Article de revue

Des couleurs dans la littérature grise

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Citer cet article


  • Cottin, S.
(2015). Des couleurs dans la littérature grise. I2D - Information, données & documents, 52(1), 54-54. https://doi.org/10.3917/i2d.151.0054.

  • Cottin, Stéphane.
« Des couleurs dans la littérature grise ». I2D - Information, données & documents, 2015/1 Volume 52, 2015. p.54-54. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-i2d-information-donnees-et-documents-2015-1-page-54?lang=fr.

  • COTTIN, Stéphane,
2015. Des couleurs dans la littérature grise. I2D - Information, données & documents, 2015/1 Volume 52, p.54-54. DOI : 10.3917/i2d.151.0054. URL : https://shs.cairn.info/revue-i2d-information-donnees-et-documents-2015-1-page-54?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/i2d.151.0054


1De nombreux documents, généralement préparatoires ou issus de processus complexes, sont caractérisés par des codes couleurs. Dans certains milieux techniques, ces couleurs permettent d’identifier l’étape de création du document et parfois la valeur de son contenu. Il est donc important de connaître ces subtilités pour savoir comment les experts de ces domaines échangent ces informations et ainsi accéder plus sûrement à ces supports somme toute assez classiques de littérature grise.

Vert, blanc, rose, violet, orange

2Dans certains domaines, ces usages ont largement dépassé le cadre fermé des spécialistes et il est fréquent de trouver des références mentionnant ces codes couleurs. Parmi les plus célèbres documents colorés se trouvent les fameux livres blancs ou verts des institutions européennes, bien qu’originellement cette distinction provienne d’une pratique britannique du début du XXe siècle liée à la couleur de la reliure des documents officiels en fonction de leur épaisseur. Un livre vert [1] est ainsi un recueil d’idées de portée générale en vue d’alimenter un débat. Un livre blanc [2] en est généralement la suite, en tant que recueil d’éléments plus précis et plus factuels (donc moins « épais » et ne méritant donc pas une couverture de couleur), dans le but d’éclairer un choix politique.

3De nombreux gouvernements ont repris cette distinction, ainsi que le monde de l’entreprise qui est friand de diffusion de « livres blancs » [3], destinée à éclairer une solution technique parmi plusieurs possibilités. La procédure administrative française use aussi de ces qualificatifs : ainsi, la juridiction suprême de l’ordre administratif, le Conseil d’État, diffuse sur des « feuilles roses » les résumés de ses décisions sélectionnées pour être publiées au recueil annuel. D’autres couleurs étaient d’ailleurs utilisées en fonction des sources jurisprudentielles : violet pour le Tribunal des conflits, orange pour les Cours administratives d’appel, mais la pratique s’est depuis perdue.

Variation autour du bleu

4Les subtilités du jargon peuvent aussi se combiner avec le masculin et le féminin. Il ne faut pas, dans le processus de création des textes législatifs et réglementaires, confondre « le bleu » et « la bleue ». Le bleu est le compte rendu définitif d’une réunion interministérielle, imprimé sur un papier dont la couleur rendait auparavant difficile la reproduction. Ce document fait office de relevé de décision validé par le gouvernement : on parle aussi des « bleus de Matignon » et, dans le vocabulaire gouvernemental, confirmer un arbitrage se dit « bleuir ». En revanche, « la bleue » est l’ultime version d’un texte qui va passer en Conseil des ministres, après avoir connue une version rose (avant-projet) puis verte (après passage et avis en Conseil d’État).

5Le domaine budgétaire [4] est aussi générateur d’une littérature grise très prolifique et toute aussi colorée, accompagnée d’un jargon et d’abréviations mystérieuses pour les non initiés mais indispensables à connaître pour s’y retrouver. La réforme, depuis 2006, de la Loi organique relative aux lois de finances (LOLF) a fait disparaître les notions de « bleus » et de « verts » budgétaires : ce sont respectivement désormais les PAP (projets annuels de performance) préparatoires et les RAP (rapport annuel de performance), l’année suivante. On continue néanmoins par habitude à les dénommer avec leurs anciennes couleurs, de même que les documents « jaunes » (annexes particulières à la loi de finance) et « orange » (documents transversaux).


Date de mise en ligne : 03/04/2015

https://doi.org/10.3917/i2d.151.0054