S'abonner
Article de revue

Le chercheur funambule

Quand une salariée se fait la sociologue de son univers professionnel

Pages 25 à 41

Citer cet article


  • Landour, J.
(2013). Le chercheur funambule Quand une salariée se fait la sociologue de son univers professionnel. Genèses, 90(1), 25-41. https://doi.org/10.3917/gen.090.0025.

  • Landour, Julie.
« Le chercheur funambule : Quand une salariée se fait la sociologue de son univers professionnel ». Genèses, 2013/1 n° 90, 2013. p.25-41. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-geneses-2013-1-page-25?lang=fr.

  • LANDOUR, Julie,
2013. Le chercheur funambule Quand une salariée se fait la sociologue de son univers professionnel. Genèses, 2013/1 n° 90, p.25-41. DOI : 10.3917/gen.090.0025. URL : https://shs.cairn.info/revue-geneses-2013-1-page-25?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/gen.090.0025


Notes

  • [*]
    Cet article est issu d’une première réflexion menée dans le cadre du séminaire « Genres et sciences sociales », animé par Rose-Marie Lagrave à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) en 2009-2010. Sa version originale a été ensuite discutée dans le séminaire de doctorants de Bénédicte Zimmermann, tenu également à l’EHESS en 2010-2011. Que l’ensemble des doctorants présents, et particulièrement Julie Sentis, soient ici remerciés de leurs critiques.
  • [1]
    Sans prétendre à l’exhaustivité, on pourra se reporter ici à la bibliographie, elle-même partielle, de Nicolas Jounin, dans son ethnographie d’un chantier (Jounin 2008 : 242)
  • [2]
    Cette référence est tirée des travaux de Rémy Caveng sur les enquêteurs des instituts de sondages. Pour parler du secteur, il dit ainsi : « J’ai préféré le concept d’espace professionnel à celui de champ en raison de la forte unification du secteur, de sa faible autonomie, de l’absence d’avant-garde bien qu’un certain nombre de propriétés de cet espace pourraient laisser penser qu’on est en présence d’un champ : une forme de capital symbolique spécifique, liée à l’activité d’études d’opinion publique et des instances de régulation qui définissent les droits d’entrée, de frontières et de critères internes d’évaluation » (2007 : 45). Cette terminologie est également très parlante pour comprendre la réalité des trajectoires professionnelles des « Cadres études ».
  • [3]
    Exception faite bien sûr de la thèse de doctorat de Rémy Caveng (2007), citée précédemment, mais qui reste circonscrite aux « terrains » de plusieurs instituts de sondage de petite taille.
  • [4]
    Clause générale du contrat de travail de mon employeur, qui continue de courir deux ans après le départ de l’entreprise. S’il est illusoire de croire à une parfaite anonymisation, je tiens à réaffirmer ici que toutes les précautions ont été prises dans la rédaction de mes divers résultats d’enquête, précautions sur lesquelles je reviendrai en dernière partie de cet article. Je souligne également que mon mémoire de master 2 n’est pas rendu public et qu’aucune publication n’a été diffusée tant que je restais soumise à cette clause de confidentialité.
  • [5]
    L’ensemble des noms cités a bien entendu été modifié et la description des caractéristiques de l’institut volontairement floutée.
  • [6]
    Sur ce point, on pourra se référer, sans être exhaustif, aux travaux de Pierre Bourdieu (1973, 1979) mais également de Patrick Champagne (1990), Loïc Blondiaux (1998), Alain Garrigou (2006) ou encore à ceux de Patrick Lehingue (2007).
  • [7]
    La plupart des diplômés du secteur ayant principalement suivi des études commerciales, en sciences humaines ou littéraires, renvoyant ainsi à l’orientation genrée des parcours scolaires (Vouillot 2007), le secteur est majoritairement féminin : 68 % de femmes d’après une enquête menée par le Syntec études marketing et opinion en septembre 2003, article publié en mars 2004 dans le n° 84 de Marketing magazine (Michalowska 2004), enquête utilisée par défaut car des renseignements plus fiables sur le secteur dans la base Alisse (Accès en ligne aux statistiques structurelles d’entreprises) ou les enquêtes EAE (Enquête annuelle d’entreprise), DADS (Déclaration annuelle de données sociales) ou Enquête Emploi n’existent pas.
  • [8]
    À la différence de Rémy Caveng, je privilégie la notion de champ pour qualifier l’institut de sondages dans lequel mon enquête a pris place : cette organisation est en effet travaillée par des contraintes et enjeux parfois contradictoires, qu’ils soient techniques (réussir à mener à bien son enquête), économiques (faire en sorte que son étude soit rentable) ou encore sociaux (lutter pour sa place, face à ses supérieurs hiérarchiques mais aussi face à ses collègues). Dans cet ensemble mouvant, chacun prend position, suivant des intérêts personnels eux-mêmes soumis aux évolutions propres au champ.
  • [9]
    Sans revenir en détails sur ces catégories fondatrices de mon enquête, inspirées des travaux d’Alexandra Bidet (2011) et de Bénédicte Zimmermann (2011), j’ai défini « engagement » et « désengagement » comme les deux faces d’un acte continu de coproduction de sens, de totalité et d’interactivité entre l’individu et son travail et plus largement entre l’individu et le monde capitaliste dans son ensemble. C’est à travers l’observation et surtout l’analyse des entretiens que j’ai pu identifier les parcours des salariés à travers ces catégories, qui interrogent également les notions d’affiliation, désaffiliation (Castel 1999), liberté et contrainte.
  • [10]
    Implanté dans près d’une centaine de pays et comptant plus de dix mille salariés, spécialisés dans différents métiers des études, le groupe auquel appartient ISOPEM se positionne parmi les cinq premiers instituts mondiaux. En France, il compte plusieurs sociétés, entre mille cinq cents et deux mille salariés (hors enquêteurs), et un chiffre d’affaires qui le place parmi les dominants du marché national. ISOPEM dégage à lui seul près de la moitié du chiffre d’affaires français, en progression depuis 2007. En dépit de la crise de 2008, c’est une entreprise qui se porte bien.
  • [11]
    Source : Projet de bilan social ISOPEM 2009.
  • [12]
    Après avoir été chargé d’études junior, senior, chef de groupe puis directeur d’études, un directeur de clientèle a entre sept et dix ans d’ancienneté dans le métier. Au-delà de sa seule maîtrise de la production et de l’analyse d’une étude, il doit gérer un petit centre de profits : vendre des études pour le faire vivre, gérer une petite équipe de trois à six personnes pour qu’il soit rentable et commencer à valoriser la marque ISOPEM à l’extérieur, dans des interventions dans les médias par exemple.
  • [13]
    Les cadres de direction, directeurs conseils, directeurs adjoints, directeurs de département ou directeurs généraux associés exercent des fonctions proches de celles d’un directeur de clientèle, mais sur un périmètre élargi. Leurs équipes sont plus importantes, leurs objectifs commerciaux sont plus élevés et leur fonction de représentation est plus importante.
  • [14]
    D’après une enquête Dares-Insee (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques-Institut national de la statistique et des études économiques), l’âge moyen de la population active en 2010 est de quarante ans.
  • [15]
    Depuis 2007, l’ancienneté est d’un peu moins de huit ans chez les cadres. Le turn-over est plus élevé que dans la moyenne : 14 % en 2011 contre 5 % en 2009 et 8 % dans l’ensemble des cadres d’après le panorama de la mobilité des cadres dressé par l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) en 2012.
  • [16]
    Voir le site internet du syndicat professionnel Syntec études marketing et opinion www.syntec-etudes.com et notamment la partie destinée aux étudiants/enseignants (consulté le 15 septembre 2009).
  • [17]
    J’ai en effet démissionné en août 2010, pour quitter l’entreprise fin octobre.
  • [18]
    Le salaire brut horaire moyen des salariés travaillant en institut d’études est de 20 euros, 24 chez les hommes et 18 chez les femmes. Le salaire moyen auprès de l’ensemble de la population active est de 17 euros (Insee, DADS 2008).
  • [19]
    Les salariés d’ISOPEM, ceux que j’ai rencontrés comme moi-même, font partie de la classe moyenne, moyenne ou supérieure, plus forte en capital économique que culturel (je n’ai par exemple rencontré qu’une seule fille d’enseignants, et je suis moi-même fille d’un cadre autodidacte du secteur du bâtiment et d’une mère au foyer, ancienne secrétaire). Ils viennent de familles qui ont beaucoup misé sur la réussite scolaire de leurs enfants : tous sont ainsi diplômés d’un bac+5, le plus souvent dans des grandes écoles (École supérieure des sciences économiques et commerciales [Essec], École des hautes études commerciales [HEC], Sciences-po…) ou dans des écoles de commerce de rang 2.
  • [20]
    L’une d’elle, mettant en cause sa passivité face aux supérieurs, dira par exemple : « Certes, il y a le mode de management de l’entreprise, qui est ce qu’il est mais après, moi je suis aussi un individu et je peux dire : “Là, je suis pas d’accord, je bosse comme ça et c’est pas autrement, si t’es pas content, et bah tu me vires”. Ce que toi tu es capable de faire très bien par exemple ». Lors du deuxième entretien, l’enquêtée me demandera de confirmer la qualité de l’ambiance au sein du département, à laquelle elle est particulièrement attachée.
  • [21]
    Grâce à la méthode de proche en proche mise en place, j’ai ainsi réalisé cinq entretiens auprès de proches, mais également huit entretiens avec des salariés avec qui j’étais en contact sans avoir créé par ailleurs des liens d’amitié suffisants pour parler avec franchise du travail, ou que je ne connaissais pas du tout. J’ai ainsi obtenu un échantillon relativement équilibré en termes de connaissance : je connaissais ainsi intimement certains enquêtés, tandis que d’autres m’étaient totalement inconnus.

1À l’entrée sur le terrain, dans la conduite de l’enquête ou dans les choix de restitution opérés, la démarche ethnographique s’apparente à un numéro d’équilibriste. Chaque pas appelle négociations, stratégies et tactiques pour avancer sur le fil de l’investigation tout en cherchant à limiter autant que possible les éventuels biais et perturbations, sources de perte d’équilibre dans la collecte des données. S’il est devenu aujourd’hui incontournable de s’interroger sur les conditions de production d’une enquête (Weber 1989, 2009), dans la lignée des réflexions amorcées par Pierre Bourdieu (Bourdieu 1978, 2001, 2003) et prolongées par de nombreux ethnographes [1], le travail réflexif s’impose comme un enjeu particulièrement crucial de certaines situations, tant celles-ci paraissent contrevenir au principe de neutralité axiologique des sciences. C’est notamment le cas de terrains menés dans des univers familiers au chercheur (Gouirir 1998), ou dans lesquels il s’engage et milite (Broqua 2009 ; Sommier 2009). Partant des conditions de la recherche que j’ai menée sur les parcours d’engagement, désengagement et réengagement dans le travail de femmes cadres dans un institut de sondages (Landour 2011, 2012), je propose une autre situation limite (Amiraux et Cefaï 2002), celle d’une salariée qui décide, à la faveur d’une reprise d’études en sociologie, de faire de son entreprise son propre terrain.

2Cadre d’un institut d’études depuis plusieurs années, c’est en 2009 que j’ai décidé de reprendre mes études parallèlement à mon emploi, à la faveur de quatre phénomènes distincts mais intriqués : initialement très investie dans mon travail, portée par un idéal méritocratique valorisé dans ma famille, j’ai commencé à éprouver un sentiment de retrait de plus en plus net, touchant à la fois mon rapport au travail, à ma carrière, à mon entreprise et plus largement au monde capitaliste. J’ai peu à peu pris conscience que ce désengagement n’était sans doute pas strictement lié à mon histoire, car il semblait également toucher d’autres collègues, principalement des femmes, et parce qu’il était également concomitant au passage de mon entreprise dans une sphère économique plus financiarisée et mondialisée. Parallèlement, la crise financière puis économique annoncée en septembre 2008 a bloqué le marché du travail de « l’espace professionnel des sondages » (Caveng 2007) [2], rendant temporairement illusoires toute mobilité et tout espoir d’évolution ascensionnelle, fonctionnelle comme financière : pour qui le voulait, il est alors devenu plus facile de limiter sa charge de travail puisque les promesses du système ne pouvaient plus être tenues (Boltanski et Chiapello 1999). Enfin, mon entourage amical, dont certains membres sont proches de l’univers des sciences sociales, m’a activement soutenue dans l’objectivation de mes difficultés professionnelles et a exercé une influence décisive dans ma reprise d’études comme dans le choix de mon objet de recherche.

3Travailler sur mon milieu professionnel s’est d’emblée présenté comme une opportunité méthodologique – j’étais déjà intégrée à mon terrain d’enquête – et heuristique car, d’une part, les instituts de sondage ont été peu étudiés sous l’angle du travail [3] et, d’autre part, la catégorie du désengagement du travail, a fortiori chez des cadres féminins, est peu conceptualisée. Ce choix relève toutefois d’une prise de risque bien concrète sur trois plans : économique d’abord, parce qu’il m’était impossible de faire défaut dans mon travail, sous peine d’un licenciement rapide que je ne pouvais financièrement pas assumer ; juridique ensuite, car, outre la judiciarisation que connaissent aujourd’hui les sciences sociales (Laurens et Neyrat 2010), tout salarié de l’institut d’études qui a servi de cadre à ma recherche est soumis contractuellement à une clause de confidentialité imposant d’« observer d’une manière permanente vis-à-vis des tiers un secret professionnel absolu, d’une part sur les procédés employés et les résultats obtenus par la société, d’autre part sur les renseignements concernant les clients de la société qu’il aurait été amené à connaître au cours de son travail » [4] ; déontologique enfin, car il m’incombait de restituer les données recueillies sans révéler l’identité des personnes rencontrées, dont certaines ont pu expérimenter un retrait net du travail tout en restant salariées dans l’organisation étudiée.

4Loin d’imaginer que ma position de salariée peut suffire à valider la qualité de mon enquête, comme certains ethnologues peuvent le reprocher à des chercheurs au parcours similaire au mien (Flamant 2005), la mise en question des conditions de production des données de mon enquête doit selon moi être conduite sous un angle spécifique, que l’on pourrait résumer ainsi : comment la position de salariée d’un institut de sondages, tenue par ses propres contraintes économiques, une clause de confidentialité spécifique et des enjeux éthiques de restitution a pu alimenter une enquête sur le parcours de désengagement des femmes cadres, en y créant des obstacles mais également des opportunités de recherche spécifiques ? Pour y répondre, après avoir rapidement décrit le décor de cette recherche et en décryptant ses trois mouvements méthodologiques, je propose de dévoiler les « ficelles » (Becker 2002) de ce numéro d’équilibriste.

L’enquête : dans les coulisses d’un institut de sondages

5Institut de sondages d’opinion et d’études marketing (ISOPEM) [5], l’institut d’études et de sondages qui sert de décor à cette enquête, se distingue à la fois comme un symbole des mouvements qui affectent l’ensemble du secteur et comme un aperçu de ce qui se joue dans une entreprise de services majoritairement composée de cadres féminins, caractérisée par un fort niveau de turn-over malgré les efforts discursifs déployés pour promettre des sources d’épanouissement personnel à ses salariés.

6La littérature sur les instituts de sondages est riche [6], mais au-delà de la critique des outils de ce qui est devenu un instrument politique, les chercheurs se sont peu intéressés à ceux qui produisent les sondages, exception faite des travaux de Rémy Caveng (2007). Peu de questions posées ainsi sur ceux, et surtout celles [7], qui font les sondages, sur leur profil, leur formation, ou encore leur rapport au travail. La clause de confidentialité mentionnée fait sans doute écran à ces axes de recherche, et pourtant la production d’un sondage, qu’il soit un test de packaging ou une estimation électorale, repose sur des agents sociaux, héritiers de certaines propriétés et d’une certaine place au sein de l’espace social mais aussi agents d’un champ du travail, régi par ses propres lignes de force, enjeux et dynamiques (Bourdieu 1966 : 866-867), une double appartenance qui imprime sa marque au travail fourni et au résultat produit [8]. Mon ambition a donc été de combler ce point quasi aveugle des sciences sociales, en investiguant non pas sur les instituts de sondages, mais au sein d’une « entreprise de sondage » (Garrigou 2006) et en me concentrant plus particulièrement sur ses salariés cadres, hommes et surtout femmes, à leur rapport au travail, et à leurs éventuels parcours d’engagement et de désengagement dans celui-ci [9].

7Inscrit dans un secteur en bonne santé, mais traversé par un triple mouvement d’internationalisation, de concentration et d’industrialisation (Caveng 2007), ISOPEM, promoteur historique des sondages en France, s’impose comme un leader du marché, du point de vue de la taille comme du chiffre d’affaires [10]. Dès sa création, ISOPEM est né de la volonté de quelques hommes de valoriser sur le plan commercial les fondements techniques des sondages d’opinion importés par Jean Stoetzel dans les années 1930. À la fin des années 1990, ISOPEM connaît sa première fusion avec un institut étranger et son histoire s’apparente dès lors à la « chronique des concentrations horizontale, verticale, amont ou aval d’une firme transnationale » (Lehingue 2007 : 45). En 2011, ISOPEM appartient depuis quelques années à un groupe mondial de services en communication, une holding anglo-saxonne initialement intéressée à l’industrie : déjà mondialisé, ISOPEM entre alors définitivement dans le capitalisme financier.

8Fin 2009, ISOPEM compte près de sept cents employés, hommes et femmes (hors enquêteurs), dont 75 % d’ingénieurs et cadres, pour l’essentiel en contrat à durée indéterminée [11]. De même que dans l’ensemble du secteur, 66 % des salariés sont des femmes, une proportion identique au sein des cadres, mais qui n’exclut pas pour autant la répartition classique, et asymétrique, du pouvoir entre les sexes (Laufer 1982 ; Buscatto et Marry 2009) : si jusqu’à la catégorie 3.2 (qui correspond côté études au statut de directeur de clientèle [12]), on trouve une majorité de femmes, le sex ratio se renverse à partir de la catégorie 3.3, c’est-à-dire au niveau des cadres de direction [13] (près de quarante hommes contre moins de trente femmes). Outre ce potentiel heuristique fort sur le plan du genre, ISOPEM présente d’autres caractéristiques signifiantes pour qui s’intéresse à la question du désengagement dans le travail : avec un âge moyen de trente-sept ans chez les cadres, ses salariés sont un peu plus jeunes que la population active française [14], leur ancienneté est faible, et le turn-over relativement élevé [15]. ISOPEM n’est donc pas une entreprise dans laquelle on fait carrière, quand bien même les acteurs professionnels du secteur valorisent très fortement le côté « mordu » des salariés d’instituts [16], et que chez ISOPEM, les dirigeants de l’entreprise, à travers les différents projets stratégiques qui visent pourtant à favoriser l’accumulation constante des richesses, s’arment d’une rhétorique spécifique pour justifier les évolutions organisationnelles qu’ils engendrent : « Nous sommes certains que chacun d’entre nous trouvera dans la réalisation de ce projet les moyens de s’accomplir et nous sommes convaincus d’avoir tous à y gagner », conclura ainsi la brochure d’information d’un des projets d’entreprise.

9À l’instar du cas Logad développé par Paul Bouffartigue dans son ouvrage portant sur l’éventuelle fin de la figure sociale des cadres (2001), ISOPEM est ainsi une entreprise forte de l’esprit du capitalisme (Boltanski et Chiapello 1999), mais composée de cadres qui ne semblent pas tenir dans la durée leur engagement initial envers leur entreprise, et peut-être plus largement le travail. La question interroge d’autant plus que le phénomène touche des cadres, bien diplômés (bac +5, souvent en grandes écoles), pour lesquels le travail est une valeur centrale et qui disposent, apparemment, des propriétés et ressources sociales censées favoriser une implication forte. Pour comprendre ce qui se joue dans ces parcours apparemment inattendus, j’ai mêlé une observation progressivement systématisée grâce à une prise de notes quotidienne (Arborio et Fournier 1999), une collecte de documents publics produits par l’entreprise permettant d’accéder à son discours, et une série d’entretiens biographiques (Demazière et Dubar 2007) menés de février à décembre 2010 auprès de salariés d’ISOPEM, dont treize auprès de cadres (deux de ces cadres étaient autodidactes et trois étaient des hommes), deux avec des responsables du comité d’entreprise d’ISOPEM et un, incognito, avec une responsable des ressources humaines, pendant mon propre entretien de démission [17]. Si l’énoncé méthodologique est classique en sociologie du travail, sa mise en œuvre, entre la contrainte juridique et économique de rester incognito, l’impératif sociologique du dévoilement pour faire avancer l’enquête et les obligations éthiques liées à sa diffusion, a engendré des jonglages et contorsions spécifiques tout au long de l’enquête, à commencer par la mise en place de l’observation elle-même.

Dompter son travail pour mieux l’observer

10Travailler dans un institut de sondage tel qu’ISOPEM exige de tout cadre de chercher continuellement le point d’équilibre entre, d’une part des impératifs de production stricts, rythmés par une chaîne industrielle précise, définie par un langage en évolution constante et, d’autre part, des enjeux de rentabilité qui se sont faits de plus en plus lourds à mesure que l’entreprise intégrait le capitalisme financiarisé et mondialisé. Pour parvenir à résoudre l’ensemble des contraintes imposées par l’organisation du travail, sans espérer, comme le soulignent les salariés d’ISOPEM, un salaire particulièrement élevé [18], il faut ainsi absorber un surinvestissement professionnel fort, produit d’une disponibilité présentielle importante (les horaires effectués sont en général 9 h-19 h 30/20 h) et d’un empiètement sur la vie personnelle, le travail à domicile le soir et le week-end étant courant. C’est ainsi qu’un de mes supérieurs hiérarchiques aura pu dire, au sujet de ceux qui à la faveur d’une réforme des primes ont commencé à revoir leurs horaires et à refuser les heures supplémentaires, « qu’il faut changer de métier, ce n’est pas un rapport sain au travail ».

11Dans un tel contexte, pour un salarié qui souhaite se faire sociologue de son travail, l’un des premiers enjeux du terrain réside dans la nécessité de se dégager le temps et l’espace mental suffisants pour mener à bien son observation. À l’inverse d’un chercheur qui bénéficierait d’une latitude temporelle large pour conduire son enquête en milieu professionnel, j’ai d’abord dû aménager ma journée de travail pour concilier les contraintes propres à mon statut de salariée et des conditions propices à la réalisation de mon enquête, le tout sans éveiller les soupçons de ma hiérarchie. Certains éléments exogènes ont constitué des alliés précieux, bien que parfois inattendus : la crise économique a ainsi été déterminante. Elle a eu en effet pour conséquence de nettement diminuer ma charge de travail, alors que, comme je l’ai souligné plus haut, l’évidente difficulté à tenir les promesses de carrière professionnelle ascensionnelle, dans laquelle se trouvaient plongés le système économique et ISOPEM plus particulièrement, rendait audible la volonté de ne plus s’engager pour « la beauté du geste » : concrètement, j’ai eu ainsi moins de projets d’études à gérer et il m’a été possible d’argumenter pour refuser des dossiers qui aurait alourdi ma semaine de travail (qui est passée de soixante-cinq heures par semaine environ à trente-neuf heures, parfois moins). Ajoutons que je comptais parmi les anciennes du département, qui, à l’inverse d’une jeune embauchée, avaient fait leurs preuves dans l’épreuve du travail et bénéficiaient par leur statut d’une relative autonomie, notamment dans la gestion de leur emploi du temps. Ceci est devenu un atout décisif, tandis que ma proximité avec les membres du comité d’entreprise et ma bonne connaissance de la convention collective du secteur m’assurait – de façon certes limitée mais bien présente – liberté de ton et capacité d’opposition. Délestée d’une partie de ma charge de travail, plus stratège dans ma gestion de celle-ci, et armée sur le plan juridique, j’ai pu d’abord résoudre progressivement les difficultés pratiques afférentes à ma position de recherche et amorcer une observation systématisée de mon environnement professionnel.

12Encore faut-il savoir quoi observer ! Après plusieurs années dans cet institut, j’en avais apprivoisé les codes, les rouages, les modes de fonctionnement, les évolutions du langage, mais j’avais perdu tout étonnement. Occupant par ailleurs une fonction fixe dans l’organisation, il m’était difficile de compter sur la comparaison entre points d’observation (Fournier 1996 ; Jounin 2008) pour faire évoluer mes questionnements. Pendant un an, je me suis d’abord contentée de retranscrire dans un carnet rempli après ma journée de travail les conversations qui m’ont paru signifiantes, noter les évolutions d’organisation, faire état des observations de certaines interactions dans le travail et hors travail, moments nombreux puisque certains collègues comptent parmi mes intimes, avec lesquels j’entretiens des liens d’amitié solides. Mais ce matériel m’a bientôt paru insuffisant pour rendre compte de la réalité du travail en institut et surtout, du rapport au travail entretenu par ses cadres. Assise derrière mon ordinateur pendant ma journée de travail, je me suis alors efforcée de décrire de façon plus systématique et immédiate, en direct, ma journée de travail, renforçant comptages et détails de ma grille d’observation, alimentant d’autres descriptions thématiques (les corps, la cantine, la journée type de travail, la chaîne de production d’une étude, les réunions…), détaillant plus précisément les tâches les plus concrètes, retranscrivant plus exactement les conversations au café ou au déjeuner, et en interrogeant de façon informelle les stagiaires croisés au gré des journées, comme pour recueillir un étonnement par procuration.

13Pour présenter pleinement les conditions de mon apprentissage ethnographique, je souhaite revenir sur les conditions mêmes de production des données. Celles-ci diffèrent sensiblement de celles d’un enquêteur qui fait intrusion dans un terrain d’enquête et qui doit y négocier son genre (Jarry et al 2006 ; Pruvost 2007), son âge (Chamboredon et al. 1994), son statut (Pinçon et Pinçon-Charlot 1991), son implication (Broqua 2009) et plus largement sa position sur le terrain : dans la situation qui a été la mienne, la « double casquette » (Cousin 2008 : 16) du chercheur et ses effets sur le recueil du matériel y occupent en effet une place centrale et spécifique. Ainsi, c’est avant tout parce que j’ai opéré une distanciation progressive avec cet univers familier (Gouirir 1998 : 110) que mon terrain s’est trouvé perturbé : en tant qu’agent du champ enquêté, ma propre évolution personnelle a pu en modifier les habitudes, les règles et lignes de force. Par exemple, après m’être fortement investie, la nouvelle économie de mon investissement au travail n’a bien entendu pas échappé à mes collègues et, surtout, elle donnait à voir qu’il était possible de travailler autrement, sans subir des réprimandes de ses clients ou supérieurs, ou encore un licenciement. Par ailleurs, si je suis restée incognito, dire que je suis toujours restée silencieuse sur mes activités serait un mensonge : absorbée par ma reprise d’études et les nombreuses lectures qu’elle occasionnait, j’ai souvent fait part, lors de déjeuners à la cantine, de certaines enquêtes que j’avais pu lire, faisant là aussi rentrer dans le champ des réflexions qui n’y ont normalement pas lieu. Enfin, j’ai également été prise par mon propre jeu, sans m’en rendre compte : dans ma volonté de ne pas me découvrir auprès de ma hiérarchie tout en réduisant mon investissement temporel, j’ai neutralisé mes prises de position, n’intervenant plus en réunion de département ou en faisant mine d’exécuter sans jamais contester. Ce qui était pour moi une mise à distance de mon travail a été lu par mes supérieurs comme un effort pour me plier à l’illusio (Bourdieu 1994 : 151) propre à ISOPEM et ce malentendu, que j’ai découvert à l’annonce de ma démission, m’a de fait offert de nouvelles observations (on m’a, par exemple, conviée à des réunions d’encadrants auxquelles je n’avais pas accès auparavant) et surtout de nouvelles informations sur la marche de l’entreprise, la manière de traiter les employés ou les réorganisations à venir, autant de confidences qu’ils pensaient faire à l’un de leurs pairs en devenir.

14Si par mes propres évolutions, mon terrain d’enquête s’est trouvé lui-même modifié, il convient également de rappeler le caractère situé, à de nombreux niveaux, de mon observation. Outre le rôle social joué au sein du champ, mon statut de salariée a conditionné ma place dans l’espace de travail : j’y ai occupé une certaine fonction, qui m’a astreinte à certaines tâches, en lien avec certains interlocuteurs, au sein d’un département qui m’a limitée à un certain territoire au sein de l’entreprise. Une telle situation de recherche peut paraître extrêmement limitative, mais c’est aussi parce que j’appartenais à l’entreprise depuis des années que j’ai pu l’étendre en me déplaçant au sein de l’espace de travail, sans avoir à réclamer des autorisations (et de nouvelles restrictions) pour mener mon enquête (Flamant 2005). C’est parce que j’étais salariée que j’ai pu m’appuyer sur certaines ressources directement issues de mes pratiques professionnelles : par exemple, si j’étais principalement affectée à une équipe déterminée et associée à des thématiques particulières, j’ai régulièrement obtenu de travailler sur d’autres sujets en collaboration avec d’autres équipes et ainsi fréquenter d’autres salariés cadres que ceux de mon équipe ou de mon département. Plus largement au sein de l’entreprise, j’ai souvent privilégié les échanges en face-à-face pour résoudre des difficultés avec les équipes de production, au lieu de tout traiter à distance par téléphone : cette manière de faire, assez inhabituelle, m’a ainsi permis d’élargir le recueil de mes observations. Si mon intégration préalable au terrain a demandé une mise en place spécifique de l’enquête, elle a également constitué un réel avantage dans l’observation, pour laquelle il m’a fallu toutefois maintenir une attention réflexive continue. En revanche, s’agissant du lancement de la campagne d’entretien, cet atout est devenu un véritable obstacle, que je n’ai réussi à lever qu’en démissionnant.

La démission, tremplin du terrain

15Si observer à couvert a comporté plus d’avantages que d’inconvénients, rester incognito a toutefois posé un réel problème lorsqu’il m’a fallu constituer ma population d’enquête : au-delà des axes classiques de définition (« Comment choisir ? Quels critères retenir ? Pourquoi mettre en avant ces caractéristiques ? Qui contacter ? Par quels moyens »), j’ai dû résoudre deux questions qui auraient pu se transformer en impasse : « Comment parler de mon enquête sans rompre ma couverture ? », « Comment faire accepter la démarche ? ». En effet, proposer un entretien impliquait de me dévoiler et de prendre le risque que l’on découvre à plus haut niveau mon réengagement parallèle et l’objet de mon enquête, tout comme cela invitait un salarié à s’exposer devant l’une de ses collègues, prenant lui-même le risque de révéler la teneur de son engagement devant l’une de ses pairs, voire par écho, à ses supérieurs hiérarchiques. Dans un milieu où l’interconnaissance est très prononcée, cette mise en danger de l’enquêtrice et de l’enquêté est non seulement tangible au temps de l’entretien, mais elle peut également s’inscrire dans le temps long, rendant l’enjeu encore plus prégnant. C’est ainsi ce statut de salarié qui a été mis en avant pour justifier le refus d’entretien dans quatre cas (« ça me gêne que tu travailles chez ISOPEM »), auprès de salariés que je connaissais peu, voire pas du tout.

16Pour vaincre ces réticences liées à ma position au sein du champ, j’ai eu un recours déterminant à mon réseau, que j’ai fait intervenir différemment selon les étapes de ma campagne. Au lancement de ma recherche, c’est d’abord à travers l’ensemble des conversations informelles tenues avec des collègues que j’ai pu déceler certains cas qui me semblaient pertinents : l’un voulait avec beaucoup de sérieux « monter une baraque à frites » plutôt que de continuer à travailler chez ISOPEM, une autre envisageait une nouvelle maternité pour bénéficier d’un congé parental et ainsi quitter un quotidien de travail qu’elle ne supportait plus, ou encore une autre a profité du plan de sauvegarde de l’emploi de l’automne 2009 pour quitter enfin l’entreprise et envisager une reconversion. Ces deux derniers cas, relevés auprès de deux collègues/amies, ont d’ailleurs été les premiers entretiens que j’ai réalisés, alors que j’étais pleinement en poste. Une très grande proximité sociale [19] et amicale nous unissait, permettant à l’entretien de se réaliser presque d’égale à égale, comme si une amie se confiait à une autre : si elles se sont livrées dans le cadre d’un guide d’entretien volontairement libre, les deux enquêtées n’ont ainsi pas hésité à m’interpeler pendant la rencontre sur mon propre cas, atténuant alors mes effets d’imposition inconscients [20].

17Pourtant, si j’étais certaine de la portée proprement scientifique de ces entretiens, j’avais également le sentiment que cette interconnaissance constituait un biais important : planait d’abord le doute que les enquêtés me disent « tout, sauf ce qui va sans dire » (Bourdieu 1993 : 1398) à cause de notre presque coïncidence, ce qui m’a saisie à l’analyse des premiers entretiens. Nous avions ainsi beaucoup évoqué le vécu au travail, mais jamais son contenu à proprement parler. Par ailleurs, il était possible que leurs discours soient nourris de toutes ces conversations que nous avions eues auparavant, dans lesquelles j’avais tout autant donné mon point de vue, de plus en plus armé sociologiquement, qu’elles m’avaient fait part du leur. Jusqu’en août 2010, j’ai donc été très gênée par cette position au sein de l’entreprise, qui ne me permettait de me révéler qu’auprès de mes collègues les plus proches, et de réaliser des entretiens certes riches par bien des aspects, mais tout de même objectivement biaisés.

18C’est ma démission qui a constitué le déclic de ma campagne d’entretiens : l’enjeu économique de l’enquête disparu, atténuant par là certaines de mes craintes, il me restait à proposer des entretiens sans signaler que l’objet de mon enquête portait incidemment sur l’entreprise, afin de ne pas contrevenir à la clause de confidentialité de mon contrat de travail. Tout en continuant à m’appuyer sur le réseau constitué au cours des années, la place toute particulière que prend un démissionnaire au sein du champ étudié a été décisive : un démissionnaire est en effet immédiatement identifié comme un outsider, et ce d’autant plus que je ne partais pas à la concurrence, mais quittais l’espace professionnel des sondages. Mon préavis a donc été une succession de discussions informelles avec mon réseau élargi, recueillies à travers les nombreux déjeuners et autres pauses café qui rythment les dernières semaines de qui démissionne : c’est ainsi qu’une directrice de département croisée de façon inopinée à la cafétéria viendra me féliciter pour mon départ et, après avoir lancé un « De toute façon, maintenant tu t’en fous, tu t’en vas ! », me confiera son propre mal-être au travail, qu’une autre responsable, avec qui j’ai toujours eu de très bonnes relations sans jamais évoquer le travail lui-même, me présentera lors d’un déjeuner ses propres projets de reconversion dans la restauration, ou encore, que j’ai entendu parler, en prenant un café d’adieu avec l’un des mes interlocuteurs de travail, de jeunes femmes reconverties dans l’éducation ou la restauration après un passage chez ISOPEM. C’est grâce à toutes ces nouvelles observations, rendues possibles par ma nouvelle position au sein du champ, que j’ai pu élargir mes potentialités d’entretiens hors de mon propre cercle personnel, sans aucune certitude toutefois sur la teneur de leur engagement ou désengagement.

19Le contact identifié, il fallait encore négocier l’entretien et convaincre, notamment, de sa confidentialité. Pour les treize entretiens que j’ai réalisés auprès de cadres [21], le contrat d’entretien mis en place a été un véritable déclencheur, grâce à ses multiples clauses. À la prise de contact, il m’a ainsi d’abord fallu expliquer que j’avais repris mes études en parallèle du travail, laissant entendre sans l’expliciter que j’avais pris de la distance ; certains enquêtés, finalement identifiés comme désengagés, ont pu y voir un reflet de leur propre parcours, renforçant là encore notre coïncidence sociale. En insistant par ailleurs sur le fait que ma recherche se faisait à couvert, j’ai renforcé la confidentialité de la démarche : nous avions ainsi mutuellement aussi peu intérêt à faire connaître mon enquête autour de nous.

20Une fois levée mes réticences initiales et malgré l’ambivalence de mon statut, proximité sociale avec les enquêtés, partage d’un travail commun, interconnaissance et pacte d’entretien ont constitué un réel avantage pour nourrir ma recherche, en particulier avec les salariés identifiés comme désengagés. Au-delà de la confidence entre amies de mes premiers entretiens, nous avons instauré une véritable « complicité d’équipe » (Goffman 1973), qui, si elle constitue un biais potentiel, a également permis une certaine libération de la parole, allégée d’une « présentation de soi » (ibid.) très formelle, qui serait restée en surface et ne m’aurait pas permis d’exploiter autant que j’ai pu le faire le temps de l’entretien. Les enquêtés voyaient en moi « une bonne connaisseuse », car je partageais une culture indigène commune, favorisant une plus grande interactivité, permettant de rebondir sur des noms, des événements, des manières de faire et ainsi d’aller plus loin dans le fond des questionnements, mais aussi parce que j’avais partagé un vécu parfois similaire, lisible dans leurs nombreuses interpellations au cours de l’entretien (« tu vois ce que je veux dire », « tu sais ce que c’est »…). C’est ce qui explique que j’ai pu exploiter pleinement la logique du parcours, en abordant, malgré l’angle du travail, les parties les plus intimes de la vie de mes enquêtés (la vie amoureuse ou le deuil notamment) : à la fin de son entretien, l’une des enquêtées dira même à son mari, en plaisantant, qu’elle s’était déjà davantage confiée à moi au cours de l’entretien qu’elle n’avait pu le faire avec lui ces dernières années.

21Cette complicité d’équipe n’a pas empêché non plus les surprises, y compris avec mes plus proches. Par le recul qu’elle m’a fait prendre sur des parcours qui me semblaient si familiers, l’analyse attentive et réflexive des entretiens exploratoires m’a d’abord permis d’apercevoir les points aveugles générés par la relation d’enquête, comme celui du contenu de l’activité. J’ai ainsi pu au cours de l’enquête même affiner mon questionnement pour travailler avec plus de précision la notion de métier et son caractère fragmenté. Plus largement, les préjugés que j’avais pu construire au cours des années au sujet des uns et des autres ont souvent volé en éclat lorsque, par exemple, j’ai découvert chez l’un le poids de sa provenance géographique dans la construction de son parcours ou chez l’autre, avec qui j’avais pourtant partagé un bureau quelques temps, le poids des pressions managériales, le conduisant finalement à un profond sentiment d’isolement. C’est à la lumière de ces stratégies que l’on peut comprendre les données que j’ai finalement recueillies, « avec et contre » (Bourdieu 1979) mon statut de salariée. L’étape du recueil n’épuise toutefois pas la démarche réflexive, l’écriture m’étant apparue elle-même comme un exercice de haute voltige.

La restitution, entre filet éthique et technique scientifique

22« Tous les inconvénients et tous les risques sont réunis quand on fait l’analyse d’un champ scientifique dans lequel on est inséré » (Lagrave 1990 : 27) : c’est au moment de la rédaction que cette affirmation a pris tout son sens. Si je me suis beaucoup questionnée sur ma situation pratique de recherche au cours de la collecte des données, la dimension éthique de celle-ci ne m’avait que peu interrogée. En analysant et rédigeant mon travail, j’ai dû composer avec cette clause de confidentialité toujours en cours après mon départ, avec la confidentialité des parcours recueillis, et ce d’autant plus que j’avais promis un retour à mes enquêtés, tout en m’efforçant d’aller aussi loin que possible dans le rendu ethnographique de ma recherche.

23Si j’ai déjà évoqué les questions pratiques soulevées par ma position d’observation en embuscade, la question de la déontologie de ma démarche ne m’a en revanche jamais étreinte ; elle est pourtant centrale (Cefaï 2010). Travailler à couvert fait problème, et c’est à l’écriture que j’ai dû réfléchir plus avant à ma position et surtout à mon absence d’interrogations déontologiques. Pour résoudre cette question, j’ai d’abord voulu sonder les raisons qui ont pu me pousser à reprendre mes études en sociologie et à choisir un sujet de recherche dans lequel je me prenais en quelque sorte pour objet, annulant alors l’altérité de celui-ci. Si j’étais portée par l’intérêt même de ma problématique, j’avoue m’être aussi vécue, de façon très naïve et exagérée, comme un établi (Linhart 1981) embusqué chez les cadres : à travers ce travail, je souhaitais également offrir à mes collègues les armes qui avaient été les miennes pour faire face à un vécu du travail que je trouvais insupportable, ce qui explique sans doute, sans l’excuser, l’absence de doute quant à la légitimité de mon entreprise. C’était toutefois méconnaître la « cohabitation délicate » qui unit les « deux positions de militante et d’analyste » (Sommier 2009) et raviver la suspicion soulevée par les femmes souhaitant travailler sur les femmes, suspicion fondée sur la capacité même de ces dernières à produire de la science, à tenir des positions militantes dans leur recherche ou encore à travailler sur un objet longtemps considéré comme non scientifique, dans un univers encore largement dominé par les hommes (Lagrave 1990 ; Le Doeuff 1998). Plusieurs questions me sont alors apparues : comment assurer la neutralité de ma position et m’assurer que la recherche, avant d’être éventuellement militante, fasse d’abord science ? Dans la rédaction de mon travail, me fallait-il faire état de ma situation, et me voir potentiellement taxée de militantisme ou de narcissisme et donc de non-science ou, au contraire, fallait-il la taire, et risquer de se voir opposée l’absence de traitement de la problématique ? Si, comme le dit Rose-Marie Lagrave « la seule manière d’échapper au soupçon de trahison et de partialité » (1990 : 27), c’est d’analyser les règles du jeu des différents acteurs du champ sans oublier sa propre participation, j’ai pour ma part choisi d’opter pour un parti pris pragmatique, guidé par les circonstances et les conséquences (Cefaï 2010 : 469) et assumant pleinement le caractère situé, à de nombreux points de vue, de ma recherche. Mon parcours de recherche était certes étroitement lié à mon parcours personnel, et pour autant ce dernier ne devait pas devenir central dans mon enquête. Je me suis donc volontairement exclue des cas étudiés, pour me centrer uniquement sur les entretiens recueillis, maximisant leur analyse verticale et horizontale par l’emploi de la méthode d’analyse des entretiens développés par Didier Demazière et Claude Dubar (2007) : à travers ses règles très précises – on pourrait parler de procédure – dans l’analyse de chaque entretien puis dans leur mise en comparaison, cette méthode m’a permis de ne me centrer que sur ce que les enquêtés m’ont dit, et d’ainsi limiter l’injection de mes propres expériences, catégories ou jugements. C’est aussi parce que je savais mon regard sur le terrain orienté que j’ai intégré des entretiens de salariés a priori très engagés dans leur travail, pour mieux contrebalancer une vision potentiellement exagérément critique du monde du travail.

24La clause de confidentialité à laquelle je suis soumise m’a également imposé des choix d’écriture : impossible de rentrer dans le détail de l’activité même des sondages, en décryptant par exemple à la manière d’Olivier Godechot dans son enquête sur les traders (2005), les documents de travail utilisés, les méthodes employées et leur genèse théorique, même si je disposais d’un matériel important sur le sujet. Je me suis ainsi avant tout limitée à la description des interactions observées et relatées, aux confidences formelles et informelles, à des éléments d’organisation factuels et publics pour délivrer une ethnographie de l’organisation et du travail permettant de répondre à ma problématique, une concentration sur le décor et moins sur le travail en lui-même. Autre contrainte, l’anonymat des entretiens mais également des observations : les salariés d’institut de sondages ne sont pas férus de lectures scientifiques en sciences humaines, mais personne n’est aujourd’hui à l’abri d’une recherche sur un moteur de recherche, et surtout, dans ce milieu d’interconnaissance forte et prolongée, je craignais que mes enquêtés ne se reconnaissent entre eux à la lecture du retour que je leur avais promis. Outre l’incontournable anonymisation et dilution des variables trop personnalisantes, j’ai fait l’impasse d’une présentation de ma recherche par portrait, quand bien même cette méthode est particulièrement utile pour restituer la logique propre à chaque parcours étudié (Zimmermann 2011). Prise entre volonté d’enquêter et risque de restituer (Laurens et Neyrat 2010), j’ai donc opté pour des choix qui ne m’ont pas permis d’exploiter toutes les potentialités offertes par ma position de recherche, dont je savais par avance que certaines me seraient reprochées, mais qui m’ont en revanche fait entrer dans une démarche vraiment scientifique, incluant certes l’ensemble des techniques, méthodes et savoir-faire spécifiques aux sciences sociales, mais également la rigueur réflexive, déontologique et juridique permettant d’assurer ses conditions de diffusion.

25Opter pour une telle démarche n’annule pas le potentiel émancipateur et politique de la science, mais la restitution de mon travail à mes enquêtés m’a ramenée à davantage d’humilité. J’avais d’abord mal évalué la spécificité de la lecture d’un mémoire de sociologie, à l’écriture dense, aux références multiples et elliptiques, au volume potentiellement rebutant. Mes deux premiers relecteurs, tous deux des intimes salariés chez ISOPEM, m’ont permis de perdre cette illusion que je pourrais tout donner à lire, pour ensuite échanger en profondeur sur le contenu de mes analyses : le premier a ainsi été découragé par la longueur du mémoire et, l’autre, qui a fait partie de mes enquêtés, a refusé d’en discuter, « ne se sentant pas à la hauteur ». J’avais sous-estimé la difficulté de la tâche, y compris pour des diplômés du troisième cycle, travaillant certes dans une sphère proche des sciences sociales mais pourtant non sociologues, tout comme j’avais refusé de prendre en compte la difficulté à se voir analysé. C’est la raison pour laquelle j’ai changé mon rendu lors de la restitution finale, en envoyant une synthèse de dix pages à mes enquêtés et en leur proposant là aussi d’en discuter en face-à-face, afin d’expliquer mes partis pris. J’ai pu à ce jour le faire avec précision avec un seul de mes interlocuteurs, justement l’un des salariés les plus engagés dans le système qui de son côté connaît mon parcours, l’évolution de mon rapport au travail et mes convictions politiques : à partir de ses annotations de la synthèse, nous avons décortiqué mes analyses ensemble, sans qu’il ne s’y oppose jamais frontalement. Il me dira pour conclure : « Je suis d’accord avec toi, maintenant, t’as un problème avec le capitalisme, alors tu es contre. Moi je suis d’accord avec toi, mais j’ai pas le même problème, alors je fais avec ». Pour les autres, l’intérêt est manifeste, l’appréciation de mes analyses est positive (l’une d’elles m’écrira ainsi, résumant la plupart des retours : « Je me suis régalée à lire la synthèse et la retranscription de notre entretien ; c’est vraiment passionnant… surtout quand on vit pleinement le sujet ! »), mais je reste à l’issue de la démarche avec un goût d’inachevé, comme si j’attendais qu’à la suite de cette lecture, quelque chose se déclenche qui ne se déclenche pas. Novice dans la recherche, je fais sans doute l’expérience de ma propre réception de la réception : forte du sentiment que la sociologie m’avait moi-même aidée dans mon parcours, j’avais imaginé qu’il en serait de même pour les enquêtés, misant sur notre coïncidence, mais oubliant que celle-ci n’est pas totale, puisque j’avais justement opté pour un réengagement par les sciences sociales. Je peux ainsi aborder la recherche avec des ambitions plus humbles mais fondamentales : à défaut d’avoir fait agir, j’avais donné à voir, n’avais-je pas fait là l’essentiel ?

26* * *

27L’exercice spécifique de la recherche dans un champ dans lequel on est déjà inséré n’exclut pas la mise en question de ses conditions d’enquête et l’effort réflexif ; ils sont au contraire indispensables pour mettre en perspective et renforcer la qualité et la portée des résultats obtenus. C’est ainsi que des contraintes juridiques, économiques et plus tard éthiques ont imprimé leurs marques à cette ethnographie du travail menée dans un institut de sondages, à la fois car elles ont imposé une pratique spécifique de l’observation, encadré une relation d’enquête quasi symétrique avec les salariés interrogés et favorisé des axes de restitution qui, s’ils ont empêché une exploration extensive du matériel recueilli, ont permis de diffuser cette recherche dans un cadre éthique et juridique rigoureux, mettant en lumière les éléments susceptibles d’éclairer avec pertinence la problématique portant sur les parcours dans le rapport au travail. À travers l’ensemble de ces contraintes, c’est finalement la place du sociologue dans la cité qui a pris forme devant mes yeux de chercheuse débutante. Entre séduction, déontologie et déception, le débat soulevé autour du rôle du chercheur reste entier mais s’est présenté comme un nouvel enjeu de la démarche ethnographique, complexifiant encore un peu plus le numéro d’équilibriste auquel celle-ci s’apparente.

Ouvrages cités

  • Amiraux, Valérie et Daniel Cefaï. 2002. « Les risques du métier. Engagements problématiques en sciences sociales », Cultures & conflits, n° 47 : 15-48.
  • Arborio, Anne-Marie et Pierre Fournier. 1999. L’enquête et ses méthodes. L’observation directe. Paris, Nathan (128. Sciences sociales).
  • Becker, Howard S. 2002 [1970]. Les ficelles du métier. Comment conduire sa recherche en sciences sociales ? Paris, La Découverte (Guides Repères), (éd. orig., Sociological Work. Method and Substance. Chicago, Aldine).
  • Bidet, Alexandra. 2011. L’engagement dans le travail. Qu’est-ce que le vrai boulot ? Paris, Puf (Le lien social).
  • Blondiaux, Loïc. 1998. La fabrique de l’opinion. Une histoire sociale des sondages. Paris, Seuil (Science politique).
  • Boltanski, Luc et Ève Chiapello. 1999. Le Nouvel Esprit du Capitalisme. Paris, Gallimard (NRF essais).
  • Bouffartigue, Paul. 2001. Les cadres, la fin d’une figue sociale. Paris, La Dispute.
  • Bourdieu, Pierre. 1966. « Champ intellectuel et projet créateur », Les Temps modernes, n° 246 : 865-906.
  • Bourdieu, Pierre. 1973. « L’opinion publique n’existe pas », Les Temps modernes, n° 318 : 1292-1309.
  • Bourdieu, Pierre. 1978. « Sur l’objectivation participante. Réponse à quelques objections », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 23 : 67-69.
  • Bourdieu, Pierre. 1979. La Distinction. Critique Sociale du jugement. Paris, Minuit (Le sens commun).
  • Bourdieu, Pierre. (éd.). 1993. La misère du monde. Paris, Seuil (Libre examen).
  • Bourdieu, Pierre. 1994. Raisons Pratiques. Sur la théorie de l’action. Paris, Seuil.
  • Bourdieu, Pierre. 2001. Sciences de la science et réflexivité. Paris, Raisons d’Agir (Cours et travaux).
  • Bourdieu, Pierre. 2003. « L’objectivation participante », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 150 : 43-58.
  • Broqua, Christophe. 2009. « L’ethnographie comme engagement : enquêter en terrain militant », Genèses, n° 75 109-124.
  • Buscatto, Marie et Catherine Marry. 2009. « Le “plafond de verre dans tous ses éclats”. La féminisation des professions supérieures au xxe siècle », Sociologie du travail, vol. 51, n° 2 : 170-182.
  • Castel, Robert. 1999 [1995]. Les métamorphoses de la question sociale. Une chronique du salariat. Paris, Gallimard (Folio. Essais), (1re éd., Paris, Fayard).
  • Caveng, Rémy. 2007. « Un salariat libéral. Les vacataires des instituts de sondages. Sociologie d’un marché du travail dérégulé », doctorat de sciences sociales, Paris, EHESS.
  • Cefaï, Daniel (éd.). 2010. L’engagement ethnographique. Paris, EHESS (En temps et lieux).
  • Chamboredon, Hélène et al. 1994. « S’imposer aux imposants. À propos de quelques obstacles rencontrés par des sociologues débutants dans la pratique et l’usage de l’entretien », Genèses, n° 16 : 114-132.
  • Champagne, Patrick. 1990. Faire l’opinion. Le nouveau jeu politique. Paris, Minuit (Le sens commun).
  • Cousin, Olivier. 2008. Les cadres à l’épreuve du travail. Rennes, Pur (Le sens social).
  • Demazière, Didier et Claude Dubar. 2007 [1997]. Analyser les entretiens biographiques. L’exemple des récits d’insertion. Québec, Presses de l’Université de Laval (1re éd., Paris, Nathan).
  • Flamant, Nicolas. 2005. « Observer, analyser, restituer », Terrain, n° 44 : 137-152.
  • Fournier, Pierre. 1996. « Des observations sous surveillance », Genèses, n° 24 : 103-119.
  • Garrigou, Alain. 2006. L’ivresse des sondages. Paris, La Découverte (Sur le vif).
  • Godechot, Olivier. 2005 [2001]. Les traders. Essai de sociologie des marchés financiers. Paris, La Découverte (La Découverte-poche).
  • Goffman, Erving. 1973 [1956]. La mise en scène de la vie quotidienne, vol. 1 : La présentation de soi. Paris, Minuit (Le sens commun), (éd. orig., The Presentation of Self in Everyday Life. Édimbourg, University of Edinburgh).
  • Gouirir, Malika. 1998. « L’observatrice, indigène ou invitée ? Enquêter dans un univers familier », Genèses, n° 32 : 110-126.
  • Jarry, Anna et al. 2006, « Quelques réflexions sur le rapport de jeunes chercheuses féministes à leur terrain (chantier) », Terrains & travaux, n° 10 : 177-193.
  • Jounin, Nicolas. 2008. Chantier interdit au public. Enquête parmi les travailleurs du bâtiment. Paris, La Découverte (Textes à l’appui).
  • Lagrave, Rose-Marie. 1990. « Recherches féministes ou recherches sur les femmes ? », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 83 : 27-39.
  • Landour, Julie. 2011. « Sorties de cadres : approche ethnographique des parcours de désengagement de femmes cadres au sein d’un institut d’études », mémoire de Master 2, Paris, EHESS.
  • Landour, Julie. 2012. « Quitter l’entreprise pour renouer avec le travail ? Les parcours d’engagement de cadres d’un institut d’études », Sociologie du travail, vol. 54, n° 4 : 511-532.
  • Laufer, Jacqueline. 1982. La féminité neutralisée ? Les femmes cadres dans l’entreprise. Paris, Flammarion (Visages de l’entreprise).
  • Laurens, Sylvain et Frédéric Neyrat (éd.). 2010. Enquêter de quel droit ? Menaces sur l’enquête en sciences sociales. Bellecombe-en-Bauges, Le Croquant.
  • Le Doeuff, Michèle. 1998. Le sexe du savoir. Paris, Aubier (Alto).
  • Lehingue, Patrick. 2007. Subunda. Coups de sonde dans l’océan des sondages. Paris, Le Croquant (Savoir-agir).
  • Linhart, Robert. 1981 [1978]. L’établi. Paris, Minuit (Double).
  • Michalowska, Anika. 2004. « L’homme d’études est plutôt une femme », Marketing magazine, n° 84, http://www.e-marketing.fr/Marketing-Magazine/Article/L-homme-d-etudes-est-plutot-une-femme-12657-1.htm (consulté le 3 novembre 2010).
  • Pinçon, Michel et Monique Pinçon-Charlot. 1991. « Pratiques d’enquête dans l’aristocratie et la grande bourgeoisie : distance sociale et conditions spécifiques de l’entretien semi-directif », Genèses, n° 3 : 120-133.
  • Pruvost, Geneviève. 2007. « Enquêter sur les policiers. Entre devoir de réserve, héroïsation et accès au monde privé », Terrain, n° 48 : 131-148.
  • Sommier, Isabelle. 2009. « Engagement et distanciation à Sauvons la recherche (SLR). Une sociologue des mouvements sociaux dans l’action », Genèses, n° 77 : 137-151.
  • Vouillot, Françoise. 2007. « L’orientation aux prises avec le genre », Travail, genre et sociétés, n° 18 : 87-108.
  • Weber, Florence. 1989. Le travail à-côté. Étude d’ethnographie ouvrière. Paris, EHESS (Recherches d’histoire et de sciences sociales).
  • Weber, Florence. 2009. Manuel de l’ethnographe. Paris, Puf (Quadrige).
  • Zimmermann, Bénédicte. 2011. Ce que travailler veut dire. Une sociologie des capacités et des parcours professionnels. Paris, Economica (Études Sociologiques).

Date de mise en ligne : 21/08/2013

https://doi.org/10.3917/gen.090.0025