asymptomatiques) ;
  • une étude du gène MECP2 chez les filles avec autisme, microcéphalie et régression ;
  • une analyse du gène PTEN est à proposer dès que l’enfant présente un autisme avec macrocéphalie supérieure ou égale à + 3 DS. Si une mutation est retrouvée, un suivi adapté est nécessaire en raison du risque tumoral.
L’étude du gène HOXA1 ne sera proposée qu’en cas de consanguinité parentale dans la mesure où les mutations sont récessives. La présence de troubles de l’audition, de signes neurologiques et d’anomalies du regard horizontal oriente vers ce gène.

56Quant aux analyses de NLG 3 et 4, des neuroxines, elles ne sont pas proposées en routine

Implications pour le conseil génétique

57En raison de la complexité des bases moléculaires et environnementales, le conseil génétique est un véritable challenge en cas de désordres du registre autistique. Une étape préalable indispensable est l’établissement très précis de l’arbre généalogique, sur au moins trois générations, de façon à préciser les antécédents psychiatriques familiaux [16].

58En cas d’autisme idiopathique (on considère un autisme comme étant idiopathique dès lors qu’aucune cause n’a été retrouvée, ni environnementale, ni génétique). Le risque de récurrence pour la fratrie est estimé entre 2 et 8 % [15]. Malheureusement, dans ces conditions, aucun test diagnostique prénatal n’est possible.

59En cas de syndrome génétique identifié, le risque de récidive dépend du mode de transmission du syndrome, allant de 25 à 50 % selon qu’il s’agit d’une affection autosomique récessive ou dominante. Si la mutation est survenue accidentellement au sein d’un gène de transmission dominante, la probabilité de récurrence est nulle, au risque près d’une mosaïque germinale.

60En cas d’anomalie chromosomique survenue de novo, et en particulier en cas d’inversion-duplication de la région 15q11-13 (ou de duplication isolée), la probabilité de récurrence est comparable à celle de la population générale (au risque près d’une mosaïque germinale). Il en est de même pour le CNV à condition qu’ils soient survenus de novo.

Conclusion

61Les chercheurs se trouvent devant de grandes difficultés pour essayer d’identifier des gènes à l’origine de troubles du comportement comme l’autisme ou la schizophrénie. Cela s’explique par l’hétérogénéité génétique qui existe, la pénétrance réduite des mutations géniques, la pléiotropie, des mécanismes épigénétiques associés, la présence CNV et de facteurs environnementaux modificateurs. Or, l’identification des bases moléculaires est indispensable pour permettre une estimation du risque de récurrence au sein des familles. Ce préalable est également nécessaire pour tenter de développer des thérapeutiques pharmacologiques ciblées alors qu’aujourd’hui, seuls des traitements symptomatiques sont disponibles. Il apparaît donc crucial de définir des phénotypes comportementaux précis et de proposer aux patients des examens complémentaires adaptés en fonction de leur symptomatologie. La prise en charge des patients nécessitent donc de travailler de concert avec les psychiatres ou les psychologues, les pédiatres, les généticiens cliniciens, les cytogénéticiens, les molécularistes, les radiologues, les thérapeutes.

62Conflits d’intérêts : aucun.

Références

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Mots-clés éditeurs : autisme, conseil génétique, génétique, psychiatrie, retard mental, schizophrénie, trouble envahissant du développement

Date de mise en ligne : 15/11/2012

https://doi.org/10.1684/ipe.2011.0833