IX. Aimer
- Par Dorothée Legrand
Pages 171 à 196
Citer ce chapitre
- LEGRAND, Dorothée,
- Legrand, Dorothée.
- Legrand, D.
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Notes
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[1]
Comme nous avons tenté de caractériser une anorexie, nous ne saurions considérer La Mélancolie comme condition homogène, mais une mélancolie, celle-là singulièrement, parmi d’autres mélancolies possibles.
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[2]
La mort est « inqualifiable » parce qu’elle « ne saurait coïncider avec rien, former avec rien un présent ni se loger dans une représentation, dans un présent » (Emmanuel Levinas, Dieu, la mort et le temps, op. cit., p. 125).
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[3]
« Empesés, silencieux/Nous entrons/Dans la géographie absente […] Où, la carte de l’absence ?/ Il a fallu partir. […] Nous ne savions pas voyager. […] Les yeux contraints à découvrir […] Comment trouver la forme de ce qui n’a plus de limite familière ? […] Comment traverser la mer ?/Il a bien fallu. […] Nous avons rempli nos poches/De petits cailloux. […] Comptant les pas qui nous séparent/Et puis ne comptant plus » (Jeanne Benameur, La géographie absente, Paris, Éditions Bruno Doucey, 2017).
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[4]
Jeanne Benameur, L’enfant qui, Paris, Actes Sud, 2017, p. 28.
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[5]
Charles Perrault, Conte de ma mère l’Oye, 1697.
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[6]
Perte d’un objet de pleine satisfaction ? Perte d’une pleine satisfaction ? Ou plutôt, ni objet, ni satisfaction de l’objet, ce qui serait primordialement perdu est la plénitude, la totalité sans reste, mythique peut-être.
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[7]
Frédéric Pellion, Mélancolie et vérité, Paris, PUF, 2000, p. 308.
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[8]
« Et ce qu’il avait pressenti se produisit. Quand il tourna la tête, derrière lui, sur le sentier, il n’y avait personne » (Czeslaw Milosz, « Orphée et Eurydice », tr. A. Le Bihan, Esprit, 295, 6, juin 2003).
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[9]
Il s’agit ici « de penser le “maintenir ensemble” du disparate même. Non pas de maintenir ensemble le disparate, mais de se rendre là où le disparate lui-même maintient ensemble, sans blesser la dis-jointure, la dispersion ou la différence, sans effacer l’hétérogénéité de l’autre » (Jacques Derrida, Spectres de Marx. L’État de la dette, le travail du deuil et la nouvelle Internationale, Paris, Galilée, 1993, p. 57-8). On comprend alors pourquoi Jacques Derrida, qui se réfère ici à Maurice Blanchot, ne se réfère pas à Maurice Merleau-Ponty : si ce dernier pense le disparate, c’est en visant l’intégration.
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[10]
Jacques Derrida, Spectres de Marx, op. cit., p. 87 puis, dans ce paragraphe : ibid., p. 279, 177, 17-8.
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[11]
Emmanuel Levinas, Dieu, la mort et le temps, op. cit., p. 16 puis, dans ce paragraphe et les trois suivants : ibid., p. 18, 25, 82, 26, 46, 30, 28, 126-132, 46, 47, 130. Maurice Blanchot l’aura proposé, autrement : Orphée n’est pas mort en ce qu’il incarne le sans-réponse, mais au moment même où il répond, au moment où son regard répond à Eurydice, Orphée, « lui-même, en ce regard, est absent, il n’est pas moins mort qu’elle, non pas mort de cette tranquille mort du monde qui est repos, silence et fin, mais de cette autre mort qui est mort sans fin, épreuve de l’absence de fin » (Maurice Blanchot, L’espace littéraire, op. cit., p. 227).
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[12]
Cette différence « ne diffère pas comme une distinction logique mais comme non-indifférence » (ibid., p. 127).
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[13]
« Je n’étais pas comme elle, puisque je ne suis pas mort avec (en même temps qu’) elle » (Roland Barthes, Journal de deuil, op. cit., note du 1er mai 1979, p. 247).
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[14]
Emmanuel Levinas, Dieu, la mort et le temps, op. cit., p. 31 puis, phrase suivante : ibid., et paragraphe suivant : ibid., p. 129 et 52.
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[15]
Roland Barthes, Journal de deuil, op. cit., note du 1er mai 1978, p. 130.
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[16]
Frédéric Pellion, Mélancolie et vérité, op. cit., p. 133.
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[17]
Sigmund Freud, « Deuil et mélancolie (1915) », in Métapsychologie, Paris, Gallimard, 1968.
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[18]
Jean Oury, La psychose, l’institution, la mort, Paris, Hermann, 2008, p. 21.
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[19]
Frédéric Pellion, Mélancolie et vérité, op. cit., p. 162.
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[20]
Jacques Derrida, Béliers. Le dialogue ininterrompu : entre deux infinis, le poème, Paris, Galilée, 2003, p. 23, puis, paragraphe suivant : ibid., p. 25, 42, 36, 37, 39, 40.
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[21]
Ici, Derrida écrit de et à Hans-Georg Gadamer.
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[22]
Ibid., p. 55 puis, dans ce paragraphe et le suivant : ibid., p. 76, 45.
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[23]
Jeanne Benameur, La géographie absente, op. cit.
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[24]
« A : Je cherche toujours à comprendre mais je n’y arrive pas.
C : Je regarde le grand coussin en chanvre beige, je cherche à faire le lien, je cherche à me déchiffrer dans la neutralité du tissu impeccable.
A. Ça s’arrête quand ?» (Sarah Kane, Manque, op. cit., p. 31-32). -
[25]
Hélène Cixous, « La venue à l’écriture », op. cit., p. 14, puis, phrase suivante : ibid.
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[26]
Hélène Cixous le peut, avec l’écriture, dit-elle.
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[27]
Jean Oury, La psychose, l’institution, la mort, op. cit., p. 9 puis, ce paragraphe : ibid., p. 10-11, 15.
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[28]
Ibid., p. 11.
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[29]
René Major, Au commencement. La vie la mort, Paris, Galilée, 1999, p. 30 puis, ce paragraphe : ibid.
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[30]
Roland Barthes, Journal de deuil, op. cit., note du 1er mai 1978, p. 130.
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[31]
Samuel II, 1, 23, verset du chant funèbre du prophète pleurant la mort au combat du roi Saül et de son fils Jonathan.
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[32]
Emmanuel Levinas, « Mourir pour (1987) », in Entre nous. Essais sur le penser-à-l’autre, Paris, Grasset, 1991, p. 228.
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[33]
Stéphane Habib, Levinas, Rozenweig. Philosophies de la Révélation, Paris, PUF, 2005, p. 110.
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[34]
Stéphane Habib, « Pas sans le réel », conférence sur les Nouveaux Réalismes prononcée à la Sorbonne le 14 octobre 2017, inédit. Toutes les citations de ce paragraphe et du suivant sont tirées de ce texte.
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[35]
« l’impossible strictement et radicalement pensé par Lacan en ce sens qu’il n’y va jamais d’une dialectique de l’impossible et du possible, d’une négation du possible dans, avec et par l’impossible. L’impossible n’est pas plus l’opposition que la négation du possible. L’impossible c’est peut-être la restance, l’irréductible même » (Stéphane Habib, Faire avec l’impossible. Pour une relance du politique, Paris, Hermann, 2017, p. 69).
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[36]
« Tous les totalitarismes, à réduire l’impossible au possible, l’inconnu au connu, s’installent ainsi et toujours au nom de mots bouchons, de signifiants maîtres si l’on veut, de tension vers l’Un, L’un de l’unien, l’un de l’ennui dirait Lacan, l’Un du tout est possible. […] c’est justement le Tout qui s’y présente comme possible et donc qui s’y promet »» (ibid., p. 109).
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[37]
Son expérience clinique avec des patients souffrant d’un cancer aura fait dire à Nicolas Bendrihen que, « face à l’insuffisance du symbolique à recouvrir le réel, chaque sujet doit inventer quelque chose pour faire avec l’irruption du réel : c’est une nécessité, née de l’impossible […]. Nous entendons cette nécessité comme une poussée, une poussée vers la création de solution(s) pour répondre du réel, […] une poussée vers l’écriture : pousse à écrire, écririons-nous à parti du pousse à la femme lacanien, à partir d’un vide signifiant, de représentation, réel » (Écritures et réel du cancer, op. cit., p. 72).
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[38]
Est en jeu ici une « question de réserve, d’interminabilité, de ressource » (Stéphane Habib, Faire avec l’impossible, op. cit., p. 71). Il faut entendre ces mots ensemble car ensemble ils font entendre une « ouverture par et depuis le reste », depuis « ce qui nous reste dans le sens de ce qui nous reste à faire » (ibid. Stéphane Habib ajoute : « désormais au nom du politique »).
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[39]
Si cette barre est une virgule, c’est qu’elle n’est pas un point qui marquerait, lui, un arrêt immuablement rigide, hermétique, stérile ; avec cette barre-virgule, il ne s’agit pas non plus de poser des parenthèses autour de l’impossible : pas de suspension de l’impossible, car il est irréductible ; et cette barre-virgule ne met pas de guillemets autour de l’impossible à dire, car il est indicible.
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[40]
Jacques Lacan, « Réponse au commentaire de Jean Hyppolite sur la “Verneinung” de Freud », op. cit., p. 388.
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[41]
Jacques Lacan, Séminaire VI : Le désir, op. cit., séance du 29 avril 1959.
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[42]
Jacques Lacan, « Réponse au commentaire de Jean Hyppolite sur la “Verneinung” de Freud », op. cit., p. 388.
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[43]
Jacques Lacan, Séminaire XI : Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, op. cit., p. 15.
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[44]
Jeanne Benameur, La géographie absente, op. cit., p. 55 et 59.
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[45]
Jeanne Benameur, L’enfant qui, op. cit., p. 51 puis, phrase suivante : ibid., p. 113.
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[46]
Ibid., p. 112-5.
Un mélancolique, dit-on, souffre d’absence. Mais de quelle absence une mélancolie est-elle la souffrance ? Ne faut-il pas différencier ici encore l’invivable absence d’absence, de l’absence vitale qui compose avec la présence ? Déjà, il nous aura fallu faire cette différence, en faisant l’épreuve d’une anorexie comme manière d’inscrire une absence vitale là où l’absence d’absence est létale. Anorexie et mélancolie sont-elles sœurs, ont-elles une même mère ? Toutes deux seraient, chacune à leur manière, une incorporation de l’absence. Mais là où une anorexie creuserait une absence à même son corps, pour contrer l’absence d’absence, une mélancolie ne serait pas confrontation à l’absence d’absence, à un réel tout plein, totalisant, suffoquant, insupportable, invivable : à l’inverse, une mélancolie serait confrontation à l’absence, absence qui se ferait si absorbante qu’elle mangerait toute présence, jusqu’à la présence de soi à soi, sacrifiée, dévouée, fondue dans un réel tout vide, tout aussi totalisant, suffoquant, insupportable, invivable que le réel tout plein. Une anorexie et une mélancolie seraient bien toutes deux filles du réel mais, figures opposées, une anorexie se saisirait de l’absence pour contrer l’absence d’absence, alors qu’une mélancolie ne le pourrait pas : n’étant pas confronté à l’absence d’absence mais à l’absence, un mélancolique ne pourrait faire avec l’absence qu’un redoublement de l’absence par l’absence, jusqu’à son invivable totalisation. Alors, si nous avons pu décrire une anorexie comme un mouvement d…
Date de mise en ligne : 12/07/2024
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