De la capitale du froid aux « centres de la France »
Pages 645 à 656
Citer cet article
- MONFERRAN, Jean-Christophe
- et DE LA SOUDIÈRE, Martin,
- Monferran, Jean-Christophe.
- et al.
- Monferran, J.-C.
- et De La Soudière, M.
https://doi.org/10.3917/ethn.164.0645
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- Monferran, J.-C.
- et De La Soudière, M.
- Monferran, Jean-Christophe.
- et al.
- MONFERRAN, Jean-Christophe
- et DE LA SOUDIÈRE, Martin,
https://doi.org/10.3917/ethn.164.0645
Notes
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[1]
Et l’auteur de proposer comme exemple‑type l’Ardenne.
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[2]
Non plus sur voie « normale », mais sur une ligne de train à crémaillère à voie étroite, la voie ferrée la plus haute du pays est celle qui relie Saint‑Gervais au pied du Mont‑Blanc : elle atteint 2 372 mètres (« Haute‑Savoie : la ligne la plus haute de France », Télérama, 7 octobre 2015).
-
[3]
Quittons la France : avec ses 400 habitants, la ville de Durby en Belgique se targue d’être la plus petite ville du monde (commune avec des institutions réellement urbaines, et donc un statut de « ville »).
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[4]
Voir aussi : TGV Magazine, décembre 2014, « Comment vit‑on dans des villes où les conditions climatiques sont hors normes ? ».
-
[5]
Libération, octobre 2015, « Padirac. Haut‑fond du gouffre ».
-
[6]
On entre là dans la problématique de l’excellence – tantôt singularité, tantôt exemplarité – des classements au Patrimoine mondial de l’Unesco. Voir Briffaud et Brochot, 2010. Voir. aussi, important pour la présente réflexion, Micoud, 1991.
-
[7]
Voir la contribution de Véronique Moulinié dans ce numéro.
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[8]
Chanson écrite en 1962 par Pierre Perrin, un chauffeur de taxi, et chantée par Bourvil.
-
[9]
« T’as voulu voir Vesoul, et on a vu Vierzon… comme toujours ».
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[10]
Ou encore la source d’un fleuve : voir La Soudière, 1995.
-
[11]
Ce point est situé entre Mende et Langogne, à 1 264 mètres d’altitude. Un simple poteau de granit (le lieu s’appelle le col de la Pierre plantée) a été enfoncé là il y a longtemps, mais un projet d’installation d’un monument plus imposant est à l’étude.
-
[12]
Par exemple, renseignement pris, Saint‑Véran est en réalité surclassé par la commune de Juf en Suisse (2 133 m) et, en Italie, par celle de Trepalie (2 069 m) !
-
[13]
Ces extraits de textes d’Elisée Reclus ont été recueillis et présentés par Marie‑Claire Robic [Robic, 1991 : 316] en vue d’éclairer deux des thèmes de l’ouvrage cité : celui de l’homme moyen et celui du centre d’un territoire.
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[14]
Parole d’habitant de Bruère‑Allichamps tiré du reportage Le maire, le centre et l’ingénieur, 13 min, Cité des sciences et de l’industrie, 1996, réalisation Jean‑Christophe Monferran dont sont tirées aussi la plupart des paroles recueillies auprès des habitants à cette époque. Jean‑Christophe Monferran a effectué en 2015 une enquête complémentaire qui lui a permis de recueillir d’autres discours
-
[15]
La commune voisine a son grand homme : Alain Fournier. C’est sur la commune d’Épineuil‑le‑Fleuriel que se trouve l’école décrite par lui dans Le Grand Meaulnes.
-
[16]
Récemment rebaptisé Institut national de l’information géographique et forestière.
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[17]
Jean‑Georges Affholder, géographe à l’ign signalait [Affholder, 1991: 338] au delà de son rôle de spécialiste des calculs, une polémique relayée par les journaux Le Monde, La vie du Rail et aussi le Matin de Paris le 23 août 1984 sous la plume de Jean‑Paul Kaufmann « Claude Parent qui a travaillé avec Le Corbusier veut construire à Bruère un nombril, un monument de 200 mètres de long sur quarante de large, représentant le ventre d’une femme. Au centre de la sculpture, une rampe ombilicale s’inclinera en pente douce vers les entrailles de la France ». En 1992, c’est un pont à haubans enjambant l’A71 pour accéder à l’aire de repos du « centre de la France » qui sera construit par l’aménageur, dénommé à Bruère le « Centroscope ».
1 Il y a les hauts lieux, connus et reconnus – à juste titre – pour leur excellence patrimoniale, culturelle ou historique, dont les châteaux dits cathares sont un exemple. Et puis il y en a d’autres, consacrés eux aussi, mais par une simple mesure, un calcul (un point « coté » comme disent les cartographes et les géomètres, des « coordonnées géographiques », etc.) d’altitude, de température ou autre caractéristique. Par un chiffre, donc, qui à la fois fait preuve et autorité. Nous les appellerons ici des « capitales géographiques », hauts lieux de notre géographie scolaire, mais aussi de nos voyages et de nos rencontres avec le territoire. Disons Mouthe, dans le Haut‑Doubs, capitale française du froid, ou bien les « centres de la France ». Tout oppose ces deux catégories de hauts lieux, la seconde faisant petite mine face à la première. Pour celle‑ci en effet, pas de récit d’origine, nous ne sommes pas dans la famille des « paysages‑histoire » chers à Julien Gracq, « qui ne s’achèvent réellement pour l’œil, ne s’individualisent, et parfois même ne deviennent distincts, qu’en fonction d’un épisode historique, marquant ou tragique, qui les a singularisés, les faisant sortir une fois pour toutes de l’indistinction, en même temps qu’il les a consacrés » [1] [Gracq, 1992 : 93]. Avec le cas des capitales géographiques, dont la notoriété provient d’un calcul, d’une mesure, ce n’est plus « l’événement » qui fait le lieu, mais l’inverse : un « lieu », qui, avec comme lettres de noblesse ses seules qualités géographiques, « fait » événement. Certes, les lieux ressortissant à cette catégorie sont identifiés et déclinent une notoriété, mais sur un mode mineur – pour reprendre la terminologie de l’ethnologue Albert Piette [1992]. Ce voyage en géographie que nous proposons ici permettra d’analyser les raisons du succès et de la reconnaissance de ce type de capitales, à bien des égards atypiques.
Capitales de…
2 Port‑Racine, dans la Manche, le « plus petit port de France », telle Valleuse en pays de Caux, réputée « le fleuve le plus court de France », etc. : la liste est longue de ces affichages fièrement annoncés à l’entrée des communes ou clairement mentionnés sur les brochures touristiques.
Dans la famille des capitales géographiques, je demande…
3 Pour commencer, on peut les classer par caractéristiques géographiques, par familles ou par critères d’excellence. L’orographie (relief, altitude) suffit à asseoir une notoriété, l’élévation, la hauteur, on le sait, valant ascension sociale. Vient aussitôt à l’esprit Saint‑Véran dans les Hautes‑Alpes, la commune la plus haute de France (et même d’Europe) avec ses 2 042 mètres d’altitude ; et puis, exemple moins revendiqué, Briançon, la commune urbaine la plus élevée de notre pays. En Lozère, depuis ses 1 290 mètres, Châteauneuf‑de‑Randon s’enorgueillit d’être le chef‑lieu de commune rural bénéficiant de la même particularité. Restons sur ces montagnes : à 1 350 mètres, en Haute‑Loire, la commune des Estables est fière de son titre de plus haut chef‑lieu de commune de tout le Massif central, tandis que non loin de là, sur un panneau routier, sous la mention indiquant Lachamp‑Raphaël, on peut lire, bien visible, cette affirmation : « Commune la plus élevée de l’Ardèche ». Dans les Hautes-Alpes, quant à lui, le col de la Bonnette (dit aussi de Restefond) se targue, comme l’indique le panneau situé à son pied, d’être le plus haut col routier (donc goudronné) d’Europe – record contesté par un autre col autrichien et un autre en Espagne dans la Sierra Nevada. Il n’y a pas que sur les routes que nous sont annoncés des records, mais aussi sur le réseau ferroviaire. Ainsi dans les Pyrénées‑Orientales, non loin de Font‑Romeu, sur la ligne dite du « Train jaune », peut‑on lire sur un grand panneau, en lettres rouges sur fond jaune : « Touristes ! Vous êtes à Bolquière. Dans la gare sncf la plus haute de France [2]. Altitude 1 593 m ». Plus modeste, a même été repéré le « village littoral le plus élevé d’Europe » : Sainte‑Agnès dans les Alpes‑Maritimes.
4 La hauteur fait donc sens. La longueur également, par exemple celle de la Loire, dont on rappelle à l’envi qu’elle est le plus long fleuve de France. Mais, s’il y a les must, les « plus », il y a aussi les « moins », la minoration produisant son effet : ainsi en est‑il du fleuve le plus court de la France : la Veules (commune de Veules‑les‑roses, en Seine‑Maritime), longue de… 1 194 mètres. Ou le plus petit port méridional de France : Port‑Verdres [3].
5 Avec le « temps qu’il fait », les statisticiens et autres mesureurs s’en donnent à cœur joie, les records étant en effet légion depuis que l’on possède des séries météo statistiques. Faisons souffler le froid et le chaud. L’ensoleillement est très fréquemment revendiqué par les offices de tourisme qui rivalisent entre eux, c’est à qui sera le plus favorisé par le soleil : Gap ? Briançon ? Nice ? Toulon ? Montlouis ? Toutes ces stations météo partagent en tout cas des records : bénéficiant de 3 000 à 3 500 heures d’ensoleillement annuel, leur ciel disqualifie a contrario celui du Nord et de la Picardie (1 500 heures). La ville la « plus chaude » est sans conteste Toulouse, avec son record historique de + 44 degrés C. le 8 août 1923. (Mais le revendique‑t‑elle ?) Cependant, paradoxe : incarner le « froid » aussi peut s’avérer attractif, ou comment, du stigmate à l’emblème, s’inversent des réputations [Hanus et Hanus, 2016]. L’exemple de la capitale française du froid en fournit le parfait exemple, qui mentionne cette « qualité » sur la flamme postale imprimée sur les lettres envoyées de la ville : Mouthe, dans le Haut‑Doubs (moins 36,7 degrés, relevés le 13 janvier 1968), presque chaque hiver, fait la une des journaux nationaux avides de reportages à sensation : comment vit‑on dans cette Sibérie française [4] ? Rappelons cependant que non loin de là, dans le Jura suisse, la commune de La Brévine est considérée elle aussi comme une petite Sibérie. Mentionnons aussi que l’on est loin du record mondial absolu, enregistré, du froid : moins 77,8 degrés à Oimiakon, en Yacoutie, réputée « pôle mondial du froid », dans la Sibérie nord‑orientale.
À qui profitent les records géographiques ?
6 Nous venons de le dire, c’est autant par défaut que par excès que ces capitales se distinguent. Car, tout est là : que ce soit sur le mode mélioratif ou sur celui de la minoration, l’important pour un lieu, une commune, ou une petite région, est avant tout de se singulariser. On le sait, dans la concurrence et la course contemporaines à la notoriété, pour attirer le curieux, voyageur ou touriste, tout groupe social local, toute collectivité territoriale, a besoin d’être repéré, distingué des autres, identifié, de sortir de l’anonymat ou de la « moyenneté ». Et cela par tous les moyens : création d’un festival, mais nécessairement unique, comme par exemple Aurillac, avec son « festival de rue », ou bien encore le gouffre de Padirac dans le Lot, présenté dans sa brochure touristique comme le « premier site du patrimoine souterrain français » [5]. L’unicité dit la rareté, l’exemplarité, que sert la mise en scène d’une production, singulière, qu’on est seul à fabriquer : à Laguiole, en Aveyron, les célèbres couteaux ; en Armagnac, dans le Gers, une eau‑de‑vie ; à Bouzigues, les huîtres, etc. Aujourd’hui, avec le vin [Briffaud et Brochot, 2010], le phénomène prend une ampleur sans précédent [6]. Mais cela passe aussi par la création d’un slogan ou la réinvention – parfois l’invention pure et simple – d’un nom de région – de ce qu’on pourrait appeler un « régionyme » [La Soudière, 2004], comme il est des toponymes. Même la dérision ou la condescendance peuvent décider de la notoriété et faire la réputation d’un lieu [7], si l’on pense à ces modestes cités, Maubeuge, Vierzon et Vesoul chantées et immortalisées, la première par la chanson de Bourvil (Tout ça ne vaut pas un clair de lune à Maubeuge) [8], les autres par celle de Jacques Brel (Vesoul) [9].
7 Dans cette palette d’arguments disponibles, la géographie fait elle aussi parfaitement, l’affaire, et avec elle l’unicité de tel ou tel lieu, sa « typicité » comme on dit des produits de terroir, comme le sont par exemple ces simples points cotés portés sur les cartes mais qui fascinent : les lignes de partage des eaux notamment [10]. Nous sommes en Margeride : dans La Lozère nouvelle (numéro du 17 septembre 2010), nous pouvons lire : « La Lozère, “toit de la France” »… Si le plus haut se trouve à la cime des Alpes, et bien d’autres dans les Pyrénées, le Jura ou l’Auvergne, le plus typique et le plus parfait est celui à trois pentes posé sur la Lozère aux limites des territoires d’Allenc, Laubert, Gourgons et Montbel. Là, les eaux se partagent vers trois grandes rivières en empruntant des ruisseaux : vers le nord, la Boutaresse se déverse dans la Loire et l’océan Atlantique ; vers le levant, l’eau traverse la plaine de Montbel pour rejoindre le Chassezac qui se déverse dans la Méditerranée ; et au sud, l’Escalanède ramasse l’eau vers le Lot puis la Garonne et l’Océan [11].
8 Il faudrait prendre le temps de s’assurer de la véracité de ces mesures, vérifier si ces records météorologiques ou géographiques sont réellement fondés, avérés, mérités, ou au contraire usurpés [12]. Nous verrons plus loin, avec les centres de la France, que nombreux sont ceux qui s’emploient à le prouver. Il y a donc là un enjeu. Prenons encore un instant le cas de Mouthe. Pôle du froid ? dit‑on… Mais, à enquêter sur place, on apprend que dans un village proche (Saint‑Pierre, près de Saint‑Laurent‑en‑Grandvaux), il fait plus froid encore. Par ailleurs, c’est en réalité l’emplacement défavorable de la station météo de la commune de Mouthe, et non la situation géographique de la petite région qui l’entoure, qui fait descendre le thermomètre aussi bas !
9 L’histoire de la construction sociale de ces (petites) notoriétés géographiques est le produit croisé et convergent de vecteurs les plus variés, offices de tourisme et guides touristiques au premier chef (ou encore cartes postales), mais également radio et télévision qui, d’émission en émission, concourent efficacement à la médiatisation de ces capitales. Pensons à l’émission de radio déjà ancienne « Bonjour Monsieur le Maire », animée par Pierre Bonte, qui a fait beaucoup pour ces promotions de villages qui sans lui seraient demeurés obscurs. De nos jours, une émission de télévision culte, « Le village préféré des Français », présentée par Stéphane Bern, élit chaque année un lauréat avec la complicité, vote à l’appui, des téléspectateurs – en 2014 ce fut Saint‑Cirq‑Lapopie, dans le Lot.
10 Comment les habitants de ces petites capitales géographiques réagissent‑ils à la mise en exergue de leur localité, à sa promotion ? Reprenons le cas de Mouthe : paradoxalement, après avoir durant des années mentionné son record hivernal sur la flamme postale de son bureau de poste, la municipalité l’a récemment supprimé ! Acceptation, indifférence, ignorance, ou au contraire revendication ? Chaque cas est différent. Mais toujours la magie du chiffre est prête à opérer, comme l’indique le cas du sommet de la Belgique. Sur les Hautes‑Fagnes (province de Liège), en effet, le Signal de Botrange ne culmine… qu’à 694 mètres – 694,362 mètres exactement. Aussi y a‑t‑on construit successivement, dès 1923, une butte en terre (dite « butte Baltia »), qui, grâce à ses six mètres supplémentaires, permet, comme on l’indique au visiteur, de parvenir à… 700 mètres d’altitude, puis, en 1934, une tour qui culmine, elle, à 718 mètres !
Les « centres de la France ». Récit
11 Quelle commune est le véritable « centre de la France » ? La question taraudait les historiens et géographes avant d’intéresser les habitants et élus des communes concernées et plus largement la presse, aussi bien locale que nationale. Car parler du centre de la France suppose qu’il ne peut y en avoir qu’un. Ce faisant, en tant que centre, aucune des localités concernées ne prétend être capitale. La relation entre capitularité et centralité a néanmoins été débattue au sujet de Bourges, une ville particulièrement bien placée au centre sur l’Hexagone. Selon Élisée Reclus [13], géographe anarchiste, « [c]’est en même temps à l’appel de la guerre et à l’attraction pacifique des pays du Nord et de l’Est que Paris doit sa position tout à fait excentrique dans le grand corps national. Bourges, qui occupe le centre géométrique du pays, et que pour cette raison des hommes à courte vue ont proposée comme chef‑lieu de la France, n’a pu jamais être sérieusement prise pour capitale » [Reclus, 1877 : 6‑8]. Un peu plus tôt (1833), Michelet affirmait de son côté :
Pour trouver le centre de la France, le noyau autour duquel tout devrait s’agréger, il ne faut pas prendre le point central dans l’espace ; ce serait Bourges, vers le Bourbonnais, berceau de la dynastie ; il ne faut pas chercher la principale séparation des eaux […] c’est un centre excentrique, qui dérive […] il se caractérise selon la vérité par le nom d’Île de France [Michelet, 1934 : 83].
13 Si latitude et longitude ne décident que du centre, et non de la capitale, contrairement à l’Histoire, reste que l’on n’en finit pas, depuis deux siècles, d’identifier un ou des « centres de la France ». Ceux‑ci sont situés globalement au sud de Bourges, à l’ouest de Montluçon, éloignés les uns des autres de 40 km au maximum. On peut les regrouper en deux zones : une première dans le département du Cher, autour de la ville de Saint‑Amand‑Montrond, avec Bruère‑ Allichamps au nord sur la route de Bourges et au sud Saulzais‑le‑Potier et Vesdun qui jouxtent Épineuil‑le‑Fleuriel et une seconde à une quinzaine de kilomètres vers l’est, dans le département de l’Allier cette fois, autour de Vallon – en‑Sully ; là, les communes concernées sont Chazemais, Nassigny, Audes. Ceux qui tour à tour se lancent dans les calculs des coordonnées ne peuvent ignorer les recherches de leurs prédécesseurs et s’intéressent tout autant aux résultats obtenus qu’aux méthodes y ayant présidé, soit pour les réfuter dès lors qu’ils se risquent à défendre une nouvelle hypothèse, soit au contraire pour légitimer leurs propres opérations quand celles‑ci confirment une conclusion plus ancienne. À quoi riment ces calculs et les débats auxquels ils donnent lieu ? Reprenons les sources citées et les commentaires qui en sont faits.
1830 : Vesdun, une première qualification ?
14 Située dans le Cher, au sud‑est de Bourges, Vesdun est encore aujourd’hui considérée comme un centre de la France, Bruère‑Allichamps affirmant pour sa part avoir une réelle antériorité. Pourtant, dès 1830, un érudit local à la recherche de coutumes berrichonnes, Pierre Vermond, écrit : « Je partis donc à pied de Saint‑Amand, après avoir expédié mes effets pour Vervaulx, et je me dirigeai sur Saulzais‑le‑ Pottier, en passant par la Roche, Treize‑Bled, Petit‑ Bord et Grand‑Bord. J’y arrivai le soir par des prés fleuris, coupés de nombreux ruisseaux. Le lendemain le paysage changea entièrement : j’entrai dans de longues plaines de bruyères qui me conduisirent jusqu’à Vesdun, petit hameau situé sur une montagne, et que l’on note dans les cartes modernes comme le point milieu de la France » [Vermond, 1830 : 44].
Paroles de géographes
15 C’est alors qu’interviennent les deux géographes Adolphe Joanne et son fils Paul. Le premier avait été embauché en 1850 par la librairie Hachette pour créer des guides de voyage [Morlier, 2011 : 4] destinés à accompagner l’ouverture des lignes de chemins de fer et, plus généralement, les voyageurs dans leur découverte de la France. Il est surtout connu pour avoir créé les Guides Joanne devenus au xx esiècle les Guides bleus. Dans celui consacré au département du Cher, on trouve dès les premières lignes :
Le département du Cher est situé dans la région centrale de la France (le centre géométrique de la France, autant qu’on peut en déterminer un, se trouve près de Saint‑Amand, à Bruère), entre 46°25’ S6’’ et 47° 57’ 50’’ de latitude, et entre 0°44’ 30’’ de longitude est et 0°34’ de longitude ouest [Joanne, 1880 : 2].
17 Quelques années plus tard son fils, poursuivant l’édition commandée à son père de l’imposante encyclopédie des communes de France, cite un autre point remarquable, la tour Malakoff, sur la commune de Saint‑Amand‑Montrond :
Saint‑Amand‑Montrond, 8 475 ha A 4 k. N. E., sur le rebord d’un plateau dominant la Marmande, à 314 m d’alt., tour Malakoff, moderne, d’où on jouit d’une vue magnifique, et qui était regardée, avant la perte de l’Alsace‑Lorraine, comme le centre géométrique de la France [Joanne, 1890‑1905 : 4034].
19 C’est ensuite sous la plume d’Onésime Reclus, le frère d’Élisée Reclus, qu’on retrouve la tour Malakoff au lieu‑dit Le Belvédère. Il décrit la France comme « Le plus beau royaume sous le ciel » en 1899 et signale lui aussi que « [a]vant la venue de la Savoie, avant le départ de l’Alsace‑Lorraine, la colline de la tour Malakoff passait pour le centre de la France, et elle est encore à peu près telle ». Et s’il ajoute dans le même paragraphe qu’« [i]l est vrai que le cyclone de 1870 nous a subitement enlevé un lambeau de nous‑mêmes, devenu province allemande sous le nom d’Alsace‑Lorraine ; cette chair de notre chair nous était précieuse, l’amputation, presque mortelle, a laissé de vives douleurs », il ne se résout pas à concevoir le centre d’une France sans l’Alsace‑Lorraine [Reclus, 1899].
Le temps des ingénieurs
20 Dans le Larousse mensuel illustré, revue encyclopédique universelle (juillet 1923), le Professeur E. Bouant rédige un article intitulé « Détermination de la position du centre de la France » dans lequel il s’attache en premier lieu à montrer que les centres de Bruère ainsi que le site de Saint‑Amand du Belvédère sont simplement issus de croyances berrichonnes [Bouant, 1923 : 174] :
Quant à l’imposante tour Malakoff, dont la hauteur est de 20 m, de diamètre de 8, elle fut élevée par le duc de Mortemart, en l’honneur du plus glorieux fait d’armes de la guerre de Crimée, en 1855 […] il n’y a donc pas plus de raison sérieuse de situer le centre de la France à la tour Malakoff qu’à la borne milliaire de Bruère.
22 Disqualifiant ses prédécesseurs, il prône le recours à des calculs « scientifiques ». Il démontre d’abord que le centre de la France est le centre de la carte de la France et que le centre de la carte, c’est le centre de gravité de la carte. Selon la méthode qu’il emploie (coller la carte sur un support en carton homogène, suspendre le tout à un fil d’abord placé à Lille, tracer la droite, faire la même chose depuis Bordeaux), l’intersection donne le centre… à Saulzais‑le‑Potier (Cher).
Au nom de la tradition
23 C’est une nouvelle fois dans le cadre du développement du tourisme qu’est promu Bruère‑Allichamps comme centre de la France. Le Touring Club de France, créé en 1890, a pour vocation d’encourager le cyclo‑tourisme et il finance notamment divers aménagements, comme des tables d’orientation ou des panneaux de signalisation routière. Cette ponctuation du paysage passe nécessairement par l’indication des sites remarquables. Le 28 mai 1950, le Touring Club de France pose une plaque à Bruère‑Allichamps sur un monument surmonté d’un drapeau, placé au beau milieu de la route nationale qui traverse le village et y inscrit la mention suivante : « La tradition désigne ce monument comme centre de la France ».
24 Cette colonne a une histoire, portée sur la même plaque. Il s’agit d’une borne milliaire du iii esiècle, transformée en sarcophage et finalement érigée en 1799 au milieu du village. Aux yeux du Pr. E. Bouant, l’histoire, parce que sans rapport avec la tradition, en invaliderait le bien‑fondé :
Il ne faut donc nullement ajouter foi à la croyance qui en fait le centre de la France. Il n’y a là qu’une légende, qui a pris naissance dans l’imagination populaire. En faisant placer cette borne‑là où nous la voyons le duc de Charost a voulu simplement établir dans son emplacement primitif un curieux vestige de l’époque romaine [Larousse mensuel illustré, juillet 1923].
26 Quoi qu’il en soit, cette plaque inscrit dans le marbre, pourrait‑on dire, le fait que Bruère soit désigné comme centre de la France, ne serait‑ce que par tradition. Et l’on entend encore aujourd’hui : « D’ailleurs nous sommes les premiers à avoir parlé de centre de la France, après, sont venus se brancher d’autres, avec leurs raisons, leurs documents scientifiques si vous voulez… » [Monferran, 1996] [14].
Les calculs du général
27 Les calculs qui suivent remettent sur le devant de la scène les deux communes de Saulzais‑le‑Potier et Vesdun dans le Cher et en amènent de nouvelles, plus à l’est, dans l’Allier, en proposant désormais deux déterminations, un centre de la France continentale d’une part, et un second avec la Corse et les îles côtières de l’autre. Cette nouvelle approche revient au général Gérin en 1957. En 1966, cette même démarche est reprise par Georges Dumont, ingénieur des mines, qui dans un document publié dans le bulletin d’information des maires compare ses propres calculs à ceux du général Gérin. Il se félicite de trouver le même résultat que ce dernier :
Nous sommes deux à trouver le centre sur la commune de Vesdun [ …] Je suis simplement un peu surpris par la fin de son exposé […] lorsqu’il dit que le centre se trouve à 5 km à l’O.‑S.‑O du clocher de Saulzais‑le‑Potier […] ce point précis ne se trouve pas sur le territoire de ladite commune, mais nettement sur celui de sa voisine Vesdun, une telle conclusion a pu faire naître un peu de confusion et peut‑être aussi, de faux espoirs.
29 Plus loin, il ajoute :
On pourrait être surpris qu’un mathématicien [...] ne désigne pas l’emplacement du centre par pointage direct sur la carte ou même le terrain, mais par un repérage par rapport à un point caractéristique de la carte. C’est une méthode chère aux artilleurs et, d’autre part le clocher du chef‑lieu de Canton, Saulzais‑Le‑Potier, est le seul qui figure sur les cartes au 1/2 000.000e [Dumont, 1967].
31 Saulzais‑le‑Potier semble donc détrôné. Mais l’année suivante, en 1968, le menuisier, le cantonnier, et le sabotier (qui est aussi le maire) édifient un monument (sur le modèle d’un monument aux morts) un peu en retrait de la route, à l’une des entrées du village. Scellée à l’intérieur, une copie d’une lettre de l’abbé Moreux, astronome et directeur de l’observatoire de Bourges qui dès 1938 aurait désigné le village comme centre de la France. Et une inscription : « Ce serait ici que les calculs de l’éminent mathématicien et astronome l’abbé Théophile Moreux (1867‑1954) auraient déterminé le centre géographique de la France ».
32 Quand on est centre de la France, on se doit de le rester !
Parole de maire
33 Il reste que le document de Georges Dumont va faire autorité pendant un certain temps, surtout à Vesdun. Il fonde l’argumentaire de Jean Dumontet, élu maire en 1965, qui a porté avec conviction sa commune comme centre de la France (sans la Corse) pendant quarante ans :
Vesdun, cette petite commune a une superficie très grande, plus de 4 800 ha, une des plus grandes du département du Cher en surface cultivée, n’a pas de site remarquable, n’a pas de château, pas de rivière, n’a pas de monument particulier, n’a pas de grand homme non plus [15]. Alors, c’est la destinée qui a voulu que [...] les calculs nous indiquent que nous étions « centre de la France », vous pensez bien que je n’allais pas laisser passer cette occasion, et alors là on l’a mis en valeur, et c’est là que nous sommes partis sur ce monument qui maintenant ne se trouve pas au vrai centre suivant les calculs, mais qui se trouve sur le territoire au centre du bourg de Vesdun.
35 Constitué de 60 000 émaux de Briare, le monument – qui représente la France inscrite dans un disque de 5 mètres de diamètre – a nécessité plus d’un mois pour sa construction en 1984 par des bénévoles ainsi que par le personnel communal. Son emplacement ne se situe pas au point désigné par le calcul, mais a été ramené au centre du village. Le « vrai » centre est censé être au lieu‑dit La Coucière à quelques kilomètres de là. Les habitants y ont dressé une grosse pierre tout en admettant qu’il est encore ailleurs, dans un sous‑bois à quelques centaines de mètres.
36 Le maire a tenté d’exploiter la centralité de sa commune et de lui donner une nouvelle attractivité touristique sous la forme d’un jardin médiéval, d’un espace dédié à la littérature, la forêt des Mille Poètes, ce qui a permis d’installer un camping, et aussi de créer un gîte capable de recevoir un car entier, soit une cinquantaine de personnes. En 1986, la commune accueille une rencontre européenne de scouts. Ce « gîte du centre de la France », de même que le village vacances de Mesples à 20 km de là, est signalé comme le lieu idéal pour organiser des cousinades, avec l’idée qu’une famille éparpillée se retrouve avec plaisir sans que personne n’ait plus de 800 km à faire.
37 Le calcul de Georges Dumont de 1966, déjà évoqué, a aussi désigné une commune de l’Allier comme centre de la France mais Corse comprise, Chazemais. Le maire la présente ainsi :
Chazemais, 442 habitants au dernier recensement, 2 910 hectares, commune essentiellement rurale avec un paysage de bocage… et un centre de la France. L’ign a reconnu ces calculs et a reconnu Chazemais comme centre de la France ign. Chazemais a figuré dans le Quid pendant des années comme le centre de la France, Corse comprise. Il y a pas mal de gens qui passent, font une photo souvenir, et il leur arrive même de faire des photos souvenirs à plusieurs des Centres de la France.
39 Désormais les prétendants au titre sont assez nombreux pour pouvoir mettre en scène une guerre des clochers. La presse régionale, mais aussi nationale, va régulièrement s’en faire l’écho, sinon l’alimenter. Ce que fait Pierre Bonte dans l’émission « Bonjour Monsieur le Maire » sur Europe 1, en septembre 1966. Aux dires du maire de Vesdun, Pierre Bonte aurait même suscité un tournoi de football « Intercentres » l’année suivante.
40 Intervient aussi le calcul de M. Puységur (1976), professeur de mathématiques qui fait tomber le centre dans un petit vallon, une prairie bordée de petits bois, sur la commune d’Audes, voisine de Chazemais. Au vu de la photocopie d’un document que lui a fourni un voisin tout fier, un habitant déclare être « au milieu » : lui est né à Audes, pas loin du point désigné, et sa fille est mariée au fils d’un maire de centre de la France.
L’ign s’en mêle
41 Dans les années qui suivent, un autre ingénieur, de l’Institut géographique national [16], s’implique particulièrement dans la détermination des centres, non seulement de la France mais aussi de l’Europe. Jean‑Georges Affholder fait de la cartographie numérique, « par ordinateur » comme on dit à Bruère [17]. En 1987, sur commande du ministre de l’Équipement, il détermine les coordonnées du centre de l’Europe des Douze. Il fait aussi le calcul du centre de l’Europe de l’Atlantique à l’Oural ou encore du centre de la France avec les Dom Tom qui « tombe » au large de Saint‑Jacques‑de‑Compostelle, ce qui fait dire au maire de Vesdun : « Avec les îles, […] d’après ce qu’on a pu me dire cela tombait dans le Sahara ou dans l’Atlantique suivant les calculs qui sont faits ». Autrement dit, le seul centre raisonnable, c’est celui évidemment de la France continentale stricto sensu, c’est‑à‑dire le sien.
42 J.‑G. Affholder confirme le calcul précédent pour Vesdun, mais donne aussi le résultat d’un nouveau calcul et voilà Chazemais détrônée au profit de Nassigny comme centre de la France avec les îles côtières et la Corse. Le correspondant local pour le quotidien régional La Montagne explique avoir retrouvé à l’époque sur le terrain le point désigné par les calculs, avec son propre décamètre : « Je me souviens très bien, c’était le 11 novembre 1983, nous revenions des célébrations du 11 novembre, il y avait un petit attroupement dans notre commune, Nassigny. Le conseiller général venait de nous apprendre que nous étions centre de la France, il fallait bien qu’on le trouve.». Amer, un habitant de Chazemais, commune qui a été « détrônée » ce jour‑là, explique que l’on avait découvert plus tard que le décamètre utilisé était incomplet et donc que le point désigné était complètement faux !
43 Une petite stèle a été posée, représentant une carte de la France d’à peu près un mètre de diamètre, découpée dans une plaque de métal par le forgeron et peinte en vert, à laquelle la Corse a été jointe par une tige. Le tout est posé sur un pied à 2 mètres du sol. Le monument a été « ramené » au bord de la petite route qui mène au village pour des questions de visibilité mais aussi de « commodité », afin de pouvoir nettoyer les abords de la stèle. La Corse, elle, a été volée récemment et remplacée. L’incident a donné lieu à une brève dans La Montagne.
44 Les deux centres, celui de Chazemais et celui de Nassigny nouvellement reconnu, sont à moins de 2 km de distance, et malgré tout chez le même propriétaire, ce qui fait qu’à l’été 2014 Paris Match publie des photographies des habitants du centre de la France, le maire, sa femme, ses petits‑enfants, deux voisins très proches habillés en costume traditionnel, et le propriétaire des « deux centres de la France ».
45 Alors commence pour Nassigny une nouvelle aventure. La presse découvre en effet que ce petit village, comme Briare à une certaine époque, votait à l’image du pays, motivant au moins pour deux élections présidentielles le déplacement des équipes de France télévisions. Une autre raison a été invoquée : Nassigny ne comptant que 150 habitants, le dépouillement est extrêmement rapide et le résultat peut être donné immédiatement.
La Marianne déchue
46 Comme Saulzais‑le‑Potier quelques années auparavant, Chazemais n’a pas pour autant renoncé au statut qui lui a été attribué en 1966 et qu’on peut toujours lire sur la façade de la mairie : « Chazemais, centre de la France ». La stèle, édifiée dans la campagne, était en bois et s’est abîmée au fil des ans. Il a donc été décidé de la remplacer, et une nouvelle a été commandée au tailleur de pierre de Saulzais‑le‑Potier, autre centre de la France… « Nous ne sommes pas rancuniers » assure le maire de Chazemais. L’imposante stèle a été posée sur un socle par l’employé communal, au pied duquel figure un panneau : Chazemais. Centre de la France, Corse comprise, ign 1966.
47 Les habitants de Chazemais, d’ordinaire assez discrets sur ces questions se contentent en général de dire : « On est centre, c’est sûr » ou encore : « Je ne suis pas fier, mais je n’ai pas honte non plus ». Cela étant, au jour de l’inauguration, un professionnel du tourisme, le gérant d’un petit centre de vacances déclare : « C’est bien de l’avoir refait, je vais pouvoir à nouveau indiquer à mes clients d’y aller » ou encore, un habitant : « ça ne ressemblait plus à grand‑chose, c’est mieux, je vais pouvoir emmener ma belle‑mère [rires] ».
48 À l’occasion du renouvellement de la stèle, les habitants des environs ont été invités à concevoir et à fabriquer les leurs, soit « leur » France, destinée à figurer dans une exposition sur le thème « Vive la France », installée au printemps 2015, pour une durée de trois mois, dans un pré situé entre la mairie et l’église qui se font face. Les quelque trente cartes de France prédécoupées par l’employé communal ont été proposées aux deux classes de l’école du village, à l’association qui gère le centre d’accueil pour jeunes autistes, aux artisans de la communauté de communes, à des artistes résidant dans le pays, ou à de simples citoyens : parmi les motifs retenus, une Marianne avec une tour Eiffel sur découpage régional, la seule Marianne d’ailleurs, une autre représentant un promeneur avec un chapeau et des pieds, une cible figurant le centre, une France des enfants, une France verte, une bleu blanc rouge et ainsi de suite.
49 En 1989, à l’occasion des commémorations du bicentenaire de la Révolution française, le maire de Vesdun avait exposé à la mairie une impressionnante collection de bustes de Marianne prêtés par ses collègues maires du canton. Quoi qu’il en soit des querelles de clochers, ces villages « centres de la France » interrogent aussi la France à leur façon.
50 Hauts lieux, mais ordinaires, sans qualités, remarquables quoique non remarqués (du fait de l’abstraction inhérente à tout calcul), les capitales et centres géographiques sont des lieux par excès, des spots comme on dit maintenant, repérés, décrétés comme tels par des spécialistes (géographes, rédacteurs de guides, météorologues, érudits locaux, généraux) et réutilisés dans la mise en tourisme du territoire et la mise en scène de l’image des communes par leur municipalité : efficaces, quoique modestes, ces dernières n’en acquièrent pas moins une certaine renommée. « J’aimerais, écrit Georges Perec, qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, enracinés ; des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources… Mais l’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner » [Perec, 1974 : 122]. De même que les toponymes, nos (petites) capitales géographiques répondent à ce besoin, à cette inquiétude dont parle Georges Perec. Balisant le territoire de manière indiscutable (quoique…), elles sont là, qui rassurent et nous empêchent de perdre le Nord… ou le Centre. ■
Références bibliographiques
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Filmographie
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Mots-clés éditeurs : Calculs, Capitales géographiques, Centre, Mesures, Notoriété
Date de mise en ligne : 14/10/2016
https://doi.org/10.3917/ethn.164.0645