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Article de revue

Introduction

Pages 13 à 15

Citer cet article


  • David, L.,
  • Gendarme, L.
  • et Le Run, J.-L.
(2023). Introduction. Enfances & Psy, 96(2), 13-15. https://doi.org/10.3917/ep.096.0013.

  • David, Lucie.,
  • et al.
« Introduction ». Enfances & Psy, 2023/2 N° 96, 2023. p.13-15. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2023-2-page-13?lang=fr.

  • DAVID, Lucie,
  • GENDARME, Laurence
  • et LE RUN, Jean-Louis,
2023. Introduction. Enfances & Psy, 2023/2 N° 96, p.13-15. DOI : 10.3917/ep.096.0013. URL : https://shs.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2023-2-page-13?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ep.096.0013


1 Nous avons choisi en toute simplicité ce titre, qui subtilement au pluriel note la multitude de sens et la richesse des thématiques de ce numéro autour du silence. Dans chaque article, c’est bien l’ambivalence entre silence et bruit, mais surtout le lien entre silence et communication, ou encore silence, secret et déni qui ponctuent les réflexions de nos auteurs. Le silence pourrait alors se représenter comme une porte-tambour que l’enfant pousserait afin de s’y réfugier, puis à d’autres périodes de vie, peut-être après le soin, parviendrait-il à en ressortir afin que les mots et la parole jaillissent à nouveau.

2 Si le silence présente un versant positif, constructeur de l’intime, il possède aussi un aspect négatif, dévastateur, cette ambiguïté est plantée dès le premier article. Jean-Louis Le Run y trace une rétrospective historique et sociétale de la notion du silence. Apprendre à parler, mais aussi apprendre à se taire sont des phénomènes fondamentalement intersubjectifs qui, sous l’influence du milieu familial et social et des effets de sa vie pulsionnelle, constituent un processus structurant du développement psychique de l’enfant.

3 En psychiatrie périnatale, le silence est déjà présent, même si la symptomatologie du bébé est parfois différée, inapparente ou « en creux », comme le soulignent Karine Ronen, Hélène De Laage, Élisabeth Grégoire-Taieb et Romain Dugravier qui évoquent également le silence et la solitude des parents, par exemple lorsqu’ils souffrent de dépression post-natale ou sont confrontés au décès prématuré d’un bébé.

4 Le mutisme, ce mot qui fait du silence un symptôme, une pathologie, est chargé d’une multitude de sens. Isabelle Châtelet aborde cette question tant sous l’angle de ce qui anime l’enfant mutique que des réactions des professionnels qui y sont confrontés. Qui a bien pu couper la langue de cet enfant ? Serait-ce un fantôme auquel l’enfant mutique est attaché et qu’il semble ne pas vouloir lâcher ?

5 Daniel Marcelli, quant à lui, évoque le blanc de la pensée qui saisit le clinicien devant le silence d’enfants et surtout d’adolescents en thérapie ou en consultation. Dans les vignettes cliniques exposées, la psychothérapie permet de mettre au jour des histoires de perte ou de deuil familial. Le silence apparaît dès lors comme le procès suspendu du travail de deuil.

6 Si la jeunesse, portée par la pulsion de vie, est volontiers bruyante, nous rappelle Jean-Pierre Benoit, l’élaboration pubertaire se fait plutôt dans le silence de l’intimité. Lorsque des symptômes apparaissent chez l’adolescent nécessitant des soins, la relation thérapeutique se heurte souvent au silence. Celui-ci, s’il doit être respecté, impose au thérapeute des ajustements pour faire en sorte qu’il ne devienne pas source d’angoisse mais permette l’advenue d’un espace de subjectivation.

7 Un peu de répit dans ce cheminement, le silence peut faire du bien. Il est temps de faire silence. À l’école, le silence peut nourrir toutes les classes en même temps. Chut ! On lit. C’est le défi mis en place par l’association Silence, On Lit! au sein de quelques écoles, et il semble que cela fonctionne et s’avère très positif sur le bien-être et la concentration des enfants. Quelle expérience collective… en silence !

8 Le silence apparaît aussi dans des thématiques plus spécifiques, notamment dans des problématiques de traitements de l’information sensorielle chez les enfants ou adolescents présentant un trouble du spectre autistique (tsa) ou un trouble neurodéveloppemental (tnd). Ce silence peut être difficile à soutenir ou percevoir : Florent Legendre, à travers son expérience de psychomotricien, nous fera découvrir combien il est complexe d’évoquer le silence quand on ne le perçoit pas, et combien le bruit peut être envahissant et perturbant. Et comme les professionnels de l’enfance sont peu formés à comprendre cette difficulté.

9 Le silence, c’est aussi le tabou, le secret. Les parcours de vie en adoption sont souvent teintés de silences, de non-dit, de dossiers fermés, parfois prêts à s’ouvrir et à libérer une parole qu’il faudra accueillir. Mélissa Bocquillon interroge la place du silence dans la clinique de l’enfant adopté, notamment dans le développement psychique de celui-ci. Elle développe la façon dont l’accompagnement de la consultation d’un dossier peut contribuer au travail psychique nécessaire aux transmissions et héritages inter- et transgénérationnels.

10 Samuel Lemitre, quant à lui, apportera un éclairage sur la clinique de l’inceste dont les victimes souvent se taisent. Peur, loyauté familiale, comment lever le secret et restaurer la parole ? Le cri d’alarme de ce texte nous fera entendre celui des enfants victimes qu’il est nécessaire d’accompagner.

11 Il résonne dans le monde judiciaire. Face aux « violences de l›intime », ces atteintes physiques ou psychiques qui conduisent aux mêmes réflexes de silence, Laurence Bégon- Bordreuil interroge le rôle de la justice : peut-elle favoriser la sortie du silence ? Comment peut-elle établir les faits et accompagner les victimes ? A-t-elle vocation à réparer et, si oui, comment ?

12 Lorsque le silence familial vient figer les générations futures, il faudra « revisiter les racines ».

13 Comment l’héritage psychique va-t-il se remettre en jeu pour permettre à chaque génération de trouver sa propre place ? Élisabeth Darchis nous rappelle que le temps périnatal est une période de nécessaires réaménagements psychiques qui réveillent l’héritage ancien, mais représente aussi une chance, notamment par l’accompagnement psychanalytique de la famille, de permettre aux nouveaux venus de se dégager des alliances aliénantes masquées par le silence et organisées de génération en génération pour éviter le retour de la honte ou de l’effroi traumatique.

14 Alberto Eiguer aborde les relations entre silence, secret et transgénérationnel sous l’angle de la tragédie et à travers des histoires cliniques. Elles illustrent la façon dont l’irreprésentable des traumatismes des générations précédentes affecte la capacité de penser, avec retour parfois de ce qui a été dénié sous forme de symptômes, et le travail de mise à jour et de perlaboration en psychanalyse.

15 Serge Tisseron, dans un entretien avec Jean-Louis Le Run, prolonge ses travaux sur le secret en développant le rôle du déni et de ses liens avec le silence en famille ou en institution sur les abus sexuels, l’inceste ou encore la pédophilie. La réflexion s’étend au déni collectif s’inscrivant dans les théories du complot qui se développent notamment par le biais des réseaux sociaux. L’article se termine par quelques pistes pour libérer le sujet enfermé dans son silence et ses dénis.

16 Au terme de ce parcours en silence, laissons la parole à Olivier Douville interviewé par Jean-Yves Le Fourn. Il nourrit notre réflexion sur le silence par l’évocation de la danse, d’autres cultures et in fine la démarche d’adolescents en souffrance consultant un psychanalyste. Tempérant un flot de paroles, le silence proposé n’en est pas son refus, mais la condition pour que les mots de ces adolescents prennent goût à devenir une parole à autrui adressée.


Date de mise en ligne : 12/05/2023

https://doi.org/10.3917/ep.096.0013