Vers une gestion circulaire des matières inertes issues de la démolition et des travaux publics en région parisienne : une lecture croisant transition sociotechnique et approches territoriales
- Par Agnès Bastin
Pages 42 à 57
Citer cet article
- BASTIN, Agnès,
- Bastin, Agnès.
- Bastin, A.
https://doi.org/10.3917/flux1.116.0042
Citer cet article
- Bastin, A.
- Bastin, Agnès.
- BASTIN, Agnès,
https://doi.org/10.3917/flux1.116.0042
Notes
-
[1]
Nous empruntons le terme de « ré-usage » à Mongeard (2017). Celui-ci permet de s’affranchir des catégories juridiques de réemploi, réutilisation et recyclage auxquelles ne correspondent pas systématiquement des pratiques existantes différentes. Le terme de ré-usage désigne ainsi l’ensemble des formes de réutilisation des matières par opposition à la mise en décharge et au stockage.
-
[2]
L’intégration d’un plan d’action vers l’économie circulaire au sein du Plan Régional de Prévention et de Gestion des Déchets (PRPGD) et l’élaboration du Plan Économie Circulaire de Paris en sont quelques exemples.
-
[3]
Cycle Terre est un projet de création d’une fabrique de matériaux en terre crue à Sevran (Seine-Saint-Denis) à partir de déblais des chantiers du Grand Paris, financé à 80 % par le programme européen Urban Innovative Action. Les partenaires du projet sont la commune de Sevran, Grand Paris Aménagement, Joly et Loiret, Amàco, Quartus, SGP, IFSTTAR, AE&CC, Compétence Emploi, CRAterre, Antea et Sciences Po-CERI. Le CERI est chargé de l’analyse de la gouvernance et du potentiel de reproductibilité. https://www.cycle-terre.eu/
-
[4]
“This metaphor [celle du paysage] is used because of the literal connotation of relative hardness and to include the material aspect of society, e.g. the material and spatial arrangement of cities, factories, highways, and electricity infrastructures.” (Geels, 2004, p. 913). Ce passage est révélateur d’une conception de l’espace comme élément hors de la portée des acteurs, conception étonnante pour les géographes et urbanistes pour qui l’espace est l’objet de travail.
-
[5]
Entretiens avec les secrétaires généraux ou les responsables du développement durable de la Fédération Nationale des Travaux Publics (FNTP), l’Union Nationale des Producteurs de Granulats (UNPG), l’Union Nationale des Exploitants du Déchet (UNED), notamment (janvier-juin 2018).
-
[6]
Communiqué d’ADENCA du 8 septembre 2016. [En ligne] (consulté le 29 mai 2019) Disponible à l’adresse : http://ADENCA.over-blog.com/2016/09/nord-ouest-77-vous-en-reprendrez-bien-un-peu-d-ordures-du-grand-paris.html
-
[7]
Entretien avec un représentant de l’UNPG, 8 février 2018.
-
[8]
Entretiens avec l’UNPG, 8 février 2018, et l’UNED, 20 février 2018.
-
[9]
Colloque « Les IVDI pour valoriser les terres inertes : réalité ou utopie ? » organisé par l’UNED, 7 juin 2018 à la Fédération Nationale des Travaux Publics à Paris.
-
[10]
REPAR (Réemploi comme Passerelle entre l’Architecture et l’Industrie) est un programme de recherche financé par l’Ademe et mené par Bellastock qui vise à développer une filière de réemploi. Plaine Commune constitue le terrain d’étude et d’expérimentations.
-
[11]
L’exposition « Terres de Paris » organisée en 2016-2017 au Pavillon de l’Arsenal par ces acteurs a mis en évidence les potentialités de réutilisation des déblais générés par le creusement des gares du Grand Paris Express.
-
[12]
Entretien avec Magali Castex, cheffe de projet à Grand Paris Aménagement, 18 mai 2018.
-
[13]
Entretien avec Ludovic Boepfslug, directeur général délégué de Quartus, 30 octobre 2018.
-
[14]
Conférence à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Paris, 14 février 2018.
-
[15]
Les auteurs définissent l’espace de ressources dans le cadre des transitions énergétiques : “we propose the idea of a « space of resource » as an intermediary term between materiality and space. It focuses attention on the diverse mediations needed to explore the materiality of an energy resource and the different spaces and scales of which it is part. The making of a « space of resource » calls for specific operations: calculating a volume, navigating within it, controlling a material flow” (p. 246-247).
-
[16]
Entretien avec Pierre-Adrien Collet, chef de projet à la Société du Grand Paris, 11 octobre 2018.
-
[17]
Observations lors des COPIL du projet Cycle Terre, 05/04, 16/05, 07/09, 23/10, 06/12 en 2018.
1Les matériaux de construction et de démolition constituent en tonnes les principaux déchets urbains solides et la première matière consommée par les villes après l’eau (Augiseau, Barles, 2017). Nécessaires à la réalisation des projets urbains, ces matières demeurent faiblement prises en compte par les acteurs de l’aménagement, de la planification à la maîtrise d’ouvrage. Cependant, dans le contexte de raréfaction des matières minérales, les notions de « métabolisme », « empreinte matérielle » et « économie circulaire » sont intégrées au référentiel de l’action collective urbaine (Muller, 2005). Aujourd’hui, environ 2/3 des matières inertes produites par les activités du bâtiment et des travaux publics entrent dans un circuit de ré-usage [1] sous la forme du recyclage en sous-couches routières, du réaménagement de carrière, de permis d’aménager et de réemploi sur site ou entre chantiers de manière informelle (figure 1). Elles conduisent à un taux relativement élevé de valorisation d’environ 62 % (ORDIF, 2017), qui cache pourtant la faiblesse du ré-usage dans le cycle de la construction, c’est-à-dire en nouveaux matériaux. C’est pourquoi nous les qualifions de semi-circulaires dans la mesure où elles s’apparentent ou bien à du stockage ou bien à du sous-cyclage, c’est-à-dire à un recyclage conduisant à une perte de valeur par rapport au produit initial. Des initiatives émergent pour réutiliser différemment les matières issues du stock contenu dans les villes, que ce soient dans les bâtiments lors de démolition et de réhabilitation ou dans les infrastructures lors des travaux de génie civil.
Les circuits de ré-usage des matières inertes en Île-de-France
Les circuits de ré-usage des matières inertes en Île-de-France
2L’article propose une analyse des modalités de changement des pratiques de gestion des matières destinées à l’aménagement et à la construction vers davantage de circularité en Île-de-France. L’aire métropolitaine parisienne constitue un cas d’étude intéressant du fait de son profil métabolique caractérisé par un important stock de matières en renouvellement, renforcé par l’exceptionnel des grands projets du Grand Paris d’une part et de l’inscription de l’économie circulaire à l’agenda politique des collectivités franciliennes d’autre part [2]. Nous nous intéressons en particulier à deux matières inertes, les bétons issus de la déconstruction et les terres excavées, qui représentent les tonnages les plus importants. Pour rendre compte de ces changements, nous mobilisons l’approche multiniveaux (MLP – Multi-Level Perspective) selon laquelle les transitions sociotechniques résultent de l’alignement des changements dans trois niveaux : le paysage, le régime et les niches (Geels, 2002). Les études utilisant ce cadre sont souvent centrées sur la trajectoire de diffusion passée d’un dispositif technique. L’approche multiniveaux sert également de fondement à une approche prospective, voire prescriptive, appelée transition management qui vise à amorcer et guider des transitions souhaitées principalement via le renforcement des niches (Loorbach, Rotmans, 2010). Nous utilisons ce cadre comme un outil d’analyse des mécanismes actuels de changement sans nous placer ni dans une visée rétrospective ni dans une visée prospective. Il s’agit d’une ossature à partir de laquelle nous combinons des approches territoriales, matérielles et politiques, de manière à mieux comprendre le rôle de l’espace dans les processus de changement.
3Nous analysons le système de gestion des matières inertes urbaines comme un système sociotechnique territorialisé. Ces matières permettent la construction des bâtiments, des infrastructures, y compris dans leur dimension souterraine, ainsi que l’aménagement de paysages via les remblais. Ce système est caractérisé par un ensemble de relations entre des acteurs associés à différentes étapes : l’extraction de matière, la fabrication, la distribution des matériaux de construction, leur utilisation dans les opérations d’aménagement et la maintenance des ouvrages. Celles-ci sont complétées par la production et le traitement des déchets de déconstruction qui conduisent à diverses formes de ré-usage et d’élimination. À ces étapes correspondent des acteurs tels que les fédérations professionnelles des acteurs du bâtiment et des travaux publics (carriers, constructeurs, démolisseurs, entreprises de travaux publics) et les gestionnaires de déchets (gestionnaires d’installation de stockage des déchets inertes, entreprises de travaux publics réutilisant des déchets, entreprises de tri et de valorisation des ordures ménagères déployant des activités dans le bâtiment et les travaux publics (BTP)). Les maîtrises d’ouvrage urbaines (collectivités, aménageurs, bailleurs sociaux, promoteurs, opérateurs de réseaux) complètent ce système d’acteurs en tant que prescripteurs et gestionnaires des ouvrages réalisés. Nous proposons d’analyser le fonctionnement actuel de ce système comme un régime sociotechnique au sens de la MLP. Ce régime est territorialisé dans la mesure où les modes de régulation, les filières économiques et les pratiques sont spécifiques au territoire francilien. Il est multiscalaire, régulé à la fois par des règlementations européennes comme la directive cadre déchets, des cadres nationaux comme la feuille de route économie circulaire et des documents locaux comme le Plan Régional de Prévention et de Gestion des Déchets (PRPGD). Nous faisons l’hypothèse que le développement de l’économie circulaire dans le secteur du BTP s’appuie sur une reconfiguration de ce régime sociotechnique initiée par la combinaison de changements du paysage, du régime et de niche. Nous appelons niches l’ensemble des pratiques de ré-usage des matériaux de (dé)construction qui se distinguent des formes de ré-usage les plus fréquentes, à savoir la réutilisation en exhaussements de terrain, en remblais de carrière et le recyclage en sous-couches routières. Ces ré-usages comme le réemploi de béton en mobilier urbain, la fabrication de matériaux à partir de déblais ou la recréation de sols fertiles sont expérimentés par des acteurs publics, privés et associatifs et contribuent à un bouclage des flux de matières issues du renouvellement urbain. Quelles recompositions des relations entre territoires et filières économiques de gestion des matières inertes accompagnent l’émergence de niches et les transformations du régime ?
4À partir d’une revue de la littérature croisant approches multiniveaux et approches territoriales, l’article propose un cadre d’analyse utile à l’étude de la transformation du métabolisme, comprise comme la transition de régimes sociotechniques territorialisés. À partir de l’analyse de la littérature grise (documents régionaux de planification, plans d’action d’économie circulaire, textes de loi), d’entretiens conduits auprès de représentants des fédérations professionnelles, des acteurs publics, de projets expérimentaux et d’une observation participante au sein du projet Cycle Terre [3], l’article analyse ensuite le rôle joué par les spatialités existantes et projetées dans les reconfigurations du métabolisme francilien des matières inertes en distinguant des effets du paysage, du régime et des niches.
Un cadre d’analyse croisant transition sociotechnique et approches territoriales
Les villes dans l’approche multiniveaux : un enchevêtrement de régimes territorialisés
5Le champ d’étude des transitions sociotechniques est né dans le domaine de la sociologie de l’innovation avant de se diffuser dans l’ensemble des sciences humaines et sociales. Il analyse les mécanismes de changement et de stabilisation des régimes sociotechniques comme une combinaison d’innovations technologiques et de recompositions sociales, culturelles, juridiques et politiques (Geels, 2002). L’analyse multiniveaux (multi-level perspective) est un des outils d’analyse développés pour décrire et comprendre les dynamiques d’une transition. Elle distingue trois niveaux selon le temps et le degré de structuration : le paysage, le régime et les niches. Le temps se décline en plusieurs temporalités, celle ponctuelle des événements, celle longue des institutions et le temps très long des structures sociales, idéologiques et culturelles. Le degré de structuration désigne l’ensemble des règles, des normes, des réseaux qui influent sur le comportement et les actions des hommes et, inversement, la manière dont ces règles et normes sont influencées par les actions humaines (Raven, Schot, Berkhout, 2012).
6Les niches sont faiblement structurées avec peu de normes et de routines, ce qui facilite l’émergence de pratiques innovantes. Les technologies de niche sont souvent instables et de performance moyenne. Les autres niveaux, paysage et régime, ne sont pas adaptés à ces niches, ce qui rend difficile le bon usage et le développement de ces dernières. Le régime désigne le mode de fonctionnement actuel caractérisé par un ensemble de règles cohérentes, des technologies dominantes et des organisations et institutions stables qui permettent à ces technologies de fonctionner de manière optimale. Enfin, le paysage rassemble les éléments exogènes desquels dépendent l’ensemble des actions humaines comme le cours des ressources naturelles et les idéologies dominantes (Ernst et alii, 2016).
7Une transition est définie comme le passage d’un régime sociotechnique à un autre. Chaque niveau peut être moteur du changement. Celui-ci peut être exogène et venir du paysage, il peut être endogène au régime ou bien venir de l’émergence, de la consolidation et de la diffusion d’une niche. En général, une transition résulte de l’alignement entre les changements des trois niveaux. Les niches permettent le développement d’innovations, un événement extérieur peut modifier le paysage et remettre en cause le régime existant et un régime défaillant ouvre des opportunités de développement d’innovations (Geels, Schot, 2007).
8La plupart des travaux utilisant l’analyse multiniveaux étudient les transitions à l’échelle nationale telles que la transition du transport hippomobile au transport automobile aux États-Unis au XIXe siècle (Geels, Schot, 2007) ou la transition énergétique en cours aux Pays-Bas (Loorbach, 2007). Le régime est souvent assimilé à l’échelle nationale tandis que la niche est locale et le paysage global. Cette confusion entre niveaux de l’analyse et échelles spatiales est problématique du point de vue géographique dans la mesure où niche, régime et paysage sont pluriscalaires (Coenen, Truffer, 2012). Elle a conduit à assimiler les villes à des « gestionnaires d’expérimentations de niches » et à des réceptacles de transitions qui ont lieu à d’autres échelles (Hodson, Marvin, 2009, p. 531). Or, les villes ont une agentivité propre et contribuent à modifier les régimes sociotechniques et à agir sur les pressions du paysage via la territorialisation des cadres de régulation. En suivant Hodson et Marvin, nous analysons les villes non comme des régimes ou des contextes mais comme des espaces où s’enchevêtrent plusieurs régimes (régime de gestion des déchets, régime énergétique, etc.). Ces régimes sont territorialisés dans la mesure où ils combinent des logiques sociotechniques supralocales (innovations technologiques, stratégie des opérateurs de réseau, politiques nationales…) et des logiques territoriales caractérisées par les formes du développement urbain, la capacité d’action des gouvernements urbains et les ressources locales.
L’approche multiniveaux comme manière d’appréhender les transformations du métabolisme
9Le métabolisme territorial, c’est-à-dire « l’ensemble des processus par lesquels les villes mobilisent, consomment et transforment des ressources naturelles » (Barles, 2008, p. 21), résulte de cet enchevêtrement de régimes. Il constitue la traduction matérielle du fonctionnement des régimes sociotechniques territoriaux. Les transformations du métabolisme peuvent donc être analysées comme des transitions de régimes sociotechniques impliquant un alignement entre logiques territoriales et logiques sociotechniques. L’analyse des flux de matière, outil de quantification du métabolisme urbain, et transitions sociotechniques sont complémentaires. Les analyses de flux de matière permettent de définir des cibles pour les acteurs urbains soucieux de réduire l’empreinte matérielle des villes. Dans le même temps, elles décentrent le regard hors des périmètres administratifs et morphologiques des villes en les replaçant dans un espace de circulations entre espaces d’approvisionnement, espaces de consommation-transformation des matières et espaces de traitement des déchets. Elles permettent ainsi de définir les modifications du métabolisme urbain à inciter, autrement dit, la transition souhaitée tout en étant attentif aux relations entre espaces, notamment entre espaces urbains et ruraux (Hodson et alii, 2012). À l’inverse, les études issues des transitions sociotechniques permettent de mieux comprendre les dynamiques sociales, politiques et économiques qui gouvernent ces flux et de mettre en avant les changements systémiques nécessaires vers des métabolismes plus circulaires.
10L’analyse multiniveaux commence d’ailleurs à être mobilisée pour rendre compte des changements métaboliques. En replaçant les innovations technologiques dans un contexte multi-acteurs et en analysant les interactions entre différents niveaux de changement, elle permet de mettre en évidence des blocages systémiques plutôt que des freins au changement isolés. Dans le domaine de la gestion les déchets d’équipements électriques et électroniques par exemple, la MLP permet d’expliquer la faiblesse du recyclage et de la récupération malgré les incitations règlementaires par des intérêts contradictoires entre acteurs de la filière, des distributeurs aux éco-organismes, et de dépasser une approche uniquement centrée sur le geste de tri (Bahers, Capurso, Gossart, 2015). Elle replace également les innovations actuelles dans une perspective temporelle. Les changements sont permis par la concordance temporelle de différents niveaux de perturbations, ce qui contribue à expliquer l’émergence d’initiatives de niche mais aussi les limites de leur diffusion (Lamine, 2012).
MLP et dynamiques spatiales : une combinaison d’approches
11Si la MLP permet d’étudier les facteurs de transition, elle ne rend pas bien compte de la variabilité spatiale des mécanismes de transition (Jaglin, Verdeil, 2013). L’espace n’est pas perçu comme un agent mais comme un contexte, un élément du paysage sur lequel les agents sociaux ont peu de prise [4]. Or, les systèmes sociotechniques sont des systèmes spatiaux caractérisés par une géographie des lieux de production, de transformation, de circulation et de consommation des ressources qui dessine des relations, des différenciations, voire des inégalités entre espaces (Rutherford, Coutard, 2014). C’est pourquoi nous proposons un cadre d’analyse dans lequel la MLP constitue une ossature à partir de laquelle des approches géographiques, matérielles et politiques sont combinées. La MLP fournit une approche dynamique pertinente pour dégager différents niveaux de facteurs de stabilité et de transformation des systèmes sociotechniques à travers l’analyse des interactions entre régime, paysage et niche. Le croisement avec des approches territoriales permet de mieux cerner les rôles de l’espace, compris comme le produit des actions et des relations humaines, dans ces interactions. Une revue de la littérature explorant les dimensions spatiales des transitions sociotechniques a permis de faire ressortir quelques catégories spatiales utiles à la compréhension des processus de transformation des métabolismes (tableau 1).
Les catégories spatiales dans l’étude des transitions
| Approches | Catégories spatiales | Applications à l’analyse multiniveaux |
|---|---|---|
| Approche par les institutions (Coenen, Truffer, 2012 ; Hodson et Marvin, 2009) | Arrangements institutionnels locaux | Régulations et modes de coordination favorisant ou contraignant l’émergence et la diffusion de niches Organisation héritée des filières économiques pouvant créer des sentiers de dépendance et des verrouillages |
| Approche par les lieux de conflits (Murphy, 2015 ; Lawhon, Murphy, 2011) | Relations de pouvoir Représentations spatiales | Résistances locales aux innovations transposéesd’un lieu à un autre Négociations et contestation des directionset des rythmes des transitions(transitions souhaitées, transitions contestées) |
| Approche par la matérialité et les technologies (Labussière, Nadaï, 2018 ; Bridge et alii, 2013) | Transformations paysagères Spatialités des ressources | Interférence entre spatialités existantes et nouvelles |
| Approche par les formes urbaines (Juwet, Ryckewaert, 2018 ; Bridge et alii, 2013) | Encastrement spatial | Verrous spatiaux : inscription des régimes sociotechniques dans des configurations spatiales. |
Les catégories spatiales dans l’étude des transitions
12L’espace joue dans les transitions comme un héritage qui peut constituer à la fois une ressource pour le changement et un facteur de dépendance au sentier. Les travaux issus de la géographie économique ont mis en évidence l’existence d’arrangements institutionnels locaux favorisant ou contraignant l’émergence d’innovations dans certains territoires (Coenen, Truffer, 2012). Les modes de coordination entre acteurs publics et privés, la capacité des acteurs locaux à collaborer, à modifier la règlementation, les régulations du marché du travail, l’organisation héritée des filières économiques et leur ancrage institutionnel contribuent à orienter les transitions dans une forme de continuité avec les trajectoires passées. L’espace, vecteur de représentations et d’attachements multiples pour les acteurs sociaux, peut également devenir un enjeu de tensions et de conflits au cœur des transitions. En effet, la transition d’un régime sociotechnique à un autre suppose la transformation des représentations du territoire selon une vision de son devenir. Des représentations concurrentes selon les intérêts des acteurs peuvent conduire à des résistances face à une transition imposée et mener à des transitions en permanence négociées (Murphy, 2015). Les processus par lesquels ces représentations s’affrontent, s’hybrident ou s’imposent sont des révélateurs des relations de pouvoir entre acteurs. Les mécanismes de transition peuvent conduire à des frictions entre spatialités anciennes et nouvelles. Dans le domaine des transitions énergétiques, plusieurs auteurs soulignent ainsi la reconfiguration paysagère engendrée par la construction en ressources énergétiques des éléments diffus que sont le vent et le soleil. Leur utilisation énergétique interfère avec les modalités existantes de valorisation de ces ressources de type patrimonial, paysagère ou agricole (Bridge et alii, 2013 ; Labussière, Nadaï, 2018). Enfin, les transitions s’appuient sur des transformations de l’organisation spatiale des infrastructures. Or, les régimes sociotechniques sont encastrés dans l’espace. Par exemple, en Région flamande, la faible densité du bâti, la surreprésentation de la maison individuelle, la structure des droits de propriété et les modes de raccordement au réseau qui l’accompagnent limitent les possibilités de mise en œuvre de réseaux de chaleur urbains (Juwet, Ryckewaert, 2018). L’inscription des régimes sociotechniques dans les formes urbaines, l’organisation spatiale et les relations sociales associées constituent des « verrous spatiaux », c’est-à-dire des facteurs de blocage de la diffusion des niches dans le régime (Bridge et alii, 2013).
13Ce cadre croisant MLP et approches territoriales permet d’analyser les reconfigurations en cours du régime francilien des matières inertes pour la construction et l’aménagement en prenant en compte les spécificités spatiales de la métropole parisienne. Les changements et les résistances sont éclairés par la prise en compte des modifications du paysage, de l’émergence de niches sociotechniques et des relations entre ces niveaux avec l’organisation héritée du régime sociotechnique.
Les transformations du système sociotechnique formé par la gestion des matériaux de (dé)construction
Une fenêtre d’opportunité ouverte par les conséquences matérielles du Grand Paris
14La question des déchets de (dé)construction en Île-de-France a émergé dans un contexte mondial de raréfaction des ressources minérales locales (Augiseau, Barles, 2017). Les fabricants de matériaux et les entreprises de construction font face à des difficultés d’approvisionnement qui les conduisent à importer du sable marin, participant ainsi à une pénurie mondiale de sable pour la fabrication du béton (Lehoucq, 2018). Dans les espaces urbains fortement consommateurs de matière et producteurs de déchets, ces enjeux se posent de manière accrue. La législation européenne, via la directive cadre déchets et le paquet économie circulaire qui imposent un taux de valorisation des déchets issus du bâtiment et des travaux publics de 70 %, constitue une incitation au changement. Comme en témoignent les entretiens réalisés avec les représentants de fédérations professionnelles et les acteurs publics, ces évolutions réglementaires ne constituent pas un « choc » dans la mesure où des formes de ré-usage, même insatisfaisantes, existent déjà, mais plutôt un horizon régulateur [5]. Ces évolutions écologiques, économiques et juridiques se combinent à des transformations locales, comme la construction du Grand Paris Express, qui constituent des événements du paysage déstabilisateurs du régime.
Le Grand Paris Express comme « événement spatial »
15La réalisation d’un métro essentiellement souterrain et des opérations de renouvellement urbain qui s’y articulent a des conséquences matérielles qui créent un dérèglement dans le fonctionnement du système de gestion des matières inertes. Nous proposons de qualifier ce « choc » dans la terminologie de la MLP d’« événement spatial ». Événement dans la mesure où les chantiers sont réalisés dans un temps relativement court – une quinzaine d’années – au regard de la temporalité des autres transformations du paysage et où ils sont d’une ampleur exceptionnelle. En effet, la construction du Grand Paris Express engendrera des volumes importants de déblais de terre, environ 45 millions de tonnes sur une dizaine d’années, c’est-à-dire une augmentation de 10 % de la production annuelle de déchets de chantier franciliens (Société du Grand Paris, 2017). Spatial dans la mesure où le potentiel de déstabilisation réside dans les conséquences matérielles et spatiales de la production et de la circulation des déblais. La production d’importants tonnages et leur concentration dans certains points du réseau (gares et puits de sécurité) mettent en évidence les limites des infrastructures existantes. Les déblais sont des déchets pondéreux de faible valeur économique dont le transport coûte cher ; ils sont donc majoritairement traités localement. Ainsi, les éventuels dysfonctionnements de la gestion des déblais sont visibles, ceux-ci ne pouvant pas simplement être mis à distance. Ils peuvent conduire à une saturation des exutoires existants et à des décharges illégales, rompant l’équilibre actuel du régime. Enfin, le transport des déchets et la circulation des camions sont perçus comme une nuisance par les habitants des lieux d’excavation et de réception des déblais. Ces craintes sont exprimées par la Société du Grand Paris (SGP) qui en fait la principale légitimation des actions de gouvernance des déblais qu’elle a mises en place, à savoir la réalisation d’un schéma de planification de la gestion des déblais, l’usage d’un outil informatique de traçabilité et le lancement d’appels à projet pour leur valorisation. La question logistique est difficile à maîtriser pour la SGP. En effet, sur les chantiers, l’entreprise mandataire sous-traite le terrassement et le transport à des entreprises spécialisées qui ne sont pas des interlocutrices directes de la SGP :
« Très vite, avec la question d’un métro souterrain, la question des camions s’est posée. Le nombre de camions est apparu comme un risque majeur pour le déroulement du projet. C’était environ 160 trajets de camions par chantier pour 2000 tonnes par jour. Ces quantités de camions ont soulevé des inquiétudes de la part des élus et des riverains. ».
17Le terme d’ « événement spatial » s’inspire de celui développé par l’EPEES, collectif de géographes, sans y être équivalent. Ces chercheurs définissent un événement spatial comme un « événement ayant des conséquences durables sur l’organisation spatiale » (EPEES, 2000). Nous parlons ici d’événement spatial dans la mesure où c’est la spatialité des déblais, liée aux volumes produits, à la matérialité des terres et aux régulations des espaces de stockage et de transport, qui produit une perturbation du système de gestion des matières. Les conséquences en termes d’organisation spatiale ne sont pas encore connues. Un des intérêts de ce terme est d’éviter de réduire l’espace à un contexte et de le percevoir comme produisant uniquement de l’inertie. Cela nous distingue de l’approche multiniveaux classique dans laquelle l’espace est réduit à sa dimension topographique et à un élément du paysage, ralentissant ou bloquant les transitions (Geels, 2004). L’exemple des déblais du Grand Paris Express montre qu’il peut participer aux processus de changement.
18Nous avons beaucoup insisté sur le « choc » à travers l’expression d’événement. Cependant, la gestion des déblais en Île-de-France est un enjeu structurel qui ne se limite pas aux projets du Grand Paris Express (Conseil régional d’Île-de-France, 2015). La forte urbanisation du territoire combinée à une production élevée de déblais due à l’importante activité de construction-déconstruction-réhabilitation conduit à une gestion devenue insoutenable. Cette insoutenabilité peut être comparée à une pression exercée par le paysage sur le régime. Ainsi, la temporalité ponctuelle de l’événement s’entremêle ici avec la longue durée de la pression.
Concentration des espaces de stockage et déstabilisation interne du régime
19Les transformations du paysage s’articulent à des déstabilisations internes au régime. La gestion actuelle des matières inertes conduit à un métabolisme linéaire qui s’appuie sur des circulations de matières entre espaces d’approvisionnement (carrières), espaces de production de déchets (chantiers urbains) et espaces de gestion des déchets produits (sites de stockage des déchets inertes et de réaménagement de carrières). Ce métabolisme produit des accumulations de matière via le stockage des déchets inertes qui créent des différenciations spatiales. Celles-ci sont vectrices de conflictualités qui se cristallisent dans les lieux d’accumulation des déchets. Les installations de stockage des déchets inertes (ISDI) sont surreprésentées en Seine-et-Marne et concentrées localement dans quelques communes (figure 2). Cette concentration génère des oppositions locales aux créations et extensions d’ISDI. Des associations départementales et intercommunales comme ADENCA (Association de Défense de l’Environnement de Claye-Souilly et ses Alentours) font des ISDI un des sujets importants de leur mobilisation pour la protection de l’environnement local. D’une part, les ISDI sont associées à des « décharges » qui transforment l’environnement. D’autre part, ces associations dénoncent la spécialisation de certaines communes dans l’accueil des déchets métropolitains sous la forme de l’absence de solidarité entre Paris et son hinterland [6]. Cet enjeu est mis à l’agenda des politiques publiques régionales via l’élaboration du Plan Régional de Prévention et de Gestion des Déchets (PRPGD). Ce plan intègre désormais les déchets du BTP et, une fois voté, il remplacera l’actuel Plan Régional de Prévention et de Gestion des Déchets issus des Chantiers du bâtiment et des travaux publics (PREDEC). Le PREDEC actuel, voté en 2015, avait pris en compte cet enjeu via un moratoire empêchant la création de nouvelles ISDI en Seine-et-Marne. Cependant, celui-ci a été annulé par le Tribunal administratif de Paris suite aux recours de syndicats professionnels, de la Préfecture et du département du Val d’Oise qui dénonçaient le risque de saturation des exutoires existants et, in fine, le risque de développement de décharges dites « sauvages ». Le PRPGD en cours de rédaction intègre ainsi des réflexions concernant la solidarité entre territoires :
« La question de la territorialisation du projet est difficile. Les installations de stockage ne sont pas acceptées. […] Les collectivités de petite couronne évacuent leurs déchets en grande couronne. Les collectivités de grande couronne ont conscience que c’est nécessaire. La compensation financière doit se faire entre collectivités. Il y a une réelle demande d’arriver à avoir un flux économique des petites vers les grandes couronnes. »
Répartition des ISDI en Île-de-France
Répartition des ISDI en Île-de-France
21Les liens métaboliques entre territoires génèrent des tensions qui prennent la forme d’une demande de nouvelles solidarités territoriales et incitent à modifier les modes actuels de gestion des déchets inertes. Dans les termes de l’analyse multiniveaux, cela constitue une déstabilisation interne du régime directement liée à la spatialisation des infrastructures de gestion des matières inertes.
22La gestion des déblais du Grand Paris Express constitue un événement déstabilisateur du régime dont le potentiel de transition demeure néanmoins incertain. La transformation du métabolisme actuel vers un métabolisme plus circulaire est présentée comme une manière de répondre aux enjeux environnementaux et sociaux posés par la gestion des déchets inertes. Or, celle-ci s’appuie sur une transformation de la gouvernance des flux de matières et une redistribution des pouvoirs. L’organisation des filières économiques qui gèrent aujourd’hui ces matières génère des résistances professionnelles, législatives et politiques qui contribuer à verrouiller le régime.
Des filières économiques existantes qui participent à un verrouillage systémique
Ancrage des pratiques semi-circulaires et renforcement du régime
23Aujourd’hui, les nombreuses pratiques de ré-usage que nous avons qualifiées de semi-circulaires s’appuient sur des filières de traitement organisées et fortement régulées qui contraignent l’émergence de nouvelles pratiques portées par des acteurs extérieurs au milieu du BTP. En effet, les entreprises du BTP ont développé des activités de valorisation de manière ancienne en Île-de-France du fait d’une demande en granulats supérieure à la quantité produite. Dans un contexte local où l’accès aux ressources minérales est limité par l’urbanisation, les entreprises se sont tournées vers l’important gisement de matière première secondaire issu de la déconstruction (DRIEE, IAU Île-de-France, Unicem, 2017). Les entreprises de travaux publics ou « routiers » comme Colas et Eurovia ont poursuivi une stratégie d’intégration verticale dans les années 1980 en rachetant d’un côté des carrières pour faire face à la fluctuation des prix des matières premières et en intégrant de l’autre des filiales spécialisées dans le terrassement, la démolition et le recyclage pour avoir accès aux matières secondaires. Cette stratégie leur assure une maîtrise de la chaîne d’approvisionnement en ressources minérales en combinant matières primaires et matières secondaires [7]. De la même manière, les exploitants de carrières ou « cimentiers », comme LafargeHolcim, ont développé des plateformes de recyclage à proximité de leur carrière. Le recyclage est conçu par les carriers comme une activité complémentaire de l’extraction dans la mesure où elle permet d’allonger la durée de vie des carrières en exploitation et de développer une nouvelle offre commerciale limitant les risques liés aux incertitudes concernant les matières primaires [8]. Enfin, ces entreprises ont racheté des installations de stockage leur permettant de maîtriser les coûts de la mise en décharge. Ainsi, les différentes étapes de la gestion des matières inertes, de l’extraction au recyclage, sont réparties entre quelques entreprises, via le jeu des filiales (figure 3). On retrouve dans le contexte francilien les résultats de Mongeard (2017) sur la démolition en région lyonnaise. Ces interdépendances verrouillent le régime dans la mesure où l’organisation actuelle s’appuie sur des pratiques semi-circulaires nécessaires à l’approvisionnement des chantiers de travaux publics. Les entreprises incitent au renforcement des pratiques existantes plutôt qu’à une transformation des circuits de ré-usage de plus haut degré de circularité comme l’usage dans la construction.
Répartition francilienne des sites de traitement des déchets du BTP par types d’entreprise
Répartition francilienne des sites de traitement des déchets du BTP par types d’entreprise
Catégoriser les matières et les pratiques associées : des enjeux de relations de pouvoir
24Ce verrouillage systémique se traduit dans les catégories légales utilisées pour qualifier les différentes pratiques. La catégorisation des matières et des pratiques dans l’arène législative fait l’objet de débats et de pressions reflétant parfois davantage les rapports de pouvoir que des pratiques différentes. Or, ces catégorisations induisent des statistiques puis des représentations différentes du territoire et des filières contribuant à définir des trajectoires de changements spécifiques.
25La délimitation entre valorisation et élimination est déterminante de ce point de vue. Les fédérations d’entreprises du milieu du bâtiment et des travaux publics ont engagé des actions auprès des services de l’État pour élargir le périmètre de la valorisation et requalifier certaines installations de stockage des déchets inertes en « installations de valorisation des déblais inertes » (IVDI). Ainsi, le stockage aujourd’hui catégorisé comme élimination deviendrait une valorisation. Selon l’UNED et la FNTP, à l’initiative de ces démarches, cette catégorie permettrait de mieux rendre compte de la réalité des pratiques, de renforcer leur « acceptabilité sociale » et de faciliter leur déploiement tout en limitant les décharges illicites. En effet, les ISDI les plus récentes prennent la forme d’exhaussements de terrains agricoles et de merlons paysagers de grande envergure. Elles s’apparentent ainsi fortement aux pratiques réalisées dans le cadre des permis d’aménager qui sont, elles, considérées comme des valorisations. Ainsi, les IVDI semblent répondre à une demande sociale et constituent une solution acceptable pour faire face à la diminution des capacités de stockage des déblais dont les quantités sont importantes et amenées à augmenter en Île-de-France tout en respectant les engagements européens de 70 % de valorisation des déchets inertes. Cependant, cette catégorie permettrait d’augmenter les taux de valorisation sans changer radicalement les pratiques existantes, notamment sans développer le recyclage ou le sur-cyclage des terres. Les entreprises et leurs représentants présentent les pratiques de stockage sous forme de merlons et d’exhaussement comme relevant de l’aménagement du territoire. Or, la distinction entre stockage et aménagement est souvent difficile à établir [9].
26Le fonctionnement du régime actuel contribue à structurer des groupes d’intérêt qui résistent à l’émergence de nouvelles formes de valorisation en renforçant la légitimité des pratiques en cours. Les catégories juridiques qui sont des manières de désigner les pratiques de gestion et de transformation des matières-déchets sont au centre des enjeux de transformation des modes de régulation du métabolisme des matières inertes (Garcier, Martinais, Rocher, 2017). Ces catégories sont mouvantes et leurs évolutions sont liées au contexte temporel. Dans le contexte de la construction du Grand Paris Express et des projets urbains associés, les pratiques semi-circulaires existantes sont présentées par les fédérations professionnelles des travaux publics et des carriers comme les seules filières permettant de gérer les quantités importantes de gravats et déblais produits. La maîtrise des techniques, la robustesse des circuits économiques et l’ancienneté des filières sont mises en avant. Les entreprises maîtrisant une part importante des matières-déchets inertes vont dans le sens d’un renforcement des pratiques semi-circulaires présentées comme les seules solutions proportionnées aux quantités, délégitimant ainsi les possibles alternatives et laissant peu de place à une réflexion plus systémique. Les catégorisations des matières inertes sont au cœur des enjeux de transformation du métabolisme. Elles constituent des formes de dépendance au sentier et des défis à relever pour les acteurs des niches.
La fabrique de nouveaux « espaces de ressources » au cœur des pratiques de niche
27Les niches désignent ici des pratiques favorisant une gestion des matières inertes allant dans le sens d’une plus grande circularité. Certaines visent à réintégrer les déchets inertes dans le cycle de la construction via l’intégration de granulats recyclés dans le béton, le développement de filières locales de réemploi-réutilisation ou le recyclage des terres excavées en matériaux de construction. D’autres développent des usages favorisant un retour au sol comme la création de sols fertiles et de parcs à partir de terres excavées (tableau 2). Leur degré de contestation du régime existant est variable mais elles participent toutes à l’émergence d’alternatives. Elles sont développées dans le cadre de procédures expérimentales comme les programmes de recherche (Recybéton et REPAR [10]), des appels à projet comme les Démonstrateurs Industriels pour la Ville Durable (Cycle Terre, Universeine) et des financements en subventions comme le Programme d’Investissement d’Avenir (Clos-Saint-Lazare, Cycle Terre…). Ces deux caractéristiques, degré de circularité et degré de contestation du régime, permettent de qualifier ces pratiques innovantes de niche au sens de la MLP, c’est-à-dire des « espaces protégés » où se développent des innovations porteuses de transformation pour le régime (Geels, 2002). Le terme « d’espace protégé » n’est pas compris ici comme synonyme d’espace isolé ou marginal mais plutôt comme espaces d’expérimentations soumis à des règles financières, juridiques et temporelles, différentes du cadre classique et interrogeant les modes de faire habituels (Bulkeley, Castàn Broto, 2013). Les niches repérées dans le tableau 2 montrent qu’il ne s’agit pas uniquement d’innovations technologiques transposables d’un lieu à un autre mais de dispositifs liés à des contextes territoriaux (Hodson, Marvin, 2010 ; Coenen, Truffer, 2012). L’espace est au cœur de la structuration de ces initiatives qui mettent en jeu de nouvelles représentations (Murphy, 2015) et configurations spatiales (Labussière, Nadaï, 2018). Cette partie s’appuie plus spécifiquement sur l’expérimentation Cycle Terre portée par la commune de Sevran et Grand Paris Aménagement.
Typologie de niches
Typologie de niches
Cycle Terre, une niche résultant de l’alignement d’intérêts multiples
28Les niches de pratiques circulaires forment des coalitions d’acteurs dont les intérêts s’alignent sous l’effet d’un contexte spécifique (Dormois, 2006). Cycle Terre est un bon exemple de cet alignement dans le contexte du Grand Paris Express et de l’émergence du référentiel de l’économie circulaire. Ces deux évolutions du paysage participent à donner une visibilité et une légitimité à des pratiques considérées comme marginales. Des experts de la terre crue, Amàco, Joly et Loiret, Craterre et AE&CC, souhaitant développer une filière de matériaux en terre crue à partir des déblais voient dans Cycle Terre l’opportunité d’amorcer cette filière et de rompre avec l’image de la terre comme matériau rural pour en faire un matériau urbain et contemporain [11]. Grand Paris Aménagement souhaite développer des filières qui permettront d’améliorer le bilan carbone de ses opérations et de limiter les coûts économiques et environnementaux de la mise en décharge des déblais [12]. De même, le promoteur Quartus est concerné par les évolutions de la règlementation carbone qui va intégrer l’énergie nécessaire à la fabrication des matériaux, rendant très pertinente l’utilisation de terre crue. Maître d’ouvrage du projet Manufacture des Eaux d’Ivry-sur-Seine partiellement construit en terre crue, il doit assurer l’approvisionnement en matériaux du futur chantier [13]. Enfin, pour Sevran, Cycle Terre est une opportunité de création d’emplois et de retournement de l’image négative de la ville qui fait écho au récit municipal. Stéphane Gatignon, ancien maire, conçoit Cycle Terre comme un trait d’union entre la mémoire industrielle sequano-dionysienne et l’émergence de nouvelles filières autour des éco-industries. Il voit dans l’économie circulaire l’opportunité de développer une « nouvelle industrie » [14]. Les Sevranais ont également une mémoire récente des nuisances causées par les circulations de camions de terre dans le contexte de la dépollution des sites industriels.
Ces différents intérêts s’alignent et conduisent au projet d’une fabrique de matériaux en terre crue dont l’innovation principale est la fabrication à partir de déblais et non plus à partir de terres de carrière. Cela implique tout d’abord de concevoir la production en fonction des ressources disponibles et non plus de sélectionner les ressources en fonction du process de fabrication, mais aussi de s’adapter aux contraintes règlementaires liées au statut de déchet des terres d’autre part. C’est donc la fabrique, avec ses lignes de production, son organisation logistique, son modèle économique et son intégration urbaine, qui constitue une niche.« Il y a un passif à Sevran sur la question des terres, parce qu’il y a quelques années, dans les années 90, l’usine Kodak a fermé […] et ils ont évacué cent mille tonnes de terre et c’est passé par les camions, par les quartiers, avec les gens évidemment qui se plaignaient des traces de camions partout. De la terre partout. »
La création d’un « espace de ressources » à la croisée de logiques spatiales, matérielles et politiques
29Dans les pratiques de niches identifiées, le gisement n’est plus un stock localisé et délimité mais des ressources « diffuses » et diluées dans les bâtiments en chantier et les terrains d’excavation (Labussière, Nadaï, 2018). Le stock de bâtiments et d’infrastructures est construit comme une ressource secondaire pour l’aménagement et la construction. Il ne s’agit pas de ressources homogènes mais hétérogènes et à la forte variabilité tant en termes de quantité que de qualité. Ainsi, pour caractériser ces ressources, nous préférons le terme d’« espace de ressources » emprunté à Labussière et Nadaï (2018) à celui de gisement. Cette expression souligne le fait qu’une ressource n’est pas qu’un ensemble de caractéristiques matérielles (quantité disponible, propriétés physiques) mais également un espace lié à des processus socio-économiques de maîtrise et d’utilisation des matières [15]. Dans le cas de Cycle Terre, la future fabrique est un dispositif de concentration des ressources diffuses constituées par les déblais des chantiers environnants et de transformation en matériaux pour la construction. L’« espace de ressources » est construit à la croisée entre des logiques matérielles – propriétés hygrométriques, granulométriques, mécaniques, sanitaires, colorimétriques des déblais – dépendant de connaissances ingénieriques et des logiques politiques et règlementaires. Initialement, le projet s’appuyait sur une ressource unique, les déblais des puits d’excavation des gares de Sevran-Beaudottes et de Sevran-Livry dans une logique de symbiose urbaine. Du fait des décalages temporels des chantiers de la Société du Grand Paris, cette synergie locale a été remise en question et les partenaires ont cherché d’autres sites pourvoyeurs de terre. L’« espace des ressources » s’est agrandi. Des chantiers environnants ont été associés au projet au gré des opportunités. Les partenaires du projet deviennent des prospecteurs de déblais en associant leurs projets annexes à « l’espace de ressources » de la future fabrique. Grand Paris Aménagement met ainsi à disposition un stock de déblais d’une de ses opérations en attente d’exutoire. De délaissé, il devient objet de mise en ressource. Des sondages sont réalisés pour caractériser ce stock et associer à cette matière un stock d’informations. Ces opérations de maîtrise des ressources provoquent néanmoins des interférences avec les modalités actuelles de gestion des matières.
30Cycle Terre montre la difficulté pour les partenaires à accéder aux déblais pour réaliser des tests malgré leur quantité abondante. Les déblais sont aujourd’hui des déchets, ce qui engage des procédures de traçabilité afin de limiter le risque juridique pour le maître d’ouvrage qui demeure propriétaire et responsable des terres jusqu’à leur élimination ou recyclage en produit. Ainsi, les carottages réalisés par la Société du Grand Paris ne peuvent pas être utilisés par Cycle Terre. Pour tester les propriétés mécaniques des déblais et adapter les machines aux caractéristiques des terres, les experts terre réalisent des tests destructifs qui mélangent la terre et la transforment. La formulation des matériaux ne peut reposer uniquement sur des études chiffrées de granulométrie et d’hygrométrie. Or, les carottages doivent rester intacts en cas de recours juridiques contre le maître d’ouvrage : ils ont valeur de preuves [16]. L’accès aux déblais est donc négocié en permanence à la fois avec les maîtres d’ouvrage et les entreprises de terrassement qui les gèrent pour obtenir, par exemple, la réalisation d’un carottage supplémentaire. La mise en ressource interfère également avec des logiques politiques qui contribuent à dessiner l’espace de ressource. Par exemple, plusieurs chantiers d’excavation dans les communes voisines de Sevran sont repérés comme potentiellement fournisseurs de terre : le phasage des chantiers est compatible avec celui de la fabrique. Cependant, la question de leur association est posée quand ils se situent dans les communes qui constituent des rivales politiques. Cet exemple montre la manière dont s’entremêlent des enjeux règlementaires, politiques et économiques liés aux imbrications entre matière, espace et usages.
31Enfin, l’« espace de ressources » que construit la fabrique n’est pas fixe mais variable dans le temps. Des scénarios d’approvisionnement de la fabrique distinguant différentes phases sont élaborés. La fabrique pourra accueillir des déblais en s’adaptant au rythme et aux types de chantiers d’excavation : il est prévu qu’elle débute avec des déblais de projets urbains des communes voisines avant d’accueillir les déblais des gares du Grand Paris [17]. Les « espaces de ressources » qui se constituent sont des espaces à géométrie variable et soumis à négociations entre les parties prenantes des différents sites urbains impliqués. Ils sont en permanence redessinés en fonction de processus socio-économiques et temporels dépendants des phasages de chaque opération.
Conclusion
32L’étude du passage d’un métabolisme linéaire à un métabolisme circulaire des matières inertes issues du bâtiment et des travaux publics est souvent réduite à l’identification de freins techniques et réglementaires présentés comme des obstacles à lever les uns après les autres. L’analyse multiniveaux met en évidence les enjeux systémiques des transitions en montrant comment différents éléments sont reliés les uns aux autres au sein d’un régime. En reliant ces éléments de manière dynamique, elle permet de dégager des facteurs de changement et de stabilité du régime. En la transposant au métabolisme des matières inertes en Île-de-France, l’article a permis de dégager des facteurs externes de transformation du métabolisme comme les surplus de déblais générés par la construction du Grand Paris et d’identifier des éléments de déstabilisation du régime tels que la distribution spatiale inégale de l’infrastructure de gestion des déchets inertes. Ces éléments de déstabilisation du régime conduisent à des recompositions des filières économiques de gestion des déchets inertes du BTP qui vont actuellement plutôt dans le sens d’un renforcement du régime. Néanmoins, ils facilitent la structuration d’expérimentations de niches qui explorent des reconfigurations alternatives de la gestion des matières.
33Le croisement de l’approche multiniveau et de perspectives territoriales issues de l’écologie politique, de la géographie humaine et économique met en évidence les recompositions spatiales au cœur des transitions. L’espace joue un rôle important dans la transformation vers des métabolismes plus circulaires à la fois comme vecteur d’inertie comme en témoigne l’ancrage des pratiques semi-circulaires, mais aussi comme vecteur de changement à tous les niveaux de la MLP. Dans l’analyse multiniveaux, les niches sont constituées de nouveaux réseaux d’acteurs qui expérimentent des pratiques innovantes. Nous montrons que ces réseaux d’acteurs s’incarnent dans des espaces. Ils forment de nouveaux « espaces de ressources » qui associent divers lieux en un espace de circulation et de transformation des matières inertes. En outre, nos exemples montrent que les niches rassemblent des acteurs qui s’inscrivent dans des échelles différentes allant du local au national et sont ainsi porteuses de potentiel de reconfiguration du régime. Le croisement des approches multiniveaux et géographiques fournit ainsi des pistes pour interroger les modes de diffusion des niches à la fois en termes de diffusion spatiale et de diffusion au sein du régime.
Remerciements
Je tiens à remercier les deux relecteurs anonymes pour la richesse et la précision de leurs commentaires ainsi qu’Éric Verdeil pour ses conseils et relectures lors des précédentes versions.Cette recherche bénéficie du financement d’un fonds européen FEDER Urban Innovative Action pour le projet Cycle Terre. Cet article n’engage que la responsabilité de l’auteure.
Bibliographie
- Augiseau V., 2017, La dimension matérielle de l’urbanisation. Flux et stocks de matériaux de construction en Île-de-France, Thèse de doctorat : Géographie et Aménagement, sous la direction de Sabine Barles, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
- Augiseau V., Barles S., 2017, Studying construction materials flows and stock: A review, Resources, Conservation and Recycling, 123, p. 153-164.
- Bahers J.-B., Capurso I., Gossart C., 2015, Réseaux et environnement : regards croisés sur les filières de gestion des Déchets d’Equipements Electriques et Electroniques à Toulouse et à Milan, Flux, 2015/1 (N° 99), p. 32-46. DOI: 10.3917/flux.099.0032
- Barles S., 2008, Comprendre et maîtriser le métabolisme urbain et l’empreinte écologique des villes, Responsabilité et environnement, n° 52, p. 21-26. DOI : 10.3917/re.052.0021
- Bridge G., Bouzarovski S., Bradshaw M., Eyre N., 2013, Geographies of Energy Transition : Space, Place and the low-carbon economy, Energy Policy, n° 53, p. 331-340. DOI: 10.1016/j.enpol.2012.10.066
- Bulkeley H., Castàn Broto V., 2013, Governing by experiment? Global Cities and the governing of climate change, Transactions of the Institute of British Geographers, n° 38 (3), p. 361-375. DOI : 10.1111/j.1475-5661.2012.00535.x
- Coenen L., Truffer B., 2012, Places and Spaces of Sustainability Transitions: Geographical Contributions to an Emerging Research and Policy Field, European Planning Studies, n° 20 (3), p. 367-374. DOI : 10.1080/09654313.2012.651802
- Conseil régional d’Île-de-France, juin 2015, Plan Régional de Prévention et de Gestion des Déchets issus du bâtiment et des travaux publics.
- Dormois R., 2006, Structurer une capacité politique à l’échelle urbaine. Les dynamiques de planification à Nantes et à Rennes (1977-2001), Revue française de sciences politiques, n° 56, p. 837-867.
- DRIEE (Direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie), IAU Île-de-France (Institut d’Aménagement et d’Urbanisme d’Île-de-France), Unicem (Union Nationale des Industries de Carrière et des Matériaux de construction), 2017, Granulats en Île-de-France : panorama régional.
- EPEES, 2000, L’événement spatial, L’espace géographique, n° 29-3, p. 193-199.
- Ernst L., de Graaf-Van Dinther R. E., Peek G. J. et Loorbach D. A., 2016, Sustainable urban transformation and sustainability transitions: conceptual framework and case study, Journal of cleaner production, n° 112, p. 2988-2991.
- Garcier R., Martinais E., Rocher L., 2017, Désigner, mesurer, réguler : la mise en politique des flux et circulations, Géocarrefour, n° 91/3 [En ligne] mis en ligne le 10 janvier 2018, consulté le 29 mai 2019. URL : http://journals.openedition.org/geocarrefour/10362
- Geels F., 2002, Technological transitions as evolutionary reconfiguration processes: a multi-level perspective and a case-study, Research Policy, n° 31, p. 1257-1274. DOI: 10.1016/S0048-7333(02)00062-8
- Geels F., 2004, From sectoral systems of innovation to socio-technical systems. Insights about dynamics and change from sociology and institutional theory, Research Policy, n° 33, p. 897-920. DOI: 10.1016/j.respol.2004.01.015
- Geels F., Schot J., 2007, Typology of Sociotechnical Transition Pathways, Research Policy, n° 36, p. 399-417. DOI: 10.1016/j.respol.2007.01.003
- Hodson M., Marvin S., 2010, Can cities shape sociotechnical transitions and how would we know if they were?, Research Policy, n° 39, p. 477-485. DOI : 10.1016/j.respol. 2010.01.020
- Hodson M., Marvin S., 2009, Cities Mediating Technological Transitions : Understanding Visions, Intermediation and Consequences, Technology Analysis and Strategic Management, n° 21, p. 515-534. DOI: 10.1080/09537320902819213
- Hodson M., Marvin S., Robinson B., Swilling M., 2012, Reshaping Urban Infrastructure: Material Flow Analysis and Transitions Analysis in an Urban Context, Journal of Industrial Ecology, n° 16-6, p. 789-800. DOI: 10.1111/j.1530-9290.2012.00559.x
- Jaglin S., Verdeil É., 2013, Énergie et villes des pays émergents : des transitions en question. Introduction, Flux, 2013/3-4 (N° 93-94), p. 7-18. DOI: 10.3917/flux.093.0007
- Juwet G., Ryckewaert M., 2018, Energy Transition in the Nebular City: Connecting Transition Thinking, Metabolism Studies, and Urban Design, Sustainability, 10 (4), 955 (10), p. 1-20. DOI: 10.3390/su10040955
- Labussière O., Nadaï A. (Eds.), 2018, Energy Transitions: A Socio-technical Inquiry, Cham (CH): Palgrave McMillan. DOI: 10.1007/978-3-319-77025-3
- Lamine C., 2012, « Changer de système » : une analyse des transitions vers l’agriculture biologique à l’échelle des systèmes agri-alimentaires territoriaux, Terrains et Travaux, 2012/1 (n° 20), p. 139-156.
- Lawhon M., Murphy J.T., 2011, Socio-technical regimes and sustainability transitions: Insights from political ecology, Progress in Human Geography, n° 36 (3), p. 354-378.
- Lehoucq R., 2018, Un monde bâti sur du sable, Le Monde, paru le 06 juin 2018.
- Loorbach D., 2007, Transition Management for Sustainable Development: A prescriptive, Complexity-based Governance Framework, Governance, n° 23 (1), p. 161-183.
- Loorbach D., Rotmans J., 2010, The Practice of Transition Management: Examples and Lessons from four distinct cases, Futures, n° 42 (3), p. 237-246.
- Mongeard L., 2017, De la démolition à la production de graves recyclées : analyse des logiques de proximité d’une filière dans l’agglomération lyonnaise, Flux, 2017/2 (N° 108), p. 64-79. DOI: 10.3917/flux1.108.0064
- Muller P., 2005, Esquisse d’une théorie du changement dans l’action publique. Structures, acteurs et cadres cognitifs, Revue française de sciences politiques, n° 55, p. 155-187.
- Murphy J. T., 2015, Human geography and socio-technical transition studies: Promising intersections, Environmental Innovation and Societal Transitions, n° 17, p. 73-91.
- ORDIF, 2017, Tableau de bord des déchets franciliens, 51 p. [En ligne] Disponible à l’adresse : http://www.ordif.com/sites/ordif/files/document/publication/tableaubord2017_0.pdf (consulté le 6 juin 2018)
- Raven R., Schot J., Berkhout F., 2012, Space and scale in socio-technical transition, Environmental Innovation and Societal Transitions, n° 4, p. 63-78.
- Rutherford J., Coutard O., 2014, Urban Energy Transitions: Places, Processes and Politics of Socio-technical Change, Urban Studies, n° 51 (7), p. 1353-1377.
- Société du Grand Paris, 2017, Schéma de gestion et de valorisation des déblais.
Mots-clés éditeurs : déchets de construction, économie circulaire, MLP, transition sociotechnique
Cet article est accessible en accès ouvert dans le cadre de notre modèle Souscrire Pour Ouvrir.
Date de mise en ligne : 28/01/2020
https://doi.org/10.3917/flux1.116.0042