XVIII
Écrire sans voir (Diderot, Casanova)
- Par Patrick Vauday
Pages 113 à 118
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Notes
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[1]
Diderot, Lettre à Sophie Volland, 10 juin 1759, dans Diderot. Lettres à Sophie Volland, 1759-1774, édition par Marc Buffat et Odile Richard-Pauchet, Paris, Non Lieu, 2010, p. 34.
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[2]
Casanova, Histoire de ma vie, vol. 1, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2013, p. 985. C’est en prison qu’il dit s’être « accoutumé écrire à l’obscur », p. 969.
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[3]
Casanova, « Préface de 1791. Histoire de mon existence », dans « Projets de préface », dans Histoire de ma vie, vol. 1, op. cit., p. 1120.
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[4]
Casanova, Le Duel, ou Essai sur la vie de J. C. Vénitien, Paris, Mille et une nuits, p. 77.
Écrire sans voir, à l’aveugle, grâce à une habileté acquise de longue date qui se perpétue par automatisme dans l’obscurité, cette expérience d’une écriture invisible qui ne peut ni se lire et se relire ni vérifier sa lisibilité, fut partagée aussi bien par Diderot écrivant nuitamment un billet à sa chère Sophie que par Casanova rédigeant, à la sauvette, une lettre à l’adresse de ses geôliers livrant les raisons de son évasion de la prison des Plombs à Venise.
Diderot : « J’écris sans voir […] Voilà la première fois que j’écris dans les ténèbres […] sans savoir si je forme des caractères. Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime »
Casanova : « J’ai alors écrit cette lettre que j’ai laissée à Soradaci sans que j’aie pu la relire car je l’ai écrite à l’obscur ».
Le mot de Diderot à son amante n’est pas seulement une délicieuse déclaration d’amour, il dit, plus profondément, en quoi consiste l’amour véritable qui ne se révèle jamais mieux qu’en absence de l’aimée, dans le lien invisible qui les unit par-delà la séparation. Qu’il prenne naissance de la surprise d’une rencontre en présence va le plus souvent de soi, mais c’est de résister à la distance et de s’intensifier qu’il accomplit sa promesse et se confirme. L’écriture épistolaire, quel qu’en soit aujourd’hui le support, en est déjà la preuve bien qu’elle ne soit pas exempte de ruse et de calcul. Dans le « j’écris sans voir » de Diderot, il faut sans doute lire d’abord « sans vous voir », privée de votre présence, mais non moins « sans voir ce que j’écris », c’est-à-dire sans savoir car compte, plus que les mots que j’écris, le fait même de vous écrire, de me livrer à vous sans réserve…
Date de mise en ligne : 30/10/2025
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