Business Developer : un profil hors norme dédié au Business Development
- Par Christophe Loué
- et Damien Forterre
Pages 83 à 110
Citer cet article
- LOUÉ, Christophe
- et FORTERRE, Damien,
- Loué, Christophe.
- et al.
- Loué, C.
- et Forterre, D.
https://doi.org/10.3917/g2000.362.0083
Citer cet article
- Loué, C.
- et Forterre, D.
- Loué, Christophe.
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- LOUÉ, Christophe
- et FORTERRE, Damien,
https://doi.org/10.3917/g2000.362.0083
Qu’est-ce que le Business Development et qui est le Business Developer ?
1Qu’est-ce que le Business Development (BD) ? Pour y répondre, on se contente souvent de l’associer de manière littérale à l’action de développement d’un business, ou d’affaires. Or, le BD ne se limite pas à cette acception, il englobe et transcende un ensemble de pratiques et d’attitudes collectivement intégrées par les individus d’une entreprise lui permettant de trouver la croissance et d’atteindre les nouveaux marchés convoités. Le BD apparaît en effet comme une philosophie de management des affaires dont le but premier est de permettre à l’organisation d’optimiser la recherche des axes de croissance. Dans cette optique, l’investissement de chacune des parties prenantes, allant du comité de direction au personnel exécutant, via des attitudes spécifiques est essentiel. Ainsi, le BD intègre, accompagne et suscite le développement de produits inédits, la prospection de marchés, de clients en insufflant d’originales pratiques professionnelles, plus efficientes et partagées collectivement. Aujourd’hui, les entreprises intègrent et adoptent de plus en plus le principe du BD, or on en sait encore peu sur ses contours spécifiques. Il s’agit du premier objectif de notre recherche : pour bien comprendre et appréhender le BD, il est utile de travailler sur son essence. En décomposant à la fois ses objectifs et modes d’action propres, et en nous basant sur une scrupuleuse revue de littérature, nous sommes parvenus à identifier huit composantes essentielles au BD, constituant selon nous une base de travail solide.
2En nous focalisant sur les composantes du BD identifiées, on peut se demander à quel type de profil les entreprises font appel pour mener à bien ces missions. On voit en effet, depuis quelques années, émerger un nouveau métier, celui de Business Developer (BDr). Ce professionnel est considéré comme un commercial, un chasseur d’opportunités, un vendeur hors pair, à la fois visionnaire et développeur d’opportunités d’affaires du local, à l’International. Le BDr est souvent vu comme un dénicheur d’affaires, un entrepreneur, un intrapreneur, sensible à l’idée de satisfaire les besoins d’un client toujours plus exigeant. Meneur doté de capacités managériales, il agit transversalement au sein de l’entreprise, est toujours épris d’innovation et poursuit l’absolue nécessité de se démarquer.
3Sur le marché du travail, le BDr est ainsi de plus en plus plébiscité. Or la composition exacte de ce métier, ses activités et compétences souffrent encore d’une absence de cadre descriptif. Le second objectif de ce travail de recherche consiste à répondre à ces questions. En partant des composantes fondamentales du BD, nous émettons l’hypothèse selon laquelle ces dernières constituent l’ossature d’un panel de compétences spécifiques, incontournables pour le BDr. A partir de cet état des lieux, nous tenterons de dégager un agrégat, un dénominateur commun, un profil singulier recouvrant l’ensemble de ces compétences.
4La première partie de notre travail sera consacrée à l’identification des contours et des composantes du BD en nous appuyant sur la littérature existante dans ce domaine. Nous formaliserons ensuite une définition du BD intégrant l’ensemble des composantes présentées et la compléterons par la mise en avant de la roue du BD. Nous préciserons ensuite les spécificités du BDr en tant que collaborateur central et pourvoyeur d’opportunités d’affaires. Nous présenterons ses caractéristiques et questionnerons son profil, approuvé mais très peu précisé.
5Nous exposerons, dans une seconde partie, les contours de notre consultation empirique, la méthodologie choisie ainsi que l’échantillon interrogé. Nos résultats seront ensuite avancés en troisième partie ; les éléments relatifs aux activités quotidiennes et compétences des BDrs seront mis en avant. Enfin, nous discuterons ces résultats et tenterons de contribuer à la clarification conceptuelle du BD tout d’abord, puis à la définition des caractéristiques et du profil du BDr.
1 – Revue de littérature
1.1 – Une définition du Business Development
6Depuis quelques décennies, le BD alimente la vie des entreprises, il n’est donc pas une fonction nouvelle. Toutefois, l’intensification concurrentielle l’a remis au centre de l’échiquier. Aujourd’hui, la fonction s’est en quelque sorte institutionnalisée, à travers la mise en œuvre d’un process organisé, de nouveaux rôles et pratiques en entreprise (Quartz+Co, 2005). Sorensen (2012) définit le BD comme « les activités, tâches et process qui détectent, préparent, encouragent et mettent en œuvre les opportunités de croissance ». L’auteur insiste sur l’aspect transversal et universel, qui ne doit pas se contenter d’appliquer quelques principes fondateurs dans l’une ou l’autre de ses fonctions, mais qui doit faire du BD un mode d’action intégré, au sein de toutes ses composantes.
7Le BD apparaît de fait comme une philosophie de gestion et de croissance, intégrant des fondements axés sur la détection d’opportunités et le développement d’affaires. On note ainsi des références à ces principales fonctions du BD comme l’entrepreneuriat, le développement et maintien de partenariats, le soutien et l’émergence de nouveaux produits, la reconnaissance et la réponse aux besoins des nouveaux clients (Davis et Sun, 2005). On reconnait également le BD de par sa contribution au maintien des avantages compétitifs de l’entreprise et leur nécessité d’être durables. Le développement de nouveaux produits, marchés sont également très présents et induisent l’investissement en R&D, la capacité d’innovation avec la réalisation d’économie d’échelles (Kind et Knyphausen-Aufsess, 2007).
8Pour bien appréhender le BD, synthétiser et dégager ses principaux éléments au vu de ces précédents travaux semble nécessaire. De nombreux auteurs ont identifié et défini le BD à travers un certain nombre de composantes (Quartz+Co, 2005 ; Davis et Sun 2005 ; Kind et Knyphausen-Aufsess, 2007, Forsman, 2008 ; Fischer et al., 2010 ; Koziel, 2011 ; McKnew, 2011 ; Sorensen, 2011, 2012). Ces items, essentiels au développement de toute entreprise sont, au regard de notre revue de littérature au nombre de huit.
1.2 – Quelles sont les composantes du Business Development ?
9On perçoit tout d’abord la part prépondérante de la stratégie (1), à l’aide de laquelle tout dirigeant peut prévoir, dessiner un avenir selon les facteurs internes et externes. La stratégie est un élément moteur du BD puisqu’elle permet une anticipation, une planification de l’activité dans le but d’aboutir à la création de valeur. La stratégie est aussi une vision (Ronda-Pupo, 2012) destinée à manager la croissance (Mintzberg et Lampel, 1999) jusqu’aux objectifs futurs préemptés sous contraintes (Petrova, 2015). Elle doit conduire à l’émergence d’un avantage concurrentiel (Bodislav, 2014) en portant attention aux cycles (Fung, 2014), aux marchés encore inexploités (Kim et Maurborgne, 2005), au capital humain et à la culture entrepreneuriale (Surijah, 2016).
10La stratégie s’accompagne inévitablement d’un recueil d’informations (2) concernant l’environnement. La veille et l’intelligence économique (IE) apparaissent ainsi centrales, puisqu’elles permettent de contextualiser dans le but d’optimiser la prise de décisions. La valeur de l’information émane de ses rareté, inimitabilité, non-substitualité (Makadok et Barney, 2001) et s’enrichit avec l’Open Source (Shyandilya et al., 2014). Savoir anticiper, protéger et utiliser l’information résume l’IE (Ursacesnu et Cioc, 2012) capable de réduire le gap entre environnement réel et l’escompté (Jakobiak, 2001) par la maîtrise de connaissances transformatrices (Mansouri, 2013). En combinant cette approche avec la Competitive Intelligence et la Business Intelligence, à savoir les analyses des concurrents (Solberg Soilen, 2016) et des spécificités ainsi que les attentes de l’entreprise (Rajteric, 2010), l’avantage concurrentiel peut émerger.
11Ensuite apparaît la détection d’opportunités (3), élément moteur de l’activité entrepreneuriale et tout ce qu’elle engendre comme principes, pratiques au service de la croissance. Elle englobe, transcende une grande partie des différentes composantes du BD et apparaît comme le paradigme central de l’entrepreneuriat (Verstraete et Fayolle, 2004). Identifier la pertinence d’introduire des nouveautés sur des marchés porteurs (Shane et Venkataraman, 2000) est un processus individuel et/ ou collectif (De Koning, 2003) et d’ordre constructiviste (Tremblay et Carrier, 2006). Une démarche d’apprentissage et de créativité demeure nécessaire (De Koning, 2003 ; Hills et al., 1999 ; Sarasvathy, 2001 ; Smith et Digregorio, 2003 ; Sarason et al., 2006) où les compétences entrepreneuriales, intrapreneuriales sont mobilisées au sein de tous les pôles de l’entreprise (Sorensen, 2012). Au cœur de ce mode de management, l’entrepreneur se décline en découvreur, exploiteur et évaluateur (Verstraete et Fayolle, 2004).
12En complément, le développement commercial (DC) (4) permet la mise sur le marché de produits ou services, l’amplification du portefeuille clients. Le DC optimise les ressources du département des ventes (Spiro et al., 2008), accompagne les évolutions de la commercialisation (Zampetakis et al., 2014) en intégrant les items numériques, digitaux (Vanheems, 2013) et l’orientation multicanale (Colla et Lapoule, 2014). Pour ce faire, il convient d’appréhender les tendances générales des secteurs (Powers et al., 2014), de connaître les attentes clients pour affiner les propositions (Rentz et al., 2002) via le Big Data (Albers et al., 2015) et la valorisation de l’interrelationnel (Sharma, 2016).
13L’innovation (5) et la R&D, considérés comme des facteurs majeurs de progrès (Makris, 2008, 2015, 2016), constituent une dimension maîtresse du BD. Mise en œuvre de procédé nouveau (Schumpeter, 1926 et 1954 ; l’OCDE, 2005), l’innovation est le résultat d’un processus d’apprentissage des entreprises et des individus, fondé sur une base de connaissances spécifiques à chaque secteur (Malerba, 2002 ; 2004). Au-delà d’être source d’avantage concurrentiel (Atamer, 2005) et de création de valeur (Prahalad et Ramaswamy, 2004), l’innovation demeure un facteur de survie et de développement, dans un contexte très mouvant (Dickson, 1992 ; d’Averni, 1994 ; Teece et al., 1997). En affectant positivement la compétitivité (Porter et Van der Linde, 1995 ; Slaughter, 2000 ; Bleaney et Wakelin, 2002 ; Filatochev et al., 2009) et la productivité (Kafouros, 2005 et Hashi et Stojcic, 2013) elle augmente le niveau de performance économique sectoriel (Koelinger, 2008).
14L’International (6) conduit à se démarquer et gagner les points de croissance convoités au-delà des frontières. Sa dimension entrepreneuriale repose sur la découverte, l’engagement, l’évaluation et l’exploitation d’opportunités pour des créations originales (Oviatt et Mc Dougall 1994, 2005a, 2005b ; Zahra et George, 2002 ; Zahra, 2005). C’est avant tout la personnalité, les compétences de l’entrepreneur, son goût pour l’international, ses expériences antérieures qui vont influer sur le développement extérieur de l’entreprise (Mc Dougall et al. 1994). L’internationalisation requiert un ensemble de ressources et de compétences (Ruzzier et al. 2006 ; Pantin, 2006) et s’appréhende comme un processus progressif (UPSSALA), incrémental (Johanson et Wiedersheim-Paul 1975, Johanson et Vahlné 1977). Même si les entreprises disposent de caractéristiques plurielles et protéiformes à l’International (Servantie, 2007) donnant lieu à diverses typologies (Sullivan, 1994 ; Daniels et Radebaugh, 2001), des capacités entrepreneuriales, organisationnelles, ainsi que de réseautage seront déterminantes pour leur réussite (Gankema et al. 2000, Mc Dougall et Oviatt, 2000 ; Barney, 1991 ; Dhanaraj et Beamish, 2003 ; Autio, 2005) et mobiliseront tous les collaborateurs et instances (Laghzaoui, 2009).
15Pour maîtriser son projet de développement, l’entreprise ne peut faire abstraction d’un réseau d’affaires (7) efficient. Le réseau, liens structurés entre les individus (Granovetter, 1985 ; Katz et Williams, 1997), développe des connexions et structures spécifiques (Walker, 1987) accentuant les performances et la croissance (Aldrich, Rosen et Woodward, 1987 ; Freel, 2000 ; Ryans et al., 2000). Cette pratique profitable du réseautage s’est renforcée (Katz et Williams, 1997 ; Johannisson, 1995a, b, 1998, 2000 ; Chell et Baines, 2000 ; Collinson, 2000 ; Freel 2000 ; George et al., 2001, Vanhaverbeke 2001 ; Shane et Cable 2002) et épouse des aspects informels (relations personnelles) et formels (spécialistes) pouvant se combiner (Johannisson, 1990, 1998 ; Das et Teng, 1997). L’entrepreneur doit interagir avec différents acteurs (Stam et al., 2014) suscités ou non, pouvant se connaître ou non et contribuant de manière passive ou proactive (Gilmore et Carson, 1999).Le réseautage permet ainsi aux individus d’initier, de manipuler, d’exploiter leurs relations et créer de la valeur (Ritter, 1999).
16Enfin, scruter la valeur (8) générée par l’ensemble de ce dispositif s’impose pour l’ajuster, le parfaire et le réactiver par la suite. Cette valeur correspond à la valorisation de l’entreprise et celle des capitaux investis par les actionnaires (Albouy, 2006). Elle est redistribuée au pôle actionnarial (Stockholder) ou à l’ensemble des parties prenantes (Stakeholders) de manière volontaire ou pas (Post et al., 2002). Les stakeholders, aux diverses ressources variées, conduisent à l’émergence d’un avantage compétitif (Freeman, 1983) profitable aux stockholders qui les supporteront par la suite dans un cercle vertueux (Yahchouchi, 2007).
17Sur la base de ces éléments, on saisit que le BD n’est pas seulement une synthèse et une addition de différents concepts managériaux ou stratégiques. Il regroupe, transcende, modifie des fonctions capitales de l’entreprise et concerne l’ensemble des collaborateurs.
18A travers notre approche du BD, nous présentons une conception du développement d’affaires intégrée, un processus défini et clairement identifié. Comme le soulignent Davis et Sun (2005), la fonction BD prend en charge l’intégralité du processus de management de la performance et croissance, initié par les dirigeants, accepté et pratiqué par tous. Nous présentons ci-après la schématisation de ce processus dynamique nommée « Roue du Business Development » qui trace à la fois la mobilisation, les interactions et les effets potentiels des différentes composantes.
1.3 – Qui est le Business Developer ?
19Pour les managers, ces différentes composantes du BD sont à appréhender de manière globale et cohérente. Pour le professionnel du BD, il ne s’agit non pas d’être en première ligne sur elles toutes, mais plutôt d’avoir une vision transversale, d’occuper la fonction de « chef d’orchestre ». Le BDr a pour mission de manager directement ou non les composantes de cette roue. On perçoit alors un individu doté de capacités et de fonctions multiples. Ce n’est pas seulement un commercial, il est doté de compétences variées, lui permettant de gérer avec aisance le bon fonctionnement du mécanisme. Il nous apparaît correspondre à la synthèse des deux types de distribution du leadership (Allard-Poesi et Giordano, 2015). En effet, par sa dextérité, il demeure aussi bien capable d’activer un passage de relais entre leaders complétant successivement des actions afin d’atteindre un objectif final (leadership coordonné) que de rechercher un consensus entre leaders pour cette même finalité (leadership collaboratif).
La roue du Business Development
La roue du Business Development
20Le BDr correspond à un réel besoin de recrutement. De prime abord, il apparaît comme un « super commercial » aux capacités entrepreneuriales et intrapreneuriales, ayant du flair, une vision et un solide tempérament. Le BDr argumente, négocie, prospecte et fidélise le client. Il promeut les opportunités d’affaires, chasse, déniche de nouveaux marchés, sur les territoires (Davis et Sun, 2005 ; Pôle Systématic, 2010 ; Kind et Knyphausen-Aufsess, 2007 ; Fischer et al, 2010). Manager de projets, il les gère de façon transversale auprès de différentes équipes (Forsman, 2008 ; Jackson, 2006, Ambition PME et Systématic Paris Région, 2011). Le BDr doit en outre mettre en musique un certain nombre de fonctions, en partenariat avec la direction. Il ne peut se contenter d’atteindre les objectifs de ventes fixés par sa hiérarchie, il va au-delà et contrera efficacement la concurrence (Davis et Sun, 2005, Pôle Systematic, 2010 ; Ambition PME et Systématic Paris Région, 2011, Sorensen, 2012).
21Le BDr réseaute, tant en interne qu’en externe et maîtrise les principes de la communication (Quartz+Co, 2005 ; Pôle Systématic, 2010 ; Davis et Sun, 2005). Considéré comme un leader, il gère, fédère et motive les équipes dont il n’a pas la responsabilité hiérarchique, autour du développement d’affaires dont il a la charge. Il est proactif, fait preuve de flexibilité et de persévérance (Ambition PME et Paris Région, 2011, Pôle Systématic, 2010), se charge de l’aboutissement des projets d’innovation et de leur implémentation via la création de nouveaux produits. On y ajoute des compétences en gestion de licences, de partenariats (Buckman et al., 1998), le management d’équipe et la maîtrise d’un vocabulaire adapté aux partenaires. En tant qu’interlocuteur du comité de direction, le BDr appréhende la stratégie globale afin d’agir en tant que « support » et de manière à développer son activité (Davis et Sun, 2005 ; Fischer et al, 2010). Il intervient en outre tout au long de la ligne de production pour veiller à la bonne implémentation de l’opportunité d’affaire (Sorensen, 2012).
22Ainsi, le profil et les compétences clés caractérisant le BDr apparaissent plus clairement. Mais une autre question vient alors : peut-on parler du « métier » de BDr ou bien plutôt d’une posture, de capacités transversales liées à la fois au commercial et à l’entrepreneur ? Sorensen (2012) évoque l’interpénétration du rôle, de la fonction, des compétences du BDr et de l’entrepreneur. L’auteur constate que le BD est une des nombreuses compétences que doit posséder l’entrepreneur. Le commercial doit donc embrasser certaines des compétences de l’entrepreneur, plus spécifiquement intrapreneuriales devant se révéler transversales. Il y a donc, selon nous, une imbrication mutuelle entre la fonction de commercial et celle d’entrepreneur. Les auteurs s’accordent sur le fait qu’être BDr, c’est aussi une philosophie. Pour cette raison, un entrepreneur, un directeur commercial ou de l’international, certains top managers peuvent se réclamer de cette fonction (Quartz+Co, 2005 ; Sorensen, 2012).
23Nous présentions précédemment la roue du BD, composée de différents éléments moteurs, tous considérés comme constitutifs d’un « processus intégré » et la complétons en y ajoutant le rôle déterminant du BDr. Moteur du process BD, le BDr détecte les opportunités, déploie transversalement ses compétences managériales et participe de manière dynamique à l’activation de la roue. De ce fait, le BDr contribue à l’avancement de la roue du BD, il actionne, explore l’ensemble de ses composantes, au service de la croissance.
Le Business Developer, « moteur » de la roue du Business Development
Le Business Developer, « moteur » de la roue du Business Development
24Dans cette partie, le BD est qualifié à travers les principales missions, fonctions et composantes de l’entreprise concourant à son développement et sa croissance. Ce concept nous a amené à poser les caractéristiques et spécificités de la fonction de BDr en nous interrogeant sur sa mission et ses compétences. Notre recherche propose de faire le point sur ces questions, en considérant le profil et les compétences du BDr comme directement issus des composantes du BD. Nous émettons donc l’hypothèse principale selon laquelle les compétences du BDr sont empreintes des 8 composantes du BD.
2 – Méthodologie de recueil des données
25Notre but est de présenter une liste de compétences relatives au BDr. Pour ce faire, notre méthode s’est concentrée sur deux choix essentiels : la population à étudier et la méthodologie de recueil des données. Concernant les sondés, nous avons ciblé les individus identifiés au sein de leur structure comme BDr, sans autre mode de sélection. Ensuite, pour la méthodologie de recueil des données, un questionnaire comportant l’ensemble des compétences susceptibles de se rattacher à la mission d’un BDr a été construit, sur la base de la littérature et des différentes composantes présentées précédemment. C’est par conséquent 64 compétences qui ont émergé et constitué le cœur de notre consultation. Notre questionnaire a été diffusé par approche directe tout d’abord, en privilégiant nos réseaux professionnel et personnel sur la base de leur description de poste ou métier. Un mailing a ensuite été conduit, permettant d’élargir la consultation. Une approche indirecte a enfin été menée, via des réseaux sociaux, plus précisément en ciblant des groupes de discussions orientés BD ou en contactant les individus identifiés comme répondants potentiels. Ajoutons enfin qu’une question relative au « métier exercé » était posée. Celle-ci permettait, le cas échéant, de supprimer le questionnaire de l’analyse si le métier n’était pas compatible. Au total, 420 questionnaires ont été recueillis et 308 validés comme complets et utilisables.
2.1 – Description de l’échantillon
26Nos 308 répondants sont majoritairement des hommes (69%), entre 25 et 54 ans, les différentes tranches d’âges étant réparties de manière homogène. Ils sont plutôt diplômés d’un Master (65,5%) ou d’une licence / Bachelor (15,5%) dans les domaines des sciences de gestion, scientifique, technique et des sciences humaines et sociales. 1/3 de notre échantillon cumule une expérience professionnelle allant de 0 à 9 ans et ¼ de 10 à 19 ans. Nos répondants se considèrent à une grande majorité comme « expérimentés » (92%).
Composition de l’échantillon interrogé
Composition de l’échantillon interrogé
2.2 – Échelles des mesures
Compétences
27La partie dédiée au questionnement des compétences a été construite en deux étapes. Les recherches relatives aux BD et BDr ont tout d’abord été mobilisées (Davis et Sun, 2005 ; Jackson, 2006 ; Kind et Knyphausen-Aufsess, 2007 ; Forsman, 2008 ; Fischer et al., 2010 ; Koziel, 2011 ; McKnew, 2011, Sorensen, 2012). Des travaux dédiés aux compétences entrepreneuriales ont ensuite permis de compléter certains axes de compétences tels que l’entrepreneuriat, le management, les comportementales, financières ou commerciales – marketing (Mc Gee et al., 2009 ; Loué et Baronet, 2012).
28Nous avons également sollicité des études menées par des consultants, destinées à identifier les caractéristiques du BD ainsi que le profil et les compétences du BDr (Quartz+Co, 2005 ; Pôle Systématic, 2010 ; Ambition PME Paris Région, 2011). L’ensemble de ces dernières a également été mis en perspective avec les composantes du BD présentées en amont. Enfin, nous avons complété et affiné notre liste de compétences par une étude de 10 offres d’emplois qualifiées « BDr » ou « mission de BD », parues dans la presse ou sur internet. Au final, nous avons identifié 64 compétences, réparties en 7 catégories : Entrepreneuriat (8 compétences) ; Management de projets (8 compétences) ; Management des hommes (11 compétences) ; Stratégie, Commercial et marketing (14 compétences) ; Communication (6 compétences) ; Gestion – Juridique – réglementaire (7 compétences) ; Comportementales (10 compétences). Nous présentons un récapitulatif de ces compétences et des auteurs concernés dans le tableau ci-dessous :
Liste des compétences composant le modèle soumis à l’échantillon interrogé et références
| Compétences | Nb de compétences | Références |
|---|---|---|
| Entrepreneuriales | 8 | Davis et Sun (2005) ; Forsman (2008) ; Loué et Baronet (2012) ; Mc Gee et al. (2009) ; Fischer et al. (2010) ; Koziel (2011) |
| Management de projets | 8 | Davis et Sun (2005) ; Quartz+Co (2005) ; Kind et Knyphausen-Aufsess (2007) ; Forsman (2008) ; Pôle Systématic (2010) ; Ambition PME Paris Région (2011) ; Sorensen (2012) |
| Management des hommes | 11 | Quartz+Co (2005) ; Mc Gee et al. (2009) ; Loué et Baronet (2012) ; Pôle Systématic (2010) ; Ambition PME Paris Région (2011) ; |
| Stratégie – commercial et marketing | 14 | Davis et Sun (2005) ; Quartz+Co (2005) ; Jackson (2006) ; Fischer et al (2010) ; Kind et Knyphausen-Aufsess (2007) ; Pôle Systématic (2010) ; Ambition PME Paris Région (2011) ; Mc Gee et al (2009) ;Loué et Baronet (2012) ; Sorensen (2012) |
| Communication | 6 | Davis et Sun (2005) ; Quartz+Co (2005) ; Pôle Systématic (2010) ; Ambition PME Paris Région (2011) ; Sorensen (2012) |
| Gestion – juridique et réglementaire | 7 | Davis et Sun (2005) ; Quartz+Co (2005) ; Kind et Knyphausen-Aufsess (2007) ; Fischer et al (2010) ; Ambition PME Paris Région (2011) ; Loué et Baronet (2012) |
| Comportementales | 10 | Quartz+Co (2005) ; Pôle Systématic (2010) ; Ambition PME Paris Région (2011) ; Sorensen (2012) ; Loué et Baronet (2012) |
Liste des compétences composant le modèle soumis à l’échantillon interrogé et références
Activités
29En interrogeant nos répondants sur leurs activités principales et quotidiennes, notre objectif était de compléter le profil du BDr. Aussi, nous avons choisi d’utiliser une question ouverte et multiple, le répondant était invité à fournir une liste de cinq activités principales caractérisant son métier au quotidien. La question posée était « quelles sont les activités principales qui caractérisent votre métier ? Citez 5 activités maximum ».
2.3 – Méthodologie d’analyse des données
30Les données ont été analysées en utilisant deux méthodes distinctes, l’une quantitative et l’autre qualitative. La première concerne les compétences interrogées dont la maîtrise a été questionnée sur la base du sentiment d’auto-efficacité des répondants, sur une échelle de Likert allant de 1 (« je ne maîtrise pas du tout cette compétence ») à 7 (« je maîtrise parfaitement cette compétence »). Les 308 réponses ont été traitées par la méthode statistique de l’analyse en composantes principales, avec SPSS. La seconde concerne l’étude des activités quotidiennes des répondants et a fait l’objet d’une analyse qualitative des données plus précisément par la voie du comptage d’occurrences.
3 – Présentation des résultats
Compétences
31Les résultats relatifs aux compétences font apparaître un modèle statistique composé de 60 compétences réparties en 9 facteurs. Les alphas de Cronbach relatifs aux différents facteurs sont supérieurs à .800, prouvant la fiabilité du modèle. La grande majorité des 64 compétences proposées aux répondants a été validée (60 compétences) et seulement 4 compétences disparaissent.
32Les facteurs apparaissent par ordre d’importance (de poids) dans la matrice ; permettant ainsi une hiérarchisation dans la caractérisation du profil du BDr. Les compétences commerciales et marketing (facteur 1) sont prépondérantes au sein du modèle. Elles représentent plus de 32% de la variance totale exprimée et constituent, à ce titre, l’axe de compétences majeur. On y retrouve des compétences traditionnelles en DC telles que le développement du portefeuille clients ou la fidélisation. On y décèle également les compétences marketing comme la détection et l’identification des besoins ou la communication sur les réseaux sociaux. Le second axe du modèle est composé des compétences comportementales. Il représente 7,2% de la variance totale exprimée et nous y retrouvons le charisme, l’ouverture d’esprit, la vision ou encore le leadership. Le troisième axe de compétences est celui de la stratégie commerciale, détection d’opportunités et marketing stratégique. Il représente 6,4% de la variance totale et comprend des compétences englobant la mise en œuvre, l’implémentation d’une stratégie commerciale ainsi que des compétences en marketing stratégique (partenariats, alliances commerciales, DC à l’international, benchmark marché, étude de marché, mettre en œuvre une stratégie commerciale…). Le quatrième axe de compétences est celui du management stratégique de projets. Il représente 5,1% de la variance totale et comprend des compétences telles que la planification, la gestion et l’évaluation des résultats / bénéfices du projet mené. Le cinquième axe de compétences est celui de l’entrepreneuriat. Il représente 4,2% de la variance totale ; on y trouve les compétences en détection d’opportunités d’affaires, en développement stratégique ou en structuration d’un business modèle, mais également des compétences comportementales telles que la flexibilité ou la persévérance. Le sixième facteur du modèle de compétences regroupe la gestion, le juridique et le réglementaire. Des compétences telles que la gestion financière, l’analyse des coûts, la capacité à monter un projet financièrement sont mises en avant. Le septième axe de compétences concerne le management des hommes et représente 2,9% de la variance totale. On y retrouve les compétences traditionnelles du management telles que la coordination, la fixation des objectifs, le contrôle des résultats… Le huitième axe de compétences du modèle est celui du management de projet dans sa dimension gestion des hommes. Il représente 2,7% de la variance totale et regroupe les compétences de gestion des équipes lors de l’implémentation d’un projet : définition des rôles, gestion des délais, de la qualité, se positionner sur des projets collaboratifs. Le neuvième et dernier axe de compétences du modèle est celui du management interculturel et leadership, il représente 2,6% de la variance totale, on y trouve le management interculturel et la gestion du changement.
Activités
33Afin de confirmer les résultats quantitatifs obtenus et le modèle de 60 compétences validé statistiquement, nous avons interrogé nos répondants par le biais de questions ouvertes, concernant leurs activités principales. La question posée était : « quelles sont les activités principales qui caractérisent votre métier ? Citez 5 activités maximum ». Il s’agissait ici de donner toute liberté aux sondés afin qu’ils expriment plus clairement leur quotidien. Ainsi, à côté de la validation d’une liste de compétences (figée tout en étant soumise à validation statistique), ces questions dédiées aux activités permettent d’ouvrir le champ des possibles et obtenir une confirmation des résultats relatifs aux compétences.
34Nous avons donc obtenu un grand nombre de réponses que nous avons analysées lexicalement, puis comptabilisé les mots clés les plus fréquemment pour qualifier leurs activités. A la suite, 875 mots non redondants et cohérents furent répertoriés. Ils ont ensuite été ordonnés, correctement orthographiés, rassemblés par thématiques puis comptabilisés en nombre d’occurrences (Lebart et Salem, 1988 ; Gavard-Perret et Moscarola, 1998 ; Seignour, 2011). Précisons ici que les activités citées ont été prises en compte jusqu’à 10 occurrences, afin d’éviter toute dispersion. Ces citations ont ensuite été analysées par proximité sémantique puis regroupées en cinq clusters homogènes détaillés ci-après.
Analyse en composantes principales après rotation Varimax
Analyse en composantes principales après rotation Varimax
Cluster 1 : Gestion – Management – Stratégie, veille et développement
35Le premier domaine d’activités est celui de la gestion, du management et de la stratégie. Le développement (100 citations, 11,5%), est le mot le plus fréquemment cité en termes de nombre d’occurrences et semble constituer le but ultime de toutes les actions menées. La gestion (83 occurrences, 9,5%) et la stratégie (41 occurrences, 4,7%) ne sont pas en reste.
Cluster gestion, management, stratégie veille et développement
| Activités | Nb d’occurrences | Fréquence | Activités | Nb d’occurrences | Fréquence |
|---|---|---|---|---|---|
| Développement | 100 | 11,5% | Innovation | 17 | 2% |
| Gestion | 83 | 9,5% | Nouveau | 15 | 1,7% |
| Stratégie | 41 | 4,7% | Création | 15 | 1,7% |
| Business | 26 | 3% | Définition | 12 | 1,3% |
| Recherche | 18 | 2% | Pilotage | 11 | 1,2% |
| Veille | 17 | 2% |
Cluster gestion, management, stratégie veille et développement
Cluster 2 : Commercial – Vente
36De manière évidente, l’axe Commercial – Vente apparaît comme le second groupe d’activités citées par les BDr interrogés. On y trouve des items tels le commercial (67 occurrences, 7,6%), le marketing (57 occurrences, 6,5%), la gestion client (48 occurrences, 5,5%), ou encore la vente (29 occurrences, 3,3%).
Cluster commercial vente
| Activités | Nb d’occurrences | Fréquence | Activités | Nb d’occurrences | Fréquence |
|---|---|---|---|---|---|
| Commercial | 67 | 7,6% | Négociation | 15 | 1,7% |
| Marketing | 57 | 6,5% | Produits | 14 | 1,6% |
| Clients | 48 | 5,5% | Services | 13 | 1,5% |
| Vente | 29 | 3,3% | Comptes | 11 | 1,2% |
| Offres | 18 | 2 | Fidélisation | 10 | 1,1% |
| Suivi | 16 | 1,8 |
Cluster commercial vente
Cluster 3 : Management des hommes
37Le troisième axe est celui du management des hommes. On y retrouve les mots constitutifs, comme management (68 occurrences, 7,8%), équipes, direction, recrutement et organisation.
Cluster management des hommes
| Activités | Nb d’occurrences | Fréquence | Activités | Nb d’occurrences | Fréquence |
|---|---|---|---|---|---|
| Management | 68 | 7,8% | Recrutement | 12 | 1,4% |
| Equipes | 19 | 2,1% | Organisation | 12 | 1,4% |
| Direction | 14 | 1,6% |
Cluster management des hommes
Cluster 4 : Communication – Promotion – Partenariats
38Il concerne la communication, la promotion et les partenariats. Le concept de projet apparaît ici dominant (49 occurrences, 5,6%) ; on peut y associer les activités de promotion de l’activité, de réseautage et de développement de partenariats.
Cluster Communication, promotion, partenariats
| Activités | Nb d’occurrences | Fréquence | Activités | Nb d’occurrences | Fréquence |
|---|---|---|---|---|---|
| Projets | 49 | 5,6% | Relations | 27 | 3,1% |
| Communication | 38 | 4.3% | Partenariats | 24 | 2,7% |
| Promotion | 29 | 3,3% |
Cluster Communication, promotion, partenariats
4 – Discussion : la caractérisation du profil du Business Developer
39Les résultats nous permettent de dessiner plus aisément le profil du BDr. Des compétences, aux activités quotidiennes, nous pouvons percevoir un consensus, un dénominateur commun propre à ces professionnels. Nous soulignons la cohérence d’ensemble de ces résultats, en pointant la correspondance entre les domaines de compétences identifiés d’une part et les quatre clusters d’activités quotidiennes d’autre part.
4.1 – Des compétences teintées de développement commercial, d’entrepreneuriat et de management de projets
40Les principaux axes du modèle de compétences validé sont les compétences en DC, comportementales et commerciales / marketing. On constate de ce fait la prégnance de ces trois dimensions, évidente au regard des caractéristiques du profil étudié. Par ailleurs, une forte dimension en gestion de projets et entrepreneuriat (respectivement les quatrième et cinquième axes validés) émerge. Ceci constitue un élément intéressant au vu des spécificités du profil du BDr, qui mettent en avant un commercial aux solides compétences entrepreneuriales. Les compétences en gestion stratégique, gestion financière, et management sont également représentées, même si au sein du modèle statistique elles constituent des facteurs ayant un poids assez faible. Au final, le modèle présente un portefeuille de compétences en adéquation avec la littérature : le BDr est spécialiste en commerce et marketing, leader, chef d’orchestre, aux compétences entrepreneuriales et en management de projets. Il identifie, évalue et met en musique les principaux projets de développement. Le BDr est également un bon communiquant aux capacités de réseautage certaines, fait preuve de flair, de vision et pédagogue. Le modèle de compétences mis en exergue confirme statistiquement à grande échelle l’ensemble des éléments puisés dans la littérature.
4.2 – Un portefeuille d’activités confirmant le modèle de compétences validé
41Les activités ont été analysées et présentées par proximité sémantique afin de dégager des clusters homogènes. Les résultats font apparaître une forte prépondérance des compétences en stratégie, DC et management des hommes. Le développement de projets, de partenariats et la communication sont également cités. Ces éléments viennent confirmer le modèle de compétences présenté, de par la prédominance des activités en stratégie et DC notamment. Précisons que les réponses apportées par l’échantillon n’avaient pas pour vocation à confirmer la totalité du modèle statistique, mais seulement de fournir une tendance pour le consolider avec ses principales dimensions.
42Au final, nous constatons la cohérence de ces résultats avec la définition du métier fournie par Le Boterf (2000 : 243) : « un métier est un corpus de savoirs et de savoir-faire essentiellement techniques permettant de réaliser une gamme déterminée d’ouvrages ». L’auteur précise qu’un métier « doit être décrit en termes de finalités, d’activités, de relation avec les autres emplois (coopération) (…) et d’un ensemble de ressources (connaissances, savoir-faire, savoir-être) nécessaires pour que le titulaire du métier puisse réaliser ses grandes missions » (Le Boterf, 2000 : 227). Ainsi, sur ces bases, les compétences et axes repérés dans la littérature et statistiquement validés d’une part et les différents domaines d’activités confirmés d’autre part forment un ensemble cohérent que l’on peut, via ces définitions, considérer comme des éléments constitutifs du métier de BDr.
4.3 – Apports de la recherche
43Présenté comme un nouveau champ d’étude, une nouvelle philosophie de gestion, le BD n’en reste pas moins très peu conceptualisé et théorisé. A travers notre travail, nous avons souhaité revenir sur les principaux concepts constitutifs du BD afin de mieux préciser ses contours. Le BD est un mode de gestion à part entière, il transcende toutes les fonctions de l’entreprise, implique l’ensemble de ses membres et parties prenantes. A travers une synthèse de la littérature, nous spécifions ici ce nouveau paradigme et ses principales composantes ; également les interactions entre ces composantes à travers une roue présentant le rythme théorique et la logique d’action liés au BD.
44La présentation des composantes du BD a abouti à l’identification de 64 compétences dites « théoriques », destinées à être validées statistiquement. Nos résultats aboutissent à un large consensus, à une clarification du portefeuille de compétences du BDr. Ainsi, à travers cette consultation empirique, nous précisons le contenu du métier de BDr en présentant un modèle de 60 compétences et de 37 activités quotidiennes, validé auprès d’un échantillon de 308 professionnels. Ces résultats sont importants car les compétences identifiées dans notre revue de littérature ont été validées statistiquement par nos répondants dans leur quasi-totalité. Les activités quotidiennes citées sont de plus en adéquation avec le modèle de compétences présenté. Tous ces éléments plaident en faveur d’une large cohérence des résultats obtenus.
45Le modèle de compétences présenté constitue un résultat statistiquement fiable, mais nous souhaitions cependant le confirmer à travers une consultation qualitative. Pour ce faire, nos répondants, ont indiqué librement leurs cinq activités quotidiennes principales. L’analyse des réponses fait apparaître des clusters d’activités confirmant la prégnance du DC, de la stratégie et du développement d’affaires. En ce sens, ces résultats qualitatifs permettent de compenser les aspects contraints de la consultation quantitative, axée sur une liste de compétences constituée à l’avance et non modifiable.
46Nous avons ainsi choisi de nous adresser aux BDr en France, par voie directe ou indirecte puisque les répondants ont été approchés de facto mais également par e-mailing, réseaux sociaux. Cette étape est décisive pour la fiabilité des résultats de notre consultation. Les 308 répondants réunis ont été sélectionnés rigoureusement et invités à préciser, confirmer leur rattachement au métier de BDr. Or même si les répondants ont attesté être rattachés à ce métier, leur domaine d’activité principal s’étend de la direction commerciale aux achats, du développement marketing à la direction internationale voire générale. Ce dernier point est particulièrement notable ; le métier de BDr est transversal et peut être affilié à différents domaines d’activités.
47En termes managériaux, ces travaux sont, selon nous, susceptibles d’éclairer un grand nombre de managers et dirigeants qui s’interrogent sur les contours du BD et les caractéristiques du BDr. Le référentiel de compétences présenté constitue en effet un bel outil de management des compétences, des carrières et permettrait sans doute de clarifier, compléter les fiches de postes ou référentiels métier liés au BD et servir les actions de sourcing de collaborateurs (identification de profils-types). Les recrutements pourraient également s’en trouver facilités, en ce sens qu’ils seraient axés sur un référentiel de compétences structuré en lien avec le terrain, à savoir sur les résultats de ce que l’on pourrait qualifier une « enquête métier ».
4.4 – Limites
48Les limites de notre étude tiennent tout d’abord au caractère national de notre échantillon. Un complément de consultation à l’international pourrait en effet confirmer nos résultats voire les amplifier.
49De même, nous avons privilégié la méthodologie quantitative pour valider le modèle de compétences du BDr. Nous y avons certes ajouté des questions ouvertes relatives aux activités quotidiennes afin d’obtenir une confirmation des éléments du modèle de compétences. Toutefois, nous pensons qu’un prolongement de cette recherche serait utile, notamment par le bais d’entretiens qualitatifs pouvant compléter certains éléments recueillis.
50Ensuite, les compétences ayant été identifiées dans la littérature, nos répondants se sont positionnés en termes de maîtrise sur une échelle de Likert. Mais ces réponses sont déclaratives, et relèvent par conséquent du sentiment d’auto-efficacité, donc d’une maîtrise des compétences « perçue » par chacun d’entre eux. Leur grand nombre et l’analyse statistique gomment en partie ces limites, mais elles restent néanmoins qualifiables en tant que telles. Par ailleurs, les répondants ont été sélectionnés certes, mais il se peut que la qualification de BDr ait été considérée de manière un peu large par certains ; c’est un des risques de la consultation par le biais des réseaux sociaux notamment.
Conclusion : Déployer la « Business Development attitude », un enjeu majeur pour l’entreprise
51Notre revue de littérature apporte des éléments relatifs aux différentes spécificités du BD. Théorisé par un petit nombre d’auteurs, ce mode de gestion et de développement des affaires apparaît comme une véritable philosophie, intégrant l’ensemble des composantes de l’entreprise et intériorisée par tous ses collaborateurs. Chacun doit en effet être acteur et identifier les opportunités de nouveaux business, au niveau planétaire, à savoir adopter une « BD attitude ». Le BD est par conséquent distillé au sein de l’entreprise, chacun doit s’en emparer. Mais c’est également et surtout la mission principale du BDr, qui est un métier « aux multiples facettes », un commercial développeur de projets, dénichant les meilleures opportunités d’affaires, un chef d’orchestre, un leader capable de mener différentes équipes, faire du management transversal sans être un hiérarchique. Bref, le BDr est encore peu décrit, méconnu du grand public, mais nous constatons néanmoins une augmentation constante de la publication d’offres d’emplois dédiées, preuve que les entreprises ont bien saisi l’intérêt de disposer dans leurs rangs d’un tel professionnel. D’ailleurs, le BD et le BDr peuvent être perçus comme des extensions ou conséquences de la mondialisation, de par leur caractère inquisiteur. La concurrence s’est en effet désormais mondialisée et pousse les entreprises à dépasser le cadre national et pour ce faire à se doter de moyens humains et de compétences spécifiques. Le BDr est en quelque sorte un « produit » de la mondialisation ou du moins une de ses conséquences. Auparavant, les entreprises recrutaient de bons commerciaux sachant vendre, négocier, prospecter et entretenir efficacement un portefeuille de clients. Aujourd’hui, elles se dotent de BDr, intégrant les mêmes capacités mais également de nombreuses autres, énoncées au cours de cette recherche.
52Le mérite de notre travail, nous le pensons, est d’avoir mis en avant les caractéristiques du BD à travers le prisme des 8 composantes jugées essentielles à son établissement. En spécifiant ces dernières et en recentrant la mise en œuvre du BD par et autour d’elles, nous précisons ainsi les modalités de sa mise en œuvre. De même, notre consultation permet de préciser le profil du BDr : nous présentons un modèle de compétences validé statistiquement auprès d’un large échantillon, puis le confirmons en présentant un panel d’activités quotidiennes. Ces résultats constituent une avancée significative car ils contribuent à clarifier plusieurs points : le champ conceptuel du BD d’une part, la qualification de ses éléments essentiels (métier, compétences et activités) d’autre part et enfin leur cohérence globale dans un ensemble « métier », identifié et consensuel.
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Mots-clés éditeurs : Business Developer, Business Development, capacités managériales, compétences du Business Developer, opportunités d’affaires
Date de mise en ligne : 10/02/2020
https://doi.org/10.3917/g2000.362.0083