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Article de revue

Femmes du Sud-Kivu, victimes et actrices en situation de conflit et postconflit

Pages 182 à 199

Citer cet article


  • Sheria Nfundiko, J.
(2015). Femmes du Sud-Kivu, victimes et actrices en situation de conflit et postconflit. Hérodote, 158(3), 182-199. https://doi.org/10.3917/her.158.0182.

  • Sheria Nfundiko, Justin.
« Femmes du Sud-Kivu, victimes et actrices en situation de conflit et postconflit ». Hérodote, 2015/3 n° 158, 2015. p.182-199. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-herodote-2015-3-page-182?lang=fr.

  • SHERIA NFUNDIKO, Justin,
2015. Femmes du Sud-Kivu, victimes et actrices en situation de conflit et postconflit. Hérodote, 2015/3 n° 158, p.182-199. DOI : 10.3917/her.158.0182. URL : https://shs.cairn.info/revue-herodote-2015-3-page-182?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/her.158.0182


Notes

  • [1]
    Assistant de deuxième mandat au département de sociologie, université officielle de Bukavu, RDC.
  • [2]
    En tant que consultant à diverses études de diagnostic menées sur le terrain dans le cadre de programmes « postconflit » du PNUD visant le relèvement des communautés affectées par les conflits armés, notamment en décembre 2014 et février 2015 dans les territoires de la province du Sud-Kivu.
  • [3]
    Pour plus de précisions, se référer à Pourtier [2009], Maindo [2001], Rusamira [2003], Trefon [2013].
  • [4]
    Le pouvoir colonial belge avait fait entrer des populations rwandaises et burundaises au Congo pour en exploiter les ressources naturelles. Elles constituaient une main-d’œuvre pour l’agriculture et les sociétés minières du Kivu comme la SOMINKI, dans les territoires de Mwenga et Kalima.
  • [5]
    Entretien réalisé par l’auteur dans le cadre des travaux de terrain du projet conjoint sur la société civile religieuse et la construction de la paix dans la région des Grands Lacs le 11 décembre 2012 à Kaniola.
  • [6]
    Propos d’une femme victime de viol rencontrée au centre commercial de Minova à Kalehe le 21 décembre 2014.
  • [7]
    Tiré de l’entretien avec madame Venantie Bisimwa, secrétaire exécutive du RFDP (Réseau des femmes pour la défense des droits et la paix), Bukavu, octobre 2014.

1 La région du Kivu constitue la partie orientale et une marge frontalière mal contrôlée de la République démocratique du Congo [Pourtier, 2009]. Ces deux dernières décennies, elle a été l’épicentre d’une succession de rébellions contre le pouvoir central, avec contrôle territorial par des chefs de guerre rebelles plus ou moins liés aux pays voisins. Les violences sexuelles à grande échelle sont massivement et systématiquement utilisées comme arme de guerre et de déstabilisation communautaire, tant sociale que territoriale, par les différentes parties en présence [Odden et Tonheim, 2013, p. 68]. Nous en proposons une approche concrète, s’écartant un peu de certaines idées reçues.

2 En effet, les femmes ont été victimes mais aussi actrices directes et indirectes des conflits armés à travers leur recrutement plus ou moins contraint par les groupes armés. Certaines sont aussi impliquées dans l’organisation de la sortie de crise, à travers actions de lobbying et engagement associatif permettant leur entrée sur la scène politique.

3 Les données présentées ici [2] résultent d’une approche « par le bas » de la posture et du rôle des femmes dans la reconstruction postconflit. Nous analysons d’abord les conséquences de la généralisation des violences pendant et même après les conflits sur la capacité des femmes à entrer dans un processus de résilience : les impacts sur leur statut, la destruction de leur capital social et économique et leur capacité de mobilisation dans le processus de « relèvement des communautés » engagé par les instances internationales. L’analyse porte ensuite sur le processus de résilience du côté des femmes victimes de sévices et viols dans un contexte demeurant troublé ainsi que sur la démobilisation, le désarmement et la réintégration dans la vie civile de celles-ci. Ces deux dimensions sont soutenues par l’analyse critique des interventions des organisations en faveur des femmes. Enfin, nous tenterons de présenter le comportement et le rôle des femmes dans la reconstruction postconflit.

4 Nous avons mené des observations et des interviews répétées (septembre 2013, décembre 2014 et février 2015) auprès de femmes victimes et actrices des conflits armés, ainsi que de responsables d’organisations intervenant en leur faveur dans la province du Sud-Kivu, sur des territoires qui ont connu d’intenses affres de guerre et des activités importantes de groupes armés : Kalehe (Minova), Fizi (Baraka), Uvira, Mwenga (Kasika), Kabare et Walungu.

Contexte des conflits au Kivu

5 L’histoire du Congo est caractérisée par une instabilité politique depuis l’indépendance, avec des mutineries dans les forces armées et des tentatives de sécession dans plusieurs provinces périphériques dont le Katanga, le Kasai, le Kivu (Nord, Sud-Kivu et Maniema) et la Province orientale. Mais l’histoire récente s’emballe au Kivu. On distingue trois grands moments de guerre dans cette région [3].

La multiplication des groupes armés depuis 1994

6 La première guerre, dite de « libération », est menée (1996-1998) par l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL). À la suite du massacre rwandais de 1994, près de 1,2 million de Hutus se sont réfugiés dans le Kivu, parmi lesquels sans doute 100000 Interahamwe (anciens miliciens hutus). Cette arrivée massive déclenche une rébellion des Banyamulenge (Tutsis) installés depuis longtemps dans les moyens et hauts plateaux des territoires d’Uvira et de Fizi [4]. Avec l’appui du nouveau régime rwandais, cette rébellion aboutit à la création de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) dirigée par Laurent Désiré Kabila, qui s’empare du pouvoir politique à Kinshasa, le 17 mai 1998.

7 Depuis lors, le Kivu est entré dans la mouvance rwandaise par le biais d’ingérences extérieures, ainsi que de leaders et de groupes armés locaux. Les Tutsis Banyamulenge, toujours soutenus par le Rwanda, vont se retourner contre le régime de Laurent Désiré Kabila. Ils fondent le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) qui installe son quartier général politique à Goma (chef-lieu de la province du Nord-Kivu) et finit par contrôler la partie orientale du Congo. Entre 1998 et 2002, la guerre dite de « rectification » est menée par une coalition politico-militaire, le RCD, soutenu par sept pays riverains qui entrent en guerre et définissent des zones d’influence dans le pays. Les accords de Sun City en Afrique du Sud en 2002 prévoient le retrait des troupes étrangères et la réunification du pays, ainsi qu’un processus de mixage, brassage et intégration des ex-groupes armés dans les Forces armées de la RDC (FARDC).

8 Mais, depuis 2002, rébellions et groupes d’autodéfense (comme les Mai-Mai apparus dès 1964 à l’est de la RDC) continuent à se multiplier dans la région alternant moments de crise localisée et pauses autour d’enjeux imbriqués de géopolitique frontalière, d’identités ethniques et de pillage des ressources... Ces divers mouvements autonomes font face au RCD, justifiant leur action par une défense de l’intégrité territoriale, ou la vengeance de parents et membres de la communauté victimes d’agressions.

9 Certains groupes combattants conduits par Laurent Nkunda s’opposent au processus de normalisation de 2002. Refusant l’intégration dans l’armée nationale, Nkunda se retranche dans les territoires de Masisi et de Rutshuru où il constitue le Congrès national de défense du peuple (CNDP) [Ndaywel, 2008, p. 644]. Il prend brièvement la ville de Bukavu en 2004. Ce mouvement va se muer en Mouvement du 23 mars (M23) avec un changement de l’équipe dirigeante. Le général Laurent Nkunda évincé est remplacé par Bosco Ntaganda, arrêté par la suite et transféré à la Cour pénale internationale.

10 Outre ces acteurs nationaux, des étrangers avivent les tensions du Kivu [Pourtier, 2009 ; Maindo, 2001, Rusamira, 2003]. En plus des troupes régulières rwandaises, ougandaises et burundaises ayant appuyé les rébellions régionales, on note divers groupes armés rwandais ainsi que des Interahamwe opérant au Nord-Kivu, Sud-Kivu, Province orientale, Nord-Katanga et au Maniema. Côté Burundi, divers groupes armés font des incursions meurtrières dans la plaine de la Ruzizi et dans le territoire de Fizi au sud de la province du Sud-Kivu. Des groupes armés ougandais opèrent au Nord-Kivu et dans la Province orientale.

CARTE 1

LES TERRITOIRES DU SUD-KIVU

Description de l'image par IA : Carte du Sud-Kivu avec villes et lacs principaux.

LES TERRITOIRES DU SUD-KIVU

11 À part les forces militaires de la RDC luttant contre ces groupes armés, les troupes de la Mission de l’Organisation des Nations unies au Congo (Monusco) ont joué un rôle remarquable pour stabiliser la région. Cette mission a été créée en 1999 avec plus de 17000 hommes dont plus de 5000 au Nord-Kivu [Pourtier, 2009]. À celle-ci s’est jointe la brigade d’intervention créée par le Conseil de sécurité des Nations unies afin de neutraliser les groupes écumant l’est du Congo.

Les enjeux

12 Les conflits dans le Kivu résultent de la conjugaison de multiples enjeux. Les idéologies sécessionnistes manifestées depuis 1994 par les rébellions soutenues par le Rwanda (le M23) répondent aux convoitises territoriales de petits pays limitrophes de la RDC, s’ajoutant à celles liées à l’exploitation des ressources minières (réserves en or, en colombo-tantalite et autres minerais rares que les groupes armés exploitent). L’enjeu démographique est aussi important. Rwanda et Burundi sont deux pays avec une densité de population élevée [Boubour, 2012], aussi le Kivu est-il considéré comme un déversoir du trop-plein démographique, d’autant plus qu’il a un bon potentiel agricole. Par ailleurs, au sein du Kivu, l’opposition entre Kivutiens et Congolais d’autres régions met en exergue la fracture entre Est et Ouest pour des enjeux de gestion du pouvoir politique au niveau central. Cette opposition, bien que latente, se renforce du fait de la position géographique du Kivu, distant de 2000 km de Kinshasa. Lenteur des décisions et retards dans la construction et reconstruction des infrastructures pour relier le Kivu au reste du pays donnent une impression de marginalisation. De ce fait, les activités économiques sont tournées vers les pays frontaliers de l’Est (Rwanda, Burundi, Ouganda, Tanzanie, Kenya) qui bénéficient des services des ports de Dar es Salaam (Tanzanie) et Mombasa (Kenya). Enfin, les tensions, difficiles à surmonter, varient en fonction d’enjeux géopolitiques, économiques, culturels, fonciers plus locaux.

Les impacts durables des conflits sur les femmes

13 Il est difficile à ce jour de donner avec précision le nombre de victimes directes et indirectes des conflits armés au Kivu. L’International Rescue Commitee estime (2008) que, entre août 1998 et avril 2007, le conflit en RDC aurait coûté la vie à environ 5,4 millions de personnes, dont 4,6 millions dans les cinq provinces de l’est du Congo. Les multiples conflits du Kivu ont entraîné des déplacements internes massifs. Selon l’Internal Displacement Monitoring Center (IDMC), la RDC comptait 1700000 personnes déplacées en 2011, essentiellement originaires du Nord- et du Sud-Kivu [Tonheim, Kamulete et Kaji, 2013, p. 67].

Impact durable des conflits sur les activités économiques des femmes

14 Malgré les coutumes qui en milieu rural relèguent la femme à l’arrière-plan, celle-ci supporte économiquement la famille avec les travaux des champs (les femmes représentent 70 % des actifs agricoles) et le petit commerce.

15 Un entretien collectif avec dix hommes réalisé à Kalehe le 8 avril 2015 confirme que ces derniers considèrent les femmes comme des mères nourricières et travailleuses des champs. Elles doivent contribuer à la survie de la famille grâce à un double travail « productif et reproductif » [RFDP, RFDA, AI, 2004, p. 44] et elles ont la pleine charge des enfants et de leur éducation. Quand les maris sont enrôlés par les groupes armés, tués, blessés, en déplacement forcé ou en exil, c’est aux femmes seules que revient la responsabilité des enfants. Mais la succession de guerres et la prolifération des groupes armés ont détruit les structures économiques majoritairement tenues par les femmes (champs dévastés, vol du bétail) et les infrastructures sociales (écoles, hôpitaux, centres de santé). À cela s’ajoute la malnutrition due à l’insécurité alimentaire : le climat de guerre permanent rend difficile les travaux agricoles. Même dans les phases d’accalmie, lorsque les groupes armés sont retranchés, ils pèsent sur la production agricole villageoise qui n’assure plus l’autosuffisance alimentaire dans les zones postconflit [RFDP, 2004].

16 L’entretien avec madame Aline Kamori, déplacée de guerre rencontrée à Kalungu (Kalehe), montre combien la lutte pour la survie est compliquée pour ces femmes sans ressources, privées de leur outil de travail et parfois seules avec leurs enfants :

17

À Masisi (Nord-Kivu) d’où nous avons fui la guerre, les femmes étaient nombreuses dans les activités agricoles : patates douces, haricots, fabrication de fromage à base du lait, commerce des articles divers. Toutes ces activités ont été abandonnées à cause de la guerre ; c’est pourquoi, en lieu et place, nous nous contentons des produits vivriers que l’UNHCR et les autres humanitaires nous distribuent quelquefois et de la contrepartie réalisée comme main-d’œuvre aux particuliers dans les communautés de Kalungu.

Femmes et violences

18 Dans un contexte où l’homme en armes se comporte en « roi de la forêt », la femme est menacée par la loi du plus fort, et ce à plusieurs niveaux : individuel, familial et communautaire. Tout d’abord, il est impossible de préciser le nombre de femmes tuées au cours de ces conflits. Certaines ont été « simplement » tuées à bout portant, mais d’autres ont subi des procédés de type « chasse aux sorcières », car supposées avoir été au service des pratiques magico-religieuses de certains groupes armés. C’est le cas des quinze femmes du territoire de Mwenga dans la province du Sud-Kivu, enterrées vivantes par les combattants du RCD lors de la prise de ce territoire. Les victimes ont été accusées de pratiquer la sorcellerie pour le compte des groupes Mai-Mai afin de faire échec à la conquête de leur terroir...

19 Par ailleurs, les activités économiques des femmes les prédisposent aux rapts des groupes armés, par exemple lors de leurs longs déplacements pour aller travailler les champs ou pour leurs activités commerciales. De plus, des endroits jadis considérés comme sûrs, comme les lieux de pratique des rites initiatiques traditionnels et ceux de refuge de la population en cas d’attaque, ne le sont plus car devenus les sanctuaires de groupes armés en milieu rural.

20 D’où qu’ils viennent, ces groupes s’illustrent par un même mode opératoire dans les exactions contre les populations, ciblant en priorité les femmes à travers des viols massifs ou des enlèvements. Tout semble permis dans ces zones rurales peu accessibles. Là, des groupes armés ont installé leur quartier général, avec l’objectif, « conscientisé ou non », « de détruire les réseaux familiaux, d’annihiler les réseaux de solidarité fondamentaux, et de rendre impossible la reproduction d’une certaine population et donc l’existence même du groupe visé » [Moufflet, 2008, p. 122]. Ainsi, les exactions en présence des époux ou parents ont pour objectif la déstabilisation durable de la cellule familiale [Odden et Tonheim, 2013, p. 68].

De la militarisation à la banalisation des violences sexuelles... persistant après la guerre

21 Face à l’hypothèse de l’anarchie ou de la violence débridée des membres de groupes armés pendant les conflits, une étude commandée par le PNUD, que nous avons réalisée fin 2014, montre que 40 % des auteurs de violences sexuelles perpétrées entre 2006 et 2013 sont des militaires et représentants de la force publique légitime.

22 Mais au Sud-Kivu, comme dans d’autres zones postconflit, la forte présence de miliciens autodémobilisés mais pas ou mal réinsérés et un contexte de déstabilisation durable des rapports sociaux font perdurer les violences sexuelles bien après les périodes de crise aiguë. Le constat de Harvard Humanitarian Initiative est sans appel :

23

Les femmes au Sud-Kivu ne sont en sécurité nulle part, elles sont attaquées non seulement pendant qu’elles cultivent leurs champs ou cherchent du bois dans la forêt, mais aussi dans les supposés lieux sûrs que sont leurs propres maisons, souvent la nuit pendant qu’elles dorment avec leurs familles [HHI, 2010].

FIGURE 1

AUTEURS DES VIOLS ET VIOLENCES SEXUELLES AU SUD-KIVU DE 2006-2013

Description de l'image par IA : Cercle montrant les auteurs de viols et violences sexuelles au Sud-Kivu (2006-2013).

AUTEURS DES VIOLS ET VIOLENCES SEXUELLES AU SUD-KIVU DE 2006-2013

24 Les conflits armés ont aussi eu un effet de « contagion » : certains individus non membres des groupes armés commettent des violences sexuelles en profitant de l’impunité quasi généralisée de leurs auteurs [FIDH, 2013]. Le phénomène s’est répercuté dans toute la communauté jusqu’à impliquer diverses catégories socio-professionnelles... Des agents de la Monusco ont même été incriminés [Sheria et Kaganda, 2012].

25

Au début, les combattants de l’armée régulière ou des groupes armés étaient cités comme auteurs de ces violences. Puis le cercle s’est élargi aux enseignants, aux bergers, aux chefs de certaines entités administratives. Bref, des hommes de toutes catégories étaient cités par les victimes comme auteurs. Au sein de notre dynamique, nous nous sommes dit que c’était un phénomène copié ailleurs car cela n’existait pas dans la contrée (entretien direct avec madame Adeline Kusimwa) [5].

26 Le récit d’une femme de Minova, village de Kalehe, confirme cette analyse, le 7 avril 2015, lors des enquêtes sur l’élaboration de la situation de référence du nord du territoire de Kalehe par le Laboratoire d’économie appliqué au développement (LEAD) :

27

Quand je me souviens de ce jour-là [le viol collectif], je me rends compte que les milieux ruraux deviennent davantage invivables. En effet, nous rentrions du travail communautaire appelé Salongo, nous étions six femmes quand un groupe de militaires lourdement armés avaient surgi devant nous ; ils nous ont violées à tour de rôle malgré les cris et pleurs des unes et des autres ; pourtant, nous avions pris l’initiative de nous promener en groupe pour échapper aux violeurs mais hélas... [6].

28 Sur le plan sanitaire, les violences faites aux femmes accroissent le sida et autres maladies sexuellement transmissibles. En RDC, la prévalence du sida atteint 4 % selon ONUSIDA. Après la province de l’Équateur, le Sud-Kivu est la seconde province la plus touchée avec un taux de 7,2 % soit 110000 personnes atteintes du VIH [PNUD, 2009].

29

Après avoir été violée par cinq hommes armés à Kaniola (Walungu), j’avais eu la chance d’être évacuée à Bukavu à l’hôpital du Dr Denis Mukegwe vingt-trois jours après ces atrocités. J’ai bénéficié des soins médicaux qui m’ont permis de me rétablir physiquement. Mais grave a été ma désolation en apprenant des médecins que non seulement j’avais une grossesse mais aussi que j’étais infectée au VIH ; c’est le choc le plus vif que j’ai connu dans ma vie... c’est comme si je ne vis plus car suis inconsolable (entretien avec Benite M. à l’hôpital de Panzi à Bukavu).

30 En outre, ce phénomène crée une nouvelle catégorie d’exclus : les enfants nés de viol sont vus comme des enfants de bourreaux et exclus des activités sociales diverses, ce qui obère la reconstruction communautaire [Nsimire, Nyamujangwa et Sheria, 2013].

Démobiliser les femmes actrices dans les conflits armés

31 Dans les conflits à l’est du Congo, la participation des femmes a été effective tant dans les forces armées régulières de la RDC que dans les différentes milices et groupes armés.

32 Au sein des FARDC, la structure Personnel militaire féminin (PMF) regroupe les unités combattantes féminines. Souvent, on les retrouve au chevet des blessés durant les opérations militaires. Leurs premiers recrutements dans les forces armées de la RDC date de 1996. Le PMF compte 4000 femmes, soit 9 % de l’effectif total des FARDC. Le PMF intervient également dans les domaines logistique, administratif, et accueille certains corps de métiers tels que chauffeur ou tailleur. Cette présence au sein des unités combattantes assure un rôle moralisateur pour les combattants et psychologique pour les populations civiles et notamment les femmes. Dans les groupes armés rebelles et d’autodéfense, les jeunes filles étaient souvent manipulées, les recruteurs jouant sur leur naïveté, pour que les femmes soient plus nombreuses dans leurs rangs [ACORD, 2008]. Ainsi, des enfants et des femmes ont été recrutés de force, kidnappés pour renforcer les groupes et leur permettre de conquérir davantage de terrain. Ces enrôlements, généralement forcés, étaient effectués sur le chemin de retour de l’école, lors des activités agricoles ou même à la maison [Kaganda, 2013].

33 Mais l’implication des femmes dans les groupes armés a parfois été volontaire, influencée par des sentiments patriotiques avec l’objectif de participer à la protection du terroir contre les agressions extérieures, telle l’attaque du Kivu par les troupes rwandaises et burundaises. À ce sujet, Stanisius (1999) notait que, « dans différentes zones de guerre, ces femmes ont été mobilisées dans le conflit armé parce que leur apport, leur travail et leurs services étaient nécessaires » (cité par Amani El Jack [2003]).

34 Pour faciliter la réintégration de ces femmes en période postconflit, des analyses des motivations ayant concouru à leur enrôlement, et spécifiquement des filles, dans les groupes armés ont été réalisées. Nous avons participé à ce type d’études de septembre 2009 à février 2012 dans les territoires de Kabare, Walungu, Kalehe, Uvira, Mwenga, Fizi et dans la ville de Bukavu.

35 Des femmes et filles ex-combattantes (117 rencontrées dans leurs milieux de vie) ayant participé volontairement aux forces et groupes armés ont été interrogées dans les territoires de Kabare, Kalehe, Walungu, Fizi et Uvira. Sur les motivations de leur enrôlement, 32 % citent la pauvreté économique et le manque des ressources pour la survie, 27 % le désir de venger des membres de leurs communautés assassinés lors des atrocités, 20 % pour contribuer à la sécurité de leur terroir, 6 % pour rechercher un mari, 5 % y ont vu un moyen de réaliser une ambition de départ de devenir combattante... enfin, 10 % ont fait ce choix en réaction au manque de considération dont elles étaient victimes de la part des hommes dans leur contrée.

36 Ces constats confirment des travaux antérieurs [Sheria et Kaganda, 2012] qui ont montré l’intégration féminine dans les groupes armés comme une recherche d’emploi, de ressources de subsistance et la protection de leur terroir. À ces facteurs s’ajoutent la pauvreté et la déscolarisation majoritaire des filles. Il est un autre facteur qui favorise dans certaines contrées la participation des femmes aux groupes armés : ce sont les pratiques matrimoniales traditionnelles, qui obligent certaines filles à avoir des liens conjugaux avec des membres des groupes armés.

37 Dans ces groupes leurs activités ont été diverses : participation aux actions armées comme combattantes, au processus d’acquisition des armes et munitions de guerre, à la fourniture des vivres. À ces rôles s’ajoutaient les travaux domestiques et leur exploitation sexuelle [Kaganda, 2013, p. 89]. Enfin, la fabrication et la fourniture des « armes psychologiques » pour les milices Mai-Mai mobilisant potions magiques et sorcellerie, car dans certaines sociétés traditionnelles africaines, et notamment congolaise, la sorcellerie est associée à la féminité [CTAE, 2013].

Les femmes cibles d’actions postconflit

La prise en charge de victimes des violences sexuelles au Sud-Kivu

38 Grâce au lobbying de groupements féminins congolais (comme le Réseau des femmes pour la défense des droits et la paix) et à la sensibilisation des organisations citoyennes militant pour la promotion féminine, le viol est désormais considéré comme un « acte déshumanisant contre la dignité de la femme [7] », criminalisé par des instruments juridiques nationaux conformément aux dispositions internationales ratifiées par la RDC. Ainsi l’arsenal juridique congolais s’est enfin doté en 2006 de deux lois réprimant les viols et violences sexuelles (code pénal et code de procédure pénale). Des femmes ont ainsi fini par entamer des actions pour dénoncer ces abus allant même jusqu’à la dénonciation des auteurs des violences.

39 Cependant, le dysfonctionnement de la justice congolaise n’a pas permis de juger correctement les bourreaux, des cas de corruption des fonctionnaires de justice ayant été dénoncés. Par ailleurs, le faible niveau social des familles de victimes a renforcé la pratique d’arrangements à l’amiable entre victimes et auteurs des violences ; dans certaines contrées, les auteurs remettent une somme équivalant à la valeur d’une chèvre aux parents de la victime comme dommages et intérêts. Ce qui conduit à une banalisation des faits.

Une surenchère humanitaire ?

40 Face à la banalisation des violences et à la difficulté de faire jouer la justice, plusieurs campagnes de sensibilisation contre les violences sexuelles ont été organisées par des associations du Sud-Kivu : seize jours d’activisme contre les violences sexuelles, Plus jamais ça, Nothing Without Women, Nous pouvons, Tous contre les violences sexuelles, Stop au viol de nos ressources les plus prestigieuses, etc. Peu à peu ces actions et lobbyings des femmes ont alerté les institutions internationales et les sensibilités jusqu’à ce que la « marche mondiale des femmes » soit organisée à Bukavu du 13 au 17 octobre 2010 pour les femmes du Sud-Kivu.

41 Divers acteurs institutionnels, grands bailleurs, associations internationales laïques ou caritatives, Églises, prestataires locaux interviennent en faveur des victimes des violences sexuelles, en proposant la prise en charge médicale, juridique, économique, psychologique et sociale. De nombreux organismes se mettent en concurrence sur le marché régional de l’aide aux victimes et engagent, à quelques exceptions près, les mêmes types d’actions. Ils répondent ainsi à des standards d’intervention internationale [Sheria, 2013], soit parce qu’ils sont financés, soit en espérant l’être.

42 Ces opérateurs sont concentrés dans le corridor est de la RDC, allant de l’Ituri au Tanganyika en passant par le Kivu. On observe aussi un mimétisme dans la prise en charge de victimes de violences sexuelles et la réintégration des femmes violées au Sud-Kivu. Ainsi l’hôpital de Panzi et la fondation Panzi, le centre Olame, Héritiers de la justice, Arche d’alliance, Cordaid, CAMS/Celpa, HIA, IRc, Women for women, VDay, CDJP/archidiocèse de Bukavu, Aid, CRS, IMC, Oxfam, etc. (OCHA, 2014) interviennent directement ou indirectement à travers des structures communautaires locales auprès des victimes de violences sexuelles. Les organismes des Nations unies apportent un appui institutionnel en renforçant les capacités des autres organisations internationales, nationales et locales.

43 La région du Kivu a été désignée par l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour les violences sexuelles de passage à Bukavu comme « capitale mondiale des viols », formule qui a donné lieu à de nombreux commentaires. La dramatisation du phénomène donne une image caricaturale difficile à accepter par ses habitants : cette communication doublée de la « guerre des chiffres » sur les cas de violences sexuelles dans le Kivu traduit une forme déguisée de « marketing » humanitaire... Est-ce une autre façon indirecte de stigmatiser les victimes ?

Les femmes dans les programmes de DDR

44 Des programmes visant à faciliter le retour à la vie civile des ex-combattants en général et des filles en particulier ont été appuyés par la communauté internationale dans la région. Une structure étatique, appelée Commission nationale des désarmements, démobilisation et réintégration des ex-combattants (Conader), devenue Unité d’exécution du programme de désarmement, démobilisation et réintégration (UEPNDDR) des ex-combattants, a été mise en place en 2004 en appui de leur retour à la vie civile.

45 Mais la résurgence et la reconfiguration des anciens groupes armés provoquent la mobilisation, voire la remobilisation des anciens ex-combattants recrutés pour gonfler les rangs des milices politiques, ce qui ne facilite pas les bilans des actions de réinsertion.

46 À côté de la structure officielle, des organisations de la société civile appuyées par des ONG et des agences du système des Nations unies sont intervenues avec des soutiens divers auprès des ex-combattantes : soutien psychologique et social, traitement médical, formations professionnelles. Les confessions religieuses (catholique et protestantes) se sont fortement impliquées au travers de structures comme Caritas, la 5e CELPA, etc., et avec des approches décentralisées, pour aider à la réintégration des filles et femmes ex-combattantes [Kaganda, 2013 ; Odden et Tonheim, 2013].

47 Cependant, les programmes de réintégration n’ont pas tenu compte des spécificités des besoins des femmes ex-combattantes. Ces dernières se sont pour la  plupart « autodémobilisées »; c’est-à-dire qu’elles ne sont pas passées par les structures officielles de démobilisation, craignant pour leur sécurité à cause de la présence de leurs anciens chefs/bourreaux dans les centres urbains. D’autres se plaignent de stigmatisation et de difficultés de réinsertion au sein de leurs communautés d’origine où elles sont affublées de sobriquets.

48 Ces programmes ont buté sur le problème des financements limités [Lode, 2013] ne permettant pas leur pérennisation en faveur des réintégrées, sur la sur-saturation des filières professionnelles de réintégration des ex-combattants, la non-maîtrise des paramètres socioéconomiques des milieux de retour, la remise tardive des kits de réintégration dans les métiers professionnels.

49

En ayant été formées en coupe et couture, nous avions attendu le matériel de réinsertion pendant plus de six mois, après cela, nous nous sommes rendu compte que nos produits locaux (habits, blouses, jupes...) étaient confrontés à la concurrence sur le marché local des produits commerciaux venant de l’Asie... qui coûtent très moins cher sur le marché local, qui n’a pas pu permettre à notre initiative de prospérer... Florence Sakina, ex-combattante de Mwenga (entretien avec l’auteur, J. Sheria, Mwenga, 17 février 2015).

Rôles de la femme dans la reconstruction postconflit

50 La question de l’implication des femmes dans la reconstruction postconflit est clairement posée par la résolution 1325 du Conseil de sécurité du 31 octobre 2000. Elle prône une démarche d’équité entre les sexes et la prise en compte des besoins particuliers des femmes et des petites filles.

51 Dans une déclaration faite en 2002, le président du Conseil de sécurité a réaffirmé l’importance de l’adoption d’une démarche sexo-spécifique dans les opérations postconflit. Celle-ci concerne de nombreux aspects tels que la participation des femmes à la reconstruction postconflit, aux activités politiques, aux élections, aux institutions politiques provinciales, aux actions concrètes menées par les organisations féminines pour la promotion des droits, aux actions sociales, économiques et culturelles [Mantuba-Ngoma, 2004].

52 Les actions féminines ont cependant été difficiles. Outre leur faible participation aux négociations de paix et aux rencontres sur l’arrêt des conflits, les organisations de femmes n’ont pas su coordonner suffisamment leurs initiatives pour peser significativement sur le cours des événements politiques en RDC et dans la sous-région. Le déterminisme politique a réduit la cohésion des femmes autour d’un objectif commun : la recherche de la paix.

53 Lors de la reconstruction postconflit, l’activisme féminin s’est manifesté à plusieurs reprises et surtout lors du processus de paix et des assises suivantes : 1999 : accord de Lusaka ; 2001 : pacte républicain de Gaborone ; 2002 : phase de négociation politique ayant permis la mise en place du DIC ; 2003 : adoption de l’accord global et inclusif issu du Dialogue entre Congolais et de la Constitution de la IIIe République par les délégués du DIC ; 2004 : conférence régionale des femmes de Kigali ; 2006 : signature à Nairobi du pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement ; 2008 : accords Amani pour la paix.

54 Malgré l’occupation d’une partie du pays, les organisations féminines ont maintenu une forte mobilisation pour la paix en RDC et spécifiquement dans le Kivu. Minoritaires dans les rangs des négociateurs pendant le processus de paix, elles ont dû se contenter du rôle de « faiseuses de paix » [International Alert, 2012] mais elles ont su animer différents lobbies dans les couloirs auprès des diverses délégations belligérantes.

55 Le portrait d’une leader d’organisation féminine permet de comprendre leurs trajectoires. Née à Kalehe, âgée de 55 ans, elle est présidente de l’Organisation féminine SAMWAKI (Sauti ya wa mama wa Kalehe : « Voix des femmes de Kalehe »). Après des études à l’Institut supérieur de développement rural, elle est engagée depuis plusieurs années dans l’action féministe. Elle est en même temps victime des conflits armés ; lors d’une incursion des rebelles, elle a vu ses bien emportés et certains de ses enfants victimes de violences sexuelles. Elle a participé à plusieurs assises nationales dont la conférence nationale souveraine ayant consacré la démocratisation du pays, et accompagne aujourd’hui les femmes dans la prise de conscience de leur situation de victimes et dans la conduite d’actions collectives pour le respect leurs droits à Kaleh.

56 Malgré leur implication sur le terrain, les femmes ont été sous-représentées aux négociations de paix : 6/68 (soit 9 %) à Gaborone, 52/320 (soit 16 %) à Sun City, 24/80 (soit 30 %) aux négociations informelles de Pretoria, 47/360 (soit 13 %) au Dialogue Inter Congolais de Pretoria qui a conduit à la signature, le 17 décembre 2003, de l’Accord global et inclusif. Cependant elles se sont solidarisées dans une action commune et de lobbying pour faire aboutir les objectifs du Dialogue et surtout prendre position au moment du blocage [Mantuba-Ngoma, 2004 ; International Alert, 2012].

57 Ces constats sont corroborés par les propos d’une femme ayant participé aux différents cycles de négociations :

58

Nos actions pendant ce processus étaient principalement axées sur le lobbying auprès des participants aux différentes assises de paix auxquelles les couches sociales et politiques du Congo étaient conviées. Nous tentions de faire passer nos messages en tant que femmes pour essayer d’obtenir des clauses favorables pendant les discussions en panel ou au carrefour (entretien avec une responsable des femmes de Bukavu).

59 Malgré une faible représentation aux négociations politiques, l’existence d’une action féminine a été un signal fort pour la société civile et l’ensemble des acteurs politiques congolais. Outre leur participation aux rounds de négociations, elles ont aussi participé au processus électoral et joué un rôle important dans les reportages, en tant que journalistes, pour faciliter l’accès à l’information et promouvoir la participation aux élections. Lors de celles-ci, elles ont œuvré à travers leurs lobbies au choix de femmes dans la commission électorale indépendante. Pendant l’élaboration de la loi électorale, elles ont permis de retenir des mesures relatives au genre. Elles ont assumé leurs rôles d’électrices, de candidates, de superviseuses et de conseillères des électeurs. Des activités de lobbying ont également été portées par des associations telles que la Dynamique des femmes (Dynafed) et le Carrefour des femmes politiques congolaises (CAFPOC), visant à sensibiliser les électeurs sur l’importance du vote, à convaincre les partis politiques nationaux du bien-fondé de la représentation des femmes dans l’espace politique, à obtenir le soutien des dirigeants des partis à cette cause et au renforcement du leadership féminin.

60 Les différentes étapes de guerre ainsi que la phase de reconstruction postconfit ont fait évoluer les rapports hommes-femmes au Sud-Kivu et spécifiquement dans la ville de Bukavu où l’on a senti l’émergence d’une élite locale féminine. Ces changements des rapports sont encore au stade embryonnaire, et à relativiser dans les milieux ruraux où le poids de la coutume n’a pas encore permis de renverser les tendances.

Conclusion

61 L’éclatement des structures familiale et communautaire est un frein important au relèvement postconflit [Byrne, 1996]. Entre participation active et engagée et violences subies, les femmes ont connu les affres des guerres du Kivu sous divers aspects qui ont entraîné de profondes remises en cause de leurs rôles et statuts sociaux.

62 Comme victimes, elles ont connu des rapts, des viols et violences sexuelles. Veuves et traumatisées par la disparition de leurs époux, elles souffrent encore de la fuite de leurs enfants déscolarisés et enrôlés dans les forces militaires et milices. Les naissances d’enfants non désirés suite aux viols ont conduit à l’émergence de nouveaux « profils » sociétaux définis à des fins d’aide sociale mais profondément stigmatisants comme les « enfants nés des viols », les « femmes et filles violées chefs de ménages », etc.

63 Cependant, la posture des femmes engagées dans une participation aux activités de reconstruction postconflit et leur capacité à s’organiser en collectif ont transcendé leur statut de victime et d’actrice en les positionnant dans des rôles assumés tant au sein du processus de normalisation politique que dans celui de consolidation de la paix. Au-delà des conséquences négatives des conflits sur les femmes, ces derniers ont finalement permis une ascension politique de quelques-unes d’entre elles soutenues par des organisations citoyennes et internationales. Ainsi, la majorité des femmes actuellement en poste dans les institutions politiques de la RDC sont issues des organisations militantes féminines ayant mené des actions pour mettre fin à la guerre.

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Date de mise en ligne : 24/11/2015

https://doi.org/10.3917/her.158.0182